- Speaker #0
Pour moi, des flops, c'est des rigolasses. Au final,
- Speaker #1
c'est vrai que ça vous rapproche et je trouve bien Marie-Louise. Vous mettez les deux pieds dans la flamme d'eau et ça aspergeait partout. J'adorais. Je pensais à la pluie qui tombe.
- Speaker #2
Salut, moi c'est Marine. Salut, c'est Luce. Vous écoutez le podcast Flop. Aujourd'hui, nous abordons une nouvelle série autour des secrets. Épisode 1,
- Speaker #1
faut-il se répéter les secrets ?
- Speaker #2
Et pour celles et ceux qui ont envie de voir la révélation de nos secrets, cet épisode est également intégralement disponible sur YouTube.
- Speaker #1
Coucou mon Flop !
- Speaker #2
Coucou mon Flop ! Comment ça va aujourd'hui ? Ça va plutôt pas trop mal.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux peut-être nous dire pourquoi on est là ?
- Speaker #2
Oui ! On se retrouve pour inaugurer un nouveau cycle du Flop Podcast sur la thématique des secrets. On va avoir deux épisodes. Le premier qui sera plutôt le secret à un niveau interpersonnel vis-à-vis de nos amis. Pourquoi on va dire ou ne pas dire un secret à nos proches. Et ensuite, le deuxième épisode, là ce sera le secret mais à une échelle beaucoup plus collective et politique via la question de l'OMERTA. C'est-à-dire un secret qui ne se reconnaît pas comme tel et qui est protégé par des structures, des normes et la loi du silence. Mais alors aujourd'hui mon flop, je te laisse le bâton de la parole pour nous expliquer un peu plus ce qu'on va se raconter de toi à moi sur notre rapport au secret vis-à-vis de nos proches.
- Speaker #1
L'idée c'est de l'aborder d'un point de vue interpersonnel et plus léger, là où l'épisode 2 sera un peu plus lourd.
- Speaker #2
Mais... Vous inquiétez pas, ça va aller.
- Speaker #1
Mais c'est vrai qu'il y avait un enjeu sur déjà définir le secret. Ce qui est intéressant, déjà dans la définition du secret, il y a un peu trois échelles. Première échelle, déjà quand tu regardes le secret, comment on le définit le Larousse, c'est ce qui doit être tu.
- Speaker #2
Ça me fait rire que tu places déjà comme un placement de produit. Le Larousse, pour dire un réel bon dictionnaire. Exactement.
- Speaker #1
Non, mais ce qui est intéressant, c'est que déjà dans la définition, il y a un truc de moralité de ce qui doit être tu. Et les deux autres définitions que donne le Larousse, c'est plutôt sur un secret qui est réservé aux initiés. Donc là, il n'y a plus qu'une ou deux personnes en jeu, mais vraiment un secret qui se partage. plus ou moins en groupe.
- Speaker #2
Mais comme un groupe restreint, quoi.
- Speaker #1
Mais ce qui était intéressant, c'est qu'un secret, il est toujours un peu en rapport avec l'autre. Toi, tu vas beaucoup plus l'envisager comme un secret qui est dit et moi, j'ai beaucoup plus l'envisager comme un secret qui est reçu. Il y a deux personnes généralement dans un secret parce que pour qu'un secret il existe, il faut qu'on l'explique comme tel à quelqu'un. Et du coup, il y a toujours cette relation avec ces deux personnes. Et ce qui était trop intéressant, moi, j'avoue que l'enjeu du secret, je le place dans la réception. Quelqu'un me dit quelque chose. Là où toi, j'ai l'impression, Flop, que c'est plus sur l'enjeu de le dire, en fait. Exactement.
- Speaker #2
En en parlant rapidement, on s'est dit, tiens, c'est drôle, il y a vraiment les deux parties en présence, le fait de le dire ou de ne pas le dire, ou à l'inverse, de le recevoir et ce qu'on en fait. Et du coup, on s'était dit, tiens, mais est-ce qu'il y a une des deux parties qui a plus de droits sur ce secret ? Celui qui dit ou celui qui reçoit ? Et surtout, c'est synonyme de quoi ? Confidence, trahison, révélation, impossibilité à le garder pour soi, comme c'est quelque chose qui te démange ou il faut t'en débarrasser. Est-ce qu'il y a une hiérarchie de ce qui doit prévaloir ? Ok, c'est ces questions qu'on va essayer de résoudre, parce qu'après tout, pourquoi pas ? Et mon flab, je te laisse peut-être commencer sur déjà les premiers enjeux de dire un secret. Je vais d'abord commencer par le plus évident de pourquoi on partagerait un secret à nos proches. Parce que justement, spoiler alert qui n'en est pas un, évidemment que chez moi, il y a plutôt le nœud de c'est pas si évident ce fameux partage, une fois encore, dans un cadre qui est pourtant intime et personnel. Je me suis dit, je vais d'abord me faire l'avocat du diable. Tiens, c'est vrai, pourquoi vis-à-vis des gens qu'on aime et qu'on connaît, on partage et on livre nos secrets ? Notre fameux jardin intérieur. Très concrètement, dans les strates qui appellent au fait de livrer, de révéler des secrets, c'est la manière la plus évidente de créer du lien. C'est une sorte comme ça, un petit peu de monnaie relationnelle. Est-ce qu'il va distinguer notre relation amicale du reste du monde et les moldus ? C'est que du coup, tu vas me dire des choses que n'a pas axé le reste du monde et la plèbe. Le secret, c'est vraiment une manière de rentrer dans quelque chose de confidentiel, d'authentique et de proximité.
- Speaker #1
Et toi, tu le vis comme ça aussi. C'est la première chose que toi, tu te dis justement quand il y a l'enjeu de le dire, le secret. Deux, ça va être une manière de me rapprocher de quelqu'un.
- Speaker #2
Oui, parce que j'ai l'impression que ça reste la manière la plus évidente et spontanée de se lier à quelqu'un. De dire maintenant, on est réunis. La fameuse expression d'un secret partagé.
- Speaker #1
Oui, OK.
- Speaker #2
Deux, tiens, il y a un lien invisible qui nous réunit. via des choses auxquelles n'ont pas accès le reste du monde. Donc c'est vrai qu'il y avait vraiment cet enjeu déjà à l'aude de proximité. Ensuite, je me suis dit, il y a aussi un truc un peu plus trivial et émotionnel de, en fait, on partage des secrets. Soit pour se soulager. En gros, t'extériorises. De tout d'un coup, je refile la patate à l'autre. Où je me suis dit, c'est un peu une sorte de décharge émotionnelle.
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai.
- Speaker #2
C'est plus mon secret, c'est le tien. Et enfin, le dernier truc que j'ai vu, où je me suis dit, ok, pourquoi dans un cercle proche, on partage les secrets, c'est que souvent, c'est aussi une manière détournée, en le disant, de le rendre réel. C'est-à-dire de venir jauger et mesurer la gravité ou l'importance de la situation. Dans le sens où, pour moi, l'autre, du coup, devient une sorte de miroir régulateur. de « est-ce que la petite bombe intérieure que je me raconte l'est vraiment ? »
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Tu joges en fait en fonction de la réaction de l'autre de ton secret de « est-ce que c'est vraiment un secret ? Est-ce qu'on ne peut pas le banaliser ? »
- Speaker #2
Est-ce que c'est vraiment l'auteur d'un secret ? Est-ce que ce n'est pas trop grave ? Est-ce que c'est vraiment réel et c'est le fameux « non mais dis-moi que ce n'est pas si grave, dis-moi que je ne suis pas folle » .
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Est-ce que c'est vraiment un secret ? Et d'ailleurs, il y a un peu deux cas de figure. Quand tu fais tout un teasing ou tu t'apprêtes à lâcher une bombe et qu'en fait c'est quelque chose d'assez plat, souvent ton pote le coup prétend, il va un peu rire et dire « ah, c'était ça ton secret ? » et à l'inverse, quand il y a tout d'un coup une sorte d'onde de malaise en se disant, ok, on est dans un secret un peu plus, je sais pas, poussé, pesant, grave, il y a le fameux effet où toi, tout d'un coup, c'est plus le fantasme interne que tu te racontes, quoi.
- Speaker #1
Il y a un vrai nœud, quoi.
- Speaker #2
Voilà, donc là, je me suis dit, bon, ok, c'est les trois trucs évidents qui poussent au fait de se dire, bah, tes potes, ouais, tu te livres, tu racontes ton intimité. Mais alors, je me suis dit, bon, ok, pourquoi s'il y a plein de belles et bonnes raisons qui vont faire qu'on est censés partager des bouts de soi ? des fameux secrets. Pourquoi, dans le cadre de relations même intimes, parfois ça coince et on n'y arrive pas ou c'est un enjeu ? Ce qui est plutôt ton cas. Ce qui est plutôt mon cas. Et d'ailleurs, je suis extrêmement curieuse de ce que toi tu vas en dire, mon Fab, puisque je sais que chez toi, il y a plutôt l'exigence inverse de transparence, d'être la moins secrète possible vis-à-vis en tout cas de ce qu'on aime. Donc, tiens, pourquoi chez moi, c'est un véritable enjeu et que c'est associé à une forme de peur ? Parce que, pour être même complètement honnête, un peu le long de cet épisode, il m'est venu dans mon lit où... ça me tracassait un peu. En fait, c'est parti d'une petite réflexion ou une énième insomnie. Mais là,
- Speaker #1
je vous laisse aller voir le cycle précédent.
- Speaker #2
J'étais dans mon lit et je me disais, mais je comprends pas pourquoi un secret ne le reste pas. Déjà, ce qui me pose souci dans le fait de livrer un secret, même à un ami, c'est le risque de propagation. Ou tel une mauvaise herbe, une orti. Non, mais il y a un truc de prolifération. Ce qui est un peu inévitable. C'est vrai que,
- Speaker #1
bon, à part si tu le mentionnes pas vraiment sûr, c'est un secret à ne dire à aucune personne.
- Speaker #2
généralement même entre elles les personnes vont justement créer du lien de je sais que un tel ceci cela c'est ça c'est que je me suis dit déjà la première limite dans le secret le secret porte en lui le risque de sa prolifération et je me disais mais il y a eu tellement de cas de figure ou de scène tu vas voir ton ami tu lui dis bon voilà le fameux je veux que ça reste entre nous ou non mais par contre voilà c'est un secret c'est entre toi et moi et en fait au fond de toi en tout cas au fond de moi mais je sais très bien que c'est une sorte de tu sais un acheter un refaire je sais très bien que dans le fond elle va le dire à sa mère et à sa sœur. Et je me dis, mais ce n'est pas possible, c'est une sorte de pack commun irréductible. Et c'est pour ça qu'en fait, déjà, je pars avec une sorte de confiance assez faible dans le respect que prendrait l'autre à s'engager à garder le secret secret. Donc en fait, c'est que je me dis, il y a déjà très vite une sorte de chaîne et de régression à l'infini de le secret se propage. Et donc, ça ne me va pas trop. Mais bon, au-delà de la propagation, pourquoi j'en ai peur ? Parce que ça va avec le problème de la perte de contrôle. C'est que comme je n'ai pas la main sur ce qui va advenir de ce secret, je pense que par extension, c'est vachement une peur de moi-même. Je n'ai plus le contrôle du récit sur moi et de mon image. Je ne sais plus qui y a accès et ce qui va en être dit. C'est vrai qu'il y a un rapport à l'image que tu as, toi, qui est important, sur l'image que tu as, toi,
- Speaker #1
celle que tu veux donner aux autres, etc. Et du coup, c'est vrai que ça fait sens, parce qu'une des choses aussi, peut-être que les gens n'ont pas forcément en tête, mais c'est vrai que moi, je te définis comme quelqu'un d'étant assez secrète. Enfin, même dans les premiers rapports, etc. Mine de rien, tu es quelqu'un qui, justement, Et ça, c'est un peu ce qu'on s'était dit. Tu vas plutôt être extravertie. Donc, tu vas avoir une personnalité, justement, très haut en couleur, qui connecte très vite avec les gens. Mais dans le fond, je te définirais comme quelqu'un de secrète. Là où, par exemple, nous, l'échéma s'inverse un peu. Moi, je suis plutôt introvertie. Pourtant, je ne suis pas très secrète non plus.
- Speaker #2
C'est vrai que sur ça, je pense qu'on est un peu en chassé-croisé. C'est que tu parles moins, mais tu te livres plus. Et moi, je parle davantage, mais je me livre moins. Mais c'est vrai que je m'étais dit, tiens, il est vrai qu'on fait une association rapide et parfois fausse entre le fait d'être assez expansif, comme tu dis, d'être extravertie, voire désinhibée. avec le fait d'être complètement transparent et ouvert dans livrer ses secrets. Et en fait, je me suis dit, mais non, parfois, le fait de beaucoup parler, c'est même une manière très pratique de se cacher. D'ailleurs, tu sais, c'est le fameux effet, et plus d'une fois, c'est arrivé dans des situations où, en fait, si tu n'as qu'à part et que tu monopolises la parole, mais justement en faisant en sorte d'occuper à peu près tout le temps l'espèce qui t'a impartie avec des anecdotes,
- Speaker #1
des blagues.
- Speaker #2
C'est toi qui la contrôles, en fait. Exactement. Tu viens de mettre le point sur un peu le deuxième élément. C'est que je me suis dit, en faisant mon examen de conscience, la deuxième strate qui fait que j'ai du mal à me livrer, et à partager mes secrets, c'est que ça m'offre un contrôle sur moi et surtout, en fait, un avantage, un pouvoir sur l'autre. Et sur ça, j'avais pensé, le secret, en fait, c'est toujours un rapport. Garder ou partager un secret, ça va produire une relation. Ça va mettre une limite, une hiérarchie, une intimité. Et donc, pour moi, le fait de garder le secret, ça me permet de garder le pouvoir. C'est avoir la main sur l'image de moi et mon récit. Ce qui est intéressant, c'est que tu vois, par exemple, là, dans la définition que tu avais donnée sur les enjeux de dire le secret, c'est de rentrer justement en connexion avec l'autre. Toi,
- Speaker #1
l'enjeu dans le dire, ce n'est pas tellement la connexion, mais plutôt le pouvoir que l'autre va avoir sur toi en finie. Tu peux te sentir proche des gens sans divulguer leurs secrets et tu n'as pas envie que la proximité de la personne vienne de quelque chose où tu es vulnérable.
- Speaker #2
Exactement. C'est pour ça d'ailleurs, parce que je sais que souvent, il y a un contre-argument où ça va être une réflexion du type « Oui, d'accord, j'ai répété ton secret, mais ne t'inquiète pas, tant que je ne suis pas mal intentionnée ou que c'est dans un cercle avec des personnes bienveillantes, il n'y a pas vraiment d'enjeu, ce n'est pas grave. » Il n'y a pas ce fameux monstre dans le placard où tout d'un coup, il y a la bec qui va venir.
- Speaker #1
T'es acculée comme ça.
- Speaker #2
Ce n'est pas tant la peur que tout d'un coup, on salisse ma réputation ou qu'il y a un embellement ou on en fasse quelque chose de terrible, tu vois, mais dans les trucs un peu paroxystiques de film. Non, en fait, le problème, c'est juste, je pense déjà, la peur du jugement de l'autre. Du fait que l'autre ait accès à une partie de moi. Tu y reviens, mon flop ? Beaucoup plus, je pense, dans une problématique sur la psychologie et l'intériorité du soi.
- Speaker #1
Est-ce que tu as même cet enjeu ? Je pense que j'ai la réponse, mais même avec tes proches proches. C'est-à-dire que l'enjeu reste quand même présent, même si c'est des gens en qui tu fais confiance. Alors, je l'ai moins, surtout que ça se soigne.
- Speaker #2
J'ai changé. C'est horrible, on dirait un gros cochon masculin qui est auditionné, qui dit non mais j'ai changé.
- Speaker #1
J'ai changé, je n'ai pas le colis.
- Speaker #2
Et il est vrai, j'ai changé. Dans le sens où tu as raison, la variable... confiance joue énormément sur le fait de se dire que d'assumer des parts de soi, aller tout de suite dans la vulnérabilité, ne va pas être gage de conséquences dramatiques ou d'un rejet de soi. Après, il y a aussi quelque chose qui a à voir avec la pudeur. Paradoxalement, je suis assez pudique. Dans le sens où parfois, ce n'est pas tant une peur de me dire que ça va être mal réceptionné ou mal jugé. Parfois, je le sais ostensiblement. Et pour autant, c'est comme s'il y avait une sorte de petite cloison. Je me dis, oui, mais je ne comprends pas, il n'y a aucune raison valable. à ne pas le dire et pour autant, mais j'ai du mal. Tu vois, je me sens tout d'un coup comme non mais je vais pas réussir à le dire.
- Speaker #1
Mais ça, c'est un aspect de ta personnalité que je me suis rendue compte plus tard. Parce que c'est vrai que je voyais pas en fait cet enjeu. Justement, j'avais un peu le raccourci extraverti, tu parles beaucoup, t'es beaucoup en connexion avec l'autre, etc. Et de découvrir un peu cette deuxième phase plus pudique dans moins la grosse acceptation de je suis vulnérable devant les autres. C'est vrai que j'ai découvert ça récemment. Tu vois,
- Speaker #2
justement, ça m'a parfois... porter préjudice, parce que c'était un peu le point de départ, c'est que le secret, en fait, c'est une composante énorme dans les cercles proches, que ce soit la famille, les amis, tes relations amoureuses. Il y a une sorte d'engagement tacite. On attend de toi que tu te livres et une fois encore que tu puisses révéler et que ça devienne en fait les fameux secrets partagés, les secrets communs de ceux avec qui il y a une relation intime forte. Bon, j'ai quand même évolué, mais c'est vrai que quand j'étais enfant ou même adolescente, je ne partageais tellement pas mes secrets. que c'était souvent un motif de reproche, par exemple, dans mes amitiés. On me disait, par exemple, typiquement, nous, on te dit tout, mais toi, tu nous dis rien. Tu parles beaucoup, mais tu dis rien. Et ce qui est vrai, parce qu'en fait, ça crée comme une sorte de déséquilibre et de décalage dans les cartes en main et le pouvoir. Et c'est vrai, plusieurs de mes amis me disaient, franchement, je t'ai révélé tous les trucs, même inavouables. Et en fait, quand j'arrive chez moi, parfois, je me dis, punaise, Marine m'a encore eue. Elle a fait diversion, on a bien rigolé, etc. Et en fait, je me rends compte que je ne te connais pas. Et toi, tu le vivais comment ? À ce moment-là, tu étais plutôt en mode, bon bah... J'avais conscience que c'était quand même déjà une manière d'ériger une sorte de mur et de rendre justement difficile l'accès à la profondeur de ce que je suis ou de ce que je dirais, de ce que je ressentrais.
- Speaker #1
De ce que je ressentirais. Il manquait genre juste deux syllabes.
- Speaker #2
Le concept du secret, c'est qu'il pourrait être trahi, révélé, partagé ou non. Mais s'il n'y avait pas cette variable de l'autre, ce serait juste une chose inconnue. Une information, quoi. Voilà, c'est pas la trahison liquide, le secret. C'est sans la possibilité de la trahison, le secret n'existe pas.
- Speaker #1
Je vois ce que tu veux dire, Flamme. Trois petits points.
- Speaker #2
C'est waouh, tout d'un coup, c'est dramatique.
- Speaker #1
Et c'est vrai que, pour le coup, moi, par exemple, quand j'envisage le secret avec mes proches, il y a un petit enjeu sur pourquoi est-ce qu'ils me les cacheraient ? Qu'est-ce qui fait que dans la relation, il y a un manque d'authenticité ? Là où c'est vrai que c'est un peu plus un enjeu que j'ai eu, dès qu'on a parlé du secret ensemble et du thème des secrets, je me suis dit... Ah ouais, mais... Enfin, comment dire ? Il y a un double enjeu sur la duplicité. D'un côté, j'aime pas qu'on me cache des choses. Et d'un autre côté, en fait, quand on me dit aussi des choses ultra secrètes que moi, j'associe à beaucoup d'immoralité, j'ai un rapport un peu de... Ça va engager une propre duplicité de ma part de... Ah, là, il y a des trucs immoraux qu'on me confie et dont je vais devoir être témoin et complice.
- Speaker #2
Mais parce que, est-ce que, justement, sur la question, parce que pour l'instant, on a beaucoup été sur... Oui, pourquoi je dis, pourquoi je dis pas ? Mais toi, à l'inverse, est-ce que t'as eu des situations, des cas de figure ou tu te dis bah... Voilà typiquement un secret que j'aurais aimé ne par ce pas.
- Speaker #1
J'ai essayé de fouiller dans les expériences que j'ai eues. J'ai l'impression de ne pas avoir eu tant de secrets que ça où je voulais... pas les recevoir, quoique. Généralement, c'est vrai que ça concerne un peu plus, par exemple, la famille ou tes proches, mais c'est plus que j'ai une peur, en fait, de recevoir un secret que je ne vais pas savoir gérer. J'ai l'impression qu'il est impliqué quand on te dit un secret que tu ne dois pas le dire. Et moi, il y a quand même une grosse peur qu'on me dise des choses que je ne dois pas dire, mais qui sont contre mes codes moraux. Ça va impliquer un énorme dilemme en moi.
- Speaker #2
Non, mais c'est intéressant, c'est que tu as presque plus peur, du coup, du conflit interne entre quelqu'un. attend de moi une certaine moralité sur le fait qu'il y a une confiance et que je vais garder la chose secrète entre elle et moi, versus, ouais, mais en fait, c'est trop gros, grave ou important pour que je le taise.
- Speaker #1
Là, justement, j'ai un peu fait l'expérience même du secret bénin. Je me suis dit, même cet enjeu sur un secret plus bénin, il est là. Pour la réception du secret, je trouve qu'il y a deux choses qui vont impliquer un peu fortement les choses, c'est l'exclusion et la trahison.
- Speaker #2
Donc,
- Speaker #1
ça paraît énorme comme ça.
- Speaker #2
Oula, oui, là, j'ai peur.
- Speaker #1
Je vais donner un petit exemple qui m'est arrivé récemment dans le cadre du travail. Je suis en restauration et il se trouve qu'il y avait une assistante pâtissière. Il y a eu une blague qui s'est mise en place sur on va demander à cette assistante pâtissière d'aller chercher quelque chose qui n'existe pas dans les sortes de magasins typiques pour pâtissiers. On devait garder ce...
- Speaker #2
Magasins typiques pour pâtissiers ? Oui, en fait, t'as des grossistes. Oui,
- Speaker #1
les grossistes, mais par exemple, tu vois, tu peux demander... Là, ça me fait très chialer la chocolatrice. Tu peux aller demander à Willy Wonka. Mais du coup, voilà, on me présente la chose de... voilà, on va lui dire quelque chose qui n'est pas vrai. Et bon, tout l'enjeu et la drôlerie de la chose, c'était que c'était obvious que ça n'existait pas. Enfin, même dans les mots, etc. Je ne vais pas le dire, parce que je vais éviter que tout le monde se reconnaisse dans le Snapchat.
- Speaker #2
Ce qui est bien, c'est qu'on produit ce dont on parle.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
je ne peux pas révéler ce secret.
- Speaker #1
Et en fait, on lui dit, bon ben voilà, il va falloir que tu ailles chercher ça. Et moi, on me dit, pas lui, ça doit rester secret. Parce qu'il y a la date où elle doit aller chercher le truc, et il est hors de question qu'en fait, elle soit au courant que ça n'existe pas, que tout l'enjeu de la blague n'existe pas. Et je te jure que rien que ça, j'étais dans un truc de, ben ouais, mais en fait, là, vous me faites... choisir entre soit je trahis quelqu'un soit je m'exclus de votre groupe. Et du coup, j'avais un mini agacement de pourquoi est-ce que, là, le secret, on me le dit comme ça, et que le choix un peu moral me revient de est-ce que je vais être la personne qui va dire à cette personne, même si c'est sur le ton de la blague, mais il y avait quand même l'enjeu de, elle va se ridiculiser. Parce qu'elle va aller demander un truc qui n'existe pas et qui est assez obvious que ça n'existe pas. Et du coup, en fait, dès qu'ils en parlaient, il fallait que je m'en aille parce que je n'avais pas envie d'être consentante malgré moi. d'un truc où je dois choisir entre deux camps. Du coup, je me suis dit, bon, c'est valable pour ces petits secrets, mais c'est valable aussi pour les gros. Tu dois choisir entre deux groupes, les sachants ou les ignorants. Et en fait, mine de rien, tu prends parti. Ouais, c'est ça, la question de positionnement. Exactement. Et tu choisis de quel groupe tu vas t'exclure. Sur la notion de consentement, ce qui est ultra drôle, quand j'ai pensé un peu au secret, dans Ratatouille, je ne sais pas si tu te souviens, mon flop, Ratatouille, donc l'histoire de deux rats cuisiniers. Tout le monde, je pense, a vu le film. Oui,
- Speaker #2
il est tellement million. Il est tellement incroyable. Et il fait une excellente ratatouille.
- Speaker #3
Mais attention, ça doit rester secret.
- Speaker #1
Et la scène du début, c'est Rémi qui sort de la fenêtre comme ça avec un livre. On revient en arrière et on comprend comment cette scène arrive. On apprend que Rémi, en fait, il est ultra passionné par les humains, qu'il a appris à lire. Et c'est un peu contre toutes les règles des rats et de la famine dans laquelle il appartient. Et il se trouve que son frère, Émile... Et toujours dans ses 400 coups, sans trop le vouloir. Et typiquement, à un moment, Rémi veut se rendre dans un endroit pour voler une épice, pour faire une recette qu'il avait en tête et tout. Et t'as Emile qui est à côté, qui tient un bâton et qui dit en mode...
- Speaker #3
Mais comme si tu me rendais complice d'un crime ! Et je suis consentant ! Pourquoi je suis consentant ?
- Speaker #1
Et je me souviens, quand j'étais petite, ça avait grave relate. À l'époque, je ne connaissais même pas le mot consentant. Donc je me suis dit, papa, ça veut dire quoi consentant ? Mais je trouvais ça ultra intéressant. Comme tu disais, mon flop, les gens partent quand même du principe que si t'es proche de quelqu'un... Tu peux être un réceptacle de leur secret et t'es censé le garder. Parce que c'est ça aussi qui fait la proximité de votre lien. L'enjeu du consentement se pose pas du tout. T'as aucun moment, tu vas te dire, bon, est-ce que ça te va si je te révèle que j'ai couché avec le copain d'un tel ? Tu vois, on te le demande pas. On va te le dire, l'information, parce qu'on part du principe que t'es proche, donc t'as le secret. Et toi, tu te retrouves avec le truc de... En fait,
- Speaker #2
je fais dans un sens, mais pas dans l'autre. On le fait dans le fait de le révéler, mais on dit jamais, attends, est-ce que t'as vraiment envie que je te révèle le secret ? Ça tirait. le fait d'avoir une info là un peu grave c'est plutôt tu dis le truc bon bah voilà j'espère que je t'ai pas trop plombé bah ouais bah merci de toute façon ça fait une heure que je me mêle t'inquiète on l'a fait le tunnel de 40 minutes sur l'inceste donc ça y est c'est bon quoi non mais tu vois t'es là mais c'est ridicule c'est trop tard tu peux pas te demander un truc c'est les fameuses fausses autorisations de bon bah écoute là j'ai vraiment mis au jour j'ai disséqué enfin voilà ratissé au peigne fin les secrets de tous les voisins j'espère que ça te va Mais t'as raison, l'exemple de Ratatouille dans ce sens est assez incroyable, sur on oublie de demander le consentement à celui qui pourrait le recevoir ou pas. Oui, c'est ça. Et bon,
- Speaker #1
après, ça fait, pour le coup, Émile dans le film est aussi très lâche, donc je sais que quelquefois, ça peut être associé à un... Bon, voilà, et le courage de le garder et de le recevoir de la bonne manière. Tu vois, par exemple, dans les secrets plus gros, comme on traitera dans l'épisode 2, c'est un peu inconscient. de partir du principe que comme on est une famille, je dois garder tous tes secrets. Non, je n'ai pas envie de savoir ce que tu as fait,
- Speaker #2
je n'ai pas envie forcément d'avoir toutes ces informations. C'est un peu l'écueil de tout dire et partager tous ces secrets. Et pourtant, j'ai l'impression que c'est une valeur, là, sur l'époque du XXIe siècle, qui est beaucoup mise en avant. On parle d'époque de l'ultra-transparence, de justement ne plus du tout être dans la duplicité, la dissimulation, le mensonge. On va dire tous les petites sœurs, les cousines qui vont avec. Et c'est drôle parce que sur ça, je pensais à un personnage de fiction. Je ne suis pas sûre que toi, tu l'as regardé, mon flop, cette série Girls. Bah, je vais commencer. Tu n'as pas regardé encore. Il faut absolument que tu la regardes. J'ai commencé,
- Speaker #1
j'ai dit.
- Speaker #2
Un des personnages principaux s'appelle Anna et qui est jouée par celle qui a réalisé et écrit la série, Lena Newman. Et ce qui est assez rigolo, c'est qu'elle, justement, l'archétype du personnage, c'est plutôt quelqu'un qui a une sorte de transparence radicale, qui dit ce qu'elle pense, qui est contre l'hypocrisie sociale. les faux-semblants et qui, en tout cas, a décidé de manière assez solide vis-à-vis d'elle-même de partager à ses amis tous ses secrets.
- Speaker #4
Ce qui est très drôle,
- Speaker #2
c'est qu'au fur et à mesure des épisodes et des saisons, tu te rends compte le versant aussi négatif de cette personnalité où, de temps en temps, justement, le fait de liquider tous les secrets et de ne pas avoir... du tout d'épiderme entre soi et les autres n'est pas toujours, non seulement en avantage pour elle-même, et tout court, forcément adaptée aux situations. Parce que c'est comme si elle cherchait à se trouver constamment dans l'espace public. Donc, il n'y a jamais de moment où il y a une quête pour elle vis-à-vis d'elle-même. Donc, l'idée du jardin secret est oubliée. Et voire même, et là on passe plutôt à la deuxième strate, il y a très très peu de secrets qui n'impliquent qu'elle. Puisque dans la vie, en fait, elle est toujours liée aux autres. Donc, il y a plein de moments où elle ne prend même pas la... peine de se demander, mais dans le fond, est-ce que telle, telle, telle personne qui font partie de l'histoire de mon secret, elles sont consentantes à ce que je le balance comme ça aux yeux et aux vues de tous ? Et il y a plein de scènes comme ça, où en fait, sous couvert d'extrême honnêteté.
- Speaker #1
C'est ça, quelquefois, qui est dur à recevoir, même de... Ça m'est déjà arrivé de l'entendre, mais c'est toujours un peu dur. Quelqu'un me dit, voilà, j'ai trompé mon copain. Bah, ton copain, je le vois, on passe du temps ensemble. Donc, en fait... on est toutes les deux maintenant un peu responsables de la chose de bah voilà c'est un truc où bon bah on va le virer à deux maintenant mais bon quelquefois qui est beau et qui est bien dans une amitié de certains secrets comme on les gère à deux ils sont moins lourds et ça fait du bien et ça donne des ailes mais c'est vrai que dans d'autres secrets t'es en mode bon bah là en
- Speaker #2
effet on est à deux dans un bateau que j'ai pas forcément choisi quoi pardon mon blabarbus c'est tellement pas drôle c'est juste que quand t'as sorti l'expression clé ça donne des ailes j'aime la pub Red Bull Red Bull j'aime ça j'ai juste ça en tête C'est fou à quel point la pub peut nous matrixer Je n'arrive plus à réfléchir Je suis désolée Ce qui est drôle c'est que l'autre Et là mon vlog je pense que tu vas tellement Comprendre ce que je vais invoquer comme exemple Tu parlais de Ratatouille il y a quelques instants Moi j'avoue que les premiers films auxquels j'ai pensé Sur la question du secret c'est plutôt Les cas limites, les cas extrêmes Où c'est des personnages Qui voudraient
- Speaker #0
ou qui aurait voulu garder le secret comme tel et ne pas le révéler, et dont on va voler et trahir le secret. Par exemple, typiquement, j'ai pensé, parce que j'ai un souvenir où en tant que spectatrice, ça avait été très difficile à regarder, le règne animal de Thomas Cayet. Pour le dire très vite, c'est une sorte de petite fable écologique où il y a un virus mystérieux qui fait qu'il y a un certain nombre d'individus qui se transforment en mi-homme, mi-bête. Et c'est le cas d'un adolescent qui s'appelle, je crois, dans mon souvenir, Émile, qui est joué par Paul Kircher et qui donc devient bête, mais on va dire dans son coin. C'est vraiment une allégorie du secret. Il le cache de tout. Il devient bête. Il devient une bête. Une bête. Oui, oui, bête. Il devient bête. Et ça, je n'ai pas supporté. La bêtise sous toutes ses formes. J'ai quitté la salle. Et ce qui est terrible, c'est que j'ai des souvenirs. Où en fait, j'avais la boule au ventre. Mais déjà, comme si j'étais lui, qui devait à tout prix dissimuler les poils, les épines qui lui poussent, etc. Et surtout des comportements, et on y revient, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, où j'avais l'impression que ça appuyait de manière extrême sur la fameuse variable de la perte du contrôle de soi et de son image. Et il y a notamment une scène, et même là, tu me dirais, tiens, on la re-regarde. Je te dirais non, alors qu'elle est on ne peut plus banale. C'est, je pense, au moins la moitié du film, où... où la partie bestiale prend de plus en plus de place, il a un moment où self à la cantine avec ses amis au lycée. Et en fait, je sens l'énergie, les efforts qu'il met pour paraître humain, alors qu'il n'est plus tout à fait uniquement humain. Et il y a un moment, en fait, il ne se contrôle pas et il s'arrache une dent qu'il jette sur le plateau, là, entre le blé et le flanc. Moi, je me disais, non, mais c'est trop bon. En fait, j'ai envie de partir. Parce qu'on y revient, c'est le fameux, il est démasqué. Il est démasqué, mais malgré lui. Parce que c'est pas un choix désiré, conscient, où il dit « Ah, au fait, je suis aussi un peu un animal » . Je me disais « Mais quelle horreur ! » Donc ça, film qui, moi, en fait, c'est ça qui me fait peur au cinéma. Et toi, ce qui te fait peur, c'est de te mettre à la place de la personne pour qui le secret a été démasqué.
- Speaker #1
Oui. Je le vois comme une sorte de violation d'intimité, mais immense, où je me dis « Mais... » Ouais, c'est compliqué, là.
- Speaker #0
C'est vraiment compliqué, cette affaire de cantine.
- Speaker #1
Mais je relate, mais moi, plus sur le truc où... Quand je vois quelqu'un être démasqué, en fait, j'ai l'impression que quand il y a un masque qui se retire, combien d'autres il y en a derrière ?
- Speaker #0
C'est toujours, mais toi, t'es toujours une tradramatrice. On n'était que duplicité, mensonge !
- Speaker #1
Non, mais c'est vrai que j'ai du mal à calmer cette anxiété de si, par exemple, je sais pas, on m'annonce un secret, voilà, en fait,
- Speaker #0
il faut que je te dise, il me dit un truc, je sais pas, j'aurai pas d'exemple, mais un truc qui me paraît vénère, je serais en mode... Mais alors, tu penses pas que cette... peur d'un secret pour en cacher un autre ou du derrière, ça va avec justement dans la gestion du secret, je pense qu'il y a vraiment une problématique un peu de la parabole. C'est que si t'as un secret, ça devient de plus en plus important et urgent à le dire.
- Speaker #1
Bah, tout le monde a l'image d'une parabole.
- Speaker #0
Une fois que t'es au-delà de la montagne, qu'est-ce que tu peux faire ? Redescendre ! C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, t'es tellement habituée et tu commences tellement à évoluer avec ton secret que tout d'un coup, il n'y a plus d'autre solution que de construire une vie autour de ce secret. Donc en fait, ce n'est pas linéaire. C'est qu'il y a un moment où il y aurait les occasions et le moment où il faudrait que ce soit dit. Et quand ça fait trop longtemps que cette partie tu es cachée, elle est avec toi, tout d'un coup, ça devient complètement fou de se dire « je ne vais pas au bout de trois ans dire que j'ai un enfant si je ne l'ai jamais dit sur le moment » . Oui, il y a quelque chose d'un peu contre-intuitif. Donc je pense que c'est aussi ce qui toi te fait peur. Parce que les fameuses révélations soupçonnées, c'est parce que derrière, il y a souvent des années et des configurations de couches et de surcouches de cachoterie. Et sur ça, mon flab... j'ai un deuxième film qui, je pense, m'a mise encore plus mal que Le règne animal. Je sais de quel tu vas parler. Qui s'appelle Madeleine Collins. Tu le savais ? C'est un film, le protagoniste est joué par Virginie Effira, où c'est littéralement deux heures d'une femme qui mène une double vie, où elle a deux enfants en France et une petite fille avec un autre mari en Suisse. Elle arrive ce petit passe-passe grâce à son métier d'interprète qui fait qu'elle peut voyager entre la France et Genève. Et évidemment, plus les minutes défilent, plus cette duplicité, sa double vie s'effrite, jusqu'à un moment où, par des incohérences et des inattentions, les uns et les autres commencent à réaliser qu'elle n'est que mensonge, en fait.
- Speaker #1
Vous faites là ?
- Speaker #2
J'avais la même question, chère Margot.
- Speaker #1
Je ne savais pas que vous connaissiez Pierre-Paul.
- Speaker #0
Et là, ce qui est intéressant, mon flop, c'est que c'est le cas extrême du secret qui devient en fait un mensonge sur soi. Oui. Dans le sens où je me suis dit, tu vois, l'exemple de Madeleine Collins, c'est plus tant quelque chose que tu gardes dans ton jardin secret, du type une info, un événement, une action. C'est le récit de toi-même est faux. Et en fait, ton secret, c'est que t'es pas toi. Oui, c'est ça. C'est que là, c'est comme tu dis, c'est plus... C'est quelque chose qui va venir parler de l'identité de la personne. Direct, forcément, tu as tout l'effet domino de, en fait, qui es-tu ? Bah oui. Et sur ça, j'avais pensé, est-ce que t'avais entendu parler, mais... Enfin, on n'était même pas nés, je dis ça comme si, mais qui est passée à la postérité de l'affaire Jean-Claude Romand. Jean-Claude Romand, qui est vraiment une sorte de traduction, mais dans la vie réelle du film Madeleine Collins, c'est un vrai faux médecin. Dans les années 80-90, il a été démasqué dans les années 90, mais il a quand même construit toute une vie, un mariage, deux enfants, et surtout une vie de médecin à l'OMS qui n'existait pas, puisqu'en fait il a raté, je crois, je ne sais plus si c'est sa première ou sa deuxième année de médecine. Et ensuite, il a continué de feindre le fait qu'il passait les étapes et sa gradation, le fait qu'il avait son diplôme, alors que c'était faux. Et ce qui est assez dingo, et c'est pour ça que l'histoire est passée à la postérité, c'est que ça a quand même tenu pendant pratiquement 20 ans. Enfin, je crois 19 ans.
- Speaker #1
Je ne vais pas lui concilier, il y en a eu plus.
- Speaker #0
19 ans, pas 20. Sachant que le type, il faut quand même se le dire, il y a toute une mise en scène. Enfin, c'est l'acteur du siècle, quoi.
- Speaker #1
C'est qu'en fait,
- Speaker #0
le matin, il partait, il passait ses journées pour lire des revues scientifiques à la bibliothèque ou il traînait sur des parkings. Il fallait donner corps à son faux self, mais vraiment extrême. Et donc, à un moment, ce récit s'écaille et ça va être découvert. Et qu'est-ce qui se passe ? C'est que c'est le fameux « mais en fait, je vais m'enterrer avec mon... » Justement, je parle trop loin dans mon ensemble. C'est assez drôle parce que mon lapsus est révélateur. Il décide pas de se suicider lui, mais de suicider ses deux enfants, sa femme et ses deux parents.
- Speaker #1
Ah d'accord !
- Speaker #0
Dans le sens, je vais enterrer les autres avec mon secret, comme ça, il n'y a plus les projections et les attentes sur ma personne, et en fait, ce que je ne suis pas. Et je me souviens que quand j'avais appris l'histoire petite, ce qui m'avait terrifiée, ce n'est pas tant le fait de « Oh là là, mais quelles logiques souterraines l'ont poussé à être quelqu'un qu'il n'était pas ? » Ok, il y a la dynamique de l'engrenage. Là où, en revanche, je me suis dit « C'est quand même fou ! » C'est de voir que, en fait, dans la... balance, au moment où t'as ton arbre de décision, tu te dis, garder une cohérence et une unité vis-à-vis de mon secret est plus importante que la vie de 5 personnes qui sont les 5 personnes les plus proches de moi.
- Speaker #1
Oui, non, mais c'est sûr. Après, là, c'est dans des cas extrêmes où je pense qu'il allait pas bien aussi, genre, juste mentalement, pour faire ce genre de choix.
- Speaker #0
Mais oui,
- Speaker #1
mais je vois ce que tu veux dire de, en fait, à quel point, quelquefois, les gens...
- Speaker #0
Je dis pas que je suis en clôture de roman. La personne secrète du coin de la rue. Je ne dis pas que tout le monde est un jour que je remords lui. Là, tu vois, c'est toi qui as besoin de te rassurer. Mais tu vois, il y a quand même quelque chose de... Bon, au bout du compte, le secret a pris le pas et a triomphé sur la vie, je le répète, de sa femme, de ses deux gosses et de ses parents.
- Speaker #1
Mais tu vois, ça, je me mets à la place de ses enfants et de sa femme, mais quelle est la pire chose qui puisse arriver que de découvrir qu'on te ment pendant 20 ans de ta vie ? Donc, je trouve ça assez...
- Speaker #0
Après, je pense que c'est une communauté de déni aussi.
- Speaker #1
Ah, ok, c'est intéressant. Ils disaient à quel point, en fait, la famille n'a pas joué un rôle de « vas-y, on va croire le secret » , alors qu'il y a quand même beaucoup d'incohérences. C'est ça.
- Speaker #0
C'est qu'en fait, au procès, la plupart des juges ont dit, il y a eu, c'est sans doute inconscient, mais son entourage a fermé les yeux. Parce que c'était sans doute une manière de se préserver, en fait, d'une rencontre brutale avec le réel, qui aurait mis à mal des années et des années d'illusions accumulées. Et donc, en fait, c'était drôle. Ce qui était ressorti, c'est qu'on s'était dit, mais en fait, la femme, les amis... les enfants de Jean-Claude Romand avaient envie de croire, au moins autant que lui, au fait que c'était un brillant médecin à l'OMS à Genève. Oui, c'est ça. C'est que, tu vois, par exemple, là, je me faisais la réflexion.
- Speaker #1
Quand je dis, par exemple, oui, j'ai du mal à recevoir les secrets, il y a aussi tout un truc de, en fait, j'ai pas envie aussi que les autres en aient. Tu n'as pas envie de te dire, ah bah en fait, comme la famille, je pose de Jean-Claude Romand. En fait, non, il me ment depuis 20 ans. Il n'est pas médecin, je le sais, je le vois. Quelquefois, tu essaies de te raconter une histoire comme quoi, non, il n'y a pas de secret. Alors que, bon,
- Speaker #0
est-ce que tu ne penses pas que ça revient à ce qu'on se disait au début ? Le fait de se raconter qu'on connaît les secrets de quelqu'un, ça crée, ça maintient une illusion de proximité et en fait de contrôle sur l'autre. L'autre ne m'échappe pas. L'autre, je sais ce qu'il est, il est transparent en moi-même, je suis proche de lui, il est fait comme un rat. De la part de... Là, parce que tu parles de... De ton point de vue, tu as de se dire, pour toi, je pense que c'est aussi peut-être une manière dans l'autre sens de te rassurer.
- Speaker #1
Oui, qu'en fait, il est transparent et qu'il n'y a pas de monstre dans le placard, quoi. et puis je pense que il y a eu toute une évolution aussi de mon côté justement pour accepter le fait que les gens auront des secrets malgré notre proximité et que même l'enjeu comme tu disais un peu plus avant du jardin secret est importante. Quelquefois je trouve qu'il y a aussi un courage à garder secret certaines choses parce que c'est aussi important. En fait les gens ont le droit d'avoir des secrets et ça veut pas dire qu'on est moins proche et ça veut pas dire qu'il y a quelque chose qui me cache. Quelquefois c'est pas forcément que quelqu'un cache quelque chose, c'est aussi juste un secret, enfin quelque chose qui est à lui. qui n'a pas de rapport avec moi. J'avais un peu une autre référence, mon fleuve, tu vas rire, parce que c'est quand même une référence plus... Voilà, c'est une sitcom des années 2011, qui s'appelle Brooklyn Nine-Nine. Je suis tombée sur un épisode pile au moment où on préparait ce petit EP. Brooklyn Nine-Nine, c'est l'histoire d'une brigade de police dans Brooklyn et un peu tous les aléas de leur vie. Et il y a un des personnages principaux qui s'appelle Jake qui noue une amitié avec un malfrat. Donc lui, il est policier et en fait, il est... ultra copains avec un malfrat qui s'appelle Doc Judy. Et il y a toujours un jeu de chat et la souris. En fait, il reste policier, lui il reste malfrat. Donc voilà, comment on fait pour continuer cette amitié ? Et en fait, il y a un épisode qui débute où Jack apprend que Doc Judy va se marier et qu'il fait un enterrement de vie de garçon et qu'il n'est pas convié. Donc il va voir Doc Judy, il lui dit, je ne comprends pas, on est censés être proches, pourquoi est-ce que... Et il lui dit, écoute, toi t'es policier et dans mon enterrement de vie de garçon, on va risquer de faire des choses un peu immorales. Et donc, te connaissant en tant que policier, je sais que tu vas avoir du mal à le garder secret et de ne pas aller appeler ta brigade. Et Jack, il dit, bon, est-ce qu'on ne peut pas trouver un entre-deux où tu ne fais rien de malfrat ? Comme ça, je n'ai rien à dire. Et juste, on fait un enterrement de vie de garçon où je n'ai pas à être témoin de ton secret. Donc, dans la réception, il n'y a rien, il n'y a aucun enjeu. Et comme ça, il n'y a absolument pas de divulgation. Et donc, il se dit, d'accord, on va faire ça. Allez, partons sur cette aventure. et bien évidemment, il fait aucun méfait mais ses potes qui n'étaient pas au courant et qui sont aussi des malfrats font un méfait où ils volent des diamants. Et donc là, Jack dit à Doug Judy, c'était pas le contrat. Là, je suis témoin de quelque chose. Je vais avoir du mal à le garder secret. Donc Doug Judy dit, on va retrouver encore une troisième voie où on va aller rendre les diamants, on va faire une casse à l'envers. Et comme ça, t'as pas de secret à garder parce qu'au final, on a rendu les diamants. Et donc, ils font la casse à l'envers, le truc se passe bien et à la fin de l'épisode, t'as Jack qui a appelé tous les policiers.
- Speaker #0
Non mais voilà, je suis désolée, c'est vrai qu'on fait 50 minutes où on essaye de me réconcilier avec le secret, pour encore qu'on me prouve que les gens ne sont pas des mécontents. En même temps,
- Speaker #1
il avait prévenu, il a dit, je pourrais pas, s'il y a des méfaits immoraux, moi je suis policier, si je vois des malfrats qui sont en train de violer des diamants, c'est très difficile pour moi de recevoir ce secret et de ne pas le divulguer. En gros, Doug Judy dit, c'était tout ce que j'attendais. Comme je vais me marier, ma femme me demande de ne plus être avec des malfrats, donc c'était ce que j'attendais. Quand en fait, je vais les foutre en prison et qu'ils ne soient plus dans ma vie. Mais je trouvais ça méga intéressant sur... Typiquement, quand tu reçois un secret et que tu as demandé de ne pas être témoin de ce secret, que tu l'aies quand même, bon, l'enjeu un peu de...
- Speaker #0
Oui, qu'est-ce qu'on en fait ? Qu'est-ce qu'on en fait ? Et surtout, une fois encore, du coup, ça reste un secret. Parce que pour ça, j'avais lu une citation, mais il y a des années, mais qui m'a re-pop-up en pensant à cet épisode. C'était l'époque où j'avais encore un mur Facebook. Et j'étais tombée sur une super citation, juste avec un fond criard et des petits brins de muguets. où il était écrit, et à l'époque j'avais cru que le sens de la vie s'ouvre à moi. A 2, c'est un secret. A 3, c'est une confidence. A 4, c'est une rumeur. Oh, waouh ! J'aime bien cette phrase. Et j'avais trouvé que c'était assez intéressant pour montrer l'évolution de la chaîne autour du secret, et surtout à quel point, plus elle s'agrandit, plus la personne qui est en N plus 3 plus 4 plus 5 se sent complètement déresponsabilisée vis-à-vis du secret. Si moi je te dis quelque chose d'autrement confidentiel, ça je peux avoir du type, je sais pas, j'ai tué quelqu'un. enfin peut-être un exemple moins grave parce que j'ai vu que t'étais dans non mais ça c'est une vraie question, à chaque fois on te demande est-ce que tu serais capable de cacher un corps enfin bref, je te coupe mais ah bah typiquement, c'est une expérience de pensée moi j'aime beaucoup, c'est vrai que je me suis dit ok l'enjeu de la conscience chez moi est sans doute tellement important que de manière régulière je pose cette question à mes proches est-ce que si je veux tuer quelqu'un tu serais me dénoncer ? Alors spoiler alert mes parents m'avaient dit bien sûr que oui ça veut dire que tu es un nuisible pour la société Merci. Non, moi, par contre, je n'aurais jamais l'offense de... Je ferais toujours en sorte que ce soit la personne elle-même qui se délève.
- Speaker #1
Enfin, qui dise le secret.
- Speaker #0
Je m'aurais juste écrit sur une feuille A4, c'est mal. Non, tu vas te sentir mal.
- Speaker #1
Ça dépend des degrés d'amour, mais bon.
- Speaker #0
Après, d'un contexte, il ne faudra pas faire un EP sur un fauteuil ou pas. Balancer son pote qui est un tueur, c'est un peu plus de niche.
- Speaker #1
Mais un peu, j'ai regardé un truc et j'ai pensé à toi sur pourquoi est-ce qu'on va révéler un secret. parce que Il y avait un peu l'enjeu de le dire, l'enjeu de le recevoir, et ensuite il y a l'enjeu de le divulguer ou non. Et sur l'enjeu de divulguer, je suis tombée sur une... Alors, c'est une étude psychologique expérimentale de pourquoi, qu'est-ce qui fait qu'un secret va être révélé ? Je me suis fait tomber à la table. Ça vient de les conséquences relationnelles de la révélation des secrets d'autrui, de journal de psychologie sociale expérimentale, donc il y a plein de noms, mais je vais quand même les citer parce que c'est tout de même mieux.
- Speaker #0
mais on a Evan Hart, Eric Von Tips, Daniel... Yudkin et Maurice Schweitzer. J'ai sûrement écorché. Il y a sûrement 4 personnes qui saignent ou qui pleurent.
- Speaker #1
Mais en gros, il disait que ce qui est intéressant, c'est que généralement, pourquoi est-ce qu'on révèle un secret ? C'est qu'on fait un truc... Enfin, on fait un calcul coût-avantage. Est-ce que je suis plus proche ou j'ai plus d'obligations envers une personne ou l'autre ? Et eux, ils ont fait une étude sur... l'acteur, donc il y a un acteur qui a un secret, il y a un partenaire pour qui le secret le concerne, et il y a un public qui peut être intéressé par ce secret. Et il expliquait qu'en fait non, la personne ne va pas tellement révéler le secret si elle a plus ou moins d'obligations avec l'une et l'autre, c'est plutôt ce qu'ils appellent eux la gestion de l'impression, c'est plutôt l'image qu'on va avoir d'eux parce qu'ils partent du principe que le secret sera divulgué. Au moment où il va y avoir la divulgation du secret, de quel côté les gens vont estimer que j'aurais dû être ? Et c'est ça qui va faire que s'ils vont révéler ou non le secret. Ah merde ! Donc on y revient en fait,
- Speaker #0
c'est avant tout une action extrêmement égoïste, en tout cas basée sur l'avantage qu'on va retirer pour nous.
- Speaker #1
C'est ça. Et du coup, il prenait un peu le contre-pied de, non, c'est pas tellement que t'es proche ou pas proche de la personne, c'est plutôt qu'au moment où le secret va se révéler, de quel côté t'aimerais que les gens te voient ?
- Speaker #0
Et d'ailleurs, c'est le fameux, bon, je te l'ai dit, mais tu dis surtout pas que je te l'ai dit. Sous-entendu, en fait, ce qui m'importe, c'est surtout de ne pas être incriminée. Le reste, je m'en fous. Franchement, que tu sois la pide en place publique, why not ? En revanche, tu ne serais pas cette personne qui... Qui a trahi la confiance du secret ? Non, mais c'est pas possible. C'est le point au départ, c'est le point d'arrivée. C'est qu'en fait, on règle avant tout quelque chose de soi dans cette gestion du secret. D'ailleurs, mon flop, est-ce que c'est pas le moment tout trouver pour passer plutôt, en fait, j'ai envie d'appeler ça communément, un TP, un travaux pratique autour du secret où on va se révéler un secret dans le fond du fond. Ce qu'on veut, c'est apprendre des choses l'une de l'autre.
- Speaker #1
Est-ce que tu ne voudrais pas commencer, mon flop, sur ce petit secret que tu as à me dire ? J'ai un peu hâte parce que, vraiment, au premier degré, je crois que ça n'est jamais arrivé de recevoir un secret. On y revient,
- Speaker #0
c'est qu'en fait, je ne dis pas mes secrets. Jusque-là, au moins, je me suis batraillée. Je suis assez raccourte entre ce que j'ai défendu et comment je vis. Imagine, le podcast, là, je te lis tout d'un coup. Tu vis tes secrets. Justement, parce que je trouve que ça illustre très bien tout ce que j'avais dit tout à l'heure sur... J'avais tellement enfant et adolescente... parce que je vais remettre une petite mise en contexte, le secret que j'ai fini par révéler à mes amis, c'est quand j'étais en classe de 5e. En décembre 2012, je précise, puisque tout a démarré, enfin le problème autour de ce secret a démarré à une boum de fin de semaine qui était censée être une boum d'adieu. Une fois encore, mais je crois qu'on a déjà fait des anecdotes dans ce sens, le 21 décembre 2012 était prédit la fin du monde par le calendrier maillard.
- Speaker #1
Ouh là, je me souviens !
- Speaker #0
Et voilà, cette fin du monde qui était annoncée, on avait 12 ans à l'époque. Donc, on en a fait tout un truc immense.
- Speaker #1
Jusqu'à la boum d'agne, carrément.
- Speaker #0
Et on s'était monté le bourrichon, on s'était dit, on va tous se dire adieu au cours d'une boum. Puisque lundi, nous ne serons pas en cours. C'est tellement dramatique. Évidemment, lundi, on était en cours de techno tous ensemble. Mais vendredi soir, on s'est dit, c'est nos dernières heures ensemble. On était un peu excités par cette fin du monde. Je me dis, mais qu'est-ce que c'est que cette classe de 5e tellement nihiliste ? Et je trouve qu'à cette boum, j'embrasse. Un garçon. Je tiens à le préciser, c'est pas que je suis complètement poil dingue non plus, c'est pourquoi le secret, c'est parce que personne ne me voit. On s'embrasse, je ne sais plus dans quelle maison on était, mais bon, évidemment, on n'avait pas loué nous-mêmes une maison, on était chez des parents. Et on s'embrasse, je ne sais pas, dans un bout de couloir ou dans une salle de bain, je ne sais pas. Personne ne nous avait vus. Et typiquement, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, alors là, s'enclenche la dynamique folle de la fameuse parabole. Assez vite, je me dis, il faut absolument que je révèle ce secret à mes amis. Et en même temps, j'avais une sorte de force contradictoire de... Non, mais je ne me sens pas à l'aise. C'est un truc ultra intime. Je ne suis plus dit que je n'y arrive pas. Donc, toute la soirée se passe.
- Speaker #1
Est-ce que lui, tu avais dit... C'est entre nous ? Non, pas vraiment.
- Speaker #0
Justement, c'est que pour le coup, je n'avais pas du tout, si tu veux, de...
- Speaker #1
Pression.
- Speaker #0
De pression, exactement. Une sorte de chape de plomb du type. Ça reste entre nous. Je veux que tu restes secrète. Lui était plutôt ni l'un ni l'autre. Enfin, très masculin, très décide pour moi. En revanche, moi, j'étais excessivement, mais... quand je te dis que j'avais disparu de la surface de la Terre. J'étais, mais qu'est-ce que je vais faire de cette... Enfin, j'avais l'impression que le plus gros enjeu, c'était pas tant, voilà, cette superbe romance naissante que la gestion de comment je vais pouvoir dire à mes proches que j'ai embrassé ce garçon. Parce que je n'y arriverais pas. Oh non ! Et donc, toute la boum se passe. Et en fait, j'étais, mais comme... Comment dire ? Ouais, en tout cas, plutôt, justement, dissociée, défasée. Où les conversations se déroulaient. Et moi, je me disais juste... Non mais voilà, là ce serait le bon moment pour le dire et tout, j'y arrivais pas. Et en fait, c'est passé plusieurs jours, qui se sont transformés en semaines, sachant qu'en plus avec ce garçon, c'est revu, on s'est embrassé dans un autre parc. Donc en plus je me disais, le fameux, c'est ce dont on vient de parler, le secret qui grossit. Parce qu'en fait il y a un tissu, il y a une histoire après autour du secret. Où je me dis, en fait l'enjeu redouble. Ce garçon c'est plus malheureusement un détail de l'histoire. Parce qu'il revient dans l'équation et je continue de le taire. Et donc, je finis par le dire, mais au bout d'un mois, un mois et demi. Mais sur le moment, j'ai l'impression que je vais mourir en direct. Et en effet, ce que je voulais éviter a été l'effet produit.
- Speaker #1
Tu nous l'as caché. Voilà,
- Speaker #0
toute la peur autour du dévoilement de soi, de la vulnérabilité, sur le moment, a exacerbé. Précisément parce que j'ai avancé comme masquée. Et que forcément, surtout, rappelons-le, on était en cinquième. Donc, on n'était pas non plus au climax de la maturité émotionnelle. Mais ça a été... Non mais t'es vraiment horrible ! Tu rigoles avec nous tous les jours et tu nous as pas dit que tu l'avais embrassé, on va l'appeler Monsieur X, par souci de protection de sa vie privée. Et en fait, c'est drôle parce qu'il s'avère que pour la suite, ce garçon a été assez insignifiant dans ma vie. Mon souvenir le plus chargé, c'est Patan. cette petite romance que le dire. Mais ça, c'est compliqué. Et c'est pour ça que je me dis, des fois, ça me pend au nez. C'est que là, il faut absolument que j'évite un cas de figure où je vais dire à des amis que j'ai pas vus, ah oui, au fait, bah voilà, j'ai mon enfant. Il rentre en CP. Tu voudrais le voir demain. Ça me pend au nez, cette histoire. Je vais dire, mais une énormité de... Ah oui, au fait, le fameux... Ah ouais, le fameux au fait. Ce que je dis après, tu vois, pas avant ni pendant. Mais parce que t'aurais pu... Là où t'as été quand même honnête, c'est que t'aurais pu...
- Speaker #1
C'est un danger pour toi encore, je me plaise. T'aurais pu dire,
- Speaker #0
on s'est embrassés il y a deux jours,
- Speaker #1
tu vois.
- Speaker #0
C'est que t'as été honnête quand même. Ah non, pour le moment,
- Speaker #1
je voulais pas être malhonnête.
- Speaker #0
Je me suis dit, je vais pas... J'ai déjà du mal à me fesser, c'est pas pour en plus que ma confession soit complètement fausse. Je me suis dit, aucun intérêt à se livrer si c'est pour en plus livrer un full mytho. Donc j'ai dit la vérité, mais juste les autres étaient... Énormément têtues ! mais Pourquoi ça fait un mois et demi que tu regardes la tomblée à la cantine au lieu de nous dire ça, quoi ? Bref, au-dessus.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux que je te révèle mon secret, mon flop ? Oui, mon flop. Alors, pour le coup, pareil. Donc, comme on était un peu plutôt dans la réception de mon côté, je vais te raconter une petite anecdote où j'ai reçu un secret. Et ce qui est fou, c'est que je me souviens que ça avait été un énorme truc de recevoir ce secret parce que je l'avais écrit dans mon journal intime et je l'ai ramené. Parce que déjà, donc, un peu à la caméra, mais... Il y a un porte-clés qui va avec, avec des dauphins, et il y a un L et un cœur brisé. Et en fait, de base, c'était le cœur qui devait se recomposer quand il y avait ma meilleure amie qui mettait son cœur.
- Speaker #0
Oui, les fameux cœurs de meilleure amie. Exactement. Oui, les fameux cœurs. Donc j'ouvre ce petit carnet.
- Speaker #1
J'étais à une soirée, parce que c'est vrai que quand j'étais petite, les secrets, je les associais vachement aux adultes.
- Speaker #0
Et puis de toute façon, quand j'étais petite, j'avais plutôt des relations avec des adultes. Enfin... Je ne sais pas comment ça a été dit. Je vous en supplie.
- Speaker #1
Bon, on était dans les révélations. Tu te souviens, on voulait éviter de mourir avec nos secrets. J'avais du mal à relationner avec des gens de mon âge. Je parlais plus avec les adultes, je m'assieds à table avec eux. J'étais en mode, discutons des grands sujets, mais je n'avais rien à dire. Et il se trouve qu'il y avait une femme qui m'aimait bien. Maintenant avec le truc sur ma doigt, c'est trop bizarre.
- Speaker #0
Elle t'aimait bien.
- Speaker #1
Non, mais qui était trop gentille avec moi.
- Speaker #0
Ah ouais ? Ça commence souvent comme ça, ouais. La fameuse gentillesse adulte, oui.
- Speaker #1
Non, et qui était quelqu'un de ultra extraverti et qui en fait était très secrète de les secrets qu'elle ne disait pas et notamment à son mari. Et en fait, à un moment, donc moi je suis dans une fête avec toutes les adultes, donc c'est une amie de mes parents, voilà, et je vois qu'elle s'éclipse. Et moi, comme je l'aimais beaucoup, je la suis. Tu vois, je dis, bah, quelque part,
- Speaker #0
je pouvais aller avec un vrai adulte.
- Speaker #1
Et en fait, quand je vais avec elle, je vois qu'elle embrasse quelqu'un. Je l'avais quand même capté que le quelqu'un qu'elle embrassait, ce n'était pas son mari. Et du coup, je vais te lire un peu.
- Speaker #0
Je t'en chuis le truc.
- Speaker #1
Donc déjà, putain, c'est... Donc là, attends.
- Speaker #0
Tu as quel âge à peu près ? Là, je pense que je suis quand même... J'ai 7 ans.
- Speaker #1
Tu penses que... Oui, t'es petite encore. Oui, je suis petite.
- Speaker #0
T'es très petite. Donc là, c'est un journal intime en plus d'une...
- Speaker #1
On va dire, pareil, quelque chose qui faisait très climat incestuel d'une très jeune fille.
- Speaker #0
Oh non. Quelle horreur. Bref, donc je lis. Lis donc.
- Speaker #1
D'ailleurs, c'est un peu bizarre. Ah non. Oui. Bon, ça commence de « et puis après quand elle est sortie » . Ça tombe bien. « Je quittais pas des yeux » Je vais enlever son nom. « et un homme aux cheveux noirs et bouclés. Ils sont partis ensemble, j'avais envie de les suivre, mais quelque chose me disait qu'il ne fallait pas. »
- Speaker #0
Oh, j'adore, quelle dramatisation de la scène.
- Speaker #1
« Et quand ils sont revenus, dix minutes après, l'homme aux cheveux noirs et bouclés a donné la main à un autre homme assez âgé, puis ils sont partis tous les deux et on leur a dit au revoir. » Kyo et moi. C'est mon frère. Après... à ma grande surprise, nous a dit en murmurant que l'homme aux cheveux noirs et bouclés, c'était son amoureux et qu'elle l'avait embrassé. Et c'est pas fini. Elle nous a dit qu'elle lui avait fait un bisou sur la bouche. J'étais stupéfaite.
- Speaker #0
Oh, j'adore, c'est tellement mignon.
- Speaker #1
En plus, je crois qu'elle avait un autre écrit N-O-T-R-E.
- Speaker #0
Mon flop, t'avais 7 ans, c'est déjà extrêmement bien écrit. Oui, bon.
- Speaker #1
Attends. En plus,
- Speaker #0
je crois qu'elle avait un autre qui est elle avait fait un enfant. Bon. Un autre homme, enfin un autre amour. Oui, mais qu'elle avait un enfant.
- Speaker #1
En gros, la traduction, c'était que j'avais capté qu'elle avait embrassé son amant et qu'elle avait un enfant avec son mari. Oui, voilà. Mais tu l'as dit de manière un peu alambiquée.
- Speaker #0
C'est le typique style Marcel Proust.
- Speaker #1
Dès l'aube de France.
- Speaker #0
Je me suis laissée emporter par la vie.
- Speaker #1
Tu faisais beaucoup de virgules, oui. Et ce qui est un peu drôle, c'est que là, j'ai écrit en grand sur la feuille. Vas-y,
- Speaker #0
celle qui va absolument se récupérer les secrets des autres vas-y tu peux mais en tout cas j'étais très contente qu'elle me le dise parce que ça c'est un véritable secret oh j'adore t'écrivais bien dis donc mon flop et
- Speaker #1
des beaux dessins non mais je trouvais ça dingue parce qu'en fait je me souviens que ça m'avait tellement marqué que c'est la première chose que j'ai écrite dans ce journal intime et en vrai j'ai plus écrit grand chose après pourquoi ? mon journal intime c'était top
- Speaker #0
ta première et ta dernière confession de ton journal intime.
- Speaker #1
Je me souviens, elle m'avait fait un clin d'œil. Un truc typique que tu peux voir dans le film où elle te caresse comme ça.
- Speaker #0
Je vais arrêter de parler. C'est horrible. En tout cas, tu as un très bon souvenir de toute cette histoire.
- Speaker #1
Un très bon souvenir. C'est super sourire.
- Speaker #0
C'est horrible. C'est horrible. Bon, d'un coup, c'est trop tard pour se sauver la face, là. Oui, bon. En plus, c'est bon. Mais je suis plus ou moins à la fin de l'épisode. C'est vrai que j'allais dire. Sur ce, peut-être que...
- Speaker #1
Voilà, on invite quand même à écouter le second épisode qui, pour le coup, serait un peu moins léger.
- Speaker #0
Un peu plus léger. C'est pas léger. C'est bien pour le coup... C'est très bon ce que tu viens de nous dire.
- Speaker #1
Oui, non, non, mais... On invite, parce que c'est vrai qu'on le fait pas, à quand même écouter la suite. de ce cycle secret.
- Speaker #0
Parce que pour le coup, on va un peu plus étudier l'omerta et les secrets quand ils sont gardés à grande échelle et qu'ils essayent de faire taire une parole qui, pour le coup, devrait être révélée, je pense. Oui, et puis pour le coup, j'ai ultra hâte qu'on passe de l'échelle très personnelle, où en fait tout ce dont on a parlé pendant X temps, c'était véritablement toujours dans un cadre intime. C'est quand même vis-à-vis de proches, c'est comment tu te montres, comment t'es authentique, comment t'es secret.
- Speaker #1
On va pas refaire tous les étapes de cet épisode déjà, non ! Donc c'est pour ça que, franchement, je suis plutôt très curieuse du poids des structures. Oui, deuxième épisode. Tout ça pour vous dire qu'on va peut-être vous laisser là pour le moment, mais qu'on vous invite à aller écouter l'intrigué. On peut aussi reprendre votre sou. Bon, allez. Ciao, mon flap. Ciao, mon flap.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter Faut-il se répéter les secrets ? Un épisode de la série. Les secrets du podcast FLOP.
- Speaker #1
Écriture, réalisation et production Marine Boudali et Luce Paz. Montage vidéo Clément Jam. Montage sonore et mixage Lucas Monon et Manon Jutel. Prise de son Mathéo Combi. Prise d'image Guilhem Leroux et Isaac Gourin. Communication et réseau Sybille Oïmans. Musique originale Georges Paz et Thomas Paz. Identité visuelle Paul Ardouin-Rignac et Luce Paz.