- Speaker #0
Sous-titrage Soci Pour moi, des flops, c'est synonyme de tournure, des rigolasses, c'est festif.
- Speaker #1
Au final, c'est vrai que ça vous rapproche et c'est trop bien d'en rigoler. Vous mettez les deux pieds dans la flaque d'eau et ça aspergeait partout. J'adorais, ça me fait penser à la pluie qui tombe.
- Speaker #2
Salut, moi c'est Marine. Salut, c'est Luce. Vous écoutez le podcast Flop. Aujourd'hui, nous abordons la série La douleur au féminin.
- Speaker #1
Épisode 1, entre crampes et confidences. Coucou mon Flop !
- Speaker #2
Coucou mon Flop !
- Speaker #1
Comment ça va ?
- Speaker #2
Extrêmement bien ! Pourquoi tu rigoles ?
- Speaker #1
Je sais pas. J'ai hâte. Est-ce que ça ira toujours bien tout le long de cet épisode ?
- Speaker #2
Ça, rien n'est moins chaud.
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais nous dire un peu pourquoi est-ce qu'on se rencontre là aujourd'hui ?
- Speaker #2
Eh bien, nous allons parler de santé au féminin et plus spécifiquement de douleurs féminines. On va concrètement et littéralement s'humilier un peu plus en racontant trois anecdotes de douleurs de femmes.
- Speaker #1
Autour du cycle menstruel en tout cas, sur ces douleurs féminines, trois douleurs. Donc douleurs physiques, un peu l'onte. et l'embarras également. Et puis, on finira par la douleur psychologique.
- Speaker #2
Ça donne envie. Ça donne très envie. On peut d'ores et déjà prévenir, pour ceux qui sont en train d'écouter, si vous mangez, arrêtez. L'envie va vous passer dans tous les cas, quoi qu'il arrive.
- Speaker #1
Est-ce que, mon flop, tu ne voudrais pas commencer avec ta douleur physique ?
- Speaker #2
Eh bien, écoute, j'ouvre le bal. avec ma douleur physique associée au cycle menstruel. Ce n'est pas la plus commune et celle à laquelle on s'attend, ce que seraient par exemple les crampes, mais la nausée. La nausée qui, chez moi, intervient au moment du SPM, c'est-à-dire syndrome prémenstruel, durant la semaine qui précède l'arrivée des règles, donc avant le début du cycle. Souvent, moi, ça intervient plutôt deuxième partie du spectacle, c'est-à-dire 48 heures avant l'arrivée des règles. Et c'est une douleur... qui est moins impressionnante et déjà qui n'est absolument pas visible, sauf complication, si vous voyez ce que je veux dire. Mais en fait, c'est une douleur qui est très fourbe, parce que t'as rarement la nausée de manière monolithique, à la même intensité, du matin jusqu'au soir. C'est une douleur qui fonctionne un peu par vague, par remont. Donc il y a des moments où tu crois que tu vas t'en sortir et que ça va mieux, et la seconde soudain, tout repart et en fait, t'as la nausée.
- Speaker #1
mais c'est pas... tant visible que ça, et pourtant tu l'as au quotidien tout le temps, quoi.
- Speaker #2
Bah du coup, je ne l'ai pas tout le temps. Tout le temps,
- Speaker #1
durant cette période.
- Speaker #3
Je suis nauséeuse, je vis dans la nausée. Ma vie est nausée.
- Speaker #2
C'est vrai que durant cette semaine qui précède les règles, j'ai toujours 48 heures où il y a l'enjeu et le souci de la nausée. Et pour moi, c'est vraiment la douleur qui explique ça. Si tu devais donner l'exemple de ce que c'est que l'inconfort et le mal-être, en fait, c'est la nausée, c'est la définition même, c'est la sensation de mal-être avant l'arrivée éventuelle de vomissements, concrètement. et pour donc le rattacher à une énigote. Plus précise qui a été associée à ce souci de nausée, j'en ai deux. J'en ai une où, justement, dans un moment comme ça, tout d'un coup, un peu d'espoir, une journée, j'avais la nausée, j'étais donc en SPM, il y a tout d'un coup une petite éclaircie. Dans l'après-midi, je me dis, ça va mieux.
- Speaker #1
Oh là là, ça va mieux, le soleil.
- Speaker #2
Et donc, qu'est-ce que je fais de manière précipitée ? Je me dis, je vais tout de suite reprendre la liste des choses que j'avais à faire, puisqu'en fait, c'est aussi associé à un handicap. C'est que tu es dans une sorte de vigilance et de peur. que justement, le contrôle de ton corps t'échappe et que tu vomis sur quelqu'un, littéralement. Et donc ce jour-là, j'arrive dans un magasin d'électroménager reconditionné, plus précisément pour changer une batterie de téléphone. Donc j'arrive, et ce qui est très drôle, c'est que j'ai le souvenir précis de me dire « Bon, il faut que j'opère vite, parce qu'à tout instant, je suis à nouveau mal, les nausées reprennent et je vis l'enfer. Je tombe. » Sur le premier vendeur venu, je lui explique la situation. Donc il commence à me présenter des batteries de téléphone reconditionnées. Il prend son temps quoi. Exactement. Et en fait... Au moment où moi je commence à être dans l'interaction et l'échange, je vois que les nausées reprennent et qu'en fait je me sens mal. On se trouve dans une situation où il me tend une première batterie et en fait je dis ah bah oui c'est parfait et je tends tout de suite ma carte bleue. Et donc en fait je vois dans son regard qu'il est interloqué, voire même apeuré parce que je pense qu'il se dit mais pourquoi cette fille a le faux fesse ? Ça fait deux secondes qu'elle est dans le magasin, enfin pourquoi elle veut prendre sa batterie dans la seconde quoi ? Et en fait c'est tout simplement parce que je commence à nouveau à être mal. Littéralement, c'est une scène qui paraît très anodine, mais je me souviens sur plusieurs minutes, être dans une sorte de dissociation. Ce que je renvoyais, ce que je jouais face aux vendeurs, à savoir un petit sourire poli, des questions sur les batteries, était vraiment en contradiction complète avec le fait que je me disais, mais à tout instant, franchement, là, je vais vomir entre la batterie et les cartouches d'imprimante. Et en fait, j'avais vraiment peur que ça se voit. En fait, tu sais, je surcompensais pour avoir l'air gay, que tout aille bien. Et je voyais qu'il avait peur. Il se disait mais elle est trop bizarre. Et je me disais mais je ne peux pas t'expliquer que ce n'est pas que je suis en fuite et qu'en fait j'ai commis un crime et que j'ai la police aux trousses.
- Speaker #1
Il faut absolument que j'achète tout de suite la batterie.
- Speaker #2
Non mais c'est juste que dans ma tête, je me disais j'ai envie de vomir. J'ai envie de vomir, je me sens mal.
- Speaker #1
Et est-ce que c'est des nausées qui peuvent amener concrètement à du vomissement ou c'est des nausées qui sont toujours là mais jamais vraiment tu vomis ?
- Speaker #2
Justement, ce qui est très douloureux, c'est que rarement, c'est pas comme dans le cas d'autres problèmes de santé qu'on nommera pas. mais où les vomissements arrivent à répétition. Voilà, pour les plus connaisseurs d'entre vous, vous comprendrez de quoi je parle, surtout qu'on est en automne, rappelez-vous, faites bien attention. C'est que c'est souvent une nausée sans issue. Tu as juste la nausée. C'est ça,
- Speaker #1
ça ne peut pas partir.
- Speaker #2
Exactement, donc tu n'es pas soulagée. Je me disais, ce moment, une fois encore, est ridicule, mais ce que je vivais intérieurement, je me niais. Il y avait un décalage immense entre ce que je renvoyais et ce que je jouais, comparativement à ce que je ressentais. Et pour finir, Une anecdote dans la continuité de ce souci de nausée avant les règles, c'était une fois où j'étais en train de faire une interview par téléphone avec une spécialiste de la littérature du 19e siècle. Donc universitaire. Pour le dire très concrètement, je partais sur un tunnel. Donc interview qui dure 1h30.
- Speaker #1
Tu retranscris et tout l'interview ?
- Speaker #2
Je prenais des petites notes. Je pose quelques questions, les 10-15 minutes se passent très bien. Et tout d'un coup, rebelote. Je me dis, je suis cuite. Je suis faite comme un rat. Je me sens vraiment pas bien. Et sauf que là, tu vois, pareil, je me dis, mais par téléphone, elle ne peut même pas me voir. Elle n'a même pas accès à mon regard, tu sais, pour se raccrocher à un bout de mon âme, pour se dire, ah bah oui, elle ne va pas bien. Donc, je me dis, c'est bizarre. Je ne vais pas lui dire, non, non, en fait, je vais arrêter. J'ai envie de vomir. Je pars, quoi. Ce qui s'est passé. Alors moi, personnellement, je trouve ça très drôle. Mais sur le moment, je me dis, franchement, ça en dit long sur ce qu'on est prête à faire en tant que femme en termes de contorsion pour masquer qu'on ne se sent pas bien. parce que ce qui s'est passé c'est que j'ai posé à un moment une question sur ah oui Et donc, quand il publie les mystères de Paris, blablabli blablablu, qu'est-ce que ça amène sur le roman Feuilleton, enfin bref. Une question à rallonge. Là, elle part dans un tunnel avec beaucoup de détails. J'ai littéralement posé le téléphone, je suis partie vomir. Et en fait, je l'ai reprise, elle était encore dans son monologue, et je dis « Oh, bah c'est super ! » « C'est super intéressant ce que vous venez de dire. » « Mais c'est tellement intéressant. » Et en fait, j'ai quand même fait ça trois fois.
- Speaker #1
« Oh, wow ! »
- Speaker #2
Ce qui me paraît beaucoup. Ça me paraît, oui, c'est beaucoup sur 1h30. Et là pour le coup j'ai vomi, donc trois fois Et ce qui était assez fou, c'est que j'avais qu'une trouille, c'était que je me disais, il y a un moment où elle continue d'expliquer l'enjeu de la littérature du 19ème siècle. Et elle entend. Et elle entend qu'il y a quelqu'un aux toilettes. Non, non, mais c'était ma peur. Et je ne crois pas. Alors soit elle aussi est une immense comédienne, possible parce que femme, soit juste, en effet j'ai bien réussi mon coup, en fait j'ai l'impression d'être dans Pékin Express, tu vois. Tout d'un coup je me disais, ok, là je sens, j'ai un peu de temps devant moi, je posais le téléphone.
- Speaker #1
Tu te mutais pas ?
- Speaker #2
Non mais juste je courais. Enfin ça se passait en moins d'une minute Je courais, je lâchais mon petit vomito Et je revenais, je disais ah oui et donc Bon c'est quand même un peu particulier
- Speaker #1
Surtout que sur le moment où tu t'es pas dit Je peux lui dire que justement je suis en SPM
- Speaker #2
Ça ne m'est même pas venu en tête Parce que dans mon esprit c'était inaudible Tu vois c'est tellement intériorisé Puis surtout je trouvais que c'était tellement étrange Comment expliquer à quelqu'un avec qui t'as passé 15 minutes Dans la joie, l'allégresse Que tout d'un coup, franchement t'as envie de te foutre dans la scène Parce que t'es pas bien Je me disais mais bah on y revient, elle va croire que je suis juste folle. Ou que, je ne sais pas, j'ai paniqué sur les mystères de Paris et que je veux partir, tu vois. Et ce à quoi ça m'a fait penser, donc là, c'est lié à mon moment au magasin d'électroménager, c'est que c'était au moment où était sorti un film qui s'appelle Sans Filtre, Triangle of Sadness. Donc ça devait être 2022, je crois même qu'il avait eu la palme à canne, mais ce n'est pas le sujet, mais j'ai quand même envie de le dire. Typiquement, ça m'a fait penser à donc une scène qui est un peu forte du film, qui se situe au début où en fait on suit des mannequins et des ultra riches en croisière. Et à un moment, il y a un dîner de gala sur leur yacht, où ils se mettent à avoir le mal de mer. Et en fait, c'est graduel. Tu sens, en plus évidemment, c'est une critique sociale des bourgeois. Donc tu sens qu'ils font tout pour, c'est l'expression, garder la face. Garder une contenance. Et à un moment, ça craque. Et ils se mettent tous à vomir. Donc t'imagines, c'est des dizaines de personnes, c'est les 4 tombes. Il y a du vomi partout. C'est un long plan séquence de 10 minutes. Et en fait, j'avais l'impression, tu vois, d'être ça. Enfin pour moi, c'était le...
- Speaker #1
Oui, des embâteaux qui sont en train de...
- Speaker #2
C'est ça et surtout j'ai l'impression que c'était en image un peu ma peur, le fait de se dire... On veut garder la face et à tout moment, le contrôle du corps va nous échapper. Surtout, tu vois, c'est un peu le tabou ultime. Il n'y a rien de plus ridicule qui te fait perdre tout statut, position dans l'échelle sociale que vraiment quand tu vomis par terre ou sur quelqu'un tu as. Donc je dirais que si certains d'entre vous ont envie de penser à mes 48 heures avant les règles, pensez à la scène du bateau de son filtre.
- Speaker #1
Mais d'ailleurs, mon flop, je me posais la question, est-ce que c'est quelque chose qui est arrivé un peu directement quand tu as eu tes règles ? Ou c'est quelque chose que tu ne liais pas trop à ça au début et qu'il y a eu tout un cheminement pour que tu lis ça au SPM ?
- Speaker #2
Très bonne question. En effet, il m'a fallu déjà beaucoup de temps pour connaître les étapes de mon cycle et associer ces moments de nausée à cette semaine de SPM et plus précisément, vraiment, la deuxième partie, l'annoncer de la suite du spectacle. C'est une sorte de scène grandiose qui te dit la suite arrive. Sois prête. Mais bon, bref, longue épopée. J'ai envie de te dire, mon flop, toi, quelle est ta douleur physique ?
- Speaker #1
Alors moi, ma douleur physique, c'est pareil, c'est un peu une épopée. C'est lié du coup au cycle menstruel aussi. Sauf que moi, il y a quelque chose qui vient se rajouter, c'est que je suis souvent sujette au cystite. Et d'ailleurs, ça viendra en deuxième partie, mais c'est en fait intimement lié. Et je partais en voyage, donc on était en été 2020. J'ai une journée un peu seule, où j'attends mon ex-copain à Rome. Donc en plus, je ne suis pas du tout en France. Et j'avais fait quelques petites cystites, enfin j'en faisais à répétition cette année-là, et c'était un peu compliqué pour moi. et là j'avais l'impression de retomber dans un cycle où en fait j'ai encore une cystite j'ai mal, ça va pas bien se passer, etc. Je commence à avoir une douleur en bas du dos énorme, qui ne part pas. Là, je suis en train de me dire, mais les reins sont attaqués. Mais vraiment une douleur où je prenais des Doliprane sur Doliprane parce que je n'avais que ça dans mon sac, et ça ne partait pas, quoi. Et j'étais vraiment, je me souviens, j'appelais mes parents, j'étais en plein rhum, je me pense vraiment que je vais aller aux urgences. C'est pas possible, la douleur est incommensurable. Je ne vais pas y arriver, quoi.
- Speaker #2
Parce que ça, ça dure sur combien de temps, cette douleur qui monte et qui part pas ?
- Speaker #1
Sur à peu près deux jours, on va dire. Ça commence un peu le soir. Je me couche, je me dis que ça va passer, etc. Le lendemain, ça ne passe pas du tout, du tout. À tel point que du coup, la première chose que j'ai fait quand mon ex-opin est arrivé, c'est on va aux urgences le matin, aux urgences en Italie. Et en Italie, en plus, il ne parle pas vraiment anglais. Enfin, dans l'hôpital où j'ai été, on ne se comprenait pas trop en anglais. Et moi, je ne parlais pas italien.
- Speaker #2
Ça présage du meilleur.
- Speaker #1
Ouais, franchement, c'était pas dingue. Et en fait, je passe parce que ça a été vraiment un épisode un peu traumatique. En vrai, même des urgences et tout, ça a été très compliqué. Il y a eu une ingérence à l'hôpital énorme. Ce qui fait que je suis restée trop longtemps là-bas et qu'ils n'ont pas réussi à trouver vraiment ce que j'avais. Et surtout, ce qu'il y avait, c'est que j'avais aussi du sang dans les urines. Donc ça, c'est quelque chose tout de suite qui indique que tu peux avoir une pilonefrite. Donc, un état très élevé de la cystite qui peut être potentiellement grave.
- Speaker #2
Qui est remontée dans les reins, en fait. Exactement. Et qui, après, peut déboucher sur une septicémie, littéralement.
- Speaker #1
Et à l'époque aussi, à noter, j'étais sous pilule. Ma pilule ne me convenait pas. J'avais de temps en temps des règles qui revenaient, même si j'étais censée avoir une pilule où je n'ai plus du tout mes règles. Ils finissent par me sortir des urgences en disant « Écoutez, madame, juste vous avez vos règles. » Je suis partie et c'était tout. Et vraiment, je me suis dit « Mais c'est quand même dingue. » Parce que j'ai une douleur qui ne part pas. Je suis à l'hôpital. Il n'y a pas trop de discussion derrière de « Il faudrait peut-être aller consulter, voir si vous n'êtes pas sujet à l'endométriose. » Parce que moi, à l'époque, je ne le savais pas. faire des examens et tout, c'est pas normal d'avoir autant de douleurs et non non Juste ils m'ont dit, c'était l'impression que vous nous aviez fait perdre notre temps Vous avez juste vos règles, je vais rentrer chez vous
- Speaker #2
En fait ils ont littéralement nié ta souffrance Ils ont évacué le problème, encore une femme qui a ses règles, on a autre chose à faire, ciao
- Speaker #1
Donc ça a été ultra dur à recevoir Parce que quand t'es souffrante et qu'on te dit t'as rien En gros c'est un peu dur En fait tu comprends qu'avoir ses règles c'est égal à avoir rien C'est bon, tu l'as tous les mois, nous fais pas chier avec ta douleur Et du coup, c'est assez particulier, je trouve, tu vois, d'être « Ah bon, bah ok, puis j'ai fini au Doliprane, et puis j'avais mal, et puis c'est... » En effet, ça finit par partir, mais...
- Speaker #2
Oui, mais en fait, c'est quelque chose qui est parti avec le temps, mais dans un autre contexte, ça aurait été pris au sérieux et reconnu. On aurait peut-être évité de souffrir pendant plusieurs jours, plus souffrir plutôt avec une forte intensité, sans complètement minimiser ton ressenti en termes d'échelle de douleur, quoi.
- Speaker #1
Ouais, et ça, je trouve que ça évitait vraiment d'une grande violence, quoi. Et en fait, ça m'a fait penser du coup aussi à ce souci-là de la cystite, qui est en plus beaucoup plus chez les femmes. Donc je me suis renseignée, parce que même pour le podcast avant, je ne le savais pas vraiment, il y a vraiment une forte corrélation entre cystite et cycle menstruel. On a des corrélations inflammatoires. Quand tu es inflammé au niveau vaginal, ça peut contaminer les zones plus de l'urètre et de la vessie. Tu as des irritations aussi qui sont dues notamment même aux serviettes hygiéniques, aux tampons, etc. qui peuvent propager aussi des bactéries. Il y a plein de choses qui peuvent être liées aux deux. Et c'est vrai que pareil, moi j'ai eu une expérience où quand j'ai des sissis à répétition, on sous-estime cette douleur-là et on le lit à rien. C'est un peu l'expérience de ta souffrance, elle n'est pas très importante et on ne va pas chercher plus loin.
- Speaker #2
Oui, c'est ça. Et puis en plus, il n'y a pas du tout d'approche holistique ou en tout cas plus globale de se dire, bon, en fait, à répétition et justement de manière cyclique, il y a peut-être des corrélations qui font qu'il faut prendre en compte ton cycle global et ce qui peut induire ou catalyser le fait que, par exemple, tu vas être inflammé au niveau de la vessie.
- Speaker #1
Exactement. Et ça, c'est des trucs où je me suis dit, ben voilà, en fait, encore une fois, c'est moi, en faisant mes petites recherches, en discutant ou en voyant un peu sur les réseaux, que je fais des petits liens. Et bon, ben voilà, je suis quand même suivie par des médecins, je vais aux urgences. Enfin, c'est pas rien, quoi. Il serait temps de prendre un petit peu plus en considération les douleurs au féminin. Bien sûr,
- Speaker #2
bien sûr. Non mais même de la part du... Alors après bon, c'est quand même en évolution et je trouve que la nouvelle génération du corps médical est quand même globalement, on ose espérer, mieux formée et plus informée. C'est vrai que moi j'ai quand même un souvenir où la première fois où j'avais parlé à un gynécologue à l'époque de douleurs que j'estimais assez fortes, j'allais dire oui je suis pas du genre à me plaindre mais quand même je serais du genre à me plaindre. Peu importe, je me souviens, alors même que c'était une femme. C'était une dame plutôt âgée, elle m'avait quand même répondu et rétorqué « Oui mais vous n'êtes pas au sol quand vous avez mal. » Son vrai critère de diagnostic qui allait se dire « Ok, est-ce qu'il faut que je m'inquiète ou pas ? » c'était « Oui mais concrètement, durant cette période-là, est-ce qu'il y a des moments où vous devez vous mettre par terre ? » J'ai envie de lui dire « Moi, je n'aime pas du tout être contre le sol. » Donc ça n'a rien à voir avec que je n'ai pas mal, c'est juste que je n'aime pas la joue contre le sol. C'est trop bizarre ce qu'elle dit. Je te jure qu'elle m'a dit, mais est-ce que vous êtes au sol ou pas ? Il y a des moments où votre corps flanche. Si vous êtes au sol, alors là,
- Speaker #1
je vais faire plein de choses pour vous. Et puis tu sais,
- Speaker #2
de manière complètement naïve, parce que je ne sais même pas quel âge j'avais. J'étais un bébé. En fait, moi, je n'ai même pas compris. Souvent, je me disais, ah bon, parce qu'il y a... C'est un symptôme, ça. Exactement, je me disais, c'est un symptôme, c'est un syndrome. En fait, on va lécher le sol. Enfin, il se passe quoi ? Non, pas du tout. C'était juste un fort mépris pour ma douleur, en fait. d'une franc-corde.
- Speaker #1
Le mépris...
- Speaker #2
Le mépris, le mot du jour.
- Speaker #1
Exactement. Bon Flop, est-ce qu'on passerait pas du coup à notre deuxième petite anecdote, plutôt sur l'embarras que peuvent nous provoquer justement ces douleurs liées au cycle menstruel ?
- Speaker #2
Écoute, avec joie. Enfin avec joie.
- Speaker #1
C'est horrible parce que, disclaimer, on rigole mais on en rigole entre nous, ça veut pas dire que le sujet est moins sérieux. Oui,
- Speaker #2
c'est rire pour ne pas pleurer, comme on dit à Mipolite. C'est très important. Alors, l'embarras ou la honte qui a été associée à une douleur, une fois encore liée au cycle menstruel, c'était dans une situation où j'étais en plus dans un rendez-vous professionnel, j'étais en plein pendant mes règles, et j'avais à ce moment-là un flux extrêmement abondant. Et pourtant j'avais pris mes dispositions, c'est-à-dire que j'avais mis, très concrètement, disons les choses, un tampon super plus et une culotte de règles.
- Speaker #1
Ah wow, ok.
- Speaker #2
Donc double protection. Mais vraiment que j'avais mis juste avant, parce que justement, et je pense que je ne suis pas la seule, on passe notre temps à appréhender et à contrôler les moments où précisément va se poser la question de là je suis dans l'espace public, ou bien j'ai une contrainte, je suis avec d'autres personnes, je ne vais pas nécessairement pouvoir accéder à des toilettes, bref. Donc j'avais pris quand même ces dispositions, et pourtant, en fait je sens que là mon flux est intense, et au bout je ne sais pas, mais peut-être de 30 minutes d'échange, en fait je sens que ça déborde. En fait, je sens... vraiment que j'ai du sang mais partout quoi et donc en fait je me souviens je me dis de toute façon globalement être une femme pendant le cycle c'est une formidable comédienne je mérite tout un Oscar parce que je me souviens me dire oh la la mais quelle angoisse je suis un tas de sang en deuxième partie du corps et on est là et en fait j'étais presque à un moment où je me disais mais en fait je peux même plus me lever pour aller aux toilettes parce que j'ai peur que ça se voit non seulement j'ai peur que ça se voit et deux j'ai peur aussi que ça se sente parce que bon Ça aussi,
- Speaker #1
on n'en parle pas du tout d'ailleurs.
- Speaker #2
On n'en parle pas du tout, en tout cas pas assez. C'est que le sang des règles a une odeur. Pas une odeur nécessairement très réjouissante et agréable. Et en plus, forcément, quand c'est le sang qui coule depuis nous vers nous, j'ai envie de dire qu'on est au cœur de l'événement. Donc en plus, je pense qu'on a un effet de loupe grossissante. On a l'impression que partout où on va, il y a la trace de ça. Il y a un côté peut-être aussi un peu... D'anxiété quoi. Exactement. D'exagération et d'anxiété en perception de la chose. Et donc, j'ai passé. une heure où je me disais, mais en fait, là, j'ai honte. J'ai honte parce qu'en plus, ça me rappelle souvent les premiers souvenirs que t'as quand t'es ado et que tu connais moins ton corps, t'as aucune idée de comment vont se passer tes premiers cycles et les fameuses tâches sur le jean. Le moment où il y a ta pote qui va te cacher, où tu vas aller dans les toilettes du collège, où tu vas mettre du PQ qui va t'irriter parce que t'avais pas prévu le coup. Et voilà. Et en fait, j'ai le souvenir de... Je le laisse partir et se lever d'abord. Vraiment dans une situation de...
- Speaker #1
Parce que t'es restée tout le long en fin de compte.
- Speaker #2
Je suis restée tout le long, parce qu'en plus je me disais, bon, il se trouve que c'est professionnel. Donc tu vois, une fois encore, je censure. Je me dis, mais je vais pas partir 20 minutes. En plus je me disais, pourquoi faire ? Là c'est trop,
- Speaker #1
je sens que de toute façon, tout va être pire.
- Speaker #2
Ce qui s'est passé concrètement, c'est qu'on a poursuivi l'échange. J'ai vraiment attendu le tout dernier moment qu'il parte, qu'il referme la porte du café pour me dire, bon bah là maintenant, j'ai plus de regard sur moi. je peux être honteuse mais uniquement Je suis rentrée chez moi et en effet, l'image que j'ai de cette scène, c'est en fait vraiment je me mets dans ma douche et je me dis mais en effet, je suis trempée, c'est horrible, j'ai l'impression d'être sale. Et ça m'a fait penser le jour où ça m'est arrivé, un film que j'avais vu plus jeune et qui m'avait beaucoup marqué parce que je l'avais trouvé horrible, ne serait-ce que visuellement. Ça s'appelle Carrie au bal du diable. C'est un film de Brian de Palma, je crois, c'est un vieux film des années 70. Une des premières scènes, c'est justement une adolescente qui... se met à avoir ses règles dans une douche du lycée où elle est en train de se changer. Et ce qui est extrêmement violent à regarder, c'est qu'en fait, au lieu d'être soutenue par ses camarades et qu'on lui explique, elle ne reçoit que moqueries, stigmatisations et on lui hurle « plug it in » « plug it in » « fout-toi ton tampon »
- Speaker #1
Voilà, exactement,
- Speaker #2
merci. Elle se retrouve en position fétale et c'est sa professeure de sport, donc une femme, qui la récupère et qui lui explique l'origine de ce sang.
- Speaker #3
Carrie ? Hey Carrie, I want to talk to you. It's about this attitude you have about yourself. I mean, you're always walking around with your hair down or walking around...
- Speaker #2
Sur cet embarras et cette honte, c'est que je pense que chez moi, ça déclenche très fort le sentiment de la perte de contrôle mais lié justement à un flux que tu ne contrôles pas et qui ne va pas dépendre de ta bonne volonté ou de ton envie. Et en plus, c'est vrai qu'on a tellement encore l'héritage de ce sang, où ça reste associé quand même à une vision de quelque chose d'un peu souillé, de sale, qui fait peur, qui déborde, que j'avais vraiment un peu l'impression ce jour-là d'être Carrie, de me dire mais oh là là, j'ai peur. Alors même que j'étais bon, Marine, t'as peur, ça fait quand même plus de dix ans que... Oui,
- Speaker #1
mais c'est pas parce que ça fait dix ans que tu les as qu'il n'y a pas justement des moments où c'est un peu plus catastrophique et que ces moments, il ne faut pas les écouter et se dire de toute façon, c'est ça, tu vois. En plus, ce que je trouve bien, ça c'est un petit aparté, je sais pas si tu te souviens des publicités qu'il y avait où ils mettaient du sang bleu sur les serviettes hygiéniques, où ça avait fait énormément de débats, et où maintenant ils mettent du sang rouge, et plein de sang rouge. Où ils sont en mode, bah en fait non, on va pas non plus rendre honteux, c'est du sang, ce qui sort de nous c'est du sang, c'est pas du liquide bleu. Oui c'est ça, parce qu'en plus,
- Speaker #2
j'étais mais pourquoi, ça fait 50 ans qu'on se farcit des pubs, on nous fait croire qu'en fait on a un liquide vaisselle... Je t'aimais pas du tout. Mais attends, en plus, il se pourrait qu'il y ait un, voire des... Zabrouti-y au masculin, qui pense qu'il y a sincèrement ce genre de choses un peu bleuâtre qui sortent de nous. Non, pas du tout.
- Speaker #1
Il n'y a pas de honte à avoir du fait qu'on a du sang. C'est juste du sang.
- Speaker #2
Oui, mais en fait, tu vois, c'est ça. C'est que la société a tellement eu tendance à l'euphémiser et à l'invisibiliser parce que considéré non montrable, que toi, après, c'est tout un travail de déconstruction pour te dire « Bon, ben non, je ne vais pas par-dessus porter une culpabilité, une honte qui, en fait, ne m'appartient même pas. »
- Speaker #1
Mais tu vois, je me dis, ce serait impensable. Imagine, tu vois quelqu'un qui, c'est horrible comme expression, mais baigne dans son sang. Tu ne vas pas lui dire, retiens-toi. Enfin, tu vois, ça ridicule.
- Speaker #2
Ouais, mais en fait, on nous apprend tellement à justement, je trouve, masquer et faire en sorte que ça n'interfère pas. Tu vois, c'est quand même éduquer sur le fait de se dire, bon, ben voilà, c'est une donnée qui n'est pas chouette, mais la société, de toute façon, est pensée pour que ça n'interfère pas.
- Speaker #1
C'est que c'est tous les structures et la société autour qui font que, en fait, c'est comme si on était... déviante, alors que non, en fait, c'est juste que ce n'est pas fait pour ça aussi.
- Speaker #2
Je suis bien d'accord avec toi, mon flop. Et d'ailleurs, j'ai envie de te tendre le bâton de la parole, parce que je me réjouis de savoir que t'as été honteuse et pleine d'embarras.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #2
C'était une blague, hein. J'ai vu ton regard où t'étais, mais elle est vraiment monstrueuse. Non,
- Speaker #1
non, non, parce que j'étais en train de me refaire le film. Mais oui, oui, écoute, pour moi, ma petite anecdote de honte, c'est sur plusieurs épisodes, on va dire, mais je vais en parler d'un qui m'a quand même beaucoup marquée. J'ai de l'endométriose. qui est une maladie qui est liée à beaucoup de problèmes chez la femme. Notamment, c'est beaucoup, beaucoup de douleurs. Un des premiers signes de l'endométriose, c'est avoir beaucoup de douleurs et comme tu dis, un flux très abondant. Donc moi, j'ai eu ça très jeune. En vrai, dès que j'ai eu mes règles, ça s'est tout de suite déclenché. Ce qui a fait que très vite, moi, je portais des couches. Donc pareil, ça, c'est un peu honteux. Moi, je me souviens, en collège, j'étais vraiment dans un truc où ce n'était pas les petites serviettes hygiéniques. C'est que moi, il fallait vraiment des trucs où en plus, je les changeais. deux à trois fois par jour pendant les heures où j'étais à l'école. C'était assez compliqué, j'avais toujours l'impression qu'on allait remarquer sur mon jean que ça allait être la honte et tout, enfin bref. Tout ça pour dire qu'à un moment, j'ai fini par prendre une pilule, mais ça a mis du temps et surtout c'était la seule solution qu'on me donnait à l'époque. Ce que j'ai compris beaucoup plus tard, c'est que j'avais une endométriose digestive, c'est-à-dire que l'inflammation que j'avais au niveau vaginal se répercutait sur mon système digestif. Et ça, j'ai mis vraiment des années à le comprendre. Ce qui se passait, c'est qu'un peu avant ou un peu après mes règles, j'avais des crises d'estomac énormes. Où en fait, je m'étais à vomir, que j'avais des problèmes digestifs. Enfin, c'était horrible. Et la douleur était telle dans mon estomac que je m'évanouissais. J'avais toute une période d'anxiété. En fait, quand tu vois que la douleur est trop énorme, je commençais à beaucoup ventiler. Je perdais un peu connaissance. J'enlevais, parce que comme j'avais très chaud aussi d'anxiété, je pense, j'enlevais toutes mes couches. Et je finissais nue comme un verre dans les toilettes, évanouie. Je me réveillais pour aller aux toilettes ou pour vomir. C'était horrible. C'était très honteux parce que je pensais que c'était lié à mon système aussi digestif. Et en fait, on a fait la corrélation entre les deux. Et il y a un épisode qui m'a particulièrement marquée. D'habitude, j'avais la chance, entre guillemets, que ça se passe dans mon domaine familial. Je n'ai pas du tout le domaine familial.
- Speaker #2
J'allais dire, mais quelle chance !
- Speaker #1
Non mais, dans mon domaine familial.
- Speaker #2
Je m'évanouis tranquillement chez moi. Franchement, j'ai beaucoup de chance.
- Speaker #1
et je sais que j'ai traumatisé par exemple un de mes frères dessus parce que du coup en plus ma mère c'est vrai que c'est impressionnant ma mère criait Luce réveille toi nanan et tout mon père qui courait de nanan enfin bref.
- Speaker #2
Oui une tragédie en trois actes c'est qu'en plus par dessus la réception elle est intense.
- Speaker #1
Voilà c'est ça et c'est qu'en plus moi je m'enfermais dans les toilettes parce que j'avais pas envie qu'on me voit comme ça et ma mère tomboyait nanan Luce tu t'enfermes pas et tout ce qui est vrai faut pas que je me conne la tête en m'évanouissant c'est pas bien et il y a un épisode qui ne s'est pas passé en intérieur ou dans mon domicile familial en fait dans la rue je sens la crise arriver Et là, je me dis, oh putain, merde, je n'ai pas d'endroit où aller tout de suite. Et je dis, ah merde, il faut trouver des toilettes là tout de suite, maintenant, tout de suite, maintenant. Elle regarde et tout, et on finit par voir qu'il y a un petit subway dans le coin qui a des toilettes. Honnêtement, d'habitude, j'ai un peu la honte de dire, est-ce que je peux emprunter vos toilettes ? J'ai foncé aux toilettes et je sens la crise arriver. Je commence à ne pas me sentir bien, j'ai des nausées, j'ai le ventre qui se tord, qui se tord, qui se tord. Et là, comme d'hab, je commence à me déshabiller. j'enlève un premier truc, j'enlève un deuxième truc la chaleur part pas La douleur provoque une sorte de chaleur où j'ai envie de tout retirer. Oui,
- Speaker #2
puis en fait, je pense que sur le monde, c'est tellement inconfortable que ton corps, il essaye de dévacuer. Il essaye d'évacuer la transpiration.
- Speaker #1
Je commence à perdre connaissance, je deviens toute blanche, livide. Ma mère, du coup, interdit un peu l'accès aux toilettes des gens du subway. Tu vois, en mode, venez pas parce qu'elle est vraiment nue comme ma mère. C'est vraiment pas le moment de... Éclater par terre.
- Speaker #2
Je vous assure que vous n'avez plus envie de faire pipi.
- Speaker #1
Ouais, voilà. Et du coup, la crise finit par passer. C'était des contractions qui arrivaient en bas du ventre, qui se répercutaient tout en haut du ventre. Ça finit par partir ces contractions. La crise est passée et ça s'est fini plus ou moins bien on va dire. Mais c'est vrai que c'était très impressionnant.
- Speaker #2
Et tu as réussi à ne pas t'évanouir dans les toilettes du subway ? Ah si,
- Speaker #1
j'étais évanouie et nue dans les toilettes du subway. Ok, ah ouais. Oui en fait c'est ça,
- Speaker #2
c'est que tu t'es quand même retrouvée dans une situation où tu étais... Et extrêmement vulnérable, et comme tu dis, pas en plus dans un cadre intime avec tes proches où tu te sens rassurée.
- Speaker #1
Pas du tout, après il y avait ma mère et mon père. Après on n'a rien connu de la franchise ce bouet. Non, non, mais c'était kata en vrai, c'était kata et pour le coup c'est vraiment la honte quoi. Parce que tu te dis, mais le mec il descend les escaliers et je vois ma mère qui fait, non passe pas, passe pas. J'étais vraiment en mode...
- Speaker #2
Ah mais c'est évident que les individus IS ne sont pas tous prêts pour cette partie de la vie.
- Speaker #1
Ah non, non. Et j'avais aussi eu un épisode qui m'a moins choquée, mais qui reste choquant, où ça m'était arrivé aussi en vacances. Et là, j'étais pas... Parce que souvent, dans ces moments-là, je demandais qu'il y ait personne d'autre que ma mère, qui comprenait vachement, parce que je voyais mon père qui savait pas trop gérer, donc je voulais pas lui infliger ça. Et les autres, je veux pas, parce que vraiment, de devoir justement jouer la comédienne sur un truc de souffrance où juste tu ne peux pas jouer la comédienne, j'avais pas envie de le faire. J'avais pas envie de rester digne pour eux, alors que je n'avais pas la force de l'être.
- Speaker #2
Mais est-ce que c'était plus aussi par... Enfin, j'imagine que c'est les deux, mais qu'il y avait la question de la honte. Mais est-ce que tu avais aussi peur de leur faire peur ?
- Speaker #1
Ah oui, justement, la deuxième anecdote qui m'a choquée et qui du coup a aussi fait qu'après, je n'arrivais plus à le gérer avec d'autres personnes que ma mère, c'est que j'ai eu cette crise. La douleur était tellement intense que je convulsionnais. C'est horrible, mais c'est un peu des convulsions. C'est-à-dire qu'en fait, tu te débats un peu contre la douleur. Donc, j'allais d'un côté, puis de l'autre, je bouge des pieds, je tape du pied, un truc où j'ai mal. Je me souviens qu'il y avait une des personnes avec qui j'étais partie en vacances, qui me voit sur le lit comme ça, en mode folle alliée, qui me regarde vraiment comme ça. En fait, je voyais dans son regard qu'elle avait peur. Et t'es en mode, mais qu'est-ce qui lui arrive ? Du coup, oui, je pense que c'était lié à ça et d'où ma honte aussi. Je voulais plus jamais revoir ça sur le visage de quelqu'un. De me dire, me regardez pas, je vais gérer ça dans mon coin, faut que j'y arrive et tout.
- Speaker #2
Oui, en fait, c'est ça. C'est que peut-être la double peine, c'est que t'as non seulement ta souffrance et ta douleur sur le moment qui est assez intense, et que par-dessus...
- Speaker #0
Tu dois en fait prendre en compte la réception, ou plutôt l'impossibilité des autres de recevoir ça. C'est vraiment comme les animaux blessés, tu dois te cacher.
- Speaker #1
Ouais, ouais, c'est ça.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, c'est ça dans ton anecdote, je trouve, qui est forte. C'est le fait de te dire, mais en fait, toute une partie de l'anxiété, elle est liée au fait de se dire, comment je vais pouvoir, on y revient, cacher, masquer ça ? Faire en sorte que personne n'y ait accès, si ce n'est, bon, a priori, du coup, ta mère, qui régulait ces foutus individus qui voulaient ouvrir la porte des toilettes, quoi. Mais c'est tout.
- Speaker #1
Ouais, ouais, non, mais c'est sûr. Il ne faut pas qu'on nous demande d'être actrice dans des moments où ce n'est pas possible.
- Speaker #0
C'est vraiment les scènes qu'elles imitent. Où tu te dis, de toute façon, là, ce n'est même plus une question de choix. Juste, je dérouille sévère. Je comprends mon flop, franchement.
- Speaker #1
Et surtout que, mine de rien, l'endométriose digestive, elle est encore un peu en état. Moi, par exemple, je n'ai pas spécifiquement un diagnostic médical dessus. C'est-à-dire que je suis en endométriose. Mais ce diagnostic d'endométriose digestive, elle est venue... en discussion avec d'autres personnes qui la subissaient. Donc, j'ai aussi vu les témoignages, etc. Et d'ailleurs, je voulais agrémenter ce que je disais d'un témoignage et je n'ai pas pu. Parce que vraiment, c'était dur pour moi de relire les femmes qui vivent des trucs aussi horribles. Franchement, j'ai essayé mon flop et à un moment, je me suis dit « Je n'y arrive pas. » « Je n'y arrive pas parce que c'est dur. » Et franchement, je trouve ça tellement difficile à recevoir. Et j'avais peur qu'en le lisant, je redéclencherais mes potentielles crises. Parce qu'elles se sont complètement arrêtées à partir du moment où j'ai une pilule qui m'enlève toute règle. C'est-à-dire que là, depuis... En vrai, plus de 4 ans maintenant, je n'ai plus du tout mes règles. Parce que c'était tellement de problème sur problème sur problème que je prends une pilule exprès pour l'endométriose et qui est faite pour enlever les règles.
- Speaker #0
Ouais, pour en fait, d'une certaine manière, presque te dissocier de ton cycle. De se dire en fait, il m'a causé tellement de tort, il m'a fait tellement mal que maintenant, il ne faut plus que ça fasse partie de ma vie. Et puis en plus, ce qui est dommage, mais bon là, c'est carrément un autre sujet, c'est à quel point, quand on est souvent adolescente et qu'on nous prescrit des solutions majoritairement hormonales, médicamenteuses, il y a très peu d'explications. Combien de mes amis n'ont même pas su pourquoi elles avaient pris telle ou telle pilule. C'est ta malle, tiens, prends ça et voyage. Et donc souvent tu te retrouves dans la vingtaine à tout d'un coup te dire tiens, je suis adulte, tiens, si j'essaie de comprendre mon corps, oh bah tiens, tous ces symptômes que j'avais complètement mis sous le tapis mais presque malgré moi parce qu'en fait on a juste d'une certaine manière contrôlé mon corps à ma place pour pas que je dérange et souvent en fait t'as une liste comme le bras de non mais en fait ça ne va pas du tout.
- Speaker #1
Je trouve ça dingue de me dire j'étais suivie aussi à l'époque. Après, ce n'est pas du tout la faute des médecins qui n'ont pas eu la formation sur ça, mais il serait temps aussi de faire des petits liens. Quand une jeune femme a des crises à répétition autour de son cycle,
- Speaker #0
il y a un truc à fouiller dedans. Je suis bien d'accord, mon flop.
- Speaker #1
Est-ce que, mon flop, on ne passerait pas à la troisième douleur, qui est la douleur psychologique ?
- Speaker #0
Alors, la douleur psychique, le clou du spectacle, pour ceux qui sont encore en train d'écouter, qui n'ont pas eux-mêmes été pris de vomissements ou de dégoûts. Mais non, mais après, justement, l'idée, c'est aussi de se dire qu'il faut normaliser ce genre de témoignages. De toute façon, honnêtement, je pense qu'on est toutes, mais vraiment toutes, dans le même bateau, à des échelles et à des degrés variables. En fait, c'est deux mots qui veulent dire la même chose. Mais bon, il faut plutôt le dire que le taire, quoi. En fait, c'est que j'arrête pas de me dire qu'il faut qu'on en parle. Parce que de toute façon, c'est ridicule, cette sorte de vaste comédie. d'une duplicité permanente. Alors, pour la douleur psychique, ce à quoi j'ai tout de suite pensé, c'est ce qu'on appelle le TDPM. Ça s'appelle le trouble dysphorique prémenstruel. Très concrètement, qu'est-ce que c'est ? C'est un cas un peu grave du SPM, puisque d'ailleurs, chez moi, je pense que le plus gros enjeu, c'est avant le début du cycle, c'est-à-dire avant l'arrivée des règles. Où là, honnêtement, je ne sais pas, mon corps, en fait, se dit si je pouvais mobiliser chaque partie de ton corps pour te montrer que tu vis ça... T'inquiète pas mon coco, je vais le faire. C'est un peu l'image que j'ai de la situation. Et donc ce trouble dysphorique prémenstruel, très concrètement, c'est comme une sorte de mini-dépression. Sur une semaine. Mais très sévère. Dans le sens où t'as une irritabilité intense, une perte d'estime de toi, de la tristesse. Parfois, il y a eu des témoignages de femmes qui, par exemple, pendant 4 jours, ont des pensées suicidaires. C'est comme si tu étais dans une vie normale, puis lundi matin tu te lèves et tu te dis « Bah tiens, pourquoi j'ai pas pensé avant ? Je vais me foutre dans la Seine. Parce qu'en fait, rien n'a de sens que ma vie, c'est l'enfer. Donc c'est vraiment concrètement ce dont on parle. Donc là, en plus, je pense qu'on peut imaginer assez rapidement la peur et l'incompréhension déjà de soi à soi, de réaliser qu'on a comme une sorte de rupture narrative. Il y a une sorte de crise identitaire cyclique, puisque c'est comme si on devenait quelqu'un d'autre l'espace de quelques jours, mais de manière intense. C'est pas du tout la même réception, le même vécu, que bon, ben voilà, j'ai un épisode dépressif sévère, qui ont été catalysés ou... provoquée même par un deuil. Enfin bon,
- Speaker #1
je ne vous rapporterai dans les détails de tout ce qui peut amener en dépression.
- Speaker #0
Là, c'est qu'il y a vraiment quelque chose aussi de l'ordre de l'incompréhension et surtout d'un l'impression de le subir. De se dire, c'est très flippant vis-à-vis de soi-même, de se dire, mes pensées et mes émotions peuvent se transformer en quelques heures parfois et de manière radicale. Donc je dirais que la première douleur vraiment associée à ça, c'est déjà les répercussions que ça a de manière chronique en termes d'appréhension et de conscience de soi. Parce que c'est trop bizarre quand on se dit mais en fait, il y a une sorte de coup de... théâtre émotionnel. qui arrivent chaque mois, où la conclusion, la conséquence, c'est qu'on a l'impression d'être driveé par des hormones, comme des petits malingénies, qui nous font être quelqu'un d'autre. Et donc, deuxième strat, c'est qu'évidemment, ce chaos un peu émotionnel, c'est beaucoup d'énergie pour, une fois encore, le contenir. Et en fait, on a beau le contenir, c'est comme s'il n'y avait plus d'épiderme, de barrage entre soi et les autres. Si ce n'est justement cette sorte, moi je pense souvent à l'image d'un nuage noir. Parce que ça commence souvent par une sorte de sensation de flou, où je sens. que la chose arrive, que je suis moins ancrée, je suis moins bien. Le monde extérieur me paraît tout d'un coup beaucoup plus hostile et menaçant. Il y a un truc vraiment de cet ordre-là, mais c'est pas... Ça y est, j'ai une crise paranoïaque sévère. C'est vraiment simplement, je me sens comme un... C'est horrible à dire, mais c'est vraiment l'image. Un fruit flétri, rabougri. Deux, je me referme sur moi-même. Donc il y a à la fois cette étape, ce mouvement de rétractation. On est replié sur soi. Et une distorsion dans la perception. C'est comme si tout d'un coup, le son, la lumière, l'air... était chargé comme ça d'une tonalité un peu froide, tu vois, un peu grise. Un filtre, c'est vraiment un vieux filtre nul de l'iPhone X. Ouais,
- Speaker #1
de noir et blanc quoi.
- Speaker #0
Ouais, mais un gris vraiment moche, vraiment. Je vous jure, même votre pire mois de novembre ne ressemble pas à ça. Et donc, pour aller un petit peu au bout de cette anecdote et de cette douleur psychique, c'est que moi, à plusieurs reprises, ça m'a causé du tort dans mes relations interpersonnelles. Parce que, évidemment, on a beaucoup plus de conflits avec les uns et les autres, puisque Entre guillemets, l'extérieur devient un problème, un danger. Et surtout, on se sent tellement nu, psychiquement, qu'on n'a pas de ressources. Et ça, pour le coup, ça fait des années. Ça me fait tout le temps penser à un tableau que j'avais vu petite de Frida Kahlo, qui s'appelle « Ce que l'eau m'a donné » . En fait, on ne la voit pas, elle, je veux dire son visage, mais on voit ses jambes et ses pieds dans une baignoire. Il y a l'eau d'une baignoire, ses pieds qui dépassent et des objets qui flottent. Et bon, elle, elle l'a plus associée, je pense, de manière générale aux souffrances qu'elle a vécues, d'ailleurs aussi en tant que femme, sur beaucoup de douleurs physiques qu'elle a dû endurer. Je me souviens, quand je l'avais vue, je m'étais dit « Ah punaise, ça incarne vraiment ce nuage noir. » Le fait qu'il y a comme ça des objets en kit qui flottent, mais qu'il y a une sorte de dissociation entre mon corps et mon esprit. C'est le moment de flottement dans l'eau et c'est moche. Tu vois, il y a les parties comme ça séparées, mais c'est tout.
- Speaker #1
Et moi j'ai un peu une question par rapport à ça. Tu dirais que ta douleur psychique, ce qui te crée de la douleur, c'est de le vivre ou c'est de ne pas réussir à le faire comprendre des autres ?
- Speaker #0
Alors je dirais que maintenant je l'ai beaucoup verbalisé, et surtout je sais que c'est ça. Parce qu'on y revient, il y a toujours, je pense, un enjeu extrêmement fort dans la connaissance de soi-même et du cycle. Parce que, ça je ne l'ai pas précisé au début, mais c'est vrai que ça a été majoritairement étudié, ce trouble dysphorique, il est sans grande surprise... accentuée quand t'as des vulnérabilités. Par exemple, si t'es en train de vivre un épisode dépressif sévère ou que t'as un trouble anxieux, évidemment, ça vient renforcer tout ça puisque du coup, t'as un noyau dur qui est déjà un peu bancal. Donc moi, pendant longtemps, je m'étais soit ça sur le compte d'autres problèmes, soit en fait juste je ne faisais pas les connexions en fait, parce que c'est ça et j'en avais discuté avec d'autres femmes qui ont un peu la même croyance, puisque rappelons-le, tout n'est que croyance. C'est... Comme si le moment où tu as ces émotions et ce filtre négatif assez fort, c'est souvent le même récit. Surtout qu'en plus, c'est ça qui est pernicieux, c'est que c'est cyclique. Tu te dis, ah mais en fait, je me suis menti à moi-même. En fait, ça ne va pas.
- Speaker #1
C'est horrible.
- Speaker #0
Donc, tu as l'impression en plus de redécouvrir ce que serait un vrai toi. Bon, là aussi, il y a une connerie de se dire qu'il y a un vrai toi et puis ensuite, c'est quelqu'un d'autre. Non, c'est juste une autre partie de toi. pas la plus sympa et donc non je dirais que pour le coup c'est pas tant le fait de le... Enfin, comment dire ? Ça a été plus déjà de le comprendre vis-à-vis de moi-même pour m'adapter et surtout adapter ce qui va se passer après vis-à-vis des autres. Parce que, et ça c'est vrai que je ne l'ai pas dit, et je pourrais rajouter pour conclure cette anecdote, c'est que le dernier acte un peu de cette semaine de troupe comme ça, en fait c'est la culpabilité, c'est la honte, une fois que ça s'arrête.
- Speaker #1
Oui. Parce qu'en fait... Mes émotions en fait n'étaient pas valides. C'est ça.
- Speaker #0
En fait je me dis, j'ai été complètement comme contrôlée, ou en tout cas lourdement impactée par des émotions. qui en plus j'ai l'impression ne m'appartiennent pas parce que tu vois ça a même des... Je trouve que même d'un point de vue philosophique, il y a des choses dingues sur ça. De dire mais honnêtement qui suis-je si je peux ressentir l'opposé de ce que je me suis raconté pendant des semaines. Mais de manière, une fois encore, c'est pas, tu vois, comme dans une journée où évidemment, d'un coup t'es joyeux, ensuite t'es un peu plus fatigué. C'est que t'as l'impression qu'on t'a retourné le cerveau.
- Speaker #1
Ouais, une sorte de crise quoi. Une crise. C'est une crise, ok.
- Speaker #0
Voilà. Et toi mon flop, on est comment niveau souffrance psychologique ?
- Speaker #1
Écoute-moi, ma souffrance psychique, elle est venue là récemment, pour reprendre un peu le fil de... Parce qu'en effet, tout ce que tu dis, c'est qu'on tâtonne nous-mêmes avec tout ce qui nous arrive. Alors que c'est des choses qui arrivent à plusieurs femmes et dont on aimerait vraiment beaucoup plus en savoir. J'ai beaucoup tâtonné sur ma santé féminine, justement liée à tout ça. Et quand j'ai compris que j'avais de l'endométriose, que j'avais de l'endométriose digestive, que tout s'était arrêté quand j'ai pris cette pilule, j'ai eu une douleur un peu psychique de me dire que je ne connais pas mon corps. En fait, je l'ai complètement muté, je l'ai mis en sourdine. Mais concrètement, je ne sais pas comment il réagit, je n'ai pas appris à le maîtriser. Et ça, c'était un peu douloureux de me dire que je n'ai pas de connexion avec ça. Et en fait, beaucoup de personnes en ce moment sont en train justement de beaucoup plus communiquer sur le contact que tu peux avoir avec ton corps, de même pouvoir contrôler ses règles. Il y a tout un apprentissage apparemment que tu peux faire, où tu peux plus ou moins savoir quand tes règles arrivent. Enfin bref, tout un truc que moi, je suis tellement loin d'avoir. Et puis, ça fait quatre ans que je n'ai aucune règle, aucun cycle que je ne sais pas. Et ça, ajouté à ça, le truc qui est encore plus dur pour moi, c'est que j'ai aussi compris que l'endométriose pouvait s'accompagner d'un... de quelquefois avoir du mal à tomber enceinte. Qu'en fait, on est moins, entre guillemets, fertile, si on a de l'endométriose, notamment quand elle est importante. Et j'avoue que, du coup, de ce que j'ai pu voir et constater, je pense que mon endométriose est assez importante. Et en fait, je sais pas, j'ai eu une sorte de nuage très gris de me dire, mais en fait, je ne sais pas ce qui va arriver. Genre là, tout est en sourdine, donc tout va dans le meilleur des mondes, mais juste parce que c'est de fait comme ça et que je ne vois rien.
- Speaker #0
Oui, il y a un petit mouchoir.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur ? qu'est-ce qui se passe concrètement, comment est mon endomètre, est-ce que je vais pouvoir tomber enceinte, est-ce que je ne peux pas faire des tests. J'ai eu vraiment un truc un peu plus dur. Et je suis allée voir un médecin justement dans ce sens, en disant est-ce que vous pouvez m'aider, parce que je sens que ça me pèse beaucoup moralement et tout. Parce que même si pour l'instant il n'y a pas du tout en tête d'avoir des enfants, j'ai envie que ce soit une possibilité dans ma vie. Et même si elle n'est pas tout de suite, il faut qu'elle le soit à un moment. Et j'avais pris exprès justement quelqu'un qui était plus ou moins... Au fait de ce genre de choses, et c'est drôle parce que je pense qu'elle voulait bien faire, c'était une femme, mais elle m'a dit franchement vous mettez un peu la rate au courbouillon, il n'y a pas grand chose à avoir peur, là votre pilule telle que vous la prenez franchement c'est un mal pour un bien parce que vu tout ce que vous me décrivez je pense que ce serait pas bien que vous ayez vos règles etc. Donc voilà et puis pour les enfants on verra quand vous voudrez en avoir. Et du coup... J'ai été mitigée parce que je pense qu'elle voulait essayer de calmer tout ce qui s'était mis en route d'anxiété, de « oulala, dites-moi comment ceci, cela » . Mais en même temps, je suis sortie, je n'avais pas non plus de réponse. On m'a juste dit « continue de te mettre en sourdine et on verra quand tu ne te mettras pas en sourdine » . Et je lui ai dit, parce qu'il y a un truc aussi qui m'a fait peur, c'est que je lui ai dit « ok, moi là j'aimerais bien plutôt arrêter la pilule » . Ah,
- Speaker #0
vous avez discuté de cette hypothèse, de se dire peut-être qu'il est temps pour moi d'essayer de connaître mon cycle.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Je lui ai dit, je pense que j'aimerais arrêter la pilule parce que je voudrais plus connaître sur mon cycle, plus savoir ce que j'ai, pouvoir réagir mieux et faire tous les états moyens qu'il faut faire. Et elle m'avait dit non, non, vous n'arrêtez pas votre pilule. Vu tout ce que vous me dites, c'était l'enfer. En fait,
- Speaker #0
je pense qu'elle a eu plus peur que toi.
- Speaker #1
Mais du coup, j'étais mitigée. Oui, OK, je n'arrête pas. Mais oui, et tout ça pour dire, excusez-moi, je m'étais perdue. C'est que ce que j'avais peur aussi, c'est de réavoir ces crises d'estomac. Je me dis voilà c'est un des trucs qui me fait peur et en fait j'ai peur au moment où je veux tomber enceinte. Je me dis ok vas-y j'ai envie j'arrête la pilule etc. Et qu'en un mois de temps j'ai tout qui me revient sur la gueule de mes crises d'estomac, de l'endométriose qui revient à fond les ballons et tout ce truc là à devoir gérer en plus du fait de vouloir être maman. Enfin je m'étais dit oulala enfin non non je préfère plutôt l'amorcer maintenant. pouvoir mieux me connaître et au moment où je veux être mère, il n'y a pas tout ce schmilblick qui vient compliquer les choses.
- Speaker #0
Oui, en fait, je ne voulais pas devoir te confronter à tous les sujets en même temps. de mieux connaître ton cycle, avoir l'enjeu de la grossesse, enfin oui, oui. Ouais mais disons que c'est vrai qu'une fois encore j'ai l'impression que ce que tu racontes c'est un exemple parmi tant d'autres, où la réponse est plutôt bon, si on peut remettre un petit mouchoir sur la situation, remettons le petit mouchoir et ce sera déjà pas si mal. Et en fait c'est ça qui est rageant à l'issue de cette conversation sur ces trois déclinaisons de douleur, c'est qu'on en a un stade où le mieux qu'on peut espérer, ce qui nous est permis d'espérer, C'est un joli masque.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et moi, je crois que ça me va plus, en fait. Ça me va plus d'avoir ce masque-là. Déjà, rappelons-le,
- Speaker #0
on est la génération, c'est dur d'avoir 20 ans de méloin. Le Covid, les masques, c'est bon. On a eu. It's okay, it's enough.
- Speaker #1
Non, mais oui, c'est sûr. Et d'ailleurs, je pensais, c'est horrible parce que franchement, c'est dur, mais du coup, j'ai eu quand même cette peur-là, un peu en filigrane dans ma tête et tout, le fait de, si ça se trouve, ne jamais pouvoir tomber enceinte. je t'avoue que ça me fait des frisons dans le dos je trouve ça Tellement triste et j'ai la petite vidéo de Lao, tu sais quand il est avec sa femme et qu'en fait il prépare tout le film d'animation de Pixar où on a un vieux monsieur en gros qui perd sa femme et qui ne veut plus faire d'aventure, qui est un peu en dépression jusqu'à ce qu'un petit garçon arrive et lui redonne le goût de l'aventure. Et juste avant cette rencontre avec ce petit garçon, on a accès à tout ce qui a été la vie de ce vieil homme avec l'amour de sa vie. Et à un moment, il y a une scène qui m'avait beaucoup marquée enfant, et qui me revient en tête quand je pense à ce sujet-là, qui est la scène où en fait, ils préparent ensemble la chambre du petit. Ils peignent les murs, ils mettent le lit, tout est prêt pour accueillir le petit garçon. Et en fait, on lui annonce un peu la sentence qu'elle ne sera jamais maman, qu'en fait elle est en incapacité de concevoir. Et donc du coup, la chambre tombe un peu en ruine, je crois qu'il repeint un peu dessus. Et il y a vraiment ce truc qui pèse sur son partenaire aussi, qui n'est pas juste, elle ne peut pas dans l'enceinte, c'est qu'ils ne peuvent pas avoir d'enfant tous les deux. Et je t'avoue que cette scène, je ne peux plus me la regarder. Je suis vraiment en mode, avant que moi je n'ai pas eu mes diagnostics, que je ne sois pas au clair, etc. Parce qu'après je me dis, il y a toujours, même si on te dit tu ne peux pas, je connais des couples qui ont pu quand même, et ce n'est pas irrévocable.
- Speaker #0
Il y a des échelles, c'est que souvent je crois que c'est une question de difficultés associées. Mais bon, bref, de toute façon, la vie n'est pas non plus qu'une affaire de statistiques. Au bout d'un moment, t'as des émotions de... Oui, bien sûr. Non,
- Speaker #1
mais exactement, ça veut dire que ce sera pas... Même si c'est plus compliqué, ça veut pas dire que c'est impossible. Et voilà, mais c'est juste de me dire, putain, c'est tellement injuste que je vais devoir vivre tout ça. Alors que j'ai rien fait, tu vois, c'est pas des trucs où c'est une conséquence, je sais pas, tu t'es tombée dans l'escalier, tu t'es pété le pied, bon bah t'es quand même et là juste je suis née j'ai un problème et en fait il est pas pris en charge par la société et en plus moi j'ai la charge morale de devoir m'occuper de tout et m'auto-assurer.
- Speaker #0
Je comprends mon flop.
- Speaker #1
Je comprends.
- Speaker #0
C'est pour ça aussi qu'on ne réagit pas. Qu'est-ce qu'on peut se dire à part on comprend ?
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Après, je pense que ce qu'on fait là, c'est trop important qu'on puisse avoir de plus en plus de témoignages pour se rassurer aussi que d'autres personnes le vivent, que c'est des choses qui sont vouées à évoluer aussi, qu'on va être mieux prise en charge, j'espère. Mais il le faut. C'est vraiment un truc de là. Il faut se... Il faut se bouger. 50% de la population, c'est des femmes. Donc là, on se bouge. Et on fait en sorte. Parce que de toute façon, nos problèmes seront les problèmes des hommes aussi. Oui,
- Speaker #0
bien sûr. Après, franchement, je trouve que l'enseignement de cette discussion, c'est un, comédienne incroyable. Je crois que je tiens absolument à le mettre en avant. Vous n'avez aucune conscience également que je joue bien. Et deux, une force de résilience incroyable quand même.
- Speaker #1
Écoute, mon flop, merci pour ce partage. Merci à toi. Et si jamais il y a d'autres personnes qui veulent partager aussi, je crois que... Juste de les recevoir ça ferait du bien aussi Juste de pouvoir en parler et de créer une safe place
- Speaker #0
J'ai cru que t'allais dire si jamais vous vouliez commenter Bah n'hésitez pas à dire quand vous avez vomi Ou perdu du sang pour la dernière fois Ouais Bah ce que j'ai dit n'hésitez pas
- Speaker #1
Tout est bon à prendre Bon allez ciao mon flop Ciao
- Speaker #0
Vous venez d'écouter, entre crampes et confidences, un épisode de la série La douleur au féminin, du podcast Flop.
- Speaker #1
Écriture, montage et réalisation, Luce Paz, Marine Boudalier et Manon Jutel. Prise de son, Mathéo Combi. Musique originale, Georges Paz et Thomas Paz. Identité visuelle, Paul Ardon-Erégnac, Luce Paz et Guillaume Leroux.