Speaker #0en porte toutes et tous des masques. Et quelque part, heureusement, parce qu'on ne présente pas exactement la même version de soi à son patron, à sa mère, à son amoureux ou à un inconnu croisé dans la rue. On ajuste, on s'adapte, on module. Et la plupart du temps, on le fait sans même y penser. Mais il existe des masques beaucoup plus subtils. La femme forte, la fille sage, la mère qui gère, la professionnelle qui maîtrise, la copine toujours disponible, on finit tellement par bien les porter qu'un jour, on ne sait même plus très bien « est-ce que c'est moi ou est-ce que c'est une version de moi que j'ai appris à devenir ? » Carl Gustav Jung avait justement un mot pour parler de ça, la persona. Pour celles qui ne connaissent pas Jung, j'ouvre une parenthèse, c'est l'un des plus grands penseur de la psychologie du XXe siècle et tu entendras beaucoup parler de lui avec moi, que ce soit via le podcast ou via mes ateliers, parce qu'il a fait quelque chose qui me parle particulièrement. Il ne s'est pas intéressé uniquement à nos comportements ou à nos symptômes, mais aussi à notre monde intérieur, aux symboles, aux mythes, aux rêves, à l'inconscient et à la dimension spirituelle de l'être humain. Et beaucoup de notions que j'aime explorer dans Flo trouvent chez lui un écho. L'ombre, la personne, les archétypes, l'inconscient collectif, l'individuation. Bref, tu risques de l'entendre encore souvent par ici, et je ferme la parenthèse. Donc justement, Jung avait emprunté le mot persona au théâtre. A l'origine, il désignait le masque porté par les acteurs dans le théâtre antique. Pour lui, la persona, c'est en quelque sorte le visage que nous présentons au monde. Elle nous permet d'occuper une place, de nous adapter aux codes sociaux, d'être reconnus dans nos différents rôles. En fait, avoir une persona n'est pas un problème. Heureusement d'ailleurs. Personnellement, je préfère que mon banquier rencontre ma persona adulte responsable plutôt que l'intégralité de mon monde intérieur qui risque de le faire fuir. Nous avons besoin de ces différentes facettes pour vivre ensemble. Le risque apparaît plutôt lorsque nous nous identifions complètement à l'une d'elles. Quand je sais être forte, devient je suis la forte. Et par conséquent, je ne peux plus être celle qui craque ou qui demande de l'aide ou qui avoue ne pas savoir tout simplement. certains de ces rôles commencent très tôt. Un enfant est extraordinairement sensible à son environnement relationnel. Il apprend progressivement. Qu'est-ce qui crée du lien ? Qu'est-ce qui provoque du conflit ? Qu'est-ce qui me vaut de l'attention ? Qu'est-ce qui vaut mieux ne pas m'entrer ici ? Ce ne sont évidemment pas des réflexions conscientes, mais à travers les expériences répétées, nous construisons des schémas, des représentations de nous-mêmes, des autres et des relations. Face à notre environnement, nous développons des manières de nous adapter. Dans une famille, et selon les familles, un enfant par exemple peut apprendre à être extrêmement autonome ou à réussir dans des choses qui ne l'intéressent pas du tout, à s'effacer ou au contraire à faire le clown. Et le plus fascinant, c'est que ces stratégies ont souvent été intelligentes dans le contexte où elles sont apparues. Le psychanalyste Donald Winnicott a développé une autre notion intéressante, celle du faux self. L'idée, très simplifiée, n'est pas que nous devenons fausses, c'est qu'une partie de nous peut apprendre à se conformer aux attentes de l'environnement, parfois jusqu'à protéger quelque chose de beaucoup plus spontané, vulnérable et intime. Et c'est là que la question devient intéressante à l'âge adulte. Écoute bien cette phrase. Une adaptation peut continuer à fonctionner longtemps après que le contexte qui l'a rendu nécessaire a changé. Par exemple, la petite fille qui a appris qu'elle devait tout gérer et se démerder peut devenir une femme incapable de demander de l'aide, et ça même dans les situations les plus difficiles pour elle. Celle qui a appris à ne pas déranger peut avoir énormément de mal à poser une limite ou à s'imposer. Et celle qui a compris par exemple que sa valeur passée par la réussite a probablement un agenda très bien organisé et bien rempli aujourd'hui. qui la fatiguent plus qu'autre chose. Alors peut-être que grandir ne consiste pas à arracher tous nos masques. Je ne crois même pas que ce soit souhaitable. Je dirais plutôt qu'il s'agit de déconstruire et de pouvoir les regarder et se demander ce masque-là, quand est-ce que je l'ai créé ? Qu'est-ce qu'il m'a permis de protéger ? Et est-ce que j'en ai réellement besoin aujourd'hui ? C'est exactement autour de ces questions que j'ai eu envie de construire les prochains Rendez-vous Flow, une trilogie autour des masques que nous portons dans différentes sphères de nos vies. Et nous allons commencer par celui qui est probablement le plus ancien, le masque familial. Aka, qui ai-je appris à être ? Nous l'explorons ensemble le 22 septembre à travers l'écriture, la visualisation, l'art-thérapie et l'expérience symbolique. Puis, nous irons rencontrer d'autres masques au fil des prochains rendez-vous flow. Pas forcément pour les enlever, mais pour pouvoir enfin choisir consciemment celui que je garde, celui que je dépose et surtout qui. Je suis derrière tous ces masques. Si ce sujet te parle, tu peux m'écrire en direct pour t'inscrire au prochain rendez-vous Flow qui aura lieu le 22 septembre à Casablanca. Et n'hésite pas à partager ce podcast autour de toi à toutes les personnes qui, pour toi, ont besoin de l'écouter. Flow !