- Speaker #0
Bonjour ou bonsoir, cela va dépendre de l'heure à laquelle vous allez découvrir ce cinquième épisode. On est déjà au cinquième épisode et je suis assez content, toujours en compagnie de mes trois collègues, les critiques de cinéma Sadek, Lina et Nariman. J'espère que vous allez bien tous les trois.
- Speaker #1
Ça va, ça va,
- Speaker #0
super, et toi ? On va bien. On va parler aujourd'hui d'un film qui s'appelle Riverboom, qui est un documentaire suisse qui a été réalisé par Claude Bechtold. J'espère que je l'ai bien prononcé. Le film est sorti en 2023 et le synopsis est assez simple et en même temps complexe. C'est pour ça que nous adorons parler de ce genre de film chez Fracture, dont je rappelle qu'à la base, Fracture est une revue algérienne de critique de cinéma qui a été initiée dans le cadre d'une formation à l'Institut français d'Alger. et qui aujourd'hui est devenu un podcast. Donc, Riverboom, en 2002, quelques mois après les attentats du 11 septembre et le début de l'intervention américaine en Afghanistan, trois jeunes Européens prennent la route à travers un pays encore largement inconnu et instable. Serge Michel, le journaliste, Paolo Woods, photographe de guerre aguerri, et Claude Bechtold, qui est un graphiste sans expérience du reportage. Ils se lancent tous les trois dans une espèce de road trip aussi improbable que dangereux. officiellement pour documenter les promesses de la Pax Americana. On va certainement en parler. Armé d'un simple caméscope, DV, Claude Bechtold filme tout. Les trajets en voiture, les discussions entre amis, les checkpoints talibans, les interviews de chefs de guerre, les moments d'ennui, d'humour, de peur, d'inconscience, etc. Et 20 ans plus tard, ces images qu'ils ont cru longtemps perdues refont surface. Bechtold les redécouvre et reconstruit le film. Alors Sadek, cette reconstruction, est-ce qu'elle a fonctionné en toi ?
- Speaker #2
Oui, je le trouvais très intéressant. D'ailleurs, je l'ai vu deux fois et à chaque fois que je l'ai vu, je découvre de nouvelles choses. Et aussi, je constate et je valorise plus le travail qui a été fait, la narration et tout ça. On va en parler en détail. Mais je le trouvais très particulier parce que c'est un film qui parle, il y a du burlesque, il y a beaucoup d'absurde. Justement, ça parle de Claude, un jeune homme qui souffre des cauchemars, surtout après la mort de ses parents, justement après la chute du mur de Berlin, qui rencontre Serge, un journaliste d'une famille protestante, que selon Claude, son but ultime est de prouver que sa maîtresse au primaire avait tort. Et tout ce qui lui distrait de ce but est une perte de temps. comme leur mission en Afghanistan, par exemple. Et aussi, Paolo, un photographe de guerre, qui est le troisième protestant dans ce film, d'origine italienne, et qui, son père, lui a abandonné à la Gigi Amoroso de la chanson de Dalida pour aller justement chercher le rave américain. Paulo par contre il a Dans ce film, je trouvais aussi que c'était un pivot, surtout quand on utilisait les photos de Paolo, parce que c'est un film qui s'appuie sur les images du camiscope que Claude a acheté justement par hasard, parce qu'il est parti en Afghanistan, mais il allait rentrer deux jours après. et après, ils ne pouvaient pas. par la simple raison, par beaucoup de raisons. En Afghanistan, ce n'était pas évident en 2002. Donc, il restait. Mais puis Serge lui trouva une accréditation pour justement commencer la mission en Afghanistan avec eux en utilisant un simple camiscope. Donc, le film se base dans la narration. Justement, il y a trois éléments principaux. principaux, je trouve, c'est les images de la camiscope, et puis les photos de Claude et de Paolo, et surtout, surtout, la narration et les visuels qu'a fait Claude 20 ans après.
- Speaker #0
Oui, c'est ça qui est intéressant avant de t'écouter, Nariman, c'est que qu'est-ce qu'on fait de ces images qui... qui nous représentait à une certaine période. Et 20 ans plus tard, qu'est-ce qu'on en fait de ces images ? Et je trouve ça intéressant que Claude, 20 ans plus tard, décide, de par ce montage, de se montrer comme une espèce d'anti-héros. Et parce qu'entre 2002, 2003 et 2023, 20 ans se sont écoulés. géopolitiquement parlant beaucoup de choses ont évolué lui-même a évolué dans sa vie professionnelle dans sa vie intime et ça c'est intéressant de voir dans ce film qui est l'Afghanistan pardonnez-moi du terme est un décor en quelque sorte mais ce décor nous montre c'est un documentaire sur comment ces trois personnes ont évolué surtout Bechtold et ce que je vois en tout cas c'est que durant 20 ans Merci. Au bout de 20 ans, ce qui intéresse Bechtold, c'est de montrer un regard occidental, c'est affirmé, c'est dit, ce n'est pas un problème, mais imparfait, subjectif. Et je pense que c'est là où il y a une espèce de moteur, ça reste intéressant, mais aussi un peu dérangeant.
- Speaker #3
Oui, oui, oui. Alors, je reste sur le plus intéressant parce que moi, personnellement, je n'ai pas trouvé ça dérangeant. Et c'est une question que je m'étais posée avant d'avoir la réponse à la fin du film. Pourquoi nous montrer ce film 20 ans après ? Et petit à petit, on comprend pourquoi. En tout cas, moi, ce que j'ai compris, c'est que ce qui comptait le plus pour Claude, c'est justement de montrer sa propre évolution, qui s'est faite grâce justement à cette expérience pendant... Aïe ! à un instant T, du coup, qui est cette mission en Afghanistan. Ce que j'ai trouvé déjà génial, c'est que ces images qu'on voit sont le fait du hasard. C'est-à-dire qu'il n'y avait rien qui pouvait prédire la création de ce film. C'est Serge qui a demandé à Claude de l'accompagner dans cette mission. Et il est parti en tant que photographe avec son... petit appareil qu'on va nommer par la suite un rasoir électrique, tellement il est petit. Et c'est du coup à Kaboul qu'ils vont rencontrer, qu'ils vont faire la connaissance de Paolo. Et d'ailleurs, on le voit dans le film, il y a une petite animosité de la part de Paolo, parce que il y a une petite concurrence entre photographes.
- Speaker #1
On ne la voit pas vraiment. Qui interprète ça comme ça ?
- Speaker #3
Si, on voit que Paolo il a un regard. qu'on va adorer, t'inquiète, elle adore. Et du coup, ce qui est...
- Speaker #0
Tu l'adores, Sadek, j'imagine. Parce que non, on n'en parle pas.
- Speaker #3
Et ce qui est génial, c'est que déjà d'emblée, Claude, il était là pour prendre des photos, mais encore une fois, le fait du hasard fait qu'il ne peut pas rentrer chez lui et finalement, Serge lui propose de l'accompagner dans cette quête complètement folle. de faire un road trip sur la zone rouge de l'Afghanistan et on va voir dans ce film l'absurdité aussi de la coalition états-unienne vu qu'on a une mini zone de l'Afghanistan qui est considérée comme une zone sécurisée qui est au niveau du Kaboul et tout le pays est une zone rouge. Et du coup, ils vont faire le pari de faire un road trip sur cette zone rouge avec deux personnages très ambitieux qui sont Serge, comme tu l'as dit, qui est journaliste pour le Figaro, ainsi que Paolo, qui est aussi très ambitieux et qui a envie d'accompagner Serge dans cette mission et d'illustrer les propos et les articles de Serge avec des photographies qui vont... qui vont illustrer le drame que vit ce pays. Sauf que Claude ne peut pas rentrer chez lui, et du coup, c'est Serge qui lui propose d'acheter une caméra et de les accompagner en tant que journaliste pour la télévision en Suisse. Et on voit à quel point Claude est totalement réglo et honnête avec nous, puisqu'il nous montre les premières images qu'il a prises, Et il nous dit que... Déjà, il nous dit qu'en Suisse, ça prend 10 ans pour quelqu'un pour devenir réalisateur, alors qu'à Kaboul, chez Alibaba, ça prend juste 10 minutes. Et du coup, les premières prises qu'il prend, il oublie d'enclencher le bouton du son et on a des prises sans le son. Et il prend ça avec beaucoup de dérision. Et ce qui est important pour moi dans ce film, c'est que déjà 20 ans après... Après, les... la prise de ces images, Claude décide de monter ce film et de nous le montrer. Pourquoi ? Pour moi, déjà de un, il veut montrer leur propre expérience et démystifier le journalisme de guerre qui est considéré comme un journalisme très dangereux où il y a un mythe sur la neutralité de ce journalisme. Là, il assume sa subjectivité. Mais aussi il va nous dire que cette expérience lui a changé la vie, l'a fait renaître lui autant que personne. Donc on a en fond le décor de l'Afghanistan et tout ce qui se passe comme tragédie, mais on a surtout cette naissance d'amitié entre trois visions qui sont... complètement différentes, radicalement opposées par moments, mais qui arrivent à s'entendre. Et ces images contrastent avec un pays qui est divisé. On a une guerre civile qui meurtrit cette population. Et je trouve qu'il y a une forme de beauté qui en ressort. Déjà de cette population afghane qui survit malgré tout, qui a toujours le sourire aux lèvres, qui veut être photographiée. C'est beau que dans un décor de destruction, on voit ça. Et c'est ce qui crée aussi un électrochoc chez Claude qui, lui, est tiraillé par une peur viscérale. puisqu'il a perdu ses parents et ça le fait revivre. Il se dit que, en fait, pourquoi eux, ils n'ont pas peur ? Pourquoi eux, ils arrivent quand même à continuer à vivre, à voir le sourire, à rire et tout ? Et c'est comme ça qu'il renaît et cette renaissance se fait au niveau de la rivière Riverboom qui donne le nom de ce film. Donc pour moi, ce film n'est pas dérangeant, c'est un film qui assume sa subjectivité. Il n'a pas pour prétention de montrer un documentaire purement journalistique ou qui va surfer sur la souffrance d'une population. Au contraire, il va montrer un revers qu'on ne voit pas en général. et qui est cette force de cette population, et aussi l'inconscience de ces trois personnages, puisqu'ils prennent énormément de risques. Et c'est aussi ça qui m'a touchée dans ce film.
- Speaker #2
Une chose que je trouve intéressante dans le film, pour rebondir à ce qu'a dit Nariman, c'est que le film nous met dans le contexte. Il raconte des faits historiques.
- Speaker #3
Effectivement !
- Speaker #2
généralement, il y a des films qui se basent sur nos prérequis. Mais là, le film, malgré, on sait que l'invasion des Etats-Unis, entre parenthèses, de l'Afghanistan, mais là, le film, comme si on ne sait rien, il prend des informations très intéressantes.
- Speaker #1
Effectivement. C'est marrant, lorsque j'ai vu ce film, me concernant, j'ai... J'ai été complètement prise par cette euphorie, par ce récit d'aventure totalement déjanté. Et ensuite, quelques heures après, on a fait une réunion ensemble pour en parler et j'étais encore euphorique. Et c'est à partir du lendemain où je me suis posé quand même la question « qu'est-ce qu'il en reste ? » Là, l'adrénaline est redescendue. Et je me posais la question sur ce film, finalement, qu'est-ce qu'il dit ? Alors certes, évidemment, il y a des thèmes assez intéressants qui y sont abordés, comme le lien amical, fraternel, comme tu disais, Nérymen, la renaissance, post-deuil, entre guillemets, ce voyage thérapeutique, etc. Mais j'aimerais bien m'attarder sur sa forme. Pour moi, Riverboom, c'est un peu le vlog avant l'heure. Alors, je m'explique. Claude, franchement, il était avant-garde en 2002. S'il voulait se lancer sur YouTube au moment où ça perçait, où ça commençait à peser dans le game, il serait parmi Cyprien, Squeezie, tranquille.
- Speaker #0
J'ai un Blair Witch un peu avant, je crois, aussi.
- Speaker #3
Avant 2002 ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, 97, 98 ? Il faudrait vérifier. Voilà, c'est un autre genre, c'est certes, mais ça, ça avait...
- Speaker #3
Il fonctionne beaucoup moins, d'ailleurs. En tout cas en moins.
- Speaker #0
On referme la parenthèse.
- Speaker #3
C'est ça.
- Speaker #1
Donc tous les ingrédients du vlog YouTube-esque, ils sont. Donc déjà, il y a le montage chaotique. Certes, la caméra était entre guillemets cheap, mais le rendu était terriblement... Joli. C'est ça ce qui faisait le charme du film. C'est que ce soit pas parfait. C'est qu'il y ait des moments où c'est flou. Où l'image est vieille. Mais c'est ce qui fait son charme.
- Speaker #3
Il y a de la poésie qui en ressort.
- Speaker #1
C'est ça. Et ce qui fait que pour moi ça emprunte un peu les codes du YouTube game. C'est que s'il n'y avait pas la voix off de Claude. Et tout le... La partie... Carte. il y avait la carte, il y avait les dessins pour un petit cours de géopolitique oui oui des incrustations pour justement expliquer la géopolitique de manière ludique et tout ça c'est ce qui vient après les rushs à son retour donc il y a vraiment deux temps il y a deux phases en différé et c'est grâce à cette partie du montage à sa voix off Merci. Et donc, il fait le choix d'avoir ce temps ironique. Donc, tout est pensé et calculé finalement pour avoir ce rendu final. Et c'est à peu près ce qui me fait penser.
- Speaker #3
Il y a justement le fait que ces images ont été perdues durant 20 ans. Le montage s'est fait 20 ans après la prise de ces images. Il y a quand même une certaine distance prise par Claude. par rapport à l'expérience qu'il a vécue. Et le truc que je n'ai pas dit par rapport au fait qu'il réalise ce film 20 ans après, je trouve qu'encore une fois, c'est centré sur son expérience, puisque cette expérience a duré et on les revoit plus tard. Ces trois guignols qu'on aime adorer dans ce film, on les voit. Plus tard, ils sont toujours amis. Chacun a pris un chemin, mais quand même, ils sont restés liés déjà par un projet professionnel. Et on les voit, ils sont toujours restés liés amicalement. Puisque c'était vraiment un moment assez touchant où ils reprennent la même photo 20 ans après.
- Speaker #0
où ils se brossent les dents c'est un truc qu'on voit souvent maintenant sur internet effectivement et c'est là où je me pose cette question quand tu parles de Youtube parce qu'il se passe aujourd'hui pas mal de Youtubers enfin c'est pas très français vous aurez compris qu'il y a beaucoup de Youtubers qui font des films, je pense à Innoxtag par exemple et je me demande alors question très provocatrice est-ce qu'au final cette personne a besoin de cinéma pour raconter cette histoire est-ce qu'il y a vraiment un... Est-ce que dans ce film, selon vous, vous voyez une réflexion cinématographique ? Est-ce que ça aurait pu être tout simplement un livre, même s'il y a des images qui ont été faites ? C'est vrai, certes, mais au final, ces images, est-ce qu'elles disent quelque chose réellement ? Est-ce qu'elles pensent ? Ou est-ce que c'est uniquement une succession de choses qui pourraient faire un vlog sur YouTube et qui passeraient crème ?
- Speaker #1
Pour moi, il n'y a pas d'approche cinématographique. D'où le fait que je me suis posé cette fameuse question après quelques heures. c'est que je n'arrivais pas à avoir justement cette dimension. du cinéma. Mais juste pour rester sur ce que je disais, ensuite je laisse la parole aux autres. Pour donner des exemples, pour faire un petit comparatif, je ne sais pas qui connaît Ludodoc sur YouTube. Il est assez connu, c'est à peu près pareil. Il part avec une bande d'amis en Sibérie et ils partent de Russie, ils prennent le train, le train sibérien. Et là, il se passe des trucs de fous, il raconte ça. Mais ce qui fait la différence avec Riverboom, C'est qu'il raconte ça à partir de son studio et en même temps, il montre quelques rushs. Et même côté esthétique, la mise en scène, la qualité, la photographie, elle est exceptionnelle. Ça n'a absolument rien à voir avec Riverboom. Est-ce que c'est mieux ? Pas forcément dans le sens où Riverboom a quand même réussi à garder cette authenticité qu'il fait quand on l'apprécie et peut-être quand on s'identifie un peu plus au... aux personnages principaux. Et voilà, donc c'était juste pour faire ce parallèle d'esthétisme, de qualité de mise en scène, etc. Mais pour le récit d'aventure, c'est pareil, mais la manière d'en s'est racontée et s'est mise en scène, c'est pas la même chose. Ludo, il fait ça en 2023-2024. Riverboom, c'est en 2002. Il n'y avait pas encore les réseaux sociaux, donc il y a ce rapport à la liberté. que je trouve assez fascinant. En 2002, on avait cette liberté, enfin, ils avaient du coup cette liberté d'aller en terre inconnue, filmer des moments, voilà, dû au hasard, comme tu disais, Neriman. Et il n'y avait pas ce live, ce moment, enfin, à l'instant, tu prends ton téléphone, tu filmes, et tu as directement des retombées, des retours des gens. Donc, je trouve ça assez intéressant. Je ne sais pas ce que tu veux dire.
- Speaker #3
Pour répondre à ta question, je trouve qu'il y a une intention de cinéma parce qu'il y a déjà une trame narrative, il y a des points culminants d'émotion. Claude a su, de par sa voix off, vraiment nous immerger dans ce monde et nous partager la peur. Et l'absurdité de certaines choses, la prise de risque et l'inconscience de ses compagnons, sa peur viscérale, les moments où il vit des moments d'euphorie. Je trouve qu'il y a vraiment une intention de cinéma, dans le sens où il y a quelque chose qui transparaît de ces images. Ce n'est pas juste, même si je ne réduis pas le vlog, ce n'est pas juste un vlog qui est... qui suit une sorte de, je ne saurais pas le dire, mais une construction qui ne joue même pas vraiment sur l'émotion, mais qui joue sur énormément de hype, etc. Alors que là, on a vraiment un sujet. qui est de base sérieux. Et Claude a réussi à ne pas dédramatiser parce que justement, on peut considérer cet humour mal placé. Je pense qu'il n'y avait pas une intention de Claude de dédramatiser, mais au contraire, de montrer que malgré tout ce qui se passait dans ce pays, il a montré la force de sa population et l'absurdité de certains leaders qui sont à l'origine de la guerre civile. Merci. mais aussi l'absurdité de la coalition américaine. On voit ça dans ce film. Et je trouve ça hyper important. Pour moi, c'est un film qui reste important et qui sert aussi à montrer une expérience simplement humaine, même dans une situation qui est désastreuse, où on a un pays qui est détruit, qui se détruit en interne. Je trouve ça... incroyable de réussir à faire quelque chose, à faire un documentaire comme ça. Et merci, merci de faire un documentaire qui soit ludique. C'est-à-dire que si vous ne savez rien, absolument rien, sur ce pays, sur sa situation géopolitique, vous n'allez pas être mis de côté. Vous allez comprendre, il n'a pas cette prétention qu'ont parfois certains documentaires qui partent avec... le parti pris que, en tant que spectateur, vous êtes au courant de certaines choses. Là, non. Il se met à notre niveau, il nous explique les choses et il se livre. C'est vraiment un documentaire où on a une personne qui se livre sur sa vie.
- Speaker #2
Je pense que le fait qu'il a retrouvé les rushs 20 ans après, ça lui a aidé de prendre un peu de recul pour justement utiliser l'humour comme... comme un élément important dans le film. Pour répondre à la question de Samir, c'est une question que je me pose très souvent récemment, surtout après avoir vu, sachant qu'on parle d'un film maintenant qui parle de la guerre de l'Afghanistan. Il y a deux films qui m'ont venu à l'esprit. Il y a, quand j'ai vu Riverboom justement, c'est No Other Land. et « Put your hand on your soul and walk » . Et là, on utilise des images de camiscope. Dans « No Other Land » , on a utilisé deux caméras avec deux qualités complètement différentes. Et dans « Put your soul on your hand and walk » , on utilisait un iPhone et puis des images de col. Et là, ça pose une question de WhatsApp.
- Speaker #0
De WhatsApp même. Pas de surwebs. Oui, voilà. C'est plutôt des images WhatsApp, ou en tout cas des images de visio. C'est ça, oui. Oui,
- Speaker #2
et là, on peut se poser la question, est-ce qu'on peut considérer ce genre d'images, ou bien de vidéos, en temps de film ? Moi, je trouve que oui. En revenant à Riverboom, Je trouve qu'il était construit à plusieurs niveaux de lecture. On a ce qu'on voit, ce qui est la guerre, dans la mise en scène, c'était bien évident, le taliban, les tribus pashtounes, et de l'autre côté aussi les américains, et justement les difficultés que les trois amis ont trouvées dans leur aventure. Mais de l'autre côté, on n'a pas oublié le côté... humain, le côté on va dire émotionnel et la profondeur justement humaine que porte chaque personnage. Par exemple, le film justement, il le raconte d'une simplicité très captivante. On a commencé le film justement avec un ratio 4 tiers mais à un moment donné quand quand Claude se fait face à une vraie menace par des gens armés et même par des loups à côté d'une rivière qui risque d'inonder à tout moment sous un temps justement très pluvieux l'écran s'élarge pour un 16 neuvième d'un coup et comme si on est passé de la réalité et et le ratio naturel de l'œil, qui est le 3,5 ou bien le 4,3, se transforme en un ratio de...
- Speaker #0
de l'imaginaire des rêves. C'est celui de la télévision moderne qu'on voit récemment. Et là où il commence vraiment à partager avec nous ses pensées pour ses parents. On voit des images vieilles de ses parents. C'est à ce moment exact qu'il se débarrasse de ses cauchemars. lui le dit.
- Speaker #1
J'ai une question, Samir, toi qui es dans le milieu journalistique, et en plus en France. Est-ce que, à cette époque en tout cas, les envoyés, enfin les journalistes de guerre bénéficiaient d'une protection ?
- Speaker #2
Alors, je suis critique de cinéma, donc je ne pourrais pas te répondre, mais normalement, dans certaines configurations, je crois que oui.
- Speaker #1
Je pose cette question, c'est qu'en voyant Serge Michel, à un moment donné, je me suis dit, mais le gars, il n'a pas de limite. Alors oui, effectivement, il se doit de foncer, d'aller chercher. D'ailleurs, il le dit, Claude, il dit que Serge, il tient à sa vérité. Donc lui, à ce moment-là, il est prêt à tout pour avoir sa vérité, sans papier, jusqu'à aller rencontrer les deux généraux qui se faisaient la guerre.
- Speaker #2
C'est très rare qu'ils aient une protection.
- Speaker #3
C'est ça. Et en même temps, il le dit, Serge, en mitraille, les voitures blindées. Donc, il vaut mieux ne pas… C'est inaperçu avec le petit.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, pourquoi je me pose la question, c'est qu'à un moment donné, lorsqu'il arrive justement à obtenir des rendez-vous pour rencontrer ces généraux qui sont dépeints et qui sont, j'imagine, un peu comme des chefs de mafia et ils ont été la raison de la mort de plusieurs civils du village, etc. Donc, c'est des criminels. Mais pourtant, il veut les rencontrer et il va leur poser des questions.
- Speaker #3
Il va frontalement.
- Speaker #1
Et on le voit, il jouit de ça. On voit un petit sourire. Et c'est bien, c'est admirable. Après, il y a la jeunesse, il y a le métier et tout. Mais je me pose quand même la question, est-ce qu'il y a quelque chose déjà à dire sur ça ou est-ce que je suis la seule à être gênée à un moment donné ? Je me dis que peut-être parce qu'il y a un inconscient du fait qu'il soit quand même journaliste occidental, inconsciemment il sait qu'il... peut pas être touché ou... Enfin, je sais pas.
- Speaker #3
Il y a de ça, je pense. Il y a de ça dans le film, parce qu'au moment où ils sont confrontés aux gars de l'hôtel et qu'il leur dit qu'il y a un occidental qui a été tué, là, ils commencent à avoir les chocottes. Je pense que oui, il y a un biais cognitif, parce qu'ils sont occidentaux, donc ils vont pas... On ne va pas les toucher. C'est ça. Et c'est vraiment quand ils sont confrontés à une certaine réalité, on voit qu'il y a un changement dans leur comportement.
- Speaker #0
Je pense que Claude, il le dit dans le film. Il dit qu'en Afghanistan, on fait plus que plus de confiance à un voyageur qu'à son voisin. Il le dit,
- Speaker #3
c'est vrai.
- Speaker #0
Contrairement à la Suisse.
- Speaker #3
Exactement.
- Speaker #0
Je voulais revenir juste sur un dernier élément.
- Speaker #3
qui va étayer aussi le fait que je dise que c'est quand même un film de cinéma, le rythme. Le rythme de ce film est pensé, est vraiment pensé. C'est-à-dire qu'il y a déjà une sorte de rythme assez musical, mais qui est en adéquation avec l'émotion que Claude essaie de transmettre, et ça marche. Et l'exemple que tu as donné tout à l'heure, Sadek, Vraiment, quand ça le touche, c'est quelque chose qui le touche au cœur, donc ses parents, le deuil de ses parents, le rythme vraiment ralentit. On est plongé dans ce rêve qu'il se fait, etc. Et on change constamment de rythme. Parfois, c'est vraiment, on est dans un rythme très frénétique. qui est en adéquation avec le rythme cardiaque presque de Claude. Il est stressé, angoissé, il est face à une situation qu'il n'arrive pas à comprendre avec deux copilotes qui sont inconscients du danger qui les entoure. Et vraiment, le rythme pour moi, il est en adéquation avec le rythme cardiaque de Claude. Et c'est pour ça que, en tout cas moi, c'est quelque chose qui a fait que je m'accroche. vraiment au film parce que j'avais vraiment le même rythme cardiaque que Claude et franchement par moments je me disais face à l'inconscience de Serge et de Paolo mais qu'est-ce que vous faites vous êtes suicidés le gars Paolo il veut photographier les démineurs et c'est le traducteur Najib qui demande aux démineurs de leur dire non et il le dit d'une certaine manière ça va être ma dernière question Merci.
- Speaker #2
Est-ce qu'à un moment... Est-ce qu'il vous est arrivé un moment de vous dire, mais c'est du fake, tout ce que je vois c'est du fake ?
- Speaker #3
Ah non, ne me brise pas s'il te plaît.
- Speaker #2
Non, je vous pose cette question.
- Speaker #0
Je ne pense pas, vu la situation dans laquelle était l'Afghanistan, je ne pense pas.
- Speaker #3
Du fake,
- Speaker #1
pas forcément, mais je te l'ai dit d'ailleurs, à un moment donné, tu dis c'est de la fixe, enfin c'est ça, c'est du fake. C'est de la fixe en reste.
- Speaker #2
ça me détruirait en tout cas je vous invite celles et ceux qui nous ont écouté ou qui vont nous écouter de regarder ce film et peut-être vous répondrez à ma question mais c'était toujours un plaisir de discuter avec vous de quoi ça d'être l'énarquement cinquième épisode de Fracture la revanche de critique de cinéma qui se transforme en podcast et nous avons parlé de Riverboom qui est un documentaire suisse réalisé par Claude Bechtol, sorti en 2023. Merci à vous trois, merci aux instituts français d'Algérie, merci Samy pour la technique, et on se retrouve dans quelques jours pour le sixième épisode. Merci à vous.
- Speaker #1
Bonne école. Ciao.
- Speaker #3
Ciao. Merci.