- Speaker #0
Vous ne le voyez pas, mais je suis rousse. Très tôt, dans la cour d'école, ma couleur de cheveux fait parler mes petits camarades. On me répète que je suis un suppôt de Satan, que je sens le roussi et que je suis une sorcière. Je comprends pas tout de suite pourquoi. Ma grand-mère et ma mère sont rousses, certes, mais j'ai beau les observer, elles n'ont ni baguette ni chaudron. Puis, j'ai compris. On ne me dit pas que je suis une sorcière, comme Hermione dans Harry Potter, non non, mais comme celles qui ont été mises sur le bûcher lors des chasses aux sorcières. J'ai alors grandi avec cette idée que les vraies sorcières étaient rousses et que celles des films étaient souvent très âgées avec un chapeau pointu. Les pouvoirs magiques ne venant pas, je ne me suis pas posé plus de questions. Jusqu'au jour où je découvre que le musée d'Aquitaine à Bordeaux prépare une exposition qui est consacrée à l'histoire de la sorcellerie en Nouvelle-Aquitaine. Elle s'appelle « Tremblée, tremblée, les sorcières sont parmi nous » . Mais si les sorcières sont parmi nous, elles sont alors toutes rousses ? Est-ce qu'il fallait seulement être rousse pour être mise sur le bûcher ? Est-ce que la sorcière est uniquement dans le reflet de mon miroir ? Ou peut-être partout ? J'ai donc envie de comprendre qui sont ces fameuses sorcières grâce à cette exposition.
- Speaker #1
Les sorcières sont parmi nous. Un podcast produit par Friction, en partenariat avec le musée d'Aquitaine, un musée de la ville de Bordeaux, réalisé par Ilona Catelin et Yann Besson.
- Speaker #2
On a décidé de faire cette exposition parce que c'est un sujet qui parle pour beaucoup.
- Speaker #1
Sophie Fontan, historienne de l'art et commissaire de l'exposition.
- Speaker #2
La figure de la sorcière est partout autour de nous aujourd'hui. Elle traverse l'histoire, les contes, les films, la littérature, les arts, mais aussi des débats beaucoup plus contemporains sur les femmes, le pouvoir, la liberté, la question de la marginalité. Le titre de l'exposition fait d'ailleurs explicitement référence à une formule italienne féministe, devenue célèbre dans les années 70, « Tremate, tremate, le streghe son tornate » . qui signifie littéralement « trembler, trembler, les sorcières sont de retour » . C'est une manière de dire à nos visiteurs « venez rencontrer les sorcières de chez nous » .
- Speaker #0
Comme je vous le disais au début, quand on pense à la sorcière, on pense forcément au bûcher. Ça montre que la figure de la sorcière que l'on connaît aujourd'hui, puise ses racines dans le passé. Alors pour mieux comprendre nos chères sorcières, il faut mettre notre nez, crochu ou non, dans l'histoire de la sorcellerie.
- Speaker #3
La sorcellerie est un crime qui a évolué dans le temps.
- Speaker #1
François Borde Archiviste et historien, spécialiste de la sorcellerie dans le Béarn, les Landes et le Labour sous l'Ancien Régime. Il est aussi membre du comité scientifique de l'exposition.
- Speaker #3
En un siècle, entre 1320 et les années 1420, il va y avoir un certain nombre d'événements qui vont transformer la sorcière d'une individualité et on va passer à la notion de la secte d'un personnage qui est le diable. On va croire donc en la réalité des assemblées nocturnes qu'on va appeler sabbat, la fameuse marque du diable qui va être en fait l'inverse du baptême que les chrétiens reçoivent, puisque tout ce qui se passe au sabbat c'est une société inversée. Ce stéréotype en quelque sorte de la sorcellerie va être considéré comme une réalité absolue par l'ensemble des élites. religieuses et laïques, et notamment bien sûr des juges. Mais c'est aussi une pensée unique. En 1486 paraît un livre qui s'appelle le Malleus Maleficarum, c'est-à-dire le marteau des sorcières. C'est le premier ouvrage qui va féminiser le crime de sorcellerie. Ils vont chercher pourquoi la femme... semble être une victime privilégiée du démon et donc une sorcière privilégiée. Ils vont jusqu'à dire que le mot latin qui traduit le mot femme c'est « féminin » . « Fé-minin » en deux mots, c'est-à-dire... qui a moins de foi. Et donc ça va leur servir de base, à tous les juges qui vont suivre jusqu'au XVIIe siècle, pour pouvoir justifier leurs actes dans toute l'Europe ensorcelée. On estime qu'il y a eu environ 130 000 procès dans toute l'Europe et qu'il y a eu autour de 80-85 000 victimes. Les statistiques aujourd'hui donnent 75 à 80% de femmes. N'importe qui donc peut être accusé par son voisin, par sa voisine, par quelqu'un même de sa famille, d'être un sorcier ou une sorcière.
- Speaker #0
L'enquête avance. Je comprends pourquoi on parle généralement de chasse aux sorcières et non aux sorciers. Et surtout que les femmes condamnées pour sorcellerie n'étaient pas nécessairement rosses, puisque n'importe qui pouvait être accusé. Ce qui reste à comprendre, c'est comment on passe de « je pense qu'elle est sorcière » à « on la met au bûcher » . Quelle preuve démontre qu'une personne est sorcière ? Est-ce qu'on retrouve dans leur poche des cartons d'invitation au sabbat envoyés par le diable ? J'en doute. Pour le savoir, il faut se replonger dans l'une des dernières chasses aux sorcières en Europe.
- Speaker #3
En 1609, il va y avoir une grande chasse aux sorcières dans une des trois provinces basques du nord du Pays Basque, le Pays Basque français, qui est le Labour. C'est cette zone côtière qui va d'Andaille à Bayonne et qui va à l'intérieur jusqu'à Saint-Pécionivelle, Sars, à la limite de la frontière avec la Navarre espagnole. Donc un petit territoire peu peuplé qui a une particularité, c'est que les hommes sont essentiellement des marins qui vont être absents du territoire pendant 6 à 7 mois pour aller du côté de Terre-Neuve, du Canada, à la fois pêcher la baleine, la morue et faire le commerce des pots. avec les Indiens et les Eskimos. L'histoire de la sorcellerie dans cette région-là, elle commence en 1605. On a déjà des accusations de sorcellerie qui sont liées à des oppositions socio-économiques, politiques, entre des familles de Saint-Jean-de-Luz d'un côté et de Cibourg de l'autre. Le parlement de Bordeaux va déjà envoyer deux parlementaires qui vont dire qu'en fait il n'y a rien de particulier à voir circuler. Sauf qu'il y a quand même des femmes qui sont emprisonnées, au moins 17, la plupart vont être relaxées, il y en a une qui sera brûlée. Cette affaire-là, elle est terminée sans lettres, c'est-à-dire qu'il y a quand même toujours des femmes qui vont être emprisonnées. Et que ça explique pourquoi en novembre 1608, les communautés de Cibourg, Urugne et Andail, vont demander au roi d'envoyer deux parlementaires pour régler ses affaires et surtout ils vont lui demander de juger jusqu'à exécution des accusés. Le roi accède à leur désir. En février 1609, Henri IV va envoyer ce qu'on appelle des lettres de jution, c'est-à-dire un ordre qui confirme que les deux commissaires, Pierre Delancre et Jean Despagné, ont commission pour aller juger tous les sorciers dans le Pays basque, que leur mission va durer six mois à partir de l'enregistrement de ces lettres au Parlement. Donc ils vont partir à la fin du mois de juin et arriver début du mois de juillet. Ils vont se transporter d'un lieu à l'autre, où certaines personnes sont emprisonnées, pour faire le procès à ces personnes. L'originalité de cette chasse aux sorcières basques, c'est uniquement le fait que nous ayons un seul témoignage. Le livre de Pierre Delancre, le tableau de l'inconstance des mauvais anges et des démons, qui nous donne sa vision du Pays basque, sa vision de la sorcellerie locale, sa vision de son travail de juge des sorciers et sorcières.
- Speaker #2
Nous avons choisi d'exposer en particulier le livre de Pierre de Lancre qui est paru en 1612. Cet ouvrage, il est très important parce que d'une part il appartient au livre de démonologie et il faut comprendre par démonologie l'étude des démons et contre lesquels il faut lutter. Pierre de Lancre, en décrivant le Pays Basque, dit par exemple « C'est un pays de pommes, elles ne mangent que des pommes, ne boivent que jus de pommes, qui est l'occasion qu'elles mordent volontiers à cette pomme de transgression. » faisant référence bien sûr à la pomme du péché originel. Il a été un peu mal convenu que les femmes puissent jouir d'une certaine liberté de pensée, de leur corps et de leur désir. Et sous la plume de pierre de l'encre, le mode de vie, les danses, la musique, la langue même, l'apparence vestimentaire, les relations sociales, tout est sujet à suspicion pour le magistrat, dès lors que ses pratiques lui semblent contraires aux bonnes mœurs.
- Speaker #3
Pierre de Lancre, il a une obsession, c'est le règne de Dieu sur terre, Dieu étant le symbole de l'ordre que lui appelle pas ordre mais appelle Constance. Et Constance, il faut donc l'analyser comme étant le désordre. Le roi du désordre, c'est le diable. Il arrive au Pays Basque, il découvre une société qui lui est complètement étrangère. une organisation de la société où la femme a un rôle prédominant. Les femmes peuvent aussi hériter, par exemple, tout ce qu'ils voient, c'est le territoire par essence de l'inconstance et donc du diable.
- Speaker #2
Dans l'exposition, on aura des gravures d'un graveur du XVIe siècle qui s'appelle Vico et qui sont prêtées par le musée basque et de l'histoire de Bayonne et qui représentent ces femmes du pays basque. Elles ont des coiffes un peu spectaculaires qui là aussi, au regard du juge, sont de prime abord suspectes parce qu'elles peuvent faire référence à une forme phallique puisqu'en fait il s'agit de coiffes de sorte de turbans, de tissus, qu'elles enroulent autour de leur tête et qui prennent très souvent une forme conique ou recourbée qui... permettre aussi de montrer son statut social, le fait qu'elle soit une femme mariée. C'était important pour nous de représenter des femmes réelles, qu'on va considérer comme des sorcières, mais qui n'en sont pas. La sorcière, ça peut être la femme marginale ou libre, celle qui est crainte ou redoutée, puissante de son savoir, qui tire sa connaissance des plantes, qui peut être séductrice aussi, et qu'on va consulter un jour et qu'on accuse le lendemain.
- Speaker #3
Localement, quand les juges vont arriver, ils se trouvent déjà devant des cas. Ils vont, dans un premier temps, faire un interrogatoire des gens qui sont accusés. Pour leur faire avouer, ils ont une technique qui est celle de tous les procès criminels de l'époque, qui est la torture. Si vous n'avouez pas, c'est que le diable vous a lancé un sort de taciturnité, c'est-à-dire de vous taire. Et donc, on est quand même sorcier ou sorcière. Pour ces juges-là... ce qu'il faut, c'est trouver une preuve physique. La marque des sorcières, on la cherche partout, dans le corps entier. D'abord, on rase complètement la personne, et on va la chercher dans les endroits les plus secrets, les plus intimes, la paupière, voilà. La seule preuve que Pierre Delancre va prendre en compte, c'est aussi la multiplicité des témoignages. C'est-à-dire, si vous avez 15 témoins qui disent la même chose, vous avez été au sabbat. c'est que vous y avez été. Les enfants témoignaient. On est dans un territoire petit qui est vraiment dans cette psychose depuis plusieurs années que tout le monde y croit et tout le monde vit dans cette crainte de dire « sorcier et sorcière et du diable » . Une véritable épidémie va naître du fait des juges qui vont petit à petit parsemer le territoire de procès et de nouvelles accusations. Après la torture, voilà. Il y a plusieurs cas. Le bûcher n'est pas systématique. Il y a parfois des peines de fouet publiques. Il y a aussi souvent des bannissements. Les exécutions étaient publiques. Il y avait une procession qui allait de la prison jusqu'au bûcher. Ces femmes n'étaient pas brûlées vives, mais elles étaient étranglées avant d'être brûlées. On ne pouvait pas bien sûr enterrer ces gens-là. Donc il fallait que le feu brûle tout. et que les cendres soient dispersées aux 80. Si l'on s'en tient aux personnes que Pierre de Lancre déclare comme ayant été exécutées, il y en a une douzaine. On connaît quatre hommes, dont les trois prêtres, plus un joueur de tambourin. Le reste ce sont des sorcières dont on a le nom, certaines l'âge, donc plutôt jeunes, sauf une qui avait alors, elle, le stéréotype de la sorcière, c'est-à-dire que C'était une vieille femme, difforme, très brune de peau, qui était donc laide, elle s'appelait Négato. La majorité était chez nous, des jeunes femmes. Elles avaient certainement aussi la beauté du diable, mais je pense qu'il y a eu le n'importe qui, de n'importe quel niveau social, pouvait être accusé.
- Speaker #4
Des Tchaïla, reine du sabbat, brûlée à urugne.
- Speaker #2
Nous avons fait le choix dans l'exposition de scander. Les noms des victimes de Pierre Delancre, ceux qu'il a cités lui-même dans ses ouvrages. Et donc, il n'y en a pas énormément, mais au moins on a le nom de ces femmes, ou pas. Parfois, on a simplement leur origine et comment elles ont été exécutées.
- Speaker #4
X, femme, 22 ans, sorcière. Marie-Bonne Danotte, de Saint-Jean-de-Luz, insigne sorcière. Marie Dindarté, de Sars, 17 ans, sorcière excellente. Catherine de Molaire, d'Andaï. Marie-Sance de Tartasse, sorcière notable.
- Speaker #2
Et c'est important de l'escander, notre idée, notre approche, c'était de transmettre ça au public, presque à la manière d'un mémorial. Parce qu'il s'agissait d'incarner aussi cette histoire et de ne pas avoir que le point de vue du juge.
- Speaker #3
L'affaire du labour en 1609, elle va se terminer avant son terme normal, de l'affaire novembre au début décembre, avec plusieurs éléments concomitants. D'abord, il va y avoir le retour des marins. de Terre-Neuve et du Canada vont essayer de perturber toutes les cérémonies liées au bûcher, aux condamnations à mort des accusés. Mais surtout, Jean Despagné, il reçoit un ordre de se rendre à la chambre de l'Édith en Irak pour traiter des relations entre catholiques et protestants. Pierre de Lancre ne peut pas continuer tout seul. Donc, début novembre, ils partent, donc leur mission est terminée. Ce qui fait que Pierre de Lancre signale qu'il y a... Alors il dit plusieurs centaines, mais il y a quelques dizaines certainement de prisonnières qui vont être transférées à Bordeaux. Et il donne d'ailleurs le nom de deux ou trois de ces femmes qui vont être exécutées après à Bordeaux.
- Speaker #4
X, femme du labour, condamnée à mort en décembre 1609 sur le rapport de M. de C5. Catherine Ausha, de Cibourg. Sorcière, brûlée à Bordeaux en 1610. X, femme de Macaille, brûlée à Bordeaux le 12 juillet 1610.
- Speaker #3
Delancre, c'est certainement le dernier des grands démonologues. Et il va terminer d'une manière un peu particulière, puisqu'il va avouer qu'il ne fallait pas... juger et condamner les gens de manière judiciaire, mais essayer de les remettre dans le droit chemin religieux puisque c'était ça qui était quand même le principal.
- Speaker #0
Peu à peu, les bûchers s'éteignent en Europe. Du côté de la France, en 1682, un édit royal sur la justice ne considère plus la sorcellerie comme un crime. Après plus de deux siècles de persécution en Europe, les sorcières ne sont plus pourchassées. Mais la figure de la sorcière, elle, survit. Reste à savoir sous quelle forme. Quelque chose me dit que le chapeau pointu et le ballet ne sont pas très loin.
- Speaker #2
Donc à partir du XVIIIe siècle, quelque chose change progressivement sur le regard porté sur la sorcellerie. On passe d'une figure que l'on accuse à une figure que l'on raconte. Les contes, puis le cinéma et la télévision vont largement contribuer à fixer certaines images que nous avons encore aujourd'hui en tête. La femme fatale, la magicienne, la sorcière sympathique et familière. Au contraire, la vieille femme au nez crochu, pour ne pas citer la sorcière de Blanche-Neige du film de Walt Disney.
- Speaker #5
Plongeons la pomme dans le chaudron pour qu'elle s'imprègne de poison. Pomme, deviens rouge pour tenter Blanche-Neige et lui donner envie de te croquer.
- Speaker #2
Les extraits de films et de contes que l'on montre dans l'exposition permettent justement de faire sentir cette évolution et de voir à quel point la sorcière est aussi le reflet des peurs et des fantasmes de chaque époque.
- Speaker #0
Si la figure de la sorcière est en constante évolution, alors qui sont les sorcières d'aujourd'hui ? Et notamment sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine. Au risque de vous décevoir encore une fois, il n'est toujours pas réellement question de potions faites à partir de baves de crapaud. Aujourd'hui, Il n'existe pas une seule manière d'être une sorcière. Parmi elles, il y a les guérisseuses qui sont rebouteuses, chamanes, magnétiseuses,
- Speaker #6
sophrologues ou encore doulas. La détente physique est notre état initial. Faut juste qu'on le retrouve. Je suis, après un parcours de vie assez coloré et différentes étapes, arrivée aujourd'hui à être doula de vie et conseillère agréée en fleurs de Bac.
- Speaker #1
Doula est accompagnante à la naissance en Dordogne, présente dans le parcours de l'exposition dans un portrait vidéo.
- Speaker #6
Aujourd'hui, l'activité de Doula consiste principalement à accompagner une famille en pré-père post-natal. Le gros de mon travail, c'est d'accompagner des naissances. Je pratique donc énormément ici où on se trouve dans ma yurte, qui est dans une petite clairière de forêt, où j'adore recevoir pour prendre soin, mais je me déplace aussi énormément à domicile. Moi, je ne me considère absolument pas en tant que praticienne de médecine alternative ou douce, mais au contraire, je ne pratique pas la médecine. En aucun cas, dans aucune minute, je ne remplace pas une sage-femme. Mais bien au contraire, j'adore travailler avec les sages-femmes pour m'occuper de l'enveloppement de tout le côté émotionnel et ressenti d'un point de vue sociétal et du milieu médical. On est très mal vus. On les doulas, on les sorcières, on les gens qui font des choses qui ne rentraient pas dans les cases. La preuve, les doulas, ici dans la région Nouvelle-Aquitaine, c'est dramatique. On n'est pas du tout bienvenus dans les hôpitaux. J'ai un grand sac, une grande boîte à outils et j'aime beaucoup piocher dans mes outils. Donc j'adore travailler avec mes élixirs floraux qui aident à équilibrer nos émotions. Je suis également formée à la communication subtile qui se pratique avec des baguettes de sourcier. C'est vraiment une manière de se connecter à l'âme d'une personne et communiquer avec l'invisible. J'adore masser, j'adore faire des postures, j'ai de la soja blanche pour purifier, j'ai tout un tas d'outils comme toutes les sorcières modernes ou anciennes. Ça ressemble à ça, mon coffret magique avec les flacons. Ça fait quand même très sorcière et j'adore. On prend son petit flacon avec l'eau de source et puis avec les pipettes, on met quelques gouttes dedans. Je ne me considère pas comme une sorcière. Ce n'est pas un titre que je me donne, absolument pas. Je me considère comme une accompagnante. Tout de même, c'est une étiquette qu'on me donne et j'aime qu'on me la donne et je l'assume pleinement. Mais je n'ai pas une carte de visite de sorcière. Il en faut peu aujourd'hui pour être considéré comme sorcière. On se retrouve ici dans une yurte, dans une forêt, sur une ferme bio, dans un petit village en Dordogne. Je pense que l'étiquette est liée sans même entrer dans le détail des outils. Ce qui me plaît dans le fait d'être considéré comme une sorcière, c'est ce côté difficilement palpable. C'est l'invisible, c'est un peu la magie quand même. Ce que j'appelle magie, c'est... Oser donner aussi la place à l'invisible, oser retrouver de la joie et de l'amour et de la lumière dans la vie là où parfois c'est très sombre. Il faut savoir que j'ai deux masters, j'ai travaillé dix ans dans les énergies renouvelables en tant que cadre. Ce n'est pas tous les jours évident d'assumer le changement de vie que j'ai fait.
- Speaker #0
Moi souvent on m'a considérée comme sorcière parce que j'étais rousse à cause de ma couleur de cheveux quand j'étais petite. Je me demandais si les sorcières étaient du coup toutes rousses et au final je vois que t'es pas rousse donc toutes les sorcières sont pas rousses.
- Speaker #6
Non mais je suis jalouse de tes jolis cheveux parce que j'aimerais beaucoup avoir les cheveux rouges et bouclés et non. J'ai peut-être un tatouage de sorcière qui représente le plus ancien labyrinthe de l'antiquité qui a été trouvé. Et j'ai mis au lieu de la croix, au milieu la femme, parce que pour moi, la femme et l'énergie féminine et l'origine de tout, c'est la matrice. Mais à part mon petit tatouage, je sais que physiquement parlant, je ne remplis peut-être pas les clichés d'une sorcière. Ce qui pourrait être considéré comme une sorcière, c'est l'inconnu, c'est le mystère. Donc par exemple, mon métier, il est très méconnu. Et tout cet inconnu... j'observe que c'est à la fois très attirant et à la fois ça fait très peur. Et c'est ça là qu'on met un peu dans la case de la sorcière. Et donc oui, j'ai un chaudron, j'ai un coin feu et là on est vraiment dans le cliché de la sorcière. Mais je pense qu'on n'a même pas besoin de symbolique comme ça pour être considéré en tant que sorcière. Mais vraiment, il suffit d'être en marge de société, de ne pas rentrer dans une case. Ce qu'une cliente qui m'a vraiment verbalement nommée sorcière, elle m'a dit. On vient te voir parce que tu fais du bien, mais on ne sait pas pourquoi. Et je pense que c'est ça qui fait un peu sorcière. Parce que je n'ai pas de baguette magique, malheureusement. Et là, il y a mon gros chaudron, qu'on utilise pour les potions quand même. Une amie, un thérapeute m'a enseigné comment faire du sel alchimique qui a des grandes propriétés purifiantes. Mais ça c'est vraiment plus des pratiques privées pour le moment. Mais il est très beau et j'en ai un qui est beaucoup plus grand mais qu'on sort que pour les grandes occasions. Alors à propos de l'héritage très très très lourd de la sorcière, ça me procure immédiatement beaucoup beaucoup beaucoup d'émotions parce que même si je ne me nomme pas sorcière, je me sens pour... profondément reliée à toutes ces femmes. Et j'en suis fière d'être héritière de celle-ci. Bien que je peux être critiquée, stigmatisée, et bien que je ne me sens absolument pas soutenue, je me sens profondément chanceuse de vivre à une époque où je n'ai pas peur de me faire brûler. Je pense aujourd'hui, pour être une sorcière au temps moderne, il faut du courage, il faut oser. Et voilà mes baguettes de Satis. Ça tisse qui est une branche de la communication subtile. Donc c'est vraiment des baguettes en acier. C'est des baguettes de sourcier. Souvent, ça c'est intéressant. Les vieux du village ne trouvent ça pas perché du tout parce qu'ils connaissent les gens qui ont détecté les veines d'eau. Notre génération à nous, tu te pointes avec les baguettes, c'est un peu bizarre quand même. Surtout si je te dis que maintenant je communique avec ton âme et tu peux savoir ce que tu veux sur toi et ta vie. Et pourtant c'est ça. Et vous allez pouvoir découvrir beaucoup sur l'histoire des baguettes dans l'exposition. J'aimerais inviter toute personne à réfléchir sur l'invisible et oser donner plus de place à ses ressentis. Parce que peut-être que chacun de nous est un peu sorcier et sorcière si on ose s'ouvrir à la magie de la vie. Et ça rend la vie quand même nettement plus belle et nettement plus... plus riche et surtout ça nous donne sens. Et peut-être c'est ça notre tâche, de retrouver un sens dans notre vie qui est difficile à trouver dans le modèle capitaliste actuel. Et ne pas avoir peur, mais au contraire, transformer cette peur de l'inconnu en curiosité, de découverte de quelque chose en plus. On n'est pas les seuls à s'intéresser aux guérisseuses. L'historien Jules Michelet en parle aussi dans son livre
- Speaker #0
« La sorcière » publié en 1862. Pour lui, la sorcière est une femme dans la misère économique et qui, par la sorcellerie, se révolte contre sa condition sociale. La sorcière n'est plus seulement réprimée et fin de l'histoire. Non, la sorcière résiste. Les mouvements féministes se nourrissent alors, entre autres, de la théorie de Michelet. D'ailleurs. Devinez comment est appelée une revue féministe créée en 1975 ? Un indice. C'est un mot qu'on a dû prononcer au moins 100 fois depuis le début du podcast. C'est bien sûr sorcière.
- Speaker #2
Aujourd'hui, la sorcière est une icône féministe, résolument, parce qu'elle transforme profondément le sens du mot. Pendant des siècles, sorcière a été une accusation. Et c'était une manière de désigner des femmes perçues comme dangereuses. déviante ou trop indépendante. Aujourd'hui, certaines femmes choisissent au contraire de reprendre ce mot à leur compte et d'en faire une figure de puissance et d'émancipation. Dans l'exposition, le féminisme y trouve sa place à travers plusieurs objets. On verra des photos d'artistes qui se sont infiltrés dans la marge des femmes du 8 mars dernier. La dernière oeuvre qu'on propose au public nous interroge, il s'agit du travail anthropologique et photographique de l'artiste suisse Anne Vaufré. Elle a composé un ensemble de portraits en noir et blanc, traités comme des fiches de criminologie, qui présentent une centaine de personnes qu'elle a rencontrées et qui, pour des raisons variées, liées à leur origine, leur profession, leur mode de vie, leur apparence physique, le lobe des oreilles, la couleur des yeux ou des cheveux, auraient pu... en d'autres temps, être accusé de crimes de sorcellerie. Parce que finalement, nous pouvons tous, à un moment ou à un autre, être perçus comme sorciers ou sorcières. J'ai envie que le visiteur reparte aussi avec cette impression et cette interrogation. Est-ce que je suis, moi aussi peut-être, un petit peu sorcier ou sorcière ? Ou est-ce qu'on aurait pu m'accuser ?
- Speaker #0
Grâce à l'exposition « Trembler, trembler, les sorcières sont parmi nous » , je sais maintenant une chose. Si on me dit à nouveau que je suis une sorcière, Je répondrai oui, et alors ? Pas parce que je suis rousse, mais parce que je suis féministe, que je suis indépendante, que je danse librement, que je me soigne avec des plantes pour mon endométriose, et aussi qu'au fond, j'espère que Poudlard va m'envoyer une lettre à la rentrée prochaine. Alors faites comme moi, courez, volez, au musée d'Aquitaine à Bordeaux jusqu'au 23 mai 2027, pour rencontrer des sorcières. Et peut-être que, finalement, c'est dans un miroir que vous aussi, Vous en trouverez une.
- Speaker #1
Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont participé à la réalisation de ce podcast. Sophie Fontan, François Borde et Anna Stiegler pour leur témoignage. Amaya Enbut qui a prêté sa voix pour scander le nom des victimes de Pierre Delancre. Et Nicolas Bernhardt qui en a réalisé la prise de son et le montage. Walid Hajar Rachedi pour son accompagnement éditorial. Et enfin, merci à toutes les équipes du musée d'Aquitaine pour leur accueil et leur aide. et notamment à Carole Martegout et Sophie Fontan. Les sorcières sont parmi nous est un podcast produit par Friction, en partenariat avec le musée d'Aquitaine, un musée de la ville de Bordeaux. Écriture, enregistrement et réalisation, Ilona Catelin et Yann Besson.
- Speaker #2
Vous venez d'écouter un épisode de La Révolution et après, le podcast qui explore les luttes intimes, politiques et sociales. Retrouvez toutes nos frictions sur notre site friction.co