- Speaker #0
Vous écoutez Thérapie de groupe, le podcast qui explore la santé mentale. Produit par Frixion. Bonne écoute !
- Speaker #1
On partage notre quotidien, on publie des photos, des vidéos de son chat ou de nos plats. Une réalité qu'on aguise à géométrie variable, une vie qui serait plus jolie, filtrée et instagrammable. Mais comment faire quand l'avatar, ce personnage virtuel, prend le pas sur notre réalité ? Année 2000, commencement des chaînes YouTube et des profils Facebook. C'est là que Lola se perd dans les vidéos de charme. Lola, je l'ai rencontrée sur le plateau d'une émission de témoignages pour laquelle je travaille. Son histoire m'a touchée. Lola, c'est l'exemple d'une consommatrice consommée. Des dérives du pouce bleu à l'endroit ou à l'envers et de la toile dans laquelle elle a été prise au piège.
- Speaker #2
Je suis née en 1995, j'habite dans un village avec mes deux parents, mon petit frère et ma petite sœur. J'ai 5 ans, je vais souvent dans la chambre de ma mère, j'ouvre ses tiroirs et je lui vole ses sous-vêtements et je m'amuse à danser devant le miroir, à me dénuder. J'ai aussi ma maman qui achète souvent les catalogues pour les femmes et je les prends en cachette assez régulièrement. Je dessine souvent. des corps de femmes nues. Je ressens comme une sorte d'excitation, je trouve ça attirant, sexy. Je cache tout parce que je sais que c'est pas normal. J'ai une meilleure amie qui vient dormir chez moi et quand elle s'en va, ma mère range ma chambre et elle tombe sur les dessins des femmes nues. Sur le lit j'arrive et il y a les dessins posés et je la regarde et elle me dit « C'est quoi ça Lola ? » Elle me demande si j'ai déjà regardé du porno Je dis que non, jamais. Et elle m'explique que le porno, ça n'est pas la réalité, qu'il ne faut pas que je me base sur ces images-là. On ne rentre pas plus dans les détails, c'est un moment gênant. Je n'ai pas envie de dévoiler qui je suis et ce que je ressens. En 2004, à mes 8 ans... Pour ma communion, mon parrain m'offre un ordinateur pour moi. On est comme des dingues parce que l'ordinateur, ça vient de sortir. J'ai le droit d'y jouer tant et tant d'heures par jour. J'y vais pendant ma pause de midi. Je me connecte à Internet, je tape « jeux de filles » . Je clique sur un site, j'ai plusieurs jeux disponibles. Ça peut être des jeux de maquillage, des jeux de poupées à habiller. Puis je vois aussi qu'il y a un lien pour se connecter sur des jeux plus hautes, jeux moins de 18 ans. Je clique dessus et là en fait si tu veux c'est ce qu'on appelle le hentai. Je ne connais pas encore le terme. Ce sont des jeux virtuels, des jeux de sexe de tout type. Il y a des jeux de scénario, donc c'est-à-dire tu as un homme dans une ville entouré de femmes, tu dois les séduire pour pouvoir coucher avec elles. Il y a des jeux d'esclavage sexuel, donc une femme qui se fait enlever... qu'on kidnappe, qu'on attache, à qui on fait subir ses vies sexuelles. Je regarde beaucoup la télé avec des femmes très dénudées, très sexy. Je trouve ça trop cool. Je danse comme elles, très rapidement. Je ne danse pas comme une enfant normale. Je danse très sensuellement, très sexuellement. Je fais en sorte de bouger mes fesses quand je danse, très très jeune. Et puis quand Internet est arrivé, YouTube est arrivé, donc à partir de mes 8-10 ans, Je vais souvent sur YouTube et je vois beaucoup de vidéos de concours de twerk. Pour être assez simple, c'est la danse des fesses. C'est souvent plusieurs femmes qui participent à ce genre de concours. Elles sont sur un ring. entourée d'un public, elle danse sur un homme. J'ai cet esprit qui ne correspond pas au village où j'ai grandi. Je vis dans un petit village, comme un quartier résidentiel dans lequel il y a pas mal de maisons et en fait, si tu veux, c'est un quartier fermé. Donc on a une petite communauté et on est beaucoup d'enfants dans ce quartier-là. Directement, je suis assez à part, ça m'attire énormément. Le sexe, l'argent, la provocation... c'est quelque chose qui m'attire, que je trouve incroyable. C'est l'audace. Parce que tout est lié, que ce soit lorsque je regarde les clips, lorsque je regarde des vidéos, que le corps de la femme, la manière dont elle va danser, est lié à l'argent, au pouvoir. Je fais très rapidement le lien dans ma tête. Elle danse pour de l'argent. Au collège, je ne suis pas sexy, je ne suis pas la plus jolie, je n'ai... jamais eu de petit copain. Je suis amoureuse d'un garçon qui lui s'intéresse aux filles populaires et ça me blesse énormément. Je ne suis pas l'objet de ce qu'il désire et de son fantasme et c'est un événement qui me marque. Je commence à me filmer lorsque j'ai 13 ans, 14 ans. Mes parents m'ont acheté un appareil photo. que j'utilise pour me filmer dans ma chambre. Je pose la caméra sur un meuble et je commence la vidéo. J'ai une radio sur laquelle je mets de la musique très très forte. Je m'habille assez sexy et je me filme. Je me filme pendant des heures et je garde ces vidéos que je regarde encore et encore. Je ressens de la sensualité, je suis contente. de me filmer, c'est agréable pour moi. J'exprime l'amour de la danse, l'amour de la sensualité, du corps de la femme. Je suis dans mon monde. Au début je le garde pour moi et puis à mes 15 ans, je demande à ma mère de me filmer dans la cour de la maison. Et puis je publie cette vidéo sur les réseaux pour la première fois. J'ai des retours assez positifs. C'est plus du côté de Facebook parce que ce sont mes amis, ce sont les connaissances. et que la vidéo est tout à fait "normale" pour envasir mon âge. Puis, à mes 18 ans, je décide de faire une vidéo à but de promouvoir les filles qui ont des formes. 2013... C'est là mon temps, j'te préviens ! J'avais 18 ans. Tu vas voir ce que je fais avec ma cellulite. Je suis en train de danser, je twerk. J'ai sorti un paquet de chips que je mange en dansant et en twerkant. C'est de la provocation.
- Speaker #3
Quand je danse, je suis aimable. Et donc forcément, plus il y aura de messages positifs, etc., plus ça va activer le système de récompense, ça va alimenter l'image de soi, donner de la valeur à qui je suis. Et du coup, au lieu de trouver sa propre valeur en soi, d'être capable d'apprécier ce qui est hyper difficile à cet âge-là... je vais trouver ma valeur dans le regard des autres. Au début, ça a marché, j'ai eu des commentaires positifs, etc., ça m'a valorisée. Là, je commence à recevoir des commentaires de critique. Du coup, si je veux continuer, il faut que je n'en ai rien à faire et au contraire, que je prenne le contre-pied de ces commentaires.
- Speaker #2
Je continue les vidéos que je poste sur les réseaux assez régulièrement. Plusieurs commentaires me disent que je suis trop grosse, que j'ai trop de forme. 50 kg pour 1m60. Je ne suis pas grosse mais je me vois grosse puisque tout le monde me dit que je suis grosse. Mais j'ai envie de continuer et je décide de me lancer sur YouTube pleinement. J'ai 18 ans, je suis majeure dans ma tête très libre. J'ai fréquenté beaucoup de garçons avec lesquels je n'ai pas eu de relation sérieuse. Je ne sais pas ce que c'est l'amour. Je continue ces vidéos parce que je sens que c'est un moyen pour moi d'attirer les garçons. Je me sens plus belle, plus sexy, plus attirante. J'ai de plus en plus de demandes qui me viennent d'hommes, de monnayer mes vidéos ou de me donner de l'argent tout court. Je refuse par respect pour moi-même, mais j'ai envie de reprendre mes études, reprendre un BTS que je ne vais pas faire en alternance. Du coup, il me faut des sous. Il y en avait vraiment beaucoup des messages que je reçois. C'est « Coucou Lola, comment tu vas ? » Est-ce que ça te dirait de te faire de l'argent ? Si tu me faisais une vidéo en string, « Coucou Lola, est-ce que je pourrais te donner des sous s'il te plaît ? Est-ce que t'as un compte sur lequel je peux t'envoyer de l'argent ? » Je pense que je vais le faire. Je vis chez ma mère. Elle sait que je fais des vidéos, elle le voit, mais je vais lui parler de l'idée que j'ai de me faire de l'argent avec les vidéos. Chose à laquelle elle me répond que si je le fais, elle me jette dehors. Je remonte dans mes messages que j'ai depuis que je suis sur YouTube. Quelques années en arrière, je reprends tous les messages des personnes qui m'ont proposé de me faire des sous. Wow. Et je leur écris en leur disant, je suis prête à me faire de l'argent. Je décide de vendre mes vidéos sous telles conditions. C'est un message copié-collé. Je propose des vidéos à la vente. Voilà combien coûte la minute. Tu peux choisir la tenue, tu peux choisir le lieu, tu peux choisir la musique. La première vidéo, on m'a demandé de faire de l'upskirting. Skirt, ça veut dire jupe en anglais. Upskirt, ça veut dire... une jupe qui se soulève. Le premier me demande de faire de l'obskirting avec une robe rouge, et donc je décide du coup de tourner cette première vidéo à côté de mon lit. Elle est très dure à filmer cette vidéo parce que c'est la première fois que je suis en string. Donc j'ai des moments d'absence, j'ai des moments où je dois prendre des pauses, où je pleure, parce que je m'étais promis de jamais le faire. Je suis en train de le faire et je me dis mais Lola, mais qu'est-ce que t'es en train de faire quoi ?
- Speaker #3
C'est comme si c'était le deuxième moment où elle vient chercher la limite. « Je n'ai pas envie d'y aller, je sens que ça va à l'encontre de certaines de mes valeurs. » Et en même temps, il y a l'attrait de l'argent un peu facile et le sentiment d'audace, de puissance. Elle est soumise au desiderata de ses clients qui, en plus, plus ils payent, plus ils peuvent se permettre de demander des choses. Et en même temps, elle, ça lui donne aussi une puissance de dire « moi, je peux t'offrir ce que tu veux » . Donc ça, ça donne ce sentiment de puissance.
- Speaker #2
J'en parle à mon frère qui a 16-17 ans parce qu'il regarde ce qui se passe sur YouTube. Il trouve ça cool, il n'a pas vraiment d'avis. J'en parle aussi forcément à mes amis, tous mes amis sont au courant. Mes amis sont très ouverts d'esprit, ils sont assez cools. Je ne peux pas te dire exactement combien de vidéos je fais par jour parce que c'est très variable. Ça dépend des demandes. Il y a des semaines où j'en fais beaucoup plus que d'autres. Je monnaie mes vidéos à hauteur de 20 euros par minute, ce qui est très très bien. En tout cas je suis contente de pouvoir vendre à ce tarif-là parce que ça marche très bien. Je shoot le midi, je shoot dès que je peux. Cet argent-là pour moi il n'est pas juste à chaque fois que je le gagne je le dépense directement. Donc ça peut être dans les vêtements, ça peut être dans les chaussures, pour ma famille, pour partir en vacances. J'ai pas vraiment de pires dépenses, je dirais juste que chaque semaine j'ai des gros colis qui arrivent encore et encore et encore devant ma maison Et que les voisins se posent des questions Ma famille se pose des questions d'où elle sort tout cet argent Je leur dis pas mais ils s'en doutent Mais ça reste tabou Les demandes de ces vidéos elles sont très variables D'hommes tout à fait différents, de tout type d'âge, de toute origine Des hommes mariés, des hommes célibataires Il y a des hommes qui me font des demandes très simples dans lesquels il veut juste me voir danser, il me respecte, il me laisse du choix. Et il y a d'autres hommes qui sont beaucoup plus dominants et directifs et qui veulent me faire faire des choses très spécifiques. Et souvent on va dire que c'était des clients qui mettaient beaucoup d'argent et plus ils mettaient d'argent et plus ils m'achetaient des vidéos et plus ils estimaient qu'ils pouvaient se permettre de me demander des choses assez spéciales. De dire des choses sexy, je trouve que la voix c'est très intime, c'est très privé. C'est pas agréable pour moi de dire des choses que je n'ai pas envie de dire mais je le fais. On me demande de me mettre des fessiers jusqu'à ce que mes fesses soient rouges ou bleues. Et quand je dis que je ne veux pas, c'est là qu'on me dit oui mais telle personne l'a fait, je l'ai payée, elle l'a fait. J'aime pas me comparer et j'estime qu'on fait pas la même chose, parce qu'en fait ces filles-là font des vidéos sans faire de montage, ces filles-là font des vidéos souvent à pur but sexuel. Moi j'essaie quand même de mettre la forme, de mettre l'art, de mettre un contexte, je travaille beaucoup sur les vidéos, voilà j'estime qu'on fait pas la même chose, mais bref. Je ne veux pas qu'on me compare avec ces autres filles et c'est pas ça en fait qui va faire que je vais faire ce qu'on me demande. L'argent il a un grand pouvoir ? Parce que du moment où l'homme paye, Il estime qu'on va devoir faire tout ce qu'il demande. Je vends mes vidéos, je vends mes charmes, mais je n'ai pas envie d'être un objet, je n'ai pas envie de faire des choses que je n'ai pas envie de faire. Et il y a des limites que je ne peux pas franchir. Par exemple, montrer mes seins, jamais de la vie. Enlever ma culotte, jamais de la vie. De personnes qui sont prêtes à me payer 2000 euros, 3000 euros pour que je passe la nuit avec eux, mais je refuse. Je veux contrôler mon image. Je reste sous une forme où on ne me touche pas. On ne me touche pas. J'obtiens mon BTS, je commence un nouveau travail et en soi j'ai plus besoin d'argent. Mais je décide de continuer parce que je suis devenue accro à ce que ça me procure, à ce sentiment de puissance, à ce sentiment de toujours, toujours, tous les jours me sentir désirée, tous les jours recevoir plein de messages qui me comblent parce que je n'ai pas de petits copains. Parce que je n'ai jamais eu de relation sérieuse encore une fois et ça me comble. J'ai à peu près 50 000 personnes qui me suivent sur YouTube. Je fais des centaines de milliers de vues par mois. C'était devenu une drogue en fait, l'argent facile, le fait de pouvoir me payer ce que je voulais. J'ai continué. Au niveau de mes relations, c'est très compliqué. Je n'arrive pas à avoir une relation avec un garçon. La manière dont je m'expose sur les réseaux fait barrage. Personne ne se projette avec moi. Je crois plus en rien. Puis, peu de temps après, je rentre d'un rendez-vous encore raté. Il est 2h du matin, je me connecte sur les réseaux et je vois que j'ai eu une demande d'amis d'un mec. Et c'est là qu'on a commencé à... a parlé toute la nuit et il s'est montré différent. Il a cherché à apprendre à me connaître et il n'a pas parlé une seule fois de mon physique, de qui j'étais, de mes réseaux. On se rencontre, on se met ensemble, on démarre une relation sérieuse, la première relation de ma vie. Mais je continue les vidéos, il est au courant parce que c'est sur mes réseaux et je lui dis très clairement que c'est la condition. Si t'acceptes pas, on se met pas ensemble. » Il m'a dit « Ok, j'accepte. » Et on s'est mis ensemble. Ça a été dur tout au long de la relation. Je me montre beaucoup sur les réseaux sociaux en lingerie et en sous-vêtements. Lui, de son côté, il fait beaucoup de crises d'angoisse. Il psychote. Donc quand il vient chez moi, en cachette, il fouille dans mon ordinateur pour voir si j'ai fait des vidéos dans la journée. Il récupère mon panier de linge sale pour sentir mes sous-vêtements, pour sentir si j'avais mis de l'huile, si j'avais fait une vidéo. Il arrive plus à respirer, il pleure, il crie, il supporte pas. Et moi, c'est insupportable pour moi de le voir dans cet état, mais je ne vois pas arrêter les vidéos. Il me met un ultimatum, j'ai arrêté et c'était comme de la drogue. Donc je reprends en cachette en fait.
- Speaker #3
Je viens remplir quelque chose, alors c'est un vase percé, ça va disparaître aussitôt que c'est arrivé. Il va falloir toujours venir remplir ce vase et c'est plus l'argent qui « comble » , c'est pas le besoin d'argent à ce moment-là, c'est vraiment remplir ce vase percé de « je me sens aimée » . C'est là que ça tombe dans l'addiction. Clairement, on voit toutes les étapes du circuit, je ressens un manque. Je vais chercher une réponse pour combler ce manque et ça me remplit jusqu'à ce que ça ne me remplisse plus. Ça vient procurer une émotion, un sentiment d'être aimée qui est hyper agréable à ressentir. Et puis dès que je ne le ressens plus, il faut que j'y retourne. C'est vraiment comme la drogue, c'est un peu comme si ça faisait partie d'elle. Donc si jamais ils rejettent une partie d'elle, ils la rejettent elle. Il y a un contrat biaisé en fait à ce moment-là au démarrage de la relation. C'est exactement les mêmes scénarios qu'on entend chez des personnes qui souffrent d'alcoolisme, chez des personnes qui sont droguées, etc. Et donc ce qui est terrible c'est que la personne qui est en couple avec une personne addict, elle va se dire mince, elle n'aime pas suffisamment pour renoncer à sa substance, à sa consommation, à son comportement addictif. Alors qu'en fait l'addiction ça emprunte les chemins cognitifs, les chemins neuronaux, etc. Donc c'est vraiment une maladie.
- Speaker #2
Dans cette période-là, je suis sur les réseaux, je reçois un message sur Facebook d'une femme, d'une américaine, qui m'écrit et qui me demande si je connais un certain Scott. C'est un de mes clients très réguliers, vraiment un de ceux qui dépense le plus d'argent pour moi. Et elle me dit « ben voilà, c'est mon mari, on a trois enfants, sache qu'il est obsédé par toi, je m'en suis rendu compte, on n'est pas dans une bonne situation financière » . et il claque tout son argent dans tes vidéos, j'aimerais que tu arrêtes avec lui, que tu le bloques. Je suis sous le choc. J'ai beaucoup de peine parce que moi, il faut savoir une chose, c'est que quand je fais ces vidéos-là, ces hommes, je ne les désire pas, je ne les respecte pas, je prends mon argent et je me casse. J'ai un dégoût. C'est la réalité derrière en fait ces hommes qui m'achètent des vidéos, c'est qu'ils ont une famille, ils ont des enfants, ils ont des fois des femmes. Il y avait des clients qui demandaient des choses très sexuelles, d'autres plutôt vulgaires, d'autres plutôt épurées. Lui, il était dans un contexte très sentimental, c'est-à-dire de faire des vidéos avec des roses. Il me demande de faire des vidéos où je le regarde avec un regard amoureux, où je lui dis des choses gentilles. Et un jour, mon copain tombe sur le scénario de la vidéo de Scott. Et il y avait écrit « Rose, regard amoureux, rendez-vous » . Ça le tue. Il a le cœur brisé parce que... On n'est plus dans quelque chose de purement sexuel, on est dans quelque chose qui est censé lui appartenir à lui, mon petit copain. En 2020, donc vraiment après plusieurs années, après avoir fait beaucoup d'argent, je me connecte sur Paypal, mon compte vient d'être supprimé. Je les appelle pour comprendre pourquoi et c'est là qu'ils me disent « Qu'est-ce que vous avez fait durant toutes ces années ? » Comment ça se fait qu'il y a cette somme-là, ils m'ont donné le montant, qui a transité durant les trois dernières années ? qu'est-ce que vous avez fait avec cet argent ? On ne peut pas s'associer avec vous là-dessus, là on a un risque du fisc. Donc on a pris la décision de vous supprimer votre compte mais pour toujours. Et du coup je suis interdite, paye pas la vie. En trois ans il y a plus de 40 000 euros qui ont transité sur le compte. J'ai dépensé 40 000 euros. en 3 ans. J'ai à ce moment-là 24 ans, je prends la décision d'arrêter. Je suis amoureuse de mon copain depuis plusieurs années, on a une belle relation, ça fait quand même 4 ans qu'on est ensemble, je me dis voilà j'ai un travail, je suis en CDI, j'ai plus besoin de cet argent-là, j'ai plus besoin de cette attention. Et forcément, à côté de ça, ce qui est compliqué, c'est que je n'achète pas de sous-vêtements pour mon copain. Je suis très soft, je n'y arrive pas, je suis bloquée. Si je commence à lui faire un show ou à danser pour lui, il va se dire qu'elle fait pareil pour les autres dans ses vidéos, donc ça casse tout. Avec le temps, je perds les sensations liées au sexe. Et c'est quelque chose qui pèse dans mon couple. Je suis quelqu'un qui a besoin de beaucoup d'attention, j'ai l'habitude d'être comblée par tous ces hommes qui m'écrivent tous les jours et c'est vrai que là le fait d'emménager avec lui, je n'ai plus ce besoin. Il est avec moi tout le temps, je me sens apaisée. Au bout de trois ans et demi d'habitation ensemble, on décide d'acheter un logement. Et maintenant on parle d'engagement. Sauf que moi, l'engagement, c'est ma plus grande peur. Vraiment ma plus grande peur. Je ne crois pas en l'éternel. Je ne crois pas en « ça durera pour toujours » . Donc je me mentalise, je suis froide et je lui dis « je ne veux plus qu'on achète ensemble, je ne veux plus qu'on continue la relation » .
- Speaker #3
Pour la personne qui est aidante face à une personne et son addiction, c'est l'enfer. Parce qu'on a l'impression que ça vient dire quelque chose du lien ou que ça vient dire quelque chose de nous, etc. Alors qu'en fait, c'est l'histoire de la personne et il n'y a que elle qui peut faire quelque chose. C'est vraiment l'impuissance, c'est exactement ça. Et ça, c'est terrible de se sentir impuissant face à quelqu'un qu'on aime. ce qu'on constate chez beaucoup de jeunes gens c'est que comme il n'y a pas d'échanges avec leurs parents, leur éducation sexuelle ils la font à travers le porno. Et le porno c'est clairement pas de l'amour, c'est clairement pas la vraie vie, donc ça vient calquer dans leur imaginaire quelque chose qui ne correspond pas à déjà cette soif d'amour qu'ils ont au fond d'eux. et ce qu'ils seront amenés à vivre après dans leur intimité sexuelle.
- Speaker #2
Suite à la rupture, je vis seule. J'ai 28 ans, j'ai mon travail, je suis en CDI, donc heureusement j'ai les moyens de pouvoir garder cet appartement. Et c'est vrai que j'ai le temps de réfléchir, je réfléchis énormément. De mon enfance jusqu'à aujourd'hui, je comprends beaucoup de choses. Et je remonte à ma première relation, à ma première expérience avec un garçon. Je lui roule une pelle et je le plotte de partout. Et c'est là qu'il me regarde, il me dit « Mais Lola, mais tu fais quoi ? » « Quoi ? Je t'embrasse ? » Il me dit « Mais qu'est-ce qui t'arrive ? » Parce que pour moi, c'était normal. Mais tout ça, je... Je réalise que maintenant. Je ne réalisais pas. Et suite à ça, je suis tombée dans des relations qui étaient toutes mes copiées collées de mecs avec qui je me mettais et avec qui c'était purement physique. C'est-à-dire qu'on se mettait ensemble, on se roulait des pelles, on se touchait, on couchait ensemble assez rapidement. Il n'y avait pas d'amour. Et pour moi, c'était ça une relation. Je n'ai jamais connu autre chose que ça. Je me suis habituée à ça. J'ai repris là le fil de ma vie. Pour moi, le sexe c'est malsain. Pour moi, le sexe c'est le hentai. Pour moi, le sexe c'est les femmes qui sont attachées, c'est les femmes qui se font forcer. Et quand je me suis mis avec mon ex qui m'aimait, qui était prêt à tout pour moi, il y avait la tendresse de l'amour, j'étais bloquée sexuellement parce qu'il m'apportait l'amour. Il me disait mais Lola, le sexe en couple c'est... C'est la conclusion, c'est quand on exprime notre amour, c'est se faire l'amour. Et c'est là que j'ai compris que j'avais un gros... j'ai un gros problème en moi. Aujourd'hui, j'ai beaucoup avancé. Ce temps seul m'a beaucoup aidée à reprendre ma vie, à comprendre. Je suis triste de ce que j'ai vécu mais je ne le regrette pas non plus parce que ça fait la personne que je suis aujourd'hui. J'ai fait un gros travail sur moi-même et je ne suis plus la Lola que j'étais avant. Il n'y a pas longtemps, je rencontre un nouveau garçon et on se voit. Et cette fois-ci, je mets des limites. Cette fois-ci, quand à la fin du rendez-vous, il vient vers moi pour m'embrasser, je refuse. Je suis très, très fière de moi. Je n'ai pas vraiment d'objectif de vie parce que je ne suis pas celle qui rêve d'un mariage et d'enfant. Mais par contre, je rêve d'épanouissement. J'ai envie d'être heureuse, c'est mon objectif de vie. Et je suis tellement fière de dire qu'à l'heure actuelle, je m'en sors très bien. Je peux même me permettre d'inviter ma famille à manger, de sortir avec des copines, de partir en vacances avec l'argent que je gagne honnêtement.
- Speaker #4
Lola la cam girl, un podcast de Nourabdul Saïb, produit par FriXion.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter un épisode de Thérapie de groupe, le podcast qui explore la santé mentale. Retrouvez toutes nos frictions sur notre site frixion.co