Speaker #1Je vis à Paris avec Valentin, avec qui je suis depuis très longtemps. On s'est rencontrés quand on était au lycée, donc très jeunes, etc. On est très amoureux, on vit dans un appartement à Montmartre. C'est mon meilleur ami. Le seul bémol, je pense, dans notre relation, c'est que des fois, on a des moments où on s'ennuie un peu, ou des moments où il est très gentil et il me suit beaucoup, mais il ne me stimule peut-être pas forcément. Et dans ce couple, c'est que c'est moi la leader. Moi je travaille dans un cabinet, lui il est ingénieur. Presque tous les jours je me dis mais je suis sûre qu'il y a autre chose. Et je lui en parle plusieurs fois et lui il est très... bah qu'il est très heureux à Paris, qu'il est heureux de notre vie. A l'automne suivant on part en vacances une semaine à New York. Et dès que j'arrive à New York je me reconnais dans l'énergie, j'adore, je vois plein d'opportunités, en plus je suis assez carrière, donc ça correspond vraiment bien. Et puis au bout de deux... Du deuxième jour, je lui dis, écoute, peut-être que ce qu'on a besoin pour notre vie, c'est peut-être de déménager autre part et de vivre à l'étranger, de faire quelque chose d'autre. Et il me dit, ah bah oui, c'est vrai, ça pourrait être sympa. Très, très dans ce côté suiveur, mais adorable, vraiment, pas du tout à bloquer mes rêves, mais au contraire, plutôt à les encourager. On se retrouve à prendre cette décision peut-être un ou deux mois après en se disant, allez, viens, on est jeunes, on ne veut pas forcément une famille tout de suite, c'est le moment de le faire. On sort tous les deux de bonnes écoles. On trouve assez rapidement des emplois à New York, donc l'été d'après, le temps où on a fait nos bagages, qu'on ait rendu notre appartement, qu'on finit par pouvoir partir. Les premiers mois sont géniaux parce que c'est plein de nouvelles choses, plein de nouvelles activités, en plus New York c'est la ville qui ne dort jamais, donc quand on a cet âge-là, 23-24 ans, c'est génial parce qu'il y a toujours des choses à faire, il y a plein de gens jeunes, on s'éclate vraiment au début. Après 6-7 mois, je ressens encore la même chose dans mon cœur. Puis je me dis, mais est-ce que je suis normale de penser ça ? Est-ce que je suis instable ? Tous les jours, je me dis, waouh, moi je pars dans toutes les directions et moi j'ai besoin de toujours plus et je ne suis pas satisfaite. Et lui, il est ce phare qui me soutient, qui est génial. Donc j'ai l'impression que de ce côté-là, la relation est vraiment super. C'est peut-être normal après 7 ans de ressentir ça, j'en parle un peu avec ma mère qui me dit bah oui c'est normal, les relations ça change, on peut pas garder l'étincelle des débuts tout le temps. Donc je me dis bah voilà, ça fait partie du charme. Et en novembre de l'année d'après, je cours le marathon de New York. On passe beaucoup moins de temps ensemble parce que je me mets à beaucoup courir, à être avec des groupes de course. Et lui, il n'est pas du tout sportif. On n'a pas vraiment les mêmes loisirs. Lui, il est plutôt intérieur. On s'éloigne un petit peu à ce moment-là. Un soir où je rentre d'un entraînement de course. Donc j'arrive de l'entraînement de course. J'ai les cheveux sales. Je ne suis pas propre du tout. Et j'arrive dans mon appartement. Et il n'y a personne ce soir-là, alors que c'est 21h et qu'il devrait être là, etc. Et j'arrive et je vois une lettre sur la table. Et là, mon corps commence à battre et je me dis, mais qu'est-ce qui se passe ? Et en fait, quand j'ouvre la lettre, c'est un indice pour aller dans un restaurant qu'on aime bien. Je prends des vieilles baskets, je cours là-bas en me disant, mais qu'est-ce qui se passe ? Et quand j'arrive, en fait, il y a un autre indice, et un autre indice, un autre indice. Et en fait, il a fait une chasse au trésor. Et quand j'arrive à Central Park, il m'attend dans un cœur de bougie et il me demande en mariage. Tout mon corps me dit mais attends quoi ! T'es jeune encore, t'as le moment, enfin, c'est pas le moment, quoi, t'as le temps. Et je dis oui, et je lui fais un câlin, et je pleure pas, et je... Je ressens pas ce que je pensais que j'allais ressentir, que j'avais vu dans plein de films, mais je me dis, bon, bah, écoute, c'est à l'image de notre relation, t'es là de chance, tu vas être mariée avec ton meilleur ami, t'as tellement d'amis qui sont célibataires, qui sont désespérés d'être célibataires, et toi, t'as tout ça, est-ce que c'est le... Est-ce que tu as raison d'agir comme une gamine gâtée ? Donc voilà, je me dis, bon, bah écoute, c'est pas grave. Fin de l'année, on commence à organiser le mariage. Et je ressens toujours cette espèce de vide. Et je me dis, mais New York, c'est sympa, mais c'est très superficiel, c'est très autour de l'argent. Et à l'époque, je travaille pour l'UNICEF, qui est la partie des Nations Unies qui s'occupe de l'enfance. Et j'en parle un petit peu à ma chef. Et quelques semaines après, elle revient me parler. Elle me dit, tu sais, j'ai parlé avec notre équipe en Irlande. Et ils ouvrent un poste à Dublin qui est dans le même secteur que toi et je pourrais te recommander. C'est proche de la France, il y a des très bonnes opportunités pour Valentin et je lui en parle. Et toujours un peu pareil au début, il est plutôt ok peut-être et puis après il commence à être très emballé par l'idée. Donc je postule, je passe tous les entretiens qui sont très longs. En janvier 2020, j'ai la réponse que je vais partir vivre à Dublin, que je commence dans un mois. Et comme lui, il n'a pas encore de travail, l'idée c'est que j'arrive d'abord et que je m'installe et que si ça me plaît, si l'Irlande me plaît, il me rejoigne d'ici 3-4 mois, ça va être super. J'arrive en Irlande et la première semaine est extrêmement chaotique. Quand je sors de l'avion, je suis accueillie par une pluie battante parce qu'il y a une tempête, mes bagages qui ne sont pas arrivés. Ils ont des accents très forts, très différents des américains qui sont très poliches, etc. Et je sors mon téléphone, je connecte au wifi local et je reçois un message de UNICEF. Oui, je suis désolée, mais les bureaux étaient inondés, donc tu ne peux pas commencer avant une semaine. Qu'est-ce que je fous là ? Donc je prends un taxi et je rejoins la maison que je partage avec une coloc irlandaise. Et j'arrive dans une maison typiquement irlandaise, froide, mal chauffée. Et je passe la première semaine dans mon lit, sous la couette. à regarder des films, en voyant la pluie qui tombe dehors. Et on arrive le lundi d'après où je commence à travailler. Je me fais un super brushing. Je ne suis pas très douée, donc je mets des heures à le faire. J'arrive 20 minutes avant l'heure d'arrivée, donc je me retrouve à aller au Starbucks à côté. Et je passe mon temps à aller aux toilettes pour regarder que j'ai l'air bien, etc. Et 9h tapante, je vais taper à la porte avec le cœur tout stressé. Et la porte s'ouvre. Sur un mec qui a mon âge, qui est grand, qui est noir, qui a des dreadlocks, qui a les yeux les plus gentils que j'ai jamais vus. Et à la minute où on se regarde et la minute où il m'ouvre la porte, coup de foudre sidéral. Il m'invite à le suivre dans le building. Il a un parfum qui est délicieux et j'ai le cœur qui tremble encore plus et je me dis mais... Waouh ! Et je ne comprends pas vraiment ce qui se passe. Et ensuite, il me fait visiter les locaux et il me parle. Et il est vraiment... Il est adorable. J'ai l'impression que je le connais. Et on rigole rapidement. On parle de son pays. Il vient du Nigeria. Et je lui parle de la France. Et très rapidement, on rigole et on s'entend assez bien. Et ça dure peut-être dix minutes où on n'arrive pas à se quitter. On n'arrive pas à se dire... On parle encore devant le bureau du directeur et je dis peut-être que j'y aille parce que je ne veux pas avoir l'air d'être arrivée en retard maintenant. Surtout que j'étais arrivée bien en avance. Du coup, je vais parler avec le directeur et il me parle de mon équipe. Donc il m'amène dans la grande salle où on est tous en réunion et je m'assois et puis je vois de l'autre côté de la salle ce mec-là qui s'assoit, qui est trop beau. Il me fait un petit clin d'œil et là je me dis oh là là, il est vraiment trop beau quoi. Et je me dis, bon, concentre-toi, tu es venue ici pour faire ton travail, tu es enfin manager, tu es arrivée, tu es aux Nations Unies, c'est trop cool, tu as tellement travaillé pour ça, c'est des sacrifices, c'est des sacrifices, tu as laissé Valentin, tu es vraiment arrivée, donc continue. Je découvre avec horreur ou stupéfaction, je ne sais pas, Ubong, de son prénom, Yubi, que j'appelle Yubi par la suite, et en fait, directement dans mon équipe, et que je suis sa responsable. Ça met directement une barre, je vais être très professionnelle avec lui. Je pense que, voilà, on a juste eu un moment d'échange un peu fort ce matin, mais ça va aller, etc. Tous les jours, je me rends compte que j'ai trop hâte d'aller au travail pour lui. J'ai envie de me faire trop belle à chaque fois. Tous les matins, avec mon équipe, on ouvre et on reçoit toutes les donations qui ont été reçues et on regarde où est-ce que ça va, on les affecte, on les enregistre, etc. Tous les deux, en général. Et ça devient très vite mon moment préféré de la journée. On se prend des cafés, on rigole, on parle de plein de choses. Il me fait découvrir des musiques de son pays, je fais découvrir des musiques françaises. Et très rapidement, je me rends compte dans mon cœur, je me dis « Oh là là, mais il y a quand même quelque chose » . Et de l'autre côté, je me dis « Non, non, mais c'est juste un petit crush » . J'en parle à ma sœur qui me dit « C'est normal, c'est avant le mariage, t'es jamais vraiment sorti avec quelqu'un d'autre, t'as un crush » . Il est très différent de mon copain Valentin qui est grand, blond, traditionnel. Et voilà, il y a ce gars qui vient du Nigeria, qui est plus exotique ou je sais pas. qui te fait rêver et qui t'apporte des choses différentes. Le Nigeria, c'est un pays qui est extrêmement instable. Il y a beaucoup à rame, il y a très peu d'emplois. Il a fait une des meilleures universités du pays et il a passé deux ans à rien trouver. Toute sa famille a un peu mis des économies ensemble pour l'envoyer ici en Europe où il a fait son master. Depuis deux semaines après avoir commencé, un jour, il me demande mon numéro de téléphone pour m'envoyer un truc de travail. Et je me dis, j'ai trop hâte, je suis trop contente de donner mon numéro. Une heure après, il m'a déjà envoyé un message qui n'était pas du tout lié au travail. Et puis ensuite, on passe nos soirées à se texter, à se raconter d'autres choses qu'on ne s'était même pas raconté pendant la journée. Et en même temps, je continue à planifier le mariage, à en parler beaucoup avec Valentin. Et je me dis, mais je ne suis pas très excitée par le mariage. Tout le monde me dit que ça va être génial et ça va être fou. Et je n'arrive pas à me projeter en fait. Et puis petit à petit, on se parle de moins en moins parce que décalage horaire, parce que fatigue aussi. Et de l'autre côté, je me retrouve à parler beaucoup avec Yubi. Je ne sais pas, on aime bien les mêmes films, on aime bien tous les deux la science-fiction. Donc on parle beaucoup de science-fiction, beaucoup de choses comme ça. On s'entend assez bien et c'est assez fluide. Et il y a un soir où on a une conférence de travail à 18h. On va avec toute l'équipe. Et puis à la conférence, il y a des bières, etc. Moi, j'avais un énorme dossier que je n'avais pas fini, donc je retourne au travail. Et ça, je l'avais dit depuis le début de l'après-midi que je retournerais après la conférence. Et lui me raccompagne et me dit « tiens, moi aussi j'ai du travail » . Donc on retourne tous les deux au bureau vers 21h. Et là, les choses deviennent plus personnelles parce qu'on travaille très peu et on commence à se raconter des choses personnelles. Et il me parle de ses anciennes relations. Et je lui parle des miennes, du fait que je ne sois pas trop sûre, que je sais. que je sais pas, que j'ai l'impression de vouloir toujours plus, que je sais pas si c'est à cause de lui, ou si c'est moi qui ai su bizarre. Et là, ce côté génial, c'est qu'il l'écoute, et petit à petit, on se retrouve à rester de plus en plus tard au travail le soir, très tard un soir, vers 20h, on commence à se dire « Bah viens, est-ce qu'on se commanderait pas des pizzas ? » Et on continue de travailler, et puis on était tous les deux très passionnés par notre job, et il me dit « Mais est-ce que je peux toucher tes cheveux ? » Parce que j'ai jamais touché de cheveux pas africains. Le Japon. Ça fait juste deux ans que j'habite en Irlande. Je ne suis jamais sortie avec une fille blanche. J'ai grandi dans un milieu noir. Il y a très peu de blancs au Niger. Il commence à toucher mes cheveux. Il est super doux. Et ce qui doit arriver, on s'embrasse. C'est le bisou le plus fort. À ce moment-là, je ressens mille choses dans mon cœur que je n'ai jamais ressenties. Ça explose. C'est la personne qui embrasse le mieux au monde. C'est trop bien. Le bureau, il a une super vue sur tout Dublin. C'est la nuit, il n'y a personne. C'est juste lui et moi. Ensuite, on se retrouve à coucher ensemble, avoir une relation au bureau. On se regarde dans les yeux. On communie vraiment. Je n'ai jamais ressenti ça parce que... Ma relation aussi avant, c'était quand on est avec la même personne depuis très longtemps. C'est aussi peut-être routinier un peu sexuellement. Et là, c'était vraiment génial. On reste une heure et demie assis par terre, à rigoler, à se faire des câlins. C'est juste trop bien. Je ne pense même pas du tout à Valentin. Et c'est sur le chemin du retour où je commence à avoir une crise de panique. Je n'arrive même pas à marcher jusqu'au bus. Je n'arrive pas à respirer. Qu'est-ce que j'ai fait vraiment ? Je me dis mais c'est pas possible quoi, j'ai mal au ventre, j'ai mal au cœur, je dors presque pas cette nuit, j'arrive pas vraiment... Valentin m'écrit, j'arrive pas vraiment à lui parler, je me dégoûte je crois un peu, c'est très difficile comme sentiment et j'ai toujours l'impression d'avoir quelqu'un d'assez bien. Et ce moment-là ça change beaucoup de choses parce que je me dis mais comment j'ai pu faire ça à la personne qui m'aime le plus au monde, la personne qui est en train de regarder pour quitter New York, pour me suivre, qui m'a déjà suivie une fois. Je suis vraiment pas bien pendant une semaine, je parle très peu à mes amis, je mange très peu, à ce moment-là je ressemble pas à grand-chose et ça recommence. Au bureau, encore une deuxième fois, et c'est encore magique, c'est encore exceptionnel, c'est encore les papillons dans le ventre. C'est soit dans un des bureaux qui est à l'étage, un des bureaux qui est à l'étage où on était, qui est vide. soit dans les toilettes en général. Et plusieurs fois, on se dit, mais s'il y avait des caméras, on serait vraiment fucked. Donc on se retrouve, c'est le début du Covid, UNICEF, comme on est des travailleurs humanitaires, en fait, on se retrouve à aller au bureau quand même encore deux fois par semaine. Je vis pour ces jours-là, pour le moment où je le vois arriver le matin, j'entends sa démarche dans l'escalier, j'ai le cœur qui bat, j'espère qu'on va se parler. Et de l'autre côté, je me sens aussi super... Coupable, les jours où on n'est pas ensemble, c'est les jours où ça revient. Soit je ne mange pas beaucoup, soit je fais de la boulimie, soit des choses qui ne m'ont jamais vraiment touchée avant. Tout le monde me dit, mais tu ne peux pas continuer, tu ne peux pas épouser Valentin. Il y a quelque chose de très différent si ça s'est dépassé une fois, avec l'idée d'être amoureuse. Et je pense que vraiment, à ce moment-là, je suis dingue amoureuse de Yubi. Au travail, presque à chaque fois, ça se transforme en... En bisous, à la fin de la journée, on va toujours se promener tous les deux. On passe presque tout le temps ensemble. Et ce qui se passe, c'est que nos wedding planners qui organisaient le mariage font faillite à cause du Covid. Un mariage assez grandiose parce que Valentin gagnait très bien sa vie aux Etats-Unis. Et donc on se retrouve à perdre un peu tout ça et à devoir recommencer un peu à zéro tout ce qu'on avait fait. Je sens dans mon cœur que j'ai pas envie. Et c'est le premier week-end de mai. C'est un pont en Irlande, c'est un bank holiday. Et Yubi m'écrit un message et me dit « qu'est-ce que tu fais ce week-end ? » Et je lui dis « bah rien, c'est Covid » . Il me dit « écoute, viens, saute dans un taxi, fais un bagage et viens passer le week-end chez moi » . Tout mon cœur me dit d'y aller parce qu'en fait, il faut que je sache. Et je saute dans un taxi parce que c'était Covid, il y avait des restrictions, etc. et des barrages et il habitait dans la campagne. Donc on se dit, pour pas qu'on se fasse choper la journée, je prends un taxi à 2h du matin, toute pimpe-up. Je prends ma douche, je me lave les cheveux, je m'épile. Je me fais super belle. Je cours dans la nuit et le retrouver. Et ça a encore ce côté de dangereux, de interdit. Et j'arrive dans sa maison. Il vit dans une maison avec 4 autres mecs nigérians aussi. Quand j'arrive, il y a de la musique nigériane, c'est la fête. C'est trop sympa. Et quand je suis dans ses bras, je me dis mais waouh quoi. Vraiment, on passe trois jours de week-end mais incroyable. Il cuisine pour moi un plat nigérian traditionnel qui est trop trop bon. On prend un bain ensemble et il me lève avec des produits nigérians et c'était juste trop bien. Et on dort ensemble, ce qu'on n'avait jamais fait encore. Je dis à Valentin que j'ai beaucoup de travail et que je suis partie travailler tout le week-end. Et donc on passe trois jours merveilleux. Et au moment où je descends, donc sa chambre donnait sur la rue où il y avait le taxi qui attendait. Et au moment où je pars dans le taxi, il ouvre la fenêtre, Yubi. Et il hurle I love you super fort. Dans tout le taxi, tout ce que je pense c'est à quel point je l'aime et à quel point j'ai passé un trop bon week-end. Et je me dis c'est pas possible, je peux pas continuer, je peux pas... Là, c'est même plus de la culpabilité, c'est du respect, je pense. Pour Val, je me dis qu'il faut faire la bonne chose. Même pour lui, il mérite mieux que de se marier avec moi. Et le vendredi, à la fin de la semaine, avant le week-end, je demande à Valentin qu'on fasse un Skype. Et je lui dis, voilà, écoute... écoute, je pense que tu l'as vu, je pense qu'il avait vu que c'était distendu, je lui dis voilà, je pense que tu l'as vu, voilà, depuis que je suis arrivée en Irlande, je me pose beaucoup de questions sur notre relation, je ne suis pas sûre de vouloir continuer, j'aimerais vraiment qu'on prenne une pause, qu'on réfléchisse, etc. Et là, il réagit avec beaucoup de calme et de gentillesse et de bienveillance, il me dit bah oui, je me suis rendu compte que ça n'allait pas, je comprends, je suis là. Écoute, peut-être pas qu'on a besoin de temps séparés. On pleure beaucoup tous les deux pendant ce temps-là parce qu'on parle beaucoup de notre relation. Je lui dis aussi que c'est dur d'être pour moi, d'être toujours sa leader et que j'aimerais que des fois ça s'inverse et qu'il soit aussi plus moteur et que je ne suis pas sûre d'asseoir la vie que je veux et que c'est quelque chose que je ressens depuis longtemps, etc. Et il est très très dans l'écoute à ce moment-là, il est très ok, je comprends que tu ressens de ça. Je suis désolée. Quand on raccroche, je reste peut-être 3 heures en choc, genre assise et à me dire mais qu'est-ce que je viens de faire de ma vie ? Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que t'es sûre ? Et je vais me coucher et je dors un petit peu. Et vers 2h du matin, je crois, je me réveille et j'ai reçu plein de messages de Valentin. Et qui sont là, il a complètement changé de ton, qu'il pourra trouver mieux sans problème. Il parle de plusieurs défauts que j'ai, etc. qui sont aussi un petit peu durs. Il parle de défauts physiques que j'ai. Il est très, très attaquant que je lui ai forcé à venir aux Etats-Unis, qu'ensuite, maintenant, je voulais le faire partir. Et pendant cette semaine, je ne parle pas trop à Yubi. Je m'en veux énormément de ce que j'ai fait à Val. Je ne suis pas sûre. Et à la fin juin, c'est mon anniversaire. Il me fait une super surprise. Il m'offre un super cadeau trop mignon. Il m'emmène manger indien alors qu'il déteste la nourriture indienne. Pourquoi est-ce que je suis en train de me torturer ? Et je me dis, ben voilà, ça fait cinq mois que je suis en Irlande. Ça fait cinq mois que je suis amoureuse de lui. Et donc, fin juin, on se met ensemble avec Yubi. Et on passe un été génial. On part sur des petits week-ends. On va faire du vélo tous les deux au soleil. On va à la plage. On est trop amoureux, c'est génial. Et moi, dans mon cœur, je l'aime plus que tout. Ce qui est génial dans cette relation qui démarre, c'est qu'on est extrêmement différents. Moi, j'ai grandi dans une famille plutôt conservatrice, plutôt traditionnelle. On a pas mal d'argent, on n'a jamais manqué de rien. On est assez français classique, je dirais. Et lui, il vient d'un village, enfin il a grandi dans une ville, mais il vient d'un village au Nigeria. Il a plein d'histoires de tribus, il cuisine différemment, il danse différemment. On est extrêmement différents et en fait, je me nourris de tout ce qu'il me raconte. Pendant l'été, on ne dit rien de notre relation à nos familles directement. J'ai peur des réactions un petit peu parce que ce n'est pas le genre idéal, quoi. Comme Valentin qui est ingénieur, qui a fait polytechnique. qui vient de la même ville, qui a le même profil. Et le B, il est très, très différent. Il n'a jamais d'argent. Il est toujours à envoyer son salaire à droite, à gauche, à aider les autres. Il est en visa étudiant encore. Ensuite, il ne sait pas s'il pourra rester. Donc, il y a plein de choses qui sont beaucoup plus difficiles dans notre relation que dans d'autres relations. Mais je me rends compte qu'en fait, c'est pas le... Je me rends compte avec lui que faire un pique-nique avec lui à la plage, c'est aussi bien que faire un super resto parce qu'on est ensemble, en fait. Et je rentre chez moi autour de décembre, je rentre en France à Noël. Il me manque trop de folie, etc. Deux semaines après être rentrée, les cas de Covid ont augmenté à cause de Noël. Et donc, le gouvernement irlandais propose de reconfiner. Et là, on se regarde et on se dit, écoute, on s'aime trop, on prend un appartement ensemble.
Speaker #0On trouve un appartement qu'on adore dans le centre-ville, donc on emménage ensemble, c'est aussi trop bien. J'ai ce sentiment quand je suis avec lui que j'ai l'impression d'être seule, mais pas vraiment seule aussi, j'ai l'impression que j'ai pas à être quelqu'un d'autre, j'ai juste à être moi, et on crée ce monde ensemble en fait, on fait un mélange complètement de nos cultures, où il met des putains à toutes les phrases, alors qu'il parle avec son accent nigérian, enfin... Et à cette époque-là, en plus, je travaille vraiment bien et on a besoin de plus de personnes dans l'équipe. Donc on me demande de recruter une stagiaire. Donc je recrute une petite stagiaire qui a deux ans moins que moi et qui a un petit peu une mini-moi. On a beaucoup de points communs, donc on devient très vite amis, on passe beaucoup de temps ensemble. Et je lui raconte beaucoup de choses de ma relation avec Yubi. Je lui raconte à quel point je suis heureuse. Je lui parle un petit peu de Valentin, de ce qui s'est passé, etc. Et elle est non payée comme stagiaire, donc je me dis... J'aimerais bien la recruter quand même, parce que je trouve qu'elle travaille bien, il y a besoin de beaucoup d'emplois. Donc j'en parle avec le PDG, je dis voilà, j'ai cette stagiaire dans mon équipe qui est super, que j'aimerais recruter. Il me dit bah oui, on va en parler. Le process de recrutement aux Nations Unies est très long, c'est très procédural. Elle me demande presque tous les jours où ça en est, elle est très impatiente. Et puis au bout d'un moment, je lui dis bah écoute, attends là, là c'est dans les mains du PDG, de la directrice des RH. Je ne peux rien faire de plus. Sois patiente aussi. T'inquiète pas, je ne t'oublie pas. C'est vraiment sur ma liste, etc. Et quelques jours plus tard, après ça, un vendredi soir, on est chez nous avec Yubi. On se fait des câlins, etc. On reçoit tous les deux un message du PDG de UNICEF qui dit bonsoir Claire et Hubong. Un sujet de la plus haute importance a été porté à mon attention par quelqu'un de l'équipe. Je vous veux tous les deux dans mon bureau lundi matin à 9h. C'est le sang qui se glace parce qu'on sait tous les deux. On sait tous les deux que quelqu'un nous a reportés. Et le lundi arrive, et on se fait convoquer tous les deux dans le bureau, chacun à notre tour, et ils nous demandent de dire si on est en relation ou pas ensemble. On a quelqu'un de l'équipe à rapporter qu'on était ensemble, que moi, en tant que manager, j'avais fait des préférences, et j'avais été impartiale, etc. Je vois Yubi qui a vraiment très très peur, j'ai jamais vu comme ça et je pense que lui il se dit vraiment c'est pas pire, il le demande de partir, il part et ensuite il reste que moi. Et il commence à me lire un espèce de procès verbal. Et c'est très dur parce que j'ai jamais été comme ça, enfin j'ai jamais vraiment, je crois que je suis même pas allée en heure de colle de ma vie, j'ai toujours été genre la bonne élève, j'ai fait Sciences Po, etc. En gros ils vont faire une procédure disciplinaire contre moi et je vais avoir droit à avoir un avocat du travail, qu'est-ce qui est en train de se passer quoi. Je dis, je vais démissionner. Et là, d'un coup, je vois que la tension se descend un peu, etc. Et ils me disent, si vous faites ça, c'est vraiment courageux, et on prendra ça en compte. La difficulté, c'est que mon département que j'avais gérait les donations et les rentrées d'argent. Et du coup, souvent, il y a des gens qui, surtout pour l'UNICEF, il y a des gens qui vont, en particulier en Iran, il y a des gens qui vont envoyer des gros montants en cash. Et il y a eu des moments où Yubi et moi, on était tout seuls en présence de cash. Et je crois que ce qui avait peur, c'est de se dire, si on a une relation, ça peut, je ne sais pas, il aurait peut-être pu y avoir des vols ou des choses comme ça. Chose qui ne s'est jamais bien sûr passée. Mais ça remettait en cause les processus d'indépendance, de transparence, de tout ça. Ma stagiaire a avoué par la suite et elle a été embauchée. Et je démissionne d'UNICEF, qui était le poste de ma vie, le rêve de ma vie. Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? Parce que je ne crois pas qu'il y a d'autres organisations des Nations Unies. Je veux vraiment ça. Est-ce que je reste ? Est-ce que ma relation avec Ubi est assez forte pour me faire rester ? Et je réfléchis beaucoup et je me dis non, je l'aime trop, je vais rester en Irlande. Et donc ensuite, il s'en est ensuite des mois très très difficiles parce que Donc je postule beaucoup et très rapidement on me fait une proposition pour travailler dans une fondation pour l'enfance. Donc très très différent et je me retrouve plongée dans ce nouvel environnement à faire ce job que j'aime pas. Dans ma tête je me dis bah j'ai perdu ce travail que j'adorais à cause de notre relation et j'ai perdu Valentin. Comment est-ce que je suis partie d'être à New York, d'avoir pas mal d'argent, à me retrouver à Dublin dans ce job ? Et Yubi, en fait, a gardé mon poste et a récupéré des projets que j'avais, que j'adorais. Il s'asseyait à côté de cette fille qui m'avait trahi, donc qui était cette fille qui m'avait trahi, qui ressemble à Claudia Schiffer, et qui était, moi, je trouve, très flirty et a beaucoup le texté. Je lui en veux beaucoup à ce moment-là et je lui dis mais comment est-ce que tu peux être sympa avec cette fille qui m'a trahi ? Ça ne te dérange pas ? Et en fait lui il n'avait pas le choix parce qu'il ne voulait pas aussi perdre son job, son visa, plein d'autres choses. Je rentrais chez moi et puis Yubi avait beaucoup de travail, donc il allait rentrer très tard, comme avant on rentrait très tard. Et moi je m'imaginais, je me disais, oh là là, il est sûrement en train de faire la même chose. En fait c'est aussi difficile, c'est que comme notre histoire est née au bureau et qu'elle c'est un petit peu, c'est une version plus jeune et plus belle. Je pars en vrille, on se dispute très fort, on claque la porte et à ce moment-là on a vraiment une période très très difficile. Je regarde pour peut-être postuler à des jobs humanitaires sur le terrain. Je me dis peut-être que c'est ça ma prochaine étape. Je parle arabe, donc je me dis, est-ce que je n'avais pas travaillé dans un camp de réfugiés ? Je me retrouve à payer beaucoup de choses et je me dis, mais qu'est-ce que je gagne ? Je suis malheureuse comme un chien, je ne fais pas le job que je veux, je ne suis pas dans la vie que je veux. Je n'ai jamais été malheureuse comme ça. Et c'est une période très très difficile et là je commence vraiment à sombrer assez rapidement dans l'anorexie. Je mange très très peu, je suis en poids. Je suis en poids vraiment bas. Je me rappelle, je vais donner mon sang et je me fais virer du don du sang. Et on me dit non mais vous ne pouvez pas le faire, vous êtes en sous-poids, etc. Je fais moins de 50 kilos à l'époque. Mais il y a des moments entre les averses, il y a des moments de soleil qui sont encore comme d'hab, géniaux. Et je l'aime. Et quand on n'est que tous les deux, on part en vacances. Et en fait quand on est en vacances, loin du quotidien, loin du UNICEF, loin de tout ça, c'est le bonheur. Un matin, je reçois un message sur LinkedIn pour travailler au Conseil national des réfugiés pour un entretien. Et les entretiens se passent bien, on m'offre le poste. Et à partir de ce moment-là, je crois que je vois une espèce de lumière à la fin du tunnel et je me dis peut-être que ça y est, on commence à fermer le chapitre. Et les choses commencent à aller mieux, je reprends du poids, notre relation va beaucoup mieux, j'ai beaucoup moins de peur, de colère, de choses comme ça. Et ce qui est assez marrant, c'est que... Bon, je dis que c'est un peu le karma, mais le jour où on m'offre le poste au Conseil national des réfugiés, le contrat de cette fille, de ma stagiaire, n'est pas renouvelé. Et donc elle part. Et fin janvier, je pars à Budapest pour trois jours. Passer le week-end avec une amie. Quand je reviens à l'aéroport le dimanche soir, Yubi insiste pour venir me chercher à l'aéroport. Et c'est 19h et je lui dis non mais t'embête pas. Je fais la fête tout le week-end, donc je dis là j'ai juste la gueule de bois, je suis fatiguée. Et il insiste pour venir me chercher, quand je roule la porte de l'appartement. Tous nos amis sont cachés dans la cuisine là. Il y a des bougies partout, il y a des photos, il a mis des photos de nous partout dans l'appartement. Il y a des fleurs, et en fait il se met à genoux et me demande en mariage. Je suis folle de joie, et je me mets à pleurer, et je sens dans mon cœur que c'est vrai. Je tremble, je pleure. Il a commandé un plateau de fromage français et il y a du traiteur nigérien et de la nourriture nigérienne. Et à un moment, je m'éloigne et je vois les gens qui parlent. Et j'ai un pote, Charlie, qui est breton et qui est très, très, très breton. Et il est au coin de l'appartement en train de parler avec une amie d'enfance de Yubi, nigérienne, qui habite ici. Et il lui explique comment on fait les crèmes bretonnes, etc. et je vois ça et je vois tous ces gens qui parlent ensemble de cultures différentes qui parlent deux langues différentes. Et pour la première fois, très différent de ce que je ressentais avant, je n'ai pas envie de partir. Ma famille, ils n'ont pas été très, très ravis, je pense, parce qu'ils aimaient beaucoup Valentin et ils ont été un petit peu choqués. Très vite, ils ont compris que... Ils ont vraiment compris que dans mon cœur, c'était vrai. Et je pense que les gens qui nous voient ensemble savent. Et mes parents sont venus et l'ont rencontré et l'ont adoré. Et je pense qu'ils ont su aussi que c'était vraiment... C'était vraiment quelqu'un d'exceptionnel et c'était la bonne personne pour moi. Et ce qui est marrant, c'est que sa famille aussi n'était pas très ravie non plus. Sa mère lui a dit, oulala, mais fais attention, les Blancs ne sont pas du tout famille. Si ça se passe, vous allez divorcer. Elle vient probablement d'une famille brisée, etc. Des deux côtés, on n'a pas eu un soutien fou des familles. Mais je pense qu'au final, après, quand il y a une belle relation positive, je crois que ça va. Il y a eu des gens et j'ai eu des amies plutôt françaises, des amies d'enfance qui me disaient mais fais attention, il est sûrement avec toi pour les papiers. Moi, ce n'est pas quelque chose qui m'a traversé l'esprit parce que très rapidement dans notre histoire, quand il était en galère et quand il était en stress, je lui ai dit plusieurs fois écoute, si tu veux qu'on se marie pour ça, on n'a même pas besoin de se fiancer, on n'a même pas besoin de faire tout ça. Moi, je ne veux pas que tu s'ouvres, je veux que tu restes ici avec moi. Et plusieurs fois, il m'a dit non, moi je ne veux pas ça, moi je veux que ça soit fait dans les bonnes conditions. Mais je pense que de manière générale, moi je n'écoute pas trop les gens extérieurs parce que je savais que son cœur était au bon endroit. Je n'ai pas du tout de contact avec Valentin à l'heure qu'il est. En tout cas, je lui souhaite beaucoup de bonheur. Je sais qu'il a rencontré quelqu'un d'autre parce que nos amis en commun me l'ont dit. Et je souhaite énormément de bonheur parce que c'est une personne exceptionnelle et je pense que la personne avec qui il sera aura beaucoup de chance. Je pense que c'était juste pas moi.