- Speaker #0
Vous écoutez La Révolution et Après, le podcast qui explore les luttes intimes, politiques et sociales, produits par friction. Bonne écoute ! Quand je regarde un film avec des super-héros, je m'attends à ce qu'il y ait un gentil et un méchant. Le méchant n'est pas gentil avec le gentil, et il finit en prison. On ne le revoit jamais d'ailleurs. Sauf que dans la vraie vie, l'histoire ne s'arrête pas là. La justice a été rendue en apparence, mais le gentil va sûrement vivre avec un traumatisme. C'est en réalité une victime. Le méchant devient détenu, et continue à vivre avec ses remords en prison. Avec Yann, il y a quelques mois, nous sommes allés voir le film « Je verrai toujours vos visages » de Jeanne Héry. Il montre le processus de justice restaurative en France. C'est une forme de justice qui permet à des victimes et à des agresseurs de dialoguer entre eux. À la fin de la projection, Une femme d'un mètre cinquante environ, les cheveux blancs, coupés courts, se met face à la salle, micro en main. Elle se présente.
- Speaker #1
Je m'appelle Thérèse Le Villette, je suis française. A la fois je suis proche des gens qui sont offenseurs, par mon passé en prison, et en même temps je suis victime secondaire, c'est ce qu'ils appelaient secondaire. C'est-à-dire proche de quelqu'un qui a été tué.
- Speaker #0
Elle explique qu'elle est une religieuse criminologue et qu'elle participe depuis longtemps au processus de justice réparatrice. Elle nous raconte qu'elle a organisé des rencontres entre détenus et victimes dans des prisons au Québec, puis en Côte d'Ivoire. Si on parle de justice restaurative en France, au Canada, on la nomme justice réparatrice. Le concept est le même dans les deux pays, mais le rapport est différent. En 2014, le Canada fêtait les 40 ans de la justice réparatrice, et au même moment en France, la justice restaurative venait tout juste d'être introduite dans la loi. Thérèse nous dit aussi qu'elle est elle-même une victime, et que la justice réparatrice l'a aidé. Si on en revient à notre film de super-héros, Thérèse serait du côté des gentils et des méchants. Mais en réalité, c'est bien plus complexe que ça.
- Speaker #1
Tout le monde a peur d'entrer dans la prison. Ouf ! Moi, toute seule, petite bonne femme, qu'est-ce que je fais là ? On prend des risques, mais en même temps, moi je trouve qu'il n'y a pas de charité sans risque. La justice réparatrice permet à soi-même de se reprendre en main. À partir de la troisième rencontre, On ne sait plus qui est victime et qui est détenue. Ce sont des personnes humaines qui se rencontrent et qui se disent leurs blessures. C'est quand même fort de voir comment des gens aussi différents et qui sont opposés au départ d'une session, arrivent à se retrouver presque amis après. Maintenant, je dis, on ne peut pas persuader les gens de cela, qu'ils fassent l'expérience.
- Speaker #2
Thérèse, une religieuse criminologue, réalisée par Ilona Catlin et Yann Besson pour Friction.
- Speaker #1
Nous sommes en 1984, je viens de perdre ma mère depuis un mois et je suis envoyée en Côte d'Ivoire. Je suis envoyée pour la formation des chrétiens à Corogo, au nord de la Côte d'Ivoire. Et mon titre, c'est d'être vicaire à la cathédrale. Bon, c'est un peu amusant parce qu'il n'y avait pas de femmes qui étaient vicaires à l'époque. Un jour, un jeune prêtre me dit, je viens de la prison. Ah, c'est bon la prison. Il me dit, oui, est-ce que tu as déjà vu des photos de camps de concentration ? Merci. Je lui dis, ben oui, bien sûr, puisque moi, quand même, j'ai connu la guerre. Eh ben, c'est pareil. Si tu veux un jour venir avec moi, tu peux. Oh, ça m'a fait un peu un froid dans le dos. Je me dis, mais je ne suis pas capable de faire ça. Puis finalement, j'ai réfléchi et je me suis dit, après tout, c'est les plus pauvres des pauvres, tous ces gens qui sont jetés en prison. Là, bon, je ne savais absolument pas où je l'ai. Je suis donc allée un mardi l'accompagner et là, ça a été vraiment, je peux dire, un choc dans ma vie. J'arrive devant une porte de fer à moitié rouillée, une petite ouverture. C'est là la porte d'entrée dans la prison. Vous devez faire un saut de 50 centimètres pour descendre dans une espèce de... de terrain un peu cloaque, parce qu'à droite, il y a ce qu'on appelle la douche, c'est-à-dire un tuyau qui a été percé, et sous lequel se douchent les prisonniers. À moitié nus, bien sûr, évidemment. Et alors, voilà, j'entre dans un petit couloir, et puis je tourne à droite, et je me trouve dans la cellule des condamnés. Il y avait à peu près 350 détenus couchés. les uns à côté des autres, comme des sardines dans une boîte. Une chaleur étouffante, évidemment. Donc j'accompagne ce prêtre et voir tous ces hommes et ces femmes qui nous accueillent avec joie et avec tellement de courage, ça m'a retournée, vraiment. Et le soir, en rentrant chez moi, je me suis dit « Mais est-ce que j'ai le droit de manger un biftec ? » Alors qu'eux, ils ont une nourriture une fois par jour, une grosse platée, il n'y a pas de protéines, ils sont pleins de maladies de peau ou de rhumatisme. Bref, je me suis dit, est-ce que j'ai le droit de faire ça ? Et puis finalement, je me suis dit, ça ne sert à rien de se culpabiliser, il vaut mieux faire quelque chose. Et j'ai accepté de retourner avec le prêtre d'abord. Mais quelques semaines après, plutôt, ce jeune prêtre m'a dit, je suis envoyée ailleurs, est-ce que tu peux continuer ce que j'ai fait ? Ouf ! Moi, toute seule, petite bonne femme, qu'est-ce que je fais là ? Je n'ai pas du tout eu peur parce que, d'abord, je ne leur fais aucun mal, donc ils n'ont même pas peur non plus de moi. Et ils sentent que je suis là pour eux, c'est tout. Et petit à petit, finalement, chaque semaine, je vais à la prison. Ils sont devenus mes amis. Ils ont même, je dois dire, beaucoup de délicatesse pour moi. Et ils ont tassé toutes leurs nattes, leurs vieilles nattes sales. Mais ça me fait un espèce de coussin. Et voilà, on s'assied. On se passe la nouvelle, comme on dit en Afrique, c'est-à-dire, ils me racontent comment ils vivent. Tout le monde a peur d'entrer dans la prison. On croit que c'est des horribles monstres. Il faut faire tomber cette image. J'ai profité de Noël pour organiser un repas de fête avec de la viande. Et j'ai demandé à des femmes chrétiennes de m'aider. Elles sont venues préparer. à l'extérieur de la prison. Alors j'ai dit, bon, c'est maintenant, c'est le moment. C'est le moment, on va rentrer. Ah non, non, non, on ne peut pas, on ne peut pas. Écoutez-moi en tout cas, je ne peux pas soulever vos marmites, ce n'est pas possible. Donc elles sont venues à deux. Elles ont franchi la petite porte, qui est un peu difficile à franchir, effectivement. Les détenus se sont mis en ligne. Elles ont passé leur temps à les servir. Et après, elles m'ont dit... C'est pas possible. Ça pourrait être notre neveu, notre frère, notre oncle qui est là. Faut faire quelque chose, faut faire quelque chose. Alors à partir de ce moment-là, on a fait une équipe. Et on est allés ensemble les visiter. Pour y aller, quelquefois je me prenais par la main. C'est-à-dire que je n'avais pas envie. Mais je me suis dit quand même, ils m'attendent. Et donc j'y allais. Comme à la rencontre... Des frères, des frères, voilà. On s'apprivoise mutuellement. Et donc, j'y allais. Les prisonniers, c'est des hommes et des femmes comme les autres, mais c'est sûr qu'ils souffrent énormément. Donc, tu peux être un lien avec l'extérieur, voilà. Un jour, j'arrive, les gars me disent... « Vas-y, regarde ! Mets ta main là ! Mets ta main là ! » sur le mur. Je sentais qu'il y avait un danger. Effectivement, j'ai mis la main et j'ai reçu une décharge électrique. « Qu'est-ce que c'est ? » Ils m'ont dit « Regarde dans l'air » . Ils avaient fait passer sur la grille qui était au-dessus de leur tête un courant électrique. Ce qui faisait que ça faisait court-circuit avec leur sueur et c'était très dangereux. Je suis partie immédiatement. J'ai été voir l'ECI, c'est l'électricité de Côte d'Ivoire. Je leur ai dit, vous savez où passe votre électricité ? Voilà, je crois que c'est une heure après, c'était terminé. Le directeur de la prison était furieux contre moi, absolument furieux. Il voulait me battre, enfin, celle-là, si je pouvais la déshabiller. Je sais que ça n'était pas possible de toute façon. Bon, j'ai voulu tout le temps, à partir de ce moment-là, continuer à entrer en prison.
- Speaker #0
Thérèse rend visite chaque semaine aux prisonniers pendant dix ans, accompagnée de sa petite équipe. Elle organise des ateliers artistiques, chante, célèbre, prie, car n'oublions pas que Thérèse est une religieuse. Mais elle sent qu'elle n'arrive pas totalement à aider les détenus comme elle le voudrait. La voilà alors, à 61 ans, au Québec, sur les bancs d'une formation en psychologie. Peu de temps après, en 1995, elle est envoyée dans la capitale du Tchad.
- Speaker #1
Me voilà arrivée à Tchaména. Ma fonction, c'est encore, sur le plan du diocèse, c'est-à-dire que ça représente comme un département, la formation des chrétiens. Mais je sentais qu'il y avait un manque pour moi, c'était le fait de ne pas aller en prison. Et j'ai demandé à l'évêque s'il était d'accord que j'aille avec l'aumônier. Alors, il m'a accordé. J'ai senti moins d'affection qu'en Côte d'Ivoire, mais quand même, tout le monde se respecte. Et en plus de ça, je sentais qu'il y avait beaucoup plus de violence dans ce pays, qui sortait de la guerre. Et puis, il y avait d'ailleurs une petite case à l'entrée, qui était la chambre de torture. Il y avait une espèce de tableau où il y avait écrit le nombre de coups qu'il fallait donner. Par exemple, je ne sais pas, vol, dix coups. Politique, quinze coups. Des coups de fouet avec les fils électriques. D'écharner au bout. Et de fait, moi j'en ai vu un qui était complètement blessé par terre. Donc quand on entre dans une prison, surtout là, il faut avoir le cœur solide, effectivement. Mais c'est toujours pareil, ce ne sont pas des monstres, c'est toujours des personnes humaines à accueillir. Donc l'aumônier de prison était un vieux père fatigué et il devait rentrer en France. Et il me dit, je te confie Léon, si tu peux faire quelque chose pour lui, il m'a beaucoup aidé dans la communauté des chrétiens. Et puis il sort, il n'a pas tellement de famille, il ne sait pas comment il va vivre là-bas, dehors. Il va sortir bientôt. Et effectivement, le fameux Léon est venu me voir à la mission. La mission, c'est un lieu où... et les bureaux de ceux qui sont en responsabilité pour l'animation de la communauté chrétienne. Et je lui donnais à balayer mon bureau. Ça a duré assez longtemps. Il y avait une bonne relation de confiance entre nous. Et puis, à un moment donné, il a commencé à me voler. A volé mes instruments, je ne retrouvais plus mes marqueurs, je ne retrouvais plus mon enregistreuse. Et puis il y a eu une fête qui a été organisée pour le cinquantenaire de l'église de Jamena, une grande fête où on achète et on vend des tissus, des pannes. Il y avait beaucoup d'argent qui circulait et il en a volé. Donc je lui ai dit, je ne peux plus Léon, je ne peux plus travailler avec toi. Tu m'as trompé. Ah, mais ma sœur, mais c'est pas possible. Je lui dis, je regrette, c'est comme ça. Donc il a été très frustré, surtout devant les autres aussi. Et il est revenu me voir dans mon bureau. Je me suis levée, j'ai dit... « Léon, je t'ai dit quelque chose, que je ne pouvais plus travailler malheureusement avec toi. Essaye de trouver un autre job. » Et là, j'ai senti que ses yeux n'étaient plus les mêmes que d'habitude. Bon, peut-être s'étaient-ils drogués, ce qui est très possible. Et moi, j'avançais en le regardant. Je l'ai regardé dans les yeux et je l'ai fait reculer, Et j'ai fermé la porte à clé. Il a donné des coups dans la porte. Je lui dis, Léon, c'est pas la peine d'assister. Il est parti.
- Speaker #0
À 50 mètres du bureau de Thérèse, il y a celui de Christine, 34 ans, une jeune sœur médecin de sa communauté religieuse. Thérèse et Christine se connaissent bien. En plus d'être voisines de bureau, elles vivent ensemble. Christine est à N'Djamena depuis 4 mois et elle a un objectif, celui de sensibiliser la population à la lutte contre le sida. Elle vient d'ailleurs d'obtenir une subvention.
- Speaker #1
Léon m'a demandé un jour comme ça, mais c'était bien avant, « Tu connais cette fille qui est là à côté ? » Je dis « Oui, bien sûr, je la connais. » « Tu l'aimes bien ? » « Oui, je l'aime bien. » « Pourquoi tu l'aimes bien ? » « C'est parce qu'elle est comme si c'était dans ma famille, puisqu'elle est dans ma communauté, c'est ma famille. » « Ah bon, d'accord. » Et Christine me dit un jour, « Ton Léon est venu me demander un rendez-vous pour monter une... Une petite cellule contre le sida dans son quartier. Ah, j'ai dit, bonne idée ça. Effectivement, il est venu un dimanche. Moi, c'était une période où j'étais descendue dans le sud du pays pour faire, poursuivre une session. Et moi, on m'a avertie, Christine a eu un accident mortel, enfin, quelque chose de grave, il faut revenir. Bon, j'ai pris l'avion. Effectivement, Christine avait été poignardée, était morte. Et ça, ça a été un choc terrible pour moi. Mais qui était l'auteur de ça ? Tu n'y crois pas, tu te dis de quoi s'agit-il ? Après, il y a eu des interrogatoires, évidemment, par les commissaires de police qui cherchaient qui était l'auteur. Moi, on m'a très peu interrogée, sauf qu'on m'a dit, vous connaissez Léon ? Je dis oui. Il avait une chemise à carreaux, n'est-ce pas ? Je dis, ah non, pas du tout. J'étais soulagée, je me dis, enfin, c'est pas lui. Parce que je n'ai vu sur Léon qu'une seule chemise, rayée, rouge et blanc. Ce qui fait que, moi j'étais soulagée, je me dis, enfin, c'est pas Léon. Et puis, aussitôt, le commissaire, sans même dire au revoir, n'a rien, a filé à toute vitesse. Et c'est là qu'effectivement, en interrogeant des enfants dans la rue, ils ont dit qu'ils avaient vu le gars avec une chemise de sang, pleine de sang. Donc, bref, Léon a été identifié. Et alors Léon a fini par dire que... Il voulait se venger de la sœur Thérèse sur sa petite sœur. Alors là, pour moi c'était impossible. Parce que les relations avec Léon, même si elles avaient été difficiles, c'était des relations de confiance. Bon, je l'avais un peu pris sous mon aile, quoi. En plus, je me suis dit que ça n'avait aucun rapport entre ce petit job que je lui ai retiré et la vie de quelqu'un. Ça n'avait aucun rapport. Ce n'était pas rationnel pour moi, pas du tout. Et ça te laisse... Tu révoltais intérieurement, mais tu dis c'est pas vrai, c'est tout, c'est pas vrai, tu peux pas croire ça.
- Speaker #0
Thérèse raconte avec détail l'assassinat de Christine. Elle réussit à le faire aussi précisément parce qu'elle assiste à la reconstitution des faits avec la police. On lui avait dit de ne pas venir, mais Thérèse veut comprendre. Elle y assiste donc, mais de loin. Elle pose ensuite beaucoup de questions pour compléter le puzzle du meurtre.
- Speaker #1
Il est entré et... Il y avait du bruit dans la mission. Il y avait des charismatiques qui chantaient « Alléluia, Alléluia, Alléluia » . Donc ça faisait du bruit. Ils avaient coopté deux gars dans un bar et à trois, ils ont fait comme si c'était une réunion. Et Christine s'est levée pour leur montrer le matériel pédagogique dont ils pourraient disposer, une petite vidéo, enfin bon. Et au moment où ils s'élevaient... Devant l'appareil, ils l'ont coincé par derrière, l'ont poussé dans un coin et il l'a assassiné à coups de couteaux. Six coups de couteaux profonds, très profonds. Les deux autres ont fui et... Lui, voyant le sang et tout ça, il a fui aussi, mais Christine a gémis. Une vieille femme était là à côté et elle vendait des petits objets d'art africain. Elle entend gémir un enfant. Elle s'est dit, tiens, il y a quoi ? Il y avait tellement d'enfants tout autour qu'elle a laissé. Et puis encore, encore, elle s'approche et Léon sort du bureau avec son couteau. affolé, la femme fait demi-tour et va jusqu'à la cuisine de la mission pour alerter. À partir de là, ça a été une course. Je dis « paraît-il » parce que moi, on m'a raconté, je n'étais pas là. Raisonnablement, je disais que c'était impossible. Ce n'est pas un argument. On lui a appris ça. On a monté, on l'a aidé à faire un scénario. Parce que je ne vois pas comment Léon était capable de faire tout ce scénario-là. Donc il y avait quelqu'un derrière. Il soupçonnait qu'il y avait quelqu'un derrière qui l'avait payé pour se débarrasser de Christine, qui était un peu gênante parce qu'elle avait du succès. Alors, il y a une chose qui m'a blessée, c'est qu'il y a une personne proche de moi qui m'a dit, de toute façon ce gars-là, il ne devait pas être là à la mission. Moi j'ai dit, si la mission n'est pas capable d'accueillir des anciens prisonniers, ce n'est pas la peine de se dire chrétien. Ça, ça m'a gênée. C'était ça ma culpabilité, c'est d'avoir introduit ce Léon dans la mission. Si on peut dire. Mais moi, j'avoue que je ne me suis jamais démolie. Avec cette affaire-là. On m'a dit, il faut que tu fuis, parce qu'il y a encore les deux complices qui sont là, qui fuient la police plutôt, avec des couteaux. Et je suis donc partie en brousse. Pendant trois semaines quand même. J'avais des rendez-vous, tout ça. J'avais une responsabilité au plan. Donc au bout de trois semaines, j'ai dit, il faut que je rentre. C'est vrai que c'était pas très drôle ces trois semaines, parce que je me dis qu'est-ce qui va se passer, qui est-ce, enfin c'était pas très clair quoi. Et donc je suis rentrée avec une occasion de voiture, parce que là-bas il n'y a pas de transport en commun, et là on me dit il faut que tu viennes, il faut pas que tu sortes de la maison sans avoir un garde du corps. Alors il y a le fils du gardien de la maison qui... qui est venu avec moi, m'accompagner avec son bâton. J'ai été au palais de justice, parce que j'avais déjà monté tout un projet pour la prison, pour les jeunes, on devait faire du jardinage, les animateurs étaient inscrits pour m'aider, etc. Donc il fallait que j'aille à la justice pour faire retirer tout ce projet qu'on avait déjà élaboré. Je vais au palais de justice et je demande Qu'on n'applique pas la peine de mort pour Léon, oui la peine de mort pour Léon, parce que au Tchad, qui a tué est tué. Ça affirme quelque chose auquel je crois, parce que je suis contre la peine de mort. Les parents de Christine avaient fait la même chose, ils avaient écrit. Nous sommes très révoltés, mais nous ne voulons pas la peine de mort. Ceci n'a pas du tout été observé. Là, oui, j'étais mécontente qu'on ne me dise pas oui. C'est tout, j'ai fait ça et je suis partie. Donc en février 1997, j'ai tout quitté, toutes mes responsabilités, tout, et je suis rentrée en France, voilà. Christine était très aimée de tout le monde, et puis de toute façon, ça, du coup, ça a été un choc de toute la communauté Xavier. Donc pour tout le monde, ça a été... Une grande tristesse, ainsi que pour la famille, évidemment. Je me suis sentie trahie par ce gars-là, à qui j'avais donné quand même une certaine confiance. Il y avait un certain lien, si vous voulez, d'amitié, enfin d'amitié et de confiance, quoi, avec lui. Et puis, voilà, c'est tout. Je sais très bien que de s'occuper de prisonniers, c'est aussi prendre des risques. On prend des risques, mais en même temps, moi je trouve qu'il n'y a pas de charité sans risque. Ça fait d'autant plus mal que c'est des gens à qui tu essaies de donner le meilleur. Tu te sens trahi par l'un d'eux. Oui, ça fait comme un tiraillement. À la fois, je suis victime secondaire et en même temps, je suis proche des gens qui sont offenseurs par mon passé en prison. Je n'ai pas envie de les condamner, absolument.
- Speaker #0
Thérèse ne veut pas condamner Léon non plus. Elle veut savoir ce qui s'est passé dans sa tête. Elle ne comprend pas comment il a pu commettre une horreur pareille. Le problème, c'est qu'il est maintenant incarcéré en attente de sa condamnation à mort au Tchad, à 10 000 kilomètres d'elle. Elle décide alors de lui écrire.
- Speaker #1
Quand je suis arrivée en France, je lui ai écrit, je lui ai dit, Léon, tu m'as fait très mal. Tu as fait très mal à la famille, qui est très triste. Tu as fait très mal à ma famille spirituelle, enfin, aux Xavier. Moi, j'ai dit, je veux bien te pardonner, mais dis-moi. Pourquoi ? Qui t'a poussé à faire ça ? Et alors, il m'a réécrit. Léon m'a répondu une belle lettre en disant, oui, je te demande pardon beaucoup, mais la deuxième question, pourquoi ? C'est le Satan qui m'a poussée. Moi, ça ne m'a pas du tout satisfaite. Ça m'a aussi confortée dans l'idée de penser que c'était quelqu'un qui avait poussé Léon à faire ça. Maintenant, c'est mon interprétation personnelle. Je l'ai pardonné. Je ne sais pas ce que vous entendez par pardonner, mais pour moi, pardonner, c'est être capable de l'accueillir si un jour il vient là, de passer par-dessus le mal qu'il a fait.
- Speaker #0
En septembre 1997, Thérèse est envoyée au Québec, au sein de la communauté La Xavier qui se fonde là-bas. Elle ne le sait pas encore, mais sa vie va bientôt prendre un tout autre sens.
- Speaker #1
C'était une grande aventure d'arriver, de passer l'Atlantique et d'arriver à Montréal. On commençait à prendre du temps pour connaître le pays, naturellement. Et moi, j'ai vu un flyer. sur lequel était écrit « Semaine nationale de la justice réparatrice au Québec » . Ah, je dis c'est intéressant, mais qu'est-ce que ça veut dire « réparatrice » ? Pour moi, le mot « réparatrice » , ça me paraissait à la fois désuet et en même temps, ça m'intéressait de savoir qu'est-ce qu'il y avait derrière ce mot. Parce que ça fait partie de ma vocation d'être contemplative, missionnaire et réparatrice. Alors, j'ai été voir à l'Université de Montréal, au département de théologie, bon, est-ce qu'il y a un cours sur la réparation ? On m'a réunie en disant, mais non, ce terme est complètement désuet, on n'en parle plus du tout de ça, voilà. Puis tout d'un coup, la personne se rétracte et puis dit, ah, au fait, peut-être qu'à l'école de criminologie, vous auriez peut-être quelque chose, en fait. Donc je vais à l'école de criminologie, et effectivement, Il était affiché un cours sur la médiation, la réconciliation, la justice réparatrice. Je m'inscris, j'avais 65 ans et voilà la vieille étudiante à côté des autres. Effectivement, j'ai fait une année de mise à niveau et puis j'ai postulé au master de criminologie. J'ai découvert... que dans le cours, on traitait à la fois du statut de victime et de la situation de l'offenseur. Donc, je me suis dit, tiens, ça ressemble à ma situation à moi. À la fois, je suis proche des gens qui sont offenseurs, par mon passé en prison, et en même temps, je suis victime secondaire, c'est ce qu'ils appelaient secondaire. c'est-à-dire proche de quelqu'un qui a été tué. À la fin de mes trois ans de criminaux, il fallait que je fasse un mémoire. J'ai donc demandé à observer des rencontres entre agresseurs et victimes. Il me donne une référence d'un pénitentiaire où il y a un aumônier de prison, Ménonite. Ménonite, c'est une forme de protestant qui faisait ça. Donc, je vais le voir. Il s'appelle David. J'étais en 1999. Et David me dit, oui, c'est vrai. Donc, en 1993, c'est vrai que nous en faisions. C'était formidable. Mais moi, je n'ai plus le temps de m'occuper, de chercher des victimes qui seraient candidates pour cela. Donc, j'ai dit à David, tu t'occupes des détenus, puisque tu es au menu de prison, tu les connais, qui accepteraient de rencontrer des victimes. Moi, je vais chercher des victimes qui accepteraient de rencontrer des détenus. Et c'est ainsi que nous avons pu reprendre une session, c'est-à-dire six rencontres.
- Speaker #0
Entre cinq agresseurs et puis cinq personnes qui avaient été volées par effraction. Je leur ai demandé la permission de prendre des notes, que c'était sous confidentialité absolue. J'étais juste ce qu'on appelle un témoin de la communauté, c'est-à-dire une personne qui dit « Vous êtes important pour moi, vous êtes important pour la communauté » . Une victime, elle a été écrasée, elle est humiliée. J'ai été eue une fois de plus. Et pourquoi ? C'est moi, c'est ma faute. J'ai laissé la fenêtre ouverte, j'ai fait ceci, j'ai fait cela. Comme moi, j'aurais pu dire, c'est ma faute que Léon soit entré dans la prison, dans la mission, etc. Le fait de pouvoir dire ça, plusieurs me l'ont dit. J'ai pu enfin en parler. C'était comme une chape de plomb qui me tombait. J'ai pu enfin en parler, à qui de droit j'allais dire, à des gens qui comprennent ce que ça veut dire. Pouvoir en parler, c'est presque un peu reprendre le dessus. C'est vraiment les personnes elles-mêmes qui se prennent en main pour faire justice. L'animateur qui est là, il est animateur, c'est-à-dire il fait circuler la parole. Et je m'aperçois... que d'une part, il y a beaucoup de résistance au départ de la part des victimes. Et puis petit à petit, il y a des liens qui se créent, même des liens d'affectifs qui se créent entre telle ou telle. Et il se trouve qu'à partir de la troisième rencontre, on ne sait plus qui est victime et qui est détenue. Ce sont des personnes humaines qui se rencontrent et qui se disent leurs blessures, qui se parlent de leurs souffrances et qui cherchent ensemble comment en sortir. Et le fait d'écouter les victimes est très révélateur pour les agresseurs. Ils comprennent le pourquoi ils sont en prison. Autrement dit, ça intériorise beaucoup la loi pour eux. Mais ils n'ont aucune idée qu'ils ont touché des personnes réellement. Il y en a un qui m'a dit « moi je fais de mal à personne de toute façon » . Ah, il a découvert qu'il avait fait du mal à quelqu'un. Il y a toute une famille. C'est ça l'intérêt de la justice réparatrice, à mon avis. C'est que c'est par eux-mêmes qu'ils vont reprendre leur dignité. Par eux-mêmes, ils vont comprendre qu'ils ont fait tel acte, mais qu'ils ne sont pas enfermés dans tel acte. Chose que j'ai constamment révélée aux prisonniers que je rencontrais. Tu n'es pas un éternel meurtrier. C'est pas vrai. Tu peux faire quelque chose d'autre. A toi de choisir.
- Speaker #1
Thérèse a bien avancé sur son mémoire. Elle a pu observer le changement qui s'opère chez les participants des rencontres d'étenus victimes. Elle en est sûre, la justice réparatrice tient la route. Un jour, David, l'aumônier carcéral qui organise les rencontres, vient la voir avec une idée en tête.
- Speaker #0
David me dit, tu as observé, donc l'autre fois c'est bien, mais toi tu ne le prendrais pas, tu ne prendrais pas la place d'une victime ? Tu ne te mettrais pas comme victime tout simplement ? Je dis après tout, pourquoi pas ? Moi j'étais habituée, les victimes oui j'ai compris. J'ai compris qu'elle avait peur. Moi, comme je n'ai pas été témoin, je n'ai vu que le corps par terre de Christine, qui était dans la chambre froide où on l'avait mis. C'est tout ce que j'ai vu. C'est parce qu'on a fait la reconstitution du crime après. Et ça, c'est ce cinéma-là qui m'habite. Je vois bien comment ça a pu se faire. Je vois très bien le bureau de Christine. Il y avait une espèce de douche dans un coin. J'avais vu de loin, on m'a dit, il ne faut pas que tu viennes. Après, j'ai posé des questions. Tu vois les images, c'est tout. Les images deviennent extérieures par rapport à toi. C'est ça qui est aussi important pour les victimes. Enfin, on peut mettre les choses sur la table. Ce qui est intéressant dans ces rencontres, c'est que tu peux poser toutes les questions qui te restent. Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu vas tuer une fille comme ça ? Ils m'ont répondu, la plupart du temps, on n'a pas envie de tuer. Mais... Comme on a peur, on va voler. Comme on a peur, on tue pour pouvoir obtenir ce qu'on veut. Donc, ça m'a beaucoup aidée et ça m'a permis de mettre noir sur blanc les émotions que j'avais emmagasinées sans le vouloir. J'avais peut-être caché sous une rationalité un peu trop forte. Pour moi, c'est plus qu'une voie de guérison, c'est une voie de libération. libération de tout ce qui peut t'empêcher d'être toi-même.
- Speaker #1
L'année de ses 67 ans, Thérèse est diplômée en criminologie, en crimineau comme elle le dit. Après avoir constaté les bienfaits de la justice réparatrice sur sa vie et sur celle des autres, Thérèse, accompagnée de David, continue d'organiser des rencontres d'étenus victimes. Un an plus tard, en 2001, elle fonde avec lui et d'autres le Centre de service de justice réparatrice à Montréal.
- Speaker #0
La justice réparatrice permet à soi-même de se reprendre en main. Se remettre debout par ses propres moyens, mais avec l'aide des autres. Parce que ce n'est pas une réparation de ce qui était avant, c'est une transformation en fait. Ça c'est sûr, j'aimerais mieux appeler ça la justice transformatrice. L'autre jour, il y a un magistrat qui m'a dit, pourquoi vous appelez ça une justice ? Je dis, voilà, parce que je pense que la justice, elle est faite pour créer l'harmonie sociale, pour la garantir. Moi, je dis que c'est quand même une justice parce que ça recrée des liens qui sont brisés, ça recrée des personnes. Quand une victime dit, justice est faite, ce n'est pas vrai, elle n'est pas toujours faite. La justice pénale ne peut pas aider vraiment une victime. Elle l'aide peut-être financièrement, mais pas psychologiquement en tout cas. Mais la justice réparatrice, ça n'a rien à voir avec un procès. Personne ne t'accuse, tu dis ce que tu veux, tu n'es pas obligé de dire tout. Mais en fait, tu dis beaucoup plus que tu ne pensais. Parce que le fait d'être avec les autres, les autres te posent des questions aussi. Tu es sûr que tu as laissé la porte ouvert ? Tu es sûr que c'était comme ça ? Ah oui, là, tu es obligé. J'ai presque obligé de dire vraiment la vérité. La justice réparatrice m'aide, d'une part, à croire que rien n'est jamais foutu et qu'il est possible de se remettre d'aplomb parce que moi, je l'ai expérimenté. Ça a changé non seulement ma vie, mais l'orientation de ma vie, le sens de ma vie. C'est-à-dire que c'est pour moi une façon d'aider les autres et de les aimer.
- Speaker #1
En 2004, 8 ans après l'assassinat de Christine Parléon, Thérèse est elle aussi transformée par la justice réparatrice. Les images du meurtre sont de moins en moins présentes dans son esprit. Mais le passé ressurgit sans prévenir.
- Speaker #0
J'apprends, ou plutôt je vois, sur la revue de la Ligue des droits de l'homme, je crois, la photo d'un condamné à mort au Tchad, ligoté dans un peigne blanc. avec trois soldats qui tirent dessus. Je regarde et je vois en dessous la légende « Condamnation à mort de Léon Tell » qui a tué une jeune femme. Ça m'a fait un choc. On aurait pu me le dire, quoi, qu'il était condamné. En fait, c'est qu'il y avait eu des meurtres dans le sud du pays et le président voulait faire un exemple pour la population en condamnant à mort, en exécutant plutôt la condamnation à mort. Léon, j'ai gardé une certaine affection pour Léon, pour moi, c'est pas un ennemi, pour moi, pas du tout. C'est quelqu'un auquel je m'étais attachée, oui. Et puis non seulement ça m'a fait mal, c'est que ce que j'avais demandé n'a pas été exécuté. En 2008, je me suis dit, mais ce qui se passe, ce que je vis au Québec, c'est vraiment semblable à ce que les vieux... L'Afrique m'avait raconté, quand j'étais à Corogo, sur la façon dont se pratiquait la justice. Selon la tradition africaine, elle se fait par la circulation de la parole entre les gens, agresseurs et victimes. Dans un village, il y a un arbre particulier, comme le symbole de la présence des ancêtres. Et c'est sous cet arbre, on l'appelle l'arbre, pas l'arbre, que se font les réunions de justice.
- Speaker #1
Après avoir fait des rencontres entre détenus et victimes au Québec pendant plusieurs années, Thérèse revient en Côte d'Ivoire, mais cette fois-ci à Abidjan. Elle se dit que si l'arbre à palabres fonctionne, la justice réparatrice devrait aussi marcher. Thérèse constitue une équipe et la voilà dans la grande prison d'Abidjan où vivent 4500 détenus dans des conditions très précaires.
- Speaker #0
Nous avons monté toute une série de sessions. Soit à l'intérieur de la prison, la grande prison d'Abidjan, la Maka, et puis aussi en dehors. Parce que la Côte d'Ivoire a eu une guerre civile, et il y avait encore des agresseurs et des victimes qui vivaient dans la même région. Et là, ils ont réussi à se retrouver et à faire justice réparatrice. Et ça a très bien marché. Je dis ça parce que, quelle que soit la culture, la justice réparatrice permet un changement en profondeur des personnes.
- Speaker #1
Malheureusement, en 2016, Thérèse a une infection et doit rentrer en France.
- Speaker #0
J'ai quand même eu neuf mois d'hospitalisation. Je n'ai pas repris tout de suite le projet de justice réparatrice. En 2018, c'est le moment où sont révélés tous les abus sexuels dans l'Église. Et le pape demande à tous les baptisés de faire quelque chose. Moi, j'ai dit, j'ai la justice réparatrice, toute ma formation et mon expérience. Alors j'ai choisi, grâce à d'autres amis, nous avons créé une association qui s'appelle Justice Autrement. Donc je crois que c'est un chemin très important. actuellement pour assainir l'Église que j'aime beaucoup et voilà il faut absolument en sortir de cette histoire. Quand je regarde en arrière, je trouve qu'effectivement, j'ai bien fait de poursuivre une réflexion sur la justice réparatrice, de m'informer dessus et surtout de la pratiquer et de la voir pratiquer par les autres. D'être témoin de ce qui se passe, mais j'ai quand même pratiqué ça pendant 18 ans, j'ai vu les transformations qui se sont opérées, étonnamment. Mes collègues me disaient c'est encore un miracle, je dis arrête de parler de miracle, mais c'est quand même fort de voir comment des gens aussi différents et qui sont opposés au départ d'une session, arrivent à se retrouver presque amis après. Maintenant, je dis, on ne peut pas persuader les gens de cela, qu'ils fassent l'expérience. En France, les gens ne savent pas que ça existe, alors que ça existe depuis 1974, en Ontario. Maintenant, ça s'appelle la justice restaurative. Mais qui connaît maintenant ? Je vois la résurrection en acte. Qu'est-ce que ça veut dire ? Je vois que l'esprit de Dieu transforme les personnes, même si elles ne connaissent pas Dieu. Peu importe, mais c'est égal. Ce n'est pas un truc dans les airs, ce n'est pas une utopie mystique ou je ne sais pas quoi. Non, ça c'est une réalité. Essayez, c'est tout, essayez. Faites l'expérience, vous verrez. D'avoir le courage de participer, par exemple, à des rencontres. Et de parler de soi. Ce n'est pas évident de parler de soi, ni d'écouter l'autre. Et tout ça, moi j'admire beaucoup, j'admire beaucoup ceux qui ont le courage de se décider à s'inscrire à des rencontres entre enfanceurs et victimes. Je les encourage, mais je sais très bien qu'il faut qu'ils aient beaucoup d'énergie et qu'ils seront bien payés, si je peux dire.
- Speaker #2
Thérèse, une religieuse criminologue, une série de podcasts réalisés par Ilona Catlin et Yann Besson pour Friction. Les musiques ont été composées par Nathan Huet. Un grand merci à Thérèse pour sa confiance et merci à l'équipe de Friction pour l'accompagnement éditorial.
- Speaker #3
Vous venez d'écouter un épisode de La Révolution et Après, le podcast qui explore les luttes intimes, politiques et sociales. Retrouvez toutes nos frictions sur notre site friction.co