- Nora
Parce que la sororité pour moi, c'est pas un espace qui doit être dédié uniquement aux femmes. J'ai là beaucoup appris de ces femmes sur le plan culturel. Mon entourage féminin est rempli de femmes très justement connectées à cette vision humaniste.
- Elodie
Bienvenue dans le podcast Gang de Copines. Ici, la sororité n'est pas un slogan. C'est une expérience vécue, riche, complexe, parfois bouleversante. Tu vas entendre mes discussions, profondes ou légères, avec des femmes qui partagent leur histoire, leur expertise et leur combat. Tu vas entendre des histoires vraies, sans filtre, de femmes qui tissent des liens, traversent des tempêtes et s'élèvent. On célèbre à la fois la force et la fragilité des amitiés féminines. On ose parler de ce qui gêne. de ce qui répare. Gangue de copines, c'est l'espace où la sororité s'assume, se questionne et se vit pleinement. Bonjour Nora, je t'ai le dit. Alors Nora, t'as 37 ans, on a dit qu'on avait le droit de le dire. Oui, on a le droit. Tu vis à Lille et t'es entrepreneur humaniste. Alors déjà, avant d'aller plus loin, moi j'ai envie de savoir ce que ça veut dire d'être entrepreneur humaniste.
- Nora
Je dirais qu'entrepreneur humaniste, c'est ma définition. J'avoue que j'ai un peu de mal à avoir, mettre dans un cadre et un moule figé ce que je fais. L'idée en gros, c'est de pouvoir créer des accompagnements dans le cadre de l'entrepreneuriat, notamment pour les entrepreneurs qui ont envie d'amener plutôt de l'innovation sociale. Et mon approche, elle est très axée... C'est forcément une approche très humaine, où j'ai envie d'accompagner dans une approche très sur-mesure, avec une approche holistique également, de venir accompagner la personne dans son alignement, en prenant en compte ses besoins de manière globale.
- Elodie
Plutôt des hommes ou plutôt des femmes ?
- Nora
majoritairement des femmes mais j'accompagne également des hommes,
- Elodie
des dirigeants on reviendra un peu plus tard sur toutes tes activités quand on s'est rencontré pour échanger à propos de cet épisode de podcast on a pas mal discuté et il y a trois sujets qui sont revenus, le premier c'est ta famille où tu as grandi et où tu continues de t'épanouir dans ta famille avec une partie de ta famille qui vit encore au Maroc oui Oui. et en fait le fait du coup que ta personnalité aujourd'hui ça soit vraiment le reflet de cette culture et peut-être d'autres qui t'inspirent. On a parlé aussi donc de tes activités professionnelles autour de tes femmes et le troisième sujet c'est ta définition assez spéciale vous allez voir de la sororité. Alors si on commence par parler de ton enfance et de ta construction donc tu Ça grandit en France avec une famille d'origine marocaine. Et tu passais régulièrement des vacances là-bas. Oui. Quels sont tes souvenirs de tes vacances là-bas ?
- Nora
Oui, mes grands-parents du côté maternel, ils travaillaient à la ferme. J'ai grandi avec les animaux, avec ce contact très très fort avec la nature. J'ai vraiment grandi dans cette transmission justement du vivant, de ce contact avec les animaux, du prendre soin. Et ce qui m'a aussi... particulièrement marquée au Maroc, chose que je ne trouvais pas forcément ici pendant mon enfance, c'était le soir. J'adorais ces moments, ces moments entre femmes où on se retrouvait dans le village et les enfants jouaient et les femmes se retrouvaient et on arrivait à échanger. sur tout et n'importe quoi finalement, sur la cuisine, sur « ah tu as vu un tel, peut-être que… » et ça venait un peu comme un cercle de femmes qu'on trouve beaucoup ici maintenant en Occident. Et ça, ça m'a beaucoup marquée dans le sens où j'ai là beaucoup appris. de ces femmes sur le plan culturel, sur le plan aussi en tant que femme, comment elles, elles ritualisaient parfois certains événements de vie, et ça m'a vraiment nourrie énormément.
- Elodie
Tu as un exemple à donner de ça, de ce que tu as appris au niveau culturel ?
- Nora
Oui, tout simplement déjà le prendre soin. Par exemple, moi je me souvenais, ma maman, elle me mettait du henné dans les cheveux, il y avait ce côté rituel du prendre soin, d'utiliser des produits naturels, et de venir finalement aiguiller sur les vertus, sur ces produits de soin. Ça nous permet de se transmettre des recettes de grand-mère. Et ça nous permettait de se les partager et j'adorais beaucoup ça.
- Elodie
Est-ce que tu peux nous dire des femmes de ta famille, les liens entre elles, les liens avec toi, ta mère, ta sœur, et comment ce lien a évolué ?
- Nora
Le lien avec ma famille est rempli d'amour, rempli de partage. Vraiment, j'ai beaucoup de fierté vis-à-vis de ma maman, de son parcours. Elle est venue très très jeune en France. Et elle a réussi, on est une fratrie de 8 enfants, et voilà, elle a réussi toute seule à nous rendre aujourd'hui... Autonome, responsable, des profits pourtant très variés dans cette fratrie-là, mais elle a réussi vraiment à nous guider et à nous donner cette liberté d'être qui nous sommes. Et j'ai vraiment beaucoup de chance par rapport à ça. Et je suis vraiment très reconnaissante vis-à-vis de ma maman et vis-à-vis de mes sœurs. J'ai ressenti aussi, parce que j'ai deux sœurs, qu'elles ont cheminé dans des chemins très très différents, mais elles m'ont permis aussi finalement de prendre conscience de l'importance de prendre soin de soi. De ne pas s'oublier, parce que c'est des femmes qui donnent beaucoup, c'est des femmes qui aiment prendre soin, et en étant témoin de elles, ce qu'elles transmettaient, que ce soit sur le plan professionnel, vis-à-vis de nos frères, de leurs enfants aussi, j'ai pris conscience qu'elles s'oubliaient peut-être un peu trop.
- Elodie
D'accord. Et du coup, ça a eu un impact sur toi, qui tu es, ta façon de voir la vie, de constater ça ?
- Nora
Oui, du coup, ça m'a fait prendre conscience que dans la culture méditerranéenne, le prendre soin, surtout dans les familles au Maroc, ce côté j'accueille, je reçois, je prends soin, c'est très très fort. Et finalement, ces femmes, je me suis dit, mais à quel moment elles prennent soin d'elles ? À quel moment elles ont ces temps pour elles de se dire finalement, de quoi j'ai besoin ? Qu'est-ce qui me ferait plaisir ? Et je me suis dit, mais Nora, ces femmes-là aussi méritent qu'on prenne soin d'elles, qu'elles ont des temps pour elles, pour échanger, juste venir se déposer peut-être sur certaines peurs, sur certaines... voilà, d'avoir aussi ce temps acheminé pour elles, et pas forcément vers les besoins de la famille. Et pour moi, ça a été le déclic à me dire, non, j'ai envie aussi de créer ces espaces pour elles.
- Elodie
D'accord, ok. Avant qu'on parle de ces espaces que tu as créés peut-être dans ton cadre professionnel, est-ce que tu peux nous parler de ton entourage féminin dans ta vie perso aujourd'hui, ta vie personnelle ?
- Nora
Oui, mon entourage féminin est rempli de femmes très connectées à cette vision humaniste, où elles sont vraiment sensibles à l'avenir, très sensibles à aussi œuvrer. pour permettre justement elles aussi de prendre leur place et de créer quelque chose qui vient finalement remplir le monde évolue vite, on voit aussi souvent que, soit dans le milieu des entreprises, voire même dans les familles, on perd cette connexion à l'autre. Et par rapport à mon cercle proche féminin, c'est beaucoup des femmes... très sensibles à tout ça. Elles sont à la fois peut-être juristes. Ce cercle-là, forcément j'étais juriste avant, je l'ai un peu quitté. C'était très focus entreprise. Mais cette dynamique de famille, et c'est ça aussi qui est incroyable, il y a une semaine. J'ai une amie que j'ai rencontrée au lycée, qui s'appelle Célestine, et qui s'est mariée très jeune, qui a construit sa propre famille, et qui m'a contactée justement récemment. Et elle crée cette maison, une maison, pour permettre aux personnes de réparer leurs liens familiaux. Donc voilà, elle aura l'occasion de développer par rapport à cette partie-là. Mais justement, c'est vraiment beaucoup de femmes qui sont proches de moi dans cette manière-là, d'apporter, de créer ces espaces, ou peut-être même des produits qui vont venir. amener le prendre soin et contribuer à un monde meilleur.
- Elodie
Des activités professionnelles, quelle place ont les femmes ? A priori, une place importante.
- Nora
Oui. Pour moi, c'est un sujet. C'est la raison pour laquelle, initialement, j'ai fait du droit à justement. Moi, les sujets qui me touche, c'est les violences faites aux femmes. C'est la place de la femme de manière générale, pas que forcément en entreprise. C'est cette manière de venir, elle aussi, retrouver son entièreté. de qui elle est et pas juste une femme qui sera maman, qui aura un métier. Et du coup j'ai à cœur en tout cas de venir contribuer pour les femmes. Et cette place-là pour moi, oui, elle est très très importante.
- Elodie
Est-ce que tu peux nous parler peut-être un peu plus en détail de ce que tu fais du coup concrètement aujourd'hui ?
- Nora
Aujourd'hui, je crée des espaces, des espaces immersifs en France et à l'international aussi, pour permettre justement à ces femmes de venir se retrouver. C'est des espaces de 8 à 12 personnes. Et l'idée, c'est de venir déposer, de venir aussi moi transmettre, même les autres femmes transmettre. Je ne suis pas très pour la verticalité, mais on est vraiment sur le plan horizontal où toutes les femmes ont leur parcours, ont des choses à apporter. Et c'est de pouvoir mettre en lumière ça justement, de grandir l'une avec l'autre. et non pas une qui transmet avec vraiment des informations descendantes. Pour moi, c'est très important. Et dans ces espaces-là, ça peut se faire en visio, mais pas que. On est aussi embarqués en nature. J'embarque chez les nomades dans le désert au Maroc. Et l'idée pour moi, c'est de pouvoir aussi créer des espaces immersifs de plus en plus en nature.
- Elodie
Ok. Alors... Par rapport à ton parcours, dont on vient un petit peu de parler, quelle est ta définition à toi de la sororité ?
- Nora
Ma définition à moi ? Justement, dans ces cercles, il y a des hommes.
- Elodie
Des cercles de femmes et avec des hommes ? Oui.
- Nora
J'ai ouvert l'accès aux hommes, consentement des femmes. Bien entendu, pour moi, c'est important que ce soit dans un espace safe, qu'elles se sentent en sécurité et qu'elles arrivent aussi à se déposer en sécurité. Et c'est vraiment intéressant. Du coup, ces échanges, pourquoi ? Parce que la sororité, pour moi, ce n'est pas un espace qui doit être dédié uniquement aux femmes. On a tous en nous une part, une énergie masculine et féminine. Et ces hommes ont aussi cette énergie féminine du jeu prend soin, d'être à l'écoute de l'intuition. Et je trouve ça dommage de les priver de ça, parce que justement, ces hommes sont plutôt dans l'action, dans le faire, et de ne pas réussir finalement à eux-mêmes se retrouver, d'être dans le jeu prend soin, d'être dans la réceptivité. Et ça, pour moi, c'est important, la sororité, qu'ensemble, dans une notion de parité, d'égalité, qu'on arrive à nourrir chez l'un cette énergie de l'action du masculin, et venir chez la femme à peu comprendre cette énergie féminine du « je prends soin » et de s'offrir cette douceur. Et les femmes, à l'inverse, qui peut-être s'oublient, et permettent justement de venir prendre aussi chez l'homme, comment eux, finalement, ils arrivent aussi à... Pas forcément s'oublier et avoir une autre vision des choses. Et je trouve ça hyper intéressant, l'idée n'est pas de changer, mais juste d'y amener de la conscience, après libre à chacun de venir un peu retrouver son équilibre par rapport à ce qui sera transmis pendant ces moments-là.
- Elodie
Tu as déjà expérimenté des cercles avec des hommes et des femmes en même temps ? Oui. Et du coup, tu as déjà expérimenté que des femmes et des cercles avec des hommes et des femmes ? J'ai envie de savoir ce qui change, qu'est-ce qui est différent ?
- Nora
L'apport, dans le sens où forcément ce qui est marrant aussi, quand il n'y a que les femmes on est plus dans je parle, je parle, je parle, je parle, j'ai envie de... Voilà, forcément. Alors que quand un homme est là, elles vont être plus dans... Ok. Dans l'observation, dans l'analyse, je n'irai pas plutôt dans la peur, parce que je filtre vraiment, mais plutôt cette notion de « tiens, et si on venait plutôt de la curiosité ? »
- Elodie
D'accord.
- Nora
mais une autre manière d'être curieux. Je ne sais pas comment te donner un exemple concret, parce que j'ai envie aussi de garder ces espèces confidentielles. Mais la manière de, en tout cas, moi, animer mes cercles est différente. Et les échanges sont totalement orientés différemment.
- Elodie
D'accord, intéressant. Mais ça se vit.
- Nora
Ah oui, carrément,
- Elodie
ça se vit.
- Nora
Justement, là, ma prochaine retraite dans le désert, il y a deux hommes.
- Elodie
Oui.
- Nora
Et j'ai hâte du coup de voir comment ça va évoluer aussi dans... Dans ce collectif, sachant que les nomades sont des hommes.
- Elodie
Oui.
- Nora
Les nomades qui partent avec nous sont des hommes, et justement, vu qu'ils sont très emprunts de cette énergie féminine, c'est eux qui vont nous faire à manger, c'est nous vraiment qui vont être dans le jeu, prendre soin justement, et c'est venir justement aussi voir à travers les yeux de ces femmes comment elles vont percevoir les choses. Parce qu'on a tendance aussi, par exemple, souvent à penser que dans certains pays, on va se dire, voilà, la femme à la maison... Monsieur, oui, voilà. Et là, elles vont prendre conscience que, en fait, non.
- Elodie
C'est intéressant aussi.
- Nora
Qui vont prendre soin de nous.
- Elodie
Parce que du coup, il y a aussi un... On parle des femmes et de ce que tu vas leur offrir avec ça, mais j'entends aussi une envie de... Comment dire ? Bousculer un peu ces clichés liés au pays dont tu es originaire. Exactement. Est-ce qu'il y a un peu ça ?
- Nora
Exactement, oui. Au-delà de l'aspect reconnexion à la nature et à soi, Pour moi, l'aspect transmission, l'interculturalité, c'est quelque chose de très important pour moi, parce que ça vient aussi des fois casser des croyances, par exemple cette notion de sororité. Moi, je ne suis pas très fan d'aller les femmes, on est les meilleurs, et c'est nous et les hommes, le patriarcat. Dans ce cas, on est toujours opposés et puis on est toujours en guerre, en fait. Et c'est de se dire, bah non... Dans le monde dans lequel on vit aujourd'hui, il y a aussi des hommes qui ont cette posture et ont envie et ont cette sensibilité de venir comprendre la femme, de prendre soin de la femme. Et moi, j'ai plutôt envie d'amener cette harmonie-là, en fait.
- Elodie
Un mot de la fin ? Qu'est-ce que tu as envie de nous dire pour clôturer cet épisode ?
- Nora
J'ai envie de dire que moi je suis optimiste. Je sens que collectivement ça bouge beaucoup. Et pour moi, la prendre la parole, ce n'est pas que juste moi raconter mon histoire, mais justement peut-être donner cette voie de l'espoir. D'être dans l'ouverture, d'être dans la curiosité. Et pour moi, c'est ça la sororité.
- Elodie
Ok, trop bien. Où est-ce qu'on peut suivre tes activités ?
- Nora
Oui, j'ai un compte Instagram, Homeflower.
- Elodie
Oui.
- Nora
Et LinkedIn, ma page Nora Raya.
- Elodie
Ok, on mettra le lien dans la description de cet épisode. Merci beaucoup Nora.
- Nora
Merci Elodie. Merci.