- Speaker #0
Après un bref retour sur sa terre, le docteur est de retour chez nous, mais malade, porteur du microbe de l'emmerdeur, contracté sur notre terre et que personne chez lui ne sait guérir. Pendant que les médecins de sa planète cherchent un antidote, le docteur choisit de rester en France. Septième épisode, le commissaire. Le jour suivant, la présidente regarde dehors par la fenêtre, impatiente de reprendre cette conversation. Carole, son assistante, entre-ouvre la porte. Votre rendez-vous est arrivé, madame la présidente.
- Speaker #1
Merci Carole. Faites entrer.
- Speaker #2
Bonjour Madame la Présidente.
- Speaker #0
Ah, et Madame la Présidente, le commissaire du 4ème arrondissement veut vous voir tout de suite.
- Speaker #1
Dites-lui que je suis en rendez-vous et faites-le attendre.
- Speaker #0
Il dit que c'est une affaire urgente.
- Speaker #2
Cette visite est d'importance Madame la Présidente, vous devriez le recevoir.
- Speaker #1
Bon. Faites entrer, monsieur le commissaire. Le commissaire entre d'un pas décidé. Bonjour, madame la présidente.
- Speaker #0
Il se tourne vers le docteur et ajoute sèchement.
- Speaker #2
Bonjour. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour, monsieur le commissaire. On ne se connaît pas ?
- Speaker #2
Non, madame la présidente.
- Speaker #3
Je viens d'être nommé dans cet arrondissement de Paris.
- Speaker #1
Ah, très bien. Félicitations. Faisons vite, je vous prie.
- Speaker #3
Je vous prie d'excuser ma visite inopinée. Eh bien, madame la présidente, c'est une affaire délicate et sensible. Puis-je vous parler seul à seul ?
- Speaker #1
Je vous laisse.
- Speaker #0
Le docteur sort de la pièce, sous les yeux de la présidente et du commissaire.
- Speaker #1
Allez-y, je vous écoute. Asseyez-vous.
- Speaker #0
Le docteur, souriant, réapparaît immédiatement, sans bruit, dans la pièce. Il est dans le dos du commissaire qui ne l'a pas vu. Il met un doigt sur sa bouche pour demander à la présidente de l'ignorer. La présidente a un moment de surprise et cligne des yeux pour acquiescer.
- Speaker #3
Madame la présidente, l'homme que vous recevez a été interpellé avec de faux papiers.
- Speaker #1
De faux papiers ?
- Speaker #3
De faux papiers, avec une photo de femme sur sa pièce d'identité. Tenez, regardez son passeport.
- Speaker #1
Non, c'est vraiment une erreur grossière. Même un martien n'aurait pas pu commettre rationnellement une pareille bévue.
- Speaker #3
Le plus grave, c'est qu'il prétend vous connaître. Nous l'avons donc laissé entrer pour éviter un incident. Connaissez-vous cette femme ?
- Speaker #1
Oui, je connais cet homme.
- Speaker #0
Le commissaire n'a toujours pas vu le docteur dans son dos.
- Speaker #3
Pardon ? Mais la femme sur le passeport ?
- Speaker #1
Eh bien, la femme sur la photo...
- Speaker #0
En examinant le passeport et lisant à haute voix le nom...
- Speaker #1
Camille Claude.
- Speaker #3
Impossible de trancher par les noms. Procédons par entre, je vous en prie. Connaissez-vous cet homme, Madame la Présidente ?
- Speaker #1
Oui, vous dis-je.
- Speaker #3
Et la femme ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #3
Mais qui attendiez-vous ? Excusez mes questions, Madame la Présidente, mais un homme ou une femme ?
- Speaker #1
Au début, personne.
- Speaker #3
Comment cela, personne ?
- Speaker #1
Enfin, l'homme, mais pas avec un passeport de femme.
- Speaker #3
Ah ! Vous attendiez donc l'homme et pas cette femme ?
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #3
Il y a donc usurpation d'identité ?
- Speaker #1
Je dirais plutôt de sexe, concernant une même personne ayant le même nom.
- Speaker #3
Usurpation de sexe. Cela existe, en droit ?
- Speaker #1
Eh bien, nous y voilà, commissaire. Est-ce que le droit d'asile pour les extraterrestres existe ? Il faudrait, je crois, assez vite légiférer sur ces questions.
- Speaker #3
Pardon, mais quel rapport ?
- Speaker #1
Vous avez raison, monsieur le commissaire, je m'égare, pardonnez-moi. Tenez, je vous le rends. Revenons à vos questions précises et rationnelles.
- Speaker #3
Il en va de votre sécurité. Quand avez-vous rencontré cette personne pour la première fois ?
- Speaker #0
La présidente se penche sur son bureau.
- Speaker #1
Merci commissaire de simplifier les choses en parlant de personne. Eh bien c'était il y a un an dans mon bureau.
- Speaker #3
Dans votre bureau ? À la présidence ?
- Speaker #1
Oui, dans mon bureau à l'Elysée. Cette personne a donc dû présenter des papiers d'identité ? Je suppose, en effet. Mais je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais je n'étais pas au contrôle d'identité. Mais présidente de la République française. Oui, désolé. Vous attendiez sa visite ?
- Speaker #0
La présidente, imperturbable et jetant un coup d'œil au docteur par-dessus l'épaule du commissaire...
- Speaker #1
Non, c'était impromptu, inattendu. Une apparition. Avez-vous beaucoup de visites impromptues, d'apparitions ? Jamais, jusqu'à la vôtre très récemment. Certes.
- Speaker #3
Alors pourquoi elle ? Y avait-il un objet précis à sa visite ?
- Speaker #1
Non. Enfin oui. Elle, cette personne venait acheter du silicium.
- Speaker #3
Pardon ? Acheter du silicium ?
- Speaker #1
Oui. Enfin du sable quoi.
- Speaker #3
Du sable ?
- Speaker #1
Oui. Car sur leur planète, ils n'en ont pas. Enfin pas du bon. C'est un secret d'état.
- Speaker #3
D'accord. Acheter du sable car sur leur planète ils n'ont pas le bon.
- Speaker #1
Je savais bien que ça finirait mal. Déjà avec les députés c'était mal parti.
- Speaker #3
Et quand vous dites planète ? Vous pensez...
- Speaker #1
Extraterrestre, tout simplement. Vous voyez que c'est pas si compliqué.
- Speaker #3
Une extraterrestre ? Ce qui expliquerait qu'elle n'a ni papier, ni identité officielle.
- Speaker #1
Ah si ? Mais défaut.
- Speaker #3
Ah ! Voilà, on progresse. C'est donc une extraterrestre avec de faux papiers que nous devons renvoyer chez elle.
- Speaker #1
Oui. Enfin, si son pays veut bien la reprendre.
- Speaker #3
L'extradition va être compliquée.
- Speaker #1
Très. Mais bon, pas besoin d'extradition puisqu'elle, enfin il, va bientôt repartir.
- Speaker #3
Ah bon ? C'est prévu ? Dès qu'elle aura acheté son sable ?
- Speaker #1
Oui. Enfin, non. Car on ne sait pas comment les faire payer.
- Speaker #3
Forcément. Ils n'ont pas d'argent.
- Speaker #1
Ah si. De l'or. Beaucoup. Mais surtout, elle repartira dès qu'elle sera guérie.
- Speaker #3
Guérie ? Ah, parce qu'en plus, elle est malade ?
- Speaker #1
Eh oui, comme vous et moi.
- Speaker #3
Mais je ne suis pas malade.
- Speaker #1
Eh si, et pas qu'un peu.
- Speaker #3
Je vous en prie, restez courtoise, Madame la Présidente.
- Speaker #1
Non, mais ne vous inquiétez pas, moi aussi je suis malade. Mais entre nous, on est beaucoup moins que certains de nos concitoyens.
- Speaker #3
Mais enfin, de quoi parlez-vous ? De quelle maladie ?
- Speaker #1
Le microbe de l'intolérant compulsif.
- Speaker #3
Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Speaker #1
Oui, le microbe du gêneur, du vatanguer, de l'emmerdeur, quoi. Celui qui nous pousse à vouloir imposer nos idées aux autres. Vous devez en voir beaucoup dans votre métier.
- Speaker #3
Et votre visiteuse serait aussi touchée.
- Speaker #1
Contaminée l'an dernier chez nous, la pauvre. Fauchée en pleine force de l'âge. Mais leurs médecins, qui sont au chômage depuis qu'ils ont réussi à soigner toutes les maladies et à rendre les gens immortels, sont sur le coup et devraient nous concocter un antidote rapidement.
- Speaker #3
Ah, car ils ne sont jamais malades et ils sont immortels.
- Speaker #1
En fait, non. Ils ont refusé d'être immortels.
- Speaker #3
Ah bon ? Bon, tout cela se tient parfaitement. Elle vient d'une planète où les gens pourraient être immortels, mais préfèrent mourir.
- Speaker #1
Voilà. C'est pas compliqué. En fait, ils préfèrent mourir, mais ils le savent pas.
- Speaker #3
Quoi ? Ils ne savent pas qu'ils vont mourir ?
- Speaker #1
Si, mais pas quand. Parce qu'ils sont jamais malades. Et alors un jour... Tac !
- Speaker #3
Tac ! Sans prévenir, sans jamais être malade.
- Speaker #1
Sans prévenir, sans jamais être malade. Et donc leurs médecins, disais-je, vont rapidement les soigner avec un antidote ? Et nous avec ?
- Speaker #3
Évidemment.
- Speaker #1
Voilà. Enfin, vous dites « elle » , mais c'est « il » en réalité.
- Speaker #3
Cette femme serait donc en vrai un homme.
- Speaker #0
Toujours dans le dos du commissaire, le docteur s'impatiente.
- Speaker #1
Oui, aussi. En résumé, cet homme est un extraterrestre.
- Speaker #3
Venu pour acheter du sable qui manque sur sa planète.
- Speaker #1
Du silicium, commissaire. Soyons précis. Voilà.
- Speaker #3
Du silicium et ne plus être malade, ne plus être un emmerdeur et l'immortalité, patin couffant.
- Speaker #1
Ça, l'immortalité, c'est réglé. Ils l'ont finalement abandonné. Ne compliquons pas inutilement, monsieur le commissaire. S'il vous plaît.
- Speaker #3
Non, bien sûr. Et donc, nous acheter du sable, à nous.
- Speaker #1
À nous. Je n'ai pas dit qu'ils achetaient notre sable, non. Mais uniquement celui des pays pauvres.
- Speaker #3
Ah, d'accord.
- Speaker #1
Et juste pour conclure et faire simple, monsieur le commissaire, y paierait en liquide.
- Speaker #3
En liquide ? C'est légal, ça ?
- Speaker #1
En hydrogène liquide, oui.
- Speaker #3
Ah bon ? Et pourquoi pas en or ?
- Speaker #1
En hydrogène liquide. Ce qui aurait pour conséquence de régler nos problèmes de pollution et de redonner vie à notre planète.
- Speaker #3
J'allais le dire. Mais ça, c'est bien.
- Speaker #1
Avec pour effet d'enrichir les pays pauvres et de nous appauvrir.
- Speaker #3
Ça, c'est moins bien. Enfin pour nous.
- Speaker #1
Mais commissaire, vous feriez un très bon analyste politique.
- Speaker #3
Je vais y réfléchir, présidente.
- Speaker #1
Donc voilà pour mon témoignage que j'ai voulu le plus clair possible. Je vous ai évité les digressions sur la télépathie, les matériaux révolutionnaires, la supraconductivité ou les ordinateurs télépathiques, l'immortalité et donc les grèves évitées.
- Speaker #3
Les grèves évitées ? Je ne le crois pas.
- Speaker #1
Si, si, les grèves évitées. Ah oui, je sais, c'est la partie la moins crédible de la situation et pourtant, en nous évitant de devenir immortels, il nous épargne les grèves contre l'immortalité.
- Speaker #3
Ah, parce que nous, on serait contre l'immortalité ?
- Speaker #1
Faites un effort, commissaire. Imaginez toutes les personnes qui vivent de notre mort, sans jeu de mots. À commencer par les pompes funèbres, les médecins, les groupes pharmaceutiques, les marchands d'armes, les auteurs de romans, de films, sans parler des marchands de paradis en tout genre qui verraient leurs fonds de commerce disparaître.
- Speaker #3
Je ne m'étais jamais posé la question, mais ça fait peur.
- Speaker #1
Et puis pensez à la défense des acquis. On doit mourir comme nos aïeux. Non, monsieur le commissaire, croyez-moi, j'ai voulu faire simple et facilement compréhensible. Ne me remerciez pas.
- Speaker #3
Merci quand même. J'ai bien fait de venir en personne car je tenais à me présenter et ne pas envoyer un enquêteur. Mais je mets quoi dans mon rapport ?
- Speaker #1
À vous de voir. Soit vous consignez tout ce que je vous ai dit et je crains que vous ne terminiez votre carrière à classer les tickets de vestiaire du gala de la police, soit vous classez sans suite.
- Speaker #3
Sans suite ? Ou sans queue ni tête ?
- Speaker #1
Je vous conseille sans suite. C'est mieux.
- Speaker #3
Merci, Madame la Présidente.
- Speaker #1
Je vous en prie. Inutile de vous conseiller de garder le silence, Monsieur le Commissaire.
- Speaker #3
Inutile, en effet. Dites à votre ami de faire un effort en mettant au moins une photo qui lui ressemble. Celle d'un homme, par exemple.
- Speaker #1
Entendu. Bonne soirée.
- Speaker #2
Bonsoir, Madame la Présidente.
- Speaker #0
Il se retourne et découvre le docteur.
- Speaker #3
Bonsoir, Madame... Bonsoir.
- Speaker #2
Merci Présidente. On se verra demain. Bonne soirée.
- Speaker #1
A demain docteur. Mais avant je voulais savoir, les récents bugs d'internet et les pannes géantes d'électricité, les pandémies dans nos pays, c'était vous ?
- Speaker #2
Ah non, pas les pandémies. Juste les pannes. Des essais. Mais ce qu'on préfère c'est bloquer les systèmes de défense. Cela ne gêne personne et personne n'en parle.
- Speaker #1
Amusant en effet. Juste des essais. Je m'en doute et bonne soirée. À suivre.