Speaker #0une maman de 5 enfants, une étudiante en psycho, une formatrice à l'approche parentale et indienne, mélangez tout ça dans un gros chaudron et vous obtenez un in-and-parenting avec Sophie. Bonjour, je suis Sophie Ménard. Depuis 16 ans, je suis maman. Depuis 6 ans, j'accompagne des parents à travers des ateliers et des formations. Et depuis l'an dernier, je poursuis des études de psychologie, pour aller encore plus loin dans le soutien que je peux apporter aux familles que je rencontre. Être parent est probablement le métier le plus merveilleux et le plus difficile. Et croyez-moi, j'ai exercé des métiers passionnants avant ça dans le conseil et la gestion de projets. Mais aujourd'hui, je me consacre pleinement à ce qui me passionne, la parentalité. Un Ian Parenting avec Sophie, c'est chaque semaine des réflexions sur la parentalité, des idées et des outils pour le quotidien. Et surtout, beaucoup, beaucoup de soutien pour les parents, grands-parents, professionnels qui peuvent se sentir perdus face aux enfants. À la lumière de l'approche Hand in Hand, des dernières découvertes en psychologie et de mon expérience de maman, je te propose de prendre du recul, d'appliquer des outils concrets et de prendre soin de toi. Parce qu'une maman qui va bien, un papa qui va bien, c'est toute une famille qui va bien. Bonne écoute ! Il y a quelques jours... J'ai été invitée à animer un atelier pour des mamans. En arrivant, j'ai le bonheur de découvrir qu'une des mamans a accouché la semaine d'avant et je découvre sa petite fille absolument superbe, d'un calme olympien et d'une zénitude absolue. Sa maman aussi me semble très détendue et je me dis mais quelle chance elle a ! L'atelier avance, on parle surtout de l'outil de partenariat d'écoute. Si tu découvres, tu peux aller voir les épisodes que j'ai sortis sur ce sujet dans mon podcast pour en savoir plus. Et bien sûr, quand je parle de partenariat d'écoute, Je pose toujours la question qui est le thème du tout premier temps d'écoute quand je fais une formation initiale à l'approche parentale indienne, à savoir, et toi, qui est-ce qui t'écoutait vraiment quand tu étais petit ou petite ? Je lance donc cette question pendant l'atelier, plus pour que les mamans y réfléchissent chacune pour elle, mais cette jeune maman, avec son micro-bébé dans les bras, après quelques secondes de réflexion, me regarde fixement et me dit, moi, c'est non. Je ne connais pas, je n'ai pas eu cette écoute. Je lui souris, car je sais que c'est quelque chose que certains enfants ne reçoivent jamais, et c'est une réalisation parfois douloureuse en début de formation. J'ai continué mon atelier, un peu plus tard, j'ai évoqué le fait qu'il y a quelque chose de parfois étonnant dans les pleurs d'un enfant, c'est que quand on lui demande pourquoi il pleure, ou pourquoi il ne se sent pas bien, il peut parfois répondre qu'en fait il ne sait pas. Et là, cette même maman se met à rire en évoquant une anecdote de son enfance. Oh, c'est exactement ce qui arrivait à ma petite sœur, elle faisait ça tout le temps. Elle pleurait, je lui ai demandé pourquoi elle pleurait, elle ne pouvait jamais me répondre. Et comme ça m'énervait, à chaque fois je la tapais. Et là, j'ai une petite lumière rouge qui s'allume dans mon cerveau. C'est une anecdote qui, hors contexte, est complètement anodine. Avec mes cinq enfants, je suis bien placée pour en connaître un rayon sur les énervements dans la fratrie. Et j'ai moi-même un paquet de frères et sœurs. Mais là, il y a quelque chose de différent. Et mon intuition est juste. Un peu plus tard... Enfin, dans la soirée, je parle de l'écoute des pleurs des bébés. Et à quel point ça peut être dur pour nous, parents, sans qu'on puisse toujours mettre le doigt sur pourquoi. Et surtout quand les pleurs des autres enfants ne nous ont jamais vraiment dérangé plus que ça. Et là, toujours cette maman me partage, en regardant ce tout petit bout de petit bébé qui dort paisiblement sur ses genoux. Moi, mes enfants, ils pleurent jamais. Mes petites filles, là, elles ne pleurent pas. Chez nous, dans ma famille, les enfants, ça ne pleure pas, c'est comme ça. En fait, ils ne peuvent pas pleurer. Ils suivent les regarder, ils savent qu'il ne faut pas pleurer. Et là, j'avoue, j'ai la tête qui me tourne un peu. Je reprends mon souffle un peu coupé, j'avoue, et j'explique pourquoi et à quel point on est influencé de façon consciente ou moins consciente par la façon dont nous-mêmes on a été élevés. Et que sortir de certains de ces comportements qui ont été durs pour nous enfants n'a rien d'évident. À ce moment-là, cette maman me regarde avec un air très grave et me dit « T'sais, chez nous, c'était une éducation un peu violente, c'est vrai. Mais t'sais, Sophie, ça marche. » J'ai pris une grande respiration. J'ai ravalé l'émotion qui arrivait et je suis passée à la suite de mon atelier. J'avais pas l'opportunité de proposer tant d'écoutes ce soir-là, le cadre ne s'y prêtait pas. Mais les paroles de cette maman ont résonné très fort en moi. Et dans cet épisode de podcast, je te propose de t'arrêter sur cette éducation un peu violente dont parlait cette maman. Car elle est complexe et ses implications ne sont pas négligeables. Si toi-même tu t'opposes à cette violence contre les enfants, tu as peut-être déjà entendu un adulte te répondre « Ma mère me donnait des fessées, elle avait bien raison, ça aurait été le bazar chez nous sinon » et te sentir mal. Ou peut-être qu'enfant, tu as reçu des coups de la part de tes parents. Ou tu as vu tes parents frapper tes frères et sœurs. Et même si tu étais jeune à l'époque, tu t'es peut-être dit « c'est pas normal » . Et à l'époque, c'était certainement très douloureux pour toi car, évidemment, vu ton âge, il y a de fortes chances que tu te sois senti complètement impuissant. Bref. Pour rappel... La fessine a été interdite en France qu'en 2019. Et encore, ce n'est pas une loi pénale, répressive, c'est une loi avant tout symbolique et éducative. Pour info, en Suède, la même loi est passée en 1979, soit 40 ans plus tôt. Du coup, en France, il n'y a rien d'étonnant à ce que la violence vis-à-vis des enfants soit autant banalisée que les réflexions du type « ça m'a pas tué » soient encore monnaie courante. La semaine dernière, en discutant avec mes enfants qui sont au collège, on parlait de la pression des notes. Pour moi, c'est un problème vraiment endémique, au moins pour deux raisons. D'abord, si tu regardes les classements des pays de l'OCDE, la France se classe dans le dernier tiers des 21 pays considérés. Donc déjà, l'implication au niveau du bien-être à l'école est certainement plutôt négative pour les enfants. Mais là où je me suis sentie encore plus mal, c'est quand mes garçons m'ont raconté que, en cas de mauvaise note, les coups de ceinture à la maison chez leurs potes étaient un grand classique. Honnêtement, on est en 2026 et on en est là ? Dans cet épisode... Je te propose de décortiquer un peu cette violence envers nos enfants, qu'on utilise encore trop, qu'elle soit verbale ou physique. Et surtout, j'aimerais t'offrir quelques pistes, car évidemment, l'un des objectifs qu'on a à Hand in Hand, c'est de rompre ce cycle de violence transgénérationnelle. D'abord, laisse-moi te définir ce qu'on entend en France par « violence » dans le cadre éducatif. On parle généralement de VEO, violence éducative ordinaire. Alors, si comme moi, t'as passé ou passes beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, tu as peut-être beaucoup entendu parler de ce terme. A une époque, je m'étais désabonnée de certains comptes Instagram de parentalité qui tournaient en ridicule la notion de VIE. En argumentant que depuis l'arrivée de ce terme dans les années 2000-2010, je cite, on n'avait plus le droit de rien faire pour éduquer son enfant. J'ai trouvé que c'était vraiment de mauvaise foi, d'autant plus que lorsqu'on regarde les chiffres de la violence éducative en France, ils sont vraiment problématiques. Pour rappel, lutter contre les VIE n'est pas favoriser le règne des enfants rois ni refuser de poser des limites à son enfant. Ça, ça s'appelle un amalgame et un hors-sujet. Sur le sujet des limites, si t'as envie, je t'invite à écouter l'épisode 31 de mon podcast dans lequel j'explique entre autres qu'une limite peut être bienveillante, aimante et même ludique sans rien perdre de son efficacité. Mais reprenons donc. Jusque dans les années 2000, on avait tendance à parler de maltraitance, de violences graves ou d'abus des parents envers leurs enfants, dans les situations de violences extrêmes par enfant. Le souci avec cette terminologie, qui était très forte, c'est que du coup, elle ne concernait pas du tout les violences... plus banal, plus normalisé et plus culturé qui existait dans la majorité des familles. En gros, on pouvait se dire en tant que parent, bon, j'ai donné une fesse à ma fille, mais ça n'a rien à voir avec une situation d'abus, c'était juste une fessée. A juste titre, il y a bien une différence de taille entre une situation d'abus grave et une fessée. Néanmoins, cela ne voudrait pas dire que hurler sous son enfant, l'isoler ou le frapper est ok. Le terme de violence éducative ordinaire a donc permis de nommer toutes ces situations qui se trouvait un peu dans un angle mort, à savoir le fait d'avoir recours à des gestes ou des paroles violentes ou humiliantes, même quand on est parent aimant, sans intention de nuire mais avec des effets délétères. Le mot ordinaire ici est central. Il ne minimise pas la violence, mais il met l'accent sur le fait qu'elle est normalisée. Je pense que la plupart des parents ont tendance à voir la violence comme quelque chose de binaire. Soit on y a recours, soit on n'y a pas recours. Pourtant, la violence est plus complexe et surtout ça s'inscrit sur un continuum. Et une petite dose répétée peut faire... autant de dégâts qu'un choc unique. Je te donne quelques chiffres qui font un peu froid dans le dos, et aussi des exemples de violences éducatives ordinaires. Si on regarde le baromètre de l'enfance de 2024, c'est une étude qui avait été conduite par l'IFOP pour la Fondation de Pôle Enfance, 80% des parents avaient eu recours à une forme de VEE la semaine précédant le sondage. Qu'il s'agisse de donner une gifle, une fessée, ou traiter son enfant d'imbécile ou de bon à rien, le bousculer, l'isoler, le priver de quelque chose ou de le menacer. Reste encore un peu avec moi dans le podcast, même si je sais que ce n'est pas super agréable d'entendre tout ça. Comme tu te doutes, ce terme n'est pas sorti du chapeau magique d'une poignée d'associations de protection de l'enfance, mais vient d'un corpus théorique assez étayé. J'ai très envie de partager les principales théories autour de ce sujet, parce que c'est passionnant et que j'ai la chance de les approfondir en les sens de psycho, et que tu sais, j'aime beaucoup te partager mes connaissances quand je pense que ça aide à comprendre certains aspects de notre vie de parent. Bon, d'abord évidemment je vais te parler de la théorie de l'attachement de Bolby. J'en ai déjà parlé dans mon épisode de podcast précédent, le 39, si tu veux l'écouter. Et c'est une théorie que je décortique depuis 6 ou 7 ans maintenant, mais que je trouve toujours aussi riche. Plus je l'étudie, plus j'apprends de nouvelles choses. Mais passons. Donc dans le contexte des VIO, l'idée centrale à en retenir, c'est que par nature, l'enfant a besoin pour grandir et se construire d'une figure d'attachement sécurisante. Et quand on dit sécurisant, on entend un adulte qui ait des comportements prévisibles, protecteurs et qui soit émotionnellement disponible. Si jamais cette même figure d'attachement a des comportements violents, même légèrement vis-à-vis de l'enfant, alors ça va créer un conflit insoluble pour l'enfant. Genre, j'aime ma maman ou mon papa, mais en même temps, il ou elle me fait super peur. Les VEO vont donc affaiblir ce sentiment de sécurité et perturber la confiance dans la relation. Et si je reprends le cadre de la théorie de l'attachement, ces comportements vont également favoriser des attachements de type insécure ou désorganisé. Et si tu as suivi l'épisode 39 de mon podcast, Peut-être te rappelles-tu que j'ai évoqué ce qu'on appelle les M.I.O. Les modèles internes opérants, qui sont un peu les modèles de relations qu'on se forge d'étant enfant et qui vont guider toute notre vie adulte. Je te laisse donc imaginer le type de M.I.O. par exemple dans la vie de couple que cela peut engendrer quand un enfant a été exposé à des V.I.O. régulières et répétées. Un deuxième cas théorique dont je voudrais te parler est celui de Bandera, que j'ai découvert cette année en psychosocial. Il s'agit de la théorie de l'apprentissage social. Dans mes conférences ou formations, j'ai souvent fait référence à cette théorie en parlant de l'éducation silencieuse. Il s'agit du fait qu'un enfant apprend notamment les conduites sociales par imitation et observation. Et dans les années 60, Mandera, un chercheur canadien, se pose une question toute simple. Comment les enfants apprennent-ils à se comporter ? A l'époque, on pense surtout que les enfants apprennent quand on les punit ou quand on les récompense. Albert Mandera, lui, se pose une autre question. Et s'ils apprenaient surtout... en regardant les adultes. Pour le vérifier, il imagine une expérience très simple. Il invite de jeunes enfants dans une pièce, et dans cette pièce, il y a une grande poupée, une poupée un peu bizarre qui se redresse toute seule quand on la pousse. On l'appelle Bobo. Les enfants s'assoient, ils regardent, et un adulte entre dans la pièce. Dans certains cas, l'adulte joue calmement, il ignore la poupée, rien de spécial. Et dans d'autres cas, l'adulte se met à frapper la poupée. Il la tape, la pousse, la renverse, parfois même il dit des mots agressifs. Les enfants regardent tout ça, On leur dit rien, on leur explique rien, puis l'adulte sort. Ensuite, on laisse les enfants jouer librement avec la poupée. Et là, quelque chose de très frappant se produit. Les enfants qui ont vu l'adulte frapper la poupée font exactement la même chose. Ils tapent la poupée, ils la poussent, ils répètent parfois exactement les mêmes gestes. Parfois les mêmes mots. Les enfants qui n'ont pas vu de violence, eux, ne se mettent pas soudainement à frapper. Bondira va encore plus loin dans son expérience. Parfois, l'adulte qui frappe la poupée, à la fin, est... félicité ou puni ou bien ne reçoit aucune réaction. Pourtant, le résultat reste le même. Les enfants ont appris le comportement même si l'adulte a été puni. Autrement dit, la punition n'empêche pas l'apprentissage. Elle peut juste empêcher l'enfant d'oser le montrer tout de suite. Ce que Bandura comprend alors est fondamental. Les enfants n'apprennent pas seulement ce qu'il faut faire, ils apprennent surtout comment on réagit quand on est en colère, Comment une personne plus forte se comporte ? Ils apprennent par imitation, pas par raisonnement. Quand un adulte frappe pour faire obéir, même une fois, même sans le vouloir, l'enfant n'apprend pas « je ne dois pas taper » , il apprend « quand on est en colère et qu'on a du pouvoir, on peut taper » . Ce n'est pas une question de méchanceté, ce n'est pas une question d'intention, c'est juste comme ça que les enfants apprennent, en regardant, en absorbant et en imitant. Bon, je sais, cette expérience est assez dérangeante, mais elle a le mérite d'expliquer comment les violences se transmettent de façon transgénérationnelle sans avoir à convoquer une méchanceté ou une cruauté quelconque. Pour finir sur la partie un peu théorique, il y a un troisième théoricien dont je voudrais parler et qui nous invite à toujours regarder au-delà du parent seul face à son enfant. C'est la théorie d'un chercheur qui s'appelle Uri Bronfenbrenner. Il disait, un enfant ne se développe jamais dans un tête-à-tête avec ses parents, il se développe dans un ensemble de systèmes qui s'emboîtent. Le premier niveau de ce système, c'est ce qu'on appelle le microsystème. C'est ce que l'enfant vit directement. C'est la relation qu'il a avec ses parents, ses frères et soeurs, à la crèche, à l'école, avec les adultes qui prennent soin de lui. Alors oui, c'est à ce niveau que se produisent les cris, les fessées, mais aussi les câlins, les réparations, la sécurité. Oui, les VO se passent souvent ici, mais ce n'est pas ici qu'elles prennent naissance. Le deuxième niveau, c'est ce qu'on appelle le méso-système. Le méso-système, c'est le lien entre tous les petits microsystèmes qu'on a vus précédemment. Comment la crèche soutient ou non une famille ? Comment les adultes autour se coordonnent, s'entraident ou pas ? Et quand il y a des messages contradictoires, des jugements, peu de dialogues, la pression sur les parents va augmenter. Le troisième niveau, c'est ce qu'on appelle l'exo-système. L'enfant n'y est pas directement, mais ça influence très très fort la vie de ses parents. Par exemple, il va s'agir des conditions de travail. Des horaires un peu impossibles, des précarités financières, des isolements sociaux, des absences de relais, des charges mentales. Donc, comme tu peux imaginer, un parent épuisé dans l'exosystème a beaucoup plus de risques de perdre ses ressources dans le microsystème. Et c'est souvent là que surgissent les VEO. Le quatrième niveau, ça va être le macrosystème. C'est le niveau culturel et social. Les croyances éducatives, les phrases héritées du type « une fessée, ça remet les idées en place et ça n'a jamais fait de mal à personne » . Les normes, les lois, le regard social. très très longtemps, en France notamment, le macrosystème a finalement dit aux parents frapper, c'est éduquer. Et les VO étaient donc culturellement autorisés. Le dernier élément dans le modèle de Brandenburg-Brenner, c'est ce qu'on appelle le chronosystème. C'est le temps. Parce que tout ça, ça évolue. Ce qui était normal il y a 40 ans, ne l'est plus aujourd'hui. Les lois changent. Les connaissances sur le cerveau aussi. Les mentalités également. Et les parents aujourd'hui sont entre deux époques. Ce qu'ils ont reçu et ce qu'on leur demande maintenant. Et ça, c'est un peu lourd à porter. Mais au final, ce que Bronfenbrenner nous permet de comprendre, c'est que quand un parent crie ou frappe, c'est pas seulement un problème de parent, c'est souvent un système qui déborde. La violence négative n'est pas un manque d'amour, une absence de valeur, c'est souvent trop de pression, pas assez de soutien, des modèles hérités ou des ressources insuffisantes. Et j'aime beaucoup ce modèle car il est tout à fait déculpabilisant, sans pour autant retirer la part de responsabilité et de changement possible aux parents. Si je reprends l'exemple de cette maman avec son tout petit bébé en atelier. Ce qui m'a donné le tournier en l'entendant, c'est de prendre conscience de la façon dont tout un système avait contribué à mettre en place ces croyances à elle, ce qu'on appelle ces ethno-parentalités, et qui aujourd'hui enfin sont reconnues comme extrêmement nocives pour nos enfants. Alors voilà, j'en ai fini de mon tour d'horizon un peu théorique, j'en conviens. Mais je crois que c'est important. J'ai entendu trop de critiques face au concept de V.E.O. et je tenais vraiment à te montrer que ça ne sort pas de nulle part, loin sans faux. Passons maintenant aux pistes pour sortir de cette spirale de violence transgénérationnelle. Les trois modèles théoriques que je t'ai présentés sont intéressants car en eux tu peux trouver à la fois la cause des problèmes de violence au sein des familles, mais aussi des clés de résolution de ces mêmes problèmes. Le message principal de cet épisode de podcast, je pense que c'est le suivant. Je pense que tous, parents, on passe à un moment donné ou un autre par une phase où on va se sentir dépassé, où on élève la voix, où on se dit j'ai pas le choix. Je veux que tu saches quelque chose tout de suite. Frapper ton enfant, ça ne fait pas de toi un mauvais parent. C'est pas un manque d'amour de ta part. C'est davantage que tu fais partie d'un système, d'une histoire, d'une culture, et parfois le poids de tout ça te fait agir par fatigue, par colère, par frustration. Quand tu cries contre un enfant, tu peux ressentir un soulagement très court, un moment où tu te sens en contrôle. Mais sans surprise, et tu le sais aussi, quelques minutes après, tu te sens souvent coupable, fatigué, vidé. Et le rôle de parent peut te paraître comme un énorme poids à porter. C'est pas toi. C'est le cycle dans lequel tu as grandi et que tu reproduis, souvent sans t'en rendre compte. Et maintenant, regarde ton enfant. Quand il reçoit cette fessée, ou ce cri, ou cette litanie de reproches sans filtre, son cerveau se met en alerte maximale. Il se sent petit, impuissant, déstabilisé. Tout ce que tu espérais, qu'il comprenne la sonde, qu'il se calme, qu'il fasse mieux, ne va pas se passer. Son cerveau est en mode survie. Il apprend juste une chose. Celui qui m'aime peut me faire peur. Je ne contrôle rien. Avec le temps, ce cycle peut devenir automatique. Plus l'enfant réagit, plus tu réagis. Et plus il perd confiance, devient agité ou agressif. Et toi, tu es encore plus épuisé, coincé, perdu dans la frustration. C'est ce qu'on appelle le cycle transgénérationnel de la violence. Mais maintenant, imagine une autre voie. Une voie où tu reprends le pouvoir vrai. Celui qui n'est fait pas peur, mais qui reconnecte. Voilà comment ça peut se passer. D'abord, à chaque fois que tu t'emportes contre ton enfant, rien, je dis bien rien, ne t'empêche de revenir vers lui et de lui demander pardon. Ma vie de maman a littéralement changé le jour où je me suis autorisée à demander pardon à mes enfants, quand clairement j'avais poussé le bouchon un peu loin. Je suis incapable de le faire à chaud, mais souvent le soir, après un épisode houleux, où je m'énerve pour une raison de maison en bazar ou une énième convocation au collège, le lendemain, au petit-déjeuner, je vais voir mon enfant pour lui demander pardon. Je ne me justifie jamais, genre « excuse-moi, mais là, vraiment ? » Ça, je pense que ça reviendrait à tuer toute la démarche que je suis en train de faire. Mais juste dire pardon. J'aurais pas dû m'énerver comme ça. J'aurais aimé faire autrement. Ça fait un bien fou pour restaurer le lien. Et je témoigne qu'en rien, cela n'affecte mon image de parent à leurs yeux. Bien au contraire. Ensuite, n'hésite pas à poser des limites, claires et le plus tôt possible, avant que ton stock de patience ait totalement disparu. Je parle souvent de mon stock de patience à mes enfants, notamment lorsque je suis à la bourre pour faire le dîner et que mes deux derniers décident de lancer pile poil à ce moment-là un championnat de lancée de balles rebondissantes dans la cuisine autour de moi. Là, je redis les règles avant que ça ne dégénère à mes yeux. Ça évite bien des crises et des énervements. Avec des ados, je crois que je pourrais faire un épisode de podcast rien que pour ça. Les choses sont plus subtiles. Il y aura certainement des remises de pendules à l'heure à faire quand les limites que vous aurez actées ensemble auront été dépassées. Un peu trop souvent. Ouais, c'est une bonne idée ça. Je vais faire un épisode sur le sujet, voire toute une série tellement le sujet est vaste. Faut juste que je réfléchisse bien, car clairement je suis en plein dedans et j'ai beaucoup de choses à apprendre encore. Si tu te trouves dans une situation un peu compliquée avec ton enfant, je ne conseille pas nécessairement de tout de suite mettre en place des limites dans tous les sens. Il y a une autre stratégie, très très contre-intuitive. mais qui fonctionne admirablement bien. Elle consiste à injecter une grosse dose de connexion à ton enfant à travers des temps particuliers. Un de mes enfants, qui en soi n'a pas vraiment de difficultés scolaires, était clairement en train de se désintéresser de l'école. Sa seule motivation pour y aller semblait être de pouvoir y retrouver ses potes. Alors en soi c'est chouette les copains, mais c'est assez léger pour la motivation quand tu vois le travail à fournir au collège. J'ai donc pris une approche assez radicale et tous les soirs, pendant 10 jours, je suis venue passer entre 1h et 1h30 dans sa chambre après le dîner. Sans... plan vraiment particulier, même si lui avait décidé d'utiliser ces moments-là pour se remettre au carré sur ses devoirs. Il y a eu des épisodes douloureux, notamment quand il me demandait de lui expliquer ses leçons, ou qu'il désespérait du fait que les profs ne l'aimaient pas et que je lui proposais une autre façon de voir les choses, et que ça ne lui plaisait pas trop. Mais l'un dans l'autre, cette série de soirées assez intense a eu un mérite incroyable, celle de nous ressouder et de nous reconnecter, et de nous rendre beaucoup plus complices et proches. Dans les moments de forte intensité émotionnelle, ton écoute sera... Plus important que tout, rappelle-toi que ton enfant n'est pas toujours en mesure de raisonner dans ces moments-là. Tout ce que tu diras va sans doute entrer par une oreille et sortir par l'autre. C'est donc avant tout ta posture, ton écoute, ta façon de lui montrer que tu crois en lui qui fera une différence. Tu sais, à Rennes-Linane, on appelle ces moments-là des moments de rester écouté. Ils sont compliqués et nos voisins doivent sans doute imaginer que chez nous c'est un peu un asile de fous, mais les bénéfices sont absolument immenses. Encore une fois, n'hésite pas à écouter un épisode dans lequel je raconte trois anecdotes de rester écouté avec mes enfants, c'est l'épisode 26. Enfin, dernier conseil que je peux te donner, si tu me connais tu peux déjà le deviner, c'est de travailler cette relation que tu as au VEO en partenariat d'écoute. Comprendre que notre façon d'agir vis-à-vis de nos enfants ne relève pas d'une cruauté particulière, mais souvent d'automatisme, de loyauté inconsciente à nos parents ou d'une normalisation de la violence dans notre société, demande un sacré travail sur soi. Et rompre le cycle des violences transgénérationnelles demande du courage, une bonne dose d'autocompassion. Et surtout la capacité à reconnaître que nos propres parents ont fait de leur mieux avec leurs outils, mais que notre génération, elle, a d'autres outils à explorer. Je t'invite à aller faire un tour sur mon site internet, d'ailleurs si tu veux approfondir ce travail, tu trouveras des infos sur les prochaines formations en ligne que je propose, notamment pour se lancer dans le partenariat d'écoute. Sur ce, prends soin de toi, prends soin de ta famille, et à bientôt pour un prochain épisode.