Speaker #0Une maman de 5 enfants, une étudiante en psycho, une formatrice à l'approche parentale et indienne, mélangez tout ça dans un gros chaudron et vous obtenez un in-and-parenting avec Sophie. Bonjour, je suis toujours Sophie Ménard et je suis ravie de te proposer ce nouvel épisode de podcast. Quand j'étais jeune maman, je me rappelle de l'incident de mes fils. qui me disait toujours quand je le récupérais en fin de journée que la journée s'était merveilleusement bien passée. Il faut savoir qu'à l'époque j'habitais en Écosse et que dans ce beau pays, il est extrêmement rare que les instits donnent un retour négatif sur ton enfant même si celui-ci a été d'humeur exécrable toute la journée. L'expérience m'a depuis démontré que les choses sont bien différentes en France et qu'il est moins rare dans notre beau pays de passer le... portail de l'école relativement déprimé après avoir eu le récit à la précision parfois chirurgicale des comportements inadéquats de son enfant à l'école. Mais je m'égare. Donc, en Écosse, les profs ont souvent l'habitude de voir le côté à moitié plein du verre. Ce qui en soi est fort satisfaisant pour les parents mais qui moi me laissait avec une question latente. Pourquoi si les choses se passaient aussi bien à l'école, et je pense sincèrement sauf à de rares exceptions que c'était le cas pour mon fils, l'arrivée à la maison, la soirée qui s'en suivait, voire les week-ends entiers, pouvait être cauchemardesque. Je me rappellerai toujours d'un de mes fils qui pendant quelques semaines à sa rentrée en CP retournait littéralement le canapé du salon avec une fureur bien palpable à chaque retour d'école, ce qui me laissait complètement démunie. Un ange à l'école, un vrai diable à la maison. À cela... s'ajoutait une pression sociale phénoménale de la part de notre entourage. Avec des commentaires du type « Avec moi ça se passe bien, je comprends pas, il est super mignon ton fils. Vois, c'est juste avec sa mère qu'il est comme ça. » Sous-entendu, il fait des « caprices » juste avec sa mère, c'est sa faute, elle a qu'à mieux l'élever. Que j'ai détesté entendre les commentaires de ce type, que ce soit ceux qui s'adressaient à moi, ou que j'ai entendu en mode ragot sur d'autres parents. Mais quelle injustice ! Dans cet épisode, on va parler de ces moments parfois déroutants qui font que nous avons parfois l'impression que nos enfants sont un peu bipolaires. Bon alors attention à mon abus de langage ici. Depuis que j'ai appris réellement ce que c'était le trouble bipolaire en psychopathologie, je préfère l'éviter. Mais tu vois l'idée. Pourquoi notre enfant passe-t-il aussi facilement d'un extrême à l'autre en fonction de son environnement ? J'ai envie, dans cet épisode, de te donner quelques clés de compréhension pour distinguer ce qui est alarmant de ce qui est plutôt normal et sain. puis également te permettre de mieux accompagner ton enfant, mi-ange, mi-démon au quotidien, quel que soit l'environnement dans lequel il évolue. D'abord, pourquoi ce comportement ? Les psychologues parlent souvent de variabilité situationnelle du comportement. Cela revient simplement à dire que les enfants, qui sont de vrais animaux sociaux comme nous tous, apprennent très tôt à adapter leur comportement aux règles sociales et aux personnes avec qui ils se sentent en sécurité. J'étais déjà parlé d'un grand spécialiste canadien de l'agressivité chez l'enfant, qui s'appelle Richard Tremblay. Dans les années 80, il a commencé à observer des milliers d'enfants. Non pas à l'adolescence, comme cela se faisait dans les recherches à l'époque, mais dès la petite enfance. Et il a découvert quelque chose de surprenant. Les enfants n'apprennent pas à devenir agressifs, en fonction du contexte et de leur environnement. Ils apprennent à ne plus l'être. Entre 2 et 4 ans, Taper ou mordre est fréquent, mais en parallèle, il commence aussi à développer leurs premières compétences prosociales, partager, aider, attendre son tour. Tremblay résumait souvent cela ainsi. L'agression physique est un comportement normal du jeune enfant, et elle disparaît au fur et à mesure que l'enfant apprend à coopérer et à interagir socialement. Ce n'est donc que progressivement que les enfants vont remplacer des comportements d'agression par des stratégies sociales. Et ce développement va dépendre notamment de la maturation du cerveau, des apprentissages sociaux, de l'acquisition du langage ou de la régulation émotionnelle. Or, cette régulation émotionnelle est encore très immature pendant l'enfance. Pour info, celle-ci est liée en partie au cortex préfrontal, qui permet d'inhiber les impulsions, de réfléchir avant d'agir ou de réguler ses émotions. Et celui-ci continue à se développer jusqu'à environ 25 ans. Mais... Pourquoi ce relâchement a-t-il lieu spécialement à la maison et avec les parents ? Je pense qu'on peut trouver plusieurs raisons à ça. D'abord, le fait qu'en fin de journée, l'enfant est juste fatigué, par toutes les ressources qu'il a mobilisées pendant plusieurs heures, dans un contexte de collectivité souvent bruyant, avec des frustrations à gérer et des émotions à ravaler. Ensuite, il faut garder en tête qu'à l'école ou à la crèche, les règles et les normes sociales sont très explicites, respectées à la fois par les autres enfants et les adultes. J'ai toujours en mémoire le visage si particulier de mon petit dernier, qui en petite classe de maternelle, semblait me dire en me disant au revoir le matin, j'y vais, je vais être courageux mais j'ai peur. Et le jour où il est arrivé en classe avec un déguisement de petit chevalier pour le carnaval, je me suis dit que la métaphore ne pouvait pas être plus parfaite pour lui. Enfin, quand l'enfant arrive à la maison, il ressent un sentiment de sécurité en général beaucoup plus fort. C'est à ce moment-là qu'il peut enfin relâcher la pression. Après avoir fait de son mieux pour réguler ses émotions en autonomie quasi totale à l'école, se dire qu'il va enfin pouvoir crier sa frustration, ses angoisses, tous ses malheurs, et que quelqu'un sera là pour accueillir tout ça, c'est une occasion trop belle pour la louper. Ton enfant ne te réserve pas exprès ses moments de pétage de plomb. C'est juste qu'il est incapable de se retenir une seconde de plus et qu'il faut que ça sorte. Alors attention, il n'y a rien d'inéluctable dans ce comportement. Pas besoin de te dire que ta vie va être ruinée entre 16h30 et 20h30 jusqu'aux 25 ans de ton enfant. En réalité, on sait aujourd'hui quels sont les facteurs qui favorisent une bonne régulation des émotions chez l'enfant. Et comment passer de ce qu'on appelle une hétéro-régulation, dans laquelle c'est le parent qui aide l'enfant à traverser ses émotions, à une auto-régulation, dans laquelle l'enfant acquiert les moyens de réguler ses émotions avec une plus grande autonomie. D'abord, on sait qu'un style parental trop strict ne va pas... pas être aidant pour que l'enfant acquière une bonne capacité d'autorégulation de ses émotions. Dans une étude allemande publiée en 2023 dans le Early Childhood Education Journal, des chercheuses de l'université de Oldenburg et de Berlin ont suivi 442 enfants de la maternelle jusqu'à l'école primaire pour comprendre comment le style parental influence le comportement des enfants. Elles ont observé que lorsque les parents adoptent un style très strict, contrôlant et peu chaleureux, les enfants ont plus de difficultés à apprendre et à gérer leurs propres émotions, ce qui se traduit par plus de comportements impulsifs et agressifs même à l'école. A l'inverse, un style parental chaleureux et moins rigide est associé à une meilleure capacité des enfants à réguler leurs émotions et à moins de problèmes d'agressivité au fil du temps. C'est une découverte importante parce qu'elle montre que ce n'est pas seulement les règles qui comptent, mais aussi la qualité de la relation émotionnelle. que les parents offrent à leurs enfants. Bon, cette étude est une bonne nouvelle car elle va dans le même sens que ce que l'on prône depuis des années en psychologie du développement et que l'on appelle du nom barbare d'éducation démocratique. A savoir, une éducation ni trop rigide, ni trop laxiste. Et en parlant d'éducation trop laxiste, je suis tombée sur l'étude d'une équipe portugaise que je voulais te partager et qui montre les méfaits d'une éducation cette fois-ci trop laxiste. Et oui, écoutez son enfant avec... empathie sans jamais lui fournir un cadre et des règles sécurisantes, eh bien ça marche pas fort non plus pour booster ses capacités d'autorégulation. Dans une étude publiée en septembre 2024 dans la revue International Criminology, deux chercheuses de l'université de Porto au Portugal ont analysé comment différents styles éducatifs sont associés au comportement des adolescents portugais. Elles ont utilisé des questionnaires auprès de 472 ados de 12 à 15 ans. pour mesurer le style parental perçu, démocratique, autoritaire ou permissif, et le niveau de self-control ou maîtrise de soi. Les résultats montrent que, même si un style parental permissif, beaucoup de chaleur mais peu de limites claires, n'est pas automatiquement associé à plus de comportements agressifs visibles, il est positivement lié à un faible niveau de maîtrise de soi chez les enfants, un facteur connu pour favoriser les comportements impulsifs ou difficiles à gérer. En clair, selon ces chercheuses, un parent très empathique, mais qui ne pose ni cadre, ni structure, ni attente claire, risque de laisser l'enfant moins entraîné à contrôler ses réactions intenses, ce qui peut se traduire par plus de difficultés à réguler ses émotions et ses impulsions à long terme, même si à la base, l'intention est bonne. Bon, alors, si tu m'as suivi, tu dois te rendre compte qu'être parent, finalement, c'est vraiment avancer sur une ligne de crête, sans tomber sur du... trop laxiste ou du trop street. Bon, promis, c'est la dernière étude maintenant dont je te parle dans ce podcast. Un élément qui clairement influe aussi le niveau d'agressivité des enfants à la maison, c'est tout simplement le niveau d'agressivité des parents entre eux. Et oui, nos enfants sont des éponges. Et une étude américaine sortie en 2025 par des chercheurs de l'université de Kentucky et d'Auburn le démontre clairement. Ils ont cette fois suivi des enfants de 6 à 12 ans et montré que des tensions ou de l'agressivité persistante entre les adultes du foyer peuvent influencer la façon dont les enfants gèrent leurs émotions et expriment leur frustration. Autrement dit, quand l'ambiance familiale est stressante, les enfants peuvent manifester des comportements difficiles. Non pas parce qu'ils sont mauvais, mais parce qu'ils reproduisent ce qu'ils observent dans leurs relations quotidiennes. Bon. Avec toutes ces infos, on fait quoi ? On estime en France qu'une maman sur trois se sent dépassée par son rôle de mère, et dit manquer de soutien. Bah, pas compliqué. Il faut que tu sois ni trop autoritaire, ni trop laxiste, puis arrête de te prendre la tête avec ton conjoint devant ton enfant, et tout ira bien. Hum, je ne sais pas si en soi c'est plus aidant que ça dans les moments durs du quotidien. Même si, connaître la théorie, c'est pas mal en fait. Pour rendre les choses simples, voilà ce que je te dirais. D'abord, un enfant calme à l'école et petit diable à la maison n'a pas forcément une double personnalité. Mais cela révèle bien souvent une différence de contexte et une difficulté à réguler ses émotions qui peut tout à fait être normale suivant son âge. Ensuite, je pense que c'est une bonne idée de changer le script qu'on a en tête quand notre enfant est vraiment compliqué avec nous. Non. Il ne fait pas un caprice. C'est juste qu'il a enfin retrouvé un lieu sûr et sécurisé avec notre présence. Et là, il peut enfin se libérer de son trop-plein émotionnel. Ce n'est pas évident de tenir ce rôle, mais ça en dit beaucoup sur la relation qui t'unit toi et ton enfant. Alors rien que pour ça, moi je dis bravo. Si tu trouves en revanche que ça fait trop, la première chose à faire, c'est de t'offrir plus de soutien. D'avoir autour de toi des gens à qui tu peux en parler. loin des oreilles de ton enfant. À Hand in Hand, on a un outil vraiment aidant pour ça. C'est le partenariat d'écoute. Il permet de façon régulière d'échanger gratuitement avec une autre maman, sans jugement, sans recevoir de conseils, et tout en se sentant légitime dans ton rôle de parent. Tu peux en apprendre plus en écoutant mes épisodes de podcast 10, 11, 12, 13, 14. Oui, tu peux les écouter à l'enfilade, je connais beaucoup de parents qui font ça. Régulièrement, je propose aussi des formations en ligne en soirée et en petit groupe de parents alors viens faire un tour sur mon site internet www.indianparentingavecsofie.com tu y retrouveras tous les détails tu remarqueras que en recevant du soutien toi-même alors il y a plein de choses qui peuvent se passer tu peux retrouver confiance en ta capacité d'être parent et te rappeler que tu es le meilleur parent possible pour ton enfant quels que soient tes doutes quand tu reçois du soutien Tu deviens aussi plus flexible dans ta façon d'être avec ton enfant au quotidien et plus facilement tu peux avancer sur cette ligne de crête dont je te parlais plus tôt, entre une parentalité trop rigide et une parentalité trop laxiste. Et enfin, si toi tu es soutenu, alors tu peux commencer à mieux soutenir ton enfant et à pouvoir mieux accompagner ses moments de pétage de plomb. Mieux tu l'accompagneras dans ses moments de fragilité, plus il apprendra de fil en aiguille à développer ses capacités d'autorégulation. Il y a un mot que j'aime beaucoup en anglais. C'est le mot attunement. En français, on le traduit souvent par accordage. C'est notre capacité à nous accorder au niveau émotionnel de notre enfant. J'aime beaucoup cette référence à la musique. Alors je te souhaite de jouer une partition harmonieuse avec ton enfant, où chaque note, même les dissonances, participent à créer une mélodie unique et pleine de sens pour ton enfant et toi. A bientôt pour un prochain épisode. Et en attendant... Prends bien soin de toi.