- Speaker #0
Aujourd'hui, il faut prendre en compte toutes les parties prenantes et la dimension territoriale est essentielle dans notre métier. En 2035, il y aura 40% du gaz qui sera du gaz de la Bébacar. Il y a toujours cette question de s'intéresser à la culture du territoire et à la culture de l'énergie dans le territoire. l'élément le plus important.
- Speaker #1
Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Les G-Watch,
- Speaker #0
et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique.
- Speaker #1
Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Adrien Ausha, directeur affaires publiques et territoire chez France Gaz. On va parler d'une filière souvent caricaturée, mais qui bouge vite, et qui est un acteur de la décarbonation avec un grand D. Avant France Gaz, Adrien, tu as navigué entre industrie, organisation professionnelle comme France Industrie, le MEDEF, et même tu as travaillé aux relations avec le Parlement. On va parler mix énergétique, territoire, fabrique de la loi et d'un métier d'affaires publiques très ingénierie de terrain. Salut Adrien !
- Speaker #0
Salut Pierre !
- Speaker #1
Est-ce que tu vas ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
Non, rien à ajouter.
- Speaker #1
On va parler de ton parcours, du fil rouge de ton parcours. Est-ce que tu peux nous expliquer cet enchaînement d'expériences ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Moi, j'ai commencé ma carrière dans une entreprise industrielle européenne qui était centrée sur des solutions pour la sobriété énergétique. J'ai commencé dans cette filiale française d'un grand groupe européen et qui avait cette particularité d'avoir un site de production au cœur de la France, au cœur de l'Auvergne, un beau site de production. donc plusieurs hectares, plusieurs centaines de salariés. Et ce site de production, il avait la particularité d'être placé sur un ancien bassin minier. Et quand tu arrivais sur le site de production, tu avais un grand chevalement. Le chevalement dans les mines, c'est ce qui permettait aux mineurs d'accéder à la mine. C'est une grande structure en fer. Et ce chevalement était resté là, à côté de ce site de production, donc étranger, européen, qui produisait des solutions pour là. transition énergétique et ça m'a marqué et ça m'a vraiment montré que oui, c'est possible d'industrialiser en pensant à la transition au cœur de la France. Et donc après, ça a guidé mon parcours. Je suis parti effectivement travailler dans les organisations professionnelles pour l'industrie, l'industrie du futur, travailler pour les entreprises en France et donc l'emploi en France, parce que défendre les entreprises, c'est défendre l'emploi en France et jusqu'à aujourd'hui, du coup, chez France Gaz.
- Speaker #1
Tu as répété plusieurs fois en France.
- Speaker #0
En France, ça veut dire tout simplement produire en France. Moi, je l'ai dit. Ce qui m'a marqué à la suite de cette expérience dans cette filiale française d'un groupe européen, c'est d'abord, moi, j'y suis rentré plutôt sur la RSE initialement, stricto sensu. Dans la RSE, il y a tout ce qui touche au volet de l'entreprise citoyenne, celle qui est ancrée dans les territoires, celle qui s'investit dans les territoires. Ça, c'est très important. Et puis, la logique de la production. C'est assez marrant parce que quand on... pense à l'industrie aujourd'hui, il peut y avoir dans les consciences collectives un rapport assez passionné, voire ambivalent à l'industrie. Tantôt, on a un regard assez romantique sur l'industrie. Et tantôt, quand on essaye de réindustrialiser, de proposer des projets, il peut y avoir des freins, il peut y avoir des craintes. Et moi, cette expérience vécue m'a montré que c'était essentiel d'industrialiser. C'est un peu en train de changer. Il y a eu un sondage qui montrait lors de la semaine d'industrie à l'automne dernier qu'il y a 80% des Français qui pensent que l'industrie est essentielle pour l'économie et même 82% des Français qui pensent que l'industrie est essentielle pour la transition énergétique. Ça, c'est plutôt positif parce qu'à un moment donné, on évoquait souvent une société sans usine. Je pense qu'après mon vécu, une société sans usine, c'est au mieux une utopie. Au pire, c'est un désastre économique pour le pays.
- Speaker #1
Donc là, tu parles de ton rapport au site industriel sur le territoire minier que tu as pu côtoyer. Tu parles de produire en France. Est-ce que c'est quelque chose qui t'a guidé tout au long de ton parcours ? Comment tu peux décrire tes expériences précédentes en entreprise, en relation avec le Parlement ?
- Speaker #0
Oui, effectivement, ça m'a guidé tout au long de mon parcours parce que l'entreprise dans laquelle je travaillais, elle était très investie sur le territoire. et donc parfois quand on a... gros site de production, c'est lui qui irrigue le bassin d'emploi, c'est lui aussi qui irrigue aussi les compétences, comment il faut flécher les compétences d'un territoire. Et donc aussi, ça forme aussi une forme de culture du territoire. Et puis, quand j'étais dans les diverses organisations professionnelles et même encore aujourd'hui, surtout aujourd'hui même, j'ai été toujours en lien avec les antennes régionales, territoriales, des organisations professionnelles auxquelles j'appartenais. Parce qu'aujourd'hui, on voit bien que les territoires, ils prennent... place importante dans la fabrication des politiques publiques.
- Speaker #1
Alors justement, dans la fabrication des politiques publiques, tu as été dans plusieurs types de structures. Qu'est-ce que tu as appris sur la fabrique de la loi ? Qu'est-ce que tu peux nous transmettre ?
- Speaker #0
Oui, fabrique de la loi, ce qui est assez marquant, c'est que la décision, elle se décentralise depuis quelques années, elle se partage, elle est en concertation.
- Speaker #1
Tu le constates, ça, une décentralisation ?
- Speaker #0
Alors, décentralisation, moi, c'était plutôt un principe que l'action institutionnelle, je veux dire, c'est que la décentralisation dans le sens où la décision devient de plus en plus partagée et il y a de plus en plus de consultations. Maintenant, la décentralisation au sens, est-ce que les collectivités territoriales prennent part aussi à la confection des politiques publiques ? Oui, je le constate tous les jours. Ça, c'est sûr. Mais ce que je voulais dire plutôt dans mon propos, c'est qu'aujourd'hui, tu as des acteurs, tu as des parties prenantes qui participent à la prise de la décision publique. C'est le cas, par exemple, des instances comme le Conseil économique, social et environnemental. des hauts commissariats, des think tanks. C'est aussi le cas des citoyens qui se mobilisent. On voit de plus en plus de textes, notamment de propositions de loi, sur un sujet bien précis, vécu de façon quotidienne avec des citoyens. Tu vois, tu as l'exemple du grand débat. Le grand débat, juste avant le Covid, a été un moment de discussion entre différentes parties prenantes, des ONG, des citoyens, des représentants d'un pays. intérêts, les pouvoirs publics, à un moment assez fort, et ça participe aussi à la confection d'une décision publique. Pour répondre à ta question très directement, moi, dans mon métier tous les jours, en fait, quelque part, ça nous oblige aussi à ouvrir le champ des possibles en tant qu'organisation, être à l'écoute des réalités du terrain, être à l'écoute pragmatique des élus locaux, des entrepreneurs dans les territoires, voilà. des associations.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu portes justement comme message à ces entrepreneurs de territoire ? Ça me permet de faire une petite transition vers le sujet de gaz et décarbonation. Qu'est-ce que tu amènes dans le débat public ? Est-ce que tu essaies de corriger d'ailleurs des idées ? On a tous des idées reçues sur l'énergie. C'est un sujet qui est hyper débattu, quel que soit notre niveau de compétence, d'ailleurs sur le niveau d'infos qu'on a.
- Speaker #0
Ce qu'il faut pour moi, c'est que je sois, de la même façon que tes organisations, assez ouvert dans ma démarche. Aujourd'hui... au vu de ce que je viens de te dire sur le partage de la fabrication de la décision publique. Il faut être capable de discuter avec différents acteurs. Donc, il faut confronter ces idées aussi, ces propositions avec différents acteurs. Après, ce qu'on amène, il y a l'économie réelle avec des projets, gaz renouvelable dans les territoires, les infrastructures gazières. Tout ça, c'est des projets de territoire pour lesquels il faut être en lien avec à la fois les entrepreneurs, les élus, puis aussi la population.
- Speaker #1
Alors justement, dans la mise en place de ces solutions, comment ça se passe concrètement, toi, dans ton métier à ce niveau-là ? Est-ce que tu vas, d'une part, essayer de parler aux parlementaires pour ouvrir des nouveaux champs des possibles dans la loi, et en même temps aller sur le terrain pour ouvrir des opportunités d'usines ou que sais-je ? Comment ça se passe ?
- Speaker #0
Alors moi aujourd'hui, le gaz c'est à la fois parler parlementaire, parler aussi aux collectivités territoriales, parler à d'autres secteurs économiques qui sont tout simplement nos clients, d'autres secteurs avec qui on travaille, c'est vrai par exemple de la branche agricole sur la méthanisation. Et moi, donc, mon quotidien, il est assez varié, puisqu'en fait, déjà dans l'énergie, déjà aux confins de différents secteurs, de différents... sujet, un champ de politique publique extrêmement large. Et puis là, on est aussi autour d'acteurs entre nos clients et ceux avec qui nous travaillons pour produire des gaz, des gaz volables, des gaz bas carbone, des gaz liquides, de l'hydrogène. Eh bien, on est aussi sur des acteurs extrêmement variés. Je vais te prendre un exemple parce que ça va au-delà de ma simple personne. Nous, on a des antennes en région et on a eu notre antenne région Grand Est. qui a signé un manifeste avec des acteurs de la métallurgie, le MEDEF Grand Est, les grandes branches industrielles, etc. Des acteurs qui comptent, puisque l'industrie compte beaucoup en Grand Est, c'est à peu près 20% de l'emploi industriel en Grand Est. Et donc, il y a eu un manifeste commun pour essayer de décarboner l'industrie, faire partager les bonnes pratiques et avoir un suivi assidu pour décarboner l'industrie. Voilà, ça c'est des exemples d'opérations. il y a entre eux et la filière gazière et d'autres secteurs afin de viser la décarbonation 2050 parce que c'est quand même un peu l'objectif.
- Speaker #1
Donc ça vous l'avez accompagné concrètement ? Non,
- Speaker #0
on est co-signataires d'une charte en région avec d'autres secteurs pour partager les bons exemples, les bonnes pratiques et favoriser le renforcement des liens entre les différents secteurs pour décarboner l'industrie.
- Speaker #1
Super clair. Du coup, au niveau de la décarbonation, justement, est-ce qu'il y a des dossiers, des amendements dont tu veux parler ? Là, par exemple, j'ai vu que dans le PLF, il y a eu une discussion sur une hausse de taxes sur le gaz. Est-ce que tu peux en parler ? Comment est-ce que ça vous impacte ?
- Speaker #0
Oui, totalement. Alors, ça impacte d'abord nos clients, en fait. Le gaz, c'est… 11 millions de foyers, 600 000 entreprises, clients. Aujourd'hui, le gaz en France, c'est le cinquième pays où il est le plus taxé en Europe. En ce qui concerne les foyers, t'as une explosion de la précarité énergétique. T'as 85% des Français qui disent qu'ils ont des difficultés sur la précarité énergétique et il y a eu une augmentation de 20% des impayés en 2024, il faut s'en mettre ici. Et ce n'est pas en augmentant les taxes sur le gaz pour ceux qui n'ont pas forcément d'autres solutions énergétiques qu'ils vont arriver à mieux se décarboner. Tu vois, tu as à peu près la plupart des logements sociaux, par exemple, qui sont chauffés au gaz. Les logements sociaux, c'est du locatif. Eux, ils ne peuvent pas forcément changer de solution énergétique facilement. Donc, finalement, ce seraient les pénalisés, ces gens-là qui ne peuvent pas forcément changer de solution.
- Speaker #1
Donc, ce sera l'État de supporter ce coup-là ? Comment est-ce qu'il pourrait... En temps de cette hausse, c'est parce qu'on importe le gaz qui coûte plus cher, donc c'est l'État qui doit faire bouclier ? Ou est-ce qu'il y a d'autres propositions ?
- Speaker #0
J'ai parlé des ménages, c'est aussi valable pour les entreprises, parce que c'était aussi elles qui se confrontaient à la compétitivité. Pour répondre à ta question, d'abord, le gaz qu'on importe, en fait, aujourd'hui, dans la filière gazière, tu as un peu deux jambes. La première, c'est comment est-ce qu'on assure les approvisionnements en gaz ? Et ça, c'est vrai pour la France, mais c'est vrai aussi pour l'Europe. Il faut savoir que nos infrastructures gazières, aujourd'hui, elles servent à importer non seulement le gaz en France, mais aussi pour une partie du gaz européen. Ce qu'il faut, c'est surtout verdir le gaz, en fait. C'est surtout ça la solution. Ce qu'il faut, c'est donc développer les gaz renouvelables, développer les gaz bas carbone, parce que c'est comme ça qu'on arrivera à décarboner, aujourd'hui, les molécules. Aujourd'hui, on a à peu près 5% du gaz qu'on consomme qui est un gaz renouvelable. Là, cet objectif avec la PPE, il va considérablement augmenter. On a plus de 1500 projets pour favoriser, pour développer la méthanisation.
- Speaker #1
La PPE, c'est pardon ?
- Speaker #0
La programmation pluriannuelle de l'énergie. Et donc aujourd'hui, la réponse, c'est surtout de verdir les molécules et pas forcément de pénaliser ceux qui n'ont pas forcément d'autres solutions.
- Speaker #1
Comment on fait pour verdir les molécules ? Moi qui ne suis pas technique ni dans le milieu, est-ce que vous avez des propositions ? Comment ça marche ?
- Speaker #0
Pour verdir les molécules, aujourd'hui, on a un procédé de fabrication des gaz renouvelables qui s'appelle la méthanisation. Donc, la méthanisation, aujourd'hui, c'est on va récupérer des déchets agricoles, d'élevage, qui ne sont pas valorisés, qui sont dans les territoires. Et une fois qu'on les a récupérés, on va les valoriser en refaisant un procédé naturel de fabrication de gaz microbiologique. Et il en sort deux coproduits. D'une part, du digesta. Donc ça, c'est la boue, en fait, qui va rester à la fin du process naturel.
- Speaker #1
On peut l'utiliser, ça ?
- Speaker #0
Et ça, on peut l'utiliser, évidemment. Et c'est même l'intérêt pour l'agriculture, parce qu'en fait, ça constitue un engrais naturel pour le monde agricole, qui peut être utilisé ensuite pour l'agriculture. Et puis, on y va en sortir, donc, du biométhane, qui est en fait un biogaz qui va être épuré et qui va être odorisé. Et cette molécule de biométhane, c'est du CH4, c'est-à-dire c'est vraiment une molécule de gaz qui est la même que celle qu'on connaît et qui peut être tout de suite injectée dans le réseau. Et l'avantage de cette molécule, c'est qu'il ne faut pas changer d'infrastructure. On l'injecte dans le réseau et c'est une molécule telle qu'on la connaît, ce qui permet aujourd'hui d'avoir une accélération grandissante de la décarbonation puisque dès lors qu'on injecte du biométhane dans les réseaux, on décarbone.
- Speaker #1
Alors justement, c'est intéressant, on en parlait lors de l'entretien préalable à cet enregistrement, tu me disais que ce n'est pas juste une histoire d'énergie, mais qu'il y a une économie circulaire agricole, même du partage de la valeur, c'est ça que tu décris là ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Déjà, le digesta peut être réutilisé, je l'ai dit, pour l'agriculture. Il peut y avoir aussi différents modèles de méthanisation, la méthanisation agricole, ce qui parle aussi aux... aux agriculteurs de diversifier leur activité. Et puis, il faut savoir que nous, on a réalisé une étude qui montre que la chaîne de valeur aujourd'hui des gaz renouvelables, des entreprises des gaz renouvelables, c'est une chaîne de valeur essentiellement française, 85% de la valeur ajoutée qui revient dans les territoires, t'as un peu plus de, entre 30 et 40% des entreprises des gaz renouvelables qui sont dans des communes de moins de 10 000 habitants. Voilà, donc quand on parle de territoire, ça c'est des données assez concrètes, puisque c'est effectivement un modèle qui s'inscrit au cœur des territoires. Je ne sais pas si je réponds à...
- Speaker #1
Oui, tu réponds complètement à la question. Tu mets beaucoup en avance ce que ça apporte aux territoires. Est-ce qu'il y a aussi des moments de friction ? Est-ce qu'il y a des choses qui bloquent ?
- Speaker #0
Alors... De façon générale, la méthanisation des gaz renouvelables se développe assez rapidement, il y a une vraie dynamique. Maintenant, comme dans tout projet, il y a des questions d'acceptabilité. Qu'est-ce qui est soulevé ? C'est quoi les objections les plus fréquentes ? En fait, aujourd'hui, la méthanisation est assez installée, il y a une réglementation qui est bien définie. Comme dans tout projet, il y a des questions souvent, mais dans toutes les études qui sont réalisées, finalement. Les riverains, quand ils connaissent les tenants et les aboutissants de la modernisation, ne sont pas opposés à cette technologie.
- Speaker #1
Donc c'est comme dans le touchy un peu que vous faites ?
- Speaker #0
Oui, en fait, il faut partir du territoire. Que veut le territoire ? Que veulent les habitants ? Quel type de territoire ? Est-ce qu'il y a de l'industrie ? Est-ce qu'il y a un territoire agricole ? Est-ce que c'est un territoire urbanisé ? Il y a toujours cette question de s'intéresser à la culture du territoire et à la culture de l'énergie dans le territoire. Ça, c'est toujours l'élément le plus important.
- Speaker #1
Et du coup, tu travailles directement avec les agriculteurs ? Comment ça se passe ?
- Speaker #0
Alors, moi, je vais travailler avec des associations issues du monde agricole, un peu moins directement avec des agriculteurs en tant que tel. Je n'installe pas des projets, mais il peut m'arriver de visiter des méthanisations, bien sûr, parfois des méthanisations agricoles. Voilà un peu ce qu'il en est du quotidien. Mais c'est vrai que dans mon quotidien, moi, je travaille aujourd'hui avec un scope très, très diversifié. Parce qu'un jour, je vais travailler avec des agriculteurs, avec des organisations du monde agricole sur l'enjeu de la méthanisation. D'autres fois, avec des entreprises, des gaz renouvelables, des entreprises innovantes qui travaillent sur des nouveaux procédés de fabrication du gaz. Il y a les grands énergéticiens. Il n'y a pas de journée qui se ressemble.
- Speaker #1
Là, pour que je puisse vraiment me rendre compte des interlocuteurs à qui tu parles, est-ce que tu aurais une répartition de combien de pourcents de temps tu passes avec des parlementaires, des assos locales ? Tu as une idée de ça ou pas ?
- Speaker #0
Non, honnêtement. Ça change tous les jours. Je discute autant avec des parlementaires qu'avec des locaux. Ça change, c'est très, très variable. Par contre, je peux discuter avec aussi nos antennes dans les régions, puisque nous, on a des antennes France Gaz en région. Et là, ça constitue aussi des interlocuteurs clés de relations aussi parfois avec les territoires. Donc, tout aussi se processe au sein de la filière.
- Speaker #1
Alors, il y a beaucoup de process, il y a beaucoup d'ingénierie. Il se trouve que tu n'es pas ingénieur. Comment est-ce que tu fais pour pouvoir être légitime dans cette discussion, pour apporter des propositions ?
- Speaker #0
Alors, effectivement, je ne suis pas ingénieur, mais la filière gazière, c'est un monde d'ingénieurs.
- Speaker #1
Est-ce que déjà, toi, tu as eu une montée en compétences qui était difficile ? Est-ce que tu t'es passionné par le sujet ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Alors, je pense qu'il y a deux choses. En fait, déjà, pour peut-être te rendre compte un peu, chez nous, on est à peu près une trentaine chez France Gaz. Et l'essentiel des collaborateurs, c'est des ingénieurs. parce qu'on a un bureau de normalisation, un bureau de certification. On est une demi-douzaine à peu près sur l'advocatie et au sein même de l'advocatie, il y a encore une majorité d'ingénieurs. Donc effectivement, il faut être capable de monter en généralité sur des sujets technico-juridiques. Ça, c'est mon enjeu. Je te confirme que c'est toujours un challenge. En même temps, il faut être capable d'identifier aussi les frontières de son propre champ de compétences parce qu'il faut avoir conscience du fait que quand on pourra maîtriser certains sujets, du fait de notre formation qui n'est pas ingénieure, on va en avoir conscience. On ne pourra jamais être totalement au fait des dernières technologies. Donc, il faut s'appuyer sur les ingénieurs. Après, moi, tu me poses la question personnellement, c'est quelque chose qui, pour le coup, a aussi guidé mon parcours, de la même façon que mon parcours a été guidé par les enjeux sur l'industrie. On ne peut pas être guidé par les enjeux industriels si on n'est pas un peu guidé par cette relation qu'il peut y avoir entre science du politique, avec un grand S d'une part, et ingénierie d'autre part. C'est aussi ce qui m'a amené à travailler. sur l'industrie du futur autrefois, etc.
- Speaker #1
Si tu le veux bien, on va passer à la séquence vrai-faux. Donc je vais t'énoncer trois phrases de manière assez lapidaire. Tu peux répondre par vrai ou faux et évidemment développer si tu le souhaites. La première phrase que je te soumets, c'est le gaz est incompatible avec la décarbonation.
- Speaker #0
Eh bien, c'est faux. On aura besoin de molécules bas carbone et décarbonées pour venir assurer un mix équilibré. Il faudra plusieurs solutions, plusieurs énergies pour arriver à la neutralité carbone en 2050.
- Speaker #1
La deuxième phrase, c'est le gaz renouvelable, c'est marginal, donc ça ne change rien.
- Speaker #0
Eh bien non, parce que d'abord, le gaz renouvelable, il sera de plus en plus important. En 2035, pour te donner une idée, il y aura 40% du gaz qu'on consommera qui sera du gaz renouvelable et bas carbone. Donc voilà, on est la filière qui... se décarbonons à une dynamique extrêmement rapide.
- Speaker #1
Et la dernière phrase, en affaires publiques, la maîtrise du process parlementaire compte plus que le relationnel.
- Speaker #0
Vrai et faux, vrouf, non. Le process parlementaire, il est essentiel, parce que, en fait, c'est celui qui te permet vraiment de comprendre à quel moment il faut intervenir, à quel moment tu dois proposer un amendement, comment le rédiger, etc. Après, on reste un métier de contact. Et voilà, on en a parlé. Moi, dans mon métier, tous les jours, je suis amené à rencontrer des jeunes gens de la police innovante, des énergéticiens, des personnalités issues du monde agricole. Donc, si on n'aime pas le contact et le réseau, c'est difficile de faire ce métier de mon point de vue.
- Speaker #1
On va passer à la conclusion de cet épisode, Adrien. Avant de parler de transmission, est-ce que tu pourrais nous donner comme conseil, est-ce qu'il y a un sujet que tu voulais développer ici que tu n'as pas encore eu le temps d'exprimer ?
- Speaker #0
Peut-être rappeler quand même que France Gaz, c'est l'ensemble des gaz combustibles, gaz naturels, gaz renouvelables, gaz liquides, on n'en a pas parlé, mais c'est des gaz pour les organisations, les personnes, les ménages qui sont éloignés des réseaux. Voilà, le butane propane. Et enfin, l'hydrogène. Et en fait, c'est... ensemble de grandes familles de molécules, eh bien, on en aura besoin demain. C'est une super filière avec plus de 200 000 collaborateurs au total et qui est extrêmement dynamique.
- Speaker #1
C'est quelle part du mix énergétique à peu près ?
- Speaker #0
Alors, le gaz représente 20% de la consommation finale d'énergie en France, mais 20%, c'est tout au long de l'année. En hiver, on double ce chiffre et tu vois, en début d'année, en janvier, tu te rappelles quand il y avait plein de neige sur tous les toits ? Là, il y a même une journée, on a atteint l'équivalent de 114 réacteurs nucléaires d'appel de puissance en gaz. Je schématise.
- Speaker #1
Je ne me rends pas compte à quoi ça correspond.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on a 57 réacteurs nucléaires en France.
- Speaker #1
D'accord, ok.
- Speaker #0
Donc, pour répondre à la pointe de cet épisode des jeux, il a fallu consommer beaucoup de gaz, parce que le gaz a quand même cet avantage d'être une énergie stockable.
- Speaker #1
On va passer à la conclusion, Adrien. Est-ce que tu peux nous donner un conseil, quelque chose que tu aurais aimé savoir en commençant en affaires publiques ?
- Speaker #0
Il y a deux choses. Je pense qu'autrefois, je t'aurais dit de travailler sur le droit parlementaire, parce que nous, on n'avait pas forcément des formations. Maintenant, aujourd'hui, je sais qu'il y a des formations qui te préparent vraiment, de façon à approfondir le droit parlementaire. Donc, mon expérience vécue n'est pas forcément celle des jeunes actifs qui arrivent sur le marché. Maintenant, mon conseil à un jeune qui rentre sur le marché, ce serait n'oublie pas les territoires. N'oublie pas les collectivités territoriales, n'oublie pas ce qui se passe. Aujourd'hui, il faut prendre en compte toutes les parties prenantes et la dimension territoriale, elle est essentielle dans notre métier.
- Speaker #1
Merci Adrien. Pour terminer, pour conclure, est-ce que tu aurais une recommandation culturelle que tu voudrais nous partager ?
- Speaker #0
Écoute, une recommandation culturelle sur la prise de décision publique. Moi, il y a toujours eu cette BD et ce film que j'ai apprécié, qui est connu parce que maintenant la politique est rentrée dans la pop culture, qui s'appelle Quai d'Orsay. Je trouve que c'est une façon à la fois humoristique et en même temps assez réaliste d'écrire un narratif autour de la politique publique.
- Speaker #1
Merci beaucoup Adrien.
- Speaker #0
Merci à toi Pierre.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté MSI, je m'appelle Pierre, je suis le cofondateur de Légit Watch, la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire.