- Speaker #0
Le nombre de logements en résidence-service saignant a été multiplié par 2,5 entre 2017 et 2024. Par rester dans l'attente peut-être un peu béate d'un grand texte de loi qui va tout solutionner, c'est souvent une accumulation de petites actions qui font la différence. La silver economy, c'est une nouvelle forme d'habiter ensemble.
- Speaker #1
Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch,
- Speaker #0
et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique.
- Speaker #1
Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Aurélien Bordet. Aurélien, tu es délégué général à la fédération Cilbita, qui regroupe les principaux exploitants de résidences seniors. Avec toi, on va parler de transition démographique, logement des personnes âgées, mais aussi fabrique de la loi. Comment on fait avancer un sujet dont tout le monde parle, sans qu'une grande loi sur le vieillissement n'arrive jamais ? Salut Aurélien !
- Speaker #0
Salut Pierre ! Ravi, merci pour ton invitation, je suis ravi d'être avec vous pour représenter aujourd'hui Civita. Je suis fraîchement devenu délégué général. Civita, c'est la principale fédération de résidences-services seniors. On rassemble à peu près 50% des résidences seniors, ce qui représente 60% des logements sur le marché. Les résidences seniors, c'est un marché naissant, qui est né il y a environ 20 ans. Aujourd'hui, on a 1350 résidences partout en France. C'est un modèle qui émerge et sans doute un modèle d'avenir alors que la transition démographique se profile. Alors, qu'est-ce qu'une résidence-service senior ? Moi, je connais les EHPAD. Alors ouais, les EHPAD, c'est sans doute le visage le plus connu du logement regroupé pour seniors. Ce sont des résidences médicalisées et c'est là la principale différence avec une résidence senior puisque une résidence senior n'emploie pas de personnel soignant. On habite dans un appartement et non dans une chambre. Et puis surtout, en rez-de-chaussée, on a des espaces communs qui sont très vastes, jusqu'à 800 000 m² avec un restaurant, un salon de bibliothèque, une salle de sport, parfois une piscine. On a beaucoup d'activités d'animation qui favorisent la prévention de la perte d'autonomie. Et donc, les résidences-services seniors ne s'adressent pas à des personnes dépendantes, mais à un public de personnes autonomes. Alors, plus âgés qu'on ne le pense en général, puisqu'on entre en résidence senior à l'âge de 82 ans en moyenne. On s'adresse à un public de seniors autonomes qui veut vieillir chez soi, mais entouré. Est-ce qu'il y a un âge minimum ? Est-ce que moi, je peux rentrer en résidence-services seniors ? Il n'y a pas d'âge minimum. On ne peut pas faire de discrimination liée à l'âge. Mais on écrit dans les règlements de COPO. La propriété concerne des personnes retraitées. Il nous arrive aussi d'accueillir des personnes qui sont fragilisées, qui sont plus jeunes, qui ont connu par exemple un AVC ou un accident de la vie qui les empêche d'être parfaitement autonomes dans leur vie quotidienne. Mais voilà, on accueille en majorité des retraités.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous parler de ton rôle au sein de Cibita ? À quoi ressemble ton quotidien si tu en as un ?
- Speaker #0
Oui, alors c'est un rôle qui est assez varié. On est une jeune fédération, on s'est créé en 2024. On est issu de la réunion de deux fédérations. le secteur était vraiment éclaté entre eux. deux organisations professionnelles. Et donc, on se structure.
- Speaker #1
Pardon, il y avait deux organisations professionnelles. Vous, vous êtes arrivé en tant que fédération pour finalement faire le lien ?
- Speaker #0
Oui, exactement. Alors, le secteur des résidences seniors est encore jeune. Comme je le disais tout à l'heure, il est né il y a une vingtaine d'années, ce qui, en fait, à l'échelle du temps politique, est assez jeune. Et donc, le secteur a été éclaté en deux organisations professionnelles qu'on a travaillées à rassembler. Donc, il y a eu un gros travail politique de lobbying plutôt interne pour... Faire se parler les principaux exploitants de résidence senior et puis les convaincre de parler d'une seule et même voix. C'est ce qu'on a réussi à faire à travers Civita, qui est née tout récemment, en 2024-2025. Tu me posais la question de savoir comment s'organisait une journée type de délégué général. Je te répondrais, comme tu peux en doute, il n'y a pas de journée type. On doit savoir un peu tout faire. Ça peut aller de la rédaction d'un communiqué de presse à la mise à jour du site, en passant par l'organisation d'un rendez-vous avec le cabinet. du ou de la ministre. C'est assez varié, c'est ce qui fait la richesse de ce rôle. Je pense que tout commence par une bonne veille. C'est un peu l'objet de l'IGI Watch que tu connais bien, Pierre. Mais voilà, il faut être en réaction par rapport à l'actualité. Ça, c'est la première mission. Donc, on va sans doute parler de ce qui se passe aujourd'hui dans le secteur du grand âge, ce plan grand âge qui arrive, qui sera annoncé le 12 février. Encore plus récemment, un projet de loi sur le logement qui a été annoncé par le ministre du Logement vendredi dernier. Tout ça, c'est des éléments sur lesquels il faut évidemment être en réaction, voir ce... à quoi on adhère, sur lesquels on est moins d'accord, réagir tout de suite par un courrier ministre, par une demande de rendez-vous. Et puis après, il ne faut pas être seulement dans la réaction, il faut aussi être proactif, voir loin. Et c'est pour ça qu'il faut avoir à la fois des combats immédiats, des quick wins, et aussi des combats de plus long terme qui nécessiteront des évolutions législatives ou réglementaires, mais qui sont peut-être un peu plus dures à obtenir. Et ça, ça s'obtient par un travail d'influence d'un plus long galène qui nécessite de faire appel à des relais dans la presse. des tribunes, de planter des graines qui germeront peut-être parfois plusieurs années plus tard. C'est un peu ce qu'on a constaté dans le domaine du logement senior. Pendant longtemps, les pouvoirs publics ont une logique assez binaire. D'une part, l'aide à domicile qui vient au soutien des personnes qui vivent dans leur domicile historique, donc leur appartement, leur pavillon de banlieue. Et puis l'EHPAD dont on parlait tout à l'heure, qui est financé en partie par l'assurance maladie, en partie par les départements, et en partie par les familles et les résidents eux-mêmes.
- Speaker #1
Est-ce que du coup les résidents seniors, c'est un nouveau dispositif ? Exactement ça. Depuis quand ?
- Speaker #0
C'est un nouveau dispositif et on a réussi à faire germer... des pouvoirs publics l'idée qu'il y avait quelque chose qui se passait entre le domicile historique et l'EHPAD qui était une forme de maintien à domicile, une forme de maintien à domicile particulière dans un habitat regroupé donc vieilli chez soi dans son appartement, les résidences sont chez eux mais ils sont regroupés donc il y a du lien social, il y a des activités qui leur permettent de se retrouver en rez-de-chaussée ils peuvent prendre leur repas, prendre l'apéro, jouer aux cartes, il y a des ateliers et donc cette nouvelle forme de maintien à domicile elle est assez récente. Je crois qu'on peut dire qu'elle est liée aussi à une spécificité française, qui est ce qu'on appelle la loi de 2002-2002. C'est la loi du 2 janvier 2002 qui a dit ce qui était médicalisé et ce qui ne l'était pas. Et donc nous, on a pu se glisser dans cette interstice et développer un nouveau produit qui est la résidence service senior.
- Speaker #1
J'avais noté que tu travailles dans ce qu'on appelle maintenant la silver economy. Donc on est dans une société qui est vieillissante. Est-ce que ça vous laisse potentiellement de la marge ? pour trouver des nouvelles manières d'accueillir les gens, d'innover quelque part ? Est-ce que vous avez une offre de services que vous pouvez encore élargir ?
- Speaker #0
Alors c'est intéressant que tu parles de Silver Economy, puisqu'on était à la fois très en avance et très en retard dans ce domaine. Silver Economy, il y a une connotation anglo-saxonne, donc c'est quelque chose qu'on a importé en France, qui ne s'est pas développé spontanément.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça veut dire exactement Silver Economy ?
- Speaker #0
Alors silver economy, silver, donc argenté, ça fait référence à l'économie des cheveux argentés, donc l'économie des personnes âgées. C'est un terme qu'on a importé en France, qu'on a tenté d'institutionnaliser dès 2013-2014 avec la signature d'un contrat de filière qui avait été voulu par Arnaud Montebourg et Michel Delonnet. C'était la grande époque de la réindustrialisation de la France, donc il y a plusieurs filières stratégiques qui avaient été identifiées. Et donc la silver economy a commencé dès ces mai, d'abord avec une approche très technologique. Beaucoup intéressés à la prévention des chutes, aux dispositifs de détection de ces chutes, aux applications mobiles qui permettaient de communiquer avec la famille. Donc voilà, une approche assez techno, assez start-up, qui est évidemment très très utile. On s'est aperçu que beaucoup de start-up faisaient la même chose, beaucoup ont disparu aujourd'hui, et on oubliait peut-être une autre facette, qui est peut-être moins moderne, moins technologique, mais qui était les nouvelles formes d'habiter. Il y a eu les résidences service senior. qui ont commencé à se développer à partir des années 2000 sous leur génération actuelle, avec des résidents locataires d'une part et des investisseurs qui acquièrent les murs d'autre part. Et puis, plus récemment, il y a eu toute une myriade de formes d'habitat partagé qui ont essaimé et qui ont été consacrées par la loi ELA en 2019 à travers l'habitat inclusif. Encore plus récemment, le co-living senior, la silver economy, c'est aussi les nouvelles formes d'habiter ensemble.
- Speaker #1
Et alors, pour faire le lien avec ton parcours, qu'est-ce qui t'a attiré dans ce secteur ? Tu me disais que ça fait maintenant plus de 10 ans Tu travailles... dans cette silver economy, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, ça fait 12 ans maintenant. Moi, j'ai fait Sciences Po, un master affaires publiques, c'est-à-dire santé et protection sociale. J'ai toujours été intéressé à la fois par les métiers de l'influence et puis par ce domaine de la santé au sens large. J'ai plutôt démarré ma carrière dans le domaine du secteur public et de la santé avec des grands projets de retour à l'équilibre pour des hôpitaux, de restructuration, de centres hospitaliers et universitaires. J'avais également travaillé en 2012-2014 sur le plan stratégique de la Caisse des dépôts. J'étais plutôt dans une approche conseil et très secteur public santé. Et puis j'ai rencontré en 2014 une personne qui s'appelle Luc Broussy, qui avait commis un rapport interministériel sur l'adaptation de la société au vieillissement, qui a d'ailleurs en grande partie nourri la dernière grande loi qu'on a eue dans notre domaine, la loi d'adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015. On a décidé de travailler ensemble, j'ai travaillé avec lui pendant quelques années, et puis j'ai rejoint un grand groupe de résidence service senior. Donc voilà comment j'en suis arrivé à travailler dans le secteur du vieillissement. Aujourd'hui, c'est un secteur que je n'ai pas du tout envie de quitter, en tout cas pas tout de suite, parce qu'il va se passer de grandes choses.
- Speaker #1
Pour parler de la loi, justement, quand tu dis qu'il va se passer de grandes choses, est-ce qu'il y a des dossiers que vous attendez, des enjeux pour 2026 ? Donc, tu peux parler ?
- Speaker #0
Oui, alors les politiques de l'âge sont, de notre point de vue en tout cas, souvent le parent pauvre des politiques publiques, sans doute en grande partie parce qu'on n'a pas vraiment de financement. Les lois liées à la dépendance ont été annoncées. dès le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il y a un nombre incalculable de rapports qui ont été produits sur ce sujet. La loi grand âge qu'on attend est sans cesse repoussée par manque de financement public, sans doute aussi parce que c'est un sujet qui est tabou. A la fois, pour la population en général, personne n'a envie de parler de son propre vieillissement. Paradoxalement, on est plus focalisé aujourd'hui sur la fin de vie, c'est-à-dire sur les dernières années, voire les dernières semaines de la vie, plutôt que sur les dernières années de la vie. C'est ce sur quoi on travaille. à travers les résidences service senior. C'est tabou et c'est tabou aussi pour le législateur, pour ceux qui font la loi, puisque eux-mêmes sont, quand ils parlent de vieillissement, obligés de penser à leur vieux jour. Il y a sans doute un impensé autour de ça. Personne n'a vraiment envie de l'aborder frontalement. Et puis le dernier point, les financements, le côté tabou de ce sujet. Et le troisième point, à mon avis, qui est un point de blocage, c'est que le sujet est très vaste. Si on voulait vraiment avoir un grand texte sur l'adaptation de la société au vieillissement, il faudrait parler de logement évidemment mais aussi de... de financement des soins, de télémédecine, de mobilité, de politique de la ville. C'est très interministériel comme sujet, c'est immense. On ne sait pas forcément par quel côté prendre le sujet. Alors tu m'interrogeais tout à l'heure sur la façon dont étaient financées les résidences seniors. C'est un produit qui est relativement récent, mais qui s'est développé de manière extrêmement vite. Le nombre de logements résidences-services seniors a été multiplié par 2,5 entre 2017 et 2024. À un moment où on ne développait plus d'EHPAD, et où le nombre de résidences autonomiques, qui sont un peu l'équivalent social des résidences seniors, a stagné, voire régressé. Et tout ça, c'est fait uniquement grâce à l'initiative privée. Donc les gens qui habitent en résidence-service senior autofinancent leur séjour, il n'y a pas de financement de la collectivité. Il y a une infime partie des résidents qui perçoivent ce qu'on appelle l'allocation personnalisée d'autonomie qui est versée par les départements. Aujourd'hui, chez les adhérents de Civita, ça représente moins de 15% des résidents. C'est un modèle qui est auto-financé, qui ne pèse pas sur les finances publiques, en particulier sur les finances des départements, qui sont les chefs de file de la politique de l'âge et dont les finances sont soumises à rude épreuve. C'est pour ça qu'on pense que notre produit a encore de belles années devant lui.
- Speaker #1
Super clair. Tu parlais justement potentiellement d'une loi sur le vieillissement et que ça implique beaucoup de choses différentes et que c'est difficile de savoir par où commencer. Est-ce que vous, chez Cipita, vous avez un angle d'attaque ou... ou une urgence que vous voulez mettre en avant ?
- Speaker #0
Oui, alors le contexte dans lequel on est, c'est effectivement probablement à court terme pas de grand texte de loi sur le vieillissement. Donc ça implique deux choses. La première, c'est identifier tous les aspects qui peuvent être réglés par voie réglementaire, c'est-à-dire l'arrêté, le décret, en lien avec les ministères notamment. Tous les ajustements, les petits réglages qui peuvent être faits par voie réglementaire. Ça, c'est le premier point. Comme on se le disait, il n'y aura probablement à très court terme, pas de... grand texte de loi sur le vieillissement. On a un plan avantage qui doit être annoncé très prochainement, à l'heure où on se parle, d'ici une quinzaine de jours. On est en contact avec le cabinet de la ministre chargée de l'autonomie pour essayer de faire passer nos propositions. C'est le côté réaction à l'actu dont je te parlais. Et puis, à un moment où, probablement, le Parlement est englué dans son incapacité à dégager des majorités, à un moment aussi où... On est focalisé sur une présidentielle qui va probablement démarrer là ici, après les municipales à la rentrée. Le temps politique ne sera pas celui de la loi. Donc nous, on va se focaliser sur tous les ajustements, tous les petits réglages qu'on peut obtenir par la voie réglementaire. On a toute une série de propositions à faire. Je ne sais pas si l'objet ici, c'est de rentrer dans le détail,
- Speaker #1
mais je serais ravi de parler. Quand tu parles de voie réglementaire, ça se concrétise comment ? Est-ce que c'est le Parlement ? Est-ce que c'est des décrets ?
- Speaker #0
Alors le Parlement, lui, va s'occuper de la loi, donc c'est la voie législative. Et puis le règlement, il peut prendre des formes assez variées. Ça peut être un décret, ça peut être un arrêté, ça peut être une circulaire. Et donc ce sont plutôt des textes qui sont des normes, mais qui sont prises par les ministères, voire par les administrations qui dépendent de ces ministères. Nous, on a pas mal de sujets. On privilégie plutôt les sujets qui ne coûtent pas d'argent. Tu connais la situation de nos finances publiques. Évidemment, on aurait des propositions à faire, ne serait-ce que pour remettre sur un sur un pied d'égalité, toutes les formes d'habitat saignant, puisque selon l'endroit où tu habites, tu n'as pas les mêmes droits. Je pense qu'en démocratie, chacun devrait avoir le libre choix et les mêmes droits, quel que soit l'endroit où il habite. Donc voilà, nous, on va se focaliser plutôt sur des sujets réglementaires, comme tu le disais. Je te prends un exemple, il y a des règles d'urbanisme, on parle beaucoup de simplification, c'est une mesure qui ne coûte pas d'argent. Il y a beaucoup de règles d'urbanisme qui sont décidées au niveau local, à travers les plans locaux d'urbanisme, qui finalement freinent le développement du logement des seniors, tout simplement parce qu'elles sont prévues pour des immeubles d'habitation classiques, mais pas pour des résidences seniors, pas pour des résidences étudiantes.
- Speaker #1
Une autorisation spéciale ou un aménagement spécial ?
- Speaker #0
Absolument, il faut obtenir une dérogation auprès de la commune, ce qui est généralement assez difficile à obtenir. Tout ce qu'on demande, c'est un cadre dérogatoire. Je reçois beaucoup de personnes qui travaillent dans des FD, dans l'affaire publique, etc.
- Speaker #1
et ils me parlent souvent de leur cheval de bataille qui est la simplification ou la clarification. Est-ce que c'est votre cas ? Est-ce qu'il y a des choses qui devraient être simplifiées ? Peut-être dans un autre sens, clarifiées, pour vous permettre d'avoir plus d'opportunités, de vous développer plus facilement ?
- Speaker #0
Oui, alors les sujets auxquels on est confrontés sont souvent liés au fait que, encore une fois, on a un produit qui est assez jeune, qui est assez nouveau, et les réglementations qui nous sont applicables n'ont pas été prévues pour nous. ou alors elles nous embarquent alors qu'elles ne sont pas prévues pour nous. Je pense à des règles de sécurité incendie qui ont été prévues pour les anciens logements foyers qu'on appelle aujourd'hui des résidences autonomies et qui datent des années 60. Je vais rentrer trop dans le détail, mais les règles d'évacuation en cas d'incendie ne sont pas les mêmes dans ces immeubles des années 60 que dans nos immeubles qui sont des immeubles neufs.
- Speaker #1
Et ça, ça vous bloque complètement ?
- Speaker #0
Ça, par exemple, ça nous empêche de nous développer dans les grandes villes puisque parfois on n'a pas la possibilité de construire au-delà du sixième étage. Nous, construire des immeubles qui dépassent cette hauteur, ça nous permet souvent d'abaisser les loyers finaux pour les seniors. Ça, c'est un premier point. Autre exemple qui va peut-être te faire sourire, on a des règles d'urbanisme qui prévoient, pour n'importe quel immeuble, y compris pour les résidences seniors, de construire des locaux vélo, des locaux poussettes, parfois jusqu'à deux places de parking par logement, alors qu'on sait bien que les résidences seniors, même si certains conduisent encore, beaucoup ont... ont changé leurs habitudes en matière de mobilité. Et puis, les résidences proposent des solutions de mobilité alternatives avec une navette, avec du transport accompagné. Puis pour les locaux de poussette, je ne te fais pas de dessin, mais ça ne concerne probablement pas la population senior. Donc voilà, on demande des aménagements sur ces sujets-là. Et puis, le troisième point, on parle aussi beaucoup aujourd'hui d'Airbnb, de la politique à la fois nationale sur les sujets d'EVA, fiscalité des revenus des investisseurs, et puis aussi au niveau local avec les autorisations administratives. de louer un meublé touristique. On a beaucoup de normes qui sont vouées à éviter le développement tous azimuts du meublé touristique, mais aujourd'hui qui nous embarquent, nos résidences seniors et les résidences gérées en général, et qui parfois freinent notre développement ou la bonne exploitation de nos résidences. Donc on a un gros travail de pédagogie, c'est peut-être là aussi un point important à souligner, à faire auprès des pouvoirs publics, en les sensibilisant au fait que, parfois, quand on écrit une règle qu'elle n'est pas rédigée de façon suffisamment fine ou précise, il peut y avoir des effets collatéraux.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux parler d'un exemple de texte réglementaire sur lequel vous avez pu avoir un impact ?
- Speaker #0
La grande victoire qui me reste en tête, pour le coup, ce n'est pas une victoire réglementaire. On l'a obtenue dans le cadre de cette loi d'adaptation de la société au vieillissement dont je te parlais tout à l'heure. C'est une loi qui a été promulguée en 2015 et on a réussi à obtenir pas tout à fait une reconnaissance des résidences-services seniors, mais en tout cas une définition des résidences-services Merci. dans une loi consacrée au vieillissement. Donc nous, on souhaite aller encore plus loin, et je vais t'en dire deux mots si tu veux bien, mais voilà, c'était un premier pas, première reconnaissance. Et pour nous, c'est important, parce qu'on va pouvoir ensuite décliner tout un certain nombre de règles qui permettra de mieux prendre en compte notre modèle dans l'architecture législative. Et donc aujourd'hui, on souhaite aller encore plus loin en reconnaissant à la fois ce qu'est une résidence-service senior et ce qu'est son objet intrinsèque, qui est de prévenir la perte d'autonomie. d'exploitants de résidences-services seniors qui ont ce qu'on appelle un service autonomie à domicile intégré. C'est un service qui est autorisé par le département et qui permet de prester des services auprès des publics fragiles ainsi que des prestations d'assistance. Donc tout simplement, tu as ta montre connectée, déclenche une alerte en cas de chute dans un appartement, l'accueil est prévenu, il peut intervenir. Ce sont des services qui nous semblent élémentaires, qui nous semblent de nature à favoriser la sécurité des résidents. Rassurer les familles, aujourd'hui c'est ce qu'on appelle une prestation d'assistance et pour pouvoir le faire, il faut avoir cette autorisation SAD, SAD pour Service Autonomie à Domicile. Aujourd'hui, il y a un certain nombre de départements qui nous refusent cette autorisation, qui pourtant depuis cette loi ASV de 2015 est réputée automatique. Ils nous la refusent au motif que nos services autonomie à domicile risquent de déstabiliser le tissu local ou alors que le territoire est suffisamment doté. Aujourd'hui, pour nous, c'est un vrai problème parce que ça ne nous permet pas d'accomplir entièrement notre mission de prévention auprès des résidents qui habitent dans nos résidences. C'est un sujet qui est vraiment lié à cette reconnaissance des résidences seniors et de leur mission. Un autre exemple qui, lui, est réglementaire, purement réglementaire, il concerne la liste des services non individualisables. Alors, ça va être un peu technique, mais c'est la liste des services dont on peut partager le coût entre tous les résidents. Donc, c'est les services de base qu'on peut prester dans une résidence service senior. Donc, il y a un décret qui date de 2016 qui fait la liste de ces services. Et ça, c'est un bon exemple. Tu parlais tout à l'heure de fabrique de la loi et de fabrique de la norme. C'est un décret dont la rédaction a été confiée, non pas au ministère ou à l'administration chargée des questions d'autonomie, mais au ministère du Logement. parce que la résidence-service, elle est définie dans le Code de la construction et de l'habitation. Or, le ministère du Logement, il y a une idée assez imprécise du métier des résidences seniors et des services qu'elles doivent proposer. Donc cette liste, elle a été rédigée à minima, avec des prestations d'accueil, de gardiennage, d'entretien des parties communes. Et puis on peut comprendre aussi le raisonnement du ministère du Logement, puisque ce texte, il était censé s'appliquer à tous les types de résidences-service, y compris les résidences étudiantes. Donc voilà, la liste a été rédigée très à minima, elle ne comporte pas l'animation. Pour nous, c'est un vrai problème, puisque au-delà des prestations de services autonomie à domicile, dont je te parlais tout à l'heure, beaucoup de nos adhérents chez Sylvita emploient un animateur à temps plein, et on considère que c'est un axe phare de mission de prévention, que de pouvoir embaucher un animateur, et puis d'en répercuter le coût sur l'ensemble des résidents, puisqu'il est évident que si on facturait ces animations à l'unité, ce serait très compliqué de... rentabiliser le modèle. Donc voilà, dans la reconnaissance de notre métier, il y a parfois des petits grains de sable réglementaires qui nous empêchent de l'exercer totalement.
- Speaker #1
Et dans ce cas, comment est-ce que vous faites entendre votre voix, justement, toi ? Comment est-ce que tu arrives à organiser la filière ? Je ne sais pas si tu as des exemples de grains de sable que tu as pu ou que tu essayes d'enlever, de supprimer ? Comment tu démarres, comment tu t'y prends ?
- Speaker #0
Oui, alors totalement. Notre produit étant jeune et méconnu, et non réglementées, ce n'est pas un établissement médico-social, une résidence senior, ça on ne l'a pas dit tout à l'heure, mais c'est un point qui est très important, les résidences seniors sont absentes de la statistique publique et des grands exercices de recensement. Il y a une enquête qu'on appelle l'enquête EHPA au niveau national, qui comptabilise le nombre d'établissements, de places en EHPAD, en résidence autonomie, toutes les formes d'habitat pour seniors qui sont réglementées, médicalisées ou non. On a des schémas autonomie dans les départements. On a un portail qui s'appelle pourlespersonnesagées.gouv.fr qui est animé par la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie qui recense aussi et présente différentes formes d'habitat pour seniors. Les résidences seniors sont souvent absentes de ces grands exercices de recensement ou de planification. Donc nous, on essaie de faire preuve de pédagogie en apportant de l'info. On va effectivement publier en février le premier observatoire national des résidences seniors qui sera le premier grand exercice de... de recensement de cette offre. Et puis on va faire une déclinaison départementale qu'on va adresser à chaque président de département pour lui dire, sur votre territoire, monsieur le président du conseil départemental, l'état de l'offre en présence et ses développements possibles. Donc on essaye de dire qui on est, l'offre qu'on représente. Ce qui est important de savoir, c'est qu'on est aujourd'hui aussi nombreux en nombre de logements que les résidences autonomies qui sont souvent les plus soutenues par les politiques publiques. Et donc on essaie de... de faire de l'influence en apportant de l'information et en sensibilisant aussi au fait qu'on a pris une certaine importance aujourd'hui.
- Speaker #1
Si tu nous viens, on va passer à la section que j'ai nommée le métier des affaires publiques et la relation aux politiques. On entend de plus en plus qu'avec l'instabilité de l'Assemblée nationale, les rendez-vous avec les parlementaires sont moins utiles et qu'il faut maintenant passer par les médias, les réseaux sociaux. Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que c'est stratégique que vous adoptez ?
- Speaker #0
Alors certes, aujourd'hui, le Parlement est quelque peu paralysé par cette répartition. Non, moi, je pense que la noblesse et la beauté du métier des affaires publiques, c'est quand même de continuer d'avoir un dialogue avec le législateur, avec les cabinets ministériels, avec les grandes administrations. Je pense qu'il ne faut pas enterrer trop vite cette partie-là de notre métier, puisque ça reviendra. Et puis, ce que j'ai appris au cours de ces 12 années de lobbying, c'est que Les actions ont rarement une portée de court terme. Et parfois, il y a des graines qu'on sème, qui germent beaucoup plus tard. Donc on ne sait pas toujours quels sont les leviers d'influence qui performeront le plus à long terme. Et puis après, effectivement, il faut aujourd'hui élargir notre palette. Il faut être actif sur les réseaux sociaux. J'aime pas trop l'expression faire le buzz, mais en tout cas essayer de mobiliser avec des tribunes et des actions d'influence de ce type-là. Je pense qu'il est important de... de continuer d'avoir ce dialogue direct avec les pouvoirs publics. Il est aussi important de l'organiser. On voit qu'à Bruxelles, il existe un registre des représentants d'intérêt qui est assez suivi. C'est quelque chose qui est arrivé plus récemment en France. Les pratiques de lobbying sont encore aujourd'hui, je pense, insuffisamment encadrées. Et encadrées, ça ne veut pas dire interdire. Ça ne veut pas dire non plus que ces actions de lobbying ont une portée négative, mais il faut les organiser. Il faut que ce soit plus naturel pour le législateur de s'entourer des différentes voix d'un secteur quand il... partent un texte sur un secteur donné. Par exemple de l'agriculture, qui viennent de différentes confédérations, des industriels, puis peut-être des organisations patients, des chimistes. Il devrait être naturel pour le législateur de consulter l'ensemble des voies et que l'envoi d'une note de plaidoyer ou de position ne soit pas perçu comme une action d'ingérence, mais plutôt comme une action qui vient éclairer le débat public. Et ça, je pense qu'en France, on a encore beaucoup de progrès à faire sur ce point.
- Speaker #1
Alors dans ta réponse, tu as envoyé, je cite, ce que j'ai appris au cours de ces 12 années. c'est qu'il n'y a pas forcément de tendance court terme, mais qu'il faut travailler sur un long terme. Est-ce que tu as appris d'autres choses au fil de ce parcours ? Est-ce que tu pourrais donner un conseil à quelqu'un qui est en train de se lancer en affaires publiques, au Aurélien qui sort d'école, si tu avais la chance de pouvoir lui souffler un avis, un conseil, une suggestion pour la suite des choses ?
- Speaker #0
Alors, si j'avais un conseil, je pense qu'il ne faut pas se spécialiser trop vite dans une fonction. Je pense qu'il ne faut pas se dire, OK, la rédaction d'un amendement, c'est tout. c'est plutôt pour les juristes, la publication d'un poste, une queue d'île, c'est plutôt pour les responsables des réseaux sociaux, la rédaction d'un rapport, c'est plutôt pour les consultants. Il faut être multitâche, il faut être éclectique, il faut s'intéresser à tout, il faut être curieux. Il ne faut pas hésiter à mettre la main à la patte en faisant soi-même. C'est un métier dans lequel la réactivité est très importante et donc il faut développer des compétences multiples. Je pense que les affaires publiques, c'est un métier qui lie à la fois... La communication, la rédaction, beaucoup de veille.
- Speaker #1
Il faut être passionné d'actualité, je pense que c'est vraiment un point essentiel. Si ça te convient, on va passer à la section vrai-faux. Je vais t'énoncer trois phrases, tu réponds par vrai ou faux, et évidemment, tu peux développer si tu le souhaites. La première phrase que je te soumets, sans grande loi sur le vieillissement, on ne peut quasiment rien faire à avancer.
- Speaker #0
Alors faux, je crois que tu l'as compris au cours de notre entretien. beaucoup de choses qui peuvent se régler par voie réglementaire, et donc il ne faut pas rester dans l'attente, peut-être un peu béate, d'un grand texte de loi qui va tout solutionner. C'est souvent une accumulation de petites actions qui fera la différence.
- Speaker #1
La seconde phrase, qui est aussi déjà partiellement répondue, donc ça peut te permettre de développer encore davantage si tu le souhaites. Aujourd'hui, l'essentiel du pouvoir se joue dans les décrets et les normes plus que dans l'hémicycle.
- Speaker #0
Là, oui et non, comme je te l'ai dit, il ne faut pas trop attendre du législatif, en même temps, il ne faut pas l'enterrer trop vite. On a... Une actualité institutionnelle aujourd'hui qui est dominée par les projets de loi, donc les projets de loi qui émanent du gouvernement, à la différence des propositions de loi qui émanent des parlementaires. Moi, je m'attends à un retour quand même du Parlement. On verra ce que donne la prochaine présidentielle et les législatives qui s'en suivent, à moins qu'on ait des législatives anticipées, mais qui n'aient pas de boule de cristal. Il est possible qu'on ait un retour du Parlement. Il faut se préparer à ça. Il faut se préparer aussi peut-être à un Parlement qui sera dominé par d'autres couleurs politiques, avec des des parlementaires qui seront peut-être moins formés, qui seront nouveaux en politique. Et donc, il faudra les former, il faudra les abreuver en information. Et donc, il faut se préparer à faire acte de pédagogie.
- Speaker #1
Et la dernière phrase, les résidences-services seniors restent largement dans un angle mort des politiques publiques.
- Speaker #0
C'est encore largement vrai, malheureusement. Si je prends les dernières publications, communications du ministère chargé de l'Autonomie, le terme de résidence-services seniors est largement absent. On l'avait constaté aussi pendant la période Covid, dans laquelle Les pouvoirs publics émettaient un certain nombre d'insignes à l'attention des établissements pour personnes âgées, mais nous laissaient dans un entre-deux. Donc on était assez mal à l'aise parce qu'on ne savait pas très bien quelle pratique de confinement ou de visite pour les familles appliquées. Donc je dirais que c'est encore vrai, mais il y a du progrès. Aujourd'hui, les pouvoirs publics ont pris conscience que l'habitat regroupé existait, qu'il existait un monde entre le domicile traditionnel et l'EHPAD. On va continuer dans cette voie et puis on va parler chez nos efforts.
- Speaker #1
Aurélie, on arrive bientôt au bout de cet épisode. Est-ce qu'il y a un sujet que tu voulais développer et que tu n'as pas encore eu le temps d'exprimer ?
- Speaker #0
À travers peut-être du métier des affaires publiques, c'est de vouloir tout changer en permanence ou d'obtenir des mesures particulières parce qu'on se sentira reconnu à travers elles. Peut-être que parfois, il faut se focaliser sur la stabilité du cadre réglementaire et fiscal. Avoir de la visibilité, c'est bon pour les entreprises. C'est bon aussi pour les résidents et leurs familles ainsi que pour les investisseurs. Comme je t'avais dit, on dépend de l'initiative et de l'investissement privé pour suivre notre développement. Voilà, ne pas vouloir tout changer en permanence, mais offrir de la visibilité, c'est important, et c'est pour ça que... Si une grande loi sur le grand âge se fait, moi je souhaite, j'espère qu'elle soit plurianimale, que ce soit une loi de programmation, comme on peut en avoir dans le domaine de l'éducation, dans le domaine militaire, pour offrir une planification sur le long terme et offrir de la visibilité aux acteurs.
- Speaker #1
Merci Aurélien. Pour conclure, est-ce que tu aurais une recommandation culturelle pour nos auditrices et auditeurs ?
- Speaker #0
Alors peut-être pas une recommandation culturelle, mais moi j'ai deux rituels. Un rituel du matin, un rituel du soir. Ce sont deux newsletters que j'aime beaucoup. Le matin, je suis un inconditionnel de la newsletter Morning Zapping de Marc Fiorentino, qui est un économiste qui parle de patrimoine, mais aussi de macroéconomie. C'est une newsletter que j'aime beaucoup parce qu'elle est rédigée avec beaucoup d'humour et elle se lit très rapidement. Et puis le soir, il y a la newsletter TTSO, Time to Sign Off, je ne sais pas si tu la connais. Super chouette, c'est un condensé d'actualité, là aussi, ça se lit très facilement.
- Speaker #1
et donc voilà je démarre la journée avec ça et je la conclue aussi et je crois que ça te montre à quel point je suis impressionné d'actu merci beaucoup Aurélien merci à toi à la prochaine merci d'avoir écouté ABC je m'appelle Pierre je suis le co-fondateur de l'Egywatch la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire