- Speaker #0
et s'il y a un message qu'on peut aussi faire passer c'est ça, il faut faire confiance au territoire leur donner de la liberté, leur donner du souffle le français en territoire grave il a le même droit que les autres et le sentiment d'abandon qui fait monter les extrêmes aujourd'hui là les gens ont l'impression parfois qu'on ne s'occupe plus d'eux faire de la politique aujourd'hui c'est de plus en plus dur parce que les gens sont de plus en plus violents et c'est dommage parce qu'au fond Il y a les appartenances, il y a les idéologies, mais on devrait pouvoir en débattre.
- Speaker #1
Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch, et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Simon Esteve, directeur de cabinet du président du conseil départemental de la Haute-Marne. Simon, t'es passé par l'Europe, la région, la mairie, l'agglomération, et donc on peut dire que t'as une vue panoramique de nos instances. Avec toi, on va parler du rôle des départements dans la fabrique de la loi, de la façon dont un amendement peut faire dérailler un budget local, et de ce que ça signifie de rester modéré dans un débat public de plus en plus violent. Salut Simon !
- Speaker #0
Salut Pierre !
- Speaker #1
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
Non, non, non, c'est tout à fait complet.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous présenter ton métier de directeur de cabinet de département ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr ! Tout simplement, directeur de cabinet, c'est être le bras droit, la tour de contrôle, comme l'a dit une collègue à moi récemment. Accompagner un élu, présidente, président, pour la réussite de son mandat, suivre ses grands projets, être à ses côtés, le conseiller, le suppléer, et suivre pour lui les sujets stratégiques, tout en pilotant une équipe, parce que tout ça, ça se fait en équipe.
- Speaker #1
Quel est pour toi le fil rouge de ton parcours ? J'ai parlé de la multiplicité de tes casquettes, Europe, région, mairie, agglomération. Comment tu vois ton évolution ?
- Speaker #0
L'action locale, le goût de l'action. Moi, je suis tombé dedans quand j'étais tout petit. Je me suis engagé à titre personnel. J'ai toujours eu le goût de la chose publique, de l'histoire, le passé de notre pays, mais donc on se questionne très vite sur son avenir. Et surtout, malgré la distance qu'on peut parfois percevoir, notamment quand on parle d'Europe ou autre, il y a des répercussions concrètes dans la vie des gens. Et avoir la chance d'en faire son métier et de travailler pour impacter les gens au quotidien positivement, si on le peut, c'est une chance. Et c'est, je pense, la constante des différentes missions que j'ai pu avoir. mené jusqu'à aujourd'hui, c'est que on est là pour porter des projets, pour les faire aboutir, les faire évoluer dans le bon sens. Et c'est vraiment l'essence de ce métier. C'est quand on inaugure une crèche qu'on a suivie, quand on inaugure un centre médical, quand on inaugure une route quelconque. On voit qu'on a changé un petit peu positivement la vie des gens.
- Speaker #1
C'est ça qui était le plus marqué en arrivant au département, c'est le côté vraiment terrain.
- Speaker #0
Oui, exactement. Le département c'est pas forcément... La collectivité aujourd'hui qui est la plus en odeur de sainteté, on a beaucoup de débats qui portent sur le devenir des départements, ils sont régulièrement remis en question. Mais en réalité, quand on arrive dans un département, et encore plus un département rural, on se rend compte de l'utilité au quotidien pour les gens d'un département. C'est la protection de l'enfance, c'est la solidarité humaine, les solidarités humaines avec nos personnes âgées, avec les personnes en situation de handicap, avec évidemment la jeunesse, les collégiens qui ont besoin d'être accompagnés, c'est les routes. C'est des gymnases refaits, ça va être des accompagnements divers et variés sur des sujets d'attractivité, sur la protection de l'environnement. Et en fait, les gens ne le savent pas, mais que ce soit le département ou d'autres collectivités, dans le cadre de leurs compétences, il y a toujours une action publique derrière pour leur quotidien qui va venir les impacter. Et le but du jeu, c'est de le faire le mieux possible.
- Speaker #1
Et comment on prend la décision de l'action publique ? Comment vous décidez de tel gymnase va ouvrir ? Comment ça se fait ?
- Speaker #0
Ça dépend des sujets, mais c'est une décision... Déjà, tout se passe par la démocratie locale, il faut quand même le rappeler. C'est les gens qui choisissent leurs élus, qui votent, qui élisent leurs représentants. Et donc, il y a un contrat moral, un programme électoral. Et c'est pour ça que c'est très important, quand il y a des périodes électorales qui vont s'ouvrir, comme aujourd'hui en France, avec les municipales, après les présidentielles. Quel que soit l'échelon, il y a un contrat moral, il y a des projets, il y a des propositions. Après, elles chargent aux élus de s'y tenir. Et on est là aussi, nous, les conseillers, les directeurs de cabinet et autres, pour faire le suivi de ces promesses électorales, pour les réaliser. Mais je dirais qu'il y a le contrat de base, c'est ça, c'est l'élection, le projet à tenir. Et derrière, il y a des cycles de prise de décision, des processus dans les collectivités qui peuvent être mis en place de manière un peu différente selon la collectivité. Mais ça passe par le vote en assemblée départementale, il y a des commissions où les élus se réunissent. Il y a évidemment le travail précieux des services. Aujourd'hui, vous avez une idée ? Le président va émettre une idée, un vice-président, une vice-présidente, ou alors ça va être une disposition du projet. Et derrière, on va demander au service de chiffrer, de regarder la réglementation, de travailler à un périmètre plus précis, à comment on va mettre en œuvre une idée. C'est de passer de l'idée au projet, déjà. Et derrière, une fois que le projet est défini, ça va être de le soumettre au vote des représentants locaux, justement, merci la démocratie locale, en assemblée, pour que chaque élu puisse s'exprimer, opposition, majorité. avec des amendements possibles au projet jusqu'au dernier moment. Et que, une fois que la décision est prise à la majorité, on puisse mettre en œuvre. Et encore une fois, ça revient au service derrière et aux nombreux agents des collectivités de le faire.
- Speaker #1
Alors pour moi, c'est parfois un peu flou le niveau d'hierarchisation ou de coopération entre départements, régions, villes ou même États. Si on prend l'exemple de la suppression du département, qu'est-ce qui se passerait ? Qu'est-ce qui casserait ?
- Speaker #0
Alors, la République, si je vais être un petit peu direct et polémique, pour moi, si on touche au département, on va affecter la République et je vais m'expliquer bien sûr. Mais ton constat, avant tout, je veux le dire, il est exact. Aujourd'hui, on a un besoin de clarification des compétences des collectivités. Ce serait nier la vérité que de dire le contraire. Le citoyen ne s'y retrouve pas. Il ne sait pas ce que fait la région, il ne sait pas ce que fait sa ville, son intercommunalité, le pays, le département. Il manque de la clarté. Par contre, typiquement, les départements aujourd'hui, et moi je travaille en Haute-Marne avec un président qui porte beaucoup de politiques ambitieuses pour son département et qui est attaché aux solidarités territoriales, c'est un mot fort mais c'est réel, c'est que le département, c'est l'outil de la solidarité aujourd'hui. Quand on arrive en Haute-Marne, moi je l'ai découvert en faisant une marche avec mon président. Il a eu l'idée de faire le tour du département à pied, en 13 étapes, 500 kilomètres, quelque chose d'assez exceptionnel. Pendant son tour de Haute-Marne, où je l'ai accompagné, on passe par des communes de 15, 20, 50 habitants. Et il y en a des dizaines. Et quand on arrive à rencontrer les élus de ces toutes petites communes au fin fond de la Haute-Marne, le département est là pour soutenir leur projet, pour entretenir leur route. Quand il n'y a qu'un pont qui mène à la commune, le département est là pour l'entretenir, le pont. Et c'est ça, la réalité de la solidarité territoriale. Et le couple département-commune, avec leur regroupement, bloc communal, aujourd'hui, c'est vraiment un ciment qui permet de garder de l'action concrète, de l'action publique réaliste. Sinon, une mairie toute seule, toute petite mairie en territoire rural, elle ne peut plus rien faire. Et le Français en territoire rural, c'est un Français comme les autres, il a le même droit que les autres. Et le sentiment d'abandon qui fait monter les extrêmes aujourd'hui, il vient aussi de là. Les gens ont l'impression parfois qu'on ne s'occupe plus d'eux. Alors que justement, en territoire rural, le département, il va être là. pour porter des politiques, pour que leurs enfants puissent aller dans un collège, même un tout petit collège où il y a 100 enfants, ça existe encore. Le département, il est là pour le garder ouvert, ça a été un choix de fait. La route, je le disais, et plein d'autres domaines, en fait, de subventionnement des projets communaux. C'est la liberté locale aussi, la démocratie locale, mais quand un petit maire, il n'y a pas de petit maire, mais quand le maire d'une petite commune veut refaire sa salle des fêtes pour les quelques associations du village qui font vivre le village, là, le département est bien, il accompagne, ça c'est important. C'est aussi ça la démocratie et la vitalité de notre pays. Sinon, on va dépeupler les campagnes et on va créer des fractures qui existent déjà, mais on va les agrandir.
- Speaker #1
Tu as parlé d'un besoin de clarification sur les rôles de chacun. Est-ce que tu as des pistes pour que ça puisse être plus clair ? Est-ce qu'il faudrait un nouveau projet de loi qui s'appellerait simplification de etc. ?
- Speaker #0
On a beaucoup d'idées. Mon président, Nicolas Lacroix, est président du groupe Droits de centre indépendant à Département de France. Il y a eu des propositions de fait récemment. qui ont été remises aux sénateurs de la même famille politique, qui sont très à l'écoute des travaux des départements. On a un travail régulier avec la ministre Françoise Gattel. On a rencontré Michel Fournier, ministre de la Ruralité, il y a encore très peu de temps. Donc oui, il y a des propositions. Elles sont relativement simples parfois, mais c'est qu'aujourd'hui, on a un pays où tout le monde fait un peu tout. On va avoir des multiples cofinancements, des collectivités qui vont venir sur le même sujet de manière différente. Et là, il faut de la clarification. C'est pas moi. dire cap de la Haute-Marne qui va définir qui doit faire quoi dans ce pays. Mais il y a des élus, à département de France, au niveau national, qui portent des messages assez clairs sur, voilà, reclarifier le qui fait quoi. Les routes, voilà. Le département, ça peut être, par exemple, la collectivité des réseaux. On a fait la preuve de notre réussite avec la fibre, par exemple, qui a été beaucoup pilotée par les départements, et le pays a été fibré plutôt vite et plutôt bien, dans certains cas. Les routes, la sécurité de nos réseaux routiers, il va y avoir... des futurs réseaux à penser. Ça, c'est un sujet qui est typiquement départemental. Les régions, c'est très grand, c'est peut-être trop grand pour porter ce genre de choses. Et les petites communautés de communes, les communautés de communes et les communes, sont trop petites géographiquement pour porter ce type de politique. Donc voilà, on pourrait se dire que les régions sont sur des échelles structurantes, des grandes infrastructures, des grandes politiques d'aménagement du territoire. Le département, c'est les solidarités du quotidien, c'est les solidarités humaines, c'est le lien entre les communes, le département, les communes entre elles. et entre les gens, et les communes, évidemment, c'est la proximité, c'est la porte d'entrée. François Sauvadet, qui est président des départements de France, dit toujours « on est de quelque part, on est de sa commune et de son département » . Quand vous vous présentez à des amis, vous dites « je viens de là et je suis, pour ma part, jurassien, au Marnais ou autre » . Vous ne dites pas « je viens de telle communauté de communes ou de telle grande région » . Et elles ont leur utilité, mais chacun dans son.
- Speaker #1
Alors justement, dans cette création du lien, ça passe aussi par les finances. Et tu m'as expliqué que vous avez 70% de dépenses imposées.
- Speaker #0
C'est ça. Ça va aller d'un département à l'autre, ça peut changer. Ce n'est pas forcément 70%, mais en moyenne, typiquement, si on prend le RSA, qui est le revenu de solidarité active, qui accompagne ceux qui en ont le plus besoin, qui sont le plus éloignés de l'emploi aujourd'hui. Aujourd'hui, 50% du RSA, il est imposé par l'État au département. On a la charge de verser le RSA. Mais ce qu'il faut savoir, c'est quand l'État, à l'Assemblée nationale, décrète, les parlementaires débattent d'un montant, d'une réévaluation du RSA, évidemment, il y a des messages politiques forts pour des publics fragiles, et parfois, on peut s'en féliciter. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que sur 100 euros de RSA versés à quelqu'un, 50 viennent du budget du département, qui pourrait aller dans les collèges, sur des routes et ailleurs. Mais ces 50% de la dépense ne sont juste pas compensées, simplement imposées. Donc aujourd'hui, on a une situation d'asphyxie des départements qui vont se retrouver à écouter les débats parisiens. C'est tout l'objet de ton podcast qui est très bien fait, qui nous permet de comprendre un peu les coulisses. Aujourd'hui, quand à l'Assemblée, pour faire des concessions à tel groupe, pour voter un budget ou tenter de le voter, on va dire qu'on augmente les aides sociales qu'on avait promis de geler. Aujourd'hui, ça va impacter les finances de départements qui regardent ça. Alors que nous-mêmes, départements, on doit voter nos budgets pour donner de la visibilité à nos partenaires.
- Speaker #1
Vous n'avez aucun droit, enfin, il n'y a pas le droit de regard. On a un sublice complètement. On suit.
- Speaker #0
On a perdu toute liberté fiscale. Je ne suis pas en train de faire un discours défaitiste, mais il y a une alarme qui est réelle. C'est qu'on a perdu... notre liberté fiscale. Aujourd'hui, on n'a plus la possibilité d'augmenter l'impôt comme on le voudrait, etc. On prend ce qu'on nous donne. On nous avait promis une compensation par la TVA, qui en réalité, de suppression d'impôt volontaire, aujourd'hui, ça ne compense pas ce qu'on aurait pu gagner par ailleurs. Et on nous impose des dépenses à prendre en charge sans les compenser à 100%. Et ça, c'est quand même difficile à accepter pour des élus. Quand on est élu sur un projet, comme je le disais tout à l'heure, avec un contrat de mandat, avec ses électeurs, qu'il y a des attentes fortes sur certains sujets, et que quand on arrive aux manettes dans un département, on se rend compte qu'il y a une grande partie du budget qui est dévouée à la solidarité humaine, ça c'est normal, mais que sur cette partie du budget-là, en fait, on n'a pas la main. On est une caisse d'enregistrement, on nous dit il faut verser tant à tel public, on verse, mais on n'a pas, encore une fois, la compensation. Pourquoi c'est vous qui tenez cette caisse-là ? Parce que la loi l'a prévue comme ça, et que ça c'est une cohérence encore. Le département, comme le dit Nicolas Lacroix, c'est l'échelon des solidarités territoriales et humaines. C'est vraiment, encore une fois, j'y tiens, en territoire rural encore plus fortement, c'est cette solidarité-là qui doit permettre de garder un lien humain dans une société qui devient un peu folle parfois, et en plus on pourrait en parler, l'instantanéité, les réseaux sociaux, c'est très dans les débats aujourd'hui, mais aujourd'hui on se perd un petit peu quand on lève la tête et qu'on regarde le monde autour de nous. Le département, c'est cette solidarité-là. Et donc c'est logique qu'on finance des politiques de solidarité. En revanche, c'est beaucoup moins logique que des débats parisiens sans réelle connexion avec le terrain. viennent nous impacter de plein fouet. Nous, en Haute-Marne, on a voté le budget en fin d'année 2025 pour 2026. Parce qu'il y a les communes, il y a les intercoups, il y a les associations, il y a les porteurs de projets qui attendent de savoir s'ils vont avoir des aides, quels vont être nos budgets sur telle et telle politique. Quand on a voté notre budget, on a dû prendre les maquettes du budget de l'État, mais sans la fin des débats. Et on voit bien qu'en réalité, il y a eu des concessions de fêtes sur des augmentations d'aides, par exemple, qui devaient être gelées. Et nous, on est partis sur des maquettes financières où les aides, elles étaient gelées. Donc on n'avait pas ces dépenses supplémentaires non comptables. Et là aujourd'hui, il va falloir qu'on les prenne en compte, qu'on amende notre budget, qu'on le modifie au fil de l'eau, et qu'on soit souple, agile dans la façon de faire de la politique, dans la façon de mener notre collectivité, parce que sinon, on va dans le monde.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez la possibilité de vous organiser un peu comme un lobby pour justement essayer de modifier la fabrique de la loi, ou en tout cas de vous faire entendre ?
- Speaker #0
C'est le cas, c'est le cas. Aujourd'hui, on a Département de France, on a les groupes, je disais, mon président est président d'un groupe à Département de France, François Sauvadet préside cette assemblée. Oui. C'est le cas. Il y a eu les assises des départements en fin d'année 2025. Chaque année, on a des assises nationales. Le Premier ministre était là. C'est l'occasion de passer les messages. Donc, il y a tout un travail de lobbying, et ce n'est pas un gros mot de le dire, des départements pour expliquer leur utilité. Quand on a des débats sur la décentralisation avec François Sgatel, qui est en charge de ça dans son ministère, oui, on a la démarche légitime d'expliquer notre utilité, sur quoi on peut aller, mais tout en étant responsable aussi. C'est-à-dire que nous, les départements droits de centre indépendants, on a fait un travail sur nos propres économies, parce qu'il y a des dépenses imposées, il y a des choses qu'on nous impose qui ne devraient pas être, mais on est conscient aussi qu'on doit nous-mêmes aller gratter. là où il y a des économies à faire, qu'on doit être responsable. Aujourd'hui, les Français, je pense, attendent de la responsabilité de leurs décideurs. Quand on voit les budgets, les déficits, etc., déficits qui nous concernent beaucoup moins les collectivités, parce que nous, on est quand même contraints de doter des budgets à l'équilibre, donc on n'est pas dans la situation de l'État. Mais voilà, nous, on a fait le travail de responsabilité, montrer qu'on était capables de se regarder, de s'interroger sur ce qu'on faisait, mais on milite en même temps pour plus de liberté, plus de confiance dans le bloc local. Ça marche aussi pour nos collègues de communes, de PCI, mais... Il faut faire confiance au territoire. Aujourd'hui, la France, elle est un peu dans une impasse. On voit ce qui se passe à l'Assemblée. Et s'il y a un message qu'on peut aussi faire passer, c'est ça. C'est qu'il faut faire confiance au territoire, leur donner de la liberté, leur donner du souffle. Il y a le juge de paix, c'est l'électeur. Le Français, il a quand même le droit aussi de choisir son orientation locale. L'élu, il doit avoir la marge de mettre en œuvre son projet. Et je pense que le pays ne s'en portera pas forcément plus mal.
- Speaker #1
Tu m'as parlé d'un sujet qui est l'hôpital public sur votre département. Vous avez investi près de 40 millions dans un hôpital, alors que ça ne relève pas de votre compétence. Pourquoi ?
- Speaker #0
C'est justement ce qu'on disait, c'est qu'aujourd'hui, on a un peu des compétences, ça peut parfois être un peu figé, c'est en débat, mais quand on est élu, on voit les besoins d'un territoire et on ne peut pas rester inactif. Et quand on est collaborateur d'élu, on ne peut pas conseiller l'inactivité à son élu aussi sur des sujets qui deviennent des préoccupations premières. Et aujourd'hui, la santé, comme le dit mon président, c'est la priorité première des Français. On cherche un médecin, on veut pouvoir se soigner, on veut pouvoir aller à l'hôpital, on veut pouvoir être pris en charge en urgence. Donc la santé est la priorité. Et face à ça, nous, en Haute-Marne, typiquement, on avait des hôpitaux dans le sud et le centre de la Haute-Marne qui étaient vieillissants, qui étaient plus aux normes, qui étaient sous autorisation, mais dérogatoire, de l'Agence régionale de santé pour leur fonctionnement, parce qu'ils avaient besoin de se repenser. Et là, l'hôpital est venu avec un projet qui a été pensé avec l'ARS. Ce n'est pas les élus tous seuls qui ont décidé un projet. L'ARS, les équipes de l'hôpital, en lien avec le CHU de Dijon, pour nous, ont travaillé une restructuration hospitalière sur trois sites. Et on a abouti à un projet d'investissement massif. 156 millions d'euros sur trois sites pour reconstruire des hôpitaux. C'est quand même plutôt rare en France aujourd'hui. Et ce projet a été tellement bien monté et adapté qu'il a été reconnu par huit ministres de la santé successifs qui ont validé le projet, qui l'ont soutenu. Il y a eu une grosse part des fonds Ségur Relance pour la santé qui étaient destinés aux Grandes Est, qui sont venus sur ce territoire-là, qui est un territoire rural, un peu abandonné parfois, on peut avoir le sentiment, alors qu'en réalité pas du tout, parce qu'on n'est pas du tout abandonné, l'État est très présent. mais qui n'est pas le département auquel on pense en premier en France, je l'entends. Et aujourd'hui, nos élus, mon président s'est dit, on ne peut pas ne pas agir, on ne peut pas pointer du doigt l'État en disant, ça c'est de la responsabilité de l'État.
- Speaker #1
C'est l'État qui aurait dû prendre l'initiative ? Oui,
- Speaker #0
c'est une compétence de l'État normalement. Mais aujourd'hui, si les collectivités, le département en premier lieu, mais les intercos, la région aussi qui s'est mobilisée fortement, si les collectivités n'y vont pas, le projet ne se boucle pas, il n'y a pas le budget, donc il ne se fait pas. Aujourd'hui, quelle est la responsabilité de l'élu et quel est son rôle ? C'est là où on touche vraiment le cœur de notre sujet. C'est que quand on est président d'un département, qu'on voit des besoins aussi forts sur un sujet de santé, même si ce n'est pas notre compétence première, soit on reste assis dans son siège, on regarde, on pointe du doigt l'État, on dit « ce n'est pas nous, c'est eux » , et le projet ne se fait pas, on ne prend pas de risques. Parce que forcément, des tels projets de restructuration, ça veut dire des réorganisations, ça veut dire des oppositions, ça veut dire des débats difficiles, parfois violents. Mais en même temps, on a une responsabilité. On est là pour oeuvrer pour l'intérêt pour les 50 prochaines années de notre territoire.
- Speaker #1
Pour ce genre de projet, c'est combien de temps de la réflexion à la mise en place ? C'est des années ?
- Speaker #0
C'est des années. Ça se compte parfois en dizaines d'années pour des gros projets comme ça. Là, on est allé un petit peu plus vite, mais ça va faire peut-être 10 ans. Et le projet, aujourd'hui, c'est à horizon 2030 qui va ouvrir. Là, on a lancé les chantiers. Les premières pierres sont posées et ça y est, ça s'active. Donc on voit bien que c'est des projets qui dépassent un mandat. Et c'est là où la responsabilité politique, elle doit aussi aller au-delà de son simple intérêt politicien, électoral à court terme. Parce que moi, typiquement, en directeur de cabinet, j'aurais pu conseiller, si j'avais été là, dire ça, c'est un sujet qui va faire débat. Vous allez peut-être avoir des oppositions, vous allez peut-être vous faire des ennemis. Mieux vaut pas y aller, il faut pas bouger. Et comme ça, pendant ce mandat-là, on aura tapé sur l'État qui aura pas fait son travail, et vous, vous aurez été tranquille. Mais quand on a des élus qui s'engagent, et quand on a des collaborateurs, j'espère, qui croient en ce qu'ils font, et dans le rôle de l'action publique, des fois, faut pas rester les bras croisés. On est obligés de faire notre priorité, celle des Hauts-Marnets, en l'occurrence, et des Français. Donc là, voilà, sur... 150 millions, il y a plus de 50 millions qui viennent des collectivités locales.
- Speaker #1
Est-ce qu'une fois que le projet est lancé, ça y est, c'est lancé ? Ou est-ce qu'il y a encore d'autres complexités ?
- Speaker #0
C'est ce qu'on appelle lancé. Un projet, c'est long en France à mener. Après, maintenant, une fois que les pauses de première pierre sont faites et que le chantier est en chantier vraiment, évidemment qu'il va se faire. Maintenant, c'est le projet médical. Quand on parle d'un hôpital, les murs, c'est bien, mais il y a un projet médical à faire derrière. Donc là, il faut de la concertation. Les élus, c'est moins leur métier. Ils font confiance aux directions d'hôpitaux, aux ARS, etc. Par contre, Ce qui est important de souligner, effectivement, j'entends ta question, c'est qu'aujourd'hui, mener un projet en France, c'est compliqué. Et ça, il faut le dire, c'est important de le rappeler, c'est que quand on est élu, on a des idées, et souvent, on est vite confronté à un mur, un mur de réglementation, de complexité administrative, et ça devient de plus en plus dur. honnêtement. Et ça, c'est un réel sujet pour la vitalité de notre pays. On est parfois un petit peu en train de l'étouffer. Et des projets d'intérêt général, des projets typiquement environnementaux, peuvent se retrouver bloqués, ralentis, pour des mesures ou pour des raisons environnementales elles-mêmes. Et c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Des fois, on voit que ça décourage, ça ralentit. Et on pourrait peut-être faire plus simple sans faire n'importe quoi.
- Speaker #1
Si tu pouvais simplifier une règle, est-ce que tu as un exemple de...
- Speaker #0
Typiquement, on a des autorités environnementales et je ne critique pas du tout la qualité des fonctionnaires qui travaillent à l'État sur ces sujets-là, parce qu'ils ont évidemment une vision très pertinente et qui va protéger. Moi, j'ai connu dans d'autres postes un projet, par exemple, de plan déchetterie, pour mettre une déchetterie à 10 minutes de chaque habitant du territoire où je travaillais, parce qu'il y avait trop de dépôts sauvages. Il faut faire des déchetteries. Une déchetterie, un projet de déchetterie qui était très attendu, était bloqué. Parce qu'au vu du terrain sur lequel la déchetterie devait être créée, il fallait des compensations environnementales avec des études 4 saisons. Donc vous partez pour un an, 4 saisons, c'est un an d'études multiples et variées. Ah oui, mais il manque des pièces, donc il faut rallonger la procédure, il y a des demandes de pièces complémentaires, les délais se poursuivent, etc. Tout ça pour nous demander des mesures compensatoires, ça s'appelle acheter des terres, pour dire on compense, on a artificialisé une partie de ce terrain-là, donc il faut compenser, sauf qu'il y avait un foncier très cher. qu'on ne pouvait pas le compenser, c'était extrêmement coûteux pour la collectivité, donc c'était impossible à faire. Et quand on regarde en réalité l'historique du site en question, c'était une ancienne décharge de gravats d'une boîte qui avait mis des trucs là, donc c'était un site transformé par l'homme. Il n'avait pas été touché pendant dix ans, l'herbe avait repoussé. Mais un site transformé par l'homme, un peu abandonné où l'herbe a repoussé, on nous explique que non, maintenant c'est un espace naturel, il faut le retravailler, alors qu'on est là pour venir mettre une structure à vocation environnementale à la place. On marche parfois un petit peu sur la tête. Et en année électorale, on le voit. Il y a un monde qui est compliqué, il y a de la violence politique, il y a beaucoup de débats. C'est difficile, je pense, de s'engager. Et ça le rend encore plus difficile, cet engagement, avec cette complexité-là. Et encore une fois, je ne dis pas qu'il faut supprimer toutes les normes environnementales et qu'on n'est pas aux États-Unis avec une ligne pro-Trump. Mais il y a peut-être moyen de faire parfois plus simple. Et donc, typiquement, la préfète, la préfecture, le préfet, la préfète, peuvent avoir une autorité peut-être plus grande sur certaines administrations en charge de ces procédures-là environnementales. pour avoir au moins un message clair et unique. Aujourd'hui, on voit qu'il y a des administrations entre elles qui, des fois, viennent se contredire ou complexifier les démarches. Pour moi, il y a des mesures qui peuvent être mises en place assez vite comme ça, et je le disais tout à l'heure, faire confiance. Il y a de l'ingénierie dans les départements, dans les régions, dans les communes, dans les intercommunalités d'assez grande taille. Il y a des gens qui sont ingénieurs tout autant que dans les services de l'État, et ils ne vont pas faire n'importe quoi non plus. Il y a des règles, il y a des lois, il faut les respecter. Il ne faut pas aller au-delà, il ne faut pas non plus toujours vouloir... complexifié autrement dit.
- Speaker #1
On va passer à la séquence vrai-faux. Je vais te dire une phrase et une seule parce que toutes les autres, tu as très bien répondu, tu les as déjà développées, je trouve. Tu peux me répondre par vrai ou faux, évidemment, développé si tu le souhaites. La phrase que je veux te soumettre, c'est le local est aujourd'hui le dernier endroit où la nuance politique est encore possible.
- Speaker #0
Oui, malheureusement. Je dirais que c'est vrai. J'espère que ça changera et j'espère me tromper. Mais aujourd'hui, quand on parle de nuances politiques, on voit ce qui se passe à l'Assemblée, on voit ce qui se passe surtout sur les réseaux. Et on est dans une société de l'instantané, de la punchline, de la phrase forte qui va cogner l'adversaire. Il faut que ce soit noir, il faut que ce soit blanc, ça ne peut pas être gris, ça ne peut pas être nuancé. Et on voit que la politique nationale souffre un peu de ce mal-là en ce moment. Certes, il y a eu les décisions politiques des différentes personnalités publiques, et je ne t'apprécie personne aujourd'hui, qui ont peut-être brouillé le message, il y a peut-être besoin de clarté. dans les positionnements. Mais on voit qu'au-delà de la responsabilité propre du personnel politique aujourd'hui qui a pris des décisions, les gens, notamment la jeunesse, mais pas que, leur source d'info, c'est Facebook, c'est TikTok, c'est des vidéos de 30 secondes sur des sujets complexes. Et pour moi, au niveau local, on est encore sur du projet. Une maison de santé, quand un maire veut en créer une, que ce soit de gauche ou de droite, il faudra m'expliquer, moi je ne sais pas trop. Et donc, il y a encore la possibilité d'avoir de la nuance, d'avoir des projets d'intérêt général, de territoire. qui vont être beaucoup moins marquées tout noir ou tout blanc. On peut encore débattre, on peut encore s'écouter, parce qu'aussi il y a une proximité. C'est un élément important, le département, les communes, les intercos, c'est aussi la proximité. On connaît ces élus, souvent. C'est pas quelqu'un qu'on voit à la télé ou derrière un écran de téléphone.
- Speaker #1
En disant directeur de cabinet, c'est ça que t'as remarqué, la violence du débat politique ?
- Speaker #0
Oui, oui, je le déplore, mais le débat politique est de plus en plus violent. Et quand c'est pas de la violence physique, d'ailleurs, comme on le voit sur certains élus, c'est totalement inacceptable, quel que soit... l'appartenance politique. Mais je suis désolé, je suis peut-être jeune, mais déjà vieux jeu, mais je regrette un petit peu la hauteur de vue des débats à l'Assemblée il y a quelques années, parfois beaucoup, on ne parle pas des grandes époques, des grands ténors qui venaient s'exprimer à l'Assemblée. Aujourd'hui, ça devient un cirque parfois, et c'est à qui criera le plus fort pour avoir sa capsule vidéo. On peut d'ailleurs parler du travail en commission à l'Assemblée nationale. Les commissions, avant, elles n'étaient pas filmées. Donc c'était un lieu de travail de modération. Et on a ouvert. Pour la transparence, c'est une bonne intention, évidemment. Mais pour des vertus de transparence pour le grand public, pour savoir ce qui se passe, on a ouvert, et maintenant on peut avoir des capsules vidéo. Qu'est-ce qui se passe ? Les élus en commission utilisent les commissions pour se faire leur capsule, pour dire aux électeurs « Regardez, j'ai tapé un tel, regardez, j'ai porté tel truc » . Et souvent, en fait, on perd la qualité du débat au profit de la qualité de l'image, de la punchline qui va faire la petite pub de 15 secondes sur les réseaux. Et c'est un peu dommage. Et encore une fois, le local est un petit peu préservé de ça, même si ça devient difficile parce que les réseaux sont extrêmement violents, etc. Donc oui, pour conclure sur ta question, effectivement, faire de la politique aujourd'hui, c'est de plus en plus dur parce que les gens sont de plus en plus violents. les électeurs et en même temps les politiques suivent un peu le mouvement. Il faut être dur pour être entendu aussi. Et c'est dommage parce qu'au fond, il y a les appartenances, il y a les idéologies mais on devrait pouvoir en débattre. On devrait pouvoir se mettre autour d'une table et trouver le compromis. Un compromis pour moi ce n'est pas un gros mot. Et le local est souvent le lieu du compromis. Quand on fait un projet, on l'amende, on le co-construit. Quand on travaille en coopération entre plusieurs collectivités ou avec la mairie qu'on soutient, nous le département, mon président, il est plutôt... axé à droite traditionnelle, mais il va tout à fait travailler intelligemment avec des élus de gauche, quand il faut travailler avec des élus de gauche, parce qu'on travaille sur leur territoire. C'est normal. Il y a encore cette modération parfois, qui survit, mais qui est menacée. Si on arrive bientôt à la fin de cet épisode, qu'est-ce que tu dirais à un jeune qui hésite à s'engager en politique locale ? Qu'il faut le faire parce qu'on en a besoin, déjà. C'est important, on a besoin de jeunesse, et pas que, je ne vais pas faire de jeunisme, mais qu'il faut y aller, qu'il faut croire en ses idées, il faut croire en ses valeurs, qu'il faut se préparer, parce que c'est de plus en plus difficile, je pense, de le faire, mais qu'il y a encore de l'espoir, et que c'est peut-être, justement, vers l'avenir qu'il faut se tourner pour essayer de passer des capes qui ont peut-être été difficiles ces années-là. Et donc je dirais d'y aller en se préparant à beaucoup de violences, et justement donc à ne pas l'adopter cette violence. Faire le culte un peu de la modération, ça ferait du bien parfois. Il est possible d'être modéré encore en France, il est possible d'avoir des idées complexes, et de ne pas tomber dans l'image, l'instantanéité, la simplicité mensongère parfois, on voit avec les fake news, etc. Ne pas tomber là-dedans, rester fidèle à ses valeurs, à ses électeurs, quand on arrive à être élu. parce qu'on a un contrat moral, encore une fois, avec eux. Et de s'accrocher, parce que c'est un long chemin qui n'est pas toujours facile, mais qui, je pense, est particulièrement gratifiant. Qu'on travaille dans l'ombre, d'ailleurs, je le dis, pour les collègues collaborateurs, pour mes équipes, pour tout le monde, ou pour les gens qui veulent s'engager en première ligne, en étant élus. On est là à faire un magnifique métier. On vit d'une passion d'agir pour les gens, avec nos valeurs, avec nos idées. Mais c'est quand même particulièrement beau, je veux dire, il faut le dire, c'est chouette. Donc, il faut y aller, il faut y croire. Il faut rester fidèle à soi-même.
- Speaker #1
Merci Simon. Pour conclure, est-ce que tu aurais une recommandation culturelle à nous partager ?
- Speaker #0
Il y en a beaucoup. Je dirais un très bon podcast, le tien. Après, évidemment, mon président, par exemple, a écrit un livre. Je vais le citer. Tu m'excuseras de cette publicité obligatoire. Et si les boussous avaient des idées de Nicolas Lacroix, ça montre que, justement, dans la diagonale du vide, comme on l'appelle, en réalité, il peut y avoir une diagonale de vie. Et parfois, là où on est les plus ruraux, les plus... isolés, les plus en difficulté sur certains sujets, c'est de là où le meilleur peut sortir. Parfois, on peut être très innovant parce qu'on est face au pied du mur, enfin, on est au pied du mur. Et donc, voilà, je recommanderais ce livre, mais il y en a plein. Je dirais surtout qu'il faut se cultiver, lire, s'informer, lire à gauche, à droite, des ouvrages, des témoignages d'élus sur leur parcours, que ce soit des Jean-Louis Borloo, des Badinter, ou autre. Il faut lire, il faut écouter des podcasts, il faut regarder les spécifiques, et se faire un esprit critique par soi-même. Croire ce qu'on veut, mais se renseigner comme nous.
- Speaker #1
Merci beaucoup Simon.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté ABC. Je m'appelle Pierre, je suis cofondateur de l'Egywatch, la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire.