- Speaker #0
Ce sont 722 millions d'euros de baisse tarifaire qui nous ont été imposés ces dix dernières années. Pour certaines personnes, on est peut-être les seuls interlocuteurs médicaux qui voient à leur domicile. Mon rôle, notre rôle est plutôt d'essayer de fournir des propositions pour permettre à ce que toujours les entreprises puissent continuer à fonctionner correctement, surtout à offrir une prestation de qualité à nos patients, tout en faisant attention aux finances publiques de l'État français.
- Speaker #1
Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch,
- Speaker #0
et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique.
- Speaker #1
Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Nicolas Balmen. Nicolas, tu es directeur des relations institutionnelles et des partenariats chez Bastide, le confort médical.
- Speaker #0
Oui, bonjour, tout à fait.
- Speaker #1
Bonjour Nicolas. Et tu es également vice-président de l'UPS...
- Speaker #0
UPSADI.
- Speaker #1
L'UPSADI, l'Union des Prestataires de Santé à Domicile des Indépendants.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Tu es ancien chef de cabinet à Nîmes. et tu connais donc la décision publique de l'intérieur. Aujourd'hui, tu portes un combat très simple à résumer, mais difficile à faire entendre. La santé à domicile est un pilier du système de soins, mais reste invisible dans l'opinion. On va parler de reconnaissance, de virage domiciliaire, de tarification et de ce que ton combat change pour les patients.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Est-ce que tu vas ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
Non, je crois qu'elle révèle à peu près ce que je suis en train de faire à l'heure actuelle et les combats qu'on mène. avec l'UPSADI, qui est un syndicat des prestataires de santé à domicile. Ce sont des entreprises qui sont majoritairement des petites PME, petites ETI familiales. Et donc, on a un lourd combat mené avec nos autorités d'utile du ministère de la Santé et de l'Économie.
- Speaker #1
Alors, ce lourd combat, tu me disais que pour le mener dans l'entretien préalable à cette rencontre, tu m'avais dit pour être reconnu, il faut d'abord être connu. C'est ça votre principal enjeu en ce moment ?
- Speaker #0
Alors, ça fait partie de nos nombreux enjeux. Effectivement, aujourd'hui, lorsqu'on parle dans le domaine de la santé, d'un prestataire de santé à domicile, très clairement, je crois que ça ne parle pas au grand public. Et malheureusement, parfois, ça ne parle pas à nos décideurs publics. Alors, pour le grand public, j'ai envie de dire que c'est assez compréhensible, puisqu'effectivement, nous n'avons pas de structure comme un hôpital, comme une clinique. Nous ne sommes pas un infirmier, nous ne sommes pas un pharmacien ou encore un médecin. Donc effectivement... Le grand public a du mal à appréhender nos métiers, mais pourtant nous soignons...
- Speaker #1
Le santé à domicile, pardon Nicolas, du coup, si ce n'est pas des médecins, des pharmaciens, qui sont ces personnes ?
- Speaker #0
Alors nous sommes 35 000 salariés dans nos 2850 entreprises en France. 35 000 salariés, alors majoritairement nous sommes constitués de salariés qui sont des techniciens qui apportent en fait le dispositif médical au domicile du patient et qui après accompagnent le patient et ses aidants à se servir correctement du dispositif. positif de telle manière à ce qu'ils suivent correctement les recommandations prescrites par le prescripteur parce que nous n'intervenons au domicile du patient qu'à partir du moment où il y a une prescription médicale, nous n'avons pas, et c'est naturel, la possibilité de nous autosaisir. Et parmi nos salariés, nous avons majoritairement, comme je l'évoquais, des techniciens du domicile, mais nous avons aussi des professionnels de santé, c'est-à-dire des infirmiers, des diététiciens, des pharmaciens aussi parce que nous délivrons de l'oxygène et il faut avoir là des pharmaciens puisque l'oxygène est considéré comme un médicament.
- Speaker #1
très clair et donc du coup Du coup, vous restez peu identifiés, c'est ça que je veux partager.
- Speaker #0
Exactement, on est très peu identifiés par le grand public, malheureusement aussi par les décideurs, puisqu'effectivement, on nous considère uniquement comme distributeurs de matériel. Or, on a du mal à faire comprendre que nous effectuons aussi, et c'est vraiment le cœur de nos métiers, une prestation au domicile du patient. Nous sommes en fait vraiment des entreprises de service, c'est-à-dire que vraiment nous aidons le patient à bien appréhender le dispositif médical. Ces dispositifs médicaux sont de plus en plus... numériser, de plus en plus peut-être techniques aussi à utiliser et à prendre en main. Et donc, on est là pour accompagner le patient et ses aidants à bien l'utiliser. Et puis ensuite, dans un second temps, bien sûr, faire des visites régulières pour s'assurer qu'effectivement le patient est observant. Et enfin, à rendre des comptes au prescripteur initial, de telle manière à lui dire, les choses se passent bien ou ne se passent pas bien. Et si ce n'est pas bien, on peut éventuellement envisager... d'inciter le prescripteur et le patient à reprendre rendez-vous de telle sorte à ce qu'il y ait une évolution dans la prescription. Encore une fois, nous ne sommes pas du tout habilités à modifier la moindre virgule d'une ordonnance ou d'une prescription médicale.
- Speaker #1
Alors avant de rentrer dans le détail de tes combats avec ton quotidien, j'aimerais parler de ton parcours Nicolas. Est-ce que tu peux te présenter davantage comment t'es tombé dans le monde médical ?
- Speaker #0
Alors écoutez, c'est tout simplement parce que j'habite sur Nîmes. J'ai été effectivement, tu l'as évoqué en introduction de ce propos pendant de longues années, chef de cabinet du sénateur maire de Nîmes. Sur le territoire nîmois, il y a une entreprise dans la prestation de santé à domicile, en l'occurrence Bastide Médical, qui est très implantée sur le territoire. Donc j'ai eu la chance, la possibilité de rencontrer son président directeur général à plusieurs occasions. Et effectivement, j'ai toujours voulu à partir de 40 ans basculer dans le domaine privé, puisque la politique c'est une passion d'ailleurs. Je me suis régalé, mais ça faisait bien une quinzaine d'années, vingtaine d'années que j'étais dans ce milieu-là. Et j'avais 40 ans, j'ai fait ma crise de la quarantaine. J'ai voulu découvrir le monde du privé, tout en restant sur Nîmes, parce que je suis très investi sur la commune, et puis très attaché à cette ville et à ses traditions. Et donc, ça s'est fait tout naturellement avec le groupe Bassine Lidicale, dont le siège social est sur Nîmes. Et puis ensuite, derrière, parce que ce qui m'intéressait beaucoup, c'est de rester aussi dans le contact avec la population, avec les personnes qui sont malheureusement souvent en difficulté pour se mouvoir ou pour se soigner. Et je trouve que la santé à domicile permet aux... patients ou personnes qui sont en souffrance, de rester dans un cadre privilégié, entouré des leurs, à leur domicile. Donc, c'est beaucoup plus rassurant. Et donc, il y avait aussi un côté un peu humain, social qui m'intéressait énormément.
- Speaker #1
Et donc, quand tu as démarré Affaires Publiques, qu'est-ce qu'il y avait écrit sur ta fiche de poste ? Quelle est ta mission ?
- Speaker #0
Chez Bastille Medica, mon premier poste, figurez-vous, c'était rien à voir avec les relations publiques. C'était vraiment dans la facturation tiers payante du groupe. Bon, ça a été très dur les premiers mois, très clairement. Mais c'était le meilleur moyen de bien comprendre le... et puis de bien comprendre les relations qu'ont les prestataires de santé à domicile avec la réglementation, avec le fonctionnement des caisses primaires d'assurance maladie, la direction de la sécurité sociale, de bien comprendre un petit peu l'arrière-boutique. Et donc, ça me rend aujourd'hui un peu plus compétent, du moins je l'espère, pour pouvoir défendre nos professions auprès de nos autorités, puisqu'après, effectivement, j'ai évolué dans mes fonctions. Et après ces deux années à la facturation tiers payante du groupe, j'ai évolué pour devenir directeur des relations institutionnelles et des partenariats du groupe Assis Médical.
- Speaker #1
C'est quoi la facturation de tir payé ?
- Speaker #0
Au sein du groupe Assis Médical, 80% des dispositifs médicaux sont pris en charge par la Sécurité Sociale, par l'assurance maladie, les 20% restants étant dédiés aux patients ou aux prescripteurs qui viennent se fournir en dispositifs médicaux ou en matériel médical, sans que l'État français et l'assurance maladie ne procèdent au moindre remboursement. C'est essayer de réagir à un acte d'achat de consommation.
- Speaker #1
Est-ce que là, du coup, dans ton poste actuel, un de tes objectifs, c'est de faire en sorte que ce 80% remboursé augmente ?
- Speaker #0
On a quand même conscience de la situation politique dans laquelle se trouve le pays. Aujourd'hui, il faut quand même... On a en plus à faire face à un vieillissement de la population française, de la population du monde. Derrière, on a malheureusement un développement des maladies chroniques, je pense notamment sur le diabète ou sur les problématiques dans le sommeil. Donc on doit être conscient que l'État et l'assurance maladie ne peuvent pas assumer. Notre rôle est plutôt d'essayer de fournir des propositions pour permettre à ce que toujours les entreprises puissent continuer, les entreprises et les associations, parce qu'on a aussi des associations qui œuvrent dans la santé à domicile, puissent continuer à fonctionner correctement, à payer ses salariés, à acheter les dispositifs médicaux et surtout à offrir une prestation de qualité à nos patients tout en faisant attention aux finances publiques de l'État français.
- Speaker #1
Alors ça nous permet de rentrer dans le détail de tes dossiers, notamment j'imagine le PLFSS qui doit être un temps fort pour toi. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ? Quelle ligne tu regardes ?
- Speaker #0
Alors, il est vrai que sur le PLFSS, c'est une excellente question, Pierre, parce que le PLFSS, on l'attend effectivement chaque année en tremblant. Nous ne sommes malheureusement pas concertés, pas consultés. On est malheureusement toujours en réaction. On essaye pourtant d'agir en amont, d'inciter les pouvoirs publics à discuter et à échanger avec nous, mais en fait, nous apparaissons toujours dans un petit article en annexe du PLFSS. autour duquel nous découvrons au mois d'octobre, novembre. Et uniquement à partir de là, nous rentrons en discussion, en négociation pour savoir exactement ces baisses tarifaires qui nous sont imposées. Je rappelle ces dix dernières années pour nos métiers sur la prestation de santé à domicile, ce sont 722 millions d'euros de baisses tarifaires qui nous ont été imposées ces dix dernières années. Et donc, on essaye à chaque fois de discuter, une fois qu'on a ces baisses qui nous sont imposées à chaque PNFSS, de la répartition de celle-ci auprès de nos différents... dans nos différentes vertigines, nos différents métiers qui sont le respiratoire, le maintien à domicile, la perfusion nutrition ou encore le domaine respiratoire.
- Speaker #1
Tous les ans, vous avez 720 millions ?
- Speaker #0
Ces dix dernières années, c'est 722 millions. Chaque année, grosso modo, nous avons des baisses tarifaires entre 150 et 200 millions d'euros de baisses tarifaires qui nous sont imposées sur la santé à domicile. Donc, vous imaginez avec les conséquences que cela a, parce que chaque année, devoir faire face à une telle baisse. sachant que par ailleurs cela se conjugue à l'inflation et là on est en train de vivre d'ailleurs actuellement avec le contexte géopolitique au Proche-Orient, l'augmentation du prix du pétrole, du carburant avec ses répercussions aussi après derrière sur le plastique, l'acier et puis aussi les difficultés dans le transport maritime sur le détroit d'Or. nous nous attendons à une forte inflation dans les prochains jours d'ailleurs même on commence à le voir concrètement et donc baisse tarifaire plus augmentation de nos charges je vous laisse comprendre les fameux effets ciseaux ça du coup l'effet ciseaux c'est au niveau des 80% dont tu parlais tout à l'heure c'est la même chose en fait tout simplement nous n'avons pas la possibilité nous de puisque c'est remboursé par l'état français par l'assurance maladie nous n'avons pas la possibilité de répercuter l'augmentation de nos charges c'est à dire que nous ne pouvons ou pas, comme n'importe quelle peut-être... entreprise augmenter nos tarifs à la vente ou à l'allocation auprès de nos patients usagers puisque effectivement c'est l'État français,
- Speaker #1
l'assurance maladie qui paye donc le reste à charge.
- Speaker #0
Alors après il y a effectivement le mécanisme des mutuelles, celles et ceux qui en disposent et puis après surtout c'est l'entreprise qui elle-même prend la différence à sa charge. Donc depuis de nombreuses années, les 722 millions d'euros auxquels je faisais allusion, les entreprises ont dû se réorganiser en interne pour effectivement faire face. à ces baisses régulières et annuelles qui sont inscrites à chaque fois dans le PLFSS. Et donc, couplé avec l'impossibilité d'augmenter nos prix vis-à-vis de l'usager et du consommateur, si je puis dire, et l'augmentation de nos charges, puisque l'inflation a des impacts sur l'essence, sur le prix de nos dispositifs médicaux, sur aussi les salaires de nos 35 000 salariés en France, eh bien forcément, les moyens d'exister pour les entreprises et les associations deviennent de plus en plus compliqués. Donc c'est un travail de réorganisation interne. et heureusement que nos entreprises, donc encore une fois 83% sont des petites et moyennes entreprises, arrivent à être agiles pour pouvoir se restructurer, mais nous arrivons quand même aujourd'hui à un bout d'un cycle.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un risque de désertification de ces entreprises et donc de désert médical ?
- Speaker #0
Alors c'est tout à fait juste parce qu'effectivement nous sommes donc 2850 entreprises en France et nous sommes présents sur l'ensemble des territoires nationals, y compris dans les dom-toms. C'est-à-dire que nous intervenons, y compris s'il le faut, le week-end avec des procédures d'astreinte sur l'ensemble du territoire, que ce soit dans les zones rurales, les zones montagneuses, les zones dites sensibles. Si le dimanche soir à 17h, en fonction de la pathologie, de la nécessité pour le patient, nous sommes amenés effectivement à agir pour ne pas pouvoir naturellement laisser le patient en difficulté. regarder un exemple très concret et pratico-pratique. Si demain, avec le patient, un problème avec son oxygène et que celui-ci, le dimanche à 17h... a du mal à respirer, il est évident, il en va de son vital, il est évident qu'on intervient en moins d'une heure pour pouvoir solutionner le problème. Heureusement, bien sûr, on essaie d'anticiper le plus et ça n'arrive pas, mais ça peut arriver, on est en tout cas organisé pour y faire face.
- Speaker #1
Je ressens que c'est un sujet qui est assez difficile dans un contexte budgétaire tendu. Est-ce qu'il y a quand même des moments où tu peux célébrer des victoires que tu peux partager ?
- Speaker #0
J'aimerais bien, très sincèrement. Malheureusement, je dois reconnaître que dans nos métiers des victoires, on en a des vraiment toutes petites. Je pense qu'il y a encore trois ans, on avait réussi à revaloriser le forfait de livraison pour les lits médicalisés que nous apportions au domicile des patients. Mais très sincèrement, non, non, les victoires sont plus que rares. En fait, la difficulté que nous avons, c'est qu'il y a une vision purement comptable, je crois, au niveau de nos tutelles, au niveau de l'administration publique, de la santé et de l'économie. Et en fait, parce qu'ils considèrent que nous avons de plus en plus de patients, du fait du vieillissement de la population, du fait du développement des maladies chroniques, ils se disent qu'ils ont de plus en plus de patients, nous allons baisser d'autant leurs tarifs. Or, à chaque fois, lorsque nous prenons des patients, nous devons recruter des salariés, nous devons acheter de nouveaux véhicules pour aller au domicile des patients, nous devons mettre de l'essence dans ces véhicules, puis nous devons aussi acheter de nouveaux dispositifs médicaux. Et donc, du coup, nous avons à chaque fois des frais. Ce ne sont pas comme... On ne peut pas faire d'économie d'échelle. Et en fait, quand on est une entreprise de service, de prestation, ces charges-là, je crois que malheureusement, ce modèle de régulation porté par l'État français n'est pas encore totalement bien compris par nos tutelles.
- Speaker #1
Si tu pouvais être aux manettes du pouvoir pendant quelques heures, qu'est-ce que tu pousserais, qu'est-ce que tu proposerais ?
- Speaker #0
La première des choses, ça serait déjà, comme pour n'importe quelle entreprise, de toute façon, au secteur d'activité, c'est d'avoir une vision pluriannuelle, savoir exactement où nous allons. pour pouvoir mieux anticiper d'éventuelles baisses, pouvoir réorganiser et anticiper dans nos entreprises notre modèle. Donc ça, je pense que ce serait la première chose. La deuxième chose, ce serait surtout rentrer dans une véritable concertation et vraiment écoute mutuelle. Encore une fois, nous avons bien conscience des difficultés de qualité de travers le pays. Nous avons bien conscience de la dette aujourd'hui sur la sécurité sociale. Nous voulons et nous en prenons notamment notre part. Il n'y a aucun problème. Mais il faut aussi que nos interlocuteurs publics comprennent que nous aussi, nous avons besoin de... pour pouvoir payer nos salaires et continuer à garder un service de qualité vis-à-vis de nos patients. Nous avons besoin quand même de gagner un peu d'argent et que nous ne pouvons pas vendre à perte, comme ça peut être le cas dans un certain nombre de domaines, notamment aujourd'hui sur le diabète.
- Speaker #1
Dans la qualité de service, ce que je comprends, c'est que vous avez aussi un lien de confiance avec vos patients, qui est assez particulier. Vous allez chez eux, c'est ça ?
- Speaker #0
Exactement, on va à leur domicile, en fait, encore une fois, on leur apporte un dispositif médical à leur domicile, donc ils nous ouvrent leur... porte, il y a une confiance qui se crée. J'ai envie de faire un petit peu une comparaison avec le facteur il y a quelques années encore en arrière. Aujourd'hui, c'est un peu disparu, mais aujourd'hui, si vous voulez, le prestataire santé à domicile a cette confiance du patient. Il y a aussi ce côté humain d'échange. Au-delà, vous savez, de la distribution de ce dispositif médical, de son installation, de son accompagnement au quotidien et dans les jours et les semaines qui suivent, il y a aussi une relation humaine qui se crée. Pour certaines personnes, on est peut-être les seuls interlocuteurs médicaux qu'ils voient à leur domicile. Et donc, ça nous permet notamment, peut-être, de pouvoir déceler, et c'est une des propositions que nous portons, et tout ça, justement, dans l'intérêt de l'État, nous semble-t-il, d'anticiper d'éventuels problèmes que pourrait rencontrer le patient. Bien entendu, d'abord, dans l'intérêt du patient, puisque si on détecte de manière préventive une problématique, et c'est toujours mieux que le côté curatif, ça va de soi. Pour l'État, c'est forcément beaucoup plus intéressant d'être dans la prévention. Donc en fait, tout le monde est gagnant, le patient, l'État, et puis nous qui avons fait, nous avons le sentiment de faire correctement notre boulot. Donc effectivement, notre présence au domicile du patient nous permet de repérer les fragilités du patient, nous permet éventuellement de savoir s'il est isolé ou pas, s'il peut compter sur sa famille, sur ses proches, sur éventuellement des voisins, ou s'il est totalement isolé. Donc à ce moment-là, potentiellement, nous pourrions faire aux autorités quelque chose d'être fin de voir de l'information. Donc voilà, beaucoup de choses à faire. On a bien noté que le ministère, c'est aujourd'hui le titre, c'est le ministère de la Santé. et de la prévention, et je crois que les prestataires de santé à domicile pourraient demain jouer un très très grand rôle en la matière.
- Speaker #1
Alors j'imagine que c'est difficile à matérialiser, mais est-ce que vous avez la possibilité d'expliquer par A plus B que ça fait gagner de l'argent dans les lignes comptables si vous avez plus de marge de manœuvre et que vous êtes davantage impliqué sur la prévention ?
- Speaker #0
Oui, alors malheureusement aujourd'hui, on fonctionne un petit peu en silo, c'est-à-dire qu'il faut absolument, l'État ayant besoin, l'assurance maladie en particulier, besoin de récupérer et de faire des économies, fonctionne aussi un petit peu en silo, c'est-à-dire d'un côté le budget de l'hôpital, qui est aussi en difficulté, on en a bien conscience, et qu'il faut bien entendu soutenir et accompagner dans sa transformation, ça il n'y a pas de sujet, mais l'hôpital, nous pourrions, nous, la santé à domicile, au sens large terme, ça dépasse même la prestation de santé à domicile. nous pourrions vraiment soulager l'hôpital en libérant des lits d'hôpitaux à partir du moment où on intervient plus par le côté préventif, parce qu'en faisant plus confiance aussi à ces acteurs qui vont au domicile des patients, qui connaissent leurs patients, qui connaissent leur pathologie, donc on pourrait effectivement permettre de garder le patient le plus longtemps possible à son domicile, au-delà de la question de bien-être de celui-ci, et bien ça fait faire des économies majeures à l'État français, puisque derrière on n'a pas besoin de payer l'infrastructure. qui est le bâtiment hospitalier.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais la possibilité de faire un rapport qui explique qu'on a fait gagner X journées d'hospitalisation ?
- Speaker #0
Alors, on a effectivement réfléchi à ces questions-là avec des économistes de la santé. Après, c'est toujours pareil sur des questions de méthodologie, c'est toujours un peu complexe sur ces questions d'ordre pratico-pratique, mais de toute façon, il est reconnu dans toutes les études scientifiques en France, comme d'ailleurs ailleurs dans le monde. que forcément, développer le domicile fait faire des économies importantes aux hôpitaux et la santé.
- Speaker #1
Donc Nicolas, tu m'expliquais qu'il y a ce moment du PLFSS qui est stressant, vous êtes en réaction. Comment ça se passe le reste de l'année pour toi ? Comment tu décrirais ton quotidien à quelqu'un qui aimerait comprendre ?
- Speaker #0
Eh bien, alors ça commence souvent, le point de départ, c'est toujours le PLFSS, effectivement, où là, on nous annonce une baisse tarifaire. Là, à ce moment-là, on est toujours, effectivement, malheureusement, en réaction, mais on essaye aussi d'être dans l'anticipation, donc d'abord en réaction, parce que derrière ces 150 millions ou 200 millions d'euros de baisse tarifaire, ils sont souvent à dispatcher entre nos différents métiers, encore une fois le respiratoire, la perfusion nutrition, le maintien à domicile, la stomatologie, urologie, cicatrisation, ou encore bien sûr le diabète. Et donc là on est en réaction, mais aussi on est en préparation pour essayer de convaincre les décideurs publics que pour le fait de l'FSS suivant, ils ne recommencent pas, parce que nous en sommes toujours... Au bout du bout, il y a beaucoup de réunions de concertation. Nous travaillons aussi, naturellement, nous sommes plusieurs syndicats dans le métier, donc nous travaillons aussi en concertation avec nos collègues, nos homologues des syndicats, pour faire derrière être source de proposition, parce qu'être en réaction, c'est une chose, mais après derrière, on veut et on est source de proposition pour, encore une fois, comme je l'évoquais en début du propos, pour pouvoir faire changer, on va dire, les algorithmes de nos décideurs et leur faire comprendre que justement, nous ne sommes pas... qu'une source de dépense, nous ne sommes même pas une source de dépense, nous sommes surtout potentiellement une source d'économie à partir du moment où on nous fait confiance et on nous confère de nouvelles missions.
- Speaker #1
Comment on fait pour gagner son entrée auprès des parlementaires, pour être systématiquement concerté ?
- Speaker #0
Les prestataires de santé à domicile sont présents sur tout le territoire national, comme je l'évoquais tout à l'heure. Nous sommes sur toutes les circonscriptions, dans toutes les villes petites et moyennes, nous intervenons sur l'ensemble du territoire. Donc en fait, chacun de nos prestataires... va rencontrer son parlementaire, lui explique ce que nous faisons. Puis encore une fois, comme nous soignons 4 millions de patients, les parlementaires eux-mêmes, dans leur famille, ou les patients eux-mêmes connaissent des élus. Donc effectivement, on essaye par ce biais-là de les sensibiliser à nos problématiques. Après, tout simplement, on agit aussi par voie médiatique, par voie de communication, et on essaye en fait de toucher par tous les canaux possibles, et puis bien sûr, multiplier les rencontres au sein des structures parlementaires, au Sénat ou à l'Assemblée nationale.
- Speaker #1
Si tu le veux bien Nicolas, on va passer à la séquence vrai-faux. Je vais te soumettre deux phrases, tu réponds par vrai ou faux et tu peux développer si tu le souhaites.
- Speaker #0
Très bien.
- Speaker #1
La première qui a déjà grandement répondu, mais ça peut te permettre de développer encore davantage, la santé à domicile est juste un poste de dépense à maîtriser.
- Speaker #0
Exactement, alors j'y ai déjà un petit peu parti répondu, tu as raison. Non, très clairement, je crois qu'au contraire, la santé à domicile n'est pas non plus une source de dépense, mais une vraie source d'économie. Une vraie source d'économie parce que justement nous pouvons développer ce côté préventif et au-delà, et c'est quand même le plus important et la base du confort, du bien-être et dans l'intérêt du patient, ça permet d'anticiper tout problème et de dépenses nouvelles curatives pour l'assurance maladie. Donc nous sommes vraiment, par ce volet préventif, une source d'économie. Source d'économie aussi, au-delà du préventif, parce que... Tout simplement, nous n'avons pas ces infrastructures à pour l'État, comme les hôpitaux, les cliniques, à payer. Là, nous avons au domicile du patient les murs, leurs maisons, et donc ce sont aussi des sources d'économies assez importantes.
- Speaker #1
Et la deuxième phrase, le virage domiciliaire est impossible sans une revalorisation du modèle économique des prestataires.
- Speaker #0
Le virage domiciliaire, effectivement, il est prôné depuis des années par les pouvoirs publics, quelle que soit leur couleur politique. Et effectivement, de toute façon, avec encore une fois les évolutions démographiques en France, mais pas qu'il faudra effectivement y aller, l'accompagner, le développer. Les prestataires de centres d'adoption avec d'autres, il y a d'autres structures qui sont au domicile du patient. Il faut bien entendu les associations de services à la personne. Je pense notamment au HAD, aussi à l'hospitalisation à domicile. Nous ne sommes pas les seuls. Et puis, bien sûr, les infirmières libérales et autres professions libérales. Nous ne sommes pas les seuls, mais je crois qu'il faut vraiment que l'État français comprenne qu'au-delà des mots, au-delà de prôner le virage domiciliaire, le virage ambulatoire, selon quel mot on y met, il va falloir que ça soit accompagné aussi financièrement. Parce qu'il n'y aurait rien de pire demain qu'on se retrouve un petit peu ce qu'on a fait malheureusement pour les hôpitaux, se dire ou arrêter l'investissement, arrêter et se retrouver le bec à vouloir dans quelques années le prôner, qu'il n'y ait plus personne, aucune association, aucune entreprise qui puisse le... le mettre concrètement sur le terrain.
- Speaker #1
On va arriver bientôt au bout de cet épisode, Nicolas. Est-ce qu'il y a un sujet que tu voulais développer ici que tu n'as pas encore le temps d'exprimer ?
- Speaker #0
Non, je voudrais surtout vraiment insister sur le volet entreprise et association de services. Je voudrais vraiment que, si on doit vraiment retenir quelque chose sur ce que font les prestataires de santé à domicile, ce ne sont pas uniquement et simplement des entreprises, des associations qui apportent, distribuent le dispositif médical au domicile de patients, comme on pourrait le faire à l'imaginaire. pour une société comme Amazon. Il y a un vrai accompagnement derrière de nos salariés pour que le patient, l'usager, se sente le plus à l'aise avec le dispositif médical qu'il utilise le mieux possible. Du coup, comme ça, tout le monde s'y retrouve. Le patient est observant par rapport aux prescriptions du médecin. Le médecin lui-même gagne du temps aussi quand il l'accueille. Dans un autre rendez-vous, il y a aussi un gain de temps médical. Et puis nous, nous sommes contents lorsque, effectivement, le patient, par ailleurs, est très observant. Donc c'est vraiment une chaîne très, très positive. Voilà, et donc je voudrais vraiment attirer l'attention des décideurs publics que ce service-là, ça a un coût, si on veut maintenir cette qualité-là, et ce côté humain, eh bien, il faut s'en donner les moyens.
- Speaker #1
Nicolas, tu as un parcours qui est riche, donc politique, affaires publiques. Si... tu te renvoyais, si tu voyais Nicolas de 20 ans et que tu pouvais lui donner un conseil, qu'est-ce que ça serait ?
- Speaker #0
Je lui dirais, Nicolas continue ou essaye même encore d'aller plus loin dans le regard sur les autres, sur le monde, sur le monde au sens large, bien sûr, les cultures, les traditions, le paysage, tout le volet géographique. J'ai eu la chance de beaucoup voyager jusqu'à présent. Mais surtout, intéresse-toi à l'autre, à ce qui t'entoure. les différents milieux professionnels, associatifs, intéresse à toi tout, ne reste pas cantonné uniquement dans ce qui t'intéresse le plus, ce qui t'émeut le plus. Essaye de t'ouvrir et surtout essaye d'échanger parce qu'en fait, tu n'as pas la vérité avec un grand V. On se nourrit toujours de l'échange, de la discussion avec les autres. Et donc, je crois que c'est ça la plus belle leçon que je me permettrais de donner aux jeunes et que je me permets d'échanger souvent avec mon fils, c'est vraiment de s'intéresser aux autres et puis de s'engager. Aussi, après, derrière, de ne pas avoir peur de s'engager. On peut se planter, on peut se tromper, on a le droit, mais quand on se plante, quand on se trompe, malgré tout, on retient toujours quelque chose et après l'erreur, on ne la fait pas. Et puis après l'erreur, ce n'est jamais une erreur, en fait. Donc, on s'instruit.
- Speaker #1
Est-ce que pour terminer, tu aurais une recommandation culturelle à nous partager ?
- Speaker #0
Alors bon, après, c'est très propre à chaque personne. Moi, c'est vrai que j'aime beaucoup lire, j'aime beaucoup l'histoire. Donc, il y a une période d'histoire que j'aime bien. Et d'ailleurs, je prends grand plaisir quand je viens sur Paris à chaque fois, puisqu'encore une fois, je suis de Nîmes, mais je ferai grand plaisir à... Venir à Paris, parce que c'est vraiment cette période du baron Haussmann, de la fin du 19e siècle, début du 20e, où Paris, où la France se transforme, où il y a des évolutions technologiques, humaines, dans tous les domaines, sociales, il y a une effervescence qui est juste incroyable, culturelle, et je trouve que c'était une période où tout était possible. Alors bien sûr, tout n'était pas parfait, notamment, il ne faut jamais oublier, dans le baron Haussmann, il y a eu beaucoup de... populations qui ont été déportées aux portes de Paris et bien au-delà, mais quand même c'était une grosse période d'effervescence, et tout ça pour dire qu'en fait quand on veut, on peut, et on est capable nous la France de très très belles réussites et il y en a eu beaucoup d'autres après dont on profite encore aujourd'hui dans notre quotidien et voilà, l'histoire de manière générale et la lecture.
- Speaker #1
Merci beaucoup Nicolas, une dernière chose, alors je remarque que tu as surtout un pin's Je lis réserve dessus. Oui,
- Speaker #0
c'est la réserve citoyenne de l'armée de terre. En fait, je suis toujours engagé, c'est-à-dire qu'après, on fait de la politique de manière différente. C'est-à-dire qu'on peut être effectivement dans la politique partisane, dans un cabinet ou en tant qu'élu. Mais après, bien sûr, quand on est engagé, on s'engage aussi dans les associations, dans le bénévolat. Et donc, j'ai l'honneur d'avoir été intégré récemment dans la réserve citoyenne de l'armée de terre. Et c'est vrai que ça situe particulièrement une fierté de pouvoir... participer à se créer ce lien entre la nation et les Français. Et donc, j'essaye modestement, à mon niveau, de l'inculquer ça dans le milieu de l'entreprise et puis au milieu scolaire.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Nicolas.
- Speaker #0
Avec grand plaisir. Merci de votre invitation.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté l'EBC. Je m'appelle Pierre. Je suis le cofondateur de l'EG Watch, la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire.