- Speaker #0
on se battait dans la même direction que plein d'ONG. Mais c'est rarement dit parce que les ONG, ça va les embêter de se dire qu'elles font le jeu de grands groupes, de grandes multinationales. Déjà, c'est offensif parce que tu es une startup, que tu n'existais pas et donc que par définition, tu n'as rien à perdre. La barrière technologique, elle est en train de me bomber. Et ce que je trouve fascinant, c'est qu'en fait, la frontière entre ce qui est tech et ce qui n'est pas tech, elle est en train de se dissiper aussi.
- Speaker #1
Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch, et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Hugues Dantin. Hugues, tu as passé près de 20 ans dans les affaires publiques, avec un fil rouge très clair, l'environnement, mais toujours traité comme un sujet économique et industriel. Tu as fait tes armes dans le Conseil, avant de passer 13 ans chez Suez, où tu as commencé par des enjeux très territoriaux, puis progressivement... vers des fonctions plus centrales, jusqu'à diriger les affaires publiques du groupe. Après ça, le grand écart. Une startup, Fermat, que tu as rejoint, et là tu découvres une pratique du lobbying beaucoup plus offensive, plus orientée résultat, où tu n'as rien à défendre, mais tout est à ouvrir. Et aujourd'hui, tu te lances tout seul, en solo, avec un nouveau chapitre, former les équipes affaires publiques à l'usage concret de l'IA, non pas pour faire du gadget, mais pour structurer les process, gagner du temps. et rendre le métier encore plus professionnel. Salut Hugues !
- Speaker #0
Salut Pierre !
- Speaker #1
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
Non, c'était très exhaustif. J'ajouterais juste que j'ai persévéré un moment dans les sujets environnement et climat en étant brièvement délégué général de l'AFEN, une association professionnelle qui regroupe le secteur de l'élimination directe du carbone.
- Speaker #1
Alors on va parler de ton passage chez Suez, notamment, 13 ans. Donc j'ai nommé ça un fil rouge-vert. Faire de l'environnement un sujet business, comment tu décrirais ta manière de faire des affaires publiques, notamment au sujet de l'environnement ?
- Speaker #0
Peut-être ce qu'il faut rappeler, c'est les activités de Suez. Il y a souvent la confusion avec GDF Suez et tout ça. Donc Suez, qui était avant Suez Environnement, est donc une entreprise qui a deux grands piliers, qui sont la gestion de l'eau et de l'assainissement, et la gestion des déchets, au sens très large, parce que ça va de la collecte au recyclage, en passant par la propreté urbaine. au sens très large de ces termes-là. Donc ce qu'on appelle les métiers de l'environnement, secteur sur lequel la France est bien positionnée parce qu'elle a justement ce modèle très intégré ou avec des entreprises et des groupes de taille mondiale qui sont présents sur l'ensemble de la chaîne de valeur, que ce soit sur l'eau ou sur les déchets.
- Speaker #1
Alors du coup, est-ce que tu peux nous décrire un peu ton quotidien là-bas, les dossiers qui étaient les plus importants pour toi ?
- Speaker #0
Le quotidien, c'est compliqué à dire. J'ai passé 13 ans dans cette belle maison et sur des fonctions assez différentes parce que je suis rentré, comme tu le disais, d'abord sur des sujets plus territoires puisque je me suis occupé pendant 5 ans notamment des partenariats entre Suez et les associations d'élus locaux. Parce qu'il faut le préciser, mais une grande partie des clients de Suez ou de Veolia ou d'autres entreprises du même type sont des collectivités locales à travers des contrats de délégation de services publics ou de prestations de services sur l'eau, l'assainissement ou la... la gestion des déchets. Donc les associations d'élus sont des partenaires pour ces entreprises-là, comme toutes celles qui travaillent avec les collectivités locales. Ce sont des partenaires importants, à la fois prescripteurs, un peu détecteurs de tendances. Et donc il y avait un vrai enjeu à nourrir la relation qu'il y avait entre Suez et ces associations d'élus. Et donc une réalité très différente de la fin de mon expérience de ces 13 ans chez Suez, où j'étais à la tête des relations institutionnelles du groupe. Donc en plus dans un contexte assez particulier, C'était entre 2020 et 2023. Donc, juste avant, j'ai pris ces fonctions-là une semaine avant le premier confinement et six mois avant l'OPA de Veolia sur Suez. Donc, c'est compliqué de décrire la réalité du quotidien, mais je peux revenir sur certains dossiers.
- Speaker #1
Déjà, alors juste pour faire un tout petit détour sur ton parcours. Donc, tu as un parcours hyper affaire publique. Est-ce que c'est quelque chose que tu as toujours attiré ? Comment tu as découvert ce monde-là ?
- Speaker #0
Alors, je ne peux pas dire que c'était une vocation d'absolue jeunesse. En fait, moi, j'y suis venu en ayant été... été au cours de mes études, comme beaucoup, en parallèle de mon Master 2 en intelligence économique, que j'ai fait après 5 ans de Sciences Po, j'ai été collaborateur parlementaire. Et donc ça a été un peu ma clé d'entrée dans ce monde-là.
- Speaker #1
C'était par militantisme ou par connaissance ?
- Speaker #0
Non, c'était par connaissance et plus par intérêt thématique des sujets sur lesquels travaillait le député, qui était Bernard Carayon, pour ne pas le citer, qui était député UMP à l'époque du Tarn. et qui travaillait beaucoup sur les sujets de patriotisme économique, d'intelligence économique, donc il y avait un lien assez direct avec la formation que je faisais. Donc non, justement, et c'était pas par militantisme, mais en revanche, ça m'a passionné de découvrir, déjà à l'époque, une partie de la fabrique de la loi. Et du coup, je me suis dit, ce qui me plairait beaucoup, ce que je trouve génial dans les affaires publiques, c'est que l'environnement de travail, c'est la politique. Alors tu peux être dedans, tu peux avoir les deux pieds dedans tout en faisant des affaires publiques, mais tu peux aussi... Le considérer juste comme un environnement de travail sans être toi personnellement investi ou engagé.
- Speaker #1
C'est ton cas.
- Speaker #0
Et c'est mon cas, oui, tout à fait. Je trouve que c'est ce qui fait toute la saveur de ce métier, c'est cette capacité d'empathie et d'adaptation à l'interlocuteur et de pouvoir en fait parler à tout le monde. Et de pouvoir aussi s'adapter du coup à des schémas idéologiques qui ne sont pas les siens, qui peuvent être très différents d'une personne à l'autre. Et donc voilà, ça demande une certaine plasticité. mais que je trouve très intéressante et enrichissante.
- Speaker #1
Alors pour revenir à Suez et donc les dossiers marquants, tu m'avais parlé avant cet entretien de l'OPA de Veolia. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Speaker #0
Déjà, c'est le genre d'expérience, ça a agité toute la place de Paris pendant huit mois. Quand on est dedans, c'est le genre de truc où on se dit « je ne suis pas sûr de le vivre deux fois dans ma carrière » .
- Speaker #1
C'est dans quelle année ça ?
- Speaker #0
Ça a couru entre septembre 2020 et avril 2021. Donc pendant huit mois. où en fait, en tant que directeur des affaires publiques, tu te retrouves un peu à faire campagne électorale pour la survie de ta boîte. J'étais un peu salidé. Parce qu'en tout cas, la manière dont l'OPA a été lancée au début, Suez était vouée à disparaître. Donc, ça te crée un enjeu. En me présentant, tu parlais de défensif-offensif. Là, pour le coup, c'est de l'ultra-défensif, mais du défensif qui est assez palpitant parce que c'est l'avenir de l'entreprise qui est en jeu. Donc, c'est à la fois un marathon et un sprint pendant des mois et où la pratique du métier change complètement. J'y reviendrai plus tard, mais c'est vrai que dans les métiers de l'environnement, mais d'ailleurs comme dans tous les secteurs, il y a une technicité qui est quand même assez importante. C'est quand même des grosses boîtes d'ingénieurs où moi, personnellement, je suis tout à fait littéraire, mais avec une vraie curiosité pour ces sujets, mais il y a quand même un niveau de technicité.
- Speaker #1
Comment tu fais pour être légitime à ce moment-là, pour être respecté par...
- Speaker #0
Il y a une première chose, c'est que quand tu es dans les affaires publiques, tu es censé justement être un pont et être un lien. Donc si toi-même... t'es trop ingénieur si je puis dire et en tout cas n'ayant pas cette capacité à traduire, à vulgariser et à relier tes enjeux techniques à des enjeux plus politiques, ça ne marche pas donc après j'ai toujours eu très à coeur, et ça c'est une forme d'éthique du métier de comprendre ce que je disais ce qui paraît bête dit comme ça mais quand on se penche sur les sujets, les micropolluants les pifas, c'est assez rapidement un niveau de technicité qui est assez important C'est de la curiosité intellectuelle et un vrai intérêt pour ces sujets, mais j'ai toujours essayé à minima de les comprendre et pour pouvoir les vulgariser et les partager d'une manière qui soit efficace et optimale. Mais la légitimité, encore une fois, la fonction affaire publique, je n'ai pas été amené à concevoir des stations d'épuration, des centres de tri, donc il n'est pas forcément attendu. des équipes à faire public, qu'elles aient la même technicité que les ingénieurs des entreprises qu'elles représentent.
- Speaker #1
Alors du coup, à ce moment-là, pendant cette OPA, c'est quoi ton quotidien ? Comment tu fais pour avoir la meilleure ligne défensive possible ? J'ai rencontré Guillaume Jean qui travaille à l'agence Jeanne la semaine passée. Lui, il m'a expliqué qu'une de leurs stratégies, c'est vraiment de mettre le rôle du dirigeant en avant. Donc en fait, il faut incarner l'entreprise par le dirigeant. Et c'est lui qui devient un peu le super lobbyiste. In fine. Mais est-ce que c'est quelque chose que t'as fait ou est-ce que tu t'y es pris autrement ?
- Speaker #0
C'était super intéressant parce que mon premier réflexe a été de faire plutôt l'inverse en réalité. De toute manière, le dirigeant déjà, en l'occurrence le directeur général à l'époque, il avait déjà énormément à porter sur ses épaules dans des situations comme ça. Il faut gérer les actionnaires, les journalistes. Donc évidemment qu'il a aussi géré l'interaction avec les pouvoirs publics, mais on n'a pas spécialement mis en avant dans ce rôle-là déjà parce que la bande passante, elle était ce qu'elle était. Et là où ça me fait réagir, c'est que moi, j'avais plutôt un réflexe, en tout cas au début de la crise, à me dire, il faut faire masse et il faut que l'incarnation, elle passe par autant de collaborateurs de l'entreprise possible. Mais sauf qu'à l'époque, on pensait que c'était un blitzkrieg et pas forcément que ça durerait huit mois. Et pour le coup, à très forte raison, mes superiores hiérarchiques ont un peu calmé mes ardeurs en disant, attends, on s'occupe de l'eau potable dans des villes pour des clients industriels, des déchets, on ne va pas mobiliser toute l'entreprise. Moi, je suis arrivé avec une vision, je me disais, on va faire du... du grassroots lobbying, chaque collaborateur va être l'ambassadeur de la survie et de la défense de Suez et tout ça. On m'a dit non, ça ne va pas marcher parce qu'on ne sait pas pour combien de temps on s'engage. Il serait irresponsable de mobiliser l'ensemble de l'entreprise et ça s'est avéré vrai. Effectivement, on ne peut pas mobiliser l'ensemble d'une entreprise et ça explique aussi pourquoi, et ça a été le cas pour cette OPA, c'est souvent des batailles d'état-major parce que la vie continue et selon les secteurs où on est. Il faut faire tourner les activités qui sont en plus, concernant Suez ou Veolia d'ailleurs, des activités vitales et essentielles pour les habitants et pour les collectivités.
- Speaker #1
Super clair. Alors ça s'est soldé comment ?
- Speaker #0
Ça s'est soldé. Suez existe toujours. Il y a un nouveau Suez. Veolia a quand même racheté la moitié de ce qu'était l'ancien Suez. Donc l'OPA a été faite, mais je ne pense pas tout à fait avec l'ampleur. qui était voulu au début. C'est-à-dire que, en gros, pour être clair, je pense qu'on a bien fait de mener le combat, mais pas seulement pour une question de principe, mais c'est parce que c'est en menant ce combat qu'il y a eu des garanties sur l'emploi et puis des discussions sur le périmètre qui ont conduit à avoir un nouveau Suez viable économiquement. Donc, c'était super important de le faire, mais néanmoins, Veolia est allé au bout de sa logique et maintenant est intégré. Maintenant, on en parle, voilà. L'accord a été trouvé en avril 2021, donc ça va faire bientôt cinq ans. Donc, je pense qu'on peut tout à fait défendre que, d'un certain point de vue, c'était une opération réussie pour Veolia. Donc, voilà comment ça s'est terminé. Et puis bon, derrière, après avril 2021, il y a eu toute cette phase, mais qui m'a concerné, moi, sur les affaires publiques, mais une phase où il fallait montrer, déjà, nouveaux actionnaires, le temps qu'ils arrivent, nouveau management. Il a fallu du temps pour que tout ça arrive, nouvelle direction générale et tout ça. Et puis, pendant tout ce temps-là, il faut continuer à faire exister l'entreprise parce qu'en fait, il y a eu tellement de chaos et de messages. On voyait pendant 8 mois dans tous les sens qu'à la fin, la question se posait de savoir si Suez existait toujours. Et il fallait pouvoir montrer que Suez existait toujours. Et les affaires publiques ont été un des outils pour le faire. C'était en plein pendant les sujets sur la loi climat résilience, par exemple, sur laquelle il y avait beaucoup de sujets qui concernaient Suez.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Ça, tu m'en avais parlé, la séquence climat résilience. Et j'avais noté l'amendement concession.
- Speaker #0
Oui, oui, oui.
- Speaker #1
Alors déjà, en quoi ça vous concerne, climat résilience ? Est-ce que tu peux donner un peu de contexte et l'enjeu qui est autour de ça ?
- Speaker #0
On avait... pas mal d'articles qui nous concernaient. Alors après, le temps faisant et la distance aidant, là j'ai bien en tête le sujet dont je vais te parler sur les marchés publics et tout ça. Il y avait des sujets de mémoire sur... Il y avait quelques sujets sur la gestion des déchets, il y avait sur consommation durable et reporting extra-financier qui nous concernaient, Suaz. Mais il y avait notamment ce sujet de la commande publique. En fait, la loi climat résilience, un de ses objets était ce qu'on appelle le verdissement de la commande publique. Et typiquement, on était dans cette période où il fallait montrer que Suez continuait à se projeter vers l'avenir. Et en fait, ça arrivait aussi à un moment où, structurellement dans les marchés avec les collectivités, et ça c'est un sujet commun au transport public, qu'est au LIS, Transdev, ou à l'énergie, enfin tous les énergéticiens qui ont ces contrats avec les collectivités connaissent ces phénomènes d'érosion de marge, de concurrence qui est parfois très très vive. et qui peut conduire à répondre à des appels d'offres de collectivités un peu à perte, parce qu'il y a aussi des calculs en disant, ça c'est une vitrine pour nous, il faut qu'on garde cette ville, donc on va répondre un peu en dessous et on va perdre de l'argent sur ce contrat. Et bon, ça faisait déjà, je dirais, 10-15 ans qu'on était un peu dans cette tendance, un peu à la, on va dire, au low cost sur les services publics locaux, et moi j'ai vraiment vu dans ce projet de la Clémat Résilience, via ce thème de l'Urdissement de la commande publique, une occasion de redonner de la valeur aux services qu'on pouvait apporter aux collectivités. Et qu'on ne soit pas jugé uniquement sur le prix de l'appel d'offres, mais aussi sur l'impact environnemental que notre offre va pouvoir apporter à la collectivité pour laquelle on répond. Dès l'origine, dans le projet de loi, il y avait justement des articles qui prévoyaient que il y ait des critères environnementaux qui soient pris en compte de manière obligatoire par les collectivités. locales.
- Speaker #1
Donc ça c'est toi qui repères ça qui va dans la rue,
- Speaker #0
tu vas voir tes collègues et tu leur dis là il y a je leur dis là il y a un truc mais qui n'a fait que la moitié du chemin parce qu'en fait ça ne me concernait que les marchés publics. Après avec des sujets de seuil et tout ça mais bon nous on est quand même Suez était plutôt sur des gros objets donc on n'était pas sur les sujets de seuil. En revanche ce n'était que les marchés publics et du coup je vois ça et je me dis bon bah c'est peut-être l'opportunité qu'on attendait pour redonner un peu de valeur à nos métiers parce que demain on répondra une DSP d'Opotap si on parlait toute l'innovation qu'on est capable de mettre et tout ça, on peut prouver et montrer que ça va avoir un impact environnemental aussi positif. Demain, ce serait bien que la collectivité doive prendre en compte aussi ces critères-là. Et donc, en fait, dans le projet de loi, c'était uniquement les marchés publics. Donc, les marchés, ça peut être de biens ou de services, mais ça ne concernait pas le mode contractuel de Suez qui intervient sur des délégations de services publics ou concessions de services publics. Et donc, l'action qu'on a menée, en fait, c'est d'élargir la portée de ces dispositions. pour s'assurer que les concessions de services publics soient englobées dans ce verdissement de la commande publique. Ce qui a un effet, en termes de montant économique, c'était un effet non négligeable, un effet de levier non négligeable. Et ce qui est assez marrant, c'est que tout prend toujours beaucoup de temps. C'est quand même un métier, les affaires publiques, où il faut savoir être patient. Et forcément, comme j'ai beaucoup porté ce sujet, je continue à regarder ce que ça devient. Et ça ne devient vraiment obligatoire qu'à partir, je crois, de août 2026. Donc, il a fallu le temps, des décrets d'application. Et puis, ça pose en plus de gros, gros sujets de critères environnementaux. Par définition, c'est moins clair qu'un prix. Donc, comment on le définit ? Comment on va le contrôler ? Comment on fait en sorte que ça n'ouvre pas la voie à des contestations, des recours dans tous les sens ? Donc, il a fallu un temps de mise en œuvre un peu long.
- Speaker #1
OK. Et alors, comment ça s'est passé ? Donc, quand tu décides, tu vois l'opportunité.
- Speaker #0
Bon.
- Speaker #1
Ensuite, c'est adopté cinq ans après. Entre les deux, si moi, je devais me lancer en affaires publiques, j'identifie des bons parlementaires ou tu as déjà un réseau ? Comment ça se passe ?
- Speaker #0
En l'occurrence, les choses étaient assez bien rangées. C'est-à-dire que sur la loi Climat Résilience, comme c'est toujours le cas, c'était une loi assez importante. Il y avait des rapporteurs. Elle avait été un peu coupée en morceaux. Il y avait des rapporteurs sur chacune des parties. Et donc, sur la partie commande publique, il y avait une rapporteure qui était Sandra Mottin, députée de l'ISER. et donc il ne faut pas y filer par quatre chemins, c'est-à-dire que je l'ai contacté. Je n'avais pas eu l'occasion de la... Enfin, je ne la connaissais pas. Après, bon, ça, c'est l'avantage. Suez, ça parle à tout le monde, donc elle voyait d'où je parlais, qui j'étais assez bien. Et donc, voilà, je l'ai contacté, je lui ai dit, écoutez, voilà, on pense qu'il y aurait un effet de levier bien plus important si vous englobiez les concessions en plus des seuls marchés publics. Et je me souviens de sa première réaction, ça a été, bon, je comprends pourquoi Suez... Suez, voilà, je... Je connais, je vois ce que vous faites, je vois bien votre intérêt, mais vous ne pouvez pas être les seuls à me le demander. Et donc, tout le travail que j'ai fait derrière, mais qui a été assez rapide parce qu'elle était déjà rapporteur, donc il fallait bouger assez vite, c'est d'embarquer, à la fois de trouver des entreprises, plus PME et tout ça, qui puissent porter ce même message. Parce que quelle que soit la taille de l'entreprise, c'était aussi un vrai levier de reconnaissance de l'innovation que les entreprises, dans leur ensemble, grands groupes ou PME, peuvent apporter aux collectivités locales. Donc j'ai trouvé des PME dont l'intérêt et qui étaient d'accord pour porter ce même message. Et puis la deuxième chose, c'est que et je t'en parlais tout à l'heure, c'est vrai que moi j'avais beaucoup travaillé avec les associations nationales d'élus et c'est des interlocuteurs que j'avais gardés. et que j'ai mobilisé aussi sur ce sujet. Et je me souviens notamment du côté de France Urbaine, qui est les grandes villes et métropoles, il y avait une vraie appétence sur le sujet du verdissement de la commande publique et une vraie expertise. Et ils ont eu aussi un rôle assez prépondérant, déjà pour exprimer le fait que c'était aussi une attente des collectivités locales. A partir du moment où vous pouvez dire, c'est pas que Suez, mais c'est les PME, C'est aussi dans d'autres secteurs, parce que cette mesure, c'est là où c'est intéressant. C'est une mesure qui, à terme, pourrait bénéficier à toutes les entreprises qui travaillent avec les collectivités locales, ce qui fait un paquet. Et finalement, il n'y avait pas d'intérêt intrinsèque à Suez. Le seul intérêt qu'il y a, c'est d'être à l'origine du truc, parce que du coup, vous êtes vraiment en amont. Et comme vous êtes à l'initiative, vous apparaissez un peu comme le leader d'opinion sur le sujet et comme l'entreprise vers qui il faut aller. Et donc, c'est quand même un vrai enjeu en termes de réputation. et du fait d'être dans la boucle, y compris derrière, après, avec l'administration, sur l'étape du décret d'application et tout ça. Donc voilà, il y a eu vraiment cette... Alors, ce n'était pas une coalition formelle, tout ça s'est joué sur quelques semaines. Là, je mets la loupe sur une période, finalement, qui n'a pas été longue. Donc, on n'a pas eu le temps de faire une campagne ou je ne sais pas quoi. Enfin, c'était de l'informel, mais ce qui comptait, à la fin, c'est que la rapporteure puisse dire qu'il fallait le faire parce que les collectivités locales ou certains de leurs représentants lui demandaient. qu'il y avait une demande, grands groupes, PME, voilà. Je n'ai pas parlé des startups, mais pareil pour les startups, le fait d'avoir ces critères environnementaux pour toutes les startups Green Tech, j'espère, et on ne peut pas en faire le bilan puisque l'application n'est pas encore tout à fait là, mais en tout cas, j'espère que ce sera un levier aussi pour les startups.
- Speaker #1
Alors, tu as utilisé le mot startup, ça me permet de faire un excellent lien vers la prochaine séquence. Puisque à la suite de Suez, tu as rejoint une startup justement. Donc je trouve ça hyper intéressant de pouvoir avoir ta vision, ton expérience de ce que ça change. Par exemple, tu disais que chez Suez, tu étais hyper bien identifié. Donc tu pouvais parler facilement ou avoir accès à des parlementaires ou peut-être à des commissions. Est-ce que c'était le cas en startup ? Est-ce que tu as dû toquer à toutes les portes ?
- Speaker #0
En fait, c'est marrant parce que d'un côté, oui, il y a la marque qui joue quand tu travailles dans un grand groupe. Mais parfois, ça joue contre toi. Mais ça, je ne l'ai su. qu'en changeant un peu justement d'univers et en passant de grand groupe.
- Speaker #1
Sur le grand groupe, sur ce que tu représentes ?
- Speaker #0
C'est-à-dire que des députés qui ne me l'avaient pas dit sur le coup, mais une fois que j'étais passé en startup, ils me disaient « Bon, Hugues, t'es sympa, mais tu comprends, quand tu nous demandais un rendez-vous pour Suez, on pouvait écrire la fin du rendez-vous. Enfin, on savait, voilà, Suez, vous êtes là depuis 180 ans, on sait à peu près quels sont vos sujets et tout ça. Donc, bon, on te recevait, mais on savait un peu ce que tu allais nous raconter déjà. » bon bah là t'es startup ta boîte elle existait pas il y a deux ans il y a quand même cet attrait de la nouveauté de l'innovation et tout ça qui en fait alors c'est pas les mêmes portes qui s'ouvrent ou qui se ferment mais c'est assez marrant de voir justement cette différence de perception alors oui c'est sûr qu'il n'y a pas derrière le poids d'une marque d'un grand groupe et tout ça mais il y a quand même cette curiosité après le point commun c'est que enfin tout est dans la capacité aussi à à relier ses sujets économiques à des sujets qui vont intéresser ton interlocuteur et où il va pouvoir se dire « Ah ok, je le relie à tel ou tel sujet que j'ai et ça m'intéresse du coup de travailler là-dessus. »
- Speaker #1
Qu'est-ce qui a le plus changé pour toi quand tu as commencé ce… ?
- Speaker #0
Ce qui change beaucoup déjà, au-delà du sujet affaires publiques, c'est l'environnement de travail, la moyenne d'âge qui baisse d'un coup. Et puis ce côté qui fait beaucoup de bien, surtout quand tu as passé 13 ans dans un grand groupe, de redevenir à la fois c'est main dans le cambouis parce que tu peux compter que sur toi-même. Les responsabilités sont quand même plus clairement établies. Donc, si ça marche ou si ça foire, on peut te tomber dessus ou te féliciter. Et puis, le côté un peu couteau suisse aussi parce qu'une startup industrielle qui vient d'arriver, ça change tout le temps.
- Speaker #1
Tu me disais que tu étais beaucoup plus offensif aussi.
- Speaker #0
Offensif, oui, par définition parce que c'est aussi lié au sujet.
- Speaker #1
Au-dessus de ça, c'était quel sujet ?
- Speaker #0
Le sujet, en fait, c'était le recyclage de la fibre de carbone. Et en fait, Fermat apportait une réponse technologique. technologique, un vrai sujet environnemental qui est assez criant quand tu penses, et d'ailleurs c'est un sujet qui revient régulièrement à la une des médias sur le recyclage des éoliennes, ça répond à une vraie problématique. Déjà c'est offensif parce que tu es une startup, que tu n'existais pas, et donc que par définition tu n'as rien à perdre. Et ça c'est quand même un exercice vachement sympa, parce que dans un grand groupe, tu es quand même... souvent dans le syndrome de la forteresse assiégée et tu te demandes toujours ce qui va te tomber sur le coin de la gueule parce que tu vas avoir telle interdiction, tel machin. En gros, si tu fais le compte, ce n'est pas une affirmation scientifique, je ne demande qu'à être contredit, mais dans le quotidien d'un lobbyiste de grand groupe, tu passes un peu ta vie à demander des prolongations avant telle interdiction, avant tel exemple que j'ai en tête sur les métiers de gestion des déchets, c'est ces sujets de stockage des déchets. qui sont censés prendre une part de plus en plus minime versus le recyclage, la valorisation matière ou la valorisation énergétique. Et malgré tout, qui sont encore des activités de ces grands groupes et sur lesquelles tu es quand même tenté un peu de t'accrocher parce que c'est là où tu as ta rentabilité. Enfin bref, c'est un exemple que je dis en passant, mais pour montrer ce côté forteresse assiégé que tu peux avoir dans les grands groupes que par définition, tu n'as pas dans les startups. Et puis, il y a un autre sujet, c'est que, et ça, c'est lié au business que vous voulez... lancé Fermat, qui était autour du recyclage de la fibre carbone, et où t'avais ce sujet très offensif de dire, en gros, arrêtons de nous raconter des histoires sur l'économie circulaire, il y a des barrières à l'entrée sur l'économie circulaire qui n'ont pas lieu d'être et qui peuvent être aussi le fait des acteurs déjà en place et qui, à tort ou à raison, parfois à tort, parfois à raison, et souvent à raison, mais parfois à tort, vont s'abriter derrière le statut des déchets auquel il ne faut surtout pas tout. toucher, et puis qui dit statut des déchets, dit c'est chez nous, et on ne veut pas avoir des startups qui vont s'occuper de ça. Et parfois, encore une fois, je ne suis pas en train de dire que le droit de l'environnement n'a pas lieu d'être, mais le droit de l'environnement a parfois bon dos et sert de barrière à l'entrée aussi. Et donc voilà, il y avait cette posture aussi très intéressante de se dire, il y a un truc à attaquer sur ce sujet-là. Donc offensif aussi pour ça.
- Speaker #1
Alors en parlant d'offensif, maintenant tu te lances seul. Donc là, ce que j'ai noté, c'est que tu veux former les affaires publiques à l'IA, en tout cas les aider à structurer leur cheminement de pensée. Qu'est-ce que tu proposes exactement ?
- Speaker #0
Ça va plus loin que le cheminement de pensée. En fait, c'est peut-être pour décrire mon propre cheminement de pensée qui me conduit à me lancer dans cette activité. C'est toujours très compliqué parce que l'IA, en ce moment, tout le monde en parle et on a vite fait de dire des banalités. Mais enfin, même si c'est des banalités, je vais te donner mon point de vue. Moi, je me suis formé en fait, moi-même. Récemment, j'ai suivi une formation sur l'automatisation de processus par le no-code et l'IA. Et puis, ça m'a un peu ouvert les chakras sur l'IA. Depuis plusieurs mois, je vis l'IA, je respire l'IA, je dors l'IA. Et ce que je constate, et encore une fois, c'est tarte à la crème et je ne suis pas le seul à le dire, mais c'est qu'il y a une barrière technologique qui est en train. Donc au-delà d'accompagner les cabinets de lobbying ou des directions d'affaires publiques ou des fédérations professionnelles dans l'utilisation de l'IA dans les affaires publiques, je pense réaliste, parce que je l'ai testé, de les former à créer leurs propres outils IA, outils agents et tout ça. Il y a énormément de choses à faire et je pense que dans un avenir assez proche, pour un cabinet de conseil en affaires publiques, Ne pas avoir d'offre IA pourrait être un problème. C'est-à-dire que je pense que c'est quand même un sujet qui arrive très fort.
- Speaker #1
Ce serait quoi l'offre IA d'un cabinet d'affaires public ?
- Speaker #0
L'offre IA d'un cabinet d'affaires public, ça pourrait être de dire à son client, on va vous créer un outil sur mesure pour gérer vos interactions avec vos parties prenantes sur tel ou tel sujet. Alors à dessein, je ne parle pas de la veille parce que c'est un sujet que je maîtrise moins, en tout cas techniquement. Mais là, le parti pris que j'ai eu, moi, c'est de partir de cas d'usage de l'avis d'un lobbyiste en me disant sur chaque cas d'usage, comment l'IA peut y répondre. J'avais une sensibilité, j'ai enseigné au Master Affaires Publiques de Dauphine la veille et la recherche d'infos appliquées aux affaires publiques entre 2012 et 2015. J'ai toujours une petite sensibilité, mais je suis loin d'être un geek. Et en fait, c'est juste ma propre expérience qui me fait dire si moi, j'ai pu développer des outils, je ne dis pas que n'importe qui peut le faire, mais je dis quand même que la barrière technologique, elle est en train de tomber. Et ce que je trouve assez fascinant, c'est que j'ai l'impression qu'en fait, il y a la frontière entre ce qui est tech et ce qui n'est pas tech qui est en train de se dissiper aussi. C'est-à-dire que les techs, contrairement à ce qu'on dit beaucoup, je pense que les développeurs et tout ça, ils ont encore un avenir malgré Cloud et tout ça parce qu'ils ont un avenir ne serait-ce que pour dire comment ça marche et comment on soulève le capot et comment on comprend ce qu'on est en train de construire tous. Et à l'inverse, ceux qui n'ont jamais touché à ça, ce qui était plus ou moins mon cas, je pense qu'ils ont un vrai pas à faire vers ce monde de la tech aussi pour s'acculturer. parce que je pense que dans un avenir assez proche, un manager, demain, il aura une partie de son équipe, ce sera des collaborateurs, et puis l'autre partie, ce sera des agents IA. Et il faudra jongler de l'un à l'autre et savoir manager des agents IA comme on manage. Et de la même manière qu'un manager doit être formé sur sa connaissance de l'humain et ses capacités psychologiques, je pense qu'un manager doit aussi être formé sur sa capacité à comprendre. comment marchent les agents IA. Donc, c'est un peu l'approche que j'ai choisie. C'est-à-dire, voilà, moi, entre guillemets, je bidouille des choses mais réussissant à le faire et voyant que ça peut répondre à des besoins, mon idée est d'aller voir des cabinets de lobbying et des directions interpubliques en leur disant, voilà, j'ai quand même pas mal tâtonné et j'ai essuyé plein de plâtre mais en quelques heures, je vous apprends ce que j'ai mis trois mois à apprendre et à la fin, je vous livre. C'est un peu ça aussi la promesse. On se parle avant la formation et à la fin, je vous libre aussi un outil qui soit sur mesure et adapté à votre besoin.
- Speaker #1
Pour parler des cas d'usage que tu as pu me montrer, il y avait beaucoup de choses d'ailleurs qui sont maintenant intégrées à les G-Watch, qui sont rédaction d'amendements, notes de position, rédaction biographique sur les parlementaires et autres. Et ce qui est intéressant, c'est que nous, ce qu'on a fait côté les G-Watch, c'est qu'on a vraiment bridé ça aux données qu'on a pour être sûr de leur fiabilité. Mais toi, il y a peut-être aussi d'autres cas d'usage qui sortent de la veille parlementaire, qui peuvent être super intéressants. Tu disais là, par exemple, pouvoir répondre à des parties prenantes.
- Speaker #0
Il y a des approches assez complémentaires entre tout ce qui est veille d'un côté et puis le domaine de l'autre. C'est-à-dire que sur la veille, tu dois apporter une espèce d'assurance tout risque, que ton info, elle est fiable, que l'info, tu la vides, qu'elle est fiable et que voilà. Et là, il y a un côté, c'est blanc ou noir, mais la sanction, elle est assez rapide si tu te plantes.
- Speaker #1
C'est ça, tu parlais de barrière à l'entrée pour les devs. Moi, c'est tout notre travail, c'est justement de récupérer cette donnée dans des bons formats et de vérifier qu'on a bien tout, qu'il n'y a pas de trucs dans la quête. En effet, c'est ça qu'on garantit. Et après, mettre des choses au-dessus, là, tu le disais, la barrière à l'entrée, elle est beaucoup moins lourde que ce qu'il y avait avant. Donc ça, c'est génial. Il y a un terrain de jeu. Une fois que tu as une bonne donnée, tu peux t'éclater.
- Speaker #0
Il y a un vrai terrain de jeu. Et je pense, et c'est pour ça que ça me plaît autant de faire ça, c'est que c'est un terrain de jeu qui doit quand même être nourri par l'expérience. C'est-à-dire que je pense que... je puise énormément dans mes expériences professionnelles pour me dire, OK, concrètement, moi, dans ma vie de lobbyiste, j'avais besoin de quoi ? Et pour faire ce distinguo entre le côté très rigoureux et technique sur la veille et un côté peut-être plus inventif et créatif sur d'autres sujets, tu vois, par exemple, j'ai développé un petit outil où tu mets une thématique que tu as envie de voir avancer. À la limite, c'est presque plus facile de le comprendre si tu es dans le secteur associatif ou tu es une ONG et tu te bats pour un truc. En fait, c'est un petit outil tout simple, ça ne paye pas de mine, mais ça va te générer des suggestions de coalition, y compris d'alliés inattendus. Et ça, c'est un truc... Je te le disais sur le climat de résilience, j'ai toujours eu ce réflexe de coalition et parfois de coalition inattendue. Je suis passé peut-être un peu vite dessus, mais sur les spécificités aussi, d'avoir fait autant d'affaires publiques sur des sujets environnement, ça te met aussi un peu à la croisée des chemins entre des intérêts business, des intérêts de société civile. Et voilà, on sait à quel point la thématique de l'environnement mobilise la société civile. Et à ce niveau-là, je pense que la force de la coalition, Liane n'apportera pas toutes les réponses, mais je pense que pour le coup, il y a un vrai changement culturel. Je voudrais juste donner un exemple. Un intérêt purement business de Suez, ça a été par exemple de trouver des financements pour la dépollution de l'eau face notamment à des micropolluants. Et ça, c'est aussi un sujet sur lequel j'ai travaillé plutôt côté Bruxelles. Dans le cadre de la refonte de la directive sur l'assainissement, en fait, on a réussi à introduire... un principe pollueur-payeur qui s'applique au secteur des cosmétiques et notamment alors pareil ça prend des plombes et puis ça finit par réagir donc le truc n'est pas totalement fait mais typiquement sur un sujet comme ça on se battait dans la même direction que plein d'ONG mais c'est rarement dit parce que c'est tabou parce que les ONG ça va les embêter de se dire qu'elles font entre guillemets le jeu de grands groupes de grandes multinationales mais c'est la réalité et en fait Moi, souvent, ça m'étonne. Je me dis, si vraiment on a une vision un peu à plat et réaliste de qui pousse quoi comme intérêt, il y a parfois des intérêts croisés, et en tout cas qui ont le mérite d'enlever cette vision binaire de « il y a les entreprises d'un côté, les ONG de l'autre » et tout ça, parce qu'en fait, il y a des ONG qui travaillent indirectement pour des intérêts économiques. Et moi, je trouve que c'est très bien de le dire, et je préfère que ce soit dit et que ce soit fait de manière transparente que de manière détournée ou opaque. ou secrète parce que ça arrive aussi bref désolé parce que j'ai fait une grande digression mais c'était pour revenir sur cette histoire de en gros je pense que l'IA peut aborter beaucoup aux affaires publiques mais moi ma conviction et c'est ce pourquoi j'ai envie de former les professionnels des affaires publiques c'est que les professionnels des affaires publiques doivent faire un vrai effort de curiosité pour aller s'intéresser à des entre guillemets trucs de geek et il s'agit pas d'apprendre à coder puisque l'IA le fait maintenant mais juste en voyant un code de juste de comprendre qu'est-ce qui correspond à quoi en gros juste avant la grammaire très simple et basique parce que encore une fois demain les agents IA ce sera oui ça fait bizarre de le dire mais ce sera nos collègues donc moi j'ai envie de savoir comment mes collègues fonctionnent et donc voilà c'est comme ça que j'ai conçu mais en même temps pour les aider à faire ce pas là je pense que et c'est pour ça que je suis parti des quelques outils que j'ai créés et j'ai envie de persévérer dans cette voie et de continuer à en créer Merci. Parce que pour moi, c'est le meilleur moyen de faire la preuve immédiate et opérationnelle que oui, ça fait gagner du temps. Oui, ça peut donner des idées. Oui, ça rend meilleur. Ça peut rendre les professionnels des affaires publiques plus performants et plus inventifs et plus créatifs.
- Speaker #1
On va passer à la séquence vrai-faux. Donc, je vais te proposer deux phrases et tu peux répondre par vrai ou faux et développer si tu le souhaites. La première phrase, c'est « Les affaires publiques restent avant tout une histoire de carnet d'adresses » .
- Speaker #0
J'ai envie de ne pas choisir et de te dire les deux. Pendant longtemps, je t'aurais dit faux, parce que dire faux, c'est aussi dire, et moi j'y tiens beaucoup, que les affaires publiques, c'est un sujet de professionnels, qui d'ailleurs s'est beaucoup professionnalisé, notamment quand tu vois, moi, entre le moment où j'ai commencé et aujourd'hui, sur les formations initiales et continues en affaires publiques, tu sens qu'il y a une professionnalisation. y compris en interne des grandes entreprises ou des petites ou de ce que tu veux. C'est une fonction qui gagne encore à être connue, mais qui est quand même de plus en plus connue. Et donc voilà, cette professionnalisation, et moi je la soutiens et je fais tout ce que je peux pour faire reconnaître que les affaires publiques, c'est un métier comme les autres, une fonction comme les autres. Mais là où j'hésite et où j'ai envie de te dire faux, c'est que plus je m'immerge dans ces sujets d'IA, plus je vois que les barrières... technologiques tombent, et qu'à la fin, ce qui ressortira vraiment, c'est le contact humain. Et dans le contact humain, il y a le réseau. Mais je veux dire, c'est peut-être ça qui va rebattre aussi quelques cartes, parce que l'expertise, la capacité à trouver des arguments convaincants, à les rédiger, à en faire la synthèse et à les diffuser, c'est sûr que l'IA, sur toutes ces fonctions-là, va faire le taf et va le faire assez bien, en réalité. Ça coûte de le reconnaître. et ça fait un peu de mal à l'ego, mais je pense que c'est une réalité qui nous arrive dessus. Et donc voilà, on a coutume de dire, non, les affaires publiques, ce n'est pas que le carnet d'adresses. Évidemment, et ce ne sera toujours pas que le carnet d'adresses. Mais je me demande parfois si le carnet d'adresses ne va pas retrouver un peu de... Enfin, ne va pas... devenir de plus en plus quand même un actif assez stratégique malgré tout, parce que les autres compétences vont pour partie être assurées par l'IA.
- Speaker #1
Et la deuxième phrase, pour que l'IA marche, il faut d'abord formaliser les process.
- Speaker #0
Alors ça c'est évident, et je le relis à ma première réponse, c'est que l'IA n'apportera aux affaires publiques que dans des directions ou des cabinets lobbying qui ont des process et qui sont structurés, qui ont des données à peu près bien rangées et tout ça. Et l'IA, de toute manière, ne fera ses preuves que dans des organisations. qui ont des process. Moi, c'est ce que j'ai appris lors de ma formation, il y a ou pas. À partir du moment où tu veux gagner en efficience, automatiser des choses, par définition, il faut que tu puisses appliquer des solutions numériques avec ou sans IA, mais sur des process bien identifiés.
- Speaker #1
On va arriver au bout de cet épisode, Hugues. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu voulais développer que tu n'as pas encore eu le temps d'exprimer ?
- Speaker #0
J'ai l'impression d'être parti dans tous les sens, mais du coup, je pense que j'ai parlé de beaucoup de choses et merci pour cette... pour cette discussion, pour ce dialogue. Désolé d'avoir autant tenu le crachoir.
- Speaker #1
Non, non, pas du tout. C'est très bien. Pour conclure, Hugues, est-ce que tu aurais un conseil à donner aux étudiants qui nous écoutent ? Un conseil que tu aurais aimé avoir quand tu as commencé ?
- Speaker #0
Je ne sais pas ce que j'aurais dit il y a 20 ans, mais aux étudiants d'aujourd'hui, j'ai envie de leur dire, essayez de réaliser des choses. En fait, il n'a jamais été aussi facile de faire une appli, un site. Mais je pense que de plus en plus, dans le CV de demain, au-delà du diplôme, il faudra pouvoir... Désolé, je vais peut-être paraître... totalement déconnectés et caricaturales, mais je pense qu'il faudra qu'à terme, tous les étudiants aient leur dépôt GitHub et qu'ils puissent dire sur leur CV, renvoyer vers un lien en disant « Ah ben j'ai créé tel truc, j'ai créé tel... » Je pense que ça fait partie maintenant des compétences et c'est ce que je te disais sur ces ponts qu'il faut créer entre le monde de la tech et le monde qui n'est pas tech. Et pour moi, ça en fait partie. Je pense vraiment qu'au lieu de dire dans les capacités... pack office, compétences informatiques, pack office et internet, comme on le faisait quand j'étais à l'étude. Il faut pouvoir mettre un lien maintenant en disant, j'ai bidouillé un outil qui fait ci ou qui fait ça. Et je pense qu'il n'y a pas meilleur... Moi, en tout cas, ça me donnera envie de recruter quelqu'un à quelqu'un dont je me dise, il a commencé à faire des choses. Et finalement, ça peut paraître contre-intuitif, mais en tout cas, moi, c'est mon expérience personnelle de ces derniers mois. Tout ce que j'arrive à créer avec mes 10 doigts et avec l'IA. Non, mais je trouve que ça redonne aussi de la valeur à une intention, c'est-à-dire que, évidemment, tout est toujours plus compliqué que quand on veut, on peut, mais avec l'IA, quand on veut, quand on a une intention stratégique ou tactique très claire, on a tellement de moyens de la mettre en œuvre maintenant qu'il n'y a pas d'excuses pour ne pas faire.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Hugues.
- Speaker #0
Merci à toi, Pierre.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté MECIC. Je m'appelle Pierre, je suis le cofondateur de Légit Watch, la plateforme... qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire.