Speaker #0Bon déjà, ma première fille, je l'ai eue à 17 ans, avant de partir à l'armée. Et après, j'ai eu une femme au Gabon, où j'ai eu deux enfants. Et après, je suis revenu, j'ai eu une femme en France. Voilà, je l'ai attrapée un jour, je dis je crois que c'était elle, deux mois après on était mariés. Mais je n'ai jamais aimé réellement. Je prenais une femme, pour moi, pour le manque d'amour que j'avais, je me transformais comme ça. C'est pour ça que ça n'a jamais tenu. Je n'ai jamais gardé une femme. Mais c'est de ma faute. Mais je ne vais pas regretter ce qui est fait. C'est fait. Voilà, point. Après, j'ai vécu 20 ans avec ma femme qui est décédée. Je l'ai trompée plusieurs fois. C'est fait comme ça. Et je ne vais pas... Je ne regrette jamais rien. C'est fait. Mal, peut-être, sûrement. Mais c'est fait. Donc ça ne sert à rien que je me meurtrisse pour ça, que je me dise « putain, mais t'es un con » . Bien sûr que je suis un con, mais aujourd'hui, j'ai changé, j'ai compris, j'ai fait certaines choses. Et puis voilà, c'est ça la vie. Il faut savoir changer et accepter. Il n'y a que les vieux cons qui ne changent pas. Quelqu'un qui me dit « moi je suis vieux, c'est trop tard, je ne peux pas changer » . Non, ce n'est pas vrai, tu changes à tout âge. Il suffit juste de vouloir. Et on est humain, donc on a le droit de faire des erreurs. Mais par ces erreurs-là, justement, on apprend. Si tu ne fais pas d'erreurs, tu ne peux pas apprendre. Quelqu'un qui est toujours sage, qui n'apprend pas de la vie, il ne sait même rien de la vie. Alors je dis, c'est difficile pour moi aussi. Il ne faut pas croire. Je suis quand même un homme cassé. Et je pense que je serai cassé jusqu'à ma mort. Les cassures, les cassures de la vie, les cassures de l'amour, les cassures de ne pas vouloir affronter. Les problèmes de la vie, administratifs, ça c'est des choses que je n'ai pas appris, c'est des trucs que j'ai toujours évité, les cassures de mes femmes, de mes enfants, je ne me suis jamais occupé de... Ça a été un grand regret de mes enfants, parce que j'étais jamais là, et puis de deux, quand je me séparais, peut-être mon plus gros regret c'est celui-là. Mais voilà. Ce que j'ai vécu, ce que c'est passé, ce que j'ai fait, c'est fini, on n'en parle plus. Il y a un trait, une croix, ce qu'on veut. C'est là, dans un coin de mon cerveau, mais ça ne me travaillera pas plus. Je ne pense pas que ça serve à quelque chose de... Ou à moins que oui, ça va me servir à m'enfoncer. Si je vis avec tout ça, je me mets une balle à la tête. Il faut savoir passer à autre chose. et accepter ses erreurs, et savoir demander pardon, et savoir donner le pardon. Les éducateurs peuvent t'apprendre certaines choses, mais ils ne t'apprennent pas ça. Tu es jeune, tu passes par la DAS, la science publique, tu deviens haineux. Mais haineux vis-à-vis des adultes. Donc tu ne peux pas remonter par rapport à ça. Moi, il a fallu que je parte à l'armée pour comprendre et d'accepter les autres. Je n'ai accepté personne. avant mes 18 ans. Je vivais comme je vivais, mais j'avais une haine et un regard assez perçant et assez... Je pense que quand tu pars avec ça dans ta vie, tu pars mal. Moi, c'est l'armée qui m'a sorti de tout ça un peu. C'est l'armée qui m'a redressé quelque part, qui m'a redonné un peu la force de penser autrement. Mais c'est vrai que quand t'es petit, que tu rentres... Que tu vis déjà dans une cave pendant 4 ans et que t'es élevé comme un chien, tu ne peux qu'avoir la haine, tu ne peux pas avoir d'amour, c'est pas possible. Moi je me suis retrouvé dans cette situation-là, là, maintenant, parce que j'ai perdu ma femme il y a 7 ans, j'ai sombré, j'ai tout lâché. Et j'ai pas eu la force de remonter à ce moment-là, seulement maintenant je me remonte. Mais il a fallu du temps. Quand elle est décédée, je suis parti à travers la France. chez les amis, dans la famille, à droite, à gauche, je faisais le nec. Puis tu tournes, tu vires, tu ne sais pas où tu es, tu ne sais pas ce que tu veux, tu ne sais pas ce que tu vas faire. Puis tu as l'impression de gêner, tu as l'impression à un moment donné, donc tu t'en vas, tu vas ailleurs. Je me suis retrouvé sans rien, papiers, mon permis n'étaient même plus en règle, il n'y avait plus rien en règle. Je n'ai pas mangé tous les jours, mais bon, je ne peux pas le dire, j'ai dormi à la rue, je n'ai jamais dormi à la rue. Je me suis toujours, c'est comme l'alcool et l'alcool, je me suis toujours battu pour... Pas passer par là. Mais tu n'as pas envie de travailler, tu n'as pas envie d'être stable, tu n'as pas envie de... Quand tu es perdu dans ta tête, tu es perdu. Il faut un certain temps pour remonter. J'étais au 115 pendant trois mois. Donc, je ne connaissais pas, c'était la première fois que je faisais le 115. Bref, j'ai fait trois mois et après je suis rentré ici. C'est pareil au 115, tu vas dans les foyers d'urgence, c'est 90% d'étrangers sans papier, c'est 90% de misère et d'alcool et de drogue. C'est une folie. Mais c'est pareil, si tu tombes là-dedans et que tu n'as pas la force de combattre ça, tu tombes, tu tombes, tu y vas dedans. Ma fierté, elle est uniquement de ne jamais avoir sombré dans l'alcool ou dans la drogue. Ça, c'était ma plus grande fierté. Je ne suis pas un saint. Je ne dirai jamais ça. Je suis un humain, je suis quelqu'un qui était perdu à la naissance, et qui a été perdu adulte, et aujourd'hui j'essaye de me remonter, et de remonter, et puis ça marche, et puis voilà. Moi je veux juste dire, lancer un message aux gens qui sont dans cette situation-là, dans les situations, surtout... Les jeunes de la danse, battez-vous, faites ce que vous voulez, vous n'y arrivez pas, ce n'est pas grave, vous faites autre chose, mais ne tombez pas dans la drogue, ne tombez pas dans l'alcool, ne tombez pas dans la facilité, dans la délinquance qui ne sert à rien. Ce n'est pas vivre ça, c'est à la limite survivre et voir mourir parce que dès que tu touches à la drogue, tu as déjà signé ton arrêt de mort. Il y a d'autres solutions, évidemment difficiles, évidemment que la vie est dure. évidemment, et plus en plus aujourd'hui. Mais je pense que les jeunes peuvent y arriver. Chaque étape que tu passes, c'est une épreuve. Et cette épreuve-là, il faut l'affronter et faire les choses comme tu dois l'entendre, comme tu donnais de l'amour à ton prochain, donnais de l'attention, donnais de toi-même. Même si tu es dans la merde, même si tu es plus bas que plus bas, tu vas dans une association, tu vas donner un coup de main, tu vas te sentir utile, tu vas te renforcer moralement, tu vas te... Pour essayer de combattre ta misère et ta colère, donne de toi à d'autres. Je pense que si tu regardes au-delà de ta personne, ça te renforce. Le fait de regarder plus loin que toi dans la vie, ça te renforce. Si tu te regardes toi-même, tu n'avances pas, tu végètes, tu es là dans tes souvenirs, dans tes souffrances. Tu ne peux pas avancer. Pour moi, la vie mérite d'être vécue. Il faut juste accepter de tomber, mais de se battre pour remonter. Tu tombes, ok, tu es tombé, ma foi, ce n'est pas grave. C'est malheureux, mais ce n'est pas grave. Mais il faut remonter.