Speaker #0Moi, d'abord, je suis un homme qui n'était pas désiré. Ce n'est pas à dire, mais je le dis. Ma mère était très méchante avec moi, très, très, très dure. Elle avait refait sa vie, j'avais 4-5 ans. Je parle de ça parce que c'est pour dire l'habit que j'ai eu. Et elle était très dure. Quand elle me frappait, ma mère, elle ne me frappait pas pour courager, elle me frappait pour faire mal. C'est après que j'ai compris ça. Mon enfance, ça a été d'abord à l'assistance publique à Saint-Joseph. L'assistance publique, aujourd'hui, c'est la danse. Et là, c'était marche ou crève. Mais en fait, quand tu arrives à l'école, ce qui est terrible pour moi, je m'en rappelle comme si c'était hier, c'est quand on m'était au fond de la classe avec une feuille et un crayon noir. Comme tu étais un enfant de la danse, tu n'avais pas le droit d'instruction pour la maîtresse, tu vois. Tu n'avais pas le droit. Et un jour, j'avais levé le doigt, elle m'avait dit « Non, non, non, non, toi dessine, toi dessine » . Je voulais répondre à une question. Elle m'avait dit « Non, non, non, toi dessine » . Voilà. Donc, ça fait qu'un jour, je me suis retrouvé balancé en système 2. Je ne savais pas écrire, je ne savais rien. On m'a remis au cours préparatoire. On disait que j'étais trop vieux pour le cours préparatoire. De là, on m'a levé et ma mère m'a mis 4 ans à Aix-en-Provence, à Saint-Yves. Là, c'était vraiment le château, le compte de paix. On nous a mené en vacances, on mangeait bien. Et là, on nous apprend à écrire, à lire, tout ça, mais vraiment bien. Et là, en quelque temps, j'ai eu mon certificat d'études à 14 ans. Mais ma mère, quand je suis sorti de là, elle voulait me remettre dans un centre à la Ciota pour apprendre le soudeur pendant 3 ans. encore enfermé en plus, un centre interne. Et je n'ai pas voulu. Je préférais aller dans les chevaux de course, apprendre à monter un cheval. Et je suis allé dans les chevaux de course. Malheureusement, je suis resté jusqu'à l'armée. J'ai pris du poids quand je suis revenu de l'armée. Je ne pouvais plus faire ce métier-là. Donc, comme j'avais une formation de maçon que j'avais eue à Aix-en-Provence, parce qu'ils nous avaient appris à souder, à faire les maçons, ce qui serait. Moi, j'avais pris la maçonnerie. Donc, j'ai fait le maçon. Je suis retourné à un centre de formation, j'ai fait le maçon pour me perfectionner, et puis j'ai fait le maçon. Je me suis tout de suite trouvé un patron, mais c'était un escroc. Il m'a fait travailler jusqu'à 30 ans sans me déclarer un osseur. Et comme je n'ai jamais rien eu, et qu'à l'époque on ne savait pas si on était déclaré ou pas, on ne le savait pas, on pensait que c'était à la confiance que ça fonctionnait. On n'avait aucun moyen, comme aujourd'hui, internet ou quoi que ce soit, pour savoir si on était déclaré. Et ça ne se demandait pas. Tu ne pouvais pas aller à ton patron et lui demander s'il t'était déclaré. Ça courait de source normalement. Je me suis retrouvé derrière. Le jour où j'ai pris ma retraite. D'abord, je voulais prendre ma retraite. J'ai eu un infarctus. Et ça a commencé les hôpitaux, donc on ne travaillait plus. C'était un peu avant de prendre ma retraite. Et puis on m'a dit, en même temps, je faisais mes papiers pour la retraite. Je ne sais pas si c'est la contrarité un peu ou quoi. Et on m'a dit que je ne pouvais avoir que la retraite. à 67 ans, ça fait qu'il n'y a que 3 ans que je suis à la retraite, parce que j'ai mis une tâche en 10 ans, parce que justement il y a eu ces cotisations qui manquaient, mais je ne l'ai jamais su que ces cotisations, on ne m'a jamais écrit, on ne m'a jamais dit, je ne l'ai su qu'à 60 ans quand j'ai demandé ma retraite, et là on m'a dit, et qu'est-ce que tu veux faire quand il te manque un tas de trimestres, comment ça tu ne peux pas les rattraper, j'avais plus la forme physique que je venais d'avoir, et en plus sur mon infarctus. Quelques temps après, deux ans après, les médicaments n'ont pas fait l'affaire, j'ai eu un AVC. Donc je galérais d'hôpital en hôpital et les soins, et donc systématiquement quand tu es malade, l'argent fond comme neige au soleil que tu as de côté un peu. Et c'est la pente, Et donc tu vas à toutes les aides, tu vas taper aux portes de toutes les aides pour te faire aider. C'est très dur de se faire aider en France. Et donc je me suis retrouvé au RMI. Alors quand tu es au RMI, il y a ce... à 400 et des poussières au RMI, tu n'as pas grand-chose. Tu vas regarder le prix de l'huile, tu vas regarder tous les prix, tu ne vas rien acheter de superflu, Tu comptes tout, tu comptes jusqu'aux centimes, tu comptes tout. Tu ne fais que compter, quand tu as besoin. Tu ne bois plus de café, tu ne manges plus de gâteau, tu ne te soignes plus, tu as des problèmes de dents, tu t'en fous, tu ne te soignes plus, tu as des problèmes de santé, tu ne te soignes plus. C'est la déchéance, c'est la déchéance, tu descends, tu descends. D'ailleurs, je me demande comment ça se fait qu'on n'est pas arrivé à combattre la pauvreté. Avec tous les milliards, avec tout le travail qui est fourni, il y a encore des jeunes qui cravent de peine. Ce n'est pas possible. Et on est en France, et il y en a pire que moi. Il ne faut pas oublier que l'électricité, l'eau, les charges, tout ça, payées avec 400 euros, il ne te reste rien pour toi. Tu as peut-être 150 euros par mois pour manger quand tu as payé tes charges. Et là, tu tires sur tout, Il y avait des années que j'avais pu manger de confiture, des choses comme ça. Du chocolat, je ne savais même plus le goût qu'il avait. La farine pour faire des gâteaux, je n'en achetais pas. C'était du superflu. Le pain dur, je le mangeais jusqu'au bout, le pain. Tu manges tout, tu économises J'étais à la télé, je n'avais pas d'Internet, je n'avais pas ceci, je n'avais pas cela. Voilà. En ayant eu après. La retraite qui est tombée, 700 euros, c'est pas beaucoup, mais c'était déjà mieux. C'était déjà mieux. Ça me laisse 300, 400 euros pour manger, puis payer le téléphone, parce qu'il faut un téléphone aujourd'hui portable. Si il n'y en a pas de téléphone portable, tu ne peux pas vivre. Voilà. Tu grattes partout, tu grattes partout, c'est ça. Et tu te sens déchoir. Tu n'es rien, quoi. Tu es que dalle. Il faut que tu meurs. C'est le mieux. À un moment donné, j'y ai pensé. Et là, c'est ça tout le monde. qui m'en fout. Moi, courageux comme j'étais, je me suis dit « putain, il faut que je meure » . Et j'ai pensé à ça. Après, j'ai pensé à mes petits-enfants, à mes enfants. J'ai dit « je ne peux pas faire ça » . Et j'ai pensé. C'est dur. C'est dur. Tu te bats, tu te bats, mais c'est un combat que tu ne gagnes pas. Les relations avec tes enfants, tu as honte d'avouer à tes enfants que tu n'en es sur pas. Tu ne dis rien, tu dis que tout va bien. Simplement, ils le savent très bien. Ils te demandent à chaque fois, si tu as besoin, tu dis non. Aujourd'hui, je ne peux plus travailler, je ne suis pas libre. Ce n'est pas moi qui ne veux pas, c'est la vie qui commence. Et d'être au fond comme ça, tu te dis putain je vais jamais m'en sortir, je vais jamais arriver. Tes enfants, ils ont leurs problèmes, ils ont leurs enfants, ils ont leur mari, ils ont leur vie, tu ne vas pas être une charge pour eux en plus. Alors tu ne dis rien, tu assumes. Simplement ils voient très bien que ça ne va pas. Quand tu fais des cadeaux à tes petits-fils ou petites-filles, tu fais des petits cadeaux simples, très simples, mais tu fais un petit cadeau. Et des fois, tu ne y arrives pas. Je ne veux pas me retrouver où il faut sortir de l'argent. Quand ils me demandent d'aller avec eux, je ne veux pas y aller parce que sinon j'ai l'impression de vivre à leur crochet. Parce que je ne peux pas sortir d'argent, je n'en ai pas. Je ne peux pas dire, je vous offre à boire, je fais ceci, je fais cela. Je n'ai pas d'argent. Donc, comment me faire rendre ? Moi, j'ai toujours été isolé, seul. Quand tu es isolé, tu es seul, tu acceptes tout parce que tu n'as rien. Tu acceptes tout parce que tu n'as rien. Tu ne peux qu'accepter. Quand tu n'as rien, tu ne peux qu'accepter. C'est simple. Et aujourd'hui, je n'ai rien, donc je ne peux qu'accepter. C'est que du bonheur. Tout ce qui m'arrive, ça peut être que du bonheur. Il ne peut pas m'arriver de malheur puisque je suis déjà au fond du trou. Je ne peux pas être au plus bas. Je ne peux que monter. Donc, c'est ça l'espoir. J'étais jeune, je ne le voyais pas comme ça. Maintenant que je suis vieux, je le vois comme ça. Je ne peux que monter, je ne peux plus descendre sur le fond. Moi, heureusement que j'habite à Marseille, je prends un bain le matin, je me fais un peu sécher au soleil, c'est bien. L'été, c'est agréable pour moi d'aller à Marseille. Pas l'hiver, mais l'été, c'est agréable. Je reviens parce que je peux sortir, je vais à la mer, je prends un bain, je me fais sécher, je prends ma serviette, je m'en vais. Voilà. Après, je ne vais pas au cinéma, je ne vais pas à ceci, je ne vais pas au bowling, je ne vais pas au restaurant, je ne vais pas à McDonald's, je ne vais pas, je ne fais rien. Je n'ai aucune sortie, je ne peux pas me permettre de dépenser 20 euros à une sortie, parce que moi 20 euros, ça me remplit presque mon caddie pour la semaine. 20 euros, c'est quelque chose pour moi, c'est une fortune. Avant, on m'aurait dit 20 euros, qu'est-ce que c'est ? Même 100 euros, c'était rien pour moi quand je travaillais. Et j'avais le bonheur de rentrer chez moi, j'adore les éclairs au chocolat, de m'acheter un éclair au chocolat. C'était le gâteau du dimanche comme quand j'étais jeune. C'est justement là qu'on retrouve le bonheur dans les petites choses, alors qu'on se percement qu'en fait, acheter une Ferrari, ça sert à quoi ? Ça sert à rien. C'est savoir qu'elle est à toi, qui te fait plaisir. Mais en fait, de l'acheter, quand tu l'as, ça devient une simple voiture. Par contre, de manger un éclair au chocolat, chaque fois c'est du goût et c'est toujours bon. Et ça passe jamais. que la Ferrari elle va me lasser. Et c'est la vérité. En plus, voilà. Le message, ça serait d'avoir toujours confiance en la vie. Je veux dire, c'est pas obligé d'être le champion dans tous les rounds, mais finalement, tu peux t'en sortir comme il faut. Même tu peux perdre avec les honneurs. Du moment que tu es encore debout, il n'y a pas de honte. Vivre normalement, c'est pas acquis. Rien n'est acquis. Rien n'est acquis, ça je suis sûr. Rien n'est acquis. Eh bien, il suffirait qu'on ait un conflit avec la Russie, voilà. Et on serait tous dans la menace, pour ne pas dire autre chose. Rien n'est acquis. C'est aussi sûr que là où on va tous finir. Voilà. C'est de l'idiotie de détourner le regard ou de ne pas être au courant de ça. C'est de l'idiotie. Je veux dire, pourquoi ? Parce que tout simplement, dans la galère, tout le monde peut y être du jour au lendemain. Il suffit, il suffit tout simplement. qui perdent leur travail et ainsi moins ils sont dans la galère. Comme il disait l'autre, Ergosum, comment il disait ? Cogito Ergosum, c'est ça ? Oui, c'est ça. Comme s'appelait le fameux, je suis, je pense donc je suis. Cogito Ergosum, Descartes, voilà. Il disait ça, je l'avais lu, étant jeune. Et ça m'est revenu à un temps, je suis, je suis là. Si je pense que je suis là, je suis vivant. Je suis heureux d'être vivant. Il n'y a personne qui est plus heureux que moi. Si ce serait une richesse ou un bonheur, par moment, je serais l'homme le plus riche du monde. Ça me fait rigoler parce que le mosque ne serait pas plus riche que moi.