- Speaker #0
Histoire naturaliste, à l'écoute des passionnés de nature. Celles et ceux qui observent la faune, la flore, les espaces naturels. Ces personnes sensibles à la beauté du monde nous racontent leurs plus belles histoires de leur vie de naturaliste. Une production, la belle échappée.
- Speaker #1
Dans ce troisième épisode de notre voyage naturaliste au Québec, nous allons au bord de l'estuaire du Saint-Laurent découvrir un aspect fort intéressant de l'étude de la migration. On retrouve Alexandre Terrijol au bord du lac Beaulieu. Alexandre est directeur aux opérations de l'Observatoire des oiseaux de Tadoussac qui étudie la migration. Épisode 3, baguer les oiseaux migrateurs.
- Speaker #2
Le milieu est vraiment bon au printemps, même l'été, l'automne. L'été c'est un petit peu plus difficile parce qu'on va retrouver beaucoup de moustiques, de mouches noires qui font la terreur finalement de la région. Mais c'est un lieu qui est assez unique au niveau de certaines espèces qu'on va retrouver. Donc en migration par exemple, ça va être une halte migratoire pour le quiscal rouilleux qui est une espèce qui est à statut, donc en danger. On peut retrouver aussi le... Le moucherolacote olive, par exemple, donc des espèces comme ça un peu plus précaires, mais dans les espèces plus typiques de ce milieu marécageux, ça va être le butor d'Amérique, par exemple, avec un chant vraiment atypique, le râle de Virginie, la marouette de Caroline, toutes des espèces vraiment de milieux marécageux. Puis après, des espèces que les gens connaissent beaucoup plus en Amérique du Nord, c'est le carouge à épaulettes, qu'on va entendre chanter continuellement. Ce qui est vraiment important de comprendre, c'est que l'observatoire de Zotodoussac, initialement, ça a été considéré un peu comme un trip de birders, donc un peu un délire d'ornithologue qui s'était dit, tiens, on va observer, on va compter les oiseaux, qui peut même être reproché en se disant, ils sont financés avec nos impôts pour compter les oiseaux et s'amuser. Alors qu'en fait, ce n'est pas ça. Nous, on veut suivre les oiseaux parce qu'il y a une... portée scientifique, de les suivre annuellement, ça nous permet de voir leur tendance de population, voir s'il y a des augmentations, des diminutions, pour éventuellement mieux les conserver. À Cap-Tourmente, on a un lieu qui est absolument magnifique, l'automne notamment, avec les belles couleurs automnales, belles couleurs rouges, oranges, qui initialement est réputé pour les oies des neiges. Mais en fait, on s'est rendu compte que c'était une halte migratoire majeure pour plusieurs espèces d'oiseaux. Donc c'est là où on a une station de bagage au début qui a débuté juste l'automne. Puis finalement, au printemps aussi, c'est une très très bonne saison où chaque année, en fait, on va baguer des milliers d'oiseaux d'environ 70 espèces qui vont pouvoir justement nous permettre de mieux connaître leur tendance de population à partir des mesures qu'on va prendre.
- Speaker #1
Voilà qui nous donne envie d'en savoir plus. Alors direction la réserve naturelle de Cap Tourmente, à l'extrémité sud de l'estuaire du Saint-Laurent, là où les oiseaux migrateurs se concentrent, dans un étroit couloir entre le fleuve et l'escarpement du Cap. Nous avons rendez-vous avec Vincent Moreau, bagueur à la station.
- Speaker #3
Alors il est 6h du matin et on est à l'entrée de la réserve nationale de faune de Cap Tourante. Et il fait nuit et derrière moi on entend des oies des neiges. Et on attend l'équipe de bagueurs de l'Observatoire des migrations des oiseaux qui nous rejoignent. Parce qu'on a une autorisation spéciale pour aller baguer les oiseaux tout ce matin. Et là on voit les premières lueurs de lumière à l'horizon. Et au fond, on entend quand même le bruit d'un moteur.
- Speaker #0
Une voie rapide ?
- Speaker #3
Je sais pas.
- Speaker #0
Des camions ?
- Speaker #3
Ah, des bateaux sur le sol, aussi. Un trampo-flémi partout, même dans les espaces les plus naturels. Ou qu'on pense naturel. Donc c'est Vincent, et donc c'est 6h15, le jour se lève et tu vas poser les fûts, c'est ça ?
- Speaker #4
Oui, c'est ça. C'est quelque chose de standard de faire ça avec le lever du soleil, 30 minutes avant le lever du soleil en fait. Puis ça va être pour une période de 6 heures, c'est quelque chose qui... qui est standard à l'Amérique. Donc, ça nous permet d'utiliser un protocole que tout le monde utilise. Ça nous permet de bien comparer nos données, en fait. Nos données de capture. C'est donc un effort qui est standard, ce qu'on va appeler.
- Speaker #3
Le suivi. Et toi, tu travailles à l'autre côté ? l'observatoire de l'université ?
- Speaker #4
Oui, je suis bagueur à la station du Cap-Tourmant ici.
- Speaker #3
Ça va, c'est pas mal comme...
- Speaker #4
Oui, ça me permet d'avoir un beau bureau de travail quand même.
- Speaker #3
Et là, vous avez commencé une campagne de bagage depuis un petit moment déjà, j'imagine ?
- Speaker #4
Oui, ça fait déjà quelques années. On a commencé en 2019, si ma mémoire va bien. Puis ça reste jusqu'à maintenant. en 2025 assez court pour un suivi comme ça. On essaie de faire au moins une bonne dizaine d'années pour avoir des données qui sont fiables, si on veut, pour voir des réelles tendances dans les populations d'oiseaux,
- Speaker #3
d'animaux complets. On essaie d'avoir beaucoup de temps du long terme. Bonjour, je me présente, je m'appelle Laurent et je fais un podcast sur vos activités. Ça vous enthousiasme ?
- Speaker #4
Oui, oui. C'est encore tôt.
- Speaker #3
Bonjour. Christelle.
- Speaker #5
Merci de nous recevoir. C'est super.
- Speaker #3
Vous êtes tous des bénévoles ? Majoritairement, oui.
- Speaker #5
On prépare la station. On monte tout le matériel pour pouvoir commencer le bagage.
- Speaker #3
Ok. Vous faites ça souvent ?
- Speaker #5
Là on a ouvert la station le 1er août et c'est comme ça tous les ans. On va fermer le 24 octobre. Il y a plusieurs bénévoles qui vont se relayer au fil de la saison. On essaie d'être toujours environ une dizaine sur le site.
- Speaker #3
On est devant une petite cahute éclairée, ouverte. Et ils préparent tout le matériel pour baguer les oiseaux.
- Speaker #4
Les filets comme ça, on va appeler ça des filets japonais. Des filets qui étaient initialement utilisés pour la chasse en fait. Donc, c'est un filet avec une maille adaptée au type d'oiseau qu'on veut capturer. Nous, ici, on vise les passereaux, les oiseaux chanteurs, en fait. Avec des filets comme ça, ça varie beaucoup quand même le nombre de captures qu'on va avoir. Ici, je dirais qu'on fait entre 75-125 captures en moyenne par matinée. C'est sûr que ça va varier beaucoup. Si on a une nuit qui a offert de bonnes conditions de migration, des vents dans la bonne direction, on a un grand mouvement d'oiseaux migrateurs. On peut se retrouver avec des 300-400 captures dans une matinée. On a déjà vu ça ici. Donc, on reste une station qu'on va dire à gros volume. qu'on capture des bonnes quantités.
- Speaker #3
Et là, c'est quelles espèces que vous capturez en majorité en ce moment ?
- Speaker #6
Au début, on avait les insectivores, donc les parulines, les roitelets. C'est ceux qui viennent en premier et qui partent en premier. Ensuite, on a beaucoup de bruyants. Les crânipores vont migrer un peu plus tard. On voit vraiment la belle diversité d'oiseaux qui change au fil de la saison. C'est vraiment le fun.
- Speaker #3
C'est cool de faire ça. Et là, c'est la saison de migration des oies aussi. J'en ai entendu à l'entrée.
- Speaker #6
Oui, quand même. Il y a quand même pas mal d'oies. C'est sûr, ça dépend des jours. Mais il peut y en avoir des milliers, des milliers. C'est quand même assez impressionnant. Le fleuve, il y en a partout. Les crans de volets qu'on voit. Il passe juste au-dessus des arbres, et des fois au-dessus de nous aussi. Oui, c'est vraiment impressionnant.
- Speaker #3
Nous,
- Speaker #6
c'est les petites espèces. Oui, nous, on cible les petites espèces. Donc, tous les passereaux néotropicaux, surtout, ceux qui vont passer, ce sont en migration. Donc, nous, on va vraiment attraper les petits oiseaux qui vont être capables de rester emmaillés dans le filet.
- Speaker #5
Marie-Lou. Une fois que le filet est ouvert, on voit que c'est des mailles très fines et les oiseaux ne le voient pas quand ils arrivent en vol. Donc là, ils vont venir tomber dans une poche. Et leurs plumes, leurs ailes vont se prendre dans les mailles. Ce ne sera pas possible pour eux de sortir seuls. Nous, on va venir, puis délicatement, on va...
- Speaker #3
Comment ça va dans les...
- Speaker #5
On va venir attraper l'oiseau, on va maintenir sa tête, puis on va commencer à enlever les mailles. En général, on va commencer par une aile. Ensuite on va pouvoir enlever les mailles qui sont autour de la tête, puis le reste des mailles de l'autre aile vont venir facilement.
- Speaker #3
Donc une fois que tu l'as pris, tu mets dans la petite poche en tissu ?
- Speaker #5
Ensuite c'est ça, je le mets dans ma petite poche en tissu, ça va permettre de le contenir et de le mettre un peu plus dans l'obscurité. Ça va le calmer un peu, puis ensuite on l'emmène à la table de bagage, à la station.
- Speaker #3
Allez, on y va. Les bagueurs sont revenus à la station de bagages avec les petits sacs avec les passereaux dedans. Il ne faut pas faire de bruit parce qu'il ne faut pas stresser les oiseaux et être bien concentré pour prendre toutes les mesures des oiseaux et enregistrer ça sur l'ordinateur.
- Speaker #4
Vous voyez là, à la table du bagueur, on a les sacs qui sont enfilés l'un à la suite de l'autre. Le bagueur, quand il met sa main dans le sac, on ne sait jamais c'est quelle espèce.
- Speaker #3
C'est la pochette cadeau.
- Speaker #4
Chaque sac est une surprise. Puis ensuite, nécessairement, on a aussi différentes tailles de bagues. On en a six différentes qu'on va utiliser le plus souvent. Puis après ça, on peut aller dans des plus grosses bagues pour des captures un petit peu plus exceptionnelles. Puis on sait pas mal chaque espèce porte quel temps. taille de bague, mais à l'occasion, on a un outil qui nous permettrait de mesurer la patte pour s'assurer d'utiliser la bonne taille de bague. C'est ça. On veut une bague qui ne frotte pas sur la jambe, mais qui n'est pas trop large, trop grande, qui devient très accrochante. Donc, chaque bague est bien ajustée pour ne pas nuire à l'oiseau.
- Speaker #1
Johanna.
- Speaker #6
On va lui poser une petite bague avec un numéro unique en Amérique. Donc, s'il est recapturé dans une autre station, on va être capable... de savoir exactement il a été bagué où, quand, puis c'était quoi les données qu'on avait récoltées. Puis on va prendre justement ces données-là, on va en prendre, ça va être principalement la longueur de l'aile, le taux de gras de l'oiseau, donc si l'oiseau est en santé ou pas, c'est s'il est toute maigre ou s'il est vraiment en chair. Quand on est capable, on détermine son âge, son sexe, on va le peser, puis ensuite on fait juste le relâcher. Ça prend quand même pas beaucoup de temps. Quand on est à la table de bagage, une à deux minutes par oiseau, puis c'est fait, c'est vraiment l'âge d'être en cours.
- Speaker #3
Vite.
- Speaker #6
Ouais, faut aller vite.
- Speaker #4
Un B. Un brun chanteur. La bague 55. L'aile 60. Pour cet oiseau, je vais prendre la longueur de la queue aussi. La queue 59. C'est un HY. J'ai oublié le gras.
- Speaker #3
3 de gras.
- Speaker #4
Donc, il y a la pose de la bague. Ensuite, on prend la mesure de l'aile avec la petite règle en métal. Ensuite, on vient souffler sur le ventre de l'oiseau. On vient en fait dégager au niveau du poitrail de l'oiseau pour voir son niveau de gras. qu'on pourrait appeler l'état de chair, on voit vraiment en transparence, au travers de la peau, les masses de gras qui sont blanches, jaunes, et en fonction de la quantité, on va y associer une cote de 1 à 7. La majorité des oiseaux qu'on... Donc, on capture entre le 0 ou 3 jusqu'à 4 des fois. Puis, justement, ça nous permet de voir, en fait, des fois, en recapturant l'oiseau de jour en jour, on voit son état de graisse qui augmente. Donc, ça nous donne une idée du temps que l'oiseau, comment il utilise son temps ici sur la réserve, le temps de reprendre des forces jusqu'à son prochain départ pour la migration. C'est sûr que c'est des oiseaux qui font des milliers de kilomètres. En migration comme ça, ça ne se fait pas en une nuit. Donc, ils font des petits stops ici, par exemple, à la réserve. pour reprendre des forces et tout. Ensuite on va plutôt s'intéresser à l'âge de l'oiseau. Notre critère ultime ça va être de regarder le niveau d'ossification du crown. Comme nous, les jeunes oiseaux n'ont pas le crâne complètement formé déjà. Donc, en transparence, au travers de la peau, on peut aller voir si le crâne est complètement formé. Donc, des fois, on va venir mouiller un petit peu la tête. Ça nous permet de mieux écarter les plumes, puis d'aller voir, de rendre la peau plus transparente. Donc ici j'ai un oiseau qui n'a pas le crâne complètement formé. Donc je vois une pointe qui part du derrière de sa tête, qui est très blanche par rapport au reste qui est plus rose grisâtre. U par en or pour le sexe. C'est sûr que ce n'est pas toutes les espèces qu'on peut déterminer le sexe. Il y en a certaines espèces qui n'ont pas de dimorphisme sexuel. Donc le plumage est identique chez la femelle et le mâle. Donc l'âge, le sexe. Puis on termine avec la masse de l'oiseau, tout simplement. On va mettre le petit oiseau dans un petit pot. Ça va nous permettre de le peser sans qu'il grouille trop. Puis on relâche tout ça.
- Speaker #3
Alors là, on va relâcher le oiseau qui est dans son petit pot. Liberté. Voilà donc trois bénévoles qui reviennent avec des sacs pleins de petits passereaux.
- Speaker #5
La carcasse. La bague
- Speaker #3
88. En total d'oiseaux, 5022. Et 74 espèces, ce qui n'est pas rien quand même.
- Speaker #1
Marie-Lou.
- Speaker #5
Oui, c'est une belle diversité. Le Cap Tourmente, c'est un site remarquable qui offre une multitude d'habitats. Ça explique la diversité des espèces. Ici, il y a... Il y a le fleuve qui n'est pas loin, il y a les habitats qui sont liés au fleuve un peu plus humide, puis il y a des boisés, il y a des champs qui n'ont pas encore été fauchés, et donc les granivores trouvent de quoi se nourrir pendant la migration. Ça concentre beaucoup d'oiseaux.
- Speaker #3
C'est comme un entonnoir ici pour la couleur de migration.
- Speaker #5
Oui, c'est ça. Les oiseaux n'aiment pas traverser des grandes étendues d'eau, alors pour pouvoir aller au sud des Etats-Unis, ils vont longer le Saint-Laurent. Et ils vont essayer de le traverser sa partie la plus étroite. Donc ici, c'est une des dernières étapes avant de la traverser. Un pigargue.
- Speaker #3
Ouais, je me disais, mais il est bien grand là.
- Speaker #5
C'est un pigargue et puis il va vers le fleuve. On commence à entendre les voix.
- Speaker #3
Qui stressent.
- Speaker #5
Ouais, elles vont probablement s'envoler avec les autres anathidégas dès qu'ils vont l'apercevoir de plus proche.
- Speaker #3
Donc ici, c'est le pigargue à la tête blanche ?
- Speaker #5
Oui, c'est ça. Il y a un couple qui se reproduit dans la falaise.
- Speaker #3
Non.
- Speaker #5
On les voit chaque matin aller vers le fleuve. On peut revenir, faire des allers-retours. On voit les jeunes après, plus tard en saison, qui sont tout bruns, qui n'ont pas encore la tête blanche, ni la queue blanche.
- Speaker #1
Voilà pour le bagage à la réserve de capes tournantes. Mais il y a aussi d'autres espèces plus discrètes qui migrent par ici. Alors, retour aux dunes de Tadoussac, où l'on rejoint Alexandre pour les découvrir.
- Speaker #2
Donc si ils suivent la migration, c'est bien, mais il y a des espèces qui sont nocturnes, notamment des petites chouettes. La petite nictale et la nicta eutegmam, qui sont des espèces de chouettes qu'on retrouve en Amérique du Nord. La petite nictale est plus de forêts mixtes et la nicta eutegmam est plus de forêts de résineux. Et puis c'est des espèces qu'on ne savait quasiment rien il y a une trentaine d'années. En fait, ce qui caractérise ces deux espèces, c'est qu'il y en a une qui est migratrice, la petite nictale, alors que la nyctalothèque mâme, elle est plus... irruptive. Donc on a des années où on va en observer, capturer un grand nombre, jusqu'à 200 individus. Puis des années, on va en capturer des fois zéro parce qu'elle va rester en forêt bréale. Il y a suffisamment de nourriture et elle est capable de survivre dans des conditions difficiles de l'hiver. Et il y a certaines années, généralement c'est tous les 4-5 ans, où on a un manque de nourriture. Le campagneux l'a doré qui fait qu'elle va quitter la forêt bréale pour aller chercher de la nourriture plus au sud. Et donc là, c'est ce qu'on appelle une irruption. Donc en fait, de début septembre jusqu'à la fin octobre, on a une équipe, une petite équipe, qui toutes les nuits, pendant 7 heures, va utiliser de la repasse sonore, donc des champs de la petite nictade et de la nictade au tegmam, qui vont jouer en continu avec des filets, en fait. Et ça, ça va attirer ces petites chouettes qui sont assez curieuses et qui vont se prendre dans les filets, qui vont être démaillés, rapportés à la station, pagaillés, mesurés, etc. par cette équipe. Alors la petite nyctale c'est un peu comme un camion qui recule Alors que la nyctale tegmam c'est très beau, ça fait un peu... mystérieux là mais je limite très mal
- Speaker #3
Il fait nuit là, il est noir La lune qui se reflète sur le Saint Laurent et on se dirige vers le camp où les ornithologues font la repasse. C'est extrêmement fort dans la forêt. C'est ambiance.
- Speaker #1
C'est incroyable. Je vais essayer.
- Speaker #7
Il y a un Ibu Moyen-Duc dans les dunes. Mais il est déjà bagué. Lui qui vient de baguer. Oui, oui.
- Speaker #3
Vous avez attrapé un Moyen-Duc ?
- Speaker #7
Oui. Ça va Laurent ?
- Speaker #3
Oui, toi ? T'as-tu été matin ou soir ? T'es le matin, tard ou soir ?
- Speaker #7
Le protocole ici de bagage des strigidés, c'est dès le coucher du soleil. ils vont aller ouvrir quatre secteurs de filets et aller placer des haut-parleurs qui projettent un son des strigilés qu'on veut capturer pour les étudier. Ça s'entend bien. Ce soir, c'est pleine lune. C'est cool, on peut marcher sans lumière. Les tournées au filet se font aux 30 minutes à chaque heure fixe, donc à 19h, 19h30, 8h, 8h30. C'est 6 heures dans la nuit, 6 heures au total de temps. Quand on ouvre à 7 heures, on finit à 1 heure,
- Speaker #3
1 heure, 2 heures du matin. Voilà la petite cahute avec... Ah, il y a carrément un vidéoprojecteur. Bonjour. Alors là, pour vous raconter ce qui se passe, il y a Justine qui est en train de raconter. Un petit groupe de visiteurs, là. Elles montrent les points de départ et de migration, de capture des oiseaux sur l'Amérique du Nord.
- Speaker #7
Ouais. Et elles parlent du bagage, elles parlent de pourquoi est-ce qu'on fait le bagage, à quoi ça sert de faire ça au niveau de l'attendance des populations.
- Speaker #8
Justine. On n'est jamais déçus en tout cas, on est toujours aussi émerveillés, parce que c'est vraiment des oiseaux qui sont fascinants, donc de les voir. De près, puis même à force de voir plusieurs oiseaux, de voir même dans la même espèce, de voir plusieurs individus, on voit toutes les différences entre eux, puis on peut sentir un peu leur personnalité qui diffère, on peut voir leurs différences morphologiques et essayer de mieux comprendre les oiseaux entre eux. Donc ça, c'est vraiment top. Puis c'est ma deuxième année, donc je n'en ai pas vu tant que ça, on va dire, des nidales encore, mais c'est ça. L'émerveillement reste le même.
- Speaker #3
Allez, on revient de...
- Speaker #8
Ah, on a une autre capture ! Ça ne s'arrête jamais ! Donc là, on vient de la peser. Avant même de la sortir du sac, on va éviter une manipulation supplémentaire. Donc là, on va la sortir du sac. Sur une petite balance, oui. Dans un petit bac, de façon à être sûre qu'elle ne tombe pas. Donc là, surprise, qu'est-ce que c'est comme oiseau ? C'est une petite nictale. Donc là la première chose qu'on fait c'est on va rapidement regarder si déjà l'oiseau n'est pas déjà bagué. Donc on va toucher autour de ses pattes parce qu'elle a beaucoup de plumes autour des pattes. Donc évidemment on ne sait pas si elle a déjà une bague. Donc là elle n'avait pas de bague donc on va pouvoir lui en poser une. Donc là on ouvre la bague et puis on va lire le numéro qui était inscrit dessus.
- Speaker #3
Ça se fait dans un silence relatif.
- Speaker #8
Oui, c'est ça exactement. On fait un maximum de silence pour stresser un minimum l'oiseau évidemment. Donc c'est des oiseaux qui sont très très sensibles au son. Donc ils chassent beaucoup au son. Donc leur oui est beaucoup plus sensible que la nôtre. Donc c'est pour ça qu'on évite de trop parler. Donc on reste même entre nous très silencieux. On connaît le fonctionnement de l'équipe. On fait en sorte que chacun sait ce qu'il a à faire. L'idée c'est que seul le bagueur puisse communiquer avec le scribe, qui est très important aussi dans le projet, parce que c'est lui qui va entrer les données. Donc la communication est importante entre les deux. Donc on veut aussi du calme pour qu'il puisse communiquer facilement. Donc là, une fois que la bague est posée, elle vient lire la taille de l'aile. Donc elle le pose sur une petite règle, vous voyez qu'il y a une petite... Il est gradué et il y a une petite butte au bout pour que l'aile puisse...
- Speaker #7
Sur l'épaule de l'aile.
- Speaker #8
Exactement. Donc on va un peu sur le bord de l'aile de l'oiseau. En fonction de la taille de l'aile de l'oiseau aussi, on peut savoir son sexe, puisque ce sont des oiseaux qui n'ont pas de dimorphisme sexuel, donc il n'y a pas de différence de couleur ou de particularité sur le plumage. Donc là, ils vont peut-être me confirmer, mais je pense que c'est une femelle. Là, on vient regarder rapidement la taille du bec de l'oiseau. Donc c'est juste la mâchoire supérieure. Donc là, elle a fait ça très rapidement, mais on a regardé, on a comme palpé le muscle sur l'oiseau, donc on veut savoir s'il est en bonne condition corporelle ou pas. C'est des oiseaux qui ne font pas des réserves de graisse, comme les passereaux, comme les bruyants, comme les rapaces ne font pas vraiment de réserve de graisse. Donc c'est vraiment le muscle qui va nous informer sur leurs conditions.
- Speaker #3
C'est très pointu comme étude. Ah oui,
- Speaker #8
ça demande de l'expérience, de l'observation aussi beaucoup, puis de l'accumulation aussi de savoir. Ah, regardez, elle s'est posée juste à côté.
- Speaker #3
Elle est là. Ils l'ont lâchée là-bas.
- Speaker #8
Ils l'ont lâchée là-bas, puis elle est revenue ici.
- Speaker #3
Et là, elle est au sol.
- Speaker #8
Elle est au sol, elle est sur le sol. Non, non, j'ai cru qu'elle allait se percher, mais je pense que la lumière l'a perturbée un petit peu. Donc là, le fait qu'elle soit au sol, c'est pas forcément intéressant pour elle. Donc ce qu'on va essayer de faire, c'est soit d'éteindre la lumière pour qu'elle soit plus au calme, soit essayer de la faire bouger un petit peu. Donc là, elle observe ce qui se passe. Dès qu'on relâche l'oiseau, si on est capable de le voir après en caméra thermique, on peut observer son comportement après avoir été relâché. Et on voit que rapidement, ils reprennent leur routine. Donc souvent, ils vont un petit peu observer ce qui se passe. Ils vont un peu se... Faire une petite beauté, là, ils remettent les poules en place, le fait d'avoir été manipulés, des fois, c'est juste, ils vont un petit peu essayer de comprendre ce qui s'est passé, donc des fois, ils touchent leur bague, ils vont essayer de voir quelque chose de nouveau sur leur corps, donc ils vont un petit peu manipuler ça, mais souvent, ils vont reprendre leur petite routine, cracher une pelote de réjection aussi, on le voit parfois, étirer les ailes, et souvent, ils s'envolent. Des fois, un petit caca et ils s'envolent. C'est la petite routine, en général. Ouais, j'ai pas l'envie, ouais. Je l'ai doit jouer.
- Speaker #3
C'est froid, hein ? Bon, écoutez, bonne soirée, enfin bonne nuit.
- Speaker #8
Tu vas rentrer, j'imagine,
- Speaker #3
tu vas essayer de te réchauffer. Moi,
- Speaker #8
jusqu'à 2h du matin, je suis là. Bon froid, mais on aime ça. On a les nictales pour nous réchauffer le cœur.
- Speaker #3
C'est joli. C'est le mot de la fin.
- Speaker #8
Merci.
- Speaker #3
Bon courage.
- Speaker #8
Bon courage.
- Speaker #2
De se mettre à l'ornithologie ici, ça a permis de découvrir une autre façon de voir l'environnement. Il y a une portée éducative qui est assez incroyable. Justement, les oiseaux, c'est quand même quelque chose de difficile à observer. Là, on a des espèces qui vont être cachées au sommet des arbres. Le bagage, ça permet de montrer cette diversité biologique avec des oiseaux proches, en main, pour tout le monde, qui vont pouvoir les voir, les comprendre, les identifier. Il y a des découvertes qu'on fait avec le suivi de la migration. Et vu que c'est une partie du cycle de vie qui est encore trop peu connue, c'est capital si on veut conserver les espèces d'oiseaux. Quand on ne les voit plus, c'est qu'il y a un problème.
- Speaker #1
En 2025... 188 espèces ont été recensées à Cap Tourmente et aux dunes de Tadoussac, 146 000 oiseaux ont été dénombrés pendant l'automne. 240 petites nyctales et 21 nyctales de teigman ont été bagués. Alors oui, c'est essentiel d'étudier la migration pour la connaissance et la conservation de cette extraordinaire biodiversité. Merci à Alexandre Terrijol pour son accueil et à Environnement et Changement Climatique Canada pour nous avoir permis l'accès au site de bagage. Merci à Sarah Delisle, Vincent Moreau, Marie-Lou Degnaud de Cap-Tourmonte. Merci à Jesse Roisdrinville, Laetitia Desbordes, Justine Levaillant, aux dunes de Tadoussac et à tous les bénévoles. Merci à Christelle Bideau-Bruyère. pour ses reportages photographiques. Une réalisation de Laurent Sistac avec la voix de Zohra D'Ecrivel. Production, la belle échappée, sonore et visuelle. Ne manquez pas le prochain épisode du Voyage au Québec, les baleines du Saint-Laurent.