- Speaker #0
Histoires naturalistes, à l'écoute des passionnés de nature. Celles et ceux qui observent la faune, la flore, les espaces naturels. Ces personnes sensibles à la beauté du monde nous racontent leurs plus belles histoires de leur vie de naturaliste. Une production, la belle échappée.
- Speaker #1
Suite du voyage au Québec, cette fois à la rencontre des passionnés de baleines, laissées assez présentes dans l'estuaire de la Côte-Nord. Ce ne sont pas des scientifiques que nous allons voir, mais des personnes qui vivent la fascination des baleines dans leur activité de tous les jours, en quête permanente de leur observation. Tout d'abord, nous avons rendez-vous avec Alexandra Martin. Depuis 20 ans, elle observe les bélugas, ces petites baleines blanches menacées de disparition, entre le Saint-Laurent et le fjord de Saguenay. Épisode 4, les baleines du Saint-Laurent.
- Speaker #2
on se trouve où ?
- Speaker #3
On est à la pointe à John, à Bergeron, sur la plage. C'est une journée d'automne magnifique. La plage est constituée de gros cailloux, c'est particulier. On est marée basse, donc on arrive à avoir des algues et le littoral, l'ampleur du littoral. Et puis on est en présence de baleines à bosse, on a la chance de voir quelques souffles aux abords de l'estuaire, d'avoir la chance de rencontrer ces géants magnifiques.
- Speaker #2
Il y a plusieurs souffles ?
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #2
Ça monte relativement haut quand même, ça c'est distinctif de la baleine à bosse ?
- Speaker #3
Tout dépendant de la grosseur de l'espèce, on va être en mesure de bien voir et de voir en hauteur cette petite... ce petit nuage de gouttelettes d'eau qui nous permet d'identifier leur présence dans le secteur. On n'a pas besoin de jumelles ce matin et on peut bien observer.
- Speaker #2
On continue ? Oui. Là, il est 8h du matin, le soleil est bien levé. Il y a des couleurs incroyables d'automne avec la mer et l'estrand qui est bleu, bleu profond. Ah, c'est un bel endroit pour vivre, non ?
- Speaker #3
J'adore, oui. C'est un endroit où on peut se retrouver seule avec soi-même et puis avoir toute cette beauté sous les yeux. J'ai besoin de ce calme-là, j'ai besoin de cette nature. Je suis bien adaptée à mon milieu parce que je ne suis pas originaire de la Côte-Nord, en fait. Je viens de l'Estrie, du sud du Québec, mais depuis plus d'une vingtaine d'années, j'habite... à Bergeron. Et plus les années passent, plus je suis totalement une nord-côtière. J'adore ça.
- Speaker #2
C'est en toi, en fait, le goût de la nature.
- Speaker #3
Oui, totalement.
- Speaker #2
Tu aimais tellement ça que tu en as fait ton métier ?
- Speaker #3
Oui. Oui, j'ai décidé de faire les études en milieu naturel, une technique, et puis de fil en aiguille, j'en suis arrivée à travailler pour le parc, le parc national du fjord du Saguenay. Et depuis plus d'une vingtaine d'années, saison après saison, je suis présente du côté de la baie Sainte-Marguerite, en fait. Le lac au nord, c'est réputé pour les observations des mêmes fers marins. Et quand on vient du sud du Québec, en tout cas à cette époque, on n'était pas si conscientisés de la présence de ces animaux-là dans le Saint-Laurent. Au parc, je suis garde-parc naturaliste. Alors c'est un poste où on a le privilège d'entrer en contact avec les gens, où on discute, où on échange. Si on pense à l'Abbey Sainte-Marguerite... Évidemment, les bélugas sont incontournables. Donc, on fait découvrir aux gens ces animaux. Ces animaux, on a le privilège là-bas où les femelles et les jeunes viennent passer énormément de temps. Donc, il y a beaucoup de chance pour un visiteur de les observer. Ça, c'est mon travail. C'est passionnant parce que c'est quand même particulier de pouvoir... Aller à la rencontre de ces animaux-là, de façon terrestre, ça aussi c'est un point que j'apprécie du secteur de la baie Sainte-Marguerite. C'est un point d'observation à partir de la terre et on est surélevés et on a le plaisir d'observer ces animaux-là évoluer. Parfois, plusieurs heures, le même groupe va être présent, c'est-à-dire qu'on va les voir s'alimenter, se reposer, jouer. C'est ce qui fait... de la baie Sainte-Marguerite, un lieu hautement intéressant.
- Speaker #4
Là j'arrive sur des pontons en bois hyper aménagés sur un poste d'observation. Ah ben voilà le Saguenay, magnifique, magnifique. Donc une lumière en contre-jour. Et ici donc c'est la Alte Obeluga et on voit toutes les forêts. Mixte, feuillus, doré, rougeâtre et conifère. Et c'est un grand spot pour l'observation des belugas. Cette petite baleine blanche, une baleine sociable qui vit en petits groupes de 15 à 20 individus. Ici, il y a pas mal de femelles avec des jeunes. Une baleine... Elle peut faire jusqu'à 5 mètres de long et qui peut peser jusqu'à une tonne 9 à peu près. Et elle pousse plein de petits cris et elle détecte ses proies, ses poissons par la localisation acoustique.
- Speaker #3
À la Baie-Sainte-Marguerite, c'est l'expérience visiteur ultime d'être présent. Et surtout, parfois, on peut aussi les entendre. Ça, c'est en fin de journée, quand il n'y a presque personne sur le belvédère et qu'on est entre nous et qu'on entend des bruits, ça reste... On l'appelle le canarie des mers. Et donc, c'est très, très varié comme son. Ça peut aller du sifflement à des bruits... cochons, des bruits de grincements de portes. C'est plein d'étonnement. Quand on entend des sons, on se regarde et on se dit « Est-ce que c'est ça ? » Oui. Le son, il est aussi audible à l'extérieur, mais aussi sous l'eau, évidemment, et donc avec des hydrophones, on fait la captation. On fait des progrès dans l'étude. de la communication, du langage chez les animaux. Et puis ça, on pourrait à la limite arriver à détecter quel individu est présent dans la baie que par le son qui va être émis.
- Speaker #2
Ça paraît naturel, mais en fait, il y a quand même aussi beaucoup d'eau dans le salon. Ça fait quand même une grosse nuisance sonore, j'imagine.
- Speaker #3
C'est sûr que c'est une voie navigable importante. Il y a de la marine marchande. Par contre, c'est le parc marin. On est dans le parc marin, ici, au large, avec quand même des règles qu'on doit respecter, de vitesse ou de chenal aussi empruntées pour nuire le moins possible à la faune marine. Mais évidemment que c'est un enjeu. Dans le Saint-Laurent, tout ce bruit, tous ces bateaux, toute cette... activités humaines durant surtout la période estivale. Et si on revient à la baie Sainte-Marguerite, un point fort, c'est que la baie Sainte-Marguerite, c'est un endroit où, depuis plusieurs années, on a interdit la navigation à l'intérieur de la baie. Avec ou sans béluga présent, on n'a pas le droit de s'y retrouver. Donc ça, c'est de s'assurer d'un endroit tranquille où les femelles et les petits peuvent venir faire Merci. Leur vie de béluga et d'être en toute tranquillité, sans qu'il y ait d'interférences aussi dans la communication entre eux, c'est vraiment un point fort. Et puis, on s'assure que la baie Sainte-Marguerite, comme elle est hautement significative pour un groupe de bélugas durant la période estivale, que tout soit réuni pour qu'elle... Ce groupe, ces femelles et ces petits, s'y sentent bien. C'est sûr que la rencontre du Saguenay et du fleuve Saint-Laurent, c'est une zone hyper dynamique. Il y a un renouvellement qui se fait à chaque marée montante dans les eaux du fjord, qui amène des eaux très oxygénées, des eaux riches. et qui va aussi permettre d'avoir la nourriture, d'avoir la base de la chaîne alimentaire aussi. Donc c'est sûr que le Saguenay, c'est un lieu aussi d'alimentation pour les pélugas. Ici, dans le secteur, il y a des preuves du passage du glacier et un des éléments super importants, c'est la formation du fjord. Du Saguenay, ça a été surpresé par le glacier qui a permis l'envahissement marin lors de son retrait. Et on atteint des très grandes profondeurs. Si on pense à la baie Sainte-Marguerite, il y a plus d'une centaine de mètres juste devant de profondeur. Et ça, c'est le glacier qui a permis cette structure. Et la Pointe-à-John, là où on est présentement, on fait petit... Un petit 360 et on voit tout autour beaucoup de rochers, beaucoup de grosses roches. Et ces roches, elles aussi, sont le témoin du passage du glacier. Elles ont été déposées ici lorsque le glacier avançait sur son passage. Il arrache des morceaux de roc et lorsqu'il se retire, ces roches se déposent et on a ici une ceinture qui nous entoure. Cette ceinture de roche est aussi intéressante pour toute la diversité qu'elle amène. Il y a des algues qui vont s'y fixer, il y a des animaux qui vont être présents. Pointe à John est un endroit particulier quand la marée est basse. C'est un ensemble, en fait. C'est pas que le beluga qui est présent, c'est tout le milieu qui m'amène une sensation paisible, une sensation d'être bien là où je suis. Et puis à chaque fois, c'est magnifique, l'endroit. Je ne suis jamais blasée. Les gens pourraient penser, après une vingtaine d'années, qu'est-ce qui t'amène encore à être présente. C'est ça, c'est cette passion d'observer, d'être derrière ses jumelles et d'avoir l'opportunité de voir. Et je me surprends souvent à me dire, je suis chanceuse et j'aimerais en faire profiter le plus de gens possible pour qu'ils puissent vivre cette expérience-là. Depuis toutes ces années, d'être là, d'être à l'extérieur, qu'est-ce que ça m'amène ? Eh bien, c'est l'équilibre, je pense, l'équilibre mental. Et puis, j'essaie que ça vienne s'emmagasiner quelque part dans mon corps pour faire ma journée. Quand le matin, par exemple, je viens prendre ma marche ici, et puis je dis « Ah, merci » Je suis pleine de gratitude parce que je me dis que je n'aurais pas vu cette percée de soleil, ces rayons sur le fleuve, ce souffle de baleine. Juste pour moi, cette fois, de suite. Oui, c'est ça que ça m'amène. Une paix.
- Speaker #1
Ensuite, nous allons rejoindre Jocelyn Praud, photographe naturaliste qui a eu le coup de foudre pour les baleines du Saint-Laurent, au point de venir s'installer ici, quand l'observation animale est enrichie par un regard artistique. On a rendez-vous dans sa galerie d'exposition photographique à Bergeron.
- Speaker #2
Voilà, une petite maisonnette blanche à l'oreille du bois. Il y a déjà des photos exposées devant l'entrée.
- Speaker #0
C'est sympa !
- Speaker #2
Ouais. Ah Jocelyn, salut ! Salut Laurent ! Comment ça va ?
- Speaker #5
Ça va bien et toi ?
- Speaker #2
Merci de nous recevoir.
- Speaker #5
Bienvenue chez moi, bienvenue dans ma petite boutique.
- Speaker #2
C'est tout mignon. Alors là c'est une petite maisonnette en bois avec des photos exposées au mur.
- Speaker #5
C'est gentil, rentrez, rentrez. J'ai mes deux expositions aussi. J'ai une exposition qui s'appelle le Rorcal sur les baleines. C'est l'horaire. L'exposition Aurore, parce qu'ici on voit énormément d'aurores. Les gens ne le savent même pas, même les gens du village. Ah oui, c'est magnifique. Mon petit coin boutique par là-bas.
- Speaker #2
Toi, tu es rond. Un des photographes spécialistes du Saint-Laurent.
- Speaker #5
Oui, beaucoup les baleines, les phoques, tous les mammifères marins, j'adore ça. Je suis passionné par ça depuis des années.
- Speaker #2
Comment tu es venu à t'intéresser à la nature d'une part et puis ce côté esthétique de la photographie ?
- Speaker #5
J'ai toujours eu un intérêt pour la nature. J'ai commencé avec les oiseaux à la base dans mon patelin à Sherbrooke dans le sud du Québec. Puis par la force des choses, j'ai été mené à débarquer ici sur la Côte-Nord il y a 15 ans pour travailler pour un organisme. ici qui s'appelle ExploNature, comme naturaliste. Puis, j'ai eu la piqûre pour le fleuve, les baleines. À ce moment-là, j'ai commencé à faire la plongée sous-marine, donc elle m'intéressait à tout ce qu'il y avait dans le fond de l'eau, etc. Puis, vraiment, j'ai eu la piqûre, puis c'est pour ça que maintenant, j'habite ici, puis j'ai envie de côtoyer le fleuve à tous les jours, de côtoyer ces merveilles-là.
- Speaker #2
Et là, par exemple, là...
- Speaker #5
Sur l'image ici, ce qu'on voit, c'est un rorcal commun. C'est quand même le deuxième plus gros animal qu'on trouve sur la planète. C'est immense, c'est presque aussi gros qu'une baleine bleue. Vous voyez, le soir, comme ça, j'adore sortir le soir sur l'eau à contre-jour. Parce qu'entre autres, tu vois, le souffle est très apparent quand on regarde à contre-jour. On voit que le souffle est immense, d'ailleurs. C'est très impressionnant. C'est des animaux tellement forts, tellement puissants. Puis je trouve que de mettre le souffle en valeur comme ça, ça représente ce côté-là de ces animaux-là.
- Speaker #2
Alors là, on voit le dos de la baleine, les vents avec un contre-jour. Au fond, il y a le bord du Saint-Laurent avec des conifères en contre-jour. Et le souffle de la baleine comme des gouttelettes de pluie. Mais ça, c'est juste le fait qu'elle expire ?
- Speaker #5
Oui, c'est de la vapeur d'eau, en fait. C'est littéralement de la vapeur d'eau à cause de la différence de température. Son air à elle qui est très chaud, puis l'air extérieur qui est froid. Comme l'eau ici est en moyenne à 4 degrés, très très froid, évidemment quand elle souffle, ça fait de la vapeur d'eau comme ça.
- Speaker #2
Alors là, il y a une autre image. Là, on voit, c'est une nageoire.
- Speaker #5
Oui. C'est la nageoire pectorale d'une baleine à bosse qui s'appelle Queen, qui est une baleine très connue ici. Puis on voit la nageoire pectorale bien dressée dans les airs avec en arrière le phare du Haut-Front-Prince, qui est un phare en plein milieu de l'eau, près de Tadoussac. Puis c'est des comportements qu'on observe à l'occasion. Ce ne sont pas des comportements qu'on voit toujours, mais les baleines, des fois, vont sortir la pectorale de l'eau comme ça pour frapper la surface de l'eau. C'est très impressionnant quand elles font ça parce que le sang est très très fort, on l'entend vraiment de loin, puis quand on est près de ça, c'est très impressionnant.
- Speaker #2
C'est quoi le sens de ce fait ?
- Speaker #5
Alors là, c'est une très grande question, parce qu'il y a plein de théories pour ce genre de comportement-là. On ne sait pas exactement. Il y a un aspect qu'on sait, c'est pour la communication. Il semblerait que ce genre de comportement-là puisse permettre de communiquer avec des baleines qui sont beaucoup plus loin, ou si, par exemple, il y a beaucoup de vagues, il y a beaucoup de vent, il y a des bateaux autour, ces comportements-là, ça permet d'avoir des sons qui portent beaucoup. Donc là, on parle de coups de nageoires pectorales à la surface, mais des fois, c'est des coups de queue à la surface de l'eau aussi. Et des fois, c'est carrément ce qu'on appelle des « breeches » . Donc là, c'est les sauts, les fameux sauts que tout le monde rêve de voir, mais qui est quelque chose de vraiment exceptionnel, surtout ici. Donc, ça permettrait effectivement aux baleines de communiquer. Moi, c'est arrivé souvent quand même en bateau qu'on est avec une baleine à bosse, on sait qu'il y en a une autre qui est deux ou trois kilomètres plus loin, parce qu'on aperçoit son souffle au large. Tout d'un coup, la baleine avec laquelle on est, elle se met à sauter ou à faire des coups de pectoral. Dans les 10 secondes qui suivent, celle qui est à 3 km commence à faire la même chose. Puis dans la demi-heure ou dans l'heure, les deux se sont rejoints. Donc il y aurait vraiment un aspect communication. Mais sinon, il y a plein d'autres théories pour se débarrasser des parasites, par exemple, ne serait-ce que pour dépenser de l'énergie. On ne sait pas, il y a plein d'autres théories. Puis déjà là, en plus avec l'eau un peu cuivrée, on avait les nuages qui étaient très foncés en arrière, ça amenait une ambiance magnifique. Déjà à ce moment-là, nous, on était excessivement contents. Puis il a fallu qu'elle en rajoute une couche. Puis à un moment donné, elle a juste plongé. Puis elle a décidé de sortir en sautant carrément de l'eau. C'était tellement impressionnant. Surtout dans cette lumière qui était absolument incroyable. Puis éventuellement, elle a continué à sauter, Jusqu'à sortir très, très près de nous. On a eu un petit peu peur sur le coup. Moi, j'ai été complètement arrosé. Vraiment, j'ai tout reçu. Sur le coup, c'était un peu de la peur. Mais après coup, c'était quand même... J'étais content, c'était vraiment impressionnant. Mais bon, les baleines, elles n'attaquent pas les bateaux. Elles savent qu'on est là, elles ont vraiment une conscience de leur environnement.
- Speaker #2
Tu étais à quelle distance quand elle a sauté comme ça ?
- Speaker #5
À 3-4 mètres, vraiment, elle était collée sur nous. J'avais l'impression de la regarder par en dessous, tellement elle était proche de moi, tellement elle était haute. Fait que c'est ça, elle a sauté tout près de nous, c'était vraiment impressionnant. Même, elle était trop proche, je ne peux même pas prendre de photo. On a juste profité du moment. Mais ouais, c'était incroyable. Queen nous a fait des sacrés spectacles les quelques années qu'elle a été là. On ne l'a pas vue cette année, par contre. J'aurais aimé se la voir. La prochaine image, c'est une image de Siam. C'est son nom. C'est une baleine à bosse aussi. Mais ce n'est pas n'importe quelle baleine à bosse. Siam, c'est la toute première baleine à bosse à avoir été identifiée ici, dans le parc marin, dans les années 80. Je ne sais plus l'année exacte. Donc, elle a quelque chose de vraiment, vraiment spécial, cette baleine-là. En plus, Siam, c'est un mâle. Et on ne sait pas pourquoi, mais ici, il y a essentiellement des femelles. Il y a très peu de mâles. Donc, c'est une baleine vraiment, vraiment spéciale. Tout le monde connaît Siam. C'est vraiment, c'est le président de l'histoire. Puis moi, je ne l'avais jamais vue encore parce que, tu sais, les baleines, elles ne viennent pas chaque année. Elles vont, elles viennent des fois pendant 4-5 ans, elles ne viennent pas. Après ça, elles reviennent pendant 3 ans. Tu sais, on ne sait jamais. Moi, je n'avais jamais eu la chance de voir Siam, mais je connaissais la légende. Puis l'année dernière, Siam est revenu, puis j'ai eu la chance de passer plusieurs très belles soirées avec lui sur l'eau. Puis cette soirée-là, j'étais en atelier photo. J'avais quelqu'un avec moi, avec qui je lui donnais des cours de photo, finalement. Puis on observait Siam, c'était incroyable. La lumière, tu vois, la lumière était magnifique. On était dans le coucher de soleil, c'était très beau. On était très contents de ce qu'on voyait à ce moment-là. Puis là, Siam s'est mis à sauter. Mais avec les petits nuages en arrière, le ciel un peu mauve, la lumière parfaite qui tape juste dans les éclaboussures du saut. À ce moment-là, il y avait mon ami Laurie qui était sur le bateau, qui est naturaliste sur le bateau. À ce moment-là, je n'étais plus en atelier photo. Là, j'étais dans un rêve. On s'est juste pris dans nos bras, moi et Laurie. Les deux, on pleurait. C'était incroyable, ce moment-là, vraiment. Cette photo-là, ce n'est pas juste une belle baleine à bosse qui saute dans la lumière du soleil. C'est Siam qui saute dans la lumière du soleil. Tu vois ce que je veux dire ? C'est très, très spécial. Cette image-là, je l'ai vraiment très loin dans mon cœur. Mais encore une fois, c'est quelque chose d'exceptionnel. C'est moi... Ça fait 15 ans que j'observe les baleines ici. Ça m'a pris 7 ans avant de voir mon premier saut. Alors, ce qu'on voit, c'est une queue, encore une fois, de baleines à bosse qui est en train de taper la surface de l'eau. On voit très bien les gouttelettes qui revolent un peu partout dans le coucher de soleil. Cette baleine-là, c'est une baleine spéciale aussi, parce que c'est un baleineau. Elle n'avait même pas un an, cette baleine-là. C'était le bébé de Tic-Tac-Toe, qui est une autre baleine extrêmement connue ici. Mais bref, cette baleine-là, qu'on appelle affectueusement COVID, c'est un bébé. Puis vraiment, elle avait un comportement de bébé. Comme, t'imagines un chiot, par exemple, qui joue, qui fait un peu n'importe quoi, qui découvre son monde. C'est ce qu'elle faisait. Elle venait souvent regarder les bateaux. Des fois, elle restait en surface, puis elle faisait comme des bulles. Comme ça, elle essayait de tester sa potabilité. Puis c'était drôle parce que quand les adultes plongeaient pour aller manger, elle restait en surface. Elle venait voir les bateaux, elle allait voir les phoques. Tu sais, elle allait voir tout ce qu'elle voyait autour. Puis quand les adultes remontaient au loin, tu voyais que Tic-Tac-Toe, sa mère, elle arrêtait de bouger pendant 5-6 secondes, comme si elle était en train de l'engueuler. Puis là, lui, il repartait aussi vite pour aller la rejoindre. C'est vraiment drôle. Vraiment comme un petit chiot. Il était vraiment, vraiment... C'était super intéressant à observer parce que c'est un comportement qui était vraiment différent des bain-à-bosse qu'on a l'habitude d'observer d'habitude. Tu sais, en temps normal. Fait qu'on a passé l'été au complet avec cette baleine-là, c'était fou. Le fleuve, c'est un écosystème très vaste. Tout est relié. Les baleines en font partie. Puis je trouve ça intéressant que les gens puissent venir ici et s'intéresser à tout ça dans son ensemble.
- Speaker #2
Bon Majos, là merci pour le... C'était vraiment cool de voir toutes tes images là.
- Speaker #5
C'était un plaisir de te recevoir dans ma petite cabane.
- Speaker #2
Ouais, ta cabane au Canada, vraiment cool. Au Québec.
- Speaker #5
Bon retour chez vous ! Ouais, merci ! Merci pour la visite !
- Speaker #2
Allez, on va reprendre la route.
- Speaker #1
Cette fois, la route nous emmène aux Escoumins, un peu plus loin, au bord du Saint-Laurent, afin de rencontrer Guillaume Savard, lui qui emmène les gens en Zodiac sur les croisières baleines. C'est une activité de whale watching qui, selon lui, doit impérativement suivre les règles d'approche des cétacés.
- Speaker #6
Donc ici on est dans le parc marin du Saguenay Saint-Laurent. C'est une aire marine protégée. Il y a des règles à respecter au niveau des croisères aux baleines et même aussi en tant que plaisanciers.
- Speaker #0
Un des meilleurs souvenirs que j'ai, c'est quelque chose qui est arrivé justement avec le rare calabosse Gaspard. On arrive sur le site de cette baleine-là et comme à l'habitude, je ralentis beaucoup, j'observe un peu ce qu'elle fait. Je la vois plonger au loin, donc je me dis, bon, on va s'approcher un peu de où est-ce qu'elle a plongé, mais on ne fait pas exprès de se mettre par-dessus de où est-ce qu'elle a plongé. Alors là, j'avance un peu, puis là je me dis, bon, je dois être environ à 200 mètres de où est-ce qu'elle a plongé. C'est bien, c'est en accord avec la réglementation, puis je me sens bien d'être là. Et là, on attend. Je leur dis, bien, on pourrait attendre 5 minutes, on pourrait attendre 10 minutes. Et là, finalement, mais en fonction de... De l'intensité, je me dis, wow, OK, c'est proche, on se retourne. Et là, elle n'est pas loin, elle est environ à 40 mètres, puis elle vient vers nous. Donc là, les gens sont tous affolés, puis là, je leur dis, OK, restez aux aguets, elle va continuer à faire des surfs, puis éventuellement, si on est chanceux, elle va peut-être plonger près de nous avec la nageoire Codal. Et là, elle enchaîne les surfs, et finalement, elle plonge juste à l'avant du bateau. Je pense qu'il n'y avait même pas 20 mètres. entre nous et elle. C'était vraiment une observation incroyable. Et là, elle finit par plonger. Et là, les gens sont fous de joie complètement. Et finalement, même pas dix minutes plus tard, elle ressort un peu plus loin. Mais elle tourne. Elle tourne, puis à chaque fois qu'elle reprend le souffle, elle est toujours plus proche de nous. Et finalement, elle cambre un peu et elle plonge à l'arrière du bateau. Puis j'ai envie de dire... Un peu comme un de mes collègues dit souvent, il dit, la nature a une façon de récompenser les observations passives. C'est souvent ça qu'il dit, mon collègue Simon. Puis ça me fait penser qu'en effet, c'est quand même vrai. Des fois, juste en attendant patiemment, on se fait récompenser d'une façon incroyable.
- Speaker #1
L'observation des baleines à bord des bateaux est donc parfois... exceptionnelles sur le Saint-Laurent mais cela reste une activité à risque de dérangement. Pourtant il est possible de les voir de la terre ferme, d'un point de vue surélevé sur l'estuaire et avec des jumelles et de la patience.
- Speaker #2
Alors là je rejoins Guillaume, on est au Cap de Bon Désir donc une avancée de terre. gros bloc de granit coloré qui s'avance dans le Saint-Laurent. Et il y a bien, bien du vent là. Et là, il y a Guillaume au bord de l'eau qui regarde à l'horizon en train de chercher les baleines.
- Speaker #0
À vrai dire, c'est l'un des meilleurs endroits pour l'observation de mammifères marins qu'on a ici dans la région. La vue est splendide de base aussi, donc c'est rien de perdu, même si par moment, des fois, on peut venir des heures sans y voir aucune baleine, aucun rorcal. Ça peut arriver. Mais oh Un souffle Petit rorcal à moins de 100 mètres. Ça, c'est quand même assez courant. Ils vont passer vite, par contre. Ça se peut qu'on le voit faire sa séquence et par la suite qu'on ne le revoie jamais. Si on en revoit un autre plus tard, ça se peut que ce soit totalement un autre individu. Les individus font des allers-retours ici, donc c'est comme des petites étoiles filantes par moments. Il faut profiter du moment,
- Speaker #2
il faut être aux aguettes.
- Speaker #0
Il y a eu un moment un peu pivot en quelque sorte, où est-ce que je réalisais que les croisières aux baleines, il faut être honnête. C'est sûr qu'on les dérange. Des fois, j'ai envie de vous dire qu'on a des signes de ça. Par exemple, quand tu as un roc à la basse qui saute à 20 m d'un bateau, moi, je le vois comme un avertissement, un signe de « là, il faut dégager » . Et là, tu l'as mis en rong potentiellement. Tu es arrivé trop vite, tu as fait trop de bruit, tu essaies d'être trop près. Clairement, on dirait que des fois, elles nous le font ressentir. Je trouve ça un peu triste des fois parce que tu as d'autres acteurs dans l'industrie qui vont dire « ah, mais... » Elle nous fait un spectacle. Non, parce que ce comportement-là, d'une situation à l'autre, c'est jamais pareil, c'est sûr. Mais quand tu regardes que ce comportement-là, par exemple, pour les mâles, ils l'utilisent pour s'intimider, pour avoir accès... à la femelle ou encore que quand tu vois exemple les orques. Les orques, ils peuvent attaquer les rocs à la bosse quand ils sont juvéniles ou surtout quand ils sont bébés. Et là, le roc à la bosse, pour se montrer impressionnant, pour essayer d'intimider les orques, il va sauter à répétition. Donc on le sait que le comportement va naturellement être utilisé pour chercher à intimider. Alors là, ce ne serait pas difficile de penser que lorsque la baleine saute à 20 mètres du bateau, Bien, potentiellement, pour dire, bien là, il faut que tu dégages. Donc, il faut avoir conscience de ça. Parce que des fois, ce n'est pas nécessairement le cas, peut-être, mais je pense qu'on ne peut pas se fermer les yeux là-dessus et juste dire, ah, wow, c'est un beau spectacle. Donc, en bout de ligne, l'observation des baleines, malgré qu'on dérange, on le fait parce que, oui, on va déranger, mais on va essayer de créer des moments qui sont inoubliables chez ces visiteurs-là. Dans le but qu'au final, ces gens-là, ils gardent ça précieusement ancré dans leur pensée et que peut-être qu'en développant un amour pour ces animaux-là, ils vont être plus enclins à les protéger. Parce qu'au final, on aime ce qu'on veut protéger. On essaie toujours de faire mieux en fonction de ce que la science nous dit aussi. On fait de plus en plus attention. Les croisières aux baleines, aujourd'hui, si on le compare à ce qui se faisait il y a 20 ans, Ça a franchement beaucoup changé. On espère que tout ça ira pour le mieux.
- Speaker #1
Un équilibre entre l'observation des baleines qui sensibilisent les gens et le dérangement par de nombreux bateaux, c'est toute la question. Et si on se contentait d'observer de loin, sans interférer, sans déranger ? Après tout, ces baleines ont été massacrées pour l'exploitation commerciale. Alors, elles ont le droit à la quiétude des océans. Merci à Alexandra Martin, Sacha Bossman, Jérôme Gourdon du Parc National du Saguenay. Merci à Jocelyn Praud, Guillaume Savard et les Croisières Escoumin. Merci à Christelle Bideau-Bruyère pour ses reportages photographiques. Une réalisation de Laurence Istac avec la voix de Zora Descrivel. Production, la belle échappée sonore et visuelle.