- Speaker #0
Histoire naturaliste, à l'écoute des passionnés de nature. Celles et ceux qui observent la faune, la flore, les espaces naturels. Ces personnes sensibles à la beauté du monde nous racontent leurs plus belles histoires de leur vie de naturaliste. Une production, la belle échappée.
- Speaker #1
Ok, donc on arrive ici au bord du Mars, qui est une des rivières qui descend du Puy-Marie, qui prend sa source au Puy-Marie. Et on arrive sur une zone d'eau un petit peu calme où les oiseaux ont l'habitude de venir se nourrir. On va essayer de se poser pour deux heures, c'est le minimum pour un affût, pour comprendre un petit peu ce que ça implique de se poser en affût. Et on va essayer d'attendre des oiseaux d'eau, notamment bergeronnettes des ruisseaux et cinq le plongeurs potentiellement. je renaîtrai des ruisseaux très probables, simple plongeur probable. Et donc là, le principe, c'est qu'on se pose sans trop bouger, le minimum, sans parler, au minimum, ou alors chuchoter très très très doucement, sachant que Pour rappeler un tout petit peu les bases de l'affût, notamment pour les oiseaux, la première chose qui est repérée par les oiseaux, c'est pas notre odeur, parce que l'odorat importe peu pour les oiseaux, ça va plus être important pour les mammifères. Les oiseaux, ça va être le mouvement. Donc tout mouvement va nous trahir. Le premier truc que fait un oiseau quand il se perche sur un milieu découvert, c'est scruter la zone autour de lui pour voir si c'est sécure. Parce qu'il est à découvert, donc potentiellement il est une proie. Donc il fait attention à tout ce qui se passe autour. Et donc à partir du moment où ils sont... Il se pose, c'est très tentant de mettre les mains sur le téléobjectif et de vouloir essayer de le cadrer. On lui laisse un petit peu de temps à un oiseau quand il se pose, toujours, parce qu'une fois qu'il va se sentir en confiance et qu'il aura scruté les environs et qu'il saura que c'est bon, il n'y a pas de soucis, il va faire sa vie. Et c'est tout l'intérêt de la fue, en fait, c'est d'arriver à capter des comportements d'un animal qui ne sait pas qu'on est là. Donc ça veut dire qu'on peut voir un oiseau qui fait sa toilette, qui mange, qui passe du temps. Qu'il passe 5-10 minutes devant l'objectif, c'est possible, à condition de respecter ces quelques règles, à savoir, déjà la première, on ne se rue pas sur le téléobjectif quand l'oiseau se pose, on lui laisse un petit temps, tout doucement on lève les mains vers le boîtier, et on envisage de tout doucement bouger, cadrer, commencer à faire des images. Une fois que pour lui, de toute façon, la zone est sécure et qu'il n'y a pas de soucis, il va s'en donner à cœur joie, et après c'est que du bonheur, on n'a plus qu'à profiter. Et avec les cloches des vaches en fond sonore, puisque toutes les vaches maintenant sont sorties des étables et profitent des verts pâturages du Cantal.
- Speaker #2
Les vaches sont sorties et les photographes. C'est ça. Donc là c'est une initiation. à l'affût,
- Speaker #1
c'est ça ? Là, c'est le premier affût du séjour. On va voir si tout le monde tient le coup ou si ça convient à tout le monde parce que l'affût, c'est une discipline dans les deux sens du terme, dans le sens presque sportif parce que ça demande physiquement d'être préparé à ne faire aucun mouvement. Ça peut paraître un petit peu contradictoire de parler de... Discipline sportive, quand on parle de ne pas bouger, mais ne pas bouger est une discipline sportive. Et de la discipline, il faut aussi de la discipline mentale pour se dire qu'on va attendre deux heures pour peut-être ne rien voir. Mais il faut y être prêt. C'est bizarre de partir sans trépied et sans matériel photo.
- Speaker #2
Toutes sont tout nues.
- Speaker #1
Non mais c'est trop bien. Faire des affûts sans matériel photo, je vous invite à essayer au moins une fois. C'est super. Parce que se dégager un petit peu de... Se détacher de la technique et de l'objet fait qu'on est beaucoup plus concentré sur l'observation. Donc ce n'est pas un mauvais exercice de s'initier à l'affût. L'affût tout court, pas l'affût photographique.
- Speaker #2
Vous avez de l'expérience de l'affût ?
- Speaker #3
Non, pas du tout.
- Speaker #2
Pas beaucoup non plus. On est en train d'installer ces appareils photo sur des trépieds. Et là, Bastien dispose d'un filet de camouflage carrément sur les optiques, qui sont sur les trépieds, et ça cache les photographes en même temps.
- Speaker #3
Bastien est naturaliste, photographe, cinéaste, tout à la fois. Pour résumer, il est un fin observateur de la nature, et en particulier de la loutre. C'est un animal de rivière qui a changé sa vie depuis qu'il l'a rencontré dans le Cantal, là où il vit. C'est là aussi qu'il encadre des séjours de formation à la photo animalière, mais attention, pas n'importe comment. Récit d'une vie atypique et découverte de la passion de l'animal, l'ombre de l'eau, la loutre. Laurent, qui réalise le podcast, accompagne le petit groupe.
- Speaker #1
Enfant, j'étais plutôt solitaire, plutôt dans cette observation un petit peu de tout ce qui m'entourait. J'ai grandi au milieu de la nature, de parent berger dans le parc du Mercantour. Donc j'ai vraiment eu cette habitude de cette proximité avec la nature. Ça ne s'est pas déclaré comme étant une passion tout de suite. C'est quelque chose que j'ai compris après en tant que jeune adulte. Pouvoir vivre dans un endroit aussi préservé, dans un cadre aussi naturel, de partir le matin au collège et d'avoir deux loups qui courent devant la voiture, c'est des trucs qui n'arrivent pas à tout le monde et qui te font prendre conscience un petit peu de la chance que tu as. Et plus tard, après, en devenant adulte, tu te dis, ouais, quand même, c'était une belle enfance.
- Speaker #0
L'observation, je me suis rendu compte plus tard en me mettant à la photographie que ce bagage, je l'avais, mais inconsciemment en fait. Je savais observer, je savais où trouver les animaux, je connaissais les indices de présence, je connaissais les endroits où il fallait chercher. Et je me suis forgé ce regard et cette capacité de voir loin. Et après cette enfance libre et sauvage, j'ai été orienté, on va dire, vers des études en hôtellerie et en restauration. Donc j'ai atterri à Nice, une ville qui n'a pas grand chose à voir avec la nature sauvage, on va dire. Dans un milieu qui n'a pas grand chose à voir non plus, à savoir l'hôtellerie de luxe, où j'étais en contact avec du monde, beaucoup, du bruit, beaucoup, des gens capricieux et fortunés, beaucoup. Et j'ai fait ça pendant une petite dizaine d'années, j'ai commencé à travailler jeune, de 15 à 25 ans, jusqu'à ce que nécessairement la soupape explose et que c'était plus possible de me voiler la face sur les gens que je côtoyais, sur le milieu dans lequel j'évoluais. Chaque jour de congé était consacré à repartir en montagne et repartir en pleine nature, seul ou avec les copains, les vrais copains. ce métier-là est plus compatibles avec mon envie de revenir vers des espaces naturels. Et un jour, je finis par passer le pas et me commander du matériel photographique. Et vraiment, la semaine où je reçois mon appareil et mon objectif, je décide de faire quelques recherches sur la faune locale. Et je me rends compte qu'en Auvergne, et notamment dans le Cantal, il y a des loutres. J'ai trouvé incroyable de savoir qu'il y avait des loutres à côté de chez moi. Et j'ai posé un piège photo au bord de la rivière qui est juste en bas de chez moi. Et deux jours plus tard, j'avais mes premiers déclenchements de loutres. Je crois que j'ai envoyé un message à tout le monde, à ma femme, à mes parents, pour dire que j'avais un déclenchement de loutre sur mon piège photo. Je trouvais ça incroyable. Peut-être que tout le monde autour de moi trouvait ça beaucoup moins incroyable. Mais moi j'étais convaincu que c'était quelque chose de fou, et j'étais convaincu qu'il y avait une histoire qui était en train de naître entre cette bestiole et moi. Mais je ne me suis pas posé de questions sur comment, sur pourquoi. Mais je me suis dit que j'allais tout mettre en œuvre pour essayer d'observer et de photographier une loutre, sans savoir bien évidemment que ça allait être extrêmement compliqué, et que je partais de zéro, que je ne connaissais rien à la photo, rien à cette espèce. Et du jour où j'ai mis le pied là-dedans, j'y suis toujours. Ma première observation de loutre, je suis sur un lac de moyenne montagne, je pars pour un affût à la journée, je ne connais pas du tout l'endroit. On est au mois de décembre, je suis parti pour une journée, c'est ce que je me dis. Je suis parti pour une journée d'observation et après peut-être 3 ou 4 heures d'affût, je vois une forme qui se met à l'eau et qui traverse le lac. Et à ce moment-là, en fait, moi ça fait deux ans que je cherche la loutre sans jamais l'avoir vue. Ça fait deux ans que je suis sur ces traces, mais sans aucune frustration, vraiment toujours en me disant que le moment de la rencontre viendra, quand ce sera son moment à elle, quand tout sera aligné, quand je serai prêt aussi, parce que je n'étais absolument pas prêt, ni pour la photo, ni pour l'observation. Et je vois cette masse qui traverse l'eau, et je sais, en fait, directement. Et c'est loin, c'est loin, on doit être à plus de 100 mètres, et je la vois à l'œil nu. Et je sais instinctivement que c'est ni un ragondin, ni le dos d'un poisson, ni un cormorant, je sais quoi. Et ce moment que j'attends depuis deux ans... En fait, je suis persuadé, en me l'étant repassé avant, que je vais hurler de joie intérieurement et que ça va être une sorte de consécration. Et en fait, je me souviens qu'à ce moment-là, tout ce que je me dis, c'est « Oh, elle est là ! » et c'est tout. À partir du moment où déjà il y avait ma première observation indirecte au piège photo, puis ma première observation directe, j'ai clairement basculé. C'est vraiment de la fascination. Moi j'appelle ça un coup de foudre naturaliste, parce que je suis amoureux de cette espèce et j'en suis tombé raide dingue. Il y a eu un moment de ma vie, ou même encore aujourd'hui, quand on me demande ce que je fais, mon plan de carrière c'est de me réveiller le matin pour observer des loutres. Le métier n'existe pas, j'en ai bien conscience, mais moi je veux que ce soit le mien. Moi ma satisfaction c'est de voir une loutre. Me réveiller et me dire que je vais voir la rivière se réveiller, déjà c'est beaucoup. Même pendant un suivi, même quand on croit tout comprendre et qu'on l'observe quotidiennement, puisque c'est des choses qui peuvent arriver quand on met en place un suivi, elle va disparaître du jour au lendemain et plus montrer pendant une semaine, deux mois, deux ans. C'est des choses qui peuvent arriver. Donc il faut se satisfaire de... C'est des quelques miettes qu'elle nous laisse, des quelques indices de présence sur un rocher, de son odeur caractéristique qu'elle laisse, d'une empreinte dans le sable. C'est comme le parfum d'une femme sur un vêtement qui est resté là et on s'accroche à ça. Mais il faut s'accrocher. On est sur une rivière où la loutre passe. Là on a juste un petit peu de sable qui s'est déposé, qui a été charrié par la rivière. Le sable est sec et on a une empreinte assez ronde. On arrive à deviner 5 pelotes digitales. 1, 2, 3, 4, 5. Une empreinte assez ronde. assez arrondi. On en devine d'autres ici. Et là, on a une traînée dans le sable qui fait penser à la trace d'une queue. Donc, les ouvrages humains en bord de rivière, c'est des endroits qui sont assez fréquentés par la loutre. parce que ça sort un petit peu du paysage naturel, ça sort de l'ordinaire, et c'est des endroits où elle aime bien venir marquer, parce qu'elle marque toujours sur un élément du décor qui sort de l'ordinaire. Et là, ici, ça s'y prête, et là, je pense qu'on est sur une trace de loutre pas très présente. pas très très vieille parce qu'il a plu il n'y a pas longtemps il a plu hier, le sable a eu le temps de sécher il n'y a pas eu de pluie par dessus donc on peut estimer que ça remonte à 24h max donc c'est chouette
- Speaker #1
Là c'est la première fois que je fais de la fuie et j'adore ça. Donc c'est incroyable et j'ai super hâte.
- Speaker #2
Bon bah tout à l'heure on va voir ce que ça donne. Bonne chance.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
La loutre est présente dans tous les cours d'eau du département. Il y a toujours cette possibilité, surtout avec cet animal qui est complètement imprévisible, de voir une loutre sortir même en plein jour, même en plein après-midi, même en plein soleil. Ça fait partie des choses qui sont rares mais pas impossibles. Juste voir une loutre en chasse, rien que ça en fait, c'est toujours assez impressionnant de voir l'agilité de cette bestiole, cette capacité de se fondre dans le milieu aquatique et d'évoluer dans l'eau avec autant d'aisance pour chasser. des poissons et de l'avoir mangé, mâché une proie à une telle vitesse, d'avoir une telle efficacité en chasse, en fait, c'est un missile. Ça va plus vite qu'un poisson, ça va plus vite que... que même pour avoir vu des cormorants se déplacer sous l'eau, c'est d'une agilité, ça fait des changements de direction, être capable de suivre un poisson sous l'eau, ça montre un petit peu toute l'agilité de la bestiole. Morphologiquement, on a tous les sens, c'est-à-dire l'odorat, l'ouïe et la vue, tout est placé sur la même ligne, sur le même plan, ce qui fait que quand elle est agréable, À la nage, on a les yeux, les oreilles et les narines qui dépassent vraiment sur une même ligne, ce qui lui permet, même en nageant, d'avoir tous ses sens en alerte. Au moment où elle va plonger, elle a ses oreilles qui sont comme des espèces de petits éventails qui vont se refermer. Je crois qu'il y a quelque chose au niveau de l'œil aussi qui va se contracter, au niveau de la pupille, qui fait qu'on dit qu'elle voit même mieux sous l'eau qu'hors de l'eau.
- Speaker #2
C'est sûr qu'elle a une modification de la cornée. Oui. C'est exactement ça.
- Speaker #0
Qui nous permet de voir ce goût. Oui, c'est ça. Et puis après, on a les quatre pattes palmées. C'est quand même le seul mammifère de France qui ait les quatre pattes palmées. Et cette queue qui sert de gouvernail aussi, très puissante, très musclée, légèrement aplatie à la base. Et plus la fourrure, une fourrure assez incroyable, qui fait que la peau n'est quasiment jamais en contact avec l'eau. C'est une véritable combinaison de plongée. Merci.
- Speaker #2
une quantité de poils par centimètre carré ? Oui,
- Speaker #0
on parle de 60 à 80 000 poils par centimètre carré.
- Speaker #2
Ils ont des territoires par tronçon de rivière ?
- Speaker #0
En linéaire de rivière, on parle de plusieurs dizaines de kilomètres par individu adulte. Selon les sources, on va même parler de 30 à 40 kilomètres de linéaire de rivière pour un mâle, un petit peu moins pour une femelle. Et quand on parle en... Quand on est sur des lacs ou sur des zones humides, on parle en centaines d'hectares. Donc c'est un territoire très très très vaste. Ça me surprend toujours autant de la voir avec quelle capacité, quelle facilité elle disparaît. quand bien même t'es sur un endroit où tu sais qu'elle va ressortir et que tu l'as vue plonger où l'eau est très calme où elle peut pas échapper à ton regard elle va quand même faire son plus beau tour de magie et disparaître sans que t'aies rien compris
- Speaker #2
En fait, si elle a un si grand territoire, elle dit n'est là, elle ne menace pas la faune piscicole des rivières finalement ? Que ce soit le poisson, le poisson...
- Speaker #0
Non, non, parce que de toute façon... En plus de ça, chez nous, dans le massif central, et c'est le cas dans pas mal de rivières en France, on a une invasion des crevisses américaines. Les crevisses, c'est une proie assez facile, abondante, accessible pour la population. la loutre et elle va s'en nourrir mais vraiment ça m'est arrivé de voir sur des sessions de pêche une loutre en 10 minutes remonter 10 écrevisses elle va vraiment s'en nourrir et elle va on pense que ces invasions d'écrevisses ont facilité la recolonisation de la loutre sur certains couteaux cours d'eau et on pense que la loutre a très clairement un rôle à jouer dans la régulation de cette espèce invasive là mais mettre en menace la ressource le seul prédateur et la seule espèce qui est est capable de mettre en péril sa ressource et sa survie, c'est nous, c'est l'espèce humaine. On est les seuls capables de scier la branche sur laquelle on est assis. Un prédateur ne fait pas ça. Quand la rivière n'est pas en forme, déjà la loutre n'est pas là. Quand un biotope n'est pas en forme et quand il n'y a pas de proie, il n'y a pas de prédateur, tout ça est un équilibre. Si la loutre est là, c'est qu'il y a à manger. C'est le signe que les écosystèmes se portent bien.
- Speaker #2
Il y a des pervers qui se posent au-dessus des photographes.
- Speaker #3
Qui se posent juste au-dessus des stagiaires à moins d'un mètre. C'est un mâle ? Ouais. Il avait le poitrail orange. Le poitrail orangé, ouais. Ah super. Incroyable, incroyable.
- Speaker #2
Comme quoi, il est camouflé. flingé pas mal.
- Speaker #0
C'est que l'affût a été bien préparé parce que s'il y a bien des animaux sensibles à l'affût et avec une distance de fuite incroyable, c'est les rapaces. Et alors les perviers, c'est quand même assez rare d'arriver à tromper sa méfiance. Impeccable. Trop bien. cloné une bergeronnette des ruisseaux qui vient de se poser. C'est vraiment un oiseau typique des cours d'eau, très facilement reconnaissable, qui passe son temps à hocher de la queue avec cette belle robe jaune. C'est un oiseau qui est vraiment très printanier. Il a quelque chose de... Et puis très très gracieux aussi, avec cette longue queue. Cet oiseau qu'on veut nous faire passer pour commun, il vient là, là elle est en train de chasser, elle chasse les insectes, elle fait des allers-retours depuis le rocher. Elle va attraper des petits insectes. Et cet oiseau, il est là, il ne se doute pas de notre présence. Il fait son métier à lui, il fait son petit train. Et c'est la plus belle réaction. Ce qu'on pense en fait c'est de faire des observations comme ça en toute quiétude avec un animal qui se nourrit ou avec des animaux qui font leur toilette ou qui dorment quand on arrive à rentrer, à glisser un pied dans l'intimité des animaux comme ça et à partir sur la pointe des pieds en n'ayant pas été détecté c'est la plus grande désatisfaction qui soit quoi. Je suis super content pour les gens qui participent au stage parce que c'est une super belle leçon. On a fait dix minutes de voiture, on n'est pas au Tibet, on n'est pas au... au Népal, on ne court pas après une chimère, après un grand prédateur, on est juste sur une toute petite bergenette des ruisseaux et c'est une super leçon. C'est déjà une super leçon pour eux et je suis très content qu'on puisse profiter de ça.
- Speaker #2
Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
On a attendu pas mal de temps.
- Speaker #2
C'est la fin de l'affût ?
- Speaker #0
C'est la fin de l'affût.
- Speaker #2
Et alors ?
- Speaker #0
Alors on l'a aperçu.
- Speaker #1
Oui, on l'a vu voler.
- Speaker #2
Qui ?
- Speaker #1
Le Martin Pêcheur.
- Speaker #2
Le Martin Pêcheur. Ah oui, oui. Il est passé comme une trompe. Il est allé se poser tout à fait au fond là-bas.
- Speaker #3
Il s'est posé ? Oui, il s'est posé. Le temps que je mette l'objectif dessus,
- Speaker #2
il est parti.
- Speaker #3
Mais ce n'est pas grave. Rien que le fait de le voir, c'est magique.
- Speaker #1
Pas de frustration en particulier ? Non. Je dirais qu'on fait une pause dans le temps et puis on est très attentifs à tous les bruits qui nous entourent, aussi bien les... Les feuillages, les crics-cracs derrière nous, les branches, les petits bruits des oiseaux. On fait une pause dans le temps et ça fait du bien dans un monde aussi stressant.
- Speaker #4
Cette fois à l'affût, pas de présence visible de la loutre. De quoi augmenter la curiosité et le mystère. Il y a tant à découvrir sur l'espèce.
- Speaker #2
Les mâles et les femelles, pour se retrouver, sont-ils dans des territoires distincts ?
- Speaker #0
Le territoire d'une femelle peut chevaucher celui d'un mâle. Entre mâle et femelle, on pense qu'il y a un peu plus de tolérance qu'entre mâle. Et même, on est en train de revoir un peu notre copie parce qu'on apprend des choses tous les jours sur cette animatrice. animal, vu que ce qu'on sait date un peu, et date d'avant sa recolonisation, et ce qu'on est en train de constater là aujourd'hui sur le terrain, c'est que vraisemblablement elles se supportent de plus en plus, puisqu'elles sont de plus en plus, tout simplement. Et que c'est pas si territorial que ça, au final.
- Speaker #2
Ok, donc il y a une tolérance de...
- Speaker #0
Ouais. Moi en ce moment là, sur le suivi que je fais, j'ai eu jusqu'à trois individus adultes qui passaient sur un territoire franchement restreint, donc probablement plus d'un mâle. Et je n'ai jamais constaté de combat. Et par contre, j'ai constaté des scènes où ils se croisent vraiment d'une berge à l'autre. Ou alors même des scènes où ils nagent ensemble. Il n'y avait pas de confrontation plus que ça. La territorialité est une des mœurs de cet animal qui est en train d'être remis en question par le fait qu'on arrive de plus en plus à l'observer.
- Speaker #2
Et là on a une idée de la population de loutres ?
- Speaker #0
Non, c'est pas possible encore.
- Speaker #2
Que ce soit en France ou dans le Canada ? Ouais,
- Speaker #0
c'est pas encore possible. Ça va devenir possible avec des analyses génétiques, mais jusqu'à maintenant en fait on n'est pas capable de différencier une loutre d'une autre sur un piège photo typiquement. Mais les données qu'on feront... remontées sont généralement assez appréciées et recherchées, parce qu'on est en manque d'informations un peu récentes. Tout ce qu'on a date un petit peu. Par contre, l'analyse génétique est en mesure de nous dire que sur un dépôt d'épreintes, on va avoir de l'ADN de 2, 3 ou 4 individus. Et justement, on se rend compte que sur certains dépôts d'épreintes, pour un animal qu'on pense ultra-territorial, on a jusqu'à 4 ou 5 individus qui viennent marquer sur le même rocher.
- Speaker #2
Donc à suivre.
- Speaker #0
C'est ça, c'est à suivre, c'est en cours et il y a encore tout à faire et tout à découvrir ou pas. Parce que, est-ce que c'est utile de tout découvrir quoi ?
- Speaker #2
Un peu de place à la poésie que dirait Hamlet.
- Speaker #0
Ouais, la poésie, l'incompréhension. d'être dans le doute des fois c'est sympa et ne pas chercher à comprendre forcément parce que des fois le naturalisme a tendance à aller vraiment jusqu'au bout et à vouloir tout expliquer c'est C'est quelque chose qui m'épuise un peu parfois parce qu'il n'y a plus de place, comme tu dis, à la poésie, au rêve, à l'imaginaire. Et puis elle fait bien ce qu'elle veut après tout. On a tout le monde ? Donc ouais, là on est au bord de la rivière, on va sur un secteur où je sais qu'elle a l'habitude de passer. Et on va voir si elle a laissé quelques traces de son passage parce que la loutre est un peu... Radine va se montrer en observation directe mais elle est très très généreuse sur ses indices de présence. Elle en laisse notamment un qui ne laisse aucune place au doute et qui permet d'être absolument catégorique. On est bien en présence de la loutre, on va voir si on en trouve. Donc là on a un déchet plastique qui est complètement dégueu, mais la première fois que je suis arrivé sur cette berge j'ai dit il faut le virer parce que c'est sale. Et en fait la loutre elle aime bien venir marquer sur des endroits des supports qui sortent de l'ordinaire, qui sortent du paysage, ce qui fait que sur une rivière avec des berges assez minérales comme ça, avec beaucoup de cailloux, elle va chercher généralement de la mousse ou un truc un peu herbeux. A contrario quand on a beaucoup de végétation en bord de rivière, elle va choisir une grosse et belle pierre qui dépasse bien de la surface, qui est bien en évidence. Et là, ici, il y avait encore quelque chose de plus évident, c'était cette bâche en plastique. Et sur cette bâche en plastique, ici, on a ça, là. Cette espèce de petit colombin qui est incrusté de petites écailles et d'arêtes de poissons. Et la crotte de la loutre, elle s'appelle une épreinte. C'est un mot qui n'existe que pour la crotte de la loutre. qui vient du vieux français qui veut dire pousser pour expulser donc on voit bien de quoi ça parle et la caractéristique de cette crotte c'est qu'elle a une odeur bien particulière et qu'elle sent pas mauvais alors il y en a qui disent que ça sent l'huile de lin d'autres qui disent que ça sent le miel mélangé à du poisson mais en fait cette odeur elle est tellement caractéristique qu'elle reste dans la mémoire olfactive, on dit qu'elle reste à tout jamais on dit que quand t'as senti une crotte de loutre une fois tu t'en souviens tout le temps et ça fait partie des clés d'identification de la loutre quand on cherche à savoir si elle est sur un secteur c'est ce qu'on va rechercher et pour être sûr qu'on est bien en présence d'une crotte de loutre il y a un simple qui vient de passer il est posé ? il n'y a qu'à sentir pour être sûr ah ouais un peu doux,
- Speaker #1
un peu sucré et bien ça c'est caractéristique ah wow ok je crois que ça sent un peu le miel en plus
- Speaker #0
Ouais, ça sent vraiment le miel. Il y en a qui disent le miel de châtaignier. Les petits os qu'on voit là, ça c'est des os. Et c'est caractéristique des os d'amphibiens, parce que si tu les regardes comme ça, ils sont creux.
- Speaker #1
Tu vois ?
- Speaker #0
Et les os de grenouilles, les os de crapauds... en fait ils sont creux tout simplement pour que les animaux puissent flotter dans l'eau et quand on retrouve des os dans les épreintes c'est quasiment toujours des os d'amphibiens donc ça c'est caractéristique d'une loutre qui a mangé de la grenouille entre autres Et après, on peut retrouver des plumes aussi, parce que ça lui arrive de manger des oiseaux. Un mâle adulte, c'est jusqu'à 10 kilos. C'est une grosse bête, ouais. Mais il y a assez d'eau pour elle ? Ouais, largement. D'accord. C'est pas tant la quantité d'eau, c'est la quantité de nourriture qui fait la différence. D'accord. L'eau, ça peut être un débit type ruisseau, torrent de montagne, peu importe s'il y a de la truite, de l'écrevisse, et qu'il y a à manger. Ils ne sont pas obligés de ne pas pêcher forcément dans l'énergie. Non, pas nécessairement. Des fois, tu peux les voir évoluer là-dedans, entre les cailloux. Merci. Il y a encore même un morceau du dos qui dépasse. Ça n'a pas d'importance.
- Speaker #4
Quelques mois plus tard, nous revenons au bord d'une rivière du Cantal, avec Bastien. Cette fois, pour son tournage de film, évidemment, sur la loutre.
- Speaker #3
Aujourd'hui, on part en affût. On part en affût à... sur une des plus belles rivières du Cantal, sur un coin que j'affectionne particulièrement. Et c'est un coin qui est très très peu fréquenté,
- Speaker #0
qui est très beau, très sauvage. et c'est là que je fais toutes mes observations depuis presque un an où je viens essayer de filmer quelques séquences pour le tournage d'un film documentaire dédié à cette espèce donc on est vraiment vraiment chez elle. On est dans l'intimité de cette créature. Là, il est 6h. Le jour se lève tranquillement. Il fait un petit peu plus frais ce matin. Il doit faire une dizaine de degrés. C'est parfait. Il n'y a pas un bruit. On va aller s'installer. On va aller voir la rivière se réveiller. C'est de loin le meilleur moment de la journée. Là je viens de me poser pour la vue,
- Speaker #3
on est sur ce qu'on appelle un plat lentique, c'est-à-dire que c'est un secteur de la rivière où l'eau est très calme. Donc là en plus de ça, avec les fortes chaleurs des derniers jours, il y a assez peu d'eau. Donc l'eau défile vraiment très très doucement. A cet endroit-là, la rivière est quand même plutôt large, donc ça donne l'impression qu'il y a vraiment très très peu de fond, mais ça peut suffire pour... Pour la loutre, ça pose pas de problème, il y a quelques gros blocs de pierre qui émergent à la surface. Et là, c'est vraiment la configuration idéale pour faire un affût à la loutre, parce que le fait que l'eau soit très calme comme ça, on peut la voir arriver de relativement loin. Et le fait d'avoir ces blocs qui émergent de la surface, c'est des endroits où elle aime bien sortir si elle sort une proie un petit peu trop encombrante, ou pour marquer son territoire. Donc là, vraiment, moi, quand je fais mes prospections, et que j'essaye de lire un petit peu. pas le terrain, c'est vraiment ce que je vais rechercher pour faire de la photo ou de la vidéo, parce que c'est relativement dégagé, les berges ne sont pas trop encombrées, parce qu'il y a cette possibilité de la voir arriver, de ne pas être surpris, et peut-être même la possibilité de la voir sortir de l'eau, ce qui est toujours un petit peu ce que je recherche, je crois. C'est il y a 10 jours, la mer avec ses deux petits qui est passée d'abord sur la berge opposée et puis après ils sont remontés vers moi en passant sur la berge où je suis installé là. Et donc j'ai pas pu continuer à filmer avec mon matériel parce que... ils étaient trop proches c'était peut-être 1m50, 2m de moi donc pour le souvenir je les ai filmés avec le téléphone et là pour le coup ils étaient vraiment tellement près de moi que je pouvais entendre leur respiration on s'attendra à la voir
- Speaker #2
Une hutte de fûts, un matériel énorme, mais en fait non, t'as juste un tel objectif, un robotier quoi.
- Speaker #3
Ouais, c'est ça. J'aime bien que... Hop, regarde, il va se percher. Tac. Regarde ça comme c'est beau. Hop, il est reparti. Non, non, j'aime bien que ce soit simplement pour aller sur le terrain, donc je ne suis pas pour les énormes téléobjectifs. et à chercher à avoir à tout prix le plus de proximité ou le plus de détails. Donc j'ai pas un énorme téléobjectif, ça me va très bien, ça me permet de cadrer un petit peu plus large, de laisser plus de place à l'environnement et l'animal dans son environnement, de pouvoir avoir du cadre plus que de la bestiole. Le gros plan, c'est vraiment pas ce que je recherche. Des grosses ondulations là. Ouais. Et alors là, elle est quelque part. Et fine ride à la surface de l'eau. Ouais. Des grosses ondulations. Il se passe un truc. Ok. Elle a remonté plusieurs centaines de mètres à contre-courant, en apnée, sans remonter à la surface, ça c'est un truc que j'ai jamais vu faire. Non, c'est un peu la magie de cette bestiole, c'est parce que même au bout de sept ans de suivi, elle est encore capable de faire des actions que je comprends absolument pas, ou que j'explique absolument pas. Et je trouve ça super de pas comprendre et de pas expliquer quoi. Parce que... y'a pas besoin quoi. Pourquoi un film ? Parce que moi c'était un petit peu la suite logique après avoir fait un livre sur cet animal. Et parce que je me suis rendu compte que c'est un animal qui est tellement furtif qu'il y a beaucoup de choses qui ne peuvent pas être saisies juste par une simple photo. aussi près de beaucoup plus et parce que j'avais envie justement par rapport au livre de faire quelque chose d'encore un petit peu plus personnel et un peu plus introspectif sur ce que représente un petit peu ce qu'est pour moi et puis c'était aussi l'idée d'interroger certaines choses par rapport à notre vision de la nature et par rapport à nos vies effrénées il y avait plus La question que je voulais soulever, notamment la place de la beauté dans nos vies, et la loutre pour ça, c'est un super ambassadeur, parce que c'est une bonne nouvelle, parce qu'elle est belle, parce qu'elle plaît à tout le monde, et parce que montrer qu'elle est là et qu'elle se plaît chez nous, ça doit justement donner un peu d'espoir et être une belle leçon. On sait que montrer de la photo et montrer de la vidéo, c'est susciter de l'envie aussi et donner envie à des gens de venir sur le terrain et d'essayer de reproduire les observations. C'est aussi pour ça que j'ai trouvé cet équilibre moi, en faisant des stages et en faisant venir des gens sur des terrains qui ne sont pas les terrains sur lesquels je vais tout seul, mais faire venir des gens et leur inculquer un minimum de ces règles. Un minimum de méconnaissance pour leur expliquer que sur le terrain on ne fait pas n'importe quoi et que c'est bien de se former, c'est bien d'y aller avec des gens qu'ils connaissent pour ne pas créer de dérangements après, ou du moins le moins possible. Essayer de ne pas reproduire des comportements néfastes. Moi c'est le biais que j'ai trouvé pour justement trouver cet équilibre-là. Ouais, moi, les séquences que j'ai sorties récemment avec les jeunes, c'est vraiment un petit peu les séquences qui me manquaient. Une scène de jeune, une scène de mère avec ses loutrons. Et j'ai pu les filmer deux fois sur deux affûts différents, où ils sont tous les trois en chasse. Donc c'était vraiment un petit peu ce qui me manquait. Et là maintenant, tout ce qui va suivre à partir de maintenant, jusqu'à ce que le film soit monté, ce sera que du bonus. Je sens que le Graal du Graal, ce serait d'arriver à avoir un accouplement, d'avoir une scène de parade entre mâle et femelle. C'est un truc que je n'ai même encore jamais observé. Alors arriver à le filmer, là, c'est vraiment de la gourmandise. Si j'ai ça,
- Speaker #0
je ne veux pas dire que j'arrête tout, mais pas loin. C'est une question de regard, c'est une question de savoir où on pose ce regard en fait justement. C'est une question de se dire est-ce que je vais aller cocher le renard polaire en Norvège et en Finlande ou est-ce que je vais... décréter que dans un périmètre de 10, 20, 30 kilomètres autour de chez moi, j'en ai pour une vie de photographie en vérité quoi. J'en ai pour une vie de photographie. Une vie bien remplie.
- Speaker #4
Merci à Bastien Masson pour son accueil et pour nous avoir guidés sur le terrain. Et merci aux participants du séjour dans le Cantal. Merci à Bertrand Carrier de l'agence Amarok L'Esprit Nature pour le parrainage du podcast et à Élise Delancé pour son écoute. Cet épisode est enregistré avec du matériel audio de JAMA, la boutique des passionnés de nature. Une réalisation de Laurence Istac avec la voix de Zohra Décrivel. Musique, César Music Agency. Une production, la belle échappée, sonore et visuelle.