- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans mon atelier.
- Speaker #1
Bienvenue dans Histoire d'artisan. Je suis Lisa Millet et je serai votre guide dans l'exploration de l'artisanat. Je vous fais découvrir les vidages, ou plutôt les voies, de ces femmes et hommes qui ont décidé de passer leur vie à créer. Aujourd'hui, nous accueillons Arnold Dalgé, peintre sur céramique et sur soie. Arnold a toujours été attiré par le dessin. Graphiste, il a lancé le bazar d'Algé pour un retour à la matière. Dans cet épisode, il fournit des conseils à tous les artisans qui se sont lancés ou qui veulent se lancer concernant l'image de marque. Avec lui, on a souvent abordé le sujet du storytelling. L'histoire que vous allez écouter a été enregistrée un samedi après-midi, après un bon déjeuner entre Arnold et moi. Je vous préviens, car on y fait souvent allusion.
- Speaker #0
Profitez bien et belle écoute !
- Speaker #1
Bonjour Arnold, merci de m'accueillir dans ton atelier, ta maison.
- Speaker #0
C'est un peu les deux.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux nous raconter ton histoire Arnold, s'il te plaît ?
- Speaker #0
Par quoi commencer ? La création du bazar d'Alger, ça vient de mon activité principale qui est le graphisme et l'illustration. Ça fait maintenant dix ans que je pratique cette activité et j'avais besoin de revenir un peu plus à l'utilisation de matériaux et de matières. Donc du coup, je me suis inscrit à Paris Atelier pour des cours de peinture sur soie et décor sur porcelaine. Ceci m'a mené à décorer des assiettes de seconde main que je chine à travers la France et sur les internets. Et donc du coup, j'ai décidé de créer le bazar d'Alger pour faire vivre ces créations. Elles ont un espace d'existence en fait. Donc il y a le site. balsardagé.com, il y a Instagram, balsardagé. Voilà, donc je propose de personnaliser de la vaisselle ou des pièces en porcelaine avec de l'or ou du platine que j'applique manuellement au pinceau dans l'atelier.
- Speaker #1
Ok. Quel était ton déclic de passer de la tablette graphique, si j'ai bien compris, à la matière ?
- Speaker #0
C'est vraiment pour quitter un peu cet écran que je voyais un peu trop depuis ces dix ans de pratique du graphisme. Ce n'est pas pour le quitter parce que j'y suis toujours encore beaucoup, on ne va pas se mentir, il faut quand même toujours créer du contenu, faire des photos, parce que pour le site, pour l'eShop, c'est assez permanent en fait. Mais au moins, j'ai cette pratique du dessin que j'avais à travers l'illustration. Mais là, j'ai repris mes crayons. J'ai repris mes crayons, j'ai repris des pinceaux. Ces choses que je faisais avant, c'est pourquoi j'avais commencé à faire des arts d'art. appliquées, en fait on se rend compte qu'avec la réalité du travail, on perd cette relation à la matière, au support papier ou autre, porcelaine dans mon cas, ou soie d'ailleurs, parce que j'ai fait de la peinture sur soi aussi.
- Speaker #1
Et c'est quoi le graphisme ? Ça t'est venu comment ? Tu dessinais vachement quand tu étais petit ?
- Speaker #0
Non, en fait, moi quand j'étais gamin, je voulais faire de la joaillerie.
- Speaker #1
Gamin, c'est quel âge ?
- Speaker #0
C'est petit, j'avais 7-8 ans, 10 ans, un truc comme ça.
- Speaker #1
C'est incroyable à 7-8 ans de se dire je veux faire des bijoux.
- Speaker #0
Ouais, j'avais envie de ça parce que, je sais pas, ça m'attirait vachement je crois. Ma mère aimait beaucoup ça et c'est vrai que j'avais envie de créer des trucs comme ça. Donc du coup, bijouterie, joaillerie, quand j'ai eu 16 ans j'étais à Albi. Et à Albi, non mais pas 14 ans, quand on commence à savoir dans quelle filière il faut aller.
- Speaker #1
Au lycée ?
- Speaker #0
Ouais, voilà, au lycée. On m'avait proposé un truc de BEP, joaillerie, ou je sais pas quoi, mais dans le centre de la France, un truc où je ne me voyais pas du tout aller. Puis c'était un truc genre BEP ou je sais plus quoi, et ma mère avait dit non, il n'est pas question que tu fasses une formation courte, tu feras des études longues, il y avait cette idée-là, je sais pas pourquoi. Enfin, ou un CAP, un truc comme ça. C'est un truc qu'elle avait fait elle, si tu veux. Donc, elle n'avait pas envie que je fasse ça. Et du coup, j'avais un prof d'art plastique qui, lui, avait compris un peu ce que j'avais envie de faire. Et qui m'a parlé de la filière art appliqué qui commence en seconde. Et donc, en seconde, tu commences à apprendre les métiers qui touchent au design dans toutes les filières qu'on peut imaginer. La création d'espaces, d'objets, de... communication visuelle Et donc, c'était sur dossier. Et il se trouvait qu'il y en avait une à Bayonne, enfin à Anglette. Donc, j'ai été pris et j'ai fait mes trois ans là-bas. Ensuite, je me suis retrouvé à Toulouse, assistant de création industrielle, design d'objets que j'ai raté.
- Speaker #1
Et quoi que t'as raté ?
- Speaker #0
Je n'ai pas eu mon diplôme, je n'ai pas validé.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
Ce n'était absolument pas ce que j'imaginais, en fait. C'était vraiment hyper technique. Je n'avais pas ce côté travail de matière qui m'attirait, moi. Tu vois, dans ma tête, j'allais fabriquer des trucs. Ce n'était pas tirer des plans, faire des trucs en mousse à la con. Ça me plaisait pas du tout. Ce n'est pas du tout ce que j'avais imaginé. Donc du coup, je suis allé un peu à reculons. J'ai fait une dépression parce que je m'étais planté. Ça m'a vraiment déçu. J'avais le record d'absence de l'école. te dire à quel point j'étais assidu. J'ai terminé ce BTS, donc je l'ai raté. Et ensuite, je suis allé dans une école de graphisme, parce qu'il fallait que je fasse quelque chose, donc je me suis dit, voyons, essayons le graphisme, parce que le dessin, j'aimais bien ça. Donc je me suis dit, pourquoi ne pas l'appliquer au graphisme, à la mise en page, ce genre de choses. Puis ça m'a plu. J'ai fait deux ans. J'ai appris ce que j'avais à apprendre, j'ai fait un stage et ça a débouché sur un job dans un magazine pour lequel j'étais graphiste. C'était la grande époque de la création de l'auto-entreprise, le piège à Jean Sympa, tu vois. Ouais. Donc non, à la base, j'avais décroché un CDI, j'étais hyper content, c'était genre 1400 euros en CDI après un stage, donc j'étais vraiment genre... Ouais. Plus heureux du monde. Tu es où ? Non, t'es à Paris. C'était à Paris, pour ce magazine-là. Et puis, le contrat, je l'ai renvoyé. Et il ne m'est jamais revenu. Ils ne l'ont jamais signé. Donc, du coup, je me suis retrouvé à arriver à Paris. Genre, une semaine avant. je vais voir les mecs et je leur dis mais attendez il est où mon contrat là je me comprends pas elle fait non mais tu vas voir c'est génial tu vas te mettre en auto-entreprise mais non et donc du coup je me suis retrouvé avec 1400 balles par mois mais brut du coup donc c'est moi qui paye mes charges et tout Donc en fait, t'as rien toi, t'as 700 balles. En gros.
- Speaker #1
Ah là là.
- Speaker #0
Bon, ce job m'a amené à rencontrer la galerie pour qui je travaille toujours aujourd'hui, depuis maintenant presque dix ans en fait, qui fait de l'édition de livres d'art.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Galerie Enrico Navarra. Donc ça fait presque dix ans que je suis dans ce circuit.
- Speaker #1
Ok, donc tu es plutôt parti sur le dessin.
- Speaker #0
Graphisme,
- Speaker #1
oui. Tu as déjà eu ce rapport à la matière avant de lancer les Beaux-Arts d'Alger ?
- Speaker #0
Oui, quand j'étais petit, mes parents m'avaient demandé de choisir un sport. J'ai choisi poterie. Voilà, j'étais hyper fan de sport, donc. Comme tu peux l'imaginer. Donc j'ai choisi poterie, et je trouvais ça chouette. Et ça, je ne sais pas, non. En fait, je ne me voyais pas faire autre chose. Tu sais, au moment du choix du bac, j'étais là, genre, mais qu'est-ce que je fais, en fait ? Je ne voyais pas. Je ne voyais pas être médecin, avocat. J'avais des trucs de sous. Tu vois, il me fallait des sous. Je ne sais pas pourquoi. Je lui disais, bon, quitte à faire un job, autant que ça te rapporte des sous, si c'est chiant. Mais non, en fait, je voyais... Et en fait, merci à ce prof de collège, parce que sans lui, je ne sais pas du tout ce que j'aurais fait. Pas du tout.
- Speaker #1
D'où l'importance d'être accompagné à cet âge-là par la bonne personne.
- Speaker #0
J'ai eu un coup de peau monstrueux dans ce mec. Je n'aurais jamais entendu parler de ces formations-là. Il y a des familles où ça existe. Quand tu baignes dedans, ça paraît très évident. Quand tes acteurs, tes parents sont acteurs. Ils trouvent que c'est facile de devenir acteur, que c'est une vie possible. Mes parents, le design, oui, ils ont une sensibilité pour ces choses-là, mais je pense qu'ils ne voyaient pas le métier derrière. C'était un truc un peu...
- Speaker #1
Ils font quoi tes parents ?
- Speaker #0
Un peu flou. Ma mère a été mère au foyer presque de notre enfance avec ma sœur. Mon père était militaire. Il n'y avait pas forcément, si tu veux, de gens à part moi. Enfin, si, la sœur de mon père était crivelle, et son frère est peintre, il n'en vivait pas, quoi. Donc, pas un métier, quoi, si tu veux.
- Speaker #1
C'est un hobby, passion ?
- Speaker #0
Ouais, c'est un truc, si tu veux. On sait tous qu'il y a des gens qui le font. On imagine qu'il y a des gens qui le font. Mais on ne sait pas comment on y arrive, forcément. Et si tu n'as pas quelqu'un au lycée qui te dit qu'on peut commencer dès la seconde et faire ce cursus, ou après le bac, faire une mise à niveau d'un an et rattraper le wagon, tu ne sais pas. Et moi, sans ce mec-là, aujourd'hui, je ne sais pas ce que je ferais.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous présenter du coup le bazar d'Alger et nous expliquer ce que tu fais et les techniques que tu emploies ?
- Speaker #0
Le bazar d'Alger, c'est plein de choses, mais d'abord j'ai commencé par la vaisselle. C'est la vaisselle que je chine sur le Boncoin. à eBay, toutes les Emmaüs de France, ce genre de choses, ou les brocantes. Je cherche de la porcelaine.
- Speaker #1
Blanche ? Pas de décorée ?
- Speaker #0
Pas.
- Speaker #1
Là, on ne voit pas de la déjà décorée, en fait.
- Speaker #0
Non, parce que j'ai pris des basiques pour les premiers. Mais c'est tout à fait possible. En fait, la porcelaine, ça se recuit autant qu'on veut. Il n'y a aucun problème pour le décor. On peut cuire à volonté.
- Speaker #1
porcelaine et grès moi je travaille que sur porcelaine parce que pour moi c'est plus stable,
- Speaker #0
il y a moins de risque donc je préfère me limiter à ça pour le moment, j'ai fait des essais sur d'autres notamment de la faïence décorée et ça j'ai eu des mauvaises surprises alors que la porcelaine j'ai jamais eu de problème.
- Speaker #1
Mauvaise surprise, c'est quoi ?
- Speaker #0
Bah, ça brûle. Le décor brûle, ça explose.
- Speaker #1
Ça doit être tellement angoissant d'avoir le truc qui explose dans le four. Ouais,
- Speaker #0
parfois, t'as des surprises. Bah, je suis pas là la plupart du temps. Donc, je sais pas.
- Speaker #1
Les voisins, ils peuvent rentrer en pleurs. Qu'est-ce qu'il se passe ici ?
- Speaker #0
Ça doit faire un pluck chelou, mais... Ça doit pas faire plus gros que ça, à mon avis. Merci. Non, ce qui est terrible, c'est quand ça s'écroule, parce que je les empile, les trucs. Donc, si t'as celui du milieu qui pète, il y a tout qui tombe. Donc, tu te retrouves avec une cuisson en miettes. Donc, c'est super. Donc, pour en revenir à tes questions, donc, de la vaisselle chinée, ensuite, je la décore au pinceau à l'or ou au platine. Soit, les gens... me demandent de créer un motif sur mes yeux, qui m'arrive la plupart du temps en fait, c'est souvent soit pour eux, soit pour faire un cadeau. Donc je leur propose de me donner un thème ou une phrase ou enfin ce qu'ils veulent. Et je leur propose donc au crayon gras une interprétation de leur thématique qui est directement dessinée sur l'assiette ou l'objet pour leur présenter le placement et leur montrer à peu près ce que ça peut donner. Donc ils me le valident ou ils me le modifient tant qu'ils veulent, tant que c'est pas cuit, tout peut changer. Et ensuite j'applique la matière métallique, qui est liquide, pinceau ou à la plume, ça dépend de la finesse ou du rendu demandé. Et après ça, ça passe au four pendant 3 heures de chauffe et puis ça refroidit pendant 5-6 heures. Après ça, il faut que je vérifie que les pièces sont bien cuites, qu'il n'y a pas eu d'éclat. parfois le dessin quand il y a un peu trop d'or qui a été posé, il y a la matière qui fait des petites pétouilles donc il faut les gommer et repasser le pince parce que parfois l'or éclate donc il s'en va pour faire ça il faut monter l'or parce que parfois il y a du surplus recuire jusqu'à ce que ce soit bien chaque pièce est signée datée et unique, je ne refais pas deux fois la même pièce, c'est pas possible oui Merci.
- Speaker #1
De toute façon, tout ce qui est dessin à la main...
- Speaker #0
Ouais, tout est unique. Et il y a le carrelage, j'ai oublié. Il y a le carrelage aussi, donc tout ça qui est de la faïence, comme c'est du blanc et qu'il n'y a pas de décor, ça va. Enfin, du blanc. Ou autre chose d'ailleurs, ça marche sur...
- Speaker #1
J'ai vu que tu avais des carreaux bleu foncé.
- Speaker #0
Ouais, exactement. C'est hyper sympa d'ailleurs comme rendu. Je pense que le contraste est assez chouette. J'aime bien travailler sur les couleurs en fait, je trouve ça sympa. Mais c'est plus difficile à trouver dans la vaisselle en fait. C'est assez rare d'avoir des services. Dans ce que j'achète en tout cas, il y a des liserés, mais il n'y a pas de plein de couleurs.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Non. J'ai rarement vu ça sur de la porcelaine, en tout cas dans ce que j'achète, que je cherche dans mes recherches standards, ça ne saute pas trop. Donc le carrelage, oui, en fait je me suis mis au carrelage pour m'attaquer à de la surface, à du volume. J'avais envie de me dire que ce décor, ça pouvait habiller des choses plus grandes et me donner plus de liberté dans le dessin. J'avais envie que ce soit pas de limite en fait. Et du coup, avec des carreaux... Les multipliants, on peut couvrir des kilomètres carrés. Oui,
- Speaker #1
on peut faire des frises.
- Speaker #0
On peut faire des frises, des fresques. Je peux faire des fonds de... J'imagine que je peux faire des fonds de piscine. Je peux faire...
- Speaker #1
Poisson en or.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Eh bien, ça, c'est une piscine pique.
- Speaker #0
Exactement. Oui, je me dis, j'ai envie d'explorer des choses comme ça, des restaurants, des salles de bain, pour que ce soit unique. J'ai fait récemment une amie qui est venue déjeuner à la maison un dimanche. Et elle me dit qu'elle est en train de terminer sa cuisine. Et je lui propose de lui faire sa crédence. Donc il y avait une surface de 2m50 par 1m20, je crois. Un truc comme ça.
- Speaker #1
C'est pas mal.
- Speaker #0
Ouais, c'était super bien. J'étais trop content. Elle me dit, attends, j'adore. Est-ce que tu peux me faire ça ? Par contre, j'ai mon avion mercredi. Banco, on y va. Donc j'ai bossé trois soirs de suite. Et trois matins de suite. Tant que j'ai pu pour finir sa fresque. Je suis assez content du résultat. Ça sera posé cette semaine. J'aurai les photos la semaine prochaine. J'ai hâte de voir le résultat.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux expliquer ce que tu fais quand la vaisselle est abîmée, cassée ?
- Speaker #0
Je travaille avec Michio, qui est un artisan qui pratique le kintsugi, qui est une technique traditionnelle japonaise de réparation des objets pour leur donner une seconde vie et les réutiliser. Ce qui est un peu le concept que j'essaie de défendre avec le bazar d'Alger. en tout cas pour ce qui est de la vaisselle. Et donc, je fais appel à ces services. Quand parfois, une pièce est un peu ébréchée ou qu'elle a explosé dans le four ou quelque chose comme ça et que je n'ai pas envie de la jeter, je fais appel à Michio qui, elle, leur donne une énième vie. Encore une. C'est super beau. J'adore ce rendu. Le kitsugi, c'est vraiment super beau. Donc, je ne le fais pas moi-même. Je travaille avec Michio qui elle fait ça depuis des années.
- Speaker #1
En fait pour expliquer un petit peu au micro, je pense qu'il n'y a pas mieux pour visualiser que de voir une image mais c'est comme si...
- Speaker #0
Aux endroits en fait où c'était cassé, elle applique une résine qui est ensuite saupoudrée d'or. L'objet est veiné d'or. C'est magnifique. C'est magnifique, c'est vraiment un rendu superbe. Et du coup, je me suis permis d'utiliser ce rendu graphique pour des assiettes qui n'étaient pas cassées. Comme c'est un peu la même idée, si tu veux, de sauver des objets qui allaient être abandonnés ou oubliés. Je me suis permis aussi d'utiliser ce graphisme sur des objets qui n'étaient pas cassés.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Parce que je trouve ça super beau.
- Speaker #1
C'est magnifique.
- Speaker #0
Je m'en suis servi.
- Speaker #1
Et donc, à côté de ça, tu as ta peinture sur soi.
- Speaker #0
Oui, absolument. La peinture sur soie, c'est un truc que j'ai commencé en même temps que le décor sur porcelaine. Donc ça, c'est un truc vraiment qui m'éclate beaucoup parce qu'on est en plein dans la matière d'appliquer de la couleur sur du tissu. C'est vraiment un plaisir de voir la couleur diffusée dans le fil et les mélanger. Et la soie en plus, qui est un matériau brillant, ça donne des couleurs comme si c'était mouillé, tu sais. C'est vibrant, c'est super beau. Et donc du coup, j'en fais des grands panneaux décoratifs, 140 de large par minimum 2-3 mètres de haut, qui sont présentés comme des tentures en fait. C'est des œuvres à part entière qui sont aussi pareilles. On peut me demander sur un thème imposé. C'est complètement ouvert, donc ça c'est un truc que je veux développer aussi. Et ça va aussi se développer, j'espère bientôt, en vêtements. J'ai déjà fait faire les patronages. pour qu'on puisse faire des chemises. Donc il y a un modèle de chemise unisexe, à manches courtes, il y a un bon bursé réversible, une robe chemise, et après tout ce qui est accessoires, ou l'arbre bandana. des choses comme ça. Et des chouchous aussi.
- Speaker #1
Mais c'est quoi ? Ça, c'est des marques qui t'ont contacté pour que tu... Non, non, non,
- Speaker #0
c'est moi qui les fais... C'est moi qui les produis.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
J'ai cherché, en fait, des artisans dans mon quartier. Donc, les personnes qui font le roulottage à la main. Le roulottage, c'est pour que les bords des foulards se ferment, en fait. Donc, ils sont roulottés. Le mot est assez parlant.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et le fil passe au milieu. Et ça, c'est fait à la main par des couturières. Donc c'est un travail de fourmis, mais je tenais vraiment à ce que ce soit fait comme ça. J'ai cherché en fait dans mon quartier, donc c'est les ateliers Boivin qui sont sentiers, qui font ça très très bien, très content de travailler avec eux. Il y a l'encadreuse, mon encadreuse Elisabeth Leroux, qui fait de la tension, la tension de soie, qui me permet d'encadrer mes soies sur des formats ronds comme tu as pu le voir. Ou de les emprisonner dans cette barre de chênes peintes qui a été réalisée par elle et par Paul, le sculpteur sur bois avec qui elle travaille. J'essaie toujours de trouver des gens proches de moi. J'ai toujours eu la chance de trouver assez facilement. Je me dis toujours qu'il n'y a pas de hasard dans la vie.
- Speaker #1
Tu peux les créer ?
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment ça. J'en compte toujours des gens au moment où j'en ai besoin en cherchant. Assez peu, je trouve. Ça arrive assez vite. Je ne trouve pas ça si dur que ça. Comme il y a Elisabeth, l'encadreuse, Paul, la couturière Sylvie à qui je travaille. Elle habite à trois rues de son appart, à trois rues de chez moi.
- Speaker #1
Mais du coup, ça va être quoi ? Ça va être des modèles ? En fait,
- Speaker #0
non. Je lui ai donné des pièces que j'avais achetées en fripes, que je trouvais cool. Je lui ai demandé de changer quelques détails dans mon chure. poches ou des choses comme ça donc c'est 3-4 basiques quoi mais avec du coup l'éventail incroyable de la personnalisation à la main quoi c'est encore une fois une pièce unique parce que tu veux après tu vas repeindre ? Non je l'ai peint en fait.
- Speaker #1
Ah tu l'as peint avant ?
- Speaker #0
Pour peindre de la soie il faut la tendre sur un métier donc là moi je me suis fait faire un métier par Paul, justement le même qui a fait les encadrements de Tenture. de 3 mètres par deux. Donc du coup, j'ai ce grand panneau de tissu que je peins. Et ensuite, il part à la couture, à la découpe. Et dans cette pièce-là, elle coupe des vêtements.
- Speaker #1
Et quand tu disais les fripes,
- Speaker #0
c'est pour faire le patronage, pour faire la forme du vêtement. C'est pour faire la forme du vêtement. Je suis allé dans des fripes pour trouver des vêtements que je trouvais cool. Ensuite, j'ai demandé à la couturière de me faire les patronages pour qu'elle recrée la forme du vêtement bien comme je voulais en modifiant des trucs. Ensuite, je peins sur la soie. Ça repart chez la couturière pour couper et monter. Et ensuite, on a fait le vêtement. Et ensuite, ça va sur le client pour que ce soit fait à sa mesure. C'est du sur-mesure. C'est du sur-mesure total. Voilà, ça c'est la prochaine étape du Bézard d'Alger.
- Speaker #1
Et ta soie, tu te fournis où ?
- Speaker #0
La soie, j'ai aussi trouvé, grâce à la magie d'Instagram, il y avait une foire qui s'appelle Silk in Lyon, qui est une foire annuelle qui présente tous les créateurs et producteurs de soie français. J'ai cherché là-dedans, ces vêtements, je me fournirai chez Denis et fils. qui est un tisserand lyonnais qui fait tout à Lyon. Il reçoit la matière première qui, elle, n'est pas produite en France parce qu'il n'y en a plus. Il n'y a plus de ferme à verre à soie. Il n'y a plus ça. Ça n'existe plus en France. Donc, ça vient du Chine ou du Brésil. Et ensuite, tout est tissé chez eux,
- Speaker #1
à Lyon,
- Speaker #0
selon des savoir-faire traditionnels. Donc, chez Allo, chez Room, il y a des centaines et des centaines d'échantillons. C'est à devenir. Je me suis limité à des tissus faits écrus et blancs parce que je les peins. Ça ne sert à rien de prendre des couleurs. Mais oui, il y a du twill de soie, il y a du taffeta. Il y a plein de choses que j'ai envie de travailler. Mais pour l'instant, je vais me limiter au twill, je pense, pour faire les premiers prototypes déjà. Puis on verra. Après, de toute façon, ce sera à la commande parce qu'à budgéter, c'est quand même assez conséquent pour produire une pièce. C'est pas donné.
- Speaker #1
Tu dis la matière, c'est quoi ? C'est du twill ?
- Speaker #0
Du twill, ouais. Tu sais, c'est les carrés Hermès. C'est du twill. C'est un tramage. En fait, c'est... Mais tu vois un peu... Comme on crame, tu vois ? C'est des lignes diagonales dans le tissu, tu vois ?
- Speaker #1
C'est comme ça.
- Speaker #0
C'est une façon de tisser le truc. Twill, c'est une manière de tisser le truc. C'est ce que ça veut dire.
- Speaker #1
ça m'intéresse de connaître alors non seulement sur ce que tu es en train de développer là un peu la marque de vêtements ça m'intéresse de connaître ton business model Parce que pour moi, le fait que ce soit du sur-mesure, que la soie, c'est quand même une matière première assez chère. Toi, tu y passes du temps. La couturière, il faut que tu la rémunères. Au final, ça fait beaucoup d'accumulation de frais. Quel est ton business model par rapport à ça ? Tu t'es dit, moi, je fais du sur-mesure, donc je ne vais toucher que ceux qui ont vraiment de grands moyens. Ou j'ai envie d'être accessible. Comment tu fais ?
- Speaker #0
Malheureusement, que ce soit la porcelaine que je travaille, je ne traiterai qu'un matériau précieux qui est l'or ou le platine. Par la force des choses, c'est du fait main, c'est un métal précieux, c'est une pièce unique. Fatalement, les tarifs vont être ce qu'ils sont. Je ne sais pas si c'est élevé, oui, par rapport à une assiette IKEA. Oui, oui. C'est sûr. Mais bon, voilà, c'est pas que je vaille quelque chose, plus qu'un autre, mais c'est moi qui fais tout à la main. Donc il y a des entrées de gamme, par exemple les assiettes avec les petits lettrages dedans, comme les pâtes alphabet, où les gens peuvent écrire ce qu'ils veulent, me demander d'écrire ce qu'ils veulent. Ça c'est une quarantaine d'euros, ce que je trouve pas excessif. L'assiette ?
- Speaker #1
Ouais, l'assiette. Et c'est quoi, c'est un tampon, c'est ça ?
- Speaker #0
Non, non, non, je le... Un tampon.
- Speaker #1
Je sais pas, t'aurais pu faire un tampon pour...
- Speaker #0
Ah non, non, je le fais à la...
- Speaker #1
Ok, c'est quand même du pinceau.
- Speaker #0
Ah oui, Ah non, mais il n'y a rien qui est fait de manière mécanique.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Tout est fait à la main. Tout, Et après, tout ce qui est la soirée, pour l'instant, c'est à l'état de prototype, si tu veux. Donc...
- Speaker #1
Tu le cherches.
- Speaker #0
Je cherche... Non, je veux le produire. Il n'y a pas vraiment de business model. Je veux juste que ça existe pour pouvoir le proposer. Donc, il me faut une pièce de chaque. Être accessible, non, ce n'est pas mon créneau. Je ne fais pas de production de masse. Ce ne sont que des pièces uniques. Qui dit pièces uniques, dit fatalement prix élevé.
- Speaker #1
Et les gens sont sensibilisés à ça ?
- Speaker #0
À quoi ?
- Speaker #1
Je trouve que c'est un peu le problème de l'artisanat. c'est que c'est du fait main et les gens, les artisans ils passent du temps et notamment dans la céramique en fait où tu peux acheter des assiettes tu peux acheter 15 assiettes à 15 euros et dès que ça devient du fait main, tu passes à 15 euros l'assiette donc j'ai l'impression en fait, à force de parler avec des céramistes que c'est pas forcément en vendant leur Au revoir. Leur création, qu'ils arrivent à se faire de grosses marges, c'est quand ils vont faire des cours, etc. Ma question, c'est est-ce que tu as beaucoup de personnes qui disent 40 euros l'assiette, il n'y a pas de souci ? Ou il faut que tu les sensibilises, il faut que tu leur expliques ? En fait, tu les éduques ?
- Speaker #0
Éduquer les gens, non, parce que quelqu'un qui ne veut pas mettre 40 euros dans une assiette, il ne les mettra jamais. C'est des gens qui sont sensibles à ce genre d'objet, si tu veux. Non, c'est que des gens qui ont une sensibilité à ça, qui sont attirés par ça, qui ont envie d'offrir ou d'avoir quelque chose que personne d'autre n'aura. C'est l'argument principal, si tu veux. J'utilise de l'or plutôt que de la couleur parce que, au fond, je demande aux gens de faire l'effort d'accepter une pièce qui a déjà eu une vie. qui est déjà abîmée. Alors je fais attention de ne pas prendre des choses qui vont se casser en deux machines, en un corps. Mais c'est quand même des choses, ça se voit. Au dos, il peut y avoir une griffure, il peut y avoir les mailles qui sont un peu abîmées, ou une légère ébréchure, c'est possible. Mais je pense qu'on vit à une époque où les objets se doivent d'avoir la vie la plus longue possible. Et c'est un concept qui existe depuis très longtemps, et puis c'est juste ne pas gâcher en fait. Oui,
- Speaker #1
leur accommodage.
- Speaker #0
Accommodage. Moi j'en ai marre de racheter des meubles tous les deux mois parce qu'ils ne sont pas bons. parce que ça ne tient pas, parce que c'est de la mauvaise qualité. Donc tout ce que j'achète, je le récupère. À part le canapé ici, c'est que des trucs que j'ai rachetés en seconde main. Je demande un effort aux gens, mais en même temps, j'essaie de leur faire dépasser ça en utilisant un matériau précieux. Et en plus, ce qui est important de savoir, ce que j'ai oublié de dire, c'est que quand les gens font l'effort de m'apporter une assiette de leur placard ou de la chercher eux-mêmes, ça se ressent dans le prix. C'est-à-dire que si je n'ai pas à faire l'effort, moi, de chercher, de proposer, le prix est moindre. Parce que c'est dans ce sens-là que j'essaie d'éduquer les gens, de leur proposer un service qui est nouveau, qui n'existe pas. déjà entendu parler de ça en fait. J'essaie de récompenser les gens quand ils font l'effort de réutiliser et de rallonger la vie des objets qui existent déjà. Pour moi, c'est hyper important. Je trouve que c'est avec ce genre de démarche d'entrepreneuriat que les choses peuvent avancer, peuvent être plus durables, plus responsables. C'est très important pour moi.
- Speaker #1
Et dans ce cas-là, je sais qu'il y a une des contraintes, c'est qu'il faut que ce soit de la porcelaine.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a d'autres contraintes si on veut te ramener de la vaisselle ?
- Speaker #0
Non. Juste porcelaine ?
- Speaker #1
Il peut y avoir des reliefs, il peut y avoir des dégâts.
- Speaker #0
Oui, absolument. La porcelaine, ça supporte tout. Il y a toujours un risque. Le zéro n'existe pas, donc ça peut exploser. Il y a des porcelaines où l'émail à la recrution peut craquer. Ça existe. c'est possible, mais ça n'empêche pas de l'utiliser.
- Speaker #1
C'est la qualité de la porcelaine ?
- Speaker #0
Il y a un mélange, soit c'est la qualité de la porcelaine. Il y a plein de raisons pour lesquelles ça peut, mais c'est rare. Moi, tout ce que j'ai acheté, tu le vois, il y a des tonnes de vaisselle partout. Je n'ai pas eu d'accident. Franchement, j'en ai eu deux. C'est deux trucs qui ont explosé. Je les ai fait réparer par Michio. Le reste, j'ai eu zéro problème.
- Speaker #1
Et comment, en tant que novice, on reconnaît de la porcelaine ?
- Speaker #0
En général, c'est écrit dessus.
- Speaker #1
C'est comme la porcelaine !
- Speaker #0
Exactement ! On revient au fromage ! Oui, en général, c'est écrit dessus. C'est estampillé au dos, parce que tous les porcelainiers l'écrivent, que ça vient de chez eux. En général, la porcelaine, c'est blanc, la plupart du temps. Sauf quand c'est décoré.
- Speaker #1
Grain fin.
- Speaker #0
Grain fin, voilà.
- Speaker #1
J'en avais déjà parlé dans un épisode, mais en céramique, il y a au moins trois types de terres qui sont connues.
- Speaker #0
Le grès, la faïence et la porcelaine.
- Speaker #1
Et grès, c'est avec des petits cailloux, donc ça se voit très facilement.
- Speaker #0
C'est le chamoté, ça.
- Speaker #1
Ah, c'est le chamoté ?
- Speaker #0
Ouais, ça c'est le chamoté. Ah bah voilà, il y en a quatre. Non, mais c'est le grès chamoté.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
T'as le grès qui est une terre lisse. Ok. Quand t'as une espèce d'aspérité dedans, c'est parce qu'il rajoute en fait du... je sais pas ce que c'est d'ailleurs. Du sable. Du sable, c'est comme ça. donc du coup ça fait cette espèce d'effet très joli comme du papier de verre tu sais un peu grossier mais au toucher je crois qu'il n'y a pas trop de différence parce que en fait tout est émaillé si
- Speaker #1
j'ai un peu de mal à se voir quand même j'ai déjà fait des ateliers où j'utilisais du gré il y avait, enfin c'était pas la porcelaine c'est hyper pur c'est du cercle hyper fin qui est la mouette
- Speaker #0
Non, parce que j'en ai des trucs en faïence, là, et c'est pas si différent. C'est plus lourd, c'est plus dense, la porcelaine, je pense.
- Speaker #1
C'est plus dense, hein.
- Speaker #0
Mais c'est tout, hein. Et surtout, c'est écrit dessus. Ouais. Donc, enfin, la plupart du temps,
- Speaker #1
hein.
- Speaker #0
Je n'achète pas ça.
- Speaker #1
C'est une marge.
- Speaker #0
Non, je n'achète pas ça. On peut pas acheter ça. Enfin, attends, ils font de très belles porcelaines, c'est pas du tout ça. Mais comme je disais tout à l'heure, je n'ai pas envie que les objets aient un bilan carbone plus gros que nous. Donc je l'ai choisi en France. Il y en a dans tous les sens. Les gens qui se débarrassent de trucs. Et je comprends parce que Une vaisselle passée avec le filet qui tire la gueule, c'est vrai que ce n'est pas très joli, mais pour moi, c'est une matière première parfaite.
- Speaker #1
C'est une aubaine.
- Speaker #0
Ah oui, c'est vraiment le bonheur pour moi, tous ces gens qui se débarrassent de ces trucs. Mais voilà.
- Speaker #1
Parce qu'en plus... C'était à l'époque, on faisait des caïdos de mariage. Mais oui, souvent.
- Speaker #0
Le service, on était d'accord. Le 120 pièces. Oui. Et là, genre, attends, c'est exécutif.
- Speaker #1
Je me prends tout.
- Speaker #0
Les gens ne s'en servent jamais. C'est dingue. Je trouve ça fou. J'ai acheté un service à Annecy. Le monsieur ne s'en était jamais servi. Il l'a eu à son mariage. Ça faisait 30 ans qu'il l'avait dans ses placards. Elle était neuve, elle est super belle. Il y a un petit liseré corail sur les rebords de pièces. Le truc est neuf, quoi. Il a fallu le faire venir d'Annecy. Pour ça, je passe par Coccoli. Le truc de covoiturage de de Coli, c'est vachement bien. C'est un truc, en fait, tu t'appelles... C'est des trucs que je suis obligé de trouver avec la création du truc. Parce que parfois, tu trouves un truc qui est trois fois moins cher en province qu'à Paris. Il faut dire que ça, c'est vrai. Le Boncoin, c'est beaucoup plus cher à Paris qu'ailleurs, comme les Emmaüs. Il y a plus de trucs en province qu'à Paris parce que l'offre et la demande, et ce qu'elle est. Et Coccoli, c'est des gens qui font des trajets en bagnole. En l'occurrence, là, c'était à Annecy-Paris. Pour payer leur essence, ils prennent des colis de gens. Donc là, les trois cartons de vaisselle. Il les a cherchés chez le monsieur, il les a apportés devant la porte.
- Speaker #1
C'est incroyable ça.
- Speaker #0
Et j'ai payé 50 euros pour y aller en train, faire une journée, 200 euros de billets, et je ne sais pas comment les porter dans le train. Et en plus, c'était une économie solidaire, donc c'est cool. Je trouve ça très bien que les gens cèdent. à se rendre des services comme ça, moi je trouve ça très cool, j'ai aucun problème à payer pour ce genre de service.
- Speaker #1
C'est intéressant, c'est viable par exemple si un artisan qui est en province a une commande de quelqu'un qui est à Paris ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Il peut, c'est...
- Speaker #0
Bah en fait, ouais, parce que tu renseignes le format de ton colis, donc t'as des gens en fait, même des professionnels. Quand un déménageur fait un déménagement Paris-Lyon, il doit monter, bah voilà. Donc c'est hyper bien. Franchement, j'encourage.
- Speaker #1
Et c'est vraiment rentable ? Parce qu'il y en a plein qui disent j'ai des problèmes pour envoyer notamment des céramistes qui sont en province.
- Speaker #0
Franchement, qu'ils passent par ça. Parce que comme c'est des gens, si tu l'emballes bien, c'est dans un coffre. Qu'il lui arrive, il ne peut rien se passer. Enfin si, bien sûr, qu'il peut toujours se passer quelque chose. Si c'est bien emballé, c'est emballé. Je veux dire, les accidents, ça arrive à tout le monde. Ça arrive à la poste aussi. Non, moi je trouve ça génial. Et puis bon, alors parfois il ne faut pas être pressé, parce que pour faire ton trajet...
- Speaker #1
Il n'y en a pas de fric à la fin.
- Speaker #0
Mais en fait, moi j'ai eu tellement de demandes que tu choisis, parce que les gens, du coup, tu as des commentaires, tu as le nombre de courses qu'ils ont fait, on te demande de scanner ta pièce d'identité pour montrer qui tu es, parce que les courses sont assurées. Donc tu assures une valeur qui t'est remboursée ensuite s'il se passe quelque chose. Oui,
- Speaker #1
et que la personne peut partir avec le colis.
- Speaker #0
Exactement, c'est hyper clean. S'il part avec le colis, on a sa pièce d'identité donc il ne va pas aller très loin. J'en sais rien d'ailleurs. Ça ne m'est pas arrivé parce que les gens, de toute façon, ils veulent des sous, ils ne veulent pas de la vaisselle dans le carton.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
La plupart du temps, ils ne savent pas ce que c'est.
- Speaker #1
Tu crois que c'est déjà arrivé qu'ils te ramènent de la drogue ? Moi j'aurais trop peur pour ça
- Speaker #0
Je sais pas
- Speaker #1
Il y a un monsieur louche qui va donner un cocolis Je sais pas ce que c'est Non je crois pas C'est moi madame on peut ouvrir le coffre ?
- Speaker #0
Ah oui mais alors par contre je sais pas ce que c'est Elle a lu qu'elle maniota quoi Un cadavre Le truc à trois Tenez Ma belle mère
- Speaker #1
Ok donc cocolis Très bien Voilà.
- Speaker #0
La petite astuce que je conseille à tout le monde. C'est un super truc.
- Speaker #1
Et même en tant que chauffeur.
- Speaker #0
Ah bah grave, surtout chauffeur. A faire un trajet gratos quoi.
- Speaker #1
Pour expliquer un peu la façon dont on s'est rencontré, toi et moi, tu es passé par, alors c'est une agence de presse, bureau de presse qui m'a contacté,
- Speaker #0
Anne,
- Speaker #1
Gazette, qui s'appelle Gazette. J'aimerais que tu nous racontes pourquoi tu as décidé de passer par un bureau de presse, tout ce qu'il y a derrière, quels sont les avantages, quel était ton cheminement de pensée ?
- Speaker #0
Tu montes une boîte, tu n'as pas de boutique. Comment tu te fais connaître ? Instagram, c'est très bien, tu sponsorises un peu tes trucs, mais bon, ça coûte de l'argent, et franchement, les retombées ne sont pas si extraordinaires que ça. Tu as beaucoup de likes, mais tu n'as pas d'abonnement. Les gens, ils ont le clip comme ça, ils cliquent, ils aiment, mais ils ne vont pas plus loin. Ils se disent « Ah tiens, c'est cool, c'est joli » . Et puis il n'y a plus rien derrière. Ils ne te suivent pas, tu les perds, c'est foutu. Donc tu en parles à tes amis, puis à leur second cercle. Et puis voilà, tu as 400 abonnés. Tu te dis, bon, super, les copains qui ont bien voulu suivre ont suivi. On va demander à des copains journalistes. Donc on tire toutes les ficelles qu'on peut tirer. Tu as deux copains qui croient dans ton truc, qui disent, allez, vas-y, j'en ai parlé à Bidule, elle va te faire un truc. Donc tu te retrouves par chance dans une sélection gradia pour les cadeaux de Noël. Merci Bernie. Et là, le bureau de presse avait un de ses clients qui était dans cette même sélection. Et du coup, elle m'a écrit tout de suite. Elle a vu que j'étais un débutant, une nouvelle entreprise. Et elle m'a écrit tout de suite. C'est Capucine de chez Gazette qui m'a écrit, qui m'a dit, je vous ai remarqué dans la sélection, que vous êtes une nouvelle marque, que vous avez pensé avoir un bureau de presse. Moi, j'étais plutôt content que quelqu'un me remarque. Donc, on s'est rencontrés. Puis, je me suis dit, mais en fait, je suis obligé de passer par un bureau de presse. Enfin, je n'ai aucun moyen de toucher ces gens-là. La presse, je n'ai pas de boutique, je n'ai rien. Puis, pour envoyer des assiettes, faire des cadeaux aux bonnes personnes, si tu veux, tu vois, pour leur montrer ce que tu fais, tu vois.
- Speaker #1
Ces gens-là, tu veux dire les journalistes ?
- Speaker #0
Les journalistes, quoi. Les journalistes ou les gens qui peuvent parler de toi. Je ne sais pas qui d'autre que les journalistes, en fait. Mais n'importe qui. Tu lances ton truc, tu n'as qu'une envie, c'est que les gens savent qui t'es. Et ben voilà, Gazette m'a trouvé. Moi, ça m'allait. Le contact a été facile et agréable. Elle m'a tout de suite expliqué comment ça fonctionnait. Moi, je leur fais totalement confiance. C'est un travail à part entière. Et honnêtement, je n'ai pas le temps. Parce que quand tu fais, quand tu as ton job...
- Speaker #1
Oui, parce qu'on n'en a pas parlé, mais c'est que tu as un job à temps plein.
- Speaker #0
Oui, en fait, c'est comme beaucoup de gens de ma génération, en fait. Autant d'entreprises, tu fais tes heures de travail pour payer le loyer et le reste. Et quand tu veux monter un projet qui t'appartient, tu le fais sur un temps qui est en plus, qui est de l'extra. Donc, le matin et le soir. De 6 à 9 et de 20 à 22 et plus si nécessaire. Donc, si tu veux, je n'avais pas le temps de m'occuper de plus que ça.
- Speaker #1
Plus que la production.
- Speaker #0
Plus que la production. Donc, évidemment, au début, tu fais un petit stock pour montrer des choses. Parce que les gens, il faut leur montrer des choses, au minimum.
- Speaker #1
Oui, dans l'artisanat, c'est un peu plus cher.
- Speaker #0
Ils n'achètent pas des idées, ils achètent des choses. Et puis c'est impossible, en fait, d'avoir l'adresse d'un journaliste, de savoir où envoyer, d'être pris au sérieux. Moi, ma boîte, elle a deux mois, quoi. Le site s'est lancé il y a deux mois. Avant ça, les copains, personne n'a entendu parler de moi. Donc, l'aide d'un bureau de presse, pour moi, ça a été nécessaire.
- Speaker #1
Tu as combien d'abonnés sur Instagram pour donner un ordre d'idées ? Je crois qu'on avait parlé de 700 ?
- Speaker #0
Ah non, Plus ? 800.
- Speaker #1
Ah, plus ?
- Speaker #0
Ah non, on est à 800.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Non, non, je suis passé de 400 à 800.
- Speaker #1
Grâce au bureau de presse.
- Speaker #0
Grâce au bureau de presse en un mois. Donc, c'est cool.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est 800 en deux mois.
- Speaker #0
Non, pas en deux mois, ouais. Bon, après, il y a mes copains, tu vois. Bon, il y a les 400 frères.
- Speaker #1
T'as pas 800.
- Speaker #0
J'en avais 1000. Non, j'en avais... Je veux bien dire que tu fais ça. J'en avais 1000 sur mon truc perso, tu vois. J'en avais 1000.
- Speaker #1
Ouais, t'es un influenceur. Ben,
- Speaker #0
un micro. Un micro, ma chérie. Du coup, bon, ben, il y en a 400 qui sont des vrais amis. déjà qu'il y a ce monde réagissant c'est déjà pas mal attends si tu te prends un anniversaire il faut une grande salle non mais il y en a 400 qui ont suivi le bazar à peu près et après c'est le bureau de presse qui s'est mis en marche on est à 800 parce que ils ont appelé les bonnes personnes ils ont invité des gens à venir à la maison à voir parce que j'y tiens c'est pas que de la vaisselle si tu veux c'est ça Les mecs, ils ne se sentent plus. C'est une philosophie.
- Speaker #1
Mais c'est vrai. C'est un peu ça. C'est la raison pour laquelle j'ai créé ces podcasts. C'est que pour moi, il y a le travail de l'artisan, mais il y a qui est l'artisan ? Oui,
- Speaker #0
c'est vraiment des gens.
- Speaker #1
Souvent, on achète du travail d'un artisan parce que oui, ça nous plaît, mais aussi parce qu'il y a l'histoire derrière.
- Speaker #0
Et moi, j'aime à croire que quand je reçois des gens ici, je ne leur offre pas une assiette. C'est une atmosphère. Ils sont chez moi. C'est quand même marqué. Il y a un esprit.
- Speaker #1
C'est du storytelling.
- Speaker #0
Voilà. Ce n'est pas tant ça parce que c'est chez moi. Et Bruno, parce que sinon, il va me faire chier.
- Speaker #1
Qui est ton copain.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Vas-y, non, là. Tu ne sais pas que je suis là.
- Speaker #0
Exactement. C'est chez nous. En plus, tu vois, c'est chez nous. C'est intime. La pièce dans laquelle tu es, c'est la pièce dans laquelle je vis. Dans laquelle je vis, je travaille, je produis, je reçois, je fais des dîners. J'ai envie que les gens voient ça. Parce qu'en voyant ça, tu comprends mieux la valeur de ces objets, si tu veux, et la démarche.
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment ce que j'appelle moi du storytelling. C'est que tu vas expliquer qui tu es pour comprendre pourquoi tu crées ça. Et aujourd'hui, pour moi, la vente, elle passe énormément par ça. Et d'autant plus dans l'artisanat. C'est montrer que tu es empathique, que tu as une histoire derrière. J'ai l'impression, quand je parle avec des artisans, il y a... Il y a beaucoup d'artisans qui sont timides, qui disent que non, mais mon histoire, elle n'intéresse personne. Et je leur dis, mais c'est complètement faux, en fait. Parce que pour moi, la première, quand je consomme de l'artisanat, c'est... En fait, je vais le dire peut-être très crûment, mais je consomme quelqu'un, en fait. C'est que je vais rentrer dans un magasin, je vais parler avec la personne et je vais lui dire, cette personne, j'ai envie qu'elle continue, j'ai envie qu'elle vive de ce qu'elle fait. de ce qu'elle fabrique. Et donc, je vais l'aider par mon petit achat qui va être sûrement un peu compulsif. Mais d'un autre côté, j'aurai l'impression d'avoir participé à aider cette personne à continuer à créer.
- Speaker #0
C'est ça, en fait. Un artisan, il donne un peu de lui. C'est tout un parcours. On en parlait tout à l'heure. Je suis passé par le graphisme, la poitrine, le gamin, bijoux, ça s'est pas fait, j'ai passé par plein de trucs. J'ai eu ce boulot qui est très intéressant, mais avec lequel il me manquait quelque chose. J'ai 33 ans, il m'a quand même fallu tout ce temps pour initier le bazar d'Alger. D'ailleurs, il faut que je dise d'Alger parce que c'est mon nom de famille. J'aime trop cette anecdote. Ça revient souvent.
- Speaker #1
Pourquoi d'Alger ?
- Speaker #0
Parce que d'Alger, c'était en fait un enfant abandonné à confluence. Et à l'époque, on donnait en nom de famille l'actu du jour. C'était en pleine colonisation de la ville d'Alger. Du coup, il devait y avoir la une du journal local qui disait d'Alger. Donc Pierre s'est appelé d'Alger en
- Speaker #1
1830. Trop bien !
- Speaker #0
Donc ça vient de là. C'est mon nom. Quand t'es artisan, tu vends plus qu'un objet. Et je comprends que les gens soient timides. En fait, un artisan, moi je fais du graphisme, je fais de la com'. visuel. Donc je sais faire ça. On ne se rend pas compte de la quantité de travail qu'il y a pour créer une marque. C'est horrible. Il faut faire des photos, se mettre à la compta, faire des dossiers de presse, faire des photos, faire la création, peindre, aller chercher, renvoyer, nanana...
- Speaker #1
Contact fournisseur,
- Speaker #0
appuyer 10 000 gens, et puis j'oublie plein de trucs. Et puis... l'objet en soi. Il y a au moins, je ne sais pas combien de prises en main pour une assiette. Donc, il y a du boulot. Et ces gens-là, en fait, ils font leur boulot. Potière, elle fait des pots. Puis... C'est ce qu'elle voulait. Ils ne sont pas formés à parler d'eux. Donc tout ce qui est storytelling, je comprends tout à fait qu'ils se disent, mais attends, on s'en fout de moi. Non, on ne s'en fout pas. Il faut qu'on sache, mais les gens ne savent pas faire. Et c'est normal. En même temps, j'ai envie de dire, heureusement, qu'ils ne pensent pas toute la journée à la façon dont ils peuvent parler d'eux. À un moment, ils travaillent. Et c'est pour ça que, tu vois, un bureau de presse, après, bon, c'est un investissement, c'est sûr, mais c'est un facilitateur. C'est clairement un moyen de taper plus vite à des portes qui peuvent t'aider à être connu. Enfin, en tout cas, visible, sans parler d'être connu. J'imagine que c'est très dur pour un tas de gens. Après, moi, en plus, qui n'ai pas de boutique, donc, si tu veux, j'ai pas vraiment le choix. J'étais un peu coincé.
- Speaker #1
Je ne sais pas si tu peux le dire, combien il coûte ton bureau de presse ?
- Speaker #0
C'est conséquent.
- Speaker #1
Oui, c'est ça aussi, c'est que c'est un investissement.
- Speaker #0
Oui, ça coûte de l'argent. De monter la boîte, oui, ça coûte des sous. Souvent, j'ai jalousé les gens qui montaient des projets et qui avaient le chômage. C'est quand même un truc incroyable d'avoir cette petite sécurité. de se dire que pendant 6 mois, tu as le temps de te consacrer qu'à ça et d'avoir un revenu minimum. Ça, c'est un luxe incroyable. Si j'avais ça, ce serait beaucoup plus facile.
- Speaker #1
Alors ça, c'est plus une question qui va concerner tous les entrepreneurs. J'en suis la première intéressée. Moi aussi, j'ai un travail à côté de mon podcast. J'ai un travail temps plein, pareil, du 9h à 19h. Et il y a des soirs où j'ai envie de voir mes amis, j'ai envie de faire autre chose que mon podcast. En l'occurrence, j'ai la chance d'avoir choisi... Enfin, je me suis mis un rythme qui faisait que je pouvais avoir une vie à côté. Mais toi, en fait, ton rythme... Enfin, j'ai l'impression qu'en tout cas, ce que tu décris, ça ne te permet pas de, le soir, pouvoir organiser des verres avec tes potes. Est-ce que tu en souviens ?
- Speaker #0
Non, quand on monte un projet, ça ne vient pas tout seul. Yatta ! une personne qui te dira qu'il a réussi son travail. Les sacrifices, s'il s'en est, ils sont nécessaires. De toute façon, c'est comme ça. Si je veux créer ce projet, qu'il avance, j'ai pas le choix, en fait. Soit je me donne les moyens de le faire, et quoi, je rate quoi ? Quoi ? Trois vernissages, quatre dîners, et bon... Tu vois, j'ai 33 ans, j'ai la vie devant, tout va bien. Les amis, ils te font pas la gueule parce que tu viens pas à trois bouffes d'affilée. C'est pas grave. Puis voilà, tu vois, il y a un poteau feu dans la cuisine. Je vois des amis ce soir. C'est pas non plus H24.
- Speaker #1
T'as pas coupé complètement ta vie. Non,
- Speaker #0
je travaille le week-end, oui, mais j'essaie de rendre ça agréable. C'est pas, comme je disais, c'est pas pénible pour moi de faire ce truc, de peindre. De faire ce travail, ça n'est pas pénible pour moi. Comme je le fais, je n'ai pas le temps de faire d'autres choses. Mais ce n'est pas pénible. Je n'en souffre pas. Tu sais, tu es activé par l'envie de le voir marcher. Tu veux que ça marche. Tu fais ce qu'il faut. Sinon, tu ne le fais pas. Ça ne sert à rien. Et il ne faut pas se décourager. Parce que sinon, tu deviens fou. Moi, je ne regarde plus les likes. Parce que sinon, je deviens maboule. Parce que sinon, tu te dis, mais pourquoi ? Vous aimez ça et pas ça. Moi, je préfère rencontrer les gens. Parce que c'est pour ça aussi que je reçois les gens ici. D'une part, parce que je n'ai pas de porte. Mais parce que ça me permet d'avoir de vraies conversations, que les gens touchent. Les gens me disent tous, ah là là, c'est dix fois mieux en vrai qu'en photo. Bah oui, déjà parce que je ne suis pas un très bon photographe. Sûrement, ça doit jouer. Mais aussi parce que, ouais, c'est des objets qui vivent, quoi. C'est des choses qui doivent se voir, se toucher. Des objets d'exception, des trucs uniques. Donc, ouais, moi, je veux que les gens les voient, les touchent. Car là, en photo, ça rend rien du tout par rapport à ce que c'est en vrai. C'est dingue. Et moi, il faut pas que je me décourage. Parce que t'attends qu'il se passe un truc tous les jours, si tu veux, tu te dis, j'aimerais qu'il y ait un article, un truc, un machin. Bah non, il y a des jours où il y a rien, où tout le monde s'en fout. C'est qu'ils ont autre chose à faire. Et puis, c'est à toi de toujours montrer que T'existes, t'es là, c'est bien, c'est beau, c'est responsable, c'est pas creux. De toute façon, les gens sont sensibles à des projets qui ont du sens. Il faut juste trouver sa cible. Arriver à toucher sa cible, c'est le truc le plus difficile. C'est vraiment le truc le plus dur.
- Speaker #1
La comprendre et la toucher.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est super dur. Super, super dur.
- Speaker #1
Encore que toi, je pense que tu as la chance d'avoir une cible qui est très portée réseaux sociaux.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'est qu'il y a certains artisans qui ont un beau sommet sur les réseaux sociaux, leur cible, elle n'est pas là.
- Speaker #0
Non. C'est peut-être plus des professionnels, tu veux dire.
- Speaker #1
Oui. Encore que je suis de plus en plus persuadée que le B2B marche aussi sur Instagram.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Non, je parle plus... Deux personnes dont la cible, c'est les 40-50. Ah ouais. C'est clair que...
- Speaker #0
Ah bah...
- Speaker #1
Ok. Et un truc dont on n'a pas parlé, t'as dit... Un moment, t'as dit que tu t'aimerais travailler avec des restaurants.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
On en avait déjà discuté, toi et moi, mais... Alors, c'est un peu ma conviction, mais... C'est que pour moi, l'argent est dans le B2B, mais pas dans le B2C. Et du coup, à chaque fois, c'est une question qui m'intéresse. Toi, tu as vraiment envie de t'orienter B2C et si tu as des opportunités B2B, tu les prendras ? Ou tu veux te mettre, je ne sais pas, prendre un cabinet qui va être commercial et vendre tes créations à des entreprises ? Au sens large, restaurant ?
- Speaker #0
Non, moi, je ne me ferme aucun marché parce que Merci. Alors déjà, pour le B2C, j'aime le faire parce que je rencontre des gens. Ça, c'est vraiment un truc qui me tient à cœur. J'aime ça, rencontrer des gens. J'aime qu'ils me racontent leurs histoires, qu'ils me disent pourquoi ils offrent ça à cette personne-là, pourquoi ils écrivent ça. Ça me plaît. Et j'aime la satisfaction directe qu'il y a à créer pour un particulier. C'est immédiat. Quelqu'un qui est content. d'un truc qu'elle a fait que pour lui ou que pour la personne qui à qui veut l'offrir moi ça me remplit de joie ça pourrait me suffire mais effectivement, on va se mentir, l'argent, il est plutôt, comme tu disais, dans le business. Écoute, moi, si je fais du carrelage, c'est autant pour le particulier que pour le professionnel. Pourquoi je me fermerais ? Je n'ai pas du tout envie de me fermer. Les gros projets, ça m'intéresse. C'est pour ça que j'ai fait les carreaux. C'est pour ça que j'ai fait du tissu. Parce que ça peut être des rideaux, je ne sais rien.
- Speaker #1
Le tissu, c'est hyper vaste. Tu peux en faire plein de choses.
- Speaker #0
Enfin, mille trucs. J'ai envie de travailler pour le plus de choses possibles. C'est pour ça que le bazar, c'est de la vaisselle, du carrelage, de la soie, qui peut être de la teinture, du vêtement, de la déco, du rideau, de l'habillement de chaise, j'en sais rien. Mon credo, c'est toujours, pour ne pas s'ennuyer, il faut toujours diversifier. C'est comme ça qu'on s'ennuie, c'est en faisant toujours la même chose. Donc, le meilleur moyen, c'est de jamais s'enterrer dans ces trucs-là et donc de diversifier les supports, les surfaces, les clients, les demandes. Donc, que ce soit du professionnel ou du particulier, pour moi, c'est le meilleur moyen de ne pas m'ennuyer.
- Speaker #1
Et le professionnel, tu vas le laisser venir ou tu vas aller en chercher ?
- Speaker #0
Le professionnel, écoute, j'ai l'impression que les réseaux les touchent un peu. Il y a mon bureau de presse qui bosse sur des publications. J'imagine que les professionnels regardent les mêmes magazines qu'elle en particulier. Donc, aller les chercher, je ne sais pas. Mais le meilleur moyen, encore une fois, c'est de se faire connaître. Se faire connaître auprès de professionnels. Je ne sais pas s'il y a des moyens.
- Speaker #1
J'ai fait une conférence qui disait que Maison et Objet, c'était une bonne source de connexion professionnelle.
- Speaker #0
Je suis allé.
- Speaker #1
En tant que visiteur ou en tant que visiteur ? Visiteur,
- Speaker #0
ouais. Ouais. Pour voir si éventuellement un jour ça m'intéresserait. Alors je comprends l'intérêt, ça doit être une superbe vitrine.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Mais moi ça m'a foutu le tournis. Il y a trop de trucs dans tous les sens. Et puis encore une fois, la quantité, tu vois, en allant là-bas, je me suis dit que ça ne doit parler que de quantité et de livraison. Combien vous pouvez pour quand ? Tu vois ?
- Speaker #1
Ah ouais.
- Speaker #0
Je ne suis pas là, je suis seul. Je suis seul, je fais tout cuire à la maison. Tu vois ce que je veux dire ? Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Je ne veux pas m'étendre. Si, je veux. Mais je n'ai pas un besoin de croissance dévorant, si tu veux. Encore une fois, je pense qu'à notre époque, on doit pouvoir réfléchir autrement.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et mon business modèle, ce n'est pas la quantité, vite, beaucoup, partout. Non. Ça doit rester précieux. Et tant que c'est... De toute façon, c'est moi qui fais les dessins. À la limite, si je devais grossir, je pourrais engager des gens à peindre mes dessins, parce que je l'ai fait au crayon avant.
- Speaker #1
Donc ça,
- Speaker #0
c'est envisageable. Mais encore, tu vois, c'est hyper dur de trouver quelqu'un qui interprète bien ton dessin, qui le peint bien, enfin, tu vois. C'est difficile. Oui, c'est clair. De sous-traiter ça.
- Speaker #1
Il faut trouver quelqu'un de qui tu as confiance.
- Speaker #0
C'est ça. Ça, c'est un peu un truc aussi... Je ne sais pas si les autres y pensent, mais quand tu formes quelqu'un, tu formes la concurrence. Et puis, tu as toujours le risque, en présentant une idée, à être connu. C'est très bien. Si ça marche, c'est super. Mais bon, il y a des gens qui vont leur le faire. C'est normal.
- Speaker #1
Un gros problème dans l'artisanat, c'est que je ne veux pas... Je ne peux pas montrer ce que je fais parce que potentiellement, on peut me copier.
- Speaker #0
Oui, mais si tu ne le montres pas, tu ne vis pas.
- Speaker #1
Pour moi, si on te copie, c'est que c'était bien. Mais bien fait. C'est du bonus.
- Speaker #0
Évidemment.
- Speaker #1
C'est ce qu'on dit. On en dit beaucoup. J'évolue dans le monde des startups. Et dans le monde des startups, on te dit, si tu n'as pas de concurrence, c'est mauvais signe. Et tu n'as pas d'investisseurs qui disent quels sont vos concurrents. Parce que si vous n'en avez pas... Ça veut potentiellement dire que votre marché soit pas mature, soit pas mature aujourd'hui mais il le sera un jour, soit ne le sera jamais. Et dire j'ai aucun concurrent, je suis première à faire ça sur le marché, en fait c'est pas un argument, en tout cas dans le monde des startups. Et je pense que c'est la même chose, pour moi c'est la même chose. Enfin, quelle que soit la création en fait. Quelle que soit la création, si t'as pas de concurrent, ça veut dire qu'il y a pas de marché. Parce que on dit, ton idée Merci. Il y a cinq personnes en même temps qui l'ont, dans tout le monde. Ah,
- Speaker #0
mais c'est des cycles, les idées. Que t'as rien inventé,
- Speaker #1
t'as inventé rien.
- Speaker #0
On n'a jamais rien inventé. Enfin, si, il y a longtemps. Mais moi, j'invente rien. J'invente rien du tout. Je propose juste une démarche. Non, c'est pas nouveau, parce qu'il y a plein de gens qui le font, des corps sur...
- Speaker #1
Qui te correspondent, qui ont des valeurs.
- Speaker #0
C'est moi, quoi. C'est tout. Mais des gens qui peignent sur des assiettes, il y en a. Il y en a plein, les cours où j'ai été. Après, c'est une histoire de comment tu le vends, qu'est-ce que tu vends. C'est moi, en fait, c'est moi que je vends.
- Speaker #1
Oui, c'est pour ça. D'où le fait que le storytelling est hyper important.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
C'est parce que même si la personne, elle copiera ton idée, elle ne copiera pas ton histoire.
- Speaker #0
Elle peut copier, mais ce ne sera pas moi.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Tout pareil.
- Speaker #1
Oui, oui, oui.
- Speaker #0
Les copies, c'est très bien. allez vous acheter des Chanel chez H&M ce sera pas Chanel c'est clair c'est comme ça c'est qu'il y a une image derrière et si toi t'arrives à construire ton image ça va vraiment te permettre de
- Speaker #1
dire la concurrence ne m'atteindra pas parce que ce n'est pas que de la concurrence physique en fait si tout le monde pouvait entendre ça je pense que On verra beaucoup plus d'artisans et d'artisanat sur Instagram.
- Speaker #0
C'est clair.
- Speaker #1
Et concrètement, ta production, du dessin jusqu'à la mise au fourneau, ça te prend combien de temps ?
- Speaker #0
Ça dépend du dessin.
- Speaker #1
Des petites fleurs parsemées sur une assiette, par exemple.
- Speaker #0
C'est rien. Pour moi, le dessin, ça me prend... Je dessine depuis...
- Speaker #1
20 ans ?
- Speaker #0
Ouais, je sais pas, un truc comme ça. Donc, c'est comme tout. Plus tu répètes les choses, plus elles sont rapides. Le plus long, c'est l'idée. Quand quelqu'un te dit Méditerranée, il faut... Avoir l'idée. Tu réfléchis, tu gribouilles ton assiette longtemps, je ne sais rien, une heure, deux heures, puis tu reviens dessus. Mais même pas, en fait, parce que c'est une telle pratique, si tu veux, que ça devient automatique, comme la cuisine. Avant de couper la carotte vite, il faut en couper beaucoup. Quel philosophe !
- Speaker #1
C'est vraiment...
- Speaker #0
Putain, c'est du Forrest Gump, quoi ! Magnifique !
- Speaker #1
Mais on a compris l'idée !
- Speaker #0
Voilà, pour couper une carotte vite, il faut couper beaucoup !
- Speaker #1
En temps, c'est quoi ? C'est une assiette, c'est une heure, c'est 30 minutes ? Non,
- Speaker #0
même pas ! Parce que je fais ça... En fait, parfois, même, je fais même pas de dessin.
- Speaker #1
Tu passes pas par le crayon ?
- Speaker #0
Non ! Non, parce que c'est mon métier. Oui, c'est... Non, j'en sais rien. C'est une heure, deux, trois... Ça dépend.
- Speaker #1
Une assiette, ça peut...
- Speaker #0
Ça peut être une heure, ouais. Ça peut être dix minutes.
- Speaker #1
Ça peut être dix minutes.
- Speaker #0
Mais bien sûr.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Mais bon, c'est dix minutes de l'affaire. De peindre dessus. Le premier truc. Après, t'as...
- Speaker #1
La cuisson.
- Speaker #0
Il faut la trouver, l'assiette. Le sourçage. Sourçage, cuisson, retouche, gratouille, gnagnag, bolote. Tu vois ? En fait, on s'en rend pas compte. J'ai mis du temps à m'en rendre compte, mais ça prend beaucoup de temps. Parce qu'en plus, j'essaie de remplir le four. avant de le lancer parce que sinon ça bouffe une énergie pas possible je vais pas tourner un four pour une assiette à moins que ce soit vraiment genre oh la la j'ai un mariage demain il me faut un cadeau je dis bon d'accord mais je m'arrange pour en faire d'autres vite quoi aller vite vite il m'en faut puis je me lance et je prends une journée à faire que ça Le temps, c'est très variable. C'est variable, mais... Non, c'est pas... Le plus long, je pense que ça a été... Je sais pas, les plages, moi... En fait, c'est... Non, c'est... C'est du remplissage, si tu veux. Le plus long, c'est vraiment l'idée.
- Speaker #1
Pinterest, c'est ton ami ?
- Speaker #0
Ah non, pas du tout.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Ah, jamais. Je suis jamais allé.
- Speaker #1
T'es jamais allé sur Pinterest ? C'est quoi ton ami, alors ?
- Speaker #0
J'ai jamais allé une fois. Et j'ai rien compris. Non mais j'ai pas compris comment ça marchait. C'est comme Snapchat. J'ai rien compris. J'étais là genre attends mais elles sont où les vidéos ? Je comprends pas. Il y a 25 heures elle était là. Ah putain ouais. Mais je comprends rien quoi. J'étais là et Pinterest non pas du tout. C'est moi je trouve ça horrible. Il y a trop. Moi, ça me déprime de voir que possiblement, il y a 40 personnes qui font la même chose que moi. Si je suis mis en face de ça, ça me décourage. Je me dis, mais attends, pourquoi moi ? On s'en fout. Il y en a 12, il y en a 40.
- Speaker #1
Parce que toi,
- Speaker #0
c'est Instagram. Ouais, c'est moi,
- Speaker #1
mais enfin bon...
- Speaker #0
Mais on vient de le dire. Oui, mais tu vois, il y a aussi ce penchant-là. Il faut croire en soi, malgré le fait que t'es bombardé toute la journée de trucs super beaux, de gens qui font des trucs de dingue. Alors ça t'inspire, oui, mais ça peut décourager aussi. Tu peux être là genre, attends, mais c'est nul, moi. Non,
- Speaker #1
mais oui, et puis c'est super dur, je trouve, quand t'es tout seul dans ton travail, que t'as pas une équipe avec qui dire, ouais, notre idée, c'est trop bien.
- Speaker #0
Ouais, bah non, non. Non, mais moi, il faut se regarder dans le miroir le matin et se dire, non, vas-y, c'est vraiment super ton truc. Et puis, il faut tenir, comme je disais tout à l'heure. Il ne faut pas se décourager parce que sinon, tu as tout. Mais enfin, là, quand même, je suis arrivé à un niveau d'engagement. Si tu veux reculer, c'est un peu con. J'ai le four de la part, j'ai de la vaisselle partout. J'ai investi des fonds propres. depuis plus d'un an. Donc non, je ne vais pas m'arrêter maintenant. Il n'y a pas d'autre option qu'il faut que ça marche. C'est exclu. Je refuse l'échec sur ça. Je veux bien ailleurs, mais ça, non, je ne veux pas. Ce projet, je refuse. Ça ne peut pas ne pas marcher.
- Speaker #1
On n'est pas en Arnaque d'Inde.
- Speaker #0
Ça marche pas.
- Speaker #1
Je peux autre chose. Peut-être qu'un jour, on trouvera tes assiettes chez Droho. On les vend tout en chaîne.
- Speaker #0
Sûrement. Sûrement. Et là, vous regretterez de ne pas les avoir achetées plus tôt.
- Speaker #1
Parce que l'assiette à 10 000 euros, ça, je ne l'ai pas acheté.
- Speaker #0
Exactement. Non,
- Speaker #1
parce que tout ça, parce que moi, mon nom, Arnold D'Alger, il dit à personne.
- Speaker #0
Et Pablo Picasso, au début, c'était rien.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Bon, ben maintenant, les potiches, tout le monde les veut. Ouais, non, je me compare pas à Picasso. Mais bon, vous avez l'idée.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Faut toujours commencer par quelque part, quoi.
- Speaker #1
C'est ça, c'est ça.
- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #1
ouais. En espérant que ce soit pas... On dit quoi ? Post-mortem ? Post-mortem.
- Speaker #0
Mortoume.
- Speaker #1
Post-mortoume.
- Speaker #0
Saucisse des mortaux.
- Speaker #1
Est-ce que tu as une anecdote à nous raconter ?
- Speaker #0
Par exemple, le four, c'est assez drôle comme histoire. Quand j'étais gamin, ma mère et la voisine du dessus étaient copines, et cette voisine faisait de la peinture sur porcelaine. Et cette même voisine, 20 ans plus tard, a vu que je m'étais mis au décor, sur porcelaine, sur Instagram. Elle m'a dit, attends, Arnaud, c'est super, je te donne un four qu'elle avait en trop dans son garage. J'ai dit, c'est génial, merci beaucoup. Et donc, je pars à Marseille avec mon camion chercher le four, à Bandol même. plutôt, elle me donne le four et le four ne rentre pas dans l'appartement. Revenons à Paris. Parce qu'il est, un, trop lourd et deux, trop gros. Donc, on le laisse près des boîtes aux lettres.
- Speaker #1
C'est sa place.
- Speaker #0
À sa place. Heureusement, le proprio ne passait pas souvent. Et donc, du coup, là, on n'avait pas particulièrement dans l'idée de déménager, mais c'est devenu nécessaire. Et donc, on a visité cet appartement dans lequel le bazar vit maintenant. Très bien. On a sauté le pas et le four est maintenant là.
- Speaker #1
Il est à côté de la porte d'entrée.
- Speaker #0
Exactement. Il est à côté de la porte d'entrée maintenant.
- Speaker #1
Mais attends, mais c'est adorable. Un four, c'est quoi ? C'est minimum 1 000 euros ?
- Speaker #0
Oui, deux ou trois même.
- Speaker #1
C'est un beau cadeau.
- Speaker #0
Oui, c'est un super beau cadeau. Je pense qu'elle était contente de voir que ça allait servir. C'était une vraie transmission. Si je fais du carrelage aujourd'hui, c'est un peu à cause d'elle.
- Speaker #1
C'est grâce à elle.
- Speaker #0
Grâce à elle, oui. C'est un peu ça. Elle faisait tout. Elle avait fait les beaux-arts. Elle peignait. Elle peint toujours beaucoup mieux que moi. C'était des sujets un peu plus réalistes et colorés. Donc oui, c'est un peu grâce à elle que je fais du cardan. Parce que je l'ai vu faire ses carreaux, je me disais, c'est super de faire ça, des salles de bain. Non, mais je trouvais ça dingue. Et puis quand j'étais petit, mes parents avaient un appart à Biarritz, dans la salle de bain, des carreaux avec des grands dessins de... de grosses bonnes femmes c'était des BNews je crois c'est un peu vague mais comme souvenir mais et je me rappelle de ce truc des carreaux j'adorais ce truc il y avait un soleil je crois avec des vagues Et c'était beau, je sais pas, je trouve ça beau, quoi. C'était pas la salle de bain de tout le monde, tu vois. Il n'y avait que chez moi. Et je trouve ça génial de pouvoir...
- Speaker #1
Tu t'es fait ?
- Speaker #0
Non, du tout. Mais, tu vois, je trouvais qu'avoir une salle de bain avec des carreaux comme ça, je trouvais ça génial.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Parce que ce n'était pas des carreaux blancs. C'était quelque chose qu'on était les seuls à avoir. Je trouvais ça trop bien. C'est toujours dans ma tête, ce truc.
- Speaker #1
Oui, de pouvoir un petit peu rendre des choses originales et à ton goût. Comment vois-tu l'avenir de ton artisanat dans le futur ?
- Speaker #0
Pour moi, l'artisanat, c'est vraiment... Déjà, je trouve que ça revient à fond dans... tous les domaines, la mode, le mobilier. Et c'est vraiment, je trouve, l'anti-consumérisme. Il y a des gens qui arrivent en fin de vie, j'espère en tout cas. Et c'est vraiment ce qu'il faut promouvoir. C'est le savoir-faire, le savoir tout court, la transmission. C'est des métiers qui sont en train de renaître. Parce que ça y est, on a compris que le plastique, c'est pas fantastique.
- Speaker #1
Tu fais des jingles ?
- Speaker #0
Ouais, je fais des jingles. Comme visuel. Non mais je veux dire, tu vois, on a compris que consommer à tout va, ça sert à rien. On ne veut plus des objets que tout le monde a. On veut des choses qui ont une vie. On veut des choses qui ont une histoire. Et les meilleures façons de... de créer une histoire, c'est par la main de l'homme, il n'y a pas de mystère.
- Speaker #1
En fait, moi, j'aurais tendance à dire que je suis d'accord avec toi, mais j'ai l'impression que c'est parce qu'on est dans une bulle de... Alors non, je ne vais pas le définir comme ça, parce que mes parents ne sont pas à Paris et sont pareils et pas du tout consuméristes.
- Speaker #0
D'accord. Ah non, mais dans ce sens-là... Oui,
- Speaker #1
dans ce sens-là, de dire que les gens font de plus en plus attention... à leur consommation.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il y a un an, je t'aurais dit oui. Et j'ai rencontré des gens qui achetaient à Kouva, Amazon, ça marche, Uber, tiens, enfin...
- Speaker #0
Il y a des gens qui s'en foutent. On est d'accord. Mais totalement. Et qui le disent. Ils disent, moi, je ne changerai pas. Ça ne va pas dans le sens de l'histoire. Ces gens-là, ils font ce qu'ils veulent. Ils sont libres. C'est très bien. Bon, ils n'ont juste pas compris que... On ne pouvait plus penser toute seule. Il faut arrêter d'être égoïste. On pollue à tout va. Ces initiatives, il faut les chérir. C'est important. Tout le monde le dit, la croissance, ce n'est pas éternel. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas viable. Donc ce n'est plus un business model ou une façon de vivre viable non plus. C'est la science qui le dit, c'est les économistes qui le disent. Il y a un moment, des preuves, je ne sais pas ce qu'il faut. Il y a un moment, on ne peut pas faire plus. La prochaine étape, c'est que ça brûle et on n'en est pas loin. Ça brûle déjà pas mal. Donc, revenir à l'échelle de l'homme, à l'artisanat. Pour moi, c'est un bon remède à cette nouvelle vie qui nous attend. Je pense qu'on va voir le monde changer. Notre génération est charnière. Moi, j'ai hâte d'avoir 80 ans pour voir ce qui s'est passé. C'est quoi le monde dans 50 ans ? Ça va être génial !
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu réponds aux gens qui te disent « L'artisanat c'est beau, mais moi j'ai pas les moyens de me le payer » .
- Speaker #0
Mais c'est faux ! C'est pas vrai. C'est pas vrai parce que un artisan, c'est pas forcément cher. Ou alors, c'est parce que vous avez des goûts de luxe. Il y a un moment aussi, il faut accepter la vie, qu'on peut se payer. Je sais pas si ça peut être mal interprété. Je dis juste que moi, je gagne tant par mois, je peux pas m'acheter un appartement de 200 mètres carrés à Paris. C'est tout. C'est comme ça. C'est la vie. Toi, je... me démène pour que ça arrive, soit, bah non, j'accepte de vivre dans ce que je vis et qui me convient très bien. Mais c'est aussi ça, c'est la consommation. Enfin, tu vois, ton assiette Ikea, ou autre, mais qui a été produite à la chaîne, tu l'as payée 3 euros. Très bien. Mais tu t'en fous. Si elle se casse, elle se casse, t'en rachètes une autre. tu fais moins attention et elle s'use on le sait que tous ces trucs ça s'use plus vite ça dure moins longtemps on le sait, un travail d'artisan ça a quand même généralement tendance à durer plus longtemps à être de meilleure qualité alors peut-être que tu le payes un peu plus cher ou beaucoup plus cher mais peut-être que ça dure 3 générations ou 2, même 2 c'est bien ou même ta vie entière c'est largement suffisant tu vois ce que je veux dire ? Moi, les meubles que j'ai ici, je pense qu'ils ont déjà vécu plus que ce pour quoi ils étaient conçus. Parce que c'est des meubles qui sont bien faits. C'est tout.
- Speaker #1
Oui, il y a peut-être aussi du fait qu'on achète des choses dans l'optique qu'on va s'enlacer. Et donc, ça n'a pas besoin forcément de...
- Speaker #0
Bah oui, c'est la mode, tu vois. Les modes, les collections, ça ne durera pas. On le voit. Oui, bon, alors il y a des tendances, mais enfin bon, je ne sais pas. Moi, j'ai refusé qu'on parle, en parlant du bazar d'AG, de c'est la collection de l'été, de l'hiver, du machin. J'ai dit à mon bureau de presse, on n'utilise pas ces mots. Je vends des objets qui n'ont pas de saison, qui durent une vie, parce que je garantis, oui ça j'ai oublié d'en parler, c'est quand même important, quand je vends un objet, je garantis que vous puissiez me le rapporter trois fois gratuitement pour que je le redore.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Oui, gratuitement. C'est pas parce que ça s'use rapidement, c'est parce que j'ai envie que ça dure toute votre vie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Voilà. Donc, tu vois, il faut s'engager en tant qu'entrepreneur aussi.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je m'engage en tant que personne dans ma vie à toute petite échelle. Je ne suis pas du tout... Je ne suis pas dans la rue, je ne ramasse pas des déchets sur la plage. Je ne fais pas tout ça. Mais à ma petite échelle, je veux que votre objet dure le plus longtemps possible. Donc, je m'engage à faire ça. Pour moi, ça me paraît logique et c'est ce que beaucoup d'entreprises devraient faire. Ce qui n'est pas encore du tout le cas. Pour moi, une marque responsable, c'est une marque de chaussures qui te répare ta chaussure. J'en ai marre de jeter des trucs. Tiens, Arrigo, ça m'énerve. Parce qu'on pourrait éviter ça. C'est nul. Les trois quarts de mes francs, c'est du recyclé. Enfin, c'est de la pipe. Mais parce que c'est trop beau, quoi. Il y a des trucs trop beaux. Alors oui, tu les payes cher parce que c'est... Mais voilà, ils vont durer quoi ? Ils vont durer longtemps. Je pense à toutes ces années où on s'en foutait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Totalement. Moi, gamin... Les plastiques, les sacs de course. Mais j'ai produit, mais j'ai tué combien de tortues ? C'est dégoûtant. Et ça, je m'en suis rendu compte, mais quoi, là, il y a, je ne sais pas, 3-4 ans.
- Speaker #1
Oui, parce qu'on n'était pas sensibilisés non plus.
- Speaker #0
Mais on était débiles. Je ne comprends pas, quoi. J'en veux, moi. Je ne sais pas à qui je dois en vouloir, mais je suis énervé. Est-ce que c'est ma faute ? J'en sais rien. On s'est beaucoup éloigné de la guignol. Tu vois ce que je veux dire ? Ça me gonfle parce que je comprends pas. Quand on est avancé comme ça, en se disant, ça ira. Alors que non, ça va pas du tout. Donc du coup, petite responsabilité, l'artisan, le producteur près de chez soi, et de la qualité, moins de quantité. Je dis ça encore une fois, dans un appart bourré d'objets, d'accumulation de trucs.
- Speaker #1
Oui, mais c'est des...
- Speaker #0
Des trucs que je récupère, auxquels j'essaie de donner une seconde vie. Et puis encore une fois, l'objet de l'artisan, il a une âme. Quelqu'un qui l'a fait, qui a appris à faire cet objet, qui l'a travaillé, qui l'a créé, qui l'a produit, peint, aimé, emballé. Voilà, tout a un prix, c'est comme ça. Et puis peut-être que parce qu'il est aussi précieux, on aura moins tendance à le casser, on fera plus attention et il ne durera plus longtemps.
- Speaker #1
Bon, merci Arnold.
- Speaker #0
Merci d'être venue. Merci de m'avoir accueillie.
- Speaker #1
J'étais contente de partager cet après-midi avec toi. Tu en veux un peu de fromage ? Il y a tellement de fromage d'ailleurs. Il fallait tout changer chez Arnold.
- Speaker #0
C'était poisse pour la route.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour votre écoute. J'espère que le parcours d'Arnold vous aura inspiré. Merci également pour le soutien que vous me témoignez sur les réseaux sociaux. Il m'est précieux pour continuer ce projet bénévole. Vous pouvez continuer de m'aider à faire découvrir les histoires d'artisans au plus grand nombre en mettant une note sur iTunes et en vous abonnant sur votre plateforme de streaming préférée. Je vous dis à très vite avec une nouvelle histoire.