Speaker #0Bienvenue dans Histoire d'Artisan, je suis Lisa Millet et je serai votre guide dans l'exploration de l'artisanat. Ce mois-ci sur Histoire d'Artisan, ce n'est pas d'un métier mais d'un matériau dont je souhaitais parler. Parce qu'il a cette capacité à rassembler de multiples métiers. Ce merveilleux matériau, c'est le verre. Je vous ai déjà parlé du verre dans l'épisode d'introduction sur le vitrail. Néanmoins, il y a plein de détails que j'ai omis. Commençons par l'histoire du verre. Issu de la rencontre du sable et du feu, le verre est un des matériaux les plus anciens utilisés par l'être humain. L'encyclopédie d'Hydro notait cette découverte comme la plus merveilleuse et la plus utile depuis celle des métaux. Elle nous fait voyager de Babylone à l'Egypte antique, de Venise à la France de Colbert, fondateur de Saint-Gobain. pour se poursuivre encore aujourd'hui dans notre quotidien. Les premiers verres fabriqués par l'homme sont originaires de Mésopotamie, Syrie ou d'Egypte. A l'époque, ce qu'on appelle verre n'est pas encore parfaitement transparent, mais légèrement opalescent et souvent de couleur bleu-vert. Le développement des fours permet d'obtenir de plus hautes températures et grâce à de nouveaux ingrédients, la matière peut être débulée et débarrassée des impuretés qui le colorent. Et le verre devient alors translucide. Petite anecdote, les contrefaçons existaient déjà à l'époque, puisqu'en rendant le verre translucide, des imitations de pierres précieuses se développent sur le marché. Bon, rappelez-vous de l'épisode du vitrail, le verre reste encore à cette époque un matériau rare et précieux, assimilé aux pierres précieuses, et on le retrouve notamment sur le masque funéraire et les sarcophages de Toutankhamon. Qu'il soit utilisé pour de l'utilitaire, du décoratif, pour les parures des princesses et des pharaons, le verre devient très vite un matériau massivement employé. C'est fascinant de constater que les verres réalisés 1500 ans avant Jésus-Christ avaient une composition très voisine de celle de nos verres actuels. En réalité, cela s'explique facilement. Premièrement, les composants de base du verre ne sont pas nombreux et le sable reste encore aujourd'hui la seule matière première qui permet de créer du verre. Ensuite, Le verre s'élabore suivant des procédures assez contraignantes. La température de fusion se situe au-delà de 1000 degrés. A l'époque, ils réussissaient déjà à obtenir ces températures de fusion sans nos technologies, avec de simples fours alimentés au bois. Troublant, non ? La plus ancienne recette de verre connue à ce jour se trouve sur les tablettes d'argile de la bibliothèque du roi assyrien Assurbanipal, datant de 700 ans avant Jésus-Christ. Prends 60 parties de sable, 180 parties de cendres d'algues, 5 parties de craie et tu obtiendras du verre. Le verre industriel et le verre artisanal, c'est la même chose ? Eh bien figurez-vous que oui ! Comme on le découvre dans l'histoire du verre, il n'y a pas mille façons d'obtenir du verre. Donc concrètement, la matière utilisée dans l'artisanat et dans l'industrie est la même. Attention toutefois, il y a différentes qualités de matériaux. Mais ce n'est pas parce que c'est industriel que le matériau utilisé est de mauvaise qualité, et inversement pour l'artisanat. La seule différence que l'on trouve, et c'est d'ailleurs pour cela que ça porte un nom différent, c'est entre le cristal et le verre. Le cristal a un procédé chimique différent du verre. Il est riche en minium de plomb, qui fluidifie le mélange, allonge son palier de travail et le rend plus tendre à graver quand il est froid. Grâce à ça, les parois des objets en cristal peuvent être plus fines, et il est possible de graver toutes sortes de motifs sur ce matériau. C'est au XVe siècle que Murano, devenu un grand centre verrier, produit le célèbre cristallo de Venise. La technique de fabrication du cristal se répand progressivement dans toute l'Europe. Ce sont les Anglais qui introduisent des oxydes de plomb dans la composition de base, rendant ce cristal plus solide et détrônant ainsi son fragile cousin vénitien. Donc concrètement, Ce qui fait qu'un verre en cristal est assimilé comme plus cher qu'un verre en verre, ce n'est pas le coût de la matière première, mais surtout le travail de l'artiste qui a été réalisé sur l'objet. Un petit tour de tous ces artisans qui jouent avec le verre. Dans le travail du verre, on distingue les verriers, qui soufflent, et les fileurs, qui modèlent le verre. Il existe également une distinction dans chacune de ces spécialités dans le format de départ du verre, tube et baguette de verre. Dans la technique du chalumeau, l'artisan travaille des tubes et des baguettes de verre sous la flamme d'un chalumeau pour réaliser des flacons, des perles ou des sculptures. Il adapte la température suivant le verre utilisé. Cristal, sodocalcique, verre artisanal. ou borosilicate, verre de laboratoire comme le Pyrex. Lorsque le verre commence à devenir mou, il l'étire, le tourne, le masse, le file et lui donne la forme voulue grâce à des mouvements précis. De nombreux verriers au chalumeau exercent dans la verrie technique, destinée à la publicité, néons et enseignes lumineuses, la chimie, la physique, la biologie ou l'électronique. D'autres travaillent dans la verrie décorative en tant qu'artisans. La haute couture est un marché intéressant pour cet artisanat, tout comme la bijouterie, la joaillerie, le flaconnage et les arts de la table. La clientèle étrangère est la principale source de revenus pour certains verriers qui ont trouvé, une fois reconnus à l'international, leur place sur le marché français. Le Japon, l'Angleterre, la Grèce, la Suisse, les Etats-Unis sont des pays intéressés par les réalisations françaises, la pièce d'exception attirant les collectionneurs étrangers. Le verre plat, c'est la technique utilisée notamment par les vitraillistes. A partir d'un verre plat, l'artisan va travailler ses pièces suivant différentes techniques. Le bombage, pour réaliser des courbes, le fusing, pour mélanger des couleurs, et la peinture sur verre. La pâte de verre, le principe est le même qu'en fonderie métal. Le verrier fondeur travaille la technique de la pâte de verre en sculptant d'abord la forme souhaitée dans de la cire. Concrètement, cette cire... C'est comme celle de nos baby-belles. Puis, il va couler du plâtre autour de la cire et la faire fondre pour conserver que le négatif de cette cire. Enfin, il va placer ce moule rempli de verre au four pour laisser la matière épouser les parois et les motifs de la sculpture originale. Ainsi, on peut obtenir des formes très précises et avec beaucoup moins de contraintes techniques que d'autres spécialités. Le verre à chaud. Dans cette technique, le verrier à la main travaille le verre en fusion. C'est ce qu'on appelle dans le langage courant le souffleur de verre. En réalité, c'est un abus de langage puisque souffler le verre est seulement une petite étape dans la technique du travail du verre en fusion et le verrier tourne beaucoup plus qu'il ne souffle. Focus sur le soufflage du verre à chaud. La technique du soufflage date d'un peu avant le début de notre ère. Il révolutionne complètement la fabrication du verre et ouvre d'immenses possibilités aux artistes et industriels. La technique consiste à recueillir la matière vitreuse en fusion au bout d'un tube métallique, souffler dedans pour donner la forme creuse souhaitée, et à rouler l'objet sur la table de travail pour la rendre symétrique. Elle se généralise et se répand dans toute l'Europe sans vraiment évoluer au fil du temps. Aujourd'hui, le soufflage du verre est encore utilisé, bien que cela soit un procédé très technique. Dans les cristalleries, chaque étape du soufflage du verre est réalisée par une personne différente. En revanche, ce n'est pas le cas dans les ateliers d'artisans qui sont souvent seuls ou à deux. Dans ces ateliers, il y a le verrier principal et un assistant pour les étapes plus techniques. Néanmoins, ces étapes sont intéressantes donc je vais les différencier. Le travail du verre en fusion nécessite donc de mettre d'abord la matière en fusion, puis de la travailler selon différentes techniques, cueillage, soufflage, pressage. à l'aide de différents outils, ferré, canne, maillot, moule, ciseaux. Le souffleur à la canne prélève une boule de cristal ou de verre à l'aide d'une canne, une tige creuse, qu'il va travailler avec différents outils, maillot, palette, et dans lequel il souffle pour lui donner la forme souhaitée. Cette bulle soufflée deviendra l'apparaison, ou le buvant, la partie du verre dans laquelle on boit. A l'aide d'un ferré, le cueilleur prélève des petites quantités de verre pour créer des jambes, des pieds, des hances. ou tout autre élément de décor. Le poseur, faiseur de pied ou de jambe, procède, à partir de la matière que lui apporte le cueilleur, à la réalisation de la jambe ou du pied du verre à l'aide d'une pincette, de ciseaux ou d'une palette en bois. Le marché de la cristallerie à la main en France, ça donne quoi ? La cristallerie à la main représente moins de 0,05% de la production française en verre creux. dominée par la verrie mécanique d'emballage, bouteilles, bonbonnes, flaconnages. Mais cette spécialité française rayonne par la renommée de grands noms de la profession tels que Lalique, Saint-Louis ou Baccarat. Ces entreprises se caractérisent par un haut niveau de création et emploient une main-d'œuvre très spécialisée. Une grande part de leur activité est réalisée sur les marchés internationaux. Certains grands cristalliers se sont également diversifiés vers la bijouterie et les objets de décoration comme le luminaire ou la parfumerie. Si la verrier industrielle est géographiquement concentrée sur quatre régions, Nord-Pas-de-Calais, Haute-Normandie, Picardie et Ronald, les verriers de type familial et les ateliers d'artistes verriers indépendants sont répartis sur l'ensemble du territoire français. Ce mois-ci, c'est donc le verrier à la main que je vous fais découvrir. Je n'y connaissais absolument rien et encore une fois, j'ai adoré rentrer dans ce monde. J'espère qu'il en sera de même pour vous aussi. En plus, ce sont des artisans toulousains, car ils sont deux cette fois-ci, que j'interview et cela me touche d'autant plus que je suis originaire de cette ville. L'échange avec mes invités a encore une fois été très riche. N'hésitez pas à me poser des questions en m'écrivant sur le compte Instagram d'Histoire d'Artisan. Je me ferai un plaisir d'y répondre. Vous pouvez continuer de m'aider à faire découvrir les histoires d'artisans au plus grand nombre en mettant une note sur iTunes et en vous abonnant sur votre plateforme de streaming préférée. En attendant, je vous dis à la semaine prochaine avec une nouvelle histoire.