Speaker #1Alors moi je suis sociologue, donc je mène des enquêtes pour essayer de contribuer à une meilleure connaissance du monde social, un peu comme l'astrologue étudie les étoiles ou le biologiste étudie des espèces animales. Et après il y a maintenant qu'est-ce qu'on fait de ces connaissances ? C'est une autre casquette. On peut éventuellement servir de ressources à des gens qui veulent changer le monde ou en tout cas changer la ville et puis on peut aussi éventuellement soi-même s'impliquer dans certaines démarches. Donc moi à titre personnel je suis engagé auprès de la mairie de Lille où j'habite, dans une démarche qui vise à essayer de rendre Lille plus accueillante pour les enfants. On a créé un laboratoire qui s'appelle le laboratoire Villa Hauteur d'Enfants, qui regroupe régulièrement des acteurs variés de la vie associative et locale autour de thématiques. On a parlé du jeu, on a parlé de la culture, de la mobilité, on va parler bientôt de l'égalité fille-garçon. On peut considérer que c'est important de faire ça pour un ensemble de raisons, mais qui sont des raisons d'ordre politique et non pas nécessairement scientifiques. On peut s'inquiéter de la diffusion de l'obésité parmi les enfants, on peut s'inquiéter du fait que leur capacité respiratoire et cardiaque soit en diminution, on peut s'inquiéter éventuellement du temps qui est passé dans les écrans, d'autant que le monde en ligne...n'a pas l'air d'être tellement plus sûr pour les enfants que la ville. Et puis, surtout, fondamentalement, il me semble que si on est moins dans les espaces publics les uns et les autres, donc on est plus dans des espaces privés, et d'un point de vue politique, ça pose question. Du point de vue de la capacité qu'on peut avoir à être avec des gens différents de soi, alors différents de soi autant par l'âge que par la religion, que par le métier, le niveau d'éducation, l'origine nationale, etc. Et une idée forte des défenseurs de la ville à hauteur d'enfants, c'est que si on la rend plus accessible pour les enfants, on doit aussi la rendre plus accessible à d'autres catégories d'habitants, notamment les personnes âgées et les parents. Quand on dit les parents, on dit beaucoup les femmes, puisque ça reste quand même les femmes qui s'occupent davantage des enfants que les hommes. Les personnes à mobilité réduite. Donc il y a différents leviers d'action. À Lille, on a, comme dans bien d'autres villes, un dispositif que je trouve intéressant qui est celui de ce qu'on appelle les rues scolaires, ce qui consiste à fermer la circulation automobile dans les rues où se trouvent les établissements scolaires le matin et puis le soir au moment des entrées et sorties d'école. Les premiers échos qu'on a sont quand même très positifs, avec des gens qui vont prendre le temps de discuter. Donc sans doute, en fait, ça permet aussi de construire davantage le parvis de l'école, encore comme un espace d'échange d'informations, d'échange de services, de rencontres, de discussions. Et on a aussi une piste, alors je crois qu'elle est suivie à Rennes également, qui consiste à s'appuyer sur les commerçants. Les commerces, en fait, c'est des ressources de protection pour les parents. Et puis, par ailleurs aussi, les petits commerces, ils jouent un rôle important dans la prise d'autonomie des enfants, puisque c'est un des premiers espaces où les enfants vont se rendre seuls. C'est pour faire des petites courses, pour acheter une baguette, pour acheter des bonbons. Ça peut paraître complètement banal, mais s'il n'y a plus de petits commerces ou s'il y en a moins, c'est un des éléments défavorables à la présence des enfants dans les espaces publics, à leur apprentissage de l'autonomie en ville. Penser la vie à hauteur d'enfance, c'est sans doute aussi penser la question environnementale, la question de la pollution atmosphérique. C'est penser à la question des relations entre générations. Donc en fait, ce que je trouve vraiment intéressant, c'est une des raisons pour lesquelles je consacre du temps et de l'énergie à mon échelle, participer à ces débats, c'est que c'est une question fondamentalement politique, sur laquelle on peut justement avoir des réponses différentes, mais c'est tout l'objet de ces espaces de discussion. Et sans doute, une des perdantes de cette réflexion, ce sera l'automobile en fait. Il est clair qu'on ne peut pas imaginer une ville à hauteur d'enfant avec autant d'automobiles et dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui. Alors moi je pense qu'il y a quelque chose qu'il faudrait faire, ça ne coûterait pas extrêmement cher par ailleurs, ce serait je pense de penser des formes d'ingénierie sociale qui permettraient de mettre en relation davantage les parents entre eux, pouvoir discuter de ce que c'est qu'être un bon parent. Est-ce qu'être un bon parent c'est protéger son enfant tout le temps ou est-ce qu'au contraire c'est le pousser à l'autonomie tout le temps ? En fait c'est cette tension-là qui est au cœur de mon livre. Donc en fait je pense quesi on arrivait à créer des petites assemblées, ça serait favorable sans doute à recréer de la confiance, puisqu'en fait un des vecteurs de la fréquentation des espaces publics par les enfants, c'est la question de la confiance.