Speaker #1Construire un mandala, c'est vraiment la séquence pédagogique de base en éduqué dehors. Cela consiste, moi comme je le propose en tout cas, à créer un fond plutôt géométrique. Donc moi j'aime bien faire un grand cercle avec une ficelle et un bâton et je tourne autour du centre, assez grand et après je fais des camemberts avec des lignes droites géométriques et je propose aux participants de... de se diviser en groupes. Il va y avoir ceux qui vont placer les éléments sur le mandala et ceux qui vont les chercher avec des récipients. Ils vont partir à l'aventure dans le milieu qui est autour de nous et ils vont trouver des éléments différents et les disposer dans chaque case du mandala. Ce qui est intéressant, c'est d'essayer de trouver des choses. Moi, je leur dis, le centre, c'est bien qu'il y ait des choses précieuses, très colorées, je ne sais pas,des baies par exemple, des choses très précieuses, des plumes très douces, très sensibles. Et au fur et à mesure dans les camemberts, ils vont mettre des bâtons dans un sens, ils vont mettre des glands, ce qu'on va trouver. Et en fait en général à la fin, déjà tout le monde se prend en jeu. Moi en général, dans mes souvenirs, tout le monde se prend en jeu. Tout le monde va trouver sa place à un moment donné. Il y en a qui vont aller chercher de la boue parce qu'ils aiment bien mettre la main dedans, il y en a qui vont organiser, il y en a d'autres qui vont booster les autres, allez, allez, il ne nous reste pas beaucoup de temps, il y en a deux cases à faire, ah non, c'est pas payé, mais attends, fais gaffe et tout, il faut qu'on prenne une photo, attends, tu pourrais te mettre là-haut et tout, nanana, enfin, tout le monde est à fond en fait, et c'est ça qui est cool aussi, qu'il n'y a pas d'enjeu, on est vraiment sur une oeuvre collective. Pour moi, créer un mandala pendant trois heures dehors, elle va partir des éléments naturels que l'on trouve. C'est une véritable petite aventure. Et à la fin, quand on a un mandala qui est hyper joli, hyper chiadé, que les gens passent et qu'ils sont supers, ça ne nous a rien coûté. Zéro euro. Et on a juste fait quelque chose d'hyper joli, qui est éphémère aussi. Ça, c'est hyper intéressant. Ça va se barrer. Ça n'a pas de valeur pécuniaire avec le vent, etc., les animaux. Je crois que ça fait du bien de faire des choses gratuites, on passe du temps dehors, on est confronté aux éléments aussi. À un moment donné, au début de la séance, ils avaient froid, puis au bout d'un moment, ils enlèvent leur veste parce qu'ils se sentent bien, ils bougent, ils sont connectés à ce qui se passe. Ils se sentent réaxés aussi, on parle de ça aussi en grain d'arbre. Souvent, je me réaxe en étant dehors, accroché à ma corde par rapport à l'arbre. Je me faisais du souci, je me questionnais, je me sentais dévalorisé et en fait, ça fait du bien de se sentir à sa place dehors. Être dehors, c'est forcément ressentir une émotion particulière qui souvent est décuplée lorsqu'on est dans les arbres. Il n'est pas rare que les personnes, qu'elles soient d'ailleurs enfants, ados, jeunes ou même adultes ou âgés, se mettent à pleurer dans les arbres. C'est très courant. Et je me rappelle au début de ma carrière d'éducateur de grimpe d'arbres, on les faisait descendre directement parce qu'on disait qu'il y avait un problème. Et en fait non, il n'y a pas de problème, c'est juste qu'en fait d'être en arbosanteur, c'est-à-dire accroché à une branche, connecté aux arbres dehors, ça fait pleurer plein de gens. Et en fait c'est comme des exutoires, ça leur fait du bien, il faut juste attendre que ça passe. Ça peut être lié à la peur du vide, mais ça peut être souvent lié à... à quelque chose de profond. Je ne sais pas pourquoi ça fait cet effet-là, mais en tout cas, ça fait du bien. Puis au-delà de ça, moi, j'ai plein de témoignages, j'ai plein de témoignages d'ados qui, on ne se connaît pas plus que ça, mais une fois qu'on est en haut de l'arbre, qu'ils ont pleuré, ils se mettent à raconter des histoires hyper intimes, hyper fortes. Et nous, il s'agit juste d'écouter, en fait. Et je pense que c'est lié à une notion d'apaisement, peut-être, de... de vérité, c'est pas artificiel en fait le vivant, ça nous a manqué, beaucoup de gens disent ça fait du bien de laisser ses soucis, c'est hyper chiant pour les ados de devoir regarder internet tout le temps parce qu'autrement ils sont pas au courant de ce qui s'est passé, ils passent pour un imbécile, c'est plus galère qu'autre chose finalement tout ce qui se passe aujourd'hui pour eux, donc d'être dehors et peinard, de vivre le truc et de regarder ce qui se passe autour, ça leur fait du bien et c'est... Et c'est pas maîtrisé, quelque part, on sait pas ce qui va se passer. Mais c'est la même chose avec la découverte d'un animal, ce que je disais pour le sanglier, c'est la même chose sur aller aux toilettes dehors. C'est l'aventure, en fait. Mais je vais faire pipi ou... Bah écoute, tu vas trouver un endroit, tu vas essayer de te planquer, et ça va le faire. C'est une aventure, en fait. Ils ont besoin de vivre des aventures, et l'aventure, c'est pas que les écrans, c'est pas juste faire la fête avec ses potes. Ça peut aussi être quelque chose de très simple, de basique, qui est lié au vivant et qu'on a oublié.