Speaker #1Je ne suis jamais allé dans les pays scandinaves, en Europe du Nord, mais éduquer dehors, là-bas, d'ailleurs, ils ne parlent même pas de ça, c'est que ça fait partie du système scolaire en Finlande, en Norvège, en Suède. Ils vont, dès le plus jeune âge, dès la maternelle, ils vont systématiquement dehors faire classe. Ça fait partie de l'enseignement. Et pour cela, en fait, ils ont toute la panoplie pédagogique qui va avec, c'est-à-dire de la... tenue, les chaussures étanches, la blouse, enfin pas la blouse, mais la combinaison, pardon, et tout ça, en fait, donc c'est étanche, ils peuvent se salir, et c'est chaud aussi, parce que le froid, évidemment, en Europe du Nord, on pourrait se dire « ben non, mais ils vont avoir froid » , mais non, en fait, ils sont équipés pour cela. Après, il y a toutes les infrastructures extérieures, ce qu'on appelle les bancs de forêt, par exemple, donc ça, moi je parle de lits , mais eux, ils ont carrément des bancs qu'ils construisent eux-mêmes, ils vont faire du feu. Par exemple, le feu, en général, les enfants apprennent très tôt à allumer du feu, à en prendre soin, à l'alimenter et à ce que ce ne soit pas dangereux pour eux. Et après, ils font école dehors, c'est-à-dire qu'ils apprennent les mathématiques, leur langue. Tout est ce qu'on appelle interdisciplinaire, transversal. Et ils sont beaucoup mieux classés d'ailleurs par rapport à la France en termes de résultats scolaires que nous. L'école dehors est vraiment extrêmement développée en Europe du Nord. Il y a beaucoup de ce qu'on appelle les maternelles, les crèches de plein air. Donc à Rennes, je crois qu'il y en a une deuxième qui va ouvrir, mais c'est bien. Ça évolue doucement, mais oui, en Europe du Nord, c'est extrêmement développé. Je pense que ce qui pourrait nous faire passer un cap en termes d'éduquer dehors en France... C'est changer de prisme, c'est ne plus considérer être dehors comme une activité à part, mais considérer cela comme essentiel et transversal. Je pense que si la communauté éducative n'y croit pas plus que ça, elle n'incarne pas éduquer dehors, si elle n'est pas très engagée dedans, ça ne pourra pas fonctionner. C'est vraiment une question de personnalité aussi et je pense qu'il faut qu'on continue, nous les pratiquants à montrer les résultats positifs et tout ce que ça peut amener. Je pense que l'Éducation nationale doit faire confiance à la fois aux élèves, à la fois aux profs et à la fois à la société et ne pas raisonner trop souvent en termes de risque et de sécurité. Lorsqu'on propose une animation grimpe d'arbre grand public, énormément de parents disent « Non, non, moi je ne grimpe pas, c'est mieux pour les enfants. » Ou alors, moi je me suis fait mal au genou, du coup je ne vais pas grimper. Oh là là, moi je n'ai pas du tout la tenue adaptée, non non, je ne vais pas y aller. Non non, c'est bien pour les enfants, c'est bien qu'ils profitent eux. Qu'est-ce qu'il y a derrière tout ça ? Je pense qu'il y a la peur de se confronter à la fois aux autres et à soi-même par rapport à sa condition physique, à sa condition émotionnelle. Et je pense que c'est bien dommage parce que les parents qui osent le faire, ça leur apporte beaucoup. C'est-à-dire que souvent on dit, j'ai l'impression de retrouver mes souvenirs d'enfance. Mais arrêtons de nous interdire de vivre comme des enfants. On a le droit de s'offrir des parenthèses, des lâchées-prises, des moments de détente. Et ce n'est pas réservé aux enfants. Et puis c'est des super moments de partage avec les enfants. D'être suspendu à un arbre et d'avoir peur tous les deux. C'est plutôt des moments... Moi j'ai déjà vu des enfants essayer de rassurer leurs parents. Non t'inquiète pas, ça va bien se passer. Je trouve ça génial. Des choses qu'on voit aussi dans le système scolaire des élèves qui vont rassurer des profs, enfin je trouve ça génial,et ça peut être des élèves d'ailleurs en difficulté scolairement, qui se retrouvent plutôt à l'aise dans les arbres, et du coup vont rassurer ou expliquer comment faire à leurs profs. Moi je trouve que là on est sur un changement de schéma, un pas de côté pédagogique, qui va permettre peut-être de raccrocher des fils qui étaient cassés. C'est aussi assez passionnant pour eux de se dire, mais en fait là j'y arrive pour une fois. Je suis quand même à l'école avec mes collègues, avec les profs et j'y arrive. Ils sont hyper fiers qu'ils soient en haut et ils aident les autres. Quel bonheur quand même pour eux parce qu'eux qui sont toujours à la ramasse dans les activités classiques, scolaires. Et là ils peuvent aider les autres et ça quand on voit ça, franchement c'est une réussite.