- Speaker #0
Bienvenue à Impala, l'industrie de la musique entre Paris et Los Angeles. Vincent est basé à Paris. Il a collaboré avec une incroyable diversité de projets, des marques de luxe françaises comme Guerlain ou Armani, des installations artistiques pour le printemps ou les galeries Lafayette, des musées, des événements sportifs, du théâtre, des documentaires. Une foultitude de projets et de collaborations qui témoignent de la capacité de Vincent à se challenger et à toujours repousser les limites de sa créativité. Son travail est avant-gardiste, tout en empruntant librement au passé. Vincent reste profondément humble. Il délivre une production haute couture, raffinée, sensible, qui séduit autant en France qu'à l'international. Dans cette partie 1, on va retracer le parcours de Vincent, son enfance, son adolescence, sa première expérience de groupe, puis ses voyages, d'abord en Australie, ensuite au Canada. A travers lui, on va toucher au cœur de ce qui fait Impala, comment construire une carrière internationale, comment se réinventer, et comment trouver en nous l'énergie nécessaire pour parler. à d'autres cultures. Salut Vincent.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Je suis enchanté de te recevoir aujourd'hui, c'est plutôt toi qui me reçois parce qu'on est dans tes studios dans le 11e.
- Speaker #1
Effectivement, on est à Ménilmontant, dans les studios dans lesquels je travaille avec tout un tas d'autres compositeurs, mixeurs, sound designers.
- Speaker #0
Dans un premier temps, je veux bien que tu te présentes et que tu nous expliques un peu comment t'en es arrivé à ce que tu fais maintenant, et puis après on déroulera un petit peu et on parlera plus précisément de tes activités. Mais dans un premier temps, je veux bien savoir qui tu es et comment tu es arrivé dans la musique, dans la composition, dans la production.
- Speaker #1
Je suis compositeur, sound designer, je suis également sur les domaines du mixage et du mastering. Comme beaucoup de musiciens, j'ai commencé par la scène. J'ai eu pas mal de groupes qui ont un petit peu tourné à un moment donné. Assez rapidement je suis allé vers tout ce qui est spectacle pluridisciplinaire, notamment le théâtre contemporain et la danse contemporaine. Donc j'ai travaillé pendant un certain temps sur des centres chorégraphiques, des centres dramatiques nationaux. Et par la suite j'ai aussi travaillé pas mal dans l'image, ce qu'on appelle communément la musique à l'image avec des musiques pour de la pub des documentaires, de la fiction, et également aussi l'événementiel, dans lequel je me suis investi petit à petit, parce qu'il y a aussi une liberté de création là-bas qui peut être intéressante sur certains événements. Donc du coup, j'ai un parcours assez large et assez versatile, dans le sens où j'ai vraiment été engagé sur des problématiques assez différentes, et sur des sujets aussi assez variés.
- Speaker #0
On va revenir un peu en arrière, dans un sens un peu chronologique. Moi, ce qui m'intéresse de savoir, c'est... J'ai quelques questions à te poser par rapport à ton parcours, mais surtout ce qui s'est passé avant tes 20 ans. Parce que je me dis que ça peut être aussi le berceau et le terreau de ta carrière. Et je pense que les gens qui nous écoutent sont aussi, à mon avis, très curieux de savoir... Tu vois, je pense à des ados, même, ou à des gens plus jeunes qui écoutent ce podcast, et qui pourraient se demander quand ils ont, je sais pas... 14, 15, 16 ans, ce qu'eux peuvent faire déjà pour initier une carrière. Donc moi la première question que j'ai à te poser c'est est-ce que toi t'es né et t'as vécu à Paris ou est-ce que t'es né ailleurs en France ?
- Speaker #1
Et ben moi je suis né dans le nord de la France, pas très loin de Valenciennes et j'ai grandi en Bourgogne à Dijon.
- Speaker #0
A quel âge tu t'es mis à la musique ? Est-ce que t'as commencé par apprendre un instrument ? Est-ce que t'as composé très jeune, produit ?
- Speaker #1
Ouais ben en fait la musique, en fait ma mère était musicienne, alors amateur mais... Donc elle avait un goût assez fort pour la musique, elle a essayé de m'y intéresser assez jeune. Je me rappelle d'un déclic, je pense que je devais avoir 6 ou 7 ans maximum, et on était devant un concert de musique symphonique, et j'avais complètement halluciné sur le joueur à l'époque, celui qui jouait des percussions, comme du métallophone, xylophone, ce genre d'instrument. Je pense que c'est parce que le gars en question était très... intense dans sa façon de jouer. Donc je vois, ça m'avait parlé. Et donc le premier instrument sur lequel j'ai appris la musique, c'était un métallophone. Et ça m'a pas mal parlé. Par la suite, je suis arrivé sur le piano. Donc je suivais des cours dans une école. municipal.
- Speaker #0
Piano à quel âge ?
- Speaker #1
Vers les 8-9 ans. J'ai aussi suivi quelques cours de guitare mais très succinctement pendant un an peut-être un an ou deux. Mais j'ai un parcours vraiment de cours particuliers, d'école municipale de musique. J'ai pas fait par exemple par contre tout ce qu'on peut appeler les conservatoires ou ce genre de choses.
- Speaker #0
Est-ce que tu as appris le solfège par exemple ou est-ce que tu as eu une manière plus intuitive d'apprendre ton instrument ?
- Speaker #1
Alors j'ai les bases du solfège parce que je l'ai quand même appris pendant un certain temps. Parce que dans les cours de piano que je recevais, il y avait toujours une partie qui était dédiée au solfège, à la rythmique, l'apprentissage du rythme aussi, ce genre de choses. Mais après c'est un truc dans lequel j'étais assez réfractaire, assez rapidement. donc je me rappelle qu'il y a un un Un des clics assez importants pour moi, c'est qu'un jour, ma prof de piano, en voyant que j'étais un peu en dilettante sur les cours, ce qu'elle me disait de travailler d'une semaine sur l'autre, elle me dit « Vincent, qu'est-ce que tu as envie de faire en vrai ? » Elle me dit « Je sens bien qu'il y a un truc de motivation là où ça ne marche pas, est-ce que tu as vraiment envie de faire du piano ? » Et je lui dis « Ah oui, j'ai vraiment super envie, mais le truc qui m'intéresse, ce serait d'improviser et de pouvoir créer mes propres compositions et de travailler là-dessus. » Et cette femme a eu un impact assez fort dans ma vie parce que c'est elle qui m'a donné, elle m'a expliqué les bases de l'harmonie. Et elle m'a appris à comment on pouvait improviser sur des accords, sur des gammes, des choses comme ça, des gammes mineures, majeures, etc. Mais aussi des gammes blues, etc. Parce qu'à l'époque, j'étais un peu plus intéressé par le blues, le jazz, ce genre de choses. Et c'est pour moi un peu, ça a marqué un peu le début de ma... compréhension de la composition en fait donc là j'avais une dizaine d'années parce que le jazz finalement c'est qu'elle c'est une esthétique musicale que tu as écouté très jeune ou bas ma mère on écoutait pas mal ma mère écoutait beaucoup de musique orchestrale jazz et et peut-être qu'il ya eu simplement un autre truc qui a eu un impact dans ma vie c'est qu'elle écoutait aussi le début de la musique le début des musiciens qui faisait de la musique électronique
- Speaker #0
Tu penses à qui ?
- Speaker #1
Jean-Michel Jarre, ou ce genre de choses. Vraiment, le début de la musique électronique, grand public aussi. Mais il y avait aussi des vinyles de Steve Reich, de Boulez, ou Pierre-Henri, ou des gens comme ça dans la discographie familiale. Et j'ai des souvenirs assez marqués de le mercredi après-midi, quand ma mère travaillait avec moi, j'étais à la maison, de moments où... tout de... T'es un enfant et tu reprends un peu le pouvoir de la maison. Et donc, je mettais les vinyles sur la chaîne à fond. Je dansais, je rigolais, je jouais du piano par-dessus. Enfin, voilà. C'était des moments un peu de libération et de... Je pense qu'ils sont un peu fondateurs dans la création de l'imaginaire pour un enfant.
- Speaker #0
Ouais, moi, je crois que de toute façon, beaucoup de musiciens et de compositeurs que je croise, je pense qu'il y a des moments fondateurs quand on est enfant qui font que t'as envie ou pas de faire de la musique. je crois que Quand tu as une famille qui est de musiciens comme on l'a, tu parlais de la musique électronique comme on l'a beaucoup dans la French Touch, ça il n'y a pas vraiment de sujet. Quand tu es enfant et que ton père il est compositeur reconnu, je pense à des gens comme Thomas Bangalter par exemple, là forcément tu baignes dedans mais je crois que pour des gens comme toi ou d'autres compositeurs, avoir à mon avis des choses fondatrices. Quand on est enfant, c'est aussi hyper important pour après avoir l'impulsion de vouloir lancer une carrière ou en tout cas d'avoir un instinct pour créer de la musique.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça, parce que je pense qu'on s'appuie sur les ressorts qu'on nous donne, ceux qu'on se crée aussi, et c'est un ensemble de choses qui te poussent vers ce genre de carrière. Moi, je sais que ma mère avait une vraie appétence pour la culture en général, donc on allait voir des spectacles, on allait voir des concerts de musique, ce genre de choses. mais elle n'était pas non plus du tout dans le monde professionnel de la musique. Elle était prof en collège-lycée, donc rien à voir avec le monde de la musique tel que je le connais maintenant. Même au départ, elle ne m'incitait pas spécialement à en faire mon métier. Mais par contre, elle m'a donné le goût de la chose artistique et de la créativité, et du fait d'une certaine forme de développement personnel par la musique. Je ne sais pas s'il avait imaginé au départ que j'allais en faire ma vie, mais en tout cas, il y avait eu quand même un petit héros qui était intéressant, en tout cas qui m'a donné cette impulsion, je pense.
- Speaker #0
Oui, en plus, je crois que le jazz en musique, c'est quelque chose de très fort, parce que ça te montre une certaine liberté dans la musique.
- Speaker #1
Oui, complètement. Il y a le fameux culte de l'improvisation, des choses comme ça. Et puis après, il y a tellement de couleurs différentes dans le jazz, parce que le jazz, c'est un... Un mot valise un peu, quand on dit rock ou électro, ça renvoie à tellement de choses différentes. Donc c'est riche quoi.
- Speaker #0
Ouais ça fait écho. Alors là ça me donne envie de te reposer une question très particulière. Mais pour moi le jazz c'est aussi ce qui peut définir une tentative de créer de la musique sans aucun code et sans aucun geste commercial. Donc ma question c'est, la première c'est, est-ce que ta mère, ta maman écoutait ou écoute des choses comme de la variété française par exemple ?
- Speaker #1
Elle en écoutait un peu ouais. Ce qu'elle écoutait réellement, c'était du William Scheler, je pense qu'il y avait un peu de Jean-Jacques Goldman aussi, il y avait un peu de musique de ce type-là. Mais bon, les autres références, comme je disais tout à l'heure, c'était Gershwin, Pierre-Henri, Jean-Michel Jarre, des joueurs, des musiciens de jazz, enfin voilà. C'était assez riche.
- Speaker #0
Non, ce que je veux dire par là, c'est que pour moi, alors là c'est une vision très personnelle, moi j'ai... pour parler de moi deux secondes, mais j'ai aussi débuté la musique quand j'avais 10 ans, en faisant de la batterie, en apprenant tous les standards de jazz. Ensuite, j'ai écouté aussi beaucoup de jazz, donc ça a nourri ma réflexion par rapport à ce style. Et par ailleurs, on en édite aussi pas mal chez nous. Mais ce que je veux dire, c'est que pour moi, la musique jazz, dans tout ce qu'elle a de magnifique, elle porte aussi un immense chapitre que moi j'appellerais un chapitre de malédiction, dans le sens où on sait que le jazz, c'est quand même l'excellence des musiciens. Par ailleurs, ce n'est pas la musique la plus commerciale. Et moi, je connais pas mal de gens d'une génération supérieure à la mienne qui sont des musiciens de jazz incroyables, mais qui n'ont jamais réussi à faire carrière. Tout simplement parce que c'est une musique pas qui est maudite, mais en tout cas qui est très, très difficile à développer en France et pour laquelle c'est très difficile d'avoir une carrière solide. Donc là, ça fait écho à une nouvelle question. C'est comment tu es passé de ces choses un peu fondatrices pour toi qui t'ont mis dans l'univers de la musique ? et qui ont peut-être fait germer une graine en toi de je veux faire de la musique ou je veux vivre de la musique et quelle a été la partie plus opérationnelle du Vincent qui d'un coup s'est dit tiens je vais faire carrière et quels ont été tes premiers pas dans l'univers de la musique ? Vraiment dans le sens commercial ou en tout cas d'une vision de carrière.
- Speaker #1
Là-dedans il y a deux ou trois autres étapes qui m'ont influé, qui ont influencé mon parcours. Je pense qu'il y a un jour il y a... ça va peut-être paraître un peu bizarre mais ce qui a vraiment influencé mon parcours à un moment donné dans le fait d'être musicien c'est la découverte des séquenceurs parce qu'en fait à l'époque donc là j'ai plutôt 16 ans j'ai fait quelques premiers groupes mais qui m'éclatent pas spécialement parce que bon voilà des groupes un peu pop rock ou des trucs de reprise qui sont pas forcément la musique qui me fait le plus vibrer et euh... Et d'un seul coup, je fais l'acquisition d'une Roland MC-303, qui est un séquenceur à l'époque, un des premiers qui était grand public en tout cas. Et à ce moment-là, je découvre que je peux être chef d'orchestre. Et je pense que fondamentalement, c'est toujours ce que j'ai voulu faire. C'est-à-dire plus être compositeur qu'instrumentiste, par exemple. Et ça, c'est un fondement important dans le reste de ma vie professionnelle, dans le sens où c'est... J'ai jamais poursuivi le fait d'être excellent dans un instrument. Par contre, j'aspire à être excellent un jour ou quoi au caisse sur la composition. C'est ça qui m'intéresse le plus. Et donc, à ce moment-là, je me rends compte que je peux programmer mes rites, je peux programmer la basse, je peux programmer des claviers, un synthé, des mélodies, etc. Et c'est la naissance de mon premier vraiment... Mon premier vrai groupe personnel pour moi, qui s'appelait à l'époque Grévin, et où j'ai convoqué des chanteurs. Il y avait beaucoup de chanteurs, on était presque une chorale quand on faisait un concert, parce qu'il y avait au moins 6 ou 7 chanteurs différents. Celui-là, j'ai 16 ans. Donc ça, c'est un élément important, parce que c'est ce qui, par la suite, m'a emmené vers ce qui fait ma pratique au jour le jour, c'est-à-dire séquencer la musique, la mettre en œuvre, le début de la MAO, enfin ce genre de choses. Par la suite, j'ai plusieurs petits groupes comme ça qui vivotent. Et il y a un moment donné où je pense que mon avenir n'est pas d'être musicien, mais plutôt d'être organisateur de spectacle. Donc c'est même les études que je vais suivre par la suite, métier des arts et de la culture.
- Speaker #0
Ah oui, c'est un gros grand écart entre compositeur et organisateur.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, je pense qu'à un moment donné, si on est dans un contexte où j'habite à Dijon, qui est une ville où il se passe tout un tas de choses, mais qui n'est pas réputée pour être un nid important de musiciens en France, qui n'a pas une scène si développée que ça. Il y a quelques artistes intéressants et forts qui en sont sortis, mais en tout cas, il n'y a pas non plus une scène très importante. En tout cas, ce n'est pas... Ce n'est pas du tout comme Paris, évidemment, mais ce n'est même pas comme Lyon, comme Nantes, Rennes, ou des fois qu'on sortit pas mal de groupes, ou Bordeaux, ce genre de ville. Et donc à un moment donné, je pense que je suis dans le biais cognitif de penser que c'est pas possible, qu'il n'y aura pas de débouchés pour moi suffisants, etc. Donc à un moment donné, une porte de sortie qui me passionnait également, c'était d'organiser des concerts, des festivals, ce genre de choses. Et je me rappelle, il y a un autre élément déclencheur dans le fait que j'en suis là aujourd'hui, c'est qu'un jour un ami à moi qui s'appelle Romain me dit « Vincent, toi, il faut que tu fasses de la musique. » Il dit, je ne te laisse pas le choix, j'en ai marre de tes conneries, fais de la musique, il faut que tu fasses ça. Et je l'ai cru. Je l'ai cru et à partir de là, j'ai lancé un des groupes piliers dans ma carrière qui s'appelait Shrink Orchestra, avec lequel j'ai fait plus de 300 dates. Et donc c'est le moment qui me met le pied réellement pour la première fois dans le côté professionnel de la musique. dans le sens où je vais devenir intermittent avec ce groupe, qu'on va tourner, qu'on va faire 30-40 dates, 50 dates par an. Avec l'intérieur de ça, on a été joueuse rockéenne, transmusicale, enfin tout un tas de smack un peu partout en France, etc. Et donc c'est aussi un moment où on passe un peu de la projection à la première réalisation, celle de devenir intermittent, celle de vivre de la musique. Et donc c'était un moment... assez fort pour moi et à cette époque-là, je devais avoir une vingtaine d'années.
- Speaker #0
Ok. Je te propose, si tu es d'accord, qu'on écoute un petit extrait de Shrink Orchestra et on reviendra après sur d'autres aspects de ta carrière. Donc là, moi, ce qui m'intéresse de savoir, c'est... Donc ça, c'est en fait, de ce que je comprends, Shrink Orchestra, c'est presque ta première expérience professionnelle dans la musique.
- Speaker #1
Ouais, tout à fait, ouais.
- Speaker #0
Donc là, ta place et ton rôle, il est où ? Est-ce que t'es beaucoup sur scène, t'es beaucoup en studio ?
- Speaker #1
Bah, les deux. C'est-à-dire que je suis... En fait, c'est la première fois que je peux dire que je suis compositeur, dans le sens où... J'envisage tous les premiers morceaux, je les présente au groupe, après on les retravaille ensemble et après on avance là-dessus. Et c'est vrai que c'est une expérience qui a été riche, qui a duré quasiment dix ans, et où on a écumé beaucoup, beaucoup de lieux différents, des festivals, des salles de concert, tout ça. Et aussi, on a appris ce qu'était la rigueur d'un groupe qui tourne. notamment par rapport à les répétitions, les nouvelles compositions, la production de disques. Et on avait suivi une voie très indépendante, parce qu'à Dijon, il n'y avait pas de label, de toute façon, ou très peu. Et donc du coup, on devait faire tout par nous-mêmes. Et ce qui n'était pas forcément pour nous déplaire, parce que je pense qu'on peut ressentir une forme de fierté et de force quand on entreprend vraiment dans la musique. que au service de quelque chose qui nous est cher. Donc en l'occurrence, ça nous était cher de produire cette musique, ça nous était cher de trouver les dates. On s'est beaucoup retroussé les manches à ce moment-là, avant d'avoir un manager, un tourneur et tout ce genre de choses. Ce qui est arrivé surtout sur les deux dernières tournées, donc la deuxième partie de la vie de ce groupe. Et donc ouais, c'est ça, c'est la première expérience, le premier moment où on peut commencer à se dire qu'on vit de la musique.
- Speaker #0
Et donc là, c'est entre tes 20 et tes 30 ans ?
- Speaker #1
Ouais, plus ou moins, ouais.
- Speaker #0
Et là, est-ce qu'on peut considérer que tu embrasses une aventure commune en groupe avec beaucoup d'harmonie ? Est-ce que c'est quelque chose que tu vis à 200% de façon très positive ? Ou est-ce qu'à ce moment-là, tu te dis que l'aventure en groupe, ce n'est pas si facile ? Comment tu l'apprécies ? Comment tu le vis vraiment concrètement ?
- Speaker #1
Il y a un peu de tout. Je pense que pour moi, souvent, je disais qu'un groupe, c'est un peu comme un couple, mais à plusieurs. Et que du coup, un groupe, ça a besoin de vivre, respirer, transpirer ensemble pour vraiment atteindre son niveau maximum. Alors après, ça suit les mêmes écueils qu'une n'importe quelle relation, dans le sens où il y a des moments de félicité, il y a des moments de joie commune. J'ai un souvenir, le jour où on a joué aux Euroquaines. qui a un énorme moment dans ma vie de musicien parce que c'est un des plus gros festivals de musique en France c'est une grosse aura nationale et en plus c'était chouette parce qu'on avait joué je crois de mémoire le vendredi soir mais à 21h donc en plus c'est quand même un bel horaire pour un groupe qui était quand même pas mal en développement à ce moment là et on a vécu un moment de rêve tout le set pour nous c'était un moment euh fou parce que tout s'est bien passé en haut. Donc je me rappelle la sortie de scène, on avait l'impression d'être des rois, même si on n'était pas en soi. Mais en tout cas pour nous, à ce moment-là, dans notre développement et dans notre énergie, c'était fou. Donc ça, c'est des moments collectifs qui sont incroyables, comme il y a eu des moments de rigolade, il y a eu des moments de ça. Après, à l'intérieur de ça, évidemment, il y a eu aussi des petites guerres d'égo, des petites guerres de... des incompréhensions bon c'est un ensemble de choses globalement moi je trouve que mon regard là dessus maintenant avec du recul il est quand même plutôt super positif après il y a eu plein de moments qui étaient plus durs puis je pense que c'est comme dans une amitié, un couple ou quoi que ce soit quand la relation s'installe il y a des moments donnés où tu te rends compte que tu regardes plus vraiment le même horizon Et ça a été des fois le motif pour moi, avant ce groupe-là, d'arrêter des groupes. Dans le sens où je sentais bien que les personnes, soit ne voulaient pas autant que moi devenir professionnels de la musique, soit qu'on n'avait pas envie des mêmes choses, tout simplement. Et dans ce groupe, il y a un moment donné... D'ailleurs, je pense qu'à ma connaissance, tous les autres musiciens qui ont fait partie de ce groupe, parce qu'il y a eu plusieurs formations différentes, etc. Il n'y en a plus aucun réellement qui est musicien professionnel à ce jour, à part moi. Donc bon, après, je vais en tirer la conclusion simplement que pour eux, c'était une partie de leur vie qui a été, je pense, fondamentale et importante pour eux, mais qui n'était pas la partie principale. Alors que moi, c'est comme des fois, on me pose la question quand il y a une difficulté ou autre chose. On me dit mais c'est quoi le plan B ? Il n'y a jamais eu de plan B et il n'y en aura pas. dans le sens où je sais que je développe d'autres aptitudes au fil des années, mais je ne peux pas le penser, sauf si un jour j'y suis obligé, évidemment. Mais à l'heure actuelle, je pense que quand on veut embrasser une carrière dans la musique, en tant que musicien, le plan B, c'est toujours un truc un petit peu particulier, dans le sens où il peut y en avoir en arrière-pensée, en arrière-salle. Mais dans ta motivation première, c'est quand même un métier qui est assez dur, qui est très concurrentiel, où il y a quand même beaucoup de gens sur le marché, beaucoup de gens qui, comme on dit souvent, beaucoup de gens qui... Il y a cet adage qui dit « beaucoup d'appelés, peu d'élus » . Alors moi, je dis souvent qu'il y a beaucoup de gens qui entendent des voix aussi, des jeunes d'Arc, parce qu'en fait, ce qu'il faut réellement pour travailler dans la musique, c'est quand même un investissement. émotionnel, en termes de temps, en termes de travail, qui est quand même assez important et qui n'est pas garanti dans le sens où la personne qui travaille le plus n'est pas forcément celle qui aura le plus de succès. Il y a toute une dimension dans la musique qui est liée aussi à l'attitude, à l'énergie, au fait d'être pertinent à un moment donné, ne plus l'être après, le redevenir. Il n'y a pas de règles, je pense, notamment dans la musique enregistrée, le fait de la tourner, ce genre de choses. ce qui est un peu différent dans tout l'aspect musique à l'image et ce genre de choses. Ça ne se construit pas de la même façon, je pense. Mais voilà, toujours est-il que dans cette histoire de groupe, c'est une expérience de vie que j'ai beaucoup aimée. À l'heure actuelle, est-ce que je serais capable de refaire des groupes ? Pas sûr. Puis bon, je pense que c'est aussi un truc, pour moi, les groupes, c'est aussi lié à la jeunesse, tout simplement. Je pense que pour faire un groupe, il faut avoir une vingtaine d'années ou jusqu'à une trentaine. Après, les gens qui tournent après en groupe, ce sont des gens qui ont connu un gros succès et qui, du coup, remplissent encore des salles. Mais refaire des groupes en projet, en développement à l'heure actuelle, c'est plus compliqué.
- Speaker #0
Sachez que toutes les musiques que vous entendez dans ce podcast ont été composées et produites par Vincent. C'est un très bon moyen de découvrir son travail. Ok. Tu sais, quand tu parles de plan B, ça me fait penser à une phrase que m'a dit mon ami Nicolas Neddart, qui vit à Los Angeles maintenant depuis 12 ans. Nicolas Neddart, je pense qu'on a beaucoup de points communs, toi et moi. Je pense qu'on en a aussi beaucoup avec Nicolas. Et Nicolas, plein de fois, il m'a dit, tu sais, pour moi et pour nous, réussir, ce n'est pas une option. Et je trouve que quand tu comprends vraiment fondamentalement cette phrase, elle est hyper puissante. Que tu sais que réussir, ce n'est pas une option, c'est-à-dire que tu n'as pas d'autre choix que de réussir.
- Speaker #1
Oui, je suis assez d'accord avec ça. moi je viens d'un milieu social, classe moyenne, mais avec une mère célibataire. Donc du coup, on n'avait pas des moyens extensibles.
- Speaker #0
Célibataire, tu veux dire, elle t'a levé seule ?
- Speaker #1
Elle m'a levé seule, dans le sens où je n'ai pas été reconnu de son part à mon père. Tout ça, c'est une autre histoire. Donc du coup, je veux dire, on n'avait pas des moyens extensibles. Il y avait des fins de mois qui étaient un peu compliquées, etc. Je n'ai pas d'un milieu de la musique. Donc effectivement, j'ai... Je partais sur un terreau qui n'était pas si simple que ça pour devenir musicien professionnel. Et en plus, je n'habitais pas une grande ville. Donc, au départ, plusieurs informations qui te laissent penser que ça va être compliqué. Mais le fait de ne pas parler de plan B, c'est aussi le fait de ne pas laisser de place au doute qu'à un moment donné, tu vas trouver une voie pour arriver à creuser ton sillon. Et ça, c'est un truc... C'est en ce sens-là que je ne dis pas de plan B. Parce qu'effectivement, en fait, on n'a pas de plan B, mais on a des plans à prime, à second, à machin... à 1, à 2, à 3, à 4, à 5, tout le temps, en fait, parce qu'il y a des fois où on met en place une logique, un projet, etc., ça marche pas, ou ça marche à moitié, on est obligé de changer un petit peu son fusil d'épaule, assez souvent, finalement, et c'est... En même temps, c'est ce qui crée la richesse de métier, qui crée aussi quelque chose, des fois, un peu fatigant, mentalement, mais... Parce que moi, à un moment donné, j'ai cru à fond que j'allais faire beaucoup de musique d'événementiel, le Covid est arrivé, donc là, par exemple, c'était un bon exemple de... Bon, là, il faut quand même un autre plan que celui que j'avais un petit peu creusé à ce moment-là. Mais en fait, voilà, c'est-à-dire qu'il faut savoir rebondir en permanence.
- Speaker #0
Chez Impala, on parle de musique sans complexe. Moi, ce qui m'intéresse dans Impala, c'est de mettre en corrélation l'art, parce que la musique, ça reste quand même de l'art. Donc le geste artistique mêlé aussi à des industries et des capacités de développer des carrières. Ça, c'est un aspect important de Impala. Par ailleurs, le fil rouge de ce podcast, c'est aussi de faire un pont entre la France et les Etats-Unis et aller au fond des choses, c'est-à-dire que pas juste expliquer que tu parles anglais, tu fais du business ou tu es artiste et tu vas aux US faire de la musique. Mais moi, ce que je veux savoir, c'est comment fondamentalement on est différent et comment on peut se compléter entre les Français et les Américains. Ce que tu dis là, j'essaierai de trouver quelqu'un aux Etats-Unis qui peut aussi faire le parallèle avec une carrière qui peut être assez similaire à la tienne et pour essayer de mieux comprendre comment la carrière peut évoluer entre ses 20 et ses 30 ans. Donc ma question là c'est sur un aspect purement pragmatique, comment tu t'en sors entre tes 20 et tes 30 ans quand tu as cette expérience avec Shrink Orchestra ? Est-ce que tu as des revenus SACEM ? Est-ce que c'est principalement des cachets ? Est-ce que déjà tu as une économie qui te permet de vivre et survivre et aussi d'où elle vient cette économie ?
- Speaker #1
Dans cette période-là, c'est l'intermittence, mon premier canal de revenus. Parce qu'assez rapidement, je deviens intermittent. Alors au début, c'était pas mal en allant pousser des caisses au Zénith, en se levant à 4h du mat. Il y a eu pas mal ça. J'ai aussi pas mal travaillé pour le service culturel de la ville de Dijon. où je faisais des missions de régie générale, de régie de production, ce genre de choses. Donc il y a un tuilage à un moment donné qui se crée au départ entre quelques cachets de musiciens, des cachets de techniciens, de régisseurs, ce genre de choses. Et au fur et à mesure, les cachets de musiciens deviennent de plus en plus importants dans ta balance d'intermittents. Et les choses se dessinent au fur et à mesure de cette façon-là. Et il y a un peu de sasem aussi, mais qui est plus lié au concert. Parce que comme on joue, on a quand même un peu de revenus de ce point de vue-là. Mais l'axe principal, comme je dis, intermittence et un peu de sasem à côté.
- Speaker #0
Ok, pour que les auditeurs comprennent bien, il y a deux points qu'on peut éclaircir. Le premier, c'est l'intermittence, qui est un système français qui est très particulier, singulier, et qui peut représenter pour beaucoup quelque chose de très précieux qu'on a en France. Cette capacité à être aidé par l'État, de ce que je comprends, je ne suis pas moi-même intermittent, mais en gros, tu peux déclarer un certain nombre de cachets. Donc si tu fais par exemple entre 45 et 50 jours de travail par an, tu as une forme de chômage qui s'opère et qui te permet de te payer les mois ou les moments où tu ne vas pas pouvoir faire ce nombre de cachets.
- Speaker #1
Oui, l'intermédiance, techniquement, j'espère que je ne dis pas de bêtises, mais c'est un régime particulier de l'assurance chômage. Donc la première année, on n'a pas d'assurance chômage, on ne fait que nos cachets. Quand on est artiste, je crois que c'est 43 cachets, et pour les techniciens, 507 heures, que tu dois faire sur une année. Et une fois que tu as fait ces heures-là, tu demandes à France Travail de... de calculer ton taux journalier. Et une fois qu'ils l'ont calculé, tous les mois, tu fais ta déclaration France Travail, je pense comme quelqu'un qui est au chômage ou quelqu'un qui est en atterrime ou ce genre de choses, et qui déclare les heures qu'il a pu faire dans le mois ou pas. Et selon les jours travaillés et les jours non travaillés, France Travail applique... Bon, il y a un savant calcul que je ne peux pas détailler là, mais grosso modo, on simplifie. Tous les jours où tu n'as pas travaillé, tu peux prétendre à ton indemnité journalière. Et donc, à un moment donné, je ne sais pas si tu as travaillé 10 jours déclarés dans le mois et 20 jours non déclarés, tu as 20 fois ton indemnité sur ce mois-là. Et puis tous les ans, à ta date anniversaire, France Travail recalcule tes heures et voit si tu remplis les critères, donc comme je disais, les 43 cachés pour un artiste ou les 507 heures. Et à ce moment-là, ils recalculent ton taux par rapport au montant que tu as gagné exactement. Et ils te disent, voilà, vous avez accès de nouveau à l'intermittence pendant un an. Et en fait, tous les ans, c'est le même calcul de ce point de vue-là. Et je pense que c'est plutôt une belle richesse pour la créativité et la création en France d'avoir ce statut. Et c'est un statut, comme tu l'as dit, assez unique dans le monde.
- Speaker #0
Bon, alors là, on a le développement du Vincent de ses 10 à ses 20 ans avec le berceau musical. Ton expérience de groupe qui a duré une dizaine d'années entre tes 20 et tes 30 ans. Et à 30 ans, tu fais quoi ? Tu pars à l'étranger ? Tu vas à Paris ? Qu'est-ce qui se passe pour toi ?
- Speaker #1
Ouais, bah justement, comme tu l'as bien dit, 30 ans pour moi c'était un moment charnière. Moi j'étais arrivé au bout de ce que je pouvais faire dans cette ville, et j'avais vraiment besoin de nouveaux défis, d'avancer, de trouver d'autres énergies. Donc du coup, moi l'idée à ce moment-là c'est... je pars à Melbourg, en Australie.
- Speaker #0
Sans faire un stop à Paris ?
- Speaker #1
Non, juste un petit peu avant de partir, j'avais des allers-retours réguliers à Paris, parce que je travaillais notamment avec des compagnies de théâtre ici à Paris. Mais pour moi, Paris, à ce moment-là, était encore une nébuleuse, un peu étrange, un peu secrète, que je ne comprenais pas réellement.
- Speaker #0
Oui, parce que pendant ton expérience avec String Orchestra, ton groupe, tu fais quand même quelques plans ou quelques compositions ou productions pour du spectacle à Paris ou des choses comme ça ? Oui,
- Speaker #1
ça m'est arrivé parce qu'assez rapidement, peut-être dans la deuxième partie du groupe, j'ai commencé à m'intéresser au spectacle pluridisciplinaire, ce genre de choses. Et donc, c'est plus réellement la date, mais à un moment donné, une metteuse en scène de théâtre, Elisabeth Barbazin, qui officie à Dijon me dit on a un spectacle qui est programmé pour le Centre Dramatique National de Dijon est-ce que tu voudrais faire de la musique ou est-ce que tu as déjà fait de la musique de théâtre ? alors là j'ai adopté le fameux fake it until you make it et j'ai dit mais bien sûr, aucun problème alors que je n'avais jamais fait ça de ma vie et donc voilà ça m'a mis le pied à l'étrier sur ce genre de spectacle et après j'ai rencontré un tas de personnes ... qui m'ont emmené pas mal à Paris. Mais à ce moment-là, je suis encore réellement à Dijon, dans le sens où j'habite et je passe le plus clair de mon temps à Dijon.
- Speaker #0
Ok, et donc 30 ans, tu quittes la France pour l'Australie.
- Speaker #1
Oui, j'avais besoin d'un défi, j'avais besoin d'autre chose, j'avais besoin de rentrer dans une autre culture aussi.
- Speaker #0
Ça c'est une impulsion qui vient de toi ? Oui,
- Speaker #1
ça vient de moi. Et j'avais vraiment besoin d'avancer différemment. Et j'étais quand même assez intrigué par le monde anglo-saxon au sens large. En Australie, c'était à ce moment-là, je ne sais pas comment c'est maintenant, mais assez facile d'avoir ce qu'on appelle un PVT, un permis vacances-travail d'un an. donc du coup Je postule pour obtenir ce visage, je l'obtiens et je pars m'installer à Melbourne. Et donc là, je vis une vie assez différente et en même temps proche, en même temps assez différente. C'est un petit peu ce qu'on peut dire de cette relation entre pays occidentaux, on va dire. On a une culture assez globale et assez similaire, mais avec des nuances qui sont très importantes malgré tout. Dans la vision, je pense que c'est des choses dont tu parles dans le podcast assez régulièrement, des différences d'approche, d'appréhension du monde, des relations, de la sociabilisation, du travail aussi, du business, etc. Et donc, j'arrive à Melbourne avec... zéro connaissance de l'Australie professionnellement parlant et aussi un niveau d'anglais effroyable.
- Speaker #0
Oui, j'avais demandé d'ailleurs quel était ton niveau d'anglais. Ah,
- Speaker #1
il était effroyable, c'était une catastrophe. Et en fait, assez rapidement, malgré tout, au début, j'arrive à ce moment-là dans la musique à l'image en me disant que ce sera plus facile de faire une musique de pub, en tout cas d'un point de vue grammatical, si je dois m'exprimer ou parler avec des gens. que de faire une musique de théâtre. Parce que déjà, si tu ne comprends pas ce qui se passe sur un plateau, parce que c'est en langue anglaise, ça va être compliqué de parler avec le metteur en scène. Et puis encore plus d'adapter la musique à quelque chose que tu comprendrais qui se passe. Donc du coup, assez rapidement, je pars sur... En fait, j'envoie des mails, Il y a quelqu'un à un moment donné qui me donne le listing de toutes les boîtes de com, de pub de Melbourne et de Sydney. Donc du coup, j'envoie des mails à tout le monde, mais vraiment absolument à tout le monde, avec les moyens du bord, des phrases en anglais, je pense, un peu approximatives, des liens qui, à l'époque, de portfolio, qui sont encore pas très étoffés, en tout cas dans ce secteur-là, parce que là, à ce moment-là, des musiques de pub, de documentaires ou des trucs comme ça, j'en ai... Il y a certains aspects, il n'y a rien du tout. D'autres aspects, il y a deux, trois trucs. Bon, voilà, je fais avec les moyens du bord. Je joue pas mal la carte du français qui arrive. Et à un moment donné, j'étais parti faire un footing. Et j'ai un coup de fil. Et en plus, sur mon numéro, il n'y avait que ma copine et ma coloc qui avait mon numéro à ce moment-là. Donc, je savais que c'était autre chose. Et à ce moment-là, je reçois et c'est un Australien qui me parle à 1500 km heure, parce que l'Australien parle assez vite en anglais. Et je comprends juste Stella McCartney et Adidas. Et bon, c'est deux choses intéressantes à reconnaître dans un brief. Mais du coup, je comprends qu'il veut me proposer quelque chose. Avec un niveau d'anglais, je suis là. Puis en plus, il est soufflé en train de courir et tout. Je réussis juste à lui dire, OK, mais peut-être que je peux passer à ton bureau. Et donc, le lendemain matin, je pense, je suis dans les bureaux de cette agence qui s'appelle Naked Communication à Melbourne. Et qui, eux, ont été les premiers à me donner une chance dans le monde de la pub. Et donc, avec eux, j'ai fait plein de trucs. J'ai fait cette fameuse campagne de Célia McCartney, qui fait toujours des capsules une fois par an pour des Tiss Women pour Adidas. Après, ils m'ont fait mixer pendant un event de l'Open d'Australie. Et après, j'ai fait tout un tas d'autres sujets sur Adidas avec eux. Et voilà, c'était une première... expérience dans le monde anglo-saxon pour moi avec des pratiques un poil différente de ce que je connaissais enfin en plus très différent dans le sens où je connaissais pas encore le monde de la pub à ce moment là donc du coup je découvrais mais j'ai découvert en Australie finalement mais pas en France ok et
- Speaker #0
à ce moment là est ce que tu te poses la question enfin j'imagine que tu te la poses parce que je pense que de toute façon les questions que tu peux te poser elles jalonnent toute ta carrière mais à ce moment là est ce que tu te poses enfin est ce que tu as la réponse à ta question parce que je sais que tu te la poses de pourquoi moi Pourquoi on me choisit moi ? Parce que quand tu pars en Australie, est-ce que tu as, désolé il y a deux trois questions dans ma question, mais déjà est-ce que tu as un plan précis où est-ce que tu y vas en disant j'ai envie de changer d'air et je sais que ça va marcher ? L'Australie pour moi, c'est pas forcément un territoire qu'on connaît comme étant un gros vivier de films, c'est comme un territoire qui est assez nébuleux, on connaît en fait assez peu de groupes australiens, maintenant on connaît Tame Impala mais il y a dix ans Tame Impala ça avait pas l'aura qu'on connaît maintenant, c'est une façon très différente de travailler. Et à ce moment-là, quand tu arrives et que tu te dis, de ce que je comprends, je veux faire de la musique à l'image, est-ce que tu sais pourquoi cette agence-là t'appelle ? Toi, est-ce que tu étais confiant ? Est-ce que tu étais anxieux ? Est-ce que tu as réussi à répondre à ces questions-là ? Est-ce que tu te les es posées, même, tout simplement ?
- Speaker #1
En fait, pas de cette façon-là, je pense. Je pense que c'était des questions qui étaient en background dans ma tête, peut-être, mais qui n'étaient pas vraiment des questions premier degré. J'y allais pour répondre à un besoin qui était primaire pour moi, c'était de changer d'air, de découvrir d'autres choses, etc. Et puis d'apprendre aussi l'anglais par la même occasion, de commencer à mieux comprendre ça, tout ça. J'ai pas de plan particulier quand j'y vais. Et effectivement, oui, l'Australie, c'est pas le premier marché auquel on peut penser en termes de tout, de puisseté, musique ou quoi qu'est-ce. Mais pour moi, déjà, c'est parce que là, j'ai un visa pour y aller. C'est relativement facile d'y aller. je m'installe là-bas, on verra. Et puis quand on reste, je n'ai pas de plan non plus en arrivant. C'est-à-dire qu'à un moment donné, je me dis, OK, il faut trouver des solutions, envoie des messages, envoie des mails, rencontre des gens au fur et à mesure, et on verra. Parce qu'en fait, du coup, il y a ce premier projet dont je parlais. Puis après, comme il y a dans la mentalité anglo-saxonne, il y a quand même toujours une logique de rencontrer les gens autour d'un café qui est sur des rendez-vous plutôt resserrés. mais qui est quand même assez prégnante, beaucoup plus qu'en France. Ou en France, souvent, comme on a une tendance à un peu plus prendre notre temps, et je pense que tu le disais dans un podcast, de faire passer la relation avant le business, de créer une relation avant le business. Donc, prendre un café avec quelqu'un, pour nous, c'est structurant déjà. Alors que pour un anglo-saxon, en tout cas, comme je l'ai vécu, ce n'est pas structurant. C'est-à-dire, quelqu'un, il te rend compte, il dit, qui est ce newcomer ? qu'est-ce qui... Ça se trouve, il est intéressant, je vais donner une chance à cette relation. Et voir si le gars a quelque chose à m'offrir, à offrir à mes projets ou quoi au caisse. Et donc en l'occurrence, j'ai bu des cafés avec plein de gens déjà en Australie. Et après dans mes autres voyages sur d'autres continents, j'ai continué à faire ça. Et ça c'était assez rafraîchissant pour moi parce que d'un seul coup, toutes les semaines je rencontrais des nouvelles personnes. avec qui je passais 15, 20 minutes, une demi-heure, et j'allais boire des cafés, etc. Alors, le premier rendez-vous que j'ai eu, souvent, quand je le raconte, ça fait pas mal rire mes potes, parce que j'étais vraiment dans ce truc de... Comme je parlais assez mal anglais, j'avais préparé toutes mes phrases dans ma tête, et j'essayais de les recracher comme un robot, et comme j'étais ultra gêné et un petit peu anxieux... je parlais beaucoup trop vite pour quelqu'un qui ne sait pas parler anglais donc du coup on aurait dit un épileptique qui essayait de parler en anglais mais qui n'y arrivait pas donc c'était quand même assez intense et je me rappelle que le premier gars avec qui j'avais eu ce café à un moment donné il m'a dit ok Vincent relax là je ne comprends rien à ce que tu me dis bois un verre d'eau détends-toi parce que là ça ne va pas du tout Et bon, après pour la blague, cette personne en particulier, j'ai fini par travailler avec elle six mois plus tard. Et là, j'arrivais à me faire comprendre, donc c'était beaucoup plus simple. Mais bon, voilà, c'était... Puis en plus, partir à l'étranger comme ça, quand on ne maîtrise pas une langue, c'est aussi faire le deuil provisoire de ce qui fait des fois ta force dans ta langue maternelle. une aisance de vocabulaire, une aisance de rapidité, de fluidité, tout ce genre de choses. Et là, d'un seul coup, tu repars vraiment en bas et tu te sens des fois un peu bête. Tu ne l'es pas spécialement, c'est juste que tu es en train d'apprendre une autre langue et que ce n'est pas si simple. Surtout face à des gens qui ont, eux, une fluidité, une rapidité d'exécution dans leur langue qui est naturelle. Et bon, voilà, ça a été tout un tas de trucs. Et puis, en fait, j'ai comme pas mal fonctionné dans ma vie à l'instinct et à la spontanéité. C'est quelque chose qui me caractérise. Donc, de ce point de vue-là, j'ai avancé. Et après, à un moment donné, j'ai commencé à structurer cette pensée pour qu'elle devienne pérenne.
- Speaker #0
Dans le podcast Impala, on essaie d'apprendre et de comprendre les différences fondamentales entre les territoires. Donc là, tu parles de l'Australie, mais ça reste pour moi un territoire anglo-saxon.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qui peut ressembler à ce qu'on vit aux États-Unis, à Los Angeles ou même en Angleterre. Moi je crois qu'il y a un marqueur social, puisque tu parlais de classe sociale. Pour moi il y a un marqueur social qui est universel, c'est ton débit de parole. J'ai remarqué que les gens qui ont le pouvoir ou ceux qui gèrent des projets, souvent ils ont un débit qui est très lent. Et j'imagine que c'est d'autant plus une difficulté, c'est ce que j'essaie souvent d'expliquer à des gens qui me demandent comment on peut gérer des rendez-vous aux Etats-Unis. Je dis certes il y a ton niveau de langue, mais il y a aussi ta diction et ta façon de te comporter en rendez-vous qui est au moins aussi important. Et moi, je dirais même, par rapport à mon expérience personnelle, que les anglo-saxons peuvent très facilement te pardonner ton niveau d'anglais. Parce qu'eux-mêmes disent... Moi, il y a souvent une phrase que j'entends, c'est « De toute façon, ton niveau d'anglais sera toujours meilleur que mon niveau de français » . Mais je pense que l'attitude, la manière de se comporter, tout en restant soi-même, est, à mon avis, beaucoup plus important que ton niveau d'anglais.
- Speaker #1
Ouais, ben en fait... Cette phrase-là dont tu parles, je l'ai entendue aussi en Australie, mais après quand j'habitais au Canada, ou des fois même dans les... Par la suite, j'ai aussi travaillé un peu sur New York et tout ça. Ce truc-là, effectivement, les anglo-saxons disent « De toute façon, je ne vais pas te prendre la tête sur ton niveau d'anglais, puisque moi, je suis bien incapable de faire ne serait-ce qu'une phrase en français. » Et qu'en plus, ils n'ont pas spécialement le besoin de le faire, parce que la langue internationale, c'est l'anglais. Donc pour eux, ils sont très confortables de ce point de vue-là. Donc il y a un moment donné, je pense que réaliser ce truc-là, c'est aussi sauter un peu de pression sur les épaules, parce qu'effectivement, quand on se rend compte de ça... On se rend compte qu'on peut ralentir un peu, qu'on n'est pas obligé d'en faire des tonnes. Et puis après tu parlais d'attitude et je pense que l'attitude ça renvoie aussi à la confiance qu'on inspire aux gens. Et ça évidemment que c'est quand même ultra important parce que dans les métiers dans lesquels on émerge, il y a la créativité, il y a la pertinence évidemment. Mais il y a aussi un autre pan qui est sous-estimé souvent, c'est... le sérieux, la faculté à délivrer les choses en temps et en heure, d'être cohérent, d'inspirer la confiance à tes interlocuteurs. Parce que je pense que le musicien le plus doué de la Terre, s'il n'inspire pas de confiance à ses interlocuteurs, ne montera pas très très haut dans la qualité des projets qu'il pourra accéder.
- Speaker #0
Et donc là, cette première rencontre que tu as pour un projet, c'est Adidas et Stella McCartney ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Là, tu vas au bout ?
- Speaker #1
Ouais, ça aboutit. C'est une des premières pubs finalement que je fais en musique. Et par la suite, en plus, comme je commence à bien m'entendre avec les gens là-bas, comme je te disais, ils m'ont fait mixer sur un event Adidas pendant l'Open d'Australie. C'est marrant parce que je mixais dans une warehouse des suburb de Melbourne avec toutes les stars du tennis qui venaient, ceux qui ont dansé adidas mais aussi d'autres gens. Et donc ils m'avaient demandé de jouer essentiellement de la French Touch. Et à un moment donné, je suis en train de jouer le fameux morceau de Kavinsky. Et là c'est Andy Murray je crois qui me demande « Ah c'est quoi ce morceau ? » C'était marrant quoi.
- Speaker #0
Et là à ce moment-là, tu pars de Dijon, tu as ton studio à Dijon, tu as quoi ? Tu as un home studio ? Tu loues un studio ?
- Speaker #1
À Dijon on louait notre studio de répète et puis après le reste c'était du home studio.
- Speaker #0
Et là en Australie comment tu te débrouilles ? Tu as un studio chez toi ?
- Speaker #1
J'ai un studio minimal de chez minimal dans ma chambre en Australie sachant que l'Australie c'est un pays assez cher au niveau de vie
- Speaker #0
Là tu es en coloc ?
- Speaker #1
Là je suis en coloc avec une Australienne qui va s'avérer ce que je n'avais pas capté au début encore une fois comme le niveau d'anglais n'était pas fou une fille qui run les plus grandes parties et LGBT, queer de Melbourne et qui organise des soirées monumentales là dedans.
- Speaker #0
En fait en plus à un moment où ces soirées là et ce mouvement là est peut-être naissant en France mais beaucoup moins important et puissant qu'il l'est maintenant.
- Speaker #1
Ouais mais par contre vraiment puissant dans les pays anglo-saxons. Je pense qu'eux ils ont eu... Ils avaient une certaine avance sur ce courant-là, et l'acceptation de ce genre de courant dans leur société, quelque chose qui était plus minoritaire, effectivement, en France. Oui, plus underground. Oui, qui maintenant arrivait déjà plus devant. Mais du coup, c'était marrant. Du coup, il y avait toujours beaucoup de monde dans la maison dans laquelle on vivait, et plein de rencontres à faire. Son frère était DJ aussi. Donc voilà, c'était assez riche comme moment.
- Speaker #0
Ok. Et là, en Australie, tu restes combien de temps ?
- Speaker #1
Un an et demi.
- Speaker #0
Un an et demi. Ah ouais, c'est relativement court.
- Speaker #1
Ouais, c'était assez court, ouais.
- Speaker #0
Et des projets, tu en enchaînes quelques-uns ? Ouais,
- Speaker #1
ouais, j'en enchaîne quelques-uns. En fait, dans toute ma vie un peu d'expatrié, parce qu'après je vais le faire dans un autre pays, il y a eu cette espèce de mélange entre les projets que je trouve localement et les projets que je trouve en France, sur mes anciens réseaux et ce genre de trucs. donc
- Speaker #0
Là, tu mixes un peu des choses que tu fais toujours en France avec des choses que tu fais en Océan. Oui,
- Speaker #1
voilà, c'est ça. Assez rapidement, il se passe ça. Et je commence à développer un réseau là-bas. qui finalement s'est éteint qu'il n'y a que quelques années. En fait, j'ai réussi un petit peu à le maintenir.
- Speaker #0
J'avais demandé d'ailleurs en faisant une boucle temporelle si tu avais réussi à maintenir ce réseau maintenant que tu étais rentré.
- Speaker #1
Quelque temps j'ai réussi. Mais il y a un moment donné, c'était juste pas possible d'un point de vue travail, en cohérence et aussi dans la temporalité des choses, dans le sens où c'est simple, il y a 10 heures de décalage horaire. Donc ils ont 10 heures d'avance sur nous, donc forcément ça complexifie quand même pas mal le travail. Et surtout sur les rapports de musique de pub, parce que souvent les briefs arrivent le lundi, mais limite le mercredi il faut que tout soit livré. C'est souvent comme ça, même quand on fait de la musique custom, c'est quand même assez rapide et on a peu de temps pour maintenir la confiance qu'ils nous ont donnée. C'est très compétitif à cet endroit. Donc, mais bon, à un certain temps, j'ai réussi à faire quand même quelques trucs. J'avais travaillé pour une boîte austrienne qui avait fait une campagne pour le ministère du tourisme, ou son équivalent au Japon. J'avais fait quelques jolis projets comme ça. Mais bon, il y a un moment donné, je pense que c'est une des choses que toi tu fais, justement, vis-à-vis de Los Angeles. Si tu avais simplement la motivation de travailler pour le marché californien, mais en n'y étant jamais, je ne pense pas que ça marche. Il y a un moment donné, il faut être présent, il faut rencontrer les gens. En plus, la musique, ce n'est pas comme s'il n'y avait que 15 gars dans le monde qui faisaient de la musique. Il y a des millions et des millions de personnes qui font de la musique. Ça s'est beaucoup démocratisé, au départ avec le home studio, puis après avec tous les autres outils accessibles aux gens un peu partout. Donc évidemment que si tu fais l'impasse trop longtemps d'être présent dans un secteur, les gens t'oublient ou passent à quelqu'un d'autre.
- Speaker #0
Mais c'est marrant et intéressant ce que tu dis, parce que finalement le décalage que tu avais entre l'Australie et la France, le décalage qu'on a entre l'Australie et la France, c'est quasiment le même qu'entre Paris et Los Angeles. Parce que Paris et Los Angeles, on a peu ou prou 9 heures. Et moi souvent je me retrouve à Los Angeles avec des décalages horaires, parce qu'on a changé d'heure aussi dans un pays ou dans l'autre. Donc ça m'est arrivé d'avoir 8 heures ou 10 heures. Mais par contre, c'est inversé. Donc en fait, ce que tu vis quand tu es Australien et que tu bosses avec les Français... Quand tu es en France, pardon, et que tu bosses avec les Australiens, c'est la même chose que moi, je peux vivre aussi quand je suis à Los Angeles.
- Speaker #1
Oui, plus ou moins, oui.
- Speaker #0
Et moi, ce que j'ai remarqué, c'est que c'est assez facile au début d'être un peu excité par l'expérience et de bien t'en sortir. Et puis en fait, tu attires aussi des gens parce que tu es un peu excité par le voyage. Par contre, ce que j'ai remarqué, c'est que... Sans un minimum de discipline, en fait sur le long terme ça tient pas. Ce que je veux te dire c'est que moi quand j'ai commencé à faire les allers-retours à Los Angeles, je me levais très tôt avec le décalage, j'arrivais à bosser avec les français parce que je me levais à 6h du mat' et je me couchais tôt. Par contre sur le long terme je me suis dit à un moment si je m'organise pas un minimum, ça ça va péricliter quoi.
- Speaker #1
Ah ouais je pense que c'est compliqué parce que, bon bah d'une je pense que la rigueur et l'engagement c'est important, de toute façon tu...
- Speaker #0
tu t'implantes pas sur un nouveau territoire sans effort. Moi, je sais qu'on parle de Melbourne, mais après, j'ai habité à Montréal, et après, je suis revenu m'installer à Paris. Pour moi, c'est presque trois fois que tu recommences à zéro. Alors, pas complètement, évidemment, parce qu'entre-temps, t'as accumulé de l'expérience, t'as un portfolio qui devient cohérent, assez touffu, tout ça. Mais par contre, t'as pas de... Il faut recommencer à zéro avec les gens qui sont présents là. Il faut de nouveau se rendre crédible, il faut commencer à créer des relations et tout ça. Donc de ce point de vue-là, on ne peut pas faire l'impasse quand on veut s'investir sur un autre territoire qui n'est pas le sien au départ, que d'y séjourner assez régulièrement. Je pense que c'est ce que toi tu fais quand tu vas assez régulièrement à Los Angeles. Je pense que par exemple, si tant est que c'était vraiment intéressant de garder un réseau à Melbourne, à Sydney, ce genre de choses, il aurait fallu que j'y aille deux fois par an. minimum, tu vois, pour maintenir des choses, re-rencontrer les gens, passer un peu de temps avec eux. Parce que les anglo-saxons, même en étant moins axés sur la relation et plus sur le business, malgré tout, c'est des êtres humains comme nous. Donc, du coup, ils ont cet aspect, l'aspect social est quand même aussi important. Et s'ils te voient, s'ils peuvent m'inviter, apprécier de passer un temps avec toi au resto, à un café ou quoi que ce soit. je pense que ça fait partie aussi de la relation, dans les relations qui perdurent, qui se construisent. Parce que moi, j'ai remarqué que souvent, en tout cas dans mes contacts australiens, américains, genre de pays, ça zappe assez vite. Mais par contre, il y a aussi des gens avec qui on peut maintenir une relation un peu plus longue. Mais ça, je pense que c'est comme tout, ça se construit.
- Speaker #1
Les gens, des fois, disent, les Australiens pour le... Pour le dire crûment, les Californiens, ils sont faux culs. Ils te disent « Oh, it's amazing ! » « What a nice outfit ! » Mais en fait, derrière, il ne se passe rien. Parce qu'en fait, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'ils vivent au moment présent. Ça, c'est un vrai truc. C'est qu'ils vivent au jour le jour. Ils se projettent peu, en fait. Pour les États-Unis, il ne faut pas oublier que 1850, pour faire un parallèle un peu marrant, nous, en France, on crée l'Assasem avec Beaumarchais. 1850, 1850 la Californie ça n'existe quasiment pas C'est-à-dire que dans toute la Californie, il y a une caserne de pompiers, pour comprendre vraiment, tu vois. Et donc, ils vivent au jour le jour. Je pense qu'ils sont très amicaux de manière sincère, mais leur façon d'être amical ne dit absolument pas que c'est tes meilleurs potes qui vont construire une relation. Contrairement aux Français qui, des fois, peuvent être assez froids au début, mais qui, eux, vont construire une relation. Et je crois qu'aussi, un des trucs très vrais qu'on m'a souvent dit, c'est les Français, c'est des builders, qui mettent du temps à installer une relation, mais elle est à long terme. Et les Américains, c'est des dealmakers. C'est-à-dire que pour un Américain, une relation à long terme, elle existe parce que tu as fait des successions de deals. Un Français, la relation à long terme, elle existe même si tu as fait zéro deal, parce que tu as une vision commune et une envie de construire un truc. Et par rapport à ton expérience australienne, est-ce que tu pourrais, si tu peux le faire, comparer une certaine forme de fidélité professionnelle entre eux et la France ? Est-ce que tu as, par exemple, quand tu parles de ton expérience avec l'agence, Stella McCartney et Adidas, Est-ce que derrière tu as été rappelé ? Est-ce que tu as senti des différences avec les clients ? On en parlera un peu plus tard avec qui tu bosses maintenant en France. Est-ce que tu as senti une différence de comportement, de fidélité ? Est-ce qu'on a refait appel à toi ? Est-ce que tu as été décontenancé ? Est-ce que c'était assez naturel pour toi la relation ?
- Speaker #0
Oui, je m'inscris à fond dans ce que tu viens de dire, dans le sens où cette différence d'approche entre la France et les pays anglo-saxons, où comme on disait avant, tu construis une relation et après tu avances ici en France. Et comme tu dis, les gens, des fois, peuvent être un peu froids ou des fois même ne jamais répondre aux sollicitations type message, mail ou ce genre de choses en France. Le taux de réponse, si tu envoies, je ne sais pas, 100 mails en France, le taux de réponse va être assez faible comparativement à si tu envoies 100 mails aux Etats-Unis, en Australie, etc. Ce n'est pas la même approche. Effectivement, la fidélité dans le travail là-bas, aux Etats-Unis, elle est plus liée au succès. à la réalisation réelle des deals. Mais en France, c'est vrai que les gens avec qui je travaille sont plus fidèles. C'est-à-dire qu'il y a des gens avec qui je travaille depuis 10 ans, 15 ans, et dès qu'ils ont un projet qui fit avec mon esthétique, je vais être la première personne qu'ils appellent. Et ça, en soi, c'est assez précieux. Et vraiment, ça... Ça parle de quelque chose qui est très français dans notre construction des relations aussi, je pense. Après, ça peut donner aussi cette impression de marché un peu figé. Parce que pour rentrer et être le nouveau gars de cette agence, de ce réel, etc., ça peut prendre du temps en France. Alors que dans les pays anglo-saxons où j'ai habité, évidemment que des fois, parce qu'en l'occurrence, l'Australie, c'est le bon exemple, parce que j'arrive, j'ai un portfolio qui est claqué. Il n'y a que des refs très moyennes. Je pense que si je réécoutais avec mes oreilles actuelles, je ne trouverais que le mix, la dynamique. Il doit y avoir beaucoup de problèmes. Mais malgré tout, j'ai des rendez-vous et des fois avec des agences. assez importantes dans leur marché. Et d'un coup, ces gens-là me donnent accès à leur studio, me rencontrent, prennent du temps pour me rencontrer. Ce qui serait beaucoup moins naturel ici en France, de cette façon-là. Par contre, effectivement, comme ils sont dans le registre de l'opportunité, qui chez eux n'est pas un mauvais mot, parce qu'en France, quand on dit opportuniste ou opportunité, souvent c'est connoté négativement. eux, on se tourne dans cette dynamique-là de dire, ok, who's next ? Du coup, ils y vont, il y a ce nouvel gars qui est arrivé, cette nouvelle fille qui fait du son aussi, et ils tentent. Si ça se passe bien, très bien. Et puis, effectivement, ils ont le superlatif rapide. Comme tu disais, it's amazing, un autre genre de choses. C'est vrai que nous, quand on dit que c'est bien, c'est là qu'on voit aussi les différences de sémantique, de vocabulaire, ça Quand quelqu'un te dit qu'il aime bien quelque chose, tu dis « Ah ouais, c'est pas mal ! » C'est pas vraiment la peine.
- Speaker #1
C'est assez enjoué,
- Speaker #0
quoi. Pour nous, c'est déjà bien en France quand on se dit ça. On n'est pas câblés exactement pareil niveau vocabulaire, logistique, enfin, linguistique. C'est des approches différentes, tout simplement.
- Speaker #1
C'est très différent et ça peut être assez décontenançant. Moi, je crois que la France, même dans l'industrie de ce qu'elle a de plus pure industrie, c'est-à-dire même chez les majors, il y a quand même pour moi, et ça c'est peut-être mon côté optimiste qui parle, mais une tentative quand même de toucher une forme d'art assez pure. C'est-à-dire que l'entreprise française, mais je parle d'entreprise dans le sens d'entreprendre, c'est quand même un peu tourné, je trouve en France, vers la sensation ou l'envie de pousser un peu l'art, la musique et la culture vers quelque chose de plus sublime. A contrario, je dirais que les pays anglo-saxons sont quasiment 100% tournés vers l'industrie. Il y a une compétition qui est énorme et quasiment l'industrie à chaque fois gagne. Ça veut dire qu'eux vont tout le temps essayer de voir qui est le plus performant dans des projets. La musique s'est presque mise au second plan, même si tu as un niveau qui est énorme en termes de qualité. Et ça, on pourra en reparler, mais tu as une grosse différence entre la France, les démos, et là-bas, tout le monde rend des produits finis, polis, lissés. mais je crois que la vraie différence c'est que la France structurellement, de part, on en a parlé, les subventions, les aides, le système SACEM qui est unique au monde et qui n'a pas vraiment été dupliqué. Nous, on a la chance de pouvoir quand même toujours avoir un regard vers l'art et son développement. Les Américains, l'art, il ne sert quasiment qu'à développer, qu'à générer de l'argent et soutenir des projets. Mais l'industrie, elle est vraiment polarisée dans les pays anglo-saxons. Pour moi, tu rentres dans une industrie, C'est que tu es d'accord pour faire de l'argent et être dans la compétition, il n'y a que ça qui marche et qui gagne. Ou alors tu es en marge et tu continues à être dans des réseaux plus underground. Je pense que c'est plus mélangé, je trouve.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est vachement lié à nos histoires respectives. Je pense que nous, on a un ministère de la culture, par exemple, on a une vision qui est un peu différente. Peut-être qu'il y a une logique qui est un peu plus dans le divertissement au départ et dans l'entertainment. Et donc, qui dit entertainment, dit business, ce dia. Il faut que les choses soient rentables, il faut que ça avance, etc. C'est vrai que nous, on a des fois une vision un peu plus romantique de tout ça, quelque part en France.
- Speaker #1
On va continuer dans l'expatriation, qui est un sujet qui nous passionne chez Impala. Donc là, tu as un an et demi d'expérience à Melbourne, en Australie. Et là, tu pars donc t'installer ailleurs ?
- Speaker #0
Oui, je pars m'installer à Montréal. Et à partir de là, je commence à rayonner plutôt sur le marché nord-américain. Donc à ce moment-là, j'ai toujours un peu de projets d'Australie qui arrivent. J'ai des projets de France. J'ai aussi des projets au Canada. Et j'explore quand même un petit peu. alors moi c'était c'était J'ai exploré ce qui était le plus proche de moi des États-Unis à cet endroit-là, donc c'était plus New York. Donc à ce moment-là, je suis allé pas mal de fois à New York faire des rendez-vous et commencer à travailler avec différentes personnes. Et puis voilà, du coup, je commence à remettre un pied aussi dans la création en danse et c'est aussi à ce moment-là qu'arrivent les premiers projets d'installation. Parce qu'en fait, à un moment donné, je reviens aussi... Une fois que j'ai commencé un petit peu à développer ce nouveau secteur de la musique pour l'image, j'ai qu'à un moment donné aussi, au fur et à mesure du temps, envie de revenir aussi à mes premiers amours, donc quelque chose d'assez créatif, de la création et de l'installation, des choses de ce type-là. Et du coup, en contactant plein de gens, je finis par rencontrer des artistes. À New York, à Montréal, à Toronto. Et même aussi un tout petit peu en Californie, dans les mails que j'envoie. Je fais quelques projets quand même là-bas, mais à distance. Et puis simplement, je profite d'être sur le même fuseau horaire que tous ces gens-là. Et donc du coup, c'est quand même plus simple malgré tout d'avoir tes mêmes heures de travail que les gens que tu essayes de contacter forcément. Et puis là, voilà, j'ai une sorte de truc, de nouvel équilibre qui se... met en place et qui ressemble pas mal à ce que j'ai maintenant, c'est-à-dire un mélange de création, spectacle ou installation, la pub et après un peu de documentaire, enfin des choses comme ça.
- Speaker #1
Ok, donc j'ai trois questions par rapport à ce que tu viens de me dire qui m'intéressent vraiment. La première c'est, est-ce que tu dirais que l'Australie a des liens particuliers avec les Etats-Unis ou pas du tout ? Est-ce que tu dirais que ton expérience montréalaise et québécoise T'as donné l'impression que Montréal et le Québec c'était un peu un mix entre les pays anglo-saxons et la France. Et troisième question, est-ce que tu dirais que pour toi, le Canada et spécifiquement le Québec a des liens particuliers avec les Etats-Unis, en tout cas plus que la France ?
- Speaker #0
Alors l'Australie, oui, a des liens avec les Etats-Unis, pas mal. Parce qu'en fait, finalement, dans la géographie des choses, la côte la plus proche c'est la côte californienne. Et eux, ils sont un petit peu... En fait, c'est assez particulier l'Australie, parce que, comme on sait, c'est une énorme île perdue un peu dans l'Océanie.
- Speaker #1
C'est ça, c'est qu'il y a un côté insulaire, et en même temps, c'est immense.
- Speaker #0
Oui, c'est ça qui est assez particulier en Australie, c'est qu'il y a un aspect insulaire, c'est un continent aussi, et c'est aussi un pays. Donc tout ça un peu en même temps. Et puis l'Australie, il y a des endroits très différents, parce que... T'as les deux villes les plus importantes en termes de business et de culture qui sont Melbourne pour le côté un peu plus indie, un peu plus underground, tout ça, et le côté plus business qui est Sydney. Et ces deux villes-là sont ultra différentes si tu vas à Perth ou si tu vas à Darwin ou à Brisbane ou n'importe quoi, qui sont deux villes vraiment purement australiennes et qui ont... Je pense, j'espère ne pas dire de bêtises. beaucoup moins de lien avec les autres villes occidentales, avec l'Europe ou avec les Etats-Unis. Et par contre, Sydney et Melbourne sont les deux villes les plus porteuses et les plus internationalisées. Et donc du coup, eux, ils se tournent beaucoup vers l'Amérique, dès qu'ils veulent s'exporter en premier lieu, en premier et après en deuxième temps l'Europe.
- Speaker #1
La deuxième question, c'était, est-ce que pour toi, le Québec et Montréal, c'est... Un mix entre la France et les pays francophones et les Etats-Unis ou c'est très spécifique ?
- Speaker #0
En fait, c'est un peu tout ça. C'est-à-dire qu'au tout départ, quand on est français et qu'on va s'installer au Québec, on a des lieux communs dans nos têtes. On dit nos cousins d'Amérique, ce genre de choses. Et on a même des fois cette image qui est fausse, complètement d'ailleurs, que ce serait un peu la France en Amérique du Nord. Alors c'est complètement faux dans le sens où il y a une identité propre au Québec. D'ailleurs, il y a plein de gens au Québec qui estiment qu'ils devraient être un pays et pas une province du Canada. Bon, ça, c'est un autre sujet. C'est assez politique, etc. Mais ça donne quand même une indication sur comment les gens vivent leur culture à eux dans l'Amérique du Nord. Et il se trouve que du coup, pour moi, de mon expérience, après je pense que chacun peut voir ça différemment, mais c'est une province, c'est un état d'Amérique du Nord au sens large dans la culture, avec des spécificités vraiment fortes dans la culture, parce qu'il y a quand même déjà ce principe d'être multilingual, dans le sens de parler le français en priorité. mais également l'anglais, parce que tous les Québécois sont bilingues très naturellement. Des fois, ça leur arrive de commencer une phrase en français, de la finir en anglais, de la reprendre en français. Enfin voilà, ils sont super agiles de ce point de vue-là, parce que leur monde entier est indexé. C'est un peu le village d'irréductibles francophones dans l'Amérique du Nord, parce qu'il y a très peu d'endroits où on parle autant le français en Amérique du Nord. D'ailleurs, c'est vraiment le seul qui est aussi fort. Mais ce serait une erreur de dire que ça ressemble à la France, c'est pas vrai. Ce qu'on a en commun finalement c'est la langue française. Et après avec des spécificités en sémantique, en vocabulaire, avec des expressions qui sont différentes, mais qui pour moi sont très chouettes dans le sens où c'est la preuve que le français est une langue vivante. puisque de la même façon un Australien a un vocabulaire des fois un peu différent d'un New Yorkais d'un Californien, ce genre de choses. Et c'est très bien comme ça. Ça veut dire que la langue est vivante et qu'elle s'exprime un peu différente dans des petits bouts de dialecte un peu différents. Et ça je trouve ça super enrichissant. Et donc, ouais voilà, le Québec c'est une province et un pays en tant que tel à l'intérieur de cette Amérique du Nord qui a ses règles et des connexions culturelles avec la France évidemment, de par la langue surtout. Et puis aussi de part des histoires communes, parce qu'il y a quand même plein de gens qui ont des origines françaises qui habitent au Québec depuis 3, 4, 5 générations, ou l'inverse. Et puis de part aussi la diaspora française à Montréal, qui est quand même assez importante, il y a aussi plein de Français qui se sont révélés au Québec, qui ont embrassé la culture québécoise et qui sont heureux là-dedans, et qui ont reconstruit quelque chose d'un peu hybride, et c'est bien.
- Speaker #1
Je crois que les Français aussi, des fois, on a peut-être un côté un peu arrogant avec d'autres pays francophones, où on pense qu'on est au centre du monde. Alors que si tu prends même, ne serait-ce que la Belgique, mais d'autres pays francophones, ils ont leur propre écosystème. Et d'ailleurs, je pense que si tu demandes à des Français qui vivent en métropole, même qui sont mélomanes, de citer dix projets musicaux montréalais ou québécois actuels, ils auront vraiment beaucoup de mal à en citer plus que deux ou trois. Et pour ça, je pense que souvent, les Français pensent que comme on parle la même langue, c'est facile d'exporter nos projets chez eux et d'importer leurs projets ici. En fait, c'est deux mondes qui ne communiquent pas tant que ça au niveau culturel.
- Speaker #0
Oui, après, la France, c'est cette singularité d'avoir toujours un petit peu existé sur son propre territoire et d'avoir eu finalement peu de motivation à s'exporter. Des fois à cause de la langue, mais aussi des fois parce que finalement, on s'en sort. déjà très bien localement. Une industrie assez solide. Et quand on a cette aspiration d'aller voir ailleurs ce qui s'y passe, je pense qu'il y a un truc qui est important, c'est l'humilité. Parce que tu parlais d'arrogance française et évidemment que j'ai vu certains comportements qui sont juste pas cool au Québec, avec des Français qui croyaient être les maîtres du monde parce que... Alors qu'en fait, les choses ne sont pas comme ça. Quand on arrive au Québec, on parle du Québec, il faut y aller avec humilité parce qu'en fait, on a une sorte d'expérience, on a des qualités aussi de par notre culture française, ce genre de choses. Mais ce n'est pas évident que ça va être mieux que les autres ou quoi au caisse. Et je pense qu'il ne faut pas du tout se positionner de cette façon-là. Il faut au contraire... Aller vers un enrichissement collectif, en fait, et vers une transmission d'idées, de savoirs, de cultures. Et je pense que c'est ça qui est enrichissant dans le voyage et dans le fait aussi d'habiter un autre territoire que le sien. Tu sais, des fois, ça m'est arrivé que des fois, des Québécois me disaient « Ah, nous, on ne parle pas le bon français » . Puis je disais « Bah non, rien à voir, vous parlez français et on parle, moi aussi, je parle français. » Simplement, on a évidemment des vocabulaires, des expressions différentes, mais c'est une richesse. Il n'y a rien à minorer ou au contraire à extrapoler pour un français. En l'occurrence, qui pourrait être là, oui, nous on parle comme si, non, on s'en fout en fait. Je pense que d'ailleurs c'est un truc que les anglo-saxons ne vivent pas de cette façon-là. Je ne suis pas sûr qu'un anglais, enfin ça j'en sais rien en fait à vrai dire, est-ce qu'un anglais quand il arrive à New York ou à Los Angeles dit, ah moi je parle le bon anglais, je ne sais pas si ça se passe comme ça. en tout cas pour le français évidemment que C'est important d'être dans l'humilité et le respect des autres et d'avancer de la façon la plus cohérente possible à l'intérieur de tout ça.
- Speaker #1
Et là, tu arrives au Québec. Est-ce que tu abordes ce territoire de la même façon que tu as abordé l'Australie ? Est-ce que tu as plus d'expérience ? Est-ce que tu as une stratégie un peu différente ? Est-ce que ça se passe tout simplement un peu pareil ou très différemment ?
- Speaker #0
En fait, il y a beaucoup de points communs, dans le sens où... Ce que je réalise assez rapidement en arrivant au Québec, c'est que c'est par nature un pays qui a en fonctionnement plus de pays anglo-saxons que français. Je pense que ce n'est pas autant exacerbé comme pays d'opportunité que les Etats-Unis, par exemple, où il y a ce côté avec plus d'opportunités, plus de business, etc. C'est un petit mélange entre les deux, malgré tout, entre une logique européenne et une logique... Logique américaine, mais fondamentalement, de ma vision, il y a quand même plus de liens avec la logique anglo-saxonne que francophone. Donc du coup, là-bas, je relance ce que je faisais en Australie. C'est-à-dire aller boire des cafés avec les gens, rencontrer les gens.
- Speaker #1
Tu commences par envoyer plein de mails.
- Speaker #0
Oui, je refonds exactement la même technique qui m'avait un peu réussi en Australie. Et j'avance de cette façon-là. en fait en vrai Avec la différence que Montréal, c'est un peu plus compact que Melbourne, et que tu rencontres un peu plus rapidement les différentes personnes qui sont importantes dans mon secteur, enfin dans le secteur dans lequel je veux m'inscrire, et assez rapidement, tu commences un petit peu à connaître quelqu'un qui connaît quelqu'un, tu continues à boire des cafés avec les gens, tu continues à essayer de... de t'inscrire dans un secteur culturel, finalement. Et donc, la logique reste assez similaire.
- Speaker #1
Ok. Et là, au Québec, tu fais pareil, principalement des projets musiques à l'image, mais quelle est la typologie des projets sur lesquels tu travailles ? Est-ce que c'est très différent finalement de ce que tu as fait à Melbourne ?
- Speaker #0
Non, ça s'inscrit pas mal dans le même type de projet. Avec la différence que petit à petit, je commence à m'intéresser aussi aux États-Unis, où il y a des meilleurs budgets qu'au Québec. On ne peut pas dire l'inverse. Mais par contre, comme je disais tout à l'heure, il y a un monde où je reviens aussi à mes premiers amours, c'est-à-dire faire de la création réelle, pas que pour de la pub ou tous ces trucs comme ça. Donc c'est là que je rencontre tout un tas de gens qui vont m'emmener sur des créations un peu différentes. Je vais recommencer à refaire de la musique pour la chorégraphie. Je vais faire un projet d'installation sonore à Brooklyn. Enfin, différentes choses comme ça. Et ce qui m'intéresse, c'est qu'il fait finalement le... Le fondement de comment je vois ma vie de musicien, c'est la diversité. Si par exemple je ne faisais que de la pub, ou que de la production pour des artistes, ou que du documentaire, je pense qu'à un moment donné je m'ennuierais. Moi j'aime bien qu'il y ait plein de choses un peu différentes. Et j'ai toujours fait comme ça. Donc du coup, à ce moment-là, une fois que j'ai commencé à mieux appréhender le monde de la pub, je me dis bon ben voilà. La pub, c'est très bien pour payer les factures. Il y a aussi des fois des très chouettes projets à faire, très pertinents artistiquement. Mais il n'y a pas que ça. Donc, c'est à ce moment-là que je commence à travailler sur des, comme je disais à l'instant, sur des installations, des spectacles, etc. En plus, et que je commence à créer un petit peu ma petite flottie personnelle qui flotte justement sur différents secteurs.
- Speaker #1
OK. Là, tu nous expliques les différents projets sur lesquels tu travailles. Est-ce que tu as un regret ? Tu peux être partagé entre Melbourne et Montréal ou très spécifique à l'un ou l'autre des territoires, mais est-ce qu'il y a quelque chose que tu aurais aimé faire là-bas et avec le recul tu t'es rendu compte que tu n'as pas réussi ou que ça ne t'est pas arrivé ? Ça peut être un domaine particulier dans lequel tu aurais pu t'exprimer, quelque chose de plus personnel aussi en musique ?
- Speaker #0
Le seul regret que je peux avoir sur toutes mes différentes expériences de vie à l'étranger, c'est simplement d'un moment donné... En fait, ce n'est pas paradoxal parce que tu vois, il y a un moment donné, j'ai décidé avec ma conjointe de rentrer en France et c'était une décision mûrie qui a été plutôt positive. En ce temps que t'as, j'ai pas de regrets particuliers.
- Speaker #1
Ça t'a pas été imposé par un étranger extérieur ?
- Speaker #0
Non, non, non. Il n'y a pas eu de problème de visa, par exemple. Il y a un moment donné qu'ils me forcent, en l'espèce de trois mois, de rentrer en France. Mais par contre, il y a de temps en temps, il y a quand même un truc que je peux regretter par moments, c'est quand on vit à l'étranger, la vie est un peu plus simple à plein d'endroits. Notamment, en France, t'es français, tu peux pas échapper à... à toute la pratique économique, politique, etc. Ça te concerne, en fait, t'es concerné. Quand tu vis à l'étranger, la politique du pays, tu en entends parler, évidemment, parce que tu peux lire la presse, tu vois les infos, s'il y a des manifestations, tu les vois, etc. Mais tu ne te sens pas concerné de la même façon.
- Speaker #1
Même entre eux, ils en parlent très peu. Moi, quand je suis aux Etats-Unis, les Français me parlent plus des problèmes des Américains que les Américains eux-mêmes, en tout cas dans le business.
- Speaker #0
Oui, parce que nous, on a une fibre aussi là-dessus en France. Mais en tout cas, toujours est-il que la vie à l'étranger, il y a des défis évidemment, mais il y a aussi d'autres choses qui sont plus faciles. C'est un ensemble de choses. Et puis après, peut-être le petit regret, c'est d'avoir pas persévéré encore un petit peu plus pour craquer un peu plus le code de ces secteurs-là, avoir fait des choses un peu plus grosses, c'est un peu plus imposé dans le... dans le paysage nord-américain, avoir eu accès à des projets un peu plus intéressants, plus pertinents. Bon, voilà, après, c'est toujours pareil, mais je pense que je ne suis pas quelqu'un qui vit de regrets. Donc, je vis de projets, je vis d'envie et de spontanéité. Et pour le coup, en ce moment, il se passe des choses très chouettes dans ma nouvelle vie parisienne. Et c'est ça qui me porte, en fait. après je trouve que j'avais eu projet à un moment donné d'aller vivre à New York et qui a été interrompi par le fait de revenir à Paris en France j'avoue que j'aurais aimé à un moment donné me sentir new-yorkais, je pense que c'est une ville qui me plaît beaucoup bon je pense qu'elle a beaucoup évolué entre temps mais en tout cas à l'époque elle me plaisait beaucoup et en tout cas il y avait un truc comme ça que je trouvais assez porteur et assez motivant bon voilà ça n'a pas eu lieu, d'autres choses se sont passées j'ai pas de regrets spécifiques mais Merci. À ce moment-là, j'aurais pu en avoir, en tout cas.
- Speaker #1
OK. Et donc là, tu rentres à Paris. On va savoir si Paris a pu t'apporter, répondre à tous tes espoirs et tes attentes. Mais ça, ça fera l'objet d'une partie 2. Donc, en tout cas, merci beaucoup, Vincent, de t'être livré dans cette partie 1. C'était vraiment super intéressant. On a surtout abordé dans cette partie 1 de ta naissance à tous tes projets et toutes tes expériences d'expatriation. Dans la partie 2, je pense qu'on va plus explorer ce que tu as développé à Paris depuis quelques années, que ce soit tes projets persos en musique, mais aussi les différents projets professionnels pour lesquels tu composes et tu produis de la musique. Donc encore une fois, merci beaucoup. Est-ce que tu as envie de rajouter peut-être une petite chose dans cette partie ?
- Speaker #0
Déjà, merci à toi pour ce moment. Et oui, simplement pour... Je pense que pour tous les gens qui écouteraient ce podcast et qui se posent des questions de s'ils doivent partir, aller vivre à l'étranger pour travailler, pour trouver d'autres choses, je leur dis de le faire. Enfin, je les encourage. Si cette chose-là résonne dans leur cœur et dans leur tête, je pense que c'est vachement important de le faire et c'est ultra formateur, c'est ultra enrichissant et ça permet de voir le monde un peu différemment. Et je pense que même si ça dure un an et demi, ça dure deux ans, ça dure dix ans... L'ensemble des connaissances et des richesses est différent, mais par contre ça apporte quelque chose de très puissant dans son narratif personnel et dans ce qu'on a été capable de faire dans sa vie. Ça permet de repousser des portes, ça permet de se voir autrement et de se réinventer un peu. Même si au fond on reste toujours le même évidemment, mais c'est quelque chose que je ne pourrais jamais regretter de toute ma vie d'avoir fait ça et c'est même quelque chose dont je suis fier. d'avoir eu le courage de partir, même si plein de gens le font, d'aller à l'étranger, de respirer un autre air, de respirer d'autres initiatives, d'autres façons de voir le monde et de se mettre en scène différemment.
- Speaker #1
Merci beaucoup Vincent.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
On se retrouve dans quelques jours pour la partie 2 de tes aventures parisiennes. A très vite.
- Speaker #0
Merci et salut.