Speaker #0de podcast il n'y a pas très longtemps, qui était aussi lié à un article Substack qui s'appelle « Comment se préparer à la synchro ? » Dans cet article, on avait parlé de se poser les bonnes questions, de savoir si profondément on a envie ou pas de faire de la synchro, de se lancer dans la synchro, comprendre réellement comment fonctionne la synchronisation musicale, les véritables critères d'un titre synchronisable. Donc on était allé un peu dans le fond quand même de la musique. On avait parlé de son, de production, de mix et surtout de mastering. On avait parlé de différentes plateformes, on va y revenir aujourd'hui. Disco, Bridge. Disco qui est une plateforme américaine, Bridge qui est une plateforme française. Plateformes qui servent toutes les deux à stocker, diffuser de la musique, mais on va y revenir un peu plus tard. 6. Les métadonnées, le nerf de la guerre. 7. Préparer des déclinaisons. Voilà, donc cet épisode était plutôt une bonne base pour moi et aujourd'hui on va plutôt rentrer dans le détail de vraiment vivre de la musique à l'image en 2026, donc vraiment des choses très précises et des réflexions très précises pour ne plus là maintenant se préparer mais vraiment développer, stabiliser une carrière et avoir des revenus significatifs. Alors ce que je voulais vous dire en introduction aussi, c'est qu'en ce moment je suis en pleine hésitation entre maintenir un épisode par semaine et plutôt passer sur un format un épisode toutes les deux semaines, donc deux épisodes par mois, voire un épisode par mois. Ce n'est pas du tout par flemme ou par manque d'envie, c'est juste que j'essaie de trouver un rythme qui à la fois me convienne, à la fois convienne aux auditeurs. Moi, j'adore faire des épisodes de podcast. Et j'adore parler de ce que je connais, transmettre. Mais voilà, j'essaie de trouver le bon format qui puisse aussi vous convenir selon le rythme et le temps que vous avez pour écouter. Donc n'hésitez pas à mettre en commentaire soit du podcast directement sur Spotify, Apple, Deezer, soit sur LinkedIn notamment. Voilà, ou dites-moi de manière simple quel est votre format préféré, une fois par semaine, deux fois par mois ou... une fois par mois. Deuxième chose que je voulais vous dire en introduction, je pense qu'on va être sur un épisode relativement court. En fait, ce que je vais faire maintenant, c'est deux types de formats, des formats longs qui en fait sont des interviews. Là, on a eu l'interview de Vincent Lagadrière la semaine passée. Dans quelques semaines, on va avoir une super interview de Mila et Louis. qui travaille pour l'agence Himalaya, qui fait de la synchro en France, plutôt luxe. Et ce que je vais faire maintenant, c'est que je pense que je vais intercaler les interviews avec des analyses, donc des formats plus courts. Donc les interviews, c'est plutôt entre 45 minutes et 1h20, 1h30. Et les formats analyses, ça va plutôt être 20, 30 minutes, peut-être un peu plus si j'ai beaucoup de choses à dire. Mais en fait, les formats intermédiaires, ça va être des analyses des interviews précédentes. des analyses aussi très précises et des sujets très précises où je suis seul. Alors j'ai beaucoup aimé l'interview et la discussion de la semaine dernière avec Vincent Lagadrière. Bon Vincent, on se connaît bien, ça fait, comme je l'ai dit, dans l'interview, trois ans maintenant qu'on travaille ensemble. Et il est vraiment très fort. Moi je suis vraiment toujours très surpris de sa capacité et son talent à s'adapter à vraiment plein plein de projets. Il est plutôt en souplesse quand il travaille, il arrive vraiment à parler à tout le monde. Enfin parler à tout le monde dans le sens parler à... plein d'entités différentes et toujours s'adapter en fait à ce qu'on lui demande. Vous verrez que dans la prochaine interview avec Mila Morgenstern et Louis de Belleval de Himalaya, on parle un peu justement de cette capacité à s'adapter. La capacité à s'adapter, à en fait comprendre ce que veut le client. quand on fait de la musique à l'image, pouvoir traduire ce que veut le client justement. Parce que vous verrez que souvent, ceux qui sont déjà dans la musique à l'image le savent, ceux qui découvrent ne le savent pas encore. Mais souvent le client est en fait assez vague. Donc le client ça peut être un directeur marketing d'une marque, ça peut être même sur certaines petites marques le gérant, le directeur de la marque en direct. Ça peut être des agents, ça peut être des music supervisors. Mais souvent, en tout cas quand ça vient de la marque, les consignes sont souvent assez floues, assez généralistes. Et ça, ça peut assez vite déstabiliser les compositeurs. Et le rôle qu'on peut avoir et le rôle que peuvent avoir les médiateurs ou les gens qui se trouvent entre la marque et les équipes créatives et les compositeurs, c'est justement de porter au mieux les briefs et de pouvoir un peu les traduire, savoir ce qui est caché derrière les mots. les sensations, donner tout un tas et un maximum d'informations aux compositeurs pour qu'ils puissent faire au mieux son travail. D'ailleurs, je vous donne une petite anecdote de la semaine. Vendredi dernier, j'ai un très bon contact qui m'a appelé parce qu'il charge de la musique pour un documentaire pour Canal+. C'est un mec que j'aime beaucoup, qui a beaucoup de talent, qui a bossé à très haut niveau dans la musique. Et puis maintenant, il est plutôt consultant freelance pour des marques. Et comme il était entre deux rendez-vous, il m'a appelé un peu rapidement. Moi, j'étais juste à quelques minutes d'un déjeuner. Et en fait, les informations qu'il m'a données étaient vraiment très, très floues. Et là, pour le coup, j'ai sollicité Vincent, qui a fait l'interview de la semaine dernière, pour justement fournir des musiques pour ce documentaire. Et Vincent était un peu en recherche d'infos un peu plus précises. Et ça m'a rappelé, entre la discussion qu'on a eue, l'interview avec Vincent, les discussions et l'interview qu'on a fait la semaine dernière avec Mila et Louis de Himalaya Music, et cette discussion avec ce Music Supervisor, qu'en fait la capacité à traduire un brief, à émettre un maximum d'informations, et quand vous êtes compositeur, à vite le comprendre, et à savoir aussi faire un pas de côté. et comprendre ce qui n'est pas dit, c'est hyper important. On va parler... concrètement de vivre de la musique à l'image en 2026. Comme je l'ai dit, c'est un épisode qui va être assez court et je vais essayer de vous donner des infos très précises, très rapides, très factuelles sur la manière dont vous pouvez aborder votre carrière et surtout structurer votre carrière. C'est un premier essai, c'est un premier épisode, donc je pense qu'en fait des épisodes qui vont parler de ça, il va y en avoir pas mal. Chacun avec des thèmes très différents. Je vais balayer certains thèmes pendant cet épisode. Encore une fois, de manière très synthétique. Et je reviendrai sur des points plus précis la prochaine fois. Donc en gros, dans cet épisode, je vais essayer de vous transmettre ce que j'ai appris moi sur la manière de construire un modèle viable et durable. En tout cas, un modèle cohérent avec sa pratique artistique dans un écosystème qui est en mutation permanente. Moi, j'ai appris, je crois... à voir ou en tout cas à aborder la musique à l'image non plus comme une succession de projets et de coûts, mais plutôt comme un système qu'il faut comprendre, maîtriser, contrôler. Et je pense que c'est justement cette vision transversale, parfois inconfortable, souvent contre-intuitive, que... que je vais essayer de partager ici. La première chose dont je voulais parler, ça m'apparaît clairement comme le pilier principal d'une carrière longue, c'est la SACEM. La SACEM, pareil, on va en parler plein de fois dans ce podcast, dans plusieurs épisodes, dans plusieurs saisons, parce que c'est vraiment un partenaire et un élément incontournable. SACEM, j'imagine que la plupart d'entre vous connaissent. SACEM, c'est Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. C'est en gros la société française qui va collecter vos droits et les répartir. Ça existe depuis 1851. Donc c'est une belle maison qui a plus de 150 ans d'existence, plus de 170 ans même. Je pense vraiment que l'Assasem, ça doit être le partenaire principal si vous voulez vraiment faire carrière dans la musique à l'image et pérenniser surtout cette carrière. Pour moi, comme je l'ai dit, c'est un pilier très solide, le pilier, à mon avis, principal d'une carrière longue. Et d'ailleurs, souvent, quand je pose la question à des amis compositeurs, qui sont souvent, soit qu'on m'en nage, soit qu'ils sont un peu plus âgés, et qui ont quelques décennies de carrière derrière eux, qui ont brillé de plein de façons, la plupart du temps, ce qu'ils me disent, c'est, ouvrez les guillemets, si j'avais compris plus tôt la puissance du droit d'auteur, j'aurais pris encore plus soin de développer mon catalogue, mes droits et mes relations avec l'Assasem. Donc en fait, c'est ça, souvent, que j'entends et qui transparaissent. Des gens ont souvent commencé dans le milieu... en ayant toute une série d'opportunités, c'est un peu ce que je disais dans mon introduction, et on fait de l'argent un peu rapidement en saisissant la plupart du temps ces opportunités. Mais souvent, ils ont un peu négligé au début l'Assasem. Alors beaucoup se sont inscrits dès le début, ils ont fait les démarches. Il faut savoir qu'à l'Assasem, l'inscription est vraiment simple. Vous payez 100 euros, ce qui n'est pas une somme énorme. Les 100 euros, vous les payez à vie. Ça vous permet d'adhérer à l'Assasem et vous faites partie de la société. Parce qu'en fait, l'Assasem, c'est une société civile qui appartient à ses membres. Et puis ensuite, vous allez déposer vos œuvres. Alors souvent, l'inscription, c'est assez rare que je croise des gens qui ne sont pas inscrits à l'Assasem. La plupart des compositeurs avec lesquels je travaille sont inscrits à l'Assasem. C'est pour le coup plus rare pour moi de constater que vraiment tout est déposé, tout est clean et qu'il n'y a pas des manquements ou des trous ou des oublis un peu dans le catalogue. C'est le pilier principal. Si vous voulez imaginer une carrière longue dans la musique à l'image, il faut dès le début que vous preniez l'Assasem, non pas uniquement comme un partenaire administratif, mais comme votre meilleur allié pour construire une carrière longue. Souvent, vous verrez que quand vous allez commencer votre carrière dans la musique à l'image, vous allez avoir des cachets, en tout cas, vous allez avoir des commandes, donc des rémunérations ponctuelles. Au début, c'est clairement votre première rémunération et votre première manière d'avoir de l'argent. Donc ça, clairement, il ne faut pas le négliger, il faut plutôt l'optimiser. De toute façon, si au début, vous ne comptez que sur la SACEM, vous allez avoir une grosse latence entre le moment où vous allez faire des projets et le moment où vous allez toucher de l'argent. Il ne faut pas négliger l'argent que vous allez avoir sur ces commandes. Néanmoins, il faut que dès le début, vous pensiez l'assassin comme un partenaire, vous fassiez bien les déclarations, vous soyez dès le début en lien avec les équipes. Le mieux, c'est toujours d'avoir un bon éditeur pour faire le lien et pour vous aider dans vos démarches. Mais en général, c'est au moment où vos cachets s'arrêtent sur un projet que le droit d'auteur va commencer à produire, souvent bien après les cachets. Comment vous allez toucher de l'argent là-dessus ? Généralement, c'est sur les diffusions. Par exemple, si vous faites une publicité qui est diffusée à la télé, mettons, vous faites une publicité qui commence à être diffusée en janvier 2026, eh bien, vous allez commencer à toucher de la SACEM entre juillet 2026 et janvier 2027. C'est certes long, mais ça vous permet d'étaler vos revenus sur une longue période et surtout, ça vous permet de pallier au fait qu'à des moments, vous aurez peut-être moins de cachets. Il faut comprendre que la musique et la musique à l'image, c'est vraiment un métier qui est marqué par l'irrégularité. Donc si vous n'avez pas un bon partenaire qui vous apporte des revenus stables, consolidés sur le long terme, c'est vraiment très dur moralement. Et moi ce que je vois aussi, c'est que plein de gens abandonnent, pas parce qu'ils manquent d'opportunités, mais souvent aussi parce que moralement ils s'épuisent et puis c'est un métier passion. Si vous n'avez pas le moral, si vous n'avez pas suffisamment de force et d'énergie, de stabilité émotionnelle pour continuer, tout simplement vous arrêtez. Il faut vraiment comprendre que la SACEM offre vraiment un cadre unique dans le monde. Parce que la SACEM a une capacité très large de collecte. Elle a une reconnaissance internationale parce que c'est la plus grosse société d'auteurs du monde, tout simplement. Et elle a une structuration aussi qui permet à des œuvres écrites aujourd'hui de continuer à générer de la valeur pendant des années. Il faut savoir que quand vous déposez une œuvre à la SACEM, elle est déposée jusqu'à 60 ans après votre mort. En tout cas, à 60 ans après la mort du dernier ayant droit. C'est un cadre qui est vraiment unique. Et pour en discuter énormément avec des anglo-saxons, et notamment des compositeurs et des éditeurs aux Etats-Unis, à Los Angeles, la plupart hallucinent du modèle français et de notre capacité à avoir des droits sur les diffusions qui sont au moins aussi importants que les cachets. A Los Angeles en général, ou aux Etats-Unis dans le sens large, ou même dans les pays anglo-saxons comme l'Angleterre, les gens courent souvent après des cachets et des filles, ce qu'on appelle des up-fronts sur des commandes, mais rarement ils s'attachent réellement à ce que ça va générer en termes de droits d'auteur. Et d'ailleurs c'est pour ça que souvent les artistes n'ont pas d'éditeur, il y a en fait très peu d'éditeurs indépendants. Et les artistes, songwriters, finissent par eux-mêmes créer leur boîte d'édition parce qu'ils sont obligés de le faire pour capter certains droits. Mais pour eux, c'est des droits qui sont annexes, mais qui ne sont pas si importants par rapport à leur cachet. En France, c'est complètement l'inverse. Et beaucoup d'auteurs acceptent de bosser avec des commandes, avec des filles qui sont extrêmement bas, tout simplement parce qu'ils savent que tel documentaire va être diffusé sur TF1, Canal+, ou Arte. « Telle pub va être diffusée sur RTL ou Europe 1 ou je ne sais pas quelle radio. Ou alors il va y avoir un spectacle vivant qui va générer de la billetterie, donc des droits. Ce n'est pas forcément facile à capter auprès de l'Assasem parce qu'il faut faire les bonnes demandes. Mais en général, les équipes sont assez efficaces. Et c'est ce qui fait que les Français acceptent souvent des cachets un peu plus bas en sachant que l'Assasem et leurs droits de diffusion vont prendre le pas sur cette négociation un peu à la baisse. » Donc pour moi, l'Assasem et vos droits d'auteur, ça va vraiment être le pilier de votre carrière. Vous verrez qu'en général, ça s'empile. Et c'est ce qui fait que quand vous pensez à long terme et quand vous développez une carrière sur pas mal d'années, vous finissez par avoir des revenus assez conséquents et considérer que l'Assasem, c'est en fait votre meilleur allié. Et d'ailleurs, dans un prochain épisode, je vous propose de rentrer plus en détail dans les nombreux avantages que propose l'Assasem. Et notamment, j'aimerais bien qu'on puisse parler de tout ce qui concerne le social. Et vous verrez qu'en fait, plus vous générez des revenus à la SACEM, plus déjà vous avez un statut particulier qui vous autorise notamment à avoir plus de droits de vote et à faire partie des commissions. Donc en fait, de décider même en interne de ce qui se passe et du futur. Et vous avez également le droit à deux choses qui sont hyper puissantes et que nos collègues contemporains d'autres pays nous envient. c'est 1. La mutuelle, qui est hyper intéressante, donc remboursement de vos frais de santé. Et surtout, ce qu'on appelle le RAES, c'est la retraite. Vous pouvez bénéficier de cette retraite à partir de vos 62 ans, quand vous êtes à la SACEM depuis au moins 10 ans. Et la retraite, je peux vous assurer qu'elle est vraiment très intéressante. Donc pensez à ça, parce que même si ça vous paraît loin, vous serez bien content à 62 ans de bénéficier de la retraite SACEM. Ensuite, un autre pilier de votre carrière qu'on espère longue et pérenne, je l'ai appelé « mieux vaut un plan imparfait que pas de plan du tout » . C'est une phrase que j'adore et c'est une phrase que j'allais dire que j'aurais aimé qu'on m'explique et qu'on me dise au tout début de ma propre carrière, mais je ne peux pas nier qu'en fait plein de gens me l'ont dit. C'est juste que parfois, je pense comme plein de gens, j'ai un égo. trop gros qui m'empêche de tout simplement recevoir les phrases qu'on me dit. Et moi, quand j'ai commencé ma carrière dans la musique, je me disais, ouais, les plans, c'est pour les grosses boîtes, c'est pour les startups, c'est pour ci, c'est pour ça. Moi, j'en ai pas besoin. De toute façon, je fonctionne à l'instinct. On verra bien ce qui se passe. Il faut être agile. En fait, je me suis gouré sur toute la ligne par rapport à... concernant mon appréciation de cet élément qui est fondamental. En fait, la phrase « mieux vaut un plan imparfait que pas de plan du tout » est hyper puissante. Et vous devez vraiment, vraiment, vraiment la considérer avec toute son importance. Quand on aborde sa carrière, justement, comme je le disais, la musique, c'est une œuvre de l'esprit, c'est une œuvre immatérielle. J'aime bien une phrase de Pascal Nègre qui dit « La musique, c'est une industrie du prototype » . Mais en fait, on a des contre-exemples récents qui nous montrent que ce n'est pas tout à fait vrai. Et si vous regardez notamment ce qui se passe du côté de la K-pop, vous verrez que cette industrie est hyper puissante, pas forcément parce qu'il y a un style K-pop, Corée du Sud qui plaît, ça c'est clair que ça plaît, mais c'est aussi une capacité d'industrialisation des process qui fait qu'on arrive à prédire un peu les revenus de la musique et on arrive à stabiliser et à consolider ces revenus et des carrières. Je pense que ça, il faut vraiment qu'on arrive à s'en inspirer. Et c'est pour ça que je trouve que la phrase de Pascal Nègre qui dit « La musique, c'est une industrie du prototype » commence pour moi, ou en tout cas est assez datée. Et vous devez justement contourner ce concept qui est en fait assez dangereux et vous établir votre propre plan et réussir à aller là où vous voulez aller. Dans la musique à l'image, comme dans toute carrière musicale et même toute carrière globale, je pense que l'absence de plan, ça conduit justement souvent à subir des opportunités plutôt que les choisir. Je vous redis cette phrase, l'absence de plan conduit souvent à subir des opportunités plutôt qu'à les choisir. C'est à mon avis le pivot qui fait passer votre carrière d'un simple hobby à une vraie carrière solide et pérenne. J'ai un mot en ce moment que j'adore, c'est rationaliser. Rationaliser ou la rationalisation, c'est pour moi une arme méga puissante, mais c'est en fait un concept qu'on devrait toujours avoir sous les yeux, mis en lumière dans notre industrie. D'ailleurs, quand vous ouvrez un peu les discussions, et que vous parlez à des gens qui sont dans d'autres industries, vous vous rendez compte que ce mot-là, il est en fait hyper mis en avant, et c'est un concept vraiment phare pour des gens qui bossent en dehors de la musique. En fait, je crois qu'on a aussi les défauts de nos qualités dans la musique, qu'on soit directeur artistique, producteur, compositeur, qu'on ait la gestion d'une maison d'édition ou d'un label. Comme on est tout le temps dans la création, que ce soit les artistes qui eux créent des œuvres, et plus nous dans la partie business, qui sommes en fait aussi des créatifs, parce qu'on accompagne les artistes dans la création, on fait le lien entre les artistes et les diffuseurs. On traduit souvent une pensée artistique en un projet valide. Donc je pense qu'on est tellement tous souvent dans la créativité qu'on oublie en fait de rationaliser. Mais pourtant, rationaliser pour moi, ça devient vraiment indispensable pour ne pas perdre pied. Rationaliser ne signifie pas déshumaniser la création, mais ça signifie pour moi se doter de repères concrets dans un environnement par nature instable. L'industrie de la musique est instable, une carrière musicale est instable. Et pour moi, votre meilleure arme... contre cette instabilité, c'est la rationalisation. Et d'ailleurs, on a parlé juste avant de SACEM, mais je pense que c'est justement la SACEM qui peut vous offrir précisément ce type de repères très rationnels. La SACEM, elle fonctionne avec des paliers clairs, elle transforme une trajectoire artistique abstraite en objectif lisible, et à mesure que les droits d'auteur augmentent, votre statut évolue. Donc il faut savoir qu'à la SACEM, quand vous vous inscrivez, vous êtes simple adhérent. Quand vous faites évoluer vos droits au bout de 2-3 ans et que vous atteignez certains paliers, vous devenez sociétaire professionnel, puis sociétaire définitif. En fait, vous stabilisez vos revenus, donc votre carrière. Ça ne vous permet pas de vous essouffler et de tenir sur la longueur. C'est un peu ce qu'on a vu un petit peu avant. Mais en fait, ces éléments-là, ça ne doit pas devenir une finalité, mais ça doit vous rappeler une chose essentielle. Le droit d'auteur constitue une infrastructure de long terme, à la fois économique et mentale. Quand vous rationalisez, vous vous donnez la possibilité de durer. C'est aussi ce qui vous permet de passer à la suite, c'est-à-dire passer d'une accumulation d'œuvres à une logique de catalogue. Notre troisième pilier, c'est la construction d'un catalogue qui vous fait passer d'une logique de projet à une logique d'actif. Je redis cette phrase parce qu'à mon avis, elle est très puissante. Construire un catalogue vous fait passer d'une logique de projet à une logique d'actif. Quand on pense à la SACEM, on pense sur le long terme et penser sur le long terme, ça implique naturellement. de changer de perspective. On ne parle plus seulement d'oeuvres isolées, mais on parle de projets successifs, donc de catalogues. Quand vous enchaînez les projets, vous enchaînez les cachets, mais penser catalogue, c'est aussi penser votre carrière à long terme. Avoir une vision de catalogue, avoir une vision catalogue, c'est considérer chaque création comme une brique d'un ensemble cohérent appelé à vivre, être exploité et circuler sur la durée. A mon avis, c'est vraiment cette vision qui vous permet qui permet en tout cas aux droits d'auteur de jouer pleinement son rôle. Un catalogue mal organisé, mal documenté, mal présenté, pour moi, il bloque, en fait, il limite mécaniquement des opportunités. Et même quand votre musique est de grande qualité, il limite vraiment vos opportunités. À l'inverse, quand vous avez un catalogue clair, structuré, accessible, pour moi, ça devient un véritable outil de travail, pour soi comme pour ses partenaires. Donc là, en fait, dans ce troisième pilier, on a pour moi deux concepts forts. On a se mettre dans l'état d'esprit de construire un catalogue plutôt que de penser projet par projet. Donc, dès le début de votre carrière ou en tout cas, à certains moments de votre carrière, vous devez vous poser la question du catalogue que vous êtes en train de créer. Est-ce qu'il y a une logique ? Est-ce que vous avez des clients récurrents ? Est-ce qu'il y a un style qui fonctionne mieux qu'un autre ? Combien d'œuvres, tout simplement, vous avez dans tel et tel style ? Est-ce que vous alimentez suffisamment vos canaux ? Est-ce que vos clients attendent des oeuvres ou n'attendent pas d'oeuvres ? Donc il y a à la fois un concept de catalogue dans le sens « pensez votre carrière autour de votre catalogue » et il y a aussi pour moi une vision et un concept de structuration de votre catalogue d'une manière plus mécanique. On l'a vu dans l'épisode précédent, en tout cas il y a deux semaines, dans un épisode qui s'appelle « se préparer à la synchro » où on parlait de... deux outils qui pour moi sont assez puissants Disco et Bridge donc ces deux outils vous permettent d'organiser vos oeuvres d'uploader des MP3 des AIF, des FLAC de mettre toutes les métadonnées, auteurs-compositeurs de mettre aussi des styles des tempos, plein d'infos en fait sur vos titres ça, l'organisation de votre catalogue elle est indispensable quand vous commencez à bosser avec des partenaires, mais le fait d'organiser votre catalogue dès le début C'est aussi super motivant et ça vous permet vraiment d'avoir une vision d'ensemble de ce que vous faites et de ce que vous produisez. Encore une fois, ça rationalise entre avoir plein de titres éclatés dans des dossiers sur votre ordi, que vous avez envoyés par mail, que vous avez passé à des contacts, et avoir un catalogue structuré, organisé, avec des playlists, avec des sections que vous pouvez avoir tous les matins, tous les soirs, devant les yeux. Ça vous permet régulièrement de faire un point sur votre carrière et vous dire « bon, ok, j'ai ça » . ça je l'ai envoyé, ça je ne l'ai pas envoyé, je pense que je suis assez productif dans tel style, tel style a été hyper demandé, mais je me rends compte que la playlist contient 3 titres alors qu'elle pourrait en contenir 20, et encore une fois soyez pragmatique, parce que même si c'est chiant, parfois quand vous avez envie de créer, de vous dire ok il faut que je mette mon nez dans mon catalogue, vraiment je vous assure que moi je l'ai vu dans des centaines de carrières que j'ai accompagné en 20 ans, ce qui vous fait vraiment passer d'une logique de hobby à une logique de carrière, C'est cette capacité à rationaliser, penser catalogue et organiser surtout votre catalogue. Quatrième et dernier point de cet épisode, et là je pense que beaucoup d'entre vous vont avoir envie de zapper, tant on a envie de mettre toute cette partie sous le tapis. Ce quatrième point s'appelle « La musique ne se vend pas toute seule » . Il faut bien comprendre qu'une fois que vous avez compris que la SACEM est votre meilleur allié, Une fois que vous avez compris qu'il vaut mieux avoir un plan que pas de plan du tout, que vous avez fait votre plan, que vous avez commencé à organiser votre catalogue, il y a un point qui vous fera passer d'une stagnation à une prochaine étape. Il y a un point qui va vous laisser soit dans la peau d'un compositeur maudit et incompris, ou alors qui va vous mettre dans la peau d'un compositeur brillant et qui réussit. C'est vraiment la vente. Alors je sais que ce point-là, tout le monde a envie de le mettre sous le tapis. Je peux vous assurer d'un truc, c'est que quasiment personne n'aime vendre. Et ça, quand vous en parlez à droite à gauche, c'est souvent ce que les gens essayent d'éviter. Les très bons vendeurs dans notre industrie musicale, c'est très difficile à trouver. Et souvent, quand vous avez l'impression de trouver des bons vendeurs ou quand vous en cherchez, vous vous rendez compte qu'en fait, les gens ont envie de faire plein de choses, sauf de vendre. Donc même les bons vendeurs... souvent sont tentés de se dire je vais être un peu plus dans la création, un peu plus dans la direction artistique, voire même la composition. Encore une fois, vraiment, je vous assure que personne n'aime vendre, personne n'aime des marchés et on va tout de suite déconstruire un mythe. Pour moi, si les artistes n'aiment pas vendre, je peux vous assurer que les éditeurs, les labels managers, souvent même les managers, les attachés de presse non plus n'aiment pas ça. En fait, ce n'est pas du tout la partie de l'industrie que les gens préfèrent. Et en plus, je trouve qu'en France, contrairement notamment aux Etats-Unis, le vendeur chez nous souffre vraiment d'une mauvaise réputation. Souvent, je trouve qu'on a beaucoup de dédains. Et pourtant, c'est des métiers qui sont vraiment indispensables et qui sont la clé du développement d'une carrière, qu'elle soit artistique ou entrepreneuriale. Mais je trouve qu'on a vraiment dans notre pays une manière de maltraiter les vendeurs. Ceux qui suivent des filières vente, commerce sont souvent un peu mis de côté. Et vraiment, on n'a pas beaucoup de considérations, je trouve, pour les vendeurs et même les bons vendeurs. En fait, il faut bien comprendre quelque chose. Pour moi, la réalité, elle est très simple. Si vous ne générez pas encore des revenus significatifs, à mon avis, personne ne va vendre votre musique à votre place, en tout cas de manière efficace. Je pense que vous devez dès maintenant accepter l'idée que vous allez devoir faire ce travail seul. Je me rappelle d'une anecdote, il y a trois ans, quand je faisais beaucoup d'allers-retours, et c'est toujours le cas à Los Angeles, j'avais parlé à un mec, un français, qui est installé à Los Angeles depuis, à mon avis, au moins 20 ans, qui travaille dans l'industrie musicale, qui est à la fois consultant pour des grosses sociétés françaises qui veulent se développer aux US, qui travaille aussi avec des managers américains, des artistes américains, des éditeurs basés à Los Angeles. Il m'a dit une phrase très vraie, qui m'avait un peu troublé à l'époque, quand je lui avais dit que je voulais moi-même développer mes activités éditoriales à Los Angeles. Et je lui avais demandé pourquoi si peu d'auteurs, compositeurs avaient des éditeurs aux Etats-Unis. Et il m'avait dit cette phrase très vraie. Il m'a dit, tu sais, quand un artiste ici ne génère pas au moins 100 000, 150 000 ou 200 000 euros, personne ne s'occupe de lui parce que tout simplement, personne ne peut s'y retrouver financièrement. En fait, les Etats-Unis, c'est un pays où il y a très peu d'aides. Contrairement à la France, il n'y a pas le système d'intermittence, il n'y a pas de subvention. donc en fait les gens Quand ils bossent, ils n'ont qu'une seule manière de s'y retrouver et de s'en sortir, c'est de générer de l'argent, que ce soit des filles à la commande ou des pourcentages sur ce qu'ils vont générer comme activité. Donc en fait, aux Etats-Unis, il n'y a pas de personnes qui vont bosser avec vous si vous ne générez pas un montant minimum qui leur permet, eux, de payer leur loyer, leur bouffe et de pouvoir à peu près vivre. Donc ça, c'est très vrai aux Etats-Unis. nous en France on n'a pas vraiment la même ... perspective parce qu'il y a aussi beaucoup de gens qui vivent grâce aux subventions et c'est très bien aux aides diverses que ce soit des subventions des aides étatiques du crédit d'impôt des choses comme ça néanmoins j'ai envie de vous dire c'est un peu aussi un piège parce que donc aux états unis personne à mon avis ne va vendre votre musique si elle ne génère pas au moins un minimum d'argent en france certains seraient prêts à le faire mais ces gens là qui sont prêts à le faire gratuitement en tout cas qui sont prêts à le faire tout en sachant que vous ne générez pas déjà un maximum d'activité, comment ils vont survivre, soit parce qu'ils sont eux-mêmes intermittents ou ils ont des aides. Ce n'est pas forcément des gens qui ont faim ou qui sont structurés vraiment pour être très efficaces pour vendre votre musique. Donc à mon avis, dès le début, vous devez mettre en place un système, en tout cas vous réservez du temps et avoir une stratégie et un plan qui vous permettent de développer votre partie commerciale. Parce qu'à mon avis, personne ne le fera à votre place. Bon, maintenant que ce constat est fait, j'ai une bonne nouvelle. C'est qu'entre l'article que j'ai écrit précédemment et le podcast qui s'appelle « Se préparer à la SYNC » , votre meilleur partenaire, vous l'avez découvert, c'est la SACEM. et votre capacité à dessiner un plan, et le fait que vous ayez aussi compris que la musique et le catalogue, c'est votre meilleur actif, je pense que vous avez déjà fait une grosse partie de la route. Donc maintenant, si vous vous mettez dans l'état d'esprit de vendre, vous avez à mon avis fait une grosse partie du chemin pour faire passer votre carrière d'un hobby à une activité professionnelle pérenne. Bon, on ne va pas rentrer en détail dans toute la partie vente et démarchage dans cet épisode, tant c'est à mon avis une partie qui est très vaste et très complète et très précise. Néanmoins, ce que je peux faire juste là, c'est vous partager quelques éléments. rapide, qui vous donne aussi des éléments de réflexion, qui sont en fait des éléments que j'ai appris moi en mes 20 ans de carrière sur cette dimension commerciale. Donc je vous donne quelques bases, donc 5 points. Le 1, utilisez les bons outils. Ça, vous avez de la chance. 2025, 2026, on a énormément d'outils pas chers qu'on peut utiliser quand on est seul pour améliorer son démarchage et sa vente, que ce soit LinkedIn et son Sales Navigator. Des capacités comme Notion pour organiser vos bases de données et vos connaissances. Des Trello pour organiser votre to-do list. Des outils aussi de to-do list. ChatGPT, bien sûr, qui est une arme de guerre. Donc, aucune excuse pour ne pas utiliser les bons outils. Deux, j'ai noté, lister ses contacts. Comme on l'a dit précédemment, mieux vaut un plan imparfait que pas de plan du tout. Je ferai un petit lien avec ce point numéro deux. Mieux vaut une petite liste. que pas de liste du tout. Donc dès le début, posez-vous la question de qui sont vos alliés, qui sont vos contacts, est-ce que vous avez déjà dans votre cercle proche, que ce soit des amis, de la famille qui peuvent vous aider, est-ce que vous avez déjà rencontré des gens ? Commencez par les gens que vous connaissez bien, et puis après vous ouvrez. 3. Créez du lien, ça on en parlera plus en détail. 4. Hierarchisez, priorisez, rationalisez. Vous l'avez compris, rationaliser c'est mon mot préféré du moment. et 5. C'est en lien avec le 4, mesurer, ajuster, itérer. Ça veut dire en gros, avoir la capacité de comprendre ce que vous faites, avoir la capacité d'ajuster et dans le temps de devenir meilleur. Je finis par cette phrase que j'adore, l'action amène l'information, pas l'inverse. Merci à tous de m'avoir écouté. J'espère que cet épisode vous aura aidé à mieux comprendre comment on construit une carrière dans la musique à l'image, ou en tout cas aura pu éclairer certains points qui, pour vous, étaient encore un peu dans l'ombre. Dans les prochains épisodes, on va avoir la partie 2 de l'interview avec Vincent Lagadrière. J'ai beaucoup aimé la partie 1. On a parlé plutôt de son enfance, les éléments fondamentaux qui lui ont donné envie de travailler dans la musique. On a également parlé de ses voyages, d'abord en Australie. ensuite au Québec. Dans la partie 2, on va rentrer dans son installation plus en détail à Paris. On va parler de ses activités de compositeur dans le luxe, ses activités de compositeur et de producteur pour les documentaires. Et on va mieux comprendre comment il a développé puis installé sa carrière en France. Et on fera aussi le lien avec ses précédentes expériences. On aura également une autre interview que j'ai enregistrée la semaine dernière. avec Louis de Belleval et Mila Morgenstern de l'agence Himalaya. Mila, elle, développe cette agence. Elle est directrice artistique. Louis est compositeur. Il travaille quasiment exclusivement avec Mila. Et par le biais de cette interview croisée, on va à la fois aborder un sujet qui nous passionne chez Impala, c'est l'export, l'expatriation et comment des Français développent leur carrière à l'international. Et puis on va aussi mieux comprendre ce duo, cette valse entre un directeur artistique et un compositeur, mieux comprendre comment ils travaillent avec leurs clients, comment ils développent les projets, et aussi comment la directrice artistique, Mila, traduit les briefs auprès de Louis, et comment ils arrivent à avoir ce niveau d'efficacité et de qualité dans leur production. A bientôt !