- Speaker #0
Parlons recherche contre les cancers.
- Speaker #1
Bienvenue dans ce podcast de l'Institut national du cancer. Chargé de coordonner la lutte contre les cancers en France, l'Institut finance chaque année des centaines de projets de recherche. Découvrez les travaux de celles et ceux qui agissent pour réduire l'impact de cette maladie.
- Speaker #2
Parlons recherche contre les cancers.
- Speaker #1
Pour ce nouvel épisode, nous sommes reçus au laboratoire de recherche de l'Inserm du CHU de Nantes. Bonjour, ça va très bien et vous-même ?
- Speaker #2
Oui, mais j'y mets un peu de temps d'essence, on a un problème de machine à glaire.
- Speaker #1
C'est ici que travaille Alexis Broquet, chercheur employé par le CHU de Nantes, spécialisé dans les recherches autour du poumon, et Antoine Roquilly, professeur d'anesthésie-réanimation, c'est lui qui aujourd'hui dirige les équipes qui font de la recherche donc. en immunologie et infectiologie.
- Speaker #2
Nous, on est arrivés en 2018.
- Speaker #1
Et avant d'être ici, vous étiez où ?
- Speaker #2
On était à la fac de médecine, collé au CHU de Nantes, Trans-Entre-Ville. D'accord.
- Speaker #1
Entrons alors,
- Speaker #2
allons-y, dans le vif du sujet, merci.
- Speaker #1
Ensemble, ils s'intéressent à un phénomène surprenant. Les personnes qui ont survécu à un sepsis, une réaction inflammatoire intense à une infection, ont un système immunitaire modifié. Et cela diminue leur risque de développer un cancer par la suite. Leur découverte suggère que le sepsis laisse une sorte de mémoire dans notre système de défense qui améliore sa capacité à détecter et freiner les cancers. Leur recherche ouvre la voie à de nouveaux traitements basés sur ce mécanisme d'entraînement immunitaire.
- Speaker #2
Et nous on est ici en fait la sixième équipe parce qu'en fait on est accrochés en fait à notre animalerie. Animalerie qui permet en fait de faire nos modèles infectieux.
- Speaker #1
Où est-ce qu'on va s'installer alors ?
- Speaker #2
On va s'installer ici, avec Antoine Roquet, le chef de l'équipe.
- Speaker #1
Déjà en train de travailler. Eh bien messieurs, bonjour.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
Merci de nous recevoir ici. On disait tout à l'heure, en franchissant les premières portes, au cœur du réacteur, finalement, c'est un peu ici que tout se passe, c'est ça ?
- Speaker #2
Exactement. Donc là, vous êtes actuellement dans un laboratoire, l'équipe 6 du CR2. C'est une équipe de TI qui s'occupe de transplantation et d'immunologie translationnelle. Donc qui fait le pendant entre ce qui se passe au niveau du patient et ce qui se passe dans les laboratoires de recherche.
- Speaker #1
Très bien. Voilà donc pour le lieu où on se trouve. Maintenant, avant de rentrer dans le vif du sujet, comment votre collaboration a débuté ? Comment ça s'est fait ? C'est une rencontre d'abord technique, scientifique ou d'homme aussi un peu ?
- Speaker #2
C'est une rencontre où j'ai été recruté en 2011. Antoine faisait sa thèse. de science. C'est là où on a commencé à discuter, à interagir d'un point de vue scientifique. Et ensuite, quand Antoine a repris la direction de l'équipe, j'ai suivi les nouvelles questions ou les évolutions de questions scientifiques apportées par Antoine dans le traitement des pneumonies et des conséquences à long terme.
- Speaker #3
Et scientifiquement, il y avait aussi une heureuse rencontre, parce que moi je m'intéressais vraiment à la phase très aiguë de l'infection. On s'intéressait au délai pour guérir complètement d'une infection. Sur nos cellules, on voyait qu'il n'y avait pas de guérison. On a commencé à se dire qu'il y avait peut-être des liens avec des maladies chroniques autres que l'infection, donc on a pensé au cancer. Alexis, à ce moment-là, avait déjà développé des modèles qui permettaient d'étudier le cancer. C'est comme ça qu'on s'est dit, rejoignons nos projets et essayons de voir si cette phase aiguë a un effet sur la phase chronique et le risque de maladies. prolongé de type cancer.
- Speaker #1
Parlons donc de ce projet. Est-ce que vous pouvez nous le présenter ?
- Speaker #3
On s'intéressait justement à ces infections extrêmement aigües. C'est un travail sur lequel on avait commencé il y a une dizaine, quinzaine d'années. On trouvait des altérations du système immunitaire très profondes au moment de ces sepsis. On a commencé à étudier une carte épidémiologique où on a vu qu'en fait, cette modification, contrairement à ce qu'on pensait, n'était pas délétère, mais diminuait chez ces survivants le risque de cancer. Il a fallu qu'on travaille avec Alexis. Pour se dire, est-ce qu'il y a un mécanisme ? Est-ce qu'on est capable de le reproduire, de l'induire et de comprendre ce qui se passe ? Et donc s'il y a bien un mécanisme, c'est qu'il y a quelque chose qui se passe au niveau du système immunitaire. Et donc c'est là que le projet commence au laboratoire.
- Speaker #2
Et donc, spoiler alert, on a été capable de mettre en évidence effectivement un mécanisme dans la souris de développement de cancer, de faire le fameux sepsis, la grosse infection en amont ou pas, et de vérifier qu'effectivement on retrouvait ce que la clinique avait découvert. le fait que les souris qui avaient déjà été infectées développaient moins de cancers. Et donc on est arrivé au moment où il y avait un développement de ce qu'on appelle la bioinformatique. Et les bioinformaticiens nous ont dit, voilà, dans vos fameuses souris, On a une population de cellules particulières qui arrive. Ce sont des lymphocytes, et ces lymphocytes restent accrochés dans le poumon. Et ils ont un rôle dans la défense contre le développement des tumeurs. On a détaillé tout le mécanisme qui fait que ce sepsis va modifier des cellules particulières, des macrophages. Si vous avez regardé « Il était une fois la vie » , c'est les fameux petits éboueurs. Ces macrophages sont modifiés à long terme et vont sécréter des signaux particuliers qui font que mes lymphocytes mes cellules résidentes vont justement proliférer et rester accrochées dans le poumon et effectuer leur effet de défense contre les tumeurs.
- Speaker #1
Ce que vous nous racontiez sur ces effets, c'est ce qu'on appelle l'entraînement immunitaire. À quoi ça correspond en gros cet entraînement immunitaire ?
- Speaker #3
En fait, cet entraînement immunitaire, c'est une révolution dans le concept de l'immunologie. On connaît tous, pour ceux qui connaissent un peu l'immunologie, le concept de mémoire immunitaire. Vous vous vaccinez, vos lymphocytes reconnaissent et se rappellent la grippe, le Covid, etc. Ils vont mieux vous défendre. Et il y a ce qu'on appelle le système immunitaire inné, qui n'était pas censé avoir de mémoire, mais dont le rôle est d'initier, de dire on débute la réponse ou on ne la débute pas. Et en fait, ce qui a été découvert il y a une dizaine d'années maintenant, c'est qu'en fait, le seuil de déclenchement de cette réponse, c'est une mémoire. Et c'est ce qui explique pourquoi des enfants très jeunes vont avoir des infections très différentes du sujet âgé, parce que le sujet âgé, il a 70-80 ans de mémoire immunitaire innée. Donc son seuil de tolérance augmente, il va mettre plus de temps à se déclencher. Donc l'entraînement immunitaire, c'est vraiment ce concept de est-ce que c'est un danger sur lequel je dois me battre, ou est-ce que je peux le tolérer ? Et ça, ça s'apprend.
- Speaker #2
Vous avez des lasers qui vont permettre, avec des jeux de miroirs, d'éclairer l'échantillon qui est ici. Et même principe, vous avez une gaine, les cellules vont passer à la culole une par une. éclairé par différents lasers. On va recueillir différents signaux en fonction de ce qu'on a mis dans le tube. Différentes caractéristiques des cellules. C'est pour ça qu'on appelle ça un cytomètre. Cytos, cellule, mètre, mesure. On mesure quelque chose sur la cellule. Et après, ça s'affiche sur l'écran et après on fait des analyses.
- Speaker #1
En quoi est-ce que c'est très concrètement prometteur pour la science et pour les patients ? Ces études, cette étude, ces projets de recherche selon vous ?
- Speaker #3
Pour les patients, un des intérêts de ces approches, c'est qu'on pourrait le mimer par différents agents sans avoir besoin de faire un sepsis. Et en fait, ça peut marcher sur différents types de cancers. Par exemple, nous avons essentiellement étudié le cancer pulmonaire. On a des données qui démontrent que c'est probablement le cas aussi pour les cancers du côlon, pour les cancers cutanés type mélanome. Il y a un panel de maladies qui peut être amélioré dans leur prise en charge. Cette décision pour le corps humain de se dire « je vais vivre avec ce danger parce qu'il ne va pas me tuer, je vais vivre 20 ans avec » , plutôt que d'essayer de l'éliminer, alors que potentiellement on va mourir du fait de ce combat, cette régulation est très peu connue, encore une fois très peu comprise. Et donc, si on arrive, grâce à nos travaux et ceux des autres équipes qui travaillent sur ce sujet-là, à déclencher et à réguler ce niveau de réponse, on peut adresser un très large nombre de maladies. et donc Donc on se rapproche petit à petit de traitements qui vont pouvoir entraîner ou peut-être désentraîner le système dans certains cas.
- Speaker #1
Un point important qui a été important, je pense, vous allez me le confirmer ou pas, c'est la centralisation des millions de données de santé anonymisées grâce à la carte vitale. Ça a joué un rôle important, ça. Et pourquoi ?
- Speaker #3
Ça a complètement changé notre façon de voir le projet. On s'adresse vraiment à essayer de comprendre quelque chose qui va être médicalement utile pour les patients. Il faut quand même suivre des patients de 3, 4, 5, 10 ans. pour avoir un nombre d'événements suffisant. Et donc, on ne peut pas le faire dans l'étude prospective ou en tout cas, on serait à notre retraite avant d'avoir nos premiers résultats. Donc, on voulait aller plus vite. Et donc, il y a tout ce développement de la recherche sur les données de santé. Donc, le gouvernement et l'État font beaucoup de choses pour essayer de donner l'accès dans un cadre réglementé aux données des patients. Et donc, on a pu, grâce à ça, étudier sur 10 ans de suivi. Donc, 10 ans en 6 mois. des données de 5 millions de personnes qui avaient fait un sepsis et voir justement les appareiller à des gens qui n'avaient pas fait de sepsis, mais qui avaient le même risque de cancer.
- Speaker #1
Autre chose qui a été précieuse, c'est l'aide financière de l'Institut National du Cancer. En quoi est-ce que cette aide a été un vrai soutien ?
- Speaker #2
On avance toujours plus vite à plusieurs que tout seul. Et donc le fait d'avoir eu le financement INCA a permis de recruter du personnel et générer plus de données, ce qui nous a permis en quelques années, 3-4 ans, d'arriver à une publication scientifique et qui nous a permis de développer d'autres collaborations. Et ensuite, pour plus le côté de l'équipe avec Antoine, d'être un amorçage sur les conséquences à long terme et d'aller chercher d'autres financements, notamment au niveau de l'Europe. Je vous présente Léa, qui a justement été recrutée dans le cadre du financement par l'Inca.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Et donc, qui est arrivée au début du projet.
- Speaker #1
Très bien, bonjour Léa.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Vous étiez là au début du projet ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais vous aviez quel âge ? Parce que vous êtes très jeune là. Oui,
- Speaker #0
j'avais 21 ans quand j'ai été recrutée ici.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Donc oui, très jeune. Et donc voilà, ça fait déjà trois ans que je suis au centre du projet.
- Speaker #1
Et alors très concrètement, pour qu'on comprenne bien, quelles sont vos activités au quotidien ?
- Speaker #0
Alexis, avec qui je travaille sur le projet, organise un peu toutes les manips, les expériences à produire. et moi je suis là pour les... Les produire, justement. Je fais tout ce qui est expérimentation animale. Ensuite, je suis à la paillasse. Je fais tous les protocoles. C'est quoi la paillasse ? La paillasse, c'est l'endroit où on travaille le plus. C'est là où toutes les expériences vont se passer. Il y a aussi des bioinformaticiens qui travaillent sur nos données que nous, on produit. Mais en autre aspect, plutôt sur l'informatique, etc. Et nous, c'est vraiment manuel. Oui, voilà.
- Speaker #1
C'est complet, quoi.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Si on place le curseur là,
- Speaker #2
on en est où ? On s'est rendu compte que l'effet contre le développement de cancer de nos cellules n'était pas direct. Donc il y a un autre joueur, ou d'autres joueurs, c'est un peu un billard. Maintenant le but du jeu c'est de trouver qui sont les autres joueurs. justement des candidats. Et à long terme, moi j'avais appris que le poumon était stérile et que quand il y avait une bactérie, il y avait une pneumonie. Et en fait, on se rend compte que non, il y a un microbiote. Il y a un écosystème qui fait que justement la maladie respiratoire, c'est une modification de cet écosystème.
- Speaker #1
Ça vous venait de mettre le doigt dessus là ?
- Speaker #2
Il y a eu une publication de l'équipe en 2023 qui a montré qu'en fonction de la composition du microbiote, vous alliez développer des pneumonies plus ou moins sévères. Donc à long terme, l'idée c'est de faire un triptyque entre le tissu, les cellules immunitaires et le microbiote, et de voir comme qui coordonne qui. Est-ce que c'est le microbiote qui va imprimer sa pâte sur le système immunitaire pour justement l'aider à l'entraîner, à plus ou moins réagir en fonction des situations, ou est-ce que c'est le système immunitaire qui va aussi moduler le microbiote et quel impact ça a sur l'épithélium, et donc l'épithélium étant le lit du développement du cancer.
- Speaker #3
L'idée in fine, c'est quand même d'avoir un système qui nous permet de reproduire cet entraînement immunitaire chez un patient qui a un cancer ou un risque de cancer sans lui faire payer le prix d'un sepsis avant pour qu'il ait une meilleure réponse.
- Speaker #1
Bon ben parfait, merci de m'avoir reçu. Nous l'aurons entendu, cette étude prometteuse ouvre de nouvelles pistes thérapeutiques pour renforcer les défenses naturelles du corps contre le cancer. Il reste toutefois encore beaucoup de travail, notamment pour mettre au point un médicament. qui reproduirait les effets du sepsis sur le système immunitaire. Avec son soutien, l'Institut National du Cancer aide la recherche à progresser et à rendre ses innovations accessibles. Nous voici au terme de cet épisode. N'hésitez pas à le partager et à le commenter. Vous trouverez tous les numéros de cette collection sur le site de l'Institut National du Cancer et sur les plateformes d'écoute.