- Speaker #0
Bonjour, je suis Ornella, fondatrice d'InfermiExpat en Suisse, et bienvenue sur le podcast InfermiExpat. Ce podcast porte un regard sur ces expatriés, professionnels de santé, qui ont décidé de tout quitter pour tenter une nouvelle expérience à l'étranger. L'occasion pour moi de partager leur parcours, leurs belles surprises, leurs craintes, mais aussi leurs peurs. Mais pas que, il y aura des retours d'expérience, des conseils en matière de formation et carrière. Bonne écoute ! Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Caroline, infirmière depuis 8 ans, qui a décidé en 2017 de quitter le nord-est de la France pour aller travailler et vivre en Suisse. Installée depuis plusieurs années maintenant, elle est depuis un an et demi infirmière experte en soins intensifs. On en reparlera plus ou moins lors de notre discussion. Alors Caroline, bonjour et merci d'avoir accepté mon invitation. Toi et moi, on se connaît bien, voire même très bien, puisqu'on a travaillé ensemble pendant presque cinq ans, je crois. Je dirais quatre ans et demi, plutôt.
- Speaker #1
Bonjour, merci de m'avoir invitée. Oui, c'est tout à fait ça, c'est tout à fait ça. On a fait notre journée d'observation ensemble et puis on a passé quatre ans à travailler ensemble, oui.
- Speaker #0
C'est ça, c'est ça exactement. Alors, tout d'abord, pour commencer... J'aimerais te demander, Caroline, ma première question serait pourquoi la Suisse ?
- Speaker #1
Alors, moi, c'est vrai que j'ai travaillé pendant trois ans en réanimation en France et c'était des conditions de travail qui ne me satisfaisaient plus du tout.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
Alors, j'avais énormément de pression avec toujours un ratio infirmier-patient qui était de plus en plus... plus en plus faibles. On se retrouvait parfois avec trois patients à charge, tous intubés, avec les dialyses, etc. Plus dans l'équipe, quasiment que des nouveaux arrivants. Et puis ça devenait très compliqué en charge de travail. Et puis avec un épuisement qui était quand même assez important.
- Speaker #0
J'imagine.
- Speaker #1
Et voilà, j'ai une collègue qui travaillait avec moi, une ancienne, qui m'avait dit qu'elle était allée faire deux ans en Suisse et qu'elle avait adoré. Et qu'elle avait dû malheureusement revenir en France pour des raisons personnelles, mais que sinon elle aurait continué toute sa carrière en Suisse. Et c'est vraiment après avoir discuté avec elle que j'ai eu cette envie-là. de me dire, pourquoi pas, tu es plus heureuse en France, alors... Oui,
- Speaker #0
que tu as commencé à te renseigner.
- Speaker #1
C'est ça, tout à fait.
- Speaker #0
D'accord. Mais moi, j'aimerais plus savoir quel a été réellement le déclic. Qu'est-ce qui a fait que tu te dises, bon, là, stop, c'est bon, là, j'arrête dans cet hôpital-là et puis je pars. Je pars, quitte à laisser mes proches, mes amis, ma famille. Quel a été le moment où là, tu t'es dit, bon, je ne retourne pas en arrière ?
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a vraiment un moment qui fait que... Franchement, c'était juste que je n'avais plus aucune envie d'aller travailler. Je ressentais vraiment ça plus comme un... Je ne ressentais plus aucun plaisir à aller travailler.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et je pense que je ne me reconnaissais plus.
- Speaker #0
Mais c'est intéressant ce que tu dis. C'est très intéressant ce que tu dis. Avant... d'évoquer la formation d'experts en sciences intensives. J'aimerais qu'on discute sur ton parcours professionnel et qu'on revienne un petit peu sur quelques dates clés qui ont ponctué ton parcours professionnel et qui ont été un tournant à ce niveau-là. Donc, tu rentres en IFSI en quelle année ?
- Speaker #1
Alors, j'étais en IFSI de 2011 à 2014. Donc, c'était déjà la nouvelle formation. reconnu à grade de licence.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, à ce moment-là, moi, je rebondirais plus sur la question est-ce que c'était un métier choisi ? Est-ce que c'est toujours ce que tu as voulu faire ? Est-ce que c'est, entre guillemets, une vocation ? Ou bien c'était un métier un peu subi ?
- Speaker #1
Disons que moi, j'ai toujours été attirée par le domaine du médical. Et après mon bac S, j'ai fait six mois de fac de médecine. Et je me suis très vite rendue compte qu'en fait, le milieu universitaire ne correspondait pas du tout.
- Speaker #0
D'accord, pas facile.
- Speaker #1
Voilà, effectivement. Et puis, je cherchais à me réorienter. Et là, c'est plutôt un concours de circonstances un petit peu parce que j'ai rencontré une fille qui m'a parlé, qui était un peu dans la même situation que moi et qui m'a parlé de l'école d'infirmière. Et je me suis dit, pourquoi pas ? Donc, ce n'était pas vraiment une vocation de base, mais ça s'est fait, on va dire, assez naturellement finalement.
- Speaker #0
D'accord. Finalement, c'est que des rencontres. C'est ça. Des rencontres pour venir en Suisse et rencontres également pour rentrer en Ipsi. C'est intéressant. Et donc, du coup, après ces trois ans-là, donc tu passes trois ans durant ta formation, et là, en 2017, tu arrives en Suisse. Donc moi, j'aimerais insister sur un point, finalement, en termes de démarche. Est-ce que ça a été quelque chose de difficile pour toi ou finalement, ce départ-là a été... était relativement simple et s'est fait naturellement.
- Speaker #1
Alors, j'ai déjà deux...
- Speaker #0
Donc, est-ce que tu as trouvé du travail facilement ? Est-ce que les démarches administratives ont été longues, pas longues ? Est-ce que tu as pu tout faire sans souci ? Est-ce que tu as rencontré des embûches aussi ? Ça pourrait aider aussi ceux qui nous écoutent.
- Speaker #1
Alors déjà, pour trouver du travail en Suisse, c'était pas si simple parce que finalement, j'ai mis quasiment un an avant d'avoir une réponse concrète et d'avoir un jour d'essai. Donc c'était franchement pas simple, mais en même temps, j'étais tellement motivée à partir du système français que je me suis jamais découragée et je pense que ça a apporté ses fruits.
- Speaker #0
Et à cette époque, tu étais diplômée depuis combien de temps ?
- Speaker #1
J'avais fait trois ans dans un service de réanimation chirurgicale.
- Speaker #0
D'accord, pour que tout le monde contextualise un petit peu.
- Speaker #1
Et puis en fait, j'avais 24 ans à l'époque. Et la recruteuse, en somme, m'a dit que ce qui ne jouait pas, c'est que sur mon CV, sur ma photo, elle avait l'impression que j'avais 18 ans et que je n'étais pas du tout mature.
- Speaker #0
Ça, ça doit être du rocaissier. D'accord. Mais bon, on met tout ça en aparté. Tu arrives donc en Suisse, tu arrives à trouver un poste aux soins intensifs. Pour tous ceux qui nous écoutent, les soins intensifs, c'est des services de... C'est la même chose que service de réanimation en France. C'est la même chose. Et donc, finalement, tu intègres un service de soins intensifs dans lequel tu t'y plais et dans lequel on se rencontre, comme je le disais au début de notre échange.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
et un service dans lequel tu commences à prendre tes marques. Et donc, quelques années plus tard, tu décides donc de démarrer la formation d'expert en soins infirmiers. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur cette spécialisation ?
- Speaker #1
Bien sûr. Alors, c'était déjà une formation qui m'intéressait quand j'ai décidé de partir de France pour la Suisse. Parce que c'est vrai qu'en Suisse, ils nous proposent énormément de formations variées et qui sont toujours des formations reconnues. avec une revalorisation.
- Speaker #0
Il faut bien préciser que c'est reconnu en Suisse, revalorisation salariale en Suisse. Oui. Parce que le diplôme d'expert en soins intensifs n'est pas reconnu en France. Oui,
- Speaker #1
tout à fait. Alors du coup, cette formation d'expert en soins intensifs, elle se déroule en deux ans avec des cours théoriques, des stages. Elle est découpée en trois périodes de huit mois. Avec à chaque fois un examen écrit, pratique, et puis une période de stage qui sera notée aussi tous les huit mois.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est une formation qui m'a vraiment beaucoup apporté en termes de connaissances. On va vraiment approfondir énormément de choses sur tous les systèmes, cardio, respire, rénal, neuro, etc. Donc déjà d'un point de vue théorique. Et ensuite, c'est des connaissances qu'on va pouvoir mettre en pratique pendant les stages. Donc, à travers des journées où on aura des formateurs qui vont nous suivre et également tout au long du stage.
- Speaker #0
Parce qu'il faut préciser aussi que c'est une formation en emploi.
- Speaker #1
C'est tout à fait ça. C'est une formation en cours d'emploi. Alors, ce qui est un peu particulier, c'est que du coup, on perd notre statut de... de salariés, de collègues, et puis que là, on redevient stagiaire.
- Speaker #0
D'accord. On rebondit un petit peu sur la question qui allait arriver. Ensuite... c'était quels ont été tes défis ? En tout cas, les difficultés de se remettre dans la position d'étudiante, en ce qui te concerne, et de partir deux ans. Deux ans, ce n'est pas rien quand même. Même si on dit souvent, en regardant en arrière, oui, ça passe vite, mais c'est quand même assez long, c'est quand même dense. Quels ont été tes défis durant ces deux années ? Quel a été le plus difficile ?
- Speaker #1
Pour moi, le plus difficile, comme on en parlait déjà avant, c'est vraiment de revenir à ce statut de stagiaire et plus d'infirmière avec ses collègues. C'était assez compliqué. Mais bon, après, dans ma clinique, je ne l'ai pas tellement ressenti. Ça faisait quand même plus d'un an que j'étais déjà employée là-bas, donc je ne l'ai pas tellement ressenti. Après, c'était aussi un challenge de se remettre dans les études après plus de trois ans de travail. Moi, ça va encore. C'était que trois ans, mais je pense que j'ai certains collègues, notamment le collègue qui a fait la formation avec moi, qui avait fini ses études 20 ans avant. Pour lui, c'était encore un challenge, je pense, qui est encore plus important. Après, c'était un petit peu compliqué parce que moi, j'ai fait cette formation aussi dans le contexte du Covid, où on a dû un petit peu se réadapter. La formation a duré trois, quatre mois en plus. Et ça, c'était un petit peu compliqué parce que... On n'avait pas forcément l'échéance de fin qui était clairement définie. Et on voulait un petit peu se réadapter dans un contexte où, à la fin de deux ans, on était quand même déjà assez fatigué. Et ça, c'était assez compliqué. Mais une fois de plus, on a eu des profs qui étaient vraiment bienveillants, ainsi que les chefs au travail, ce qui a permis de faciliter un petit peu les choses.
- Speaker #0
C'est super. C'est super. Et là, aujourd'hui, tu peux dire que... cette formation, finalement, au bout du compte, là, une fois que t'es en service, est-ce que tu vois une différence dans ta prise en charge ?
- Speaker #1
Alors, bien sûr, on voit une différence dans la prise en charge, notamment, déjà, parce que les médecins nous font vraiment confiance, et ça, c'est vraiment une fierté, quelque part. Après, on est énormément sollicités pour être responsables d'horaire, donc c'est la personne qui va un petit peu gérer le service quand les... les chefs ne sont pas là.
- Speaker #0
D'accord, donc tu as une plus grande responsabilité.
- Speaker #1
Oui, effectivement. Et puis également aussi avec les nouveaux arrivants ou les étudiants, on va être aussi pas mal sollicité pour les encadrer et pour leur apporter toutes les connaissances théoriques et puis la pratique qu'on a pu acquérir, notamment grâce à ces deux ans de formation.
- Speaker #0
D'accord. Et il ne faut pas le nier aussi, Et aussi, comme on en parlait tout à l'heure, une revalorisation salariale, qui n'est pas négligeable non plus. Alors,
- Speaker #1
bien sûr, et c'est ça qui est intéressant quand même en Suisse. Et ces formations, que ce soit la formation d'experts en soins intensifs ou d'autres, qui sont proposées et même vivement recommandées par la hiérarchie souvent dans les hôpitaux ou les cliniques en Suisse.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'elles sont vivement recommandées ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ? C'est que, je ne dirais pas qu'on impose, mais est-ce qu'on insiste fortement pour les faire ?
- Speaker #1
En tout cas, pour la formation d'experts en soins intensifs, dans chaque hôpitaux, dans chaque clinique, il faut qu'il y ait un certain quota d'experts. Et quand ça fait plus d'un an que tu es dans le service et que tout se passe bien, en général, ce sont des formations qui sont fortement recommandées.
- Speaker #0
D'accord. En fin de compte, il faut un minimum de ce qu'on appelle de certifiés de certifiés experts en soins intensifs pour que le service soit qualifié de soins intensifs.
- Speaker #1
Oui, tout à fait, c'est ça.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, tu expliquais, on en revient au fait qu'il y a cette reconnaissance salariale. Et c'est vrai qu'on faisait le parallèle un petit peu avec la France. Pays dans lequel, oui, il y a des diplômes universitaires où maintenant, il y a cette reconnaissance de licence Bac plus 3 du diplôme infirmier. Donc, on rentre dans le système LMD avec cette possibilité de master, cette reconnaissance également de master, mais qui reste finalement sur le terrain moins importante, qui reste moins importante que... que les reconnaissances de diplômes en Suisse, tu veux dire ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et puis, c'est surtout que tu te... Tu investis de ton temps, de ton énergie. Ce n'est pas forcément évident de te remettre dans les études, etc. Et puis là, le fait d'avoir cette reconnaissance salariale, ça te permet juste finalement d'être reconnu et d'être considéré dans le travail que tu fais.
- Speaker #0
Et ça, ça n'a pas de prix.
- Speaker #1
Et ça, ça n'a pas de prix. Et c'est vrai qu'en France, ça malheureusement, on le trouve très rarement. Et puis c'est vraiment... des augmentations salariales qui sont vraiment minimes par rapport au travail et à l'investissement qui est engagé.
- Speaker #0
Et c'est ça qui est dommage. Et donc aujourd'hui, qu'est-ce que tu dirais justement à un soignant qui hésiterait à faire cette formation ? Qu'est-ce que tu lui dirais pour peut-être le motiver ou peut-être l'intéresser ou peut-être le convaincre finalement ?
- Speaker #1
Pour quelqu'un qui vient de l'étranger.
- Speaker #0
Pour quelqu'un qui vient de l'étranger. et qui s'installent en Suisse, qui travaillent en Suisse.
- Speaker #1
Alors, je dirais que c'est quand même une formation qui est assez éprouvante où on va quand même tester ses limites en termes de fatigue, en termes de résilience aussi, mais qu'il faut la faire. Franchement, si on est stable dans sa vie privée, si on a la motivation, il faut la faire parce que ça... Ça vous apporte des connaissances assez incroyables en termes théoriques, en termes pratiques. Et puis ça permet d'évoluer et de pouvoir être reconnu dans sa fonction.
- Speaker #0
Et je rebondis sur ce que tu dis à l'instant, avec un lien avec l'actualité. Il disait, je ne sais plus dans quel article je l'ai lu, mais qui évoquait que sur 30 000 infirmiers, il y avait 51% qui considéraient que leur métier ne leur permettait pas de... de connaître de véritables évolutions et perspectives de carrière. Qu'est-ce que ça t'évoque tout ça ?
- Speaker #1
Je pense que c'est assez vrai dans plusieurs pays, notamment la France. Mais en Suisse, j'ai vraiment l'impression qu'on va toujours valoriser finalement le fait de faire des formations en plus diplômantes qui vont pouvoir finalement être autant bénéfiques pour l'employé. que pour l'employeur. Et ça, c'est vraiment quelque chose qui est valorisé et qui est reconnu en Suisse.
- Speaker #0
C'est vraiment top. Et puis, si par exemple, tu disais que ça avait été très long de pouvoir trouver un poste en Suisse, si tu n'aurais pas eu la possibilité de travailler en Suisse, est-ce que tu aurais souhaité travailler dans un autre pays ? Et si oui ou non, pourquoi ?
- Speaker #1
Alors, je m'étais renseignée aussi sur le Canada. Pourquoi le Canada ? Parce que j'avais entendu que les conditions de travail étaient meilleures qu'en France. En même temps, je pense que c'est pas très compliqué à faire. Mais finalement, voilà, c'était trop loin. Les papiers étaient trop compliqués. Et je pense qu'à 24 ans, toute seule, de me lancer là-dedans, j'en avais pas forcément le courage ni la force. Je m'étais aussi intéressée à l'Australie.
- Speaker #0
Pourquoi l'Australie ?
- Speaker #1
plutôt pour la qualité de vie en fait. Et pour les conditions de travail aussi, avec un ratio infirmiers-patients qui était bien plus important qu'en France. Et j'avais lu quelques témoignages qui disaient que les infirmiers avaient enfin le sentiment de pouvoir s'occuper de leurs patients, pouvoir leur parler, pouvoir parler à la famille. ce qui n'était pas forcément le cas dans le pays où ils travaillaient précédemment.
- Speaker #0
Parce qu'au final, c'est tout ce qu'on souhaite, pouvoir prendre le temps d'échanger avec les patients, de pouvoir discuter et les prendre correctement en charge. C'est l'essence même de notre métier, clairement. Caroline, merci beaucoup d'avoir accepté notre rencontre pour la première fois. Merci beaucoup pour cet échange. J'espère qu'elle sera bien.
- Speaker #1
Bonne nuit. Bonne nuit.