- Speaker #0
Aujourd'hui, on part à la rencontre d'une entreprise qui crée un matériau à partir du mycélium, une ressource qui peut se retrouver dans nos forêts, nos assiettes, Mais aussi plus surprenant dans nos aménagements et dans plusieurs objets du quotidien, un matériau polyvalent qui nous réserve bien des surprises. Reishi de l'entreprise MycoWorks, c'est une aventure née de l'ambition de transformer une matière organique en quelque chose de résistant, de beau et de performant, s'approchant du cuir. Malheureusement, MycoWorks a fermé ses portes il y a trois semaines, mais aujourd'hui je reçois Sabine Panetra, manager produit, pour nous parler... du parcours de l'entreprise et nous raconter comment un champignon peut devenir une matière souple qui donne vie à des objets de notre quotidien. Bonjour Sabine. Bonjour. Merci d'être avec nous aujourd'hui. Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter, présenter MycoWorks et nous raconter, nous définir, qu'est-ce qu'un mycomatériau ?
- Speaker #1
Oui, bonjour. Alors Sabine Panetra, moi je suis spécialiste des matériaux depuis... Depuis plus de 20 ans, je travaille dans différents domaines, couleurs, matières, finitions, aussi bien en design qu'en innovation. J'ai un double profil, designer-ingénieur. MyCoworks, c'est une entreprise, une start-up dans la biotech, une start-up américaine de taille conséquente. Quant au MycoMaterio, c'est donc une nouvelle catégorie de matière qui ne se positionnent pas forcément comme... comme cuir, mais qui cherchent, avec le Réchi c'était le cas, qui cherchent à être une catégorie à part, comme on a les cuirs, les textiles, ou des noms de marques comme des microfibres qui sont devenus une catégorie de matériaux. On cherche à développer ces nouvelles matières de micomatériaux. Elles peuvent se présenter sous différentes formes. Ça peut être des matières presque structurelles, des composites, des blocs à base de mycélium. ou souvent en forme de feuilles. Le mycélium, c'est la structure racinaire des champignons. Ce n'est pas du champignon directement, donc on ne fait pas ce qu'on peut appeler rapidement du cuir de champignon, mais c'est vraiment une matière à base de mycélium. On utilise cet inoculum, donc quelques graines de mycélium, quelques fimes, c'est vraiment très fibreux, qu'on dépose sur un substrat généralement qui est issu du recyclage, donc de la surdebois en général, des fibres végétales ou d'autres rejets naturels. On dépose cet inoculum sur cette base et la matière pousse très facilement, ce qu'on appelle une pousse passive, c'est-à-dire qu'on n'a pas besoin de rajouter quoi que ce soit, donc on est aussi assez vertueux en termes de ressources. On rajoute peut-être quelques gouttes d'eau, mais la matière pousse dans le noir, pas besoin de lumière. Un tout petit peu d'humidité au départ. Dans le cas, par exemple, de MyCore, il s'agit de la faire pousser dans des plateaux que l'on referme. On laisse faire la nature, on va dire. Et on obtient une matière, mycélium, sous forme de feuilles. Parce que dans ce cas-là, on est sur un plateau qu'on peut récolter. On parle de récolte. On a une matière nouvelle avec des propriétés très intéressantes.
- Speaker #0
Super. Donc c'est une matière vivante qui se construit en se nourrissant du substrat biosourcé et qui ensuite donne la matière finale. C'est donc 100% biosourcé ? Oui. C'est une matière qui est 100% biosourcée. Une fois qu'on l'utilise dans les produits, elle est encore vivante ?
- Speaker #1
L'histoire de cette matière est intéressante parce qu'effectivement, on a bien une matière vivante au départ et en fait, on va la stabiliser. Donc, on la récolte, on va dire qu'elle est encore vivante, et par des procédés chimiques non polluants, très raisonnables, on va la stabiliser, la fixer, et à partir de là, on a une matière qui n'est plus vivante, qu'on peut transformer, découper, comme une peau de cuir. Nous, on appelle ça des feuilles, des feuilles de rechis dans le cas de MycoWorks, mais voilà, des feuilles de mycomatière.
- Speaker #0
D'accord. Et donc MyCoworks a été créé quand ? Et comment est venue l'idée d'utiliser des racines de champignons pour faire des matières souples imitant le cuir ?
- Speaker #1
C'est une belle histoire. MyCoworks a été créé il y a plus d'une dizaine d'années, une douzaine d'années, aux Etats-Unis. à la base les fondateurs ont des profils plutôt artistiques plutôt créatifs et au départ c'était un... De l'expérimentation plutôt artistique, de faire pousser, par exemple faire pousser du mobilier, faire pousser une chaise, obtenir des volumes. Petit à petit, les fondateurs ont continué à jouer avec la matière et sont arrivés à comprendre les possibilités d'avoir une matière en forme de feuille. Plutôt précurseur dans cette industrie. industrie-là. Et petit à petit, développer des matières innovantes et je pense d'autant plus biosourcées, le plus respectueux possible de l'environnement, ça prend beaucoup de temps. Donc ça s'est fait vraiment par étapes, avec d'abord des développements, on va dire, un peu dans les clichés de la start-up américaine, c'est-à-dire en Californie, au sous-sol, dans un petit espace pour expérimenter. Petit à petit, cet espace s'est transformé en centre de R&D. Petit à petit, il a fallu envisager de produire la matière, donc la construction d'une usine il y a deux ans, en octobre 2023. Et puis des équipes pour travailler spécifiquement sur les finitions et sur la mise au point des matériaux. Ce qui est intéressant à retenir, et honnêtement, MyCoworks s'est arrêté, mais ça montre la réalité du terrain où c'est quand même laborieux. d'aboutir à une matière qui est dans le cas d'une startup on est dépendant des investissements on est quand même pressé par le temps alors que faire, que innover ça prend du temps on est aussi sur une matière dans ce cas là qui est relativement chère qui est une matière très luxueuse aussi par sa sensorialité, on pourra en reparler mais qui est donc plutôt destinée à un marché du luxe c'est un marché qui est patient mais ça peut rentrer aussi en... Ça peut créer un peu un frottement avec les exigences de la réalité, des marchés, des investissements.
- Speaker #0
Et oui, malheureusement, ce n'est pas parce que c'est intéressant techniquement qu'économiquement, on arrive à prendre autant de temps pour le développement. Tout à fait. C'est sûr. Côté matériaux, matières premières, on prend des racines de champignons si on simplifie. Il y a plein de champignons. Aujourd'hui, qui existe même dans la nature, en forêt, quand on se balade, on voit plein de champignons différents. Est-ce que vous avez un type de champignon particulier pour faire ces mycomatériaux ? Ou est-ce que vous en utilisez plusieurs ? Et est-ce que ça impacte le produit fini après, et le type de champignon, et le type de substrat que vous mettez avec ?
- Speaker #1
Oui, alors tout a un impact, mais c'est vrai qu'au niveau du choix des champignons, des mycéliums, c'est propre à chaque entreprise, on va dire, dans cette industrie-là. Mais c'est vrai que le choix du mycélium a un impact sur les propriétés. En fait, ce qui est intéressant dans le mycélium et la façon dont il pousse, c'est qu'on crée une matière qui est assez proche finalement de la peau, d'une peau de cuir par exemple. la matière pousse un peu comme un non-tissé. C'est une matière, le mycélium va pousser de façon multidirectionnelle, créer comme un tapis, ce qui va permettre aussi d'avoir des propriétés qui sont assez isotropes, qui sont assez similaires dans différentes... que ce soit longitudinales... Donc c'est ça qui est intéressant dans le mycélium en général. Et après, les différents types de mycélium vont plus ou moins bien se comporter. Et ça, c'est des choses qui sont vraiment très protégées par des brevets chez ces différents fabricants. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que c'est un vrai sujet, une vraie étude. Et dans toutes ces entreprises, on a des mycologistes. des spécialistes vraiment de la matière du mycélium, des champignons, qui sont dédiés à étudier et à sélectionner les meilleures essences de mycélium. Et après, au niveau des ingrédients, ce que j'expliquais, c'est assez simple, c'est-à-dire qu'il faut un substrat, mais c'est vrai que le substrat a son importance. En fait, si on pense champignons, mycélium, c'est les champignons, ils vont vraiment se développer de façon... très riche dans la forêt, où on trouve justement de la sueur de bois, du bois décomposé. En fait, le mycélium aime les matières en décomposition, d'où le choix de sueur de bois ou de matériaux sur lesquels typiquement les champignons vont pousser. Donc, c'est important aussi d'avoir cette matière, ce substrat, aussi facile à obtenir. C'est-à-dire que c'est quelque chose qui doit être, en plus, si on veut être quand même respectueux de l'environnement, qui doit être... proche de là où on va produire et surtout n'apportant pas de de comment dire, familièrement de saleté c'est à dire il fallait être sûr qu'on n'allait pas contaminer la matière qu'on fait pousser sinon on a forcément des défauts un problème d'uniformité de la matière, voire de couleur parce qu'à ce moment là encore dans une étape on fait pousser des choses donc voilà c'est la... L'essence de mycélium est importante, mais effectivement, la qualité du substrat joue un rôle tout aussi important au départ. D'accord.
- Speaker #0
Et donc, vous disiez... Trouver le substrat à proximité de l'usine et côté mycélium, est-ce que ça se trouve facilement ? Est-ce que vous allez le récupérer directement en forêt ou est-ce qu'on trouve des souches de mycélium ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est quelque chose que j'ai découvert quand je suis arrivée chez MycoWorks. Oui, effectivement, il y a des spécialistes qui fournissent ces souches de mycélium en quantité suffisante pour nous ensuite les semer, les faire pousser. Il y a une industrie aussi autour de ça, qui n'est pas concentrée que sur la fabrication ensuite de matières, de micomatériaux, mais également pour l'alimentaire, etc. On peut passer par ces intermédiaires plutôt que d'aller chercher le mycélium en forêt, mais c'est une matière qui est facile à trouver. Dès que vous creusez un peu dans la terre, quand vous faites du jardinage, quand vous voyez ces petits filaments blancs, c'est du mycélium.
- Speaker #0
Oui, donc c'est plutôt prometteur en termes de quantité disponible, de ressources. On est sur une matière finalement qui est très présente, qui se multiplie assez rapidement j'imagine ? Oui,
- Speaker #1
quelques semaines. J'ai presque envie de dire quelques jours, mais effectivement quelques semaines. On la trouve partout, on n'enlève rien à la planète on va dire. On prend juste quelques filaments et ça se reproduit très très vite.
- Speaker #0
Et je reviens un petit peu sur ce que vous disiez tout à l'heure par rapport à la qualité du substrat et de la souche sur la partie couleur. Du coup, là, on le voit ici, vous avez apporté des échantillons de Reishi et il y a plusieurs couleurs, effectivement. Comment ça se passe en termes de fabrication pour rendre justement ces couleurs ? Est-ce que vous ajoutez à quel moment, enfin, sans rentrer dans les secrets de fabrication, bien sûr, mais comment ça se passe pour avoir ces différentes finitions ?
- Speaker #1
On a une couleur de base, on va dire, qui n'est pas blanche, qui est blanchâtre, qui est blanchâtre beige. qui est relativement constante quand on est au niveau de la matière, on va dire, fraîche, la matière encore vivante avant stabilisation. Ensuite, quand on stabilise, on utilise des procédés, on utilise des tanneries. En fait, c'est une industrie où on a beaucoup de collaborations et beaucoup de partenariats. On n'a pas forcément toutes les connaissances, toute la maîtrise et tous les outils dans l'entreprise. Mais voilà, on va collaborer avec des tanneries qui vont stabiliser la matière. Alors, c'est... pas un processus de tannage comme du cuir, c'est-à-dire qu'on n'a pas justement le process de tannage en soi avec de la chimie qui peut être assez nocive comme du chrome, mais on a quand même l'utilisation d'outils qu'on trouve en tannerie. Et là, quand on stabilise la matière, on va obtenir cette couleur dorée qui va légèrement varier d'une feuille à l'autre. C'est quelque chose le... qui est propre à la matière, intéressante parce que ça montre bien le processus naturel. On peut après avoir cette matière dorée qui peut être un peu plus foncée, un peu plus claire, la garder telle qu'elle. Les clients sont absolument intéressés par ce côté naturel, voire même ce côté non uniforme, c'est-à-dire qu'on n'a pas une feuille, on a quand même des motifs, on comprend comment la feuille a poussé, on comprend aussi comment elle a été récoltée. On peut avoir des zones plus foncées, plus claires. On peut avoir des vestiges de comment la feuille a poussé, a été récoltée, sortie du plateau. Et on peut aussi garder cet aspect naturel, mais le teinter, avec plutôt des encres. Donc là, on ne couvre toujours pas la matière, mais ici, cet échantillon vert garde quand même, encore une fois, l'expression naturelle. de la matière d'origine. Après, ce qui est très intéressant, c'est que justement, en utilisant des process en tannerie, assez similaires au cuir pour ce qui est finition, on peut la garder naturelle, mais la foulonner beaucoup et obtenir des matières plus souples, avec un grain naturel qui est intéressant parce qu'on croirait, pour le coup, un grain type cuir, un grain naturel qui apparaît. Et puis, on peut, à l'autre extrême, colorer la matière. avec des pigments de différentes sources, selon les fabricants. Et là, on obtient peut-être une finition plus classique de matière cuir, ou simili-cuir, plus uniforme. Et on peut venir embosser, grainer en surface, jusqu'à des choses assez marquées. On s'était amusé à faire des grains très profonds, type croco. Mais ce qu'il faut retenir, c'est la... La possibilité de faire plein de choses, la versatilité, la possibilité aussi de réutiliser des outils habituellement, des plaques d'embaussage habituellement utilisées dans le cuir pour obtenir vraiment ce que le client souhaite. Si je peux rajouter, il n'y a pas que l'aspect des couleurs. Il y a le toucher, bien sûr, selon les techniques. Et puis, il va y avoir aussi la performance qu'on peut ajuster pendant la production. Parce qu'on fait pousser la matière régulièrement. C'est par feuille, ce n'est pas par métrage linéaire. Et donc, on peut aussi ajuster les performances.
- Speaker #0
D'accord. Performance, c'est-à-dire l'élasticité ? De la feuille, donc l'élasticité de la feuille, sa souplesse.
- Speaker #1
Oui, la souplesse, l'élasticité, la tenue à l'abrasion, au niveau des frottements pour la matière. Après, tout ce qui est tenue à la lumière, il y a plein de facteurs qu'on peut ajuster. On peut avoir tendance, et chez MyCoworks, on avait tendance à laisser la matière la plus naturelle possible, parce que qui dit, justement, en général, même si on... On recherche des alternatives. En général, ça veut dire rajouter des choses. Et souvent, pour avoir des performances, on va quand même avoir recours à des ingrédients dérivés du pétrole, des ajouts plastiques. Et ce qui est intéressant dans le mycélium, c'est que comme la matière a déjà ses performances, je vous expliquais la façon dont elle pousse, on a déjà une matière qui est très performante. Contrairement à d'autres alternatives au cuir, on rajoute beaucoup de liant. Ici, on peut ne rien faire et on peut juste en traitement mécanique, ce que j'expliquais en foulonnant la matière, en la faisant tourner plus au niveau de la tannerie, on peut aussi renforcer certaines propriétés naturellement. C'est ça qui m'intéresse beaucoup dans ce matériau, c'est toutes les possibilités d'ajustement tout en étant le plus respectueux de l'environnement, le plus possible.
- Speaker #0
Oui, donc on peut vraiment agir sur les performances et dans la phase de pouce. Et une fois que le matériau a été stabilisé dans le traitement derrière, donc effectivement, ça laisse pas mal de possibilités. Oui. Ok. Vous avez parlé du point de vue environnemental. Par rapport au cuir, par exemple, est-ce que vous avez fait des comparaisons ? Est-ce que vous avez travaillé sur ce... Sur ce sujet-là, est-ce que vous avez fait des calculs ?
- Speaker #1
Oui, alors d'une part, parce que c'est la volonté quand on développe des matières à base de mycélium, c'est d'apporter une matière. Déjà, on a une matière où il n'y a pas de... Contrairement au cuir, il ne s'agit pas d'animaux. C'est une matière naturelle. Je ne peux pas dire végétale, parce qu'on sait bien que les champignons, c'est une catégorie à part entière. Donc voilà, on se préoccupe évidemment de l'impact environnemental. C'est aussi parce que c'est une demande des clients, des marques en général. Et donc, oui, globalement, on sait que le mycélium se décompose très facilement dans sa forme brute, on va dire. Quand on commence à transformer, évidemment, plus on va rajouter d'ingrédients, plus on va limiter la biodégradabilité. Mais on remarque, et des études, par exemple, de MyCoworks, qui sont disponibles, ont bien prouvé qu'on avait quand même toujours de la biodégradabilité. Et puis, on a fait des analyses de cycles de vie qui sont aussi très vertueuses. On a un certain nombre de résultats intéressants. Au niveau de la CV, si on prend le produit Reishi, par exemple, les données sont communiquées. on a... On a au niveau de l'impact carbone un équivalent de 2,76 équivalent CO2 par mètre carré. On estime qu'il y a une place pour le cuir aussi bien que pour ses alternatives au cuir. Le cuir, moi je suis absolument fan de cuir, c'est une matière aussi hyper noble et puis biodégradable. On utilise un déchet, il n'y a pas de question à ce sujet-là. Pour les biomatériaux à base de mycélium, on poursuit notre chemin pour ancrer cette matière comme une catégorie à part entière. On s'intéresse forcément au cuir parce qu'on nous demande un positionnement en termes de performance, en termes d'environnement, on a parlé d'esthétique, de main, mais on travaille aussi à développer des caractéristiques propres aux micomatériaux.
- Speaker #0
Donc avec des usages, vous diriez, qui sont plutôt alternatifs, mais aussi complémentaires par rapport à la matière cuir. En fait, l'objectif, ce n'est pas de remplacer demain tous les cuirs qui sont utilisés.
- Speaker #1
Absolument pas. Et ça serait même, ne serait-ce que d'un point de vue environnemental, tant que les gens mangeront de la viande, c'est important de réutiliser le déchet, la peau. On vient en complément pour des personnes qui peuvent être intéressées par l'aspect naturel, esthétiquement par exemple, pour des utilisations différentes, dans des conditions différentes. Aussi des architectes qui peuvent faire un blocage pour utiliser beaucoup de peau animale dans un espace et préfèrent voir des feuilles de mycélium à la place. Ça peut dépendre des valeurs des gens. Mais en aucun cas, on cherche à substituer. On n'est pas capable, je pense. Ce serait un non-sens environnemental.
- Speaker #0
Vous parliez tout à l'heure de biodégradabilité. Comment se passe la fin de vie de Reishi ?
- Speaker #1
Alors, Reishi ou ses matières en général, comme on n'en est finalement qu'au début, on n'a pas encore toutes les réponses d'un point de vue fin de vie. Ce qui est intéressant, c'est de voir que la matière peut se dégrader. Donc, on peut penser à enterrer la matière et laisser faire la nature, la faire revenir à la nature, tout simplement.
- Speaker #0
Dans le développement de ce produit-là, quels ont été les freins ? Est-ce qu'il y a eu des freins techniques de développement de produits ? Est-ce qu'il y a eu des freins ? réglementaires peut-être pour mettre ce produit en marché ?
- Speaker #1
Oui, des freins, je dirais plus un parcours, parce que là on est encore une fois sur la création d'une matière avec beaucoup d'ambition. Techniquement, oui, il a fallu quand même développer une matière ou des variantes, on va dire, avec des meilleures performances possibles, parce qu'on est quand même naturellement comparé au cuir ou voire même à des matières synthétiques. qui sont forcément peut-être plus faciles à contrôler, à uniformiser. Donc ça a pris du temps, mais les améliorations étaient flagrantes et il fallait être très créatif sur justement comment faire pour améliorer la performance. Des freins, par exemple, pour être complètement transparent, ces matières sont encore difficilement envisageables sur des industries où il y a des très très fortes exigences techniques. Je pense à l'industrie du footwear, de la chaussure, ou dans l'automobile, où on a des cahiers des charges qui sont contraignants. Pour la chaussure, ce n'est pas forcément la durée dans le temps, mais c'est des problèmes d'élasticité, d'abrasion, de pliure, de tenue de la surface. Petit à petit, avec le temps, on arrive à développer les bonnes matières. Donc techniquement, c'est long, mais pas impossible. D'un point de vue des réglementations, pas de problème. J'ai envie de dire même qu'on est une belle solution à certaines contraintes qui vont venir sur les contraintes européennes, sur le fait qu'on ait une matière simple pour tout ce qui est DPP, les Digital Product Passport que l'Europe nous prépare et autres réglementations d'éco-conception.
- Speaker #0
Sur la traçabilité, l'EDPP, c'est spécifiquement sur pouvoir tracer les matières pour donner l'info au consommateur.
- Speaker #1
Voilà, et là, on peut facilement raconter, expliquer comment est faite la matière, d'où elle vient, tous les ingrédients. Après, au niveau des certifications, on va dire que la complexité des certifications fait que... Je ne suis pas en mesure de vous dire les limitations encore de la matière, mais c'est vrai que pour des utilisations, pour de l'ameublement, pour de l'intérieur, on va devoir passer certaines certifications, ou les utilisateurs, les clients vont devoir faire passer certaines certifications. Donc, ce sont des choses qu'on a mises en place, qu'on a accompagnées de laboratoires comme ici. Et puis, au niveau de l'acceptation culturellement, j'ai envie de dire, Je suis même... Je suis agréablement surprise qu'il y a très très peu de blocages. C'est des questions plutôt de curiosité. C'est-à-dire, effectivement, ça vient du champignon. Ah bon ? Mais du coup, est-ce que ça vit encore ? Est-ce que ça va moisir ? Est-ce qu'il va y avoir des champignons sur le champignon ? Et en fait, dès qu'on montre la matière, dès qu'on montre le fait qu'on peut... Il faut aussi l'assembler, la travailler, la surpiquer comme du cuir, expliquer un peu ses propriétés. Dès que je pense que les gens touchent, comprennent la sensualité de la matière, on n'a plus d'éventuels blocages. C'est plutôt des réponses à la curiosité.
- Speaker #0
Oui, d'accord. Est-ce qu'il existe aujourd'hui une filière de mycomatériaux ? Comment ça s'organise aujourd'hui pour développer ces matières-là ? Est-ce qu'il y a une filière existante ?
- Speaker #1
Pas à ma connaissance. Il y a quand même des initiatives de mettre en partage des connaissances. Il y a encore d'un côté quand même beaucoup de protections, beaucoup de brevets et c'est normal. Mais il y a aussi une volonté de faire grandir cette communauté. Elle est internationale. Après, c'est vrai qu'il y a beaucoup d'activités en Amérique du Nord, mais aussi en Europe, en Asie. On peut retrouver vraiment des acteurs sur tous les continents. D'accord.
- Speaker #0
Et du coup, vous, est-ce que vous aviez fait des tests ? Parce que du coup, Reishi, c'est plutôt matière souple, imitant le cuir, application maroquinerie. Mais est-ce que vous avez fait des essais, par exemple en ameublement ou dans d'autres secteurs, d'autres applications ? Toujours avec cette forme de matière, mais dans d'autres applications.
- Speaker #1
Oui, donc avec cette forme de matière, cette forme de feuilles, ça nous permet aussi... on a fait des... On a beaucoup travaillé avec Ligne Rosée sur le mobilier, justement avec cette idée intéressante de proposer en alternative de la finition cuir, de la finition textile, une finition micomatière, une finition reishi dans ce cas-là, avec des essais sur la durabilité. Est-ce que cette matière, c'est pertinent de l'utiliser sur un coussin, une utilisation souple ? ou plutôt pour gainer des pièces rigides. Donc, on a pas mal travaillé là-dessus, sur les assemblages, les coutures, est-ce qu'il faut un backing, une matière à l'arrière, un encolage, quel col si on doit le faire, etc. Donc, il y a cette application-là qui est intéressante. Tout ce qui est peut-être plus objet de décoration aussi, accessoire. Et là, c'était intéressant parce qu'on a travaillé aussi, on travaillait beaucoup. La fabrication, les techniques de fabrication. Pour un échiquier, par exemple, on va être sur de la marqueterie de mycélium. Pour la bagagerie, pour les accessoires, on était aussi sur des assemblages compliqués, des coutures compliquées, coutures cousues, retournées, etc. Mais voilà, chaque industrie a des techniques de fabrication qu'on doit maîtriser.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, côté vieillissement, justement, comment est-ce que Réchi se comporte dans le temps ?
- Speaker #1
On teste selon les cahiers des charges qu'on nous fournit, selon les industries. J'ai envie de dire que toutes les applications qu'on avait faites jusqu'à présent ont passé les cahiers des charges. Après, ce qui est intéressant, moi je suis issue de l'automobile avec des cahiers des charges très précis et non négociables. Ce qui est intéressant, c'est que dans d'autres industries, on apporte plutôt un état de l'art, comment la matière performe. On nous donne un cahier des charges, mais plutôt à titre indicatif. On montre ce qu'on peut faire, ce qu'on a fait, ce qu'on sait faire. Et là, le client se positionne. Soit il peut accepter, selon le produit qu'il veut développer à la fin, la durée de vie ou les conditions d'utilisation. Soit on collabore pour pousser les curseurs là où c'est demandé.
- Speaker #0
Faire les bons compromis pour pouvoir intégrer l'innovation.
- Speaker #1
Tout à fait. Parce que c'est vrai qu'on a des marques qui sont... très impliquées dans l'utilisation de nouvelles matières et donc elles nous suivent de près pour pouvoir être les premiers utilisateurs aussi parce qu'on a aussi avec cette matière un effet découverte, un effet wow qui est forcément intéressant pour les marques.
- Speaker #0
Donc là on parlait plutôt du format feuille. Est-ce que vous connaissez, vous en avez parlé un tout petit peu au début, d'autres sur format de micomatériaux d'autres applications mais avec du coup d'autres formats.
- Speaker #1
Oui, alors nous chez MyCoWorx, on était vraiment sur un format de feuilles même si au début il y a eu des essais plus en volume. Mais ce qui est intéressant avec le mycélium, comme c'est une ressource illimitée et performante, on peut faire plein de choses. On a des fabricants qui se consacrent au packaging. Faire pousser plutôt en volume, on obtient une matière, des briques, qui peuvent servir à faire du packaging. Quand je dis briques, c'est qu'on peut imaginer aussi plus dans de la construction, dans de l'isolation, dans des utilisations qui sont peut-être moins esthétiques, sur un mycélium qui est plus caché, mais qui est tout aussi intéressant d'un point de vue performance. C'est d'autres performances qu'on va aller chercher. Mais c'est très intéressant parce qu'aboutir ces matériaux, ces formes de matériaux, ces volumes de matériaux, c'est super intéressant par rapport, encore une fois, aux réglementations qui nous attendent et aux envies d'innovation des marques.
- Speaker #0
Et du coup, qui se construisent, j'imagine, avec d'autres souches, d'autres substrats et des paramètres de fabrication qui leur donnent des propriétés différentes que celles que vous avez développées. Exactement,
- Speaker #1
oui. Oui, tout à fait. C'est un vaste monde. On peut trouver, en faisant quelques recherches, des mappings de comment est utilisé le mycélium dans différentes industries, dans quel but, que ce soit feuilles, alimentaires. Isolation, construction.
- Speaker #0
D'accord. On l'a dit, aujourd'hui, MyCoworks a fermé ses portes. Selon vous, est-ce qu'il y a un avenir quand même ? Est-ce qu'il y a des solutions éventuellement de reprise ? Ou est-ce que ce travail-là que vous avez mené pendant toutes ces années, comment ça va se passer ?
- Speaker #1
Alors, je... Oh ! À l'heure où on parle, je n'ai pas toutes les réponses, mais ce dont je suis convaincue et tout le monde est convaincu, c'est que c'est une matière très prometteuse. Il y a quand même beaucoup de recherches là-dessus, on a beaucoup de têtes très bien faites qui réfléchissent au sujet, de différents points de vue. C'est ça qui est intéressant, parce qu'on va réfléchir d'un point de vue sciences des matériaux, d'un point de vue bio. biologiques, avec des mycologues, des spécialistes qui travaillent là aussi, pas que des ingénieurs en matière. On va regarder ça d'un point de vue fabrication, l'étannerie s'intéresse à cette matière. MyCoworks s'arrête, mais l'innovation ne s'arrête pas là. Je suis persuadée que ça va continuer à se développer. Encore une fois, c'est un chemin qui n'est pas une ligne droite. Moi, j'aime bien parler dans mes présentations de Squiggle. Le squiggle, c'est un peu ce petit vermicelle, cette petite forme de spaghetti. En fait, un projet, on le commence, on l'imagine, ça va du point A au point B. C'est une belle ligne droite, une flèche montante éventuellement, parce qu'on monte en puissance. On va raconter aussi, quand le projet est terminé, on va dire voilà, on voulait faire ça, on a fait ça, génial. Mais en réalité, la vraie vie, c'est cette espèce de forme de spaghetti où on avance, on recule, on s'arrête, on reprend. Et je suis persuadée que quand on fait de l'innovation matériaux, on est dans ce format-là. Quand on est dans des startups, on est dans ce format-là. Puis même dans la vraie vie, on est dans ce format-là. Et donc, je ne me retiendrai pas l'arrêt de MyCoworks, mais le fait qu'on est sur un chemin compliqué d'innovation matériaux, ça ne veut pas dire qu'on ne va pas aboutir. Je suis persuadée que ça va aboutir et qu'on va retrouver ça partout. Il n'y a aucune raison de ne pas y arriver.
- Speaker #0
Et du coup, est-ce que... Vous avez en tête des leviers pour pouvoir mieux faire connaître ces micomatériaux, les développer et de manière générale les matériaux innovants, mais particulièrement les micomatériaux. Est-ce qu'il y a des leviers qui pourraient aider le développement de ces matières qui paraissent très prometteuses à la fois techniquement et environnementalement ?
- Speaker #1
Il y a bien sûr les leviers techniques, c'est-à-dire qu'on a aussi, c'est intéressant, c'est que le domaine de la mycologie... La biotech dans le mycélium est en croissance, c'est-à-dire que maintenant, on peut étudier à l'université ce genre de sujet. Donc par là, on va forcément avoir aussi des... les matières vont se développer. Et puis il y a un autre axe auquel je pense, c'est tout simplement la communication, le marketing, c'est-à-dire que ça reste encore assez niche. Les productions sont encore assez faibles. Merci. Les applications sont encore peu commercialisées. Ça reste des éditions limitées, ça reste des collaborations ponctuelles. Donc dès que quelques premiers pas seront dépassés, on aura aussi un effet de communication naturellement par le biais de l'apparition des matières sur les marchés. D'ici là, il faut continuer d'être présent. sur des salons, dans des podcasts, présents à l'Innovatec, dans des matériothèques en général. C'est très important. Comme j'expliquais, il peut y avoir des blocages et donc de toucher la matière, d'y avoir accès, de pouvoir se rendre à un endroit et de la voir est important. Et tout ça va faciliter les choses. La réglementation, comme je disais, a plutôt tendance à faciliter le développement de ces matières. Après, c'est vrai que Merci. Il faut encore des investissements et du soutien financier. Ça reste une matière chère à mettre au point. Et on n'est pas encore à l'étape de production de masse où les prix peuvent être... seront plus raisonnables.
- Speaker #0
Oui, en fait, là, ce qui coûte cher, c'est le développement technique qui n'est quand même pas encore au point de ce qu'on peut attendre d'un cure, par exemple, comme vous disiez tout à l'heure sur les cahiers des charges automobiles ou autres très exigeants. Donc, du coup, c'est vraiment un besoin financier en développement. Après, on peut imaginer à une échelle industrielle avec les bons développements qui ont été faits d'avoir une matière économiquement qui soit quand même... comparable à ces alternatives et qui soit intéressante.
- Speaker #1
D'ailleurs, MyCoworks a communiqué en septembre, en octobre, le fait qu'il souhaitait ne plus se focaliser sur la production de la matière, c'est-à-dire la matière fraîche, faire pousser la matière, la matière vivante, mais se concentrer sur la stabilisation et la finition. Ça n'a pas abouti. Mais c'est vrai que c'est intéressant aussi de penser à l'évolution de cette industrie, c'est-à-dire qu'on n'aura peut-être pas forcément des fabricants qui feront tout du début à la fin, des spécialistes de faire pousser les champignons, le mycélium, les cultiver, des spécialistes de faire pousser ensuite ces feuilles, ces briques, etc. Bref, ce que je veux dire, c'est que l'industrie aussi va s'étendre, va se spécialiser, et c'est peut-être aussi une façon de simplifier certaines étapes, le développement dont vous parliez. et de le rendre moins coûteux à terme.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez des recommandations, soit des ouvrages ou des entreprises à suivre pour nos auditeurs qui veulent se renseigner un peu plus et suivre plus l'aventure de MyCoworks, mais d'autres entreprises ou cet univers des micomatériaux ? Est-ce que vous avez des recommandations pour continuer à se renseigner sur le sujet, à se tenir au courant ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Alors, je l'ai brièvement mentionné, mais c'est vrai qu'il y a des activités, il y a des initiatives comme OpenFongi, qui est américain, mais qu'on peut trouver facilement, par exemple, sur LinkedIn, qui, justement, aident à partager les savoirs sur cette matière en général et pas que sur un format feuille. Donc, il y a beaucoup de choses à piocher à ce niveau-là. Il y a aussi d'autres initiatives comme Myco Stories qui racontent ce qui se passe dans cette industrie. Il y a plein de choses à piocher relativement facilement accessibles. Il y a de plus en plus de publications de livres sur le mycélium, sur les champignons aussi en général. C'est plus généraliste, ça ne va pas être forcément sur les matériaux. Mais sur les bienfaits aussi des champignons d'un point de vue santé, beaucoup d'autres fabricants de matières feuilles à base de mycélium qui sont en plein développement, qu'il faut suivre, que ce soit aux Etats-Unis, en Asie, en Corée, en Chine. Le chemin est encore hyper riche, il y a encore beaucoup de choses à faire. Si c'est bien organisé, on n'est pas loin d'aboutir à vraiment une belle matière qui va s'épanouir dans les années à venir.
- Speaker #0
Les ressources existent. Oui,
- Speaker #1
tout à fait. Super.
- Speaker #0
Et vous, du coup, Sabine, quels sont vos projets un peu pour l'avenir ? Est-ce que vous avez envie de continuer à travailler dans les micomatériaux ? Ou est-ce que vous avez envie de changer ? Est-ce que vous avez pu déjà y réfléchir un peu ? Comment vous projetez pour la suite ?
- Speaker #1
Oui, alors moi, enfin, mon... Mon problème, on va dire, c'est que tout m'intéresse. Mais c'est vrai que là, par exemple, je suis contente de pouvoir venir parler de cette matière ici. Donc, comme j'ai dit, qui gagne encore à être connue de tous, de plein d'industries. J'accompagne actuellement des étudiants à l'IFM, à l'Institut français de la mode, qui se concentrent sur les possibilités des mycomatières. Je pense que c'était important de continuer à les accompagner malgré les événements récents avec la fermeture de MyCoWorks. Donc ça, c'est passionnant parce qu'ils ont aussi encore d'autres points de vue. Ils veulent travailler la matière encore différemment. Je vais suivre d'après comment tout cela évolue et j'espère bien rester impliqué.
- Speaker #0
Super. Merci beaucoup en tout cas d'être venu nous parler aujourd'hui. On a appris énormément de choses et c'est passionnant comme sujet. Donc vraiment merci pour ce partage. Merci à vous. Merci beaucoup. Merci de nous avoir écoutés et d'avoir capté de nouveaux signaux avec nous aujourd'hui. On se retrouve très bientôt dans un nouvel épisode d'InnoMatters sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts et YouTube. N'hésitez pas à suivre notre actualité sur LinkedIn, Instagram et Facebook. À bientôt dans InnoMatters, le podcast où la matière s'écoute et se réinvente.