- Speaker #0
Bienvenue sur la chaîne des podcasts de l'Institut d'Hydro. Depuis sa création, l'Institut d'Hydro s'est affirmé comme un lieu de réflexion libre, indépendant et exigeant, ouvert aux grands enjeux de notre temps. Présidé par Hélène Béjoui-Hugues et dirigé par André Gansponville, l'Institut d'Hydro réunit des philosophes, des économistes, des scientifiques, des chercheurs, ainsi que des acteurs de la société civile, pour analyser avec rigueur et ouverture les mutations profondes de notre époque. En 2026, nos travaux s'inscrivent dans un nouveau cycle de réflexion, intitulé « De quoi faut-il avoir peur ? En quoi pouvons-nous avoir confiance ? » Une interrogation sur notre rapport à l'incertitude, à la peur et aux conditions d'une confiance lucide dans un monde en transformation. Dans cet épisode, nous vous proposons de poursuivre cette réflexion en compagnie d'Hélène Frappa sur le gaslighting ou l'art de manipuler la peur. Comment restaurer la confiance ? Bonne écoute. Institut Diderot, partageons nos idées pour un avenir éclairé.
- Speaker #1
Mesdames, Messieurs, chers amis de l'Institut d'Hydro, bonjour. Je suis très heureuse de vous accueillir, ainsi que toute mon équipe, pour ouvrir un nouveau cycle de conférences de notre Institut. En ce début d'année, on a encore le temps, quelques petits jours, je vous adresse mes voeux les plus chaleureux, des voeux de curiosité intellectuelle, de liberté de penser et plus que jamais peut-être de confiance. La confiance, c'est le mot central qui nous conduit naturellement au fil rouge que nous avons retenu. cette année pour les conférences de l'Institut. Ce cycle est intitulé « De quoi faut-il avoir peur ? En quoi pouvons-nous avoir confiance ? » En effet, nous vivons dans un monde où les peurs sont omniprésentes, parfois légitimes, souvent entretenues. L'ambition est de regarder les choses en face. de les comprendre, de réfléchir à ce qui peut nous permettre de tenir, à savoir rester en nous-mêmes, dans la parole, dans le réel. C'est pourquoi nous ouvrons aujourd'hui ce cycle avec un sujet très actuel, le gaslighting, ou l'art de manipuler la peur. En effet, le gaslighting, cette violence invisible, profondément déstabilisante, touche pleinement notre relation au réel et notre rapport à la peur. à la vérité. Alors, comment restaurer la confiance ? Pour en parler, nous avons le grand plaisir d'accueillir Hélène Frappa, dont le travail éclaire avec finesse les mécanismes de domination invisibles et les fragilités contemporaines. Je vous souhaite donc une bonne conférence, en vous rappelant que celle-ci est diffusée en direct et qu'elle sera ensuite possible de la regarder en replay. André, je te laisse la parole.
- Speaker #2
Bien, bonjour à tous, il n'y a pas grand chose à ajouter, sinon deux mots pour présenter Hélène Frappin, normalienne, agrégée de philosophie, docteur S-lettre, romancière et critique de cinéma. Et elle va pouvoir manifester l'ensemble de ses compétences puisque son sujet, le gaslighting, est... tiré, inspiré par un film, Gaslight en anglais, traduit en français sous le titre Antis, que j'ai visionné hier pour préparer cette émission, qui est un très beau film. Et donc voilà, nous sommes très contents de vous recevoir ici. Et donc Hélène, la parole est à vous pour 45 minutes.
- Speaker #3
Oups, merci beaucoup. Merci infiniment pour... Pour cette invitation, il y a quelques visages connus dans la salle et je suis très émue que... Bon non, je vais me lancer dans une de mes digressions. Mais je suis quand même très émue que cette invitation revienne du passé, de mon passé d'enseignante qui donnait des cours sur Kant à la fac de Nanterre. Alors, transportez-vous, pour commencer, dans un square de Londres, comme le cinéma hollywoodien. les fantasmes. Brouillard, lueur vacillante des lampadaires, Porsche, escalier menant à des intérieurs asphyxiants, encombrés de bibelots et de boiseries sombres. Une jeune femme est recluse dans une vaste demeure victorienne. À ses gestes fébriles, vérifier l'éclairage des lampes à gaz, scruter son reflet dans le miroir de la chambre, monter l'escalier, accrocher à la rampe, sursauter en levant la tête. vers le grenier, écartait fiévreusement les rideaux pour lancer un regard furtif par la fenêtre. On devine qu'elle a peur et qu'elle rêve de fuir. Pourquoi dans sa somptueuse prison domestique, dont la porte est ouverte, Des servantes et un mari à la présence intermittente entrent et sortent. Est-elle condamnée à rejouer sans fin une évasion mystérieusement impossible ? La captive a le visage à fleurs de peau et la silhouette altière d'Ingrid Bergman. Pâle, nerveuse, sursautant au moindre bruit. Épuisée, voûtée, mélancolique, Paulin a peur. Mais de quoi ? En 1944, Georges Cucor, dans son film Gaslight, en tease en français, invente un terme pour nommer la peur de son héroïne. Paula s'inquiète de l'éclairage à gaz, Gaslight en français, qui dans sa maison lugubre baisse sans raison. La particularité de l'éclairage à gaz est que quelqu'un peut le manipuler manuellement. Pourquoi les lampes et les appliques vacillent-elles ? Plus la lumière de sa maison baisse, plus sa raison s'obscurcit. Est-elle folle d'entendre des pas résonner le soir dans le grenier vide ? L'héroïne de Gaslight est-elle malade ? C'est apparemment la conviction de son mari qui ne cesse de s'inquiéter pour elle. Ces derniers temps, j'ai remarqué que tu oublies beaucoup de choses. Et puis tu as tendance à tout perdre, Paula, à avoir des absences. Tu es fatigué. Tu ne vas pas te remettre à avoir des soupçons. J'espère que tu ne recommences pas à imaginer des choses. Je m'inquiète pour toi. Est-ce que tu deviens soupçonneuse autant que tu es distraite ? Pourquoi tu fais ces trucs tordus ? Dans le film de Georges Cukor, le gaslighting désigne une machination. La jeune orpheline, interprétée par Ingrid Bergman, est la nièce d'une richissime cantatrice qui a été assassinée, plus précisément étranglée. L'enquête ayant été immédiatement classée par la police. Paula a fui la maison des horreurs londoniennes où le meurtre a été commis sous ses yeux d'enfant. En Italie, elle rencontre par hasard un homme séduisant interprété par Charles Boyer. Elle l'épouse en ignorant que Grégory, plus âgé, déjà marié, est le meurtrier de sa tante. dont il convoitait les bijoux. Il n'y a pas de suspense. Le coupable est connu d'entrée de jeu. Le vrai suspense du gaslighting, comme on va le voir, est ailleurs. Le criminel Bigam persuade la jeune femme de revenir s'installer dans la sinistre demeure londonienne. Aussitôt, il l'isole et la manipule pour lui faire croire qu'elle est folle. Il lui offre une broche, puis la subtilise afin de lui faire croire qu'elle égare et oublie tout. Chaque nuit, il fouille le grenier à la recherche du trésor de sa précédente victime. Le titre du film de Cukor, Gaslight, désigne les lampes à gaz dont l'époux diabolique baisse la luminosité tout en niant l'avoir fait. Afin de créer le doute et la terreur dans l'esprit de sa proie. Plus le gaslighter manipule sadiquement sa victime, plus il lui fait croire qu'il est lui, victime. de la maladie mentale d'une femme qu'il n'a en réalité épousée que pour la dépouiller. Ça me fait souffrir quand tu es malade. Toutes tes peurs reviennent. Si tu as peur, nous ne pouvons pas être heureux. L'homme manipule simultanément l'éclairage à gaz et l'esprit de sa femme. En baissant les lampes, il éteint la confiance de sa femme en sa propre santé mentale. Plus il plonge la maison dans le noir, Plus elle peine à distinguer le vrai du faux, plus elle doute de la réalité et d'elle-même. Moins l'époux criminel prétend la croire, moins sa femme se juge crédible. Peu à peu, la jeune fille, chanteuse débutante rêvant de marcher sur les traces de sa tante, cantatrice mondialement célèbre, perd sa voix. Non seulement elle interrompt sa carrière, mais son timbre s'éteint. tel l'éclairage de la maison, au point qu'elle finit par s'exprimer par monosyllabes, par bafouiller, chuchoter, se taire. Comment continuer à chanter, à parler, à vivre dans une maison des horreurs qui isole son habitante, au point de la faire vivre sous le régime de la terreur et de la désolation qui caractérise, selon la philosophe Hannah Arendt, le régime totalitaire ? En 2022, gaslighting a été élu mot de l'année par le dictionnaire états-unien en ligne Merriam-Webster au prétexte qu'il a émergé comme un mot, je cite, définissant notre époque. Le dictionnaire Merriam-Webster a justifié ainsi son choix, je le cite. En cette période de désinformation, de fake news, de théorie du complot, de trolls sur Twitter et de deepfake, Gaslighting a émergé comme un mot définissant notre époque. Véhiculant le doute et la méfiance, le gaslighting est l'acte ou la pratique consistant à induire quelqu'un totalement en erreur, surtout à des fins personnelles. En voici notre définition. Manipulation psychologique d'une personne, généralement pendant une longue période, qui pousse la victime à remettre en cause la validité de ses propres pensées, de sa perception de la réalité, de ses souvenirs, et conduit en général à un état de confusion, de perte de confiance et d'estime de soi, de doute sur sa propre stabilité émotionnelle ou mentale et à une dépendance envers son bourreau. Mais récemment, nous avons constaté que la signification du gaslighting se réfère aussi à un phénomène plus simple et plus vaste. L'acte ou la pratique consistant à tromper grossièrement quelqu'un particulièrement pour son intérêt personnel. Dans cet usage, le mot coexiste avec d'autres termes faisant référence à des formes modernes de tromperie et de manipulation telles que les fake news, le deep fake et l'intelligence artificielle. L'idée d'un complot visant délibérément à tromper a consacré l'utilité du gaslighting pour décrire des mensonges qui appartiennent à un programme plus vaste. A la différence du mensonge qui a tendance à se pratiquer entre individus et de l'escroquerie qui a tendance à impliquer des organisations, le gaslighting s'applique autant à un contexte personnel que politique. Il relève autant d'un style formel et technique que d'un emploi familier. La langue anglaise possède de nombreuses manières de dire le mensonge, de termes neutres comme fausseté et contre-vérité, jusqu'au direct malhonnêteté et à l'euphémisme formel, malversation et dissimulation, en passant par le bobard à l'apparence inoffensive. Et la guerre froide nous a apporté la désinformation au parfum d'espionnage. Ces dernières années, avec l'énorme accroissement des canaux de communication et des technologies utilisées pour manipuler, gaslighting est devenu le mot privilégié pour décrire la perception de la tromperie. C'est pourquoi, faites-nous confiance, il a mérité son titre de mots de l'année. Le film de George Cukor a reçu deux Oscars. Acclamé par la critique, il a joui d'un énorme succès au box-office. Pourtant, il ne suffit pas qu'une oeuvre ait du succès pour qu'elle devienne le miroir de ses spectateurs. En 2019, Gaslight a été élu par la bibliothèque du Congrès, équivalent états-unien de notre bibliothèque nationale. parmi d'innombrables chefs-d'oeuvre de l'histoire du cinéma, comme un film qu'il importe de préserver pour son importance culturelle, historique et esthétique. Preuve de son influence, ce récit d'une manipulation conjugale est entré rapidement dans la langue étatsunienne. En toute logique, la formule « gaslight treatment » , le traitement « gaslight » , a fait son apparition dans des jugements de divorce. Le 16 septembre 1948, le Miami News relate la dernière mode en matière de divorce, à savoir, je cite, l'influence d'un courant de films reposant sur une intrigue psychiatrique où le mari tente de convaincre sa femme qu'elle est folle. Je cite, de nombreuses plaignantes ont accusé leur mari d'un comportement visant à produire de la peur ou un déséquilibre mental. et l'une d'elles a prétendu que son mari lui avait fait subir le traitement gaslight. Dans les années 50, le gaslighting est devenu une catégorie de la psychologie états-unienne qui le définit comme la manœuvre destinée, je cite, à manipuler quelqu'un pour le conduire à douter de ses perceptions, de ses expériences ou de sa compréhension des événements. Autrement dit, gaslighter quelqu'un, c'est originellement faire croire à une épouse saine d'esprit qu'elle est folle en introduisant dans son esprit une telle terreur et un tel doute que cette manipulation pourrait in fine la rendre vraiment folle. En 1961, l'anthropologue Anthony Wallace écrit « Selon une croyance commune, il est possible de gaslighter une personne parfaitement saine et de la rendre psychotique en lui faisant croire que son comportement est le symptôme d'une grave maladie mentale. » D'où cette question philosophique et politique passionnante. À quelles conditions est-il possible de faire croire à une personne saine d'esprit que son comportement est le symptôme d'une grave maladie mentale ? Eh bien par exemple, comme nous l'enseigne la scène de la broche au début du film de Cucor, en lui offrant un cadeau. À peine Grégory a-t-il convaincu Paula d'habiter dans la maison des horreurs, ainsi qualifie-t-elle avec lucidité la demeure héritée de sa tante, qu'il la récompense en lui offrant un camé. Tu te rappelles quel jour on est ? Il y a trois mois on se mariait. J'ai un cadeau pour toi, Paula. Et cette broche appartenait à ma mère et avant à sa mère et désormais elle est à toi. Je crains que l'attache ne tienne pas bien, je la ferai réparer. Il vaut mieux que tu ne la portes pas avant. Donne-la-moi, tu pourrais la perdre. Tu sais, tu as tendance à perdre les choses, Paula. Vraiment ? Je n'avais jamais remarqué. Oh, juste des petites choses. Je la mets dans ton sac, par sécurité. Tiens, tu te souviendras où elle est ? Ne sois pas idiot, bien sûr que je m'en souviendrai. Oh, je te taquinais, voyons. Grégory fait mine de glisser la broche dans le sac de Paula. Tiens. Au passage, il l'escamote. Grégory est un illusionniste. Avant de faire disparaître l'objet, il a fait disparaître un mot. Tiens. Grégory tend à Paula le mot « vider de son sens » . Le mot « tiens » désigne une chose que l'on donne à quelqu'un pour de vrai. Un objet dont le récipiendaire doit sentir le contact sur sa main, le poids dans son sac. Tu te souviendras où elle est ? Grégory contraint Paula à se souvenir de l'endroit où il sera impossible qu'elle retrouve le bijou. Grégory est déjà mariée. La bigamie est le seul... cas où la phrase « je vous déclare mari et femme » n'est pas un énoncé performatif. Il est impossible que la formule de M. Le Maire accomplisse ce qu'elle énonce. Il est impossible de marier un homme déjà marié. Il est légalement impossible d'être marié deux fois. Le seul acte que produit la formule officielle est une tromperie, une illusion, celle de Paula qui se croit mariée. alors que son mariage n'a aucune validité devant la loi. La broche aussi, ce cadeau de mariage qui n'a jamais appartenu à la mère de Grégory, est un mensonge. De l'illusion au délire. Le même mot anglais, delusion, franchit vite les étapes. Ainsi opère le gaslighting. A la vitesse d'un tour de magie, Paula, victime... d'un illusionniste va se convaincre qu'elle m'aime délire. Oh, je te taquinais, voyons. Le sadisme de l'antiphrase consiste à dire une chose et son contraire. En prime, le sadique peut humilier sa proie en soulignant qu'elle manque d'humour. On ne peut plus rien dire. Après lui avoir fait don d'un mariage légalement interdit, donc réellement fictif, Grégory offre à sa femme encore un mot qu'il a vidé de son sens, un cadeau et son contraire. L'absence d'une broche, un sac vide. Il lui offre un mot, tiens, et son contraire, rien. Le seul présent réel qu'il lui fait consiste dans la panique qui la submerge lorsqu'elle découvre que son sac est vide. Si Paula avoue à Grégory qu'elle a perdu la broche, elle va lui faire de la peine. Si Paula dissimule à Grégory qu'elle a perdu la broche, elle va lui faire de la peine. Comment se sortir de cette double contrainte ? Je fais ici référence à la théorie du double bind, la double contrainte qui consiste à donner deux ordres contradictoires et simultanés, du type « ne fais pas ceci ou je te punirai, si tu ne fais pas ceci, je te punirai » . Cette théorie de Gregory Bateson est souvent considérée comme la première formalisation du gaslighting. Durant ces années 50, où Gregory Bateson élabore l'ébauche d'une théorie du gaslighting, la journaliste Betty Friedan pénètre dans les foyers de l'Amérique pavillonnaire afin de recueillir la matière de son best-seller publié en 1963, La femme mystifiée. La femme mystifiée identifie le, je cite, « malaise indéfinissable » des mères au foyer et des épouses états-uniennes. Durant les années 50 et 60, les ménagères blanches, reléguées dans leurs maisons de grandes banlieues, souffraient toutes de ce malaise qui n'avait pas de nom. Trouver le mot résumant la souffrance taboue de millions de femmes coupables de ne pas être heureuses alors qu'elles incarnaient l'idéal de toute jeune femme américaine impliquait de remettre en cause plus encore qu'un idéal, là je cite, mystique de la parfaite ménagère. La mystique de la femme, où la seule ouverture sur l'avenir est le monde de l'enfantement, repose, selon Betty Friedan, sur une mystification. Contrainte de modeler sa vie d'après une image qui la transforme en poupée articulée, la femme mystifiée en vient à douter de sa personnalité, de son intelligence, de son existence d'être humain adulte, je cite, comme une femme internée dans un asile, ni la réalité. afin de pouvoir se croire reine. Mystification est une traduction possible de gaslighting. Betty Friedan analyse l'ensemble du processus historique et des choix politiques qui ont programmé, depuis les années 50, le retour au foyer de jeunes filles intelligentes, engagées, ouvertes sur le monde et les études, les transformant en machines à acheter des outils électroménagers qui, loin d'alléger leur quotidien monotone, ajoutent de nouvelles tâches et aggravent l'énigmatique fatigue de la ménagère. Tout ça, c'est psychologique, concluent les médecins. Leur conclusion n'est pas sans rappeler la fameuse hystérie, qui, depuis les planches médicales de l'Antiquité, relie d'un même verrou la bouche parlante des femmes à leur utérus, à leur utérus, verrouillée. Impuissant à guérir de... c'est le mot utérus qui est un provoqueur, désolé, c'est la première fois qu'il a été prononcé là donc du coup ça... Pardon. Impuissant à guérir de ce mal mystérieux leur patiente, pour la plupart jeunes et en bonne santé, les médecins prescrivent cachets, vitamines, piqûres, contre l'anémie, pour tensions insuffisantes, pour métabolisme anormal, régime tranquillisant, cure de désintoxication, tous ces traitements contre le mal mystérieux qui ronge la femme parfaite, se révélant sans effet. « Ne prends pas cette air inquiète, ce n'est rien, tu te fatigues » , répète Grégory à Paula. durant l'une des rares sorties de sa femme hors de la maison. Il l'a emmené visiter la salle des tortures de la Tour de Londres. Oui, je suis fatiguée, c'est vrai, si on rentrait. Alors, Paula rentre dans son hôtel particulier victorien, la ménagère étasunienne dans son pavillon de banlieue impeccable, où les attendent, sinon un mari, au grenier et au bureau, du moins l'accomplissement ultime de leur fonction, devenir folle d'ennui. Betty Friedan l'a bien compris. Le décor standardisé, censé abriter l'injonction au bonheur de la norme. Je rappelle que la recherche du bonheur est inscrite dans la constitution états-unienne. Interdit à ses habitantes toute vie intérieure, toute quête d'identité et les cadavérises. Le concept de gaslighting nous conduit à interroger la signification politique. du mystérieux mal de vivre des femmes, et à ne pas dissocier une manipulation psychologique d'un projet global qui entrave leur émancipation. On l'aura compris, le concept de gaslighting est un outil critique du féminisme. Le film Matrice de Georges Cukor a pour héroïne une chanteuse, nièce d'une cantatrice morte étranglée, et qui va perdre à son tour sa voix. Dans presque tous les cas de féminicide, Le meurtrier, je le rappelle parce que ça n'est jamais dit, d'une femme, emploie cet argument récurrent. Je cite l'auteur du féminicide. J'ai voulu la faire taire. Le gaslighting est la mise à mort d'une voix. Et à ce titre, il s'agit d'un crime parfait, je dirais même d'une forme non encore répertoriée de féminicide, puisque sa victime, certes muette, cadavérisée, déshumanisée, est encore vivante. Il s'accompagne toujours d'une tentative conjointe pour brouiller la réalité dans l'esprit de la victime, à commencer par son statut même de victime. Le manipulateur amène sa victime à remettre en cause chacun de ses choix, de ses sentiments, de ses émotions, de ses perceptions, de ses valeurs, de ses souvenirs, jusqu'à la faire douter de sa santé mentale. Progressivement, les fondements de la réalité s'évaporent. Les rôles de victime et de coupable s'inversent. Le persécuteur persuade le persécuté que ce dernier est non pas victime, mais auteur d'un crime. Cette phase de déni... ça n'a jamais existé, tu inventes, est la première étape d'une stratégie de manipulation que la chercheure états-unienne en psychologie et sciences comportementales Jennifer Fryde a désignée sous l'acronyme DARVO Deny, Attack and Reverse Victim and Offender Déni, Attaque et Inversion de la Victime et de l'Agraisseur Selon Jennifer Fryde, la première étape du DARVO, le Déni, correspond au Gaslighting, je la cite L'agresseur s'empresse de donner l'impression qu'il est injustement attaqué et que sa victime est le véritable agresseur. Les rôles et les responsabilités sont entièrement inversés. S'il y a des juristes dans la salle, il faut savoir qu'au Royaume-Uni, les juges aux affaires familiales intègrent depuis une dizaine d'années ces catégories d'abus, de gaslighting, de contrôle coercitif. qui ont permis de progresser, qui ont permis de beaucoup progresser dans la lutte contre les violences conjugales. La destruction est au cœur du gaslighting. D'un point de vue politique autant que philosophique, ce concept permet d'articuler la négation et la destruction. Le gaslighting repose sur un double scénario. Je te détruis tout en te persuadant que cette destruction n'a jamais existé, sinon dans ton cerveau malade. La destruction seule ne suffit pas, sinon Grégory se contenterait d'assassiner Paula comme il a tué sa tante. La négation seule ne suffit pas. La stratégie consiste non seulement à faire douter la victime de ses souffrances jusqu'à la convaincre que celles-ci n'ont jamais existé, mais à la faire douter de sa propre existence. De ce point de vue, l'horizon tragique de cette manipulation par la peur... est le suicide de la victime, accomplissant ainsi le projet homicide de son manipulateur. Ce que la loi, une bonne loi je dois dire, qu'a fait voter Macron il y a quelques années, nomme désormais le suicide par influence. Le gaslighting est un crime parfait à condition de convaincre la victime qu'elle n'a jamais existé et de convaincre que la victime n'a jamais existé. C'est donc aussi un crime contre la logique, un crime contre la vérité, contre ce que Hannah Arendt nomme les vérités factuelles. Georges Cukor a tourné Gaslight dans des décors reconstituant l'Europe de ses ancêtres juifs hongrois. En 1944, pressentait-il la portée historique de son film d'horreur ? Sa caméra s'attarde avec une prescience sidérante sur les vapeurs que diffusent le brouillard londonien et les lampes à gaz. Selon l'interprétation que je développe dans mon livre, Gaslight pressent l'ampleur de l'extermination des victimes du nazisme et anticipe la négation de leur destruction, le négationnisme, simultanément.
- Speaker #0
L'ultime étape qui a abouti au sacre du gaslighting en mots-clés définissant l'esprit de notre époque s'est déroulée pendant la campagne présidentielle précédant la première élection de Donald Trump, le 8 novembre 2016. A la faveur de la diffusion de l'idéologie trumpiste, le gaslighting est passé brutalement du champ de la psychologie à celui du débat public. au point de devenir l'une des expressions les plus usitées de la langue états-unienne. Durant le premier mandat de Donald Trump, nombre de journalistes, d'analystes politiques, d'historiens, d'intellectuels, de chroniqueurs ont dénoncé dans des tribunes son comportement, je cite, de « gaslighter classique » dans une relation abusive avec l'Amérique, le « gaslighting » de Donald Trump ayant entraîné le pays dans une spirale de doute, de colère et de désespoir. Il s'appuyait par exemple sur la déclaration de Trump « Ce que vous voyez et ce que vous lisez n'existe pas » ou bien sur celle de Rudy Giuliani, son avocat « La vérité n'est pas la vérité » . En 2022, dans le journal de l'université de Cambridge, Alfie Eltis a décrit le premier mandat présidentiel et la deuxième campagne de Donald Trump comme une campagne permanente de gaslighting politique, je le cite. Trump se sert du gaslighting pour faire douter les électeurs états-uniens de leurs souvenirs de ses actions et prises de positions passées, dans le but de réfuter la vérité factuelle et d'engendrer la méfiance à l'égard des sources fiables de l'information. Son but ultime consiste à détenir le monopole sur la vérité. Le 20 janvier 2017, lors de sa première investiture, Donald Trump a menti. Il a exagéré l'importance de la foule réellement présente et falsifié la météo, déclarant que la pluie s'était, je cite, « immédiatement arrêtée » et que le ciel s'était « ensoleillé » à l'instant où il avait commencé son discours. Absolument pas déstabilisé par les démentis, le New York Times a rappelé qu'il avait plu à verse durant toute la cérémonie, produisant même les vidéos. Sean Spicer, membre de l'équipe présidentielle et futur porte-parole du président, a clos ainsi le simulacre de débat, je le cite, « Je pense que parfois nous pouvons être en désaccord avec les faits » . Au pays de la post-vérité, le pouvoir autoritaire commande au langage et au ciel, puisque l'investiture prouve dans un contexte où il n'existe aucune preuve factuelle ni scientifique Que le soleil éclaire par miracle le discours du président, alors il suffit de dire qu'il fait beau pour que le soleil apparaisse. Le fait alternatif est un fait divin. La formulation conforme à la raison et à la réalité de la proposition « je pense que parfois nous pouvons être en désaccord avec les faits » est donc la suivante « je crois que Donald Trump a le pouvoir de faire des miracles » . Le fait alternatif contient simultanément un mensonge factuel. Il fait beau quand le maître parle. Et un mensonge global, le maître a le pouvoir de décréter le sens des mots. Le pays de la post-vérité, où le langage est un jeu qui ne sert pas à vivre ensemble, mais à gagner, n'a pas d'issue de secours. Je rappelle que le réseau officiel par lequel Donald Trump diffuse actuellement ses mensonges se nomme Truth Social, Vérité Sociale. qui n'est pas sans rappeler l'organe officiel de la dictature soviétique, la fameuse Pravda, vérité, destinée à diffuser des mensonges d'État. Alors qu'est-ce que le gaslighting ajoute à la notion de post-vérité ? Non seulement il synthétise aussi notre époque de désinformation, fake news, théories complotistes et développement de technologies permettant leur diffusion virale, mais il démasque en outre la logique... argumentative de la falsification des faits, ce que j'ai appelé un crime contre la logique avec l'histoire de la broche. Le gaslighting permet également d'approfondir un enjeu du mensonge, la construction de la croyance. Par quel type de perversion du langage humain, un homme politique comme Trump, entre autres, peut-il produire une adhésion massive à un programme reposant sur la négation de la réalité ? Est-il légitime d'établir une continuité entre le gaslighting qui se trame dans la chambre à coucher du film de George Cukor et son extension planétaire ? A quelles conditions le gaslighting permet-il de créer un lien entre la violence domestique et la violence politique ? Les deux manifestations du gaslighting, individuelles et collectives, sont-elles intimement liées au sens où Hannah Arendt a établi que, je la cite, La négation délibérée de la réalité, la capacité de mentir et la possibilité de modifier les faits, celles d'agir, sont intimement liées. Dans sa réflexion sur la falsification délibérée au plus haut niveau du gouvernement étasunien, qui a abouti au scandale du Watergate en 1972, Hannah Arendt a montré que l'horizon du mensonge est la destruction. Je la cite. « Les spécialistes de la solution des problèmes ont quelque chose en commun avec les menteurs purs et simples. Ils s'efforcent de se débarrasser des faits. En vérité, on ne peut jamais y parvenir, que ce soit au moyen de la théorie ou par la manipulation de l'opinion publique, comme si, pour annuler une réalité, il suffisait qu'un nombre assez élevé de personnes soit persuadé de son inexistence. On ne peut y parvenir. » parvenir que par un acte de destruction radicale comme celui de l'assassin qui déclare que Madame Untel est morte et qui va aussitôt la supprimer. Fin de citation. Je pense qu'il faudrait se faire inscrire cette citation d'Anna Rennes pour comprendre ce que nous vivons actuellement et le vrai danger de ce que nous vivons actuellement. Bref. C'est ce que j'essaye de montrer. Ni l'épisode du Watergate, ni le gaslighting conjugal ne relèvent du fait divers. L'enjeu du concept de gaslighting que je développe consiste à montrer qu'il existe une continuité entre la manipulation d'une personne et la manipulation d'un nombre assez élevé de personnes, un peuple. Le 25 février 2023, l'écrivaine états-unienne Rebecca Solnit, inventrice de la théorie du mansplaining, Cette capacité, elle a eu cette théorie un jour où dans un dîner, cette écrivaine émérite qui avait publié un très grand livre sur la photographie, s'est vue dans un dîner expliquer son propre livre par un homme qui n'avait jamais lu son livre et qui se contrefoutait qu'elle en fût l'autrice. Comment dirais-je, la colère étant un phénomène cumulatif, comme vous le savez tous sans doute, elle est rentrée chez elle et aussitôt elle a écrit ce livre qui est devenu absolument viral. comment les hommes nous expliquent la vie. Bref, Rebecca Solnit a publié en 2023 dans The Guardian une tribune intitulée « Le féminisme m'a appris tout ce que j'ai besoin de savoir sur des hommes comme Trump et Poutine » . Je la cite. « Comme tous les hommes coupables d'abus, les dictateurs cherchent à contrôler qui peut parler et quel récit on doit croire. » Il s'agit purement d'une différence d'échelle. Dans son livre « Le contrôle coercitif » , Yvonne Stark, sociologue et spécialiste de la violence à l'égard des femmes, a défini son titre comme un terme qui englobe la violence domestique dans un schéma plus vaste d'isolement, d'intimidation et de contrôle. « La violence est importante » , écrit Stark, « mais le principal préjudice que les hommes violents infligent est politique et non pas physique. privation de droits et de ressources qui sont essentielles à l'identité et à la citoyenneté. Je précise qu'Evan Stark est celui qui a inspiré cette nouvelle législation qui est mise en œuvre depuis une dizaine d'années au Royaume-Uni. A toutes les échelles, l'objectif est de contrôler non seulement les questions pratiques mais aussi les faits, la vérité, l'histoire. Qui peut parler et ce qui peut être dit ? L'antithèse est bien entendu la démocratie qui est également un principe fonctionnant à toutes les échelles. Un mariage peut être qualifié de démocratique si les deux parties exercent le pouvoir dans l'égalité et ne subissent aucune contrainte ni aucune intimidation de la part l'une de l'autre. Un terme jadis utilisé pour décrire les relations entre un homme violent et une femme manipulée, c'est toujours Rebecca Solnit qui écrit, le gaslighting. est devenu un mot indispensable dans la vie publique lorsque Trump est devenu président. Le gaslighting, le harcèlement, le déchaînement contre les opposants, le fait de supposer qu'il devrait être en charge de tout, y compris des faits, la rage, l'insistance sur l'illégitimité de tout autre pouvoir et de toute autre voie que la sienne. Voici toutes les caractéristiques des dictateurs dans la sphère domestique et dans la sphère politique. Les individus peuvent être contraints au silence et à l'obéissance. Il en va de même pour des peuples entiers et aussi pour les faits et la vérité. La démocratie se joue à toutes les échelles. Alors, comment s'émanciper ? De quelles armes disposons-nous, nous individus, nous citoyens, pour sortir de la peur et restaurer la confiance sapée par le gaslighting ? Confiance en soi, confiance dans l'existence d'un soi, d'un sujet, confiance en... en la réalité et la vérité factuelle, confiance en la crédibilité de notre parole, de notre voix, confiance dans la possibilité d'une relation sans laquelle la vérité ne peut jamais advenir. Il faut être deux pour dire la vérité, disait l'écrivain étasunien Soro. Un qui l'a dit et l'autre qui l'écoute. C'est donc sur la confiance que repose la possibilité de dire le vrai. En donnant une place au gaslighting dans notre langue, je propose d'en inventer notre vision européenne. Traduit littéralement, il est l'éteignoir des consciences à rebours de l'idéal émancipateur des lumières. S'apérer, aoder, c'est l'injonction qu'Emmanuel Kant emprunte à Horace pour en faire la devise de l'Aufklärung. Les Lumières sont littéralement l'acte de résistance contre l'obscurité au sein de laquelle un pouvoir dominant maintient des individus dans un état de minorité où ils renoncent à se servir de leur entendement. La devise kantienne montre qu'il n'y a pas de savoir sans courage, que le savoir n'est pas un acte intellectuel séparé de l'éthique. Or la première arme dont nous disposons, c'est l'intervention d'un témoin. La présence d'un témoin est la condition sine qua non pour échapper au gaslighting. La déshumanisation de Paula se produit dans l'espace privé du mariage, un espace privé de témoins autres que l'époux persécuteur. Si personne n'assiste à la disparition, à l'évaporation de la femme, alors sa disparition et la femme elle-même n'auront jamais existé. Le témoin est la tierce personne qui a le courage d'observer ce qui se trame et de croire la victime. Le témoin ose savoir. Dans le film de Cucor, Paula est sauvée par l'intervention de deux témoins. Un jeune policier qui décide de reprendre l'enquête et une vieille dame qui est sa voisine à Londres. Tous deux ont le courage de croire Paula, de lui faire confiance. Tous deux ont le courage d'aller au-delà des apparences, une jeune femme malade de peur que son mari fait passer pour une folle. Et le courage de briser les normes, le premier en défiant la hiérarchie policière, la seconde en espionnant la captive sans se soucier de passer pour une vieille pipelette trop curieuse qui perd la tête. Souvenons-nous que dans les mythes antiques et les contes, la curiosité est l'arme des faibles, à commencer par la femme de barbe bleue. N'est-il pas ironique ? Que cette qualité historiquement décrédibilisée, car attribuée à Pandore et ses descendantes, soit aussi le fondement de toute enquête philosophique ? L'ironie. Je viens de prononcer un mot-clé. Pour empêcher le crime parfait du gaslighting, on peut aussi en rire. À l'exemple du Parlement danois, ce week-end s'esclaffant bruyamment, longuement, en chœur, en réaction au projet d'invasion du Groenland. par Trump. Ça n'empêche pas de prendre les armes et de ne pas être muni. Ça, c'est une autre question. L'arme du rire, c'est ce que suggère le dénouement de Gaslight. Le rire advient quand la femme Gaslighter perd sa jour le scénario de son oppresseur au point qu'elle est capable d'en réciter toutes les répliques et de les retourner contre leur auteur. Le voilà coincé, acculé à son propre piège d'une manière vertigineuse. Soit il a menti, donc il est coupable, et doit être punie, soit il a dit la vérité, donc elle est folle et ne peut pas lui venir en aide. Il n'y a aucune issue dans le raisonnement qu'il a lui-même mis en place et surtout pas l'ironie à laquelle l'esprit de Grégory n'a aucun accès. D'ailleurs, de l'intériorité du gaslighter qui, pour des raisons éthiques, je le précise et je suis Cucor sur ce point, n'intéresse absolument pas, c'est une décision Georges Cucor, donc de l'intériorité du gaslighter, le spectateur à l'issue du film... connaît seulement deux choses, il aime les bijoux à la folie et il n'a aucun humour vous en conviendrez, il n'y a pas de quoi faire un mari très excitant je rappelle qu'il est impossible de faire rire un dictateur paranoïaque de lui-même comme Chaplin l'a magistralement montré, le dictateur est inaccessible à l'auto-ironie l'humour est un cheval de trois Quand le scénario est simple, il est simple de le subvertir et de le retourner contre le mari ou le pays qui l'ont écrit. Je parie que toutes les femmes dans la salle le connaissent. Je te trouve un peu fatiguée. Tu oublies beaucoup de choses ces derniers temps. Tu ne vas pas recommencer à imaginer des choses. Tu exagères toujours. Tu as la maladie du mensonge. Parle moins fort. On se calme. Tu es totalement hystérique, ma pauvre fille. La liste est strictement indicative. Le rire... Le rire suspend le doute. Le rire suspend la peur et le silence et la honte. Le rire suspend l'isolement. Le rire suspend provisoirement la tragédie. Le rire suspend la croyance en toutes ces fables qui perpétuent depuis des millénaires l'inégalité entre autres minorités de la femme. Je propose d'appeler suspension volontaire de la crédulité l'opération consistant à retirer toute croyance. aux théories qui justifient le manque de crédibilité des femmes. Retirer sa croyance, ça ne veut pas dire censurer, supprimer. Ça signifie littéralement cesser de croire à des balivernes qui ont pour conséquence concrète des inégalités, pas seulement salariales. Puisque notre parole n'est pas crédible, suspendons notre croyance. Cela vaut pour les femmes, cela part d'une expérience des femmes, mais chacun, chaque individu, chaque peuple opprimé peut s'y identifier. La généalogie du gaslighting nous montre que l'histoire de l'émancipation des femmes a beaucoup d'enseignements et d'armes à nous transmettre en cette époque où la forme ultime de gaslighting, le fascisme, progresse par la peur, par le doute, par la déshumanisation et par la mise à mort de toute forme d'empathie. Que ce soit dans la rue ou sous la plume des conseillers de Donald Trump décrétant tel Joe Rainey, encore une chose que personne ne sait et qui est cruciale, que, je cite, l'empathie est le pire des péchés, gazelaitant au passage le christianisme. Le témoin fait preuve d'empathie en restaurant la confiance dans l'humanité. Le rieur fait preuve d'empathie en riant non pas contre quelqu'un, mais avec le pouvoir émancipateur du jeu de langage. Quel meilleur moyen de restaurer la confiance, quel plus beau, quel plus noble moyen aussi que de pratiquer l'empathie en commençant par prendre soin de notre langage. Sans empathie, il est impossible de restaurer la confiance en une conversation intime et politique entre des êtres humains traités en égaux. L'acte 1 du gaslighter en chef de notre époque, Donald Trump, était celui de la destruction de la confiance en la vérité par le gaslighting. L'acte 2 est désormais celui de la destruction de l'empathie. N'oublions jamais que l'un mène à l'autre.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Hélène, pour cet exposé très riche. Étonnamment actuel, s'inspirant d'un film datant de trois quarts de siècle, voire un peu plus, j'en retiens l'idée que l'empathie, l'humour et le féminisme sont des armes contre le fascisme. Nous allons entrer dans la deuxième partie de la matinée, donc dans la partie débat, questions-réponses. Je rappelle la règle, nos propos sont diffusés en direct sur internet. internet resteront disponibles sur le site de l'Institut d'Hydro. Ils seront ensuite transcrits et publiés par écrit. Et donc, il importe que chaque personne prenant la parole commence par se présenter, dise son nom, éventuellement sa fonction. La parole est à la première ou au premier qui la demande, je vois une main qui se lève déjà. Merci beaucoup.
- Speaker #2
Josette Guignot, je suis ici aujourd'hui parce que j'ai cofondé l'association pour la parité dans l'assurance. J'ai une question, vous avez très bien décrit la Desesperate Housewife états-unienne. protège d'une part la femme française quelque peu de cela et en parallèle qu'est-ce qui peut nous protéger en France de ce qui arrive aux Américains avec leur président merci
- Speaker #0
Merci, merci d'avoir lutté, milité pour la parité et merci pour votre question. Alors je pense que nous sommes à une période très spécifique, en dépit des ressemblances qu'elle peut avoir avec le fascisme passé et il est à mon avis... cruciale et c'est pour ça que j'ai insisté sur la question du droit la loi la question de la loi je pense qu'elle devient et y compris c'est intéressant de voir au fond que d'une certaine manière ce qu'il y a la question de la loi elle est cruciale. Nous savons, nous voyons bien comment les juges, l'indépendance des juges ne cesse d'être attaquée. Je pense, par exemple, aux polémiques absolument... l'humain antidémocratique qui ont suivi l'emprisonnement de Sarkozy au titre d'une loi qu'il avait fait lui-même voter. Là, si on a un peu d'ironie, on éclate de rire. Le soutien... qui lui a été accordé un soutien qui, comment dirais-je, était un acte insurrectionnel contre une décision judiciaire. Je pense à ce qui se passe dans un pays qui n'est pas post-fasciste, qui est actuellement, selon moi, sous une gouvernance fasciste de Giorgia Meloni. L'Italie, et j'ai bien étudié la question, donc je pense à la réforme qu'elle est en train de mener pour mettre fin à toute forme d'indépendance des juges. La question de la loi... Je pense que s'il y a une question sur laquelle tout citoyen démocratique actuellement doit être alerté et doit se battre, ça passe par là. Pour le coup, par rapport à des mouvements protestataires, des mouvements émancipateurs, etc., qui ne faisaient pas, qui ne mettaient pas la loi dans des décennies précédentes au cœur, qui était même un argument plutôt conservateur, je pense que cette question de la loi, maintenant, c'est là-dessus. que nous devons absolument tenir. Récemment, il y a quelques jours, quand des juges ont condamné l'État pour censure suite au fait qu'une librairie de Nice, une librairie féministe, donc on voit bien que la question du féminisme, j'aimerais bien enfin que ce terme soit remplacé tout simplement par celui d'humanisme et que tous citoyens comprennent que ça ne concerne pas que les pauvres femmes, en réalité. Donc... Évidemment, le pouvoir attaque, en l'occurrence, c'était Darmanin, une librairie en la masquant, en censurant, en faisant ce qui est interdit en réalité par la loi. Il est interdit de censurer des livres et une librairie. Eh bien, les juges rendent un jugement extrêmement courageux, qui n'est pas courageux en réalité, qui à notre époque paraît courageux, qui est juste un jugement conforme à la loi. Donc on voit bien comment actuellement, et à chaque avancée politique, et ça... C'est le mouvement des femmes qui nous l'enseigne. Mais encore une fois, quand je parle de cette question de l'émancipation des femmes, c'est pour bien montrer qu'elle a beaucoup à nous apprendre, en réalité. Et elle a à nous apprendre aussi que chaque avancée est suivie aussitôt de ce que l'autrice Suzanne Faloudi, états-unienne, a nommé le backlash, le retour en arrière, par un mouvement de régression. Donc moi, j'insisterai sur cette question de la loi, faire progresser la législation, faire en sorte... de surtout maintenir l'indépendance de la justice parce qu'à l'instant, par exemple, pour citer l'Italie où cette indépendance sera mise à mort, il y a deux systèmes de juges actuellement que Giorgia Meloni veut supprimer pour qu'il y ait un seul type de juge qui soit à la botte de l'État. À ce moment-là, quelle garde-fou, littéralement aussi, Quel contre-pouvoir disposons-nous ? Je pense que c'est crucial cette question-là. Et restaurer aussi la confiance dans le pouvoir judiciaire, c'est-à-dire ne plus supporter que des juges qui rendent des jugements soient attaqués comme ils l'ont été, indépendamment de ce que chacun ici pense de l'emprisonnement de Sarkozy. Ça correspond à une enquête qui a été menée de manière indépendante, un jugement qui a été donné. Donc chacun doit le respecter.
- Speaker #1
Si je peux me permettre, vous avez très bien répondu à la deuxième question de madame, mais vous n'avez rien dit sur la première question, à savoir sur la différence entre le statut et la condition des femmes en France et aux Etats-Unis.
- Speaker #0
Je l'avais complètement oublié. Merci. Merci beaucoup, André, de me rappeler la question. Alors, il n'y en a pas. Il n'y en a aucune. En vérité, les Etats-Unis font en grand, malheureusement. Je pense que, si vous voulez, pour moi... Pourquoi ? Moi, j'ai fait pas mal de philosophie, je fais une thèse sur Kant, mais déjà à l'époque, j'étais assez obsédée sur l'idée que mon terrain de pensée, d'ailleurs c'est mal vu par l'université, malheureusement pour l'université, mais que la question c'est la méthodologie de pensée en fait, c'est pas l'objet même de la pensée. Mon objet de pensée, ça a toujours été le cinéma, pour toutes sortes de raisons, peu importe. Mais je pense que c'est pour ça que cette question, ce n'est pas un hasard si le film de Georges Cucor n'est pas... C'est un chef-d'oeuvre, incontestablement, après des chefs-d'oeuvre, il y en a d'autres, mais c'est autre chose qu'un chef-d'oeuvre. C'est un film, en effet, incroyablement anticipateur et qui nous montre finalement aussi, et c'est pour ça que je pense que le cinéma a une telle fonction politique, à commencer par le cinéma hollywoodien, qui est le plus grand, comment dirais-je... la plus grande arme de propagande des États-Unis, et je précise que j'emploie ce terme de manière neutre, c'est-à-dire que ça ne me dérange pas, j'adore cette arme de propagande hollywoodienne, en réalité, mais c'est une arme de propagande, ne l'oublions pas, qui a eu des fonctions politiques, historiques, différentes, totalement différentes à chaque époque, et dont d'ailleurs Trump, dès qu'il est arrivé, a voulu s'emparer. Bref, c'est un outil d'agrandissement, l'écran agrandit. Et j'ai publié il y a quelques années un roman qui s'appelle « Trois femmes disparaissent » qui part d'une très longue enquête que j'ai menée pendant 20 ans sur une transmission, disons, entre une dynastie de trois stars hollywoodiennes, T.P. Edren, la star des oiseaux et de Marnie, d'Hitchcock, sa fille Mélanie Griffith, sa fille Dakota Johnson. Et ce que cette enquête m'a enseigné, c'est que les actrices font en grand ce que font toutes les femmes. Donc ce qu'on voit là... Je pense qu'il ne faut pas que nous, femmes françaises, si je puis dire, nous sentions particulièrement protégées. Ce qui est passionnant dans la généalogie du gaslighting, et je n'ai pas évidemment eu le temps de tout explorer, c'est de voir que, comment dirais-je, le type d'argument, et j'ai employé le mot baliverne, mais l'argument philosophique fondamental qui date d'Aristote est une totale... C'est-à-dire que c'est un argument qui consiste à dire que même avant que la philosophie grecque ne décide que le contenu argumentatif, le logos, ne soit pas autorisé aux femmes, car la femme n'a pas l'adresse qui est la même. permet d'avoir un raisonnement argumentatif. Donc la question de la vérité, elle en est exclue. Mais en fait, c'est pire que ça, d'une certaine manière. Et c'est ce que j'ai découvert en écrivant ce livre, je ne le savais pas. C'est que ça commence avant. Ça commence avec un texte d'Aristote, qui est un délire. Mais vraiment un délire. Dans lequel Aristote va montrer, il n'y a aucune démonstration là-dedans, que parce que la voix des femmes... et des homosexuels, c'est-à-dire la voix aiguë, n'est pas équilibrée par les testicules qui descendent, je le cite, c'est dans la physiologie, les testicules qui descendent comme les poids, nous sommes dans l'analogie, donc on est loin d'un quelconque sérieux argumentatif, qui descendent comme les poids des métiers à tisser, parce que la voix aiguë des femmes et des homosexuels et des jeunes gens entretenus par des hommes plus âgés, le délire va jusque-là, les calamites, Eh bien, conclusion, cette voie aiguë n'a aucune suprématie. C'est un délire, c'est un délire fondé sur la haine des femmes, pour le dire, et des homosexuels, très clairement. Ce délire a été suivi d'énormément de conséquences historico-politiques. J'ai fait une toute petite, comment dirais-je, j'ai fait une petite référence à Hippocrate, aux planches de l'Antiquité, aux planches dans lesquelles on voit anatomique, puisqu'ensuite, à partir de là, évidemment, il s'agit de... suggérer des traitements, des traitements pour que la voix des femmes baisse. Combien de femmes politiques et combien de femmes ici qui ont des hautes fonctions ont dû... Je souhaite pour vous mesdames ici que vous ayez une voix grave et même si vous avez une voix grave en général c'est pas pour autant que vous serez plus écoutées mais c'est la base. Combien de femmes politiques, à commencer par Mariette Thatcher, ont dû subir. Tout ça est donc un délire argumentatif. Donc si vous voulez ça va bien au-delà de la question des États-Unis. Alors les États-Unis apparemment... Maintenant, Trump fait une généalogie qui fait remonter les Etats-Unis à la Rome antique. Bon, c'est ce qu'il a dit récemment à Georgia Mellon. Mais enfin, si on remonte même avant la Rome antique, et ce genre d'ignorance farfelue, c'est facile de se moquer de ce genre de niaiserie de Trump. Mais il faut voir que l'histoire même de la philosophie regorge de ce type d'arguments, et je vais vous épargner ce que je pense de la notion... d'hystérie, parce que ça voudrait dire au moins deux heures de conférence pour... Enfin, à vrai dire, on peut déconstruire la question de l'hystérie, le mot hystérie, et ce que ça signifie plus rapidement qu'en deux heures. Mais tout ça a... Ce qui est intéressant, ce sont les stratégies, en fait, les stratégies politiques. Alors, je parlais de double bind. Si vous voulez, si on prend, par exemple, les lois de Solon, VIe siècle avant Jésus-Christ, on voit comment des femmes sont... absolument condamnée à n'avoir aucun pouvoir dans la cité, mais avoir un pouvoir au sein de la maison qui est le pouvoir du deuil. Je résume. Celui qui a, à mon avis, magnifiquement analysé ça, c'est, entre autres, Hegel, qui a montré comment l'ironie féminine, je cite l'ironie d'Antigone, fait exploser la cité grecque. Elle la détruit, en fait. Précisément parce que Antigone, elle est face au gazlighter Créon. Et il lui dit, mais t'es complètement folle ma pauvre fille, je cite créon littéralement, t'es complètement folle ma pauvre fille, personne te croit en fait, personne t'écoute, et elle répond, mais tout le monde est d'accord avec moi, tu leur as cloué la langue au sol. Donc cette ironie là qui a une force insurrectionnelle en fait, donc les lois de Solon c'est vraiment du double bind, c'est d'un côté les femmes allez vous restez chez vous à pleurer les morts, ok, la loi divine, vous n'avez pas l'autre loi. Par contre, il va falloir un peu pleurer moins fort. Je cite littéralement une des lois de Solon. Pleurez moins fort, exprimez de manière un peu moins hystérique le deuil, c'est-à-dire arrêtez de grimacer avec votre visage. Et à partir de là, toute la codification de cette... Voilà, donc, comment s'en sortir de ça ? C'est pour ça que je fais un détour lointain par la Grèce, mais si vous voulez, je pense... que nous ne sommes pas nécessairement protégés. De toute façon, personne n'est protégé dans l'époque dans laquelle nous vivons, notamment des projets de Trump. Moi, j'ai été très frappée, je dois dire, par le fait que les deux dernières personnes en date qui ont été, avant les prochaines, assassinées, donc deux citoyens états-uniens qui ont été assassinés, par une milice fédérale, dirigée par le chef de la milice qui s'habille absolument comme un fasciste, en fait, volontairement, avec un grand manteau, des bottes, etc., étaient des personnes qui ont été décrites par leur entourage comme des personnes qui vraiment manifestent tout ce qui relève de ce que j'appelle l'empathie, la bonté. Le soin apporté aux autres, le soin apporté au langage, la première était poétesse, René Goud, c'est presque... Donc, il n'y a pas de hasard là-dedans. C'est-à-dire que vraiment, il y a une stratégie. Et si vous voulez, il ne faut jamais oublier, en effet, que Donald Trump a été élu d'abord en disant que, je le cite, j'attrape les femmes par la chatte. Fin de citation. Ou bien en disant, ma fille, elle est vraiment canon, j'aimerais bien me la faire. Fin de citation. Apologie de l'inceste. Tout ça... Ce n'est pas décoratif, si vous voulez. Ce sont, c'est pour employer un terme contemporain systémique, c'est-à-dire que ça relève un type de rapport au pouvoir autoritaire qui ensuite... Ensuite, c'est exprimé dans l'exercice du pouvoir que nous connaissons. Donc veillons ici aussi à... Soyons un peu des gardiens de phare. J'aime bien les phares, donc je ne sais pas si la métaphore vous parle. Mais veillons... Veillons sur ce qu'il y a, à commencer par ce qu'il y a de plus humain en nous, c'est-à-dire notre langage, les mots que nous employons.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Une autre question ? C'est là, c'est là.
- Speaker #2
C'est là le micro. Ah voilà, allez-y madame. Je suis Marie-Françoise Oufraire, je suis ancienne prof de philo. Je me pose une question. Est-ce qu'il y a... Il y a une sorte d'incompatibilité, c'est la question que je me pose après vous avoir écouté, c'est est-ce qu'une femme peut être un dictateur ?
- Speaker #0
La question n'est pas... Oui, pardon, vous n'aviez peut-être pas fini.
- Speaker #2
Non, non, mais j'ai fini quoi, parce que... Enfin, si vous voulez, il y a quelque chose qui m'intrigue, c'est que quand on parle des femmes, c'est comme s'il y avait une essence des femmes.
- Speaker #0
Enfin, on se répond pas à tout le tour.
- Speaker #2
Et donc, c'est pour ça que je me pose cette question.
- Speaker #0
Alors, je vais vous rassurer, bien sûr, j'ai cité Georgia Mellon, donc il semble qu'elle soit actuellement, qu'elle se... Comment dirais-je ? Que dans son régime autoritaire, dont peu de personnes... En France, ce souci des conséquences concrètes de rafle, je pourrais me lancer sur une description, mais je pense que l'Italie est en ce qu'elle est, c'est-à-dire un laboratoire politique, elle a beaucoup à nous enseigner. Ne confondons pas le sexe et le genre, ce n'est pas la même chose. Georgia Meloni est de sexe féminin, elle est de genre patriarcal. Marine Le Pen est de sexe féminin, elle est de genre patriarcal. Alice Weidel... qui ne cesse de faire référence à son grand-père papounet, le grand-père nazi, qu'elle ne cesse de mettre en avant. Elle est de sexe féminin, et même lesbienne, Maria, une femme frilanquaise. Elle est de genre fasciste, si vous voulez. Donc la question, elle est politique. Pour répondre même peut-être que la question va se poser, est-ce qu'une femme peut gazlater un homme ? Évidemment. La question, c'est que moi, j'étudie la généalogie. C'est-à-dire le fait que ce concept, il repose sur une critique du mariage telle que la norme l'édicte, et telle que la norme l'édicte en sorte que la femme n'ait pas le même statut et les mêmes droits que l'homme. Au XVIIe siècle, le grand poète anglais George Milton, dont on s'attendrait qu'il y ait écrit Paradise Lost, Paradis perdu, vous avez peut-être étudié ce texte durant vos études, il est très beau. et bien John Milton envoie au Parlement anglais une supplique, un projet de loi on pourrait dire, pour demander la possibilité, une loi rendant possible le divorce au prétexte, je cite John Milton, que le mariage chrétien, donc le mariage tel qu'il existe à l'époque, n'est pas une conversation à part égale entre un homme et une femme. Donc la question elle est politique, c'est pour ça que ce terme de systémique qui est beaucoup employé et qui parfois fait lever les yeux au ciel est un terme crucial. La question c'est dans quel type de système de normes, tel que Betty Friedan l'a étudié, le gaslighting fonctionne. Comment il est possible qu'originellement des femmes intelligentes aient pu se laisser embobiner par un scénario qui est débile ? Le scénario du gaslighting, il est débile. Il consiste à dire à une femme saine d'esprit qu'elle est folle. C'est débile comme scénario. Donc pourquoi y croyons-nous ? Pas parce que nous sommes. crédules, nous, essentialisées. La question n'est pas d'essentialiser et de dire les femmes sont plus gentilles que les hommes, donc les femmes ne gazelaguent pas. Évidemment que c'est pas ça. Sinon, on ne serait pas dans une question de philosophie politique. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la question politique. Et je dois dire que je suis la première à avoir fait un lien entre le fait que Georges Cucor, et je ne l'essentialise pas comme juif, et je ne l'essentialise pas comme homosexuel, je précise. Mais... On ne peut pas regarder ce film, Gaslight, sans se dire qu'il y a un pressentiment. À une époque où, de toute façon, tout Hollywood est produit, réalisé par des exilés qui ont fui le nazisme. Alors, lui, il est né à New York, mais ils en savent quelque chose de ce qui est en train de se passer. Et ce qui est déchirant, ce qui est sublime dans ce film, qui est un film, vraiment, si vous ne l'avez pas vu, voyez-le, et vous verrez, hommes et femmes ici présents, non-essentialisés, vous verrez comment... il change votre vie, c'est de voir cette préscience. Après... Il y a une condition féminine, il n'y a pas de condition masculine. Pourquoi il n'y a pas de condition masculine ? Parce que les hommes ont le pouvoir dans notre société. Pourquoi il y a une condition masculine ? Parce qu'une femme, socialement, historiquement et pas essentialistement, naît dans un système social normé où elle aura... 28, 30%, 28%, à peu près 24, ça dépend des chiffres, moins de salaire que les hommes, etc. Quel que soit le type de travail qu'elle fournit. Moi, je ne vais pas commencer à me lancer sur la misogynie que j'ai rencontrée à l'école normale supérieure. Mais ça serait quelque chose de structurel. Mon fils y est actuellement. Il me raconte la même histoire, ça n'a pas changé. Donc ça c'est un lieu, pourquoi je parle de l'école en masse supérieure ? Je m'en fous de l'école en masse supérieure. Mais non, je m'en fous pas parce que c'est un lieu d'élite. Donc c'est un lieu autoproclamé, je veux dire. C'est un lieu qui nous montre un type de normes aussi. Donc ces exemples-là, évidemment, on peut les reconduire. Donc la question est là, en fait. Et encore une fois, elle n'est pas du tout décentralisée, ce qui serait assez idiot, philosophiquement, à mon avis. J'espère que j'ai répondu.
- Speaker #2
C'est parce que, je sais que d'approfondir ma question, c'est qu'il y a un système de normes occidentales, mais il n'y a, à ce que je sache, aucun dictateur femme dans le monde.
- Speaker #0
Écoutez, si on parle, on va enlever le mot dictateur, on va parler de dirigeante autoritaire, première ministre japonaise, elle a été élue il y a deux mois, étudiez-la de près parce que ça va être quelque chose, Alice Weidel, ici qui se prépare, Marion Maréchal-Le Pen, Marine Le Pen, enfin ce ne sont pas, si vous regardez leurs programmes, le moins qu'on puisse dire c'est que ce ne sont pas tellement des programmes. qui ont l'air d'affectionner la démocratie. Donc, ce n'est pas la question. Je veux dire, Margaret Thatcher, je l'ai citée tout à l'heure. Margaret Thatcher, c'est un génie du gaslighting. Je vous cite juste une phrase. Elle est géniale, cette phrase. Il n'y a pas de chose comme la société. La société n'existe pas. Alors là, je reprends ma copine, je vais vous la montrer d'ailleurs en direct. Je l'ai amenée comme porte-bonheur, Anna Arendt. Je suis convaincue qu'Anna Arendt, si elle avait été vécue actuellement, aurait écrit sur le gaslighting. Parce que c'est LE concept. Si vous voulez parler des fake news, machin et tout, philosophiquement, il y a un moment où on en arrive presque à des lieux communs, à répéter toujours les mêmes choses. Le concept de gaslighting, en tout cas, moi, tel que je l'ai élaboré comme concept, il permet d'articuler précisément la vraie question qui est le lien, tel que Arendt l'a très bien montré, entre mensonge et destruction. La société n'existe pas. Je reviens à Satcher. Du coup, il faut faire quoi quand on a menti comme ça ? Parce que ça existe, la société. Il faut la buter. C'est ce qu'a fait Margaret Thatcher en supprimant le service public, en supprimant les accidents de train, gens qui crèvent encore actuellement à l'hôpital parce qu'ils ne peuvent pas être soignés, y compris des bourgeois, vu les listes d'attente de leur cancer, etc. Je ne vais pas tout énumérer, c'est monstrueux. Donc, à un moment, on dit que Mme Untel est morte. Elle n'est pas morte. Il faut la tuer. C'est une femme. Comment dirais-je ? Une de mes... Comment dire ? Allez-y. Je me permets de vous appeler Monique. Non, elle était dans mon jury de thèse. Monique David-Ménard. Je vous la donne autoritairement. Telle la dictatrice que je peux être.
- Speaker #3
Bon, alors si j'y vais...
- Speaker #0
Pardon, ma directrice de thèse.
- Speaker #3
Merci beaucoup, Hélène Frappa. Je m'appelle Monique David-Ménard. J'ai été en effet professeure de philosophie d'Hélène Frappa il y a bien longtemps. Et j'ai été à sa soutenance de thèse. Elle était membre du jury de soutenance de thèse sur Kant à Nanterre. Bon, je suis aussi psychanalyste depuis tout ce temps-là. C'est une curieuse originalité, mais enfin en France, ça existe ces choses-là. Je voudrais d'abord dire, je suis toujours critique moi, je voudrais d'abord dire mon accord de fond que je résume par une phrase toute bête, il est évident que quand la position des femmes change, le monde change. Toute la question est de savoir s'il faut que les femmes occupent des nouvelles places. ou s'il faut qu'elle proclame ce que je viens de dire, parfois j'ai l'impression que ça sert plus de changer ses positions dans la réalité que de trop le dire. Mais c'est une discussion que j'ai avec beaucoup d'amis féministes, même LGBTQI. Alors, sur votre exposé remarquable, j'ai envie de vous poser la question de comment vous construisez la continuité entre la question femme et le gaslighting tel que le montre Cucor et la question politique. Il me semble qu'au début de votre exposé, au fond ce que vous dites c'est que les problèmes subjectifs ont toujours des conditions, c'est-à-dire que quand Betty Friedan écrit La femme mystifiée, ce n'est pas simplement une question psychologique. Vous avez dit qu'il y a eu un choix politique qui a programmé le fait que les femmes qui ont fait des études restent à la maison et soient... comme capables d'être soumises. Oui, oui, les conditions de leur... Mais à la fin, quand vous vous référez à Anna Arendt, la continuité que vous affirmez entre ce qui est... et à laquelle je suis forcément sensible, puisque je suis psychanalyste. La continuité que vous affirmez entre la condition des femmes ou ce que vous avez appelé la chambre à coucher... Et la politique est prise autrement, cette continuité. Elle est affirmée aussi, mais ex poste. C'est-à-dire que, parce que pour Anna Arendt, la question des sujets n'est pas vraiment décisive, des sujets singuliers, puisque ce qu'elle veut montrer... Dans une discussion avec Aristotélie Déguerre, c'est que le propre de l'homme, c'est la parole dans une société justement, dans une société. Et donc, son problème n'est pas le sujet désirant qui fabrique des croyances. Parce que le problème de la soumission, c'est aussi le problème de l'hétérogénéité entre la logique des croyances et la logique de la raison. Et mon idée est qu'il y a des ruptures de continuité entre la question des sujets, qu'est-ce qui a servi les sujets, et comme psychanalyste, on en entend tout le temps. Mais ce n'est pas en prenant une position politique qu'on sort de la soumission. Donc voilà, ma question c'est, est-ce que dans la stratégie politique nécessaire de continuité entre la question de la soumission des femmes et la question de la démocratie, dont vous vous êtes réclamé à la fin, Est-ce qu'il y a autant de continuité que ce que vous dites ?
- Speaker #0
Merci, c'est une brillante question. Alors, deux choses. D'abord, et ça je ne le dis pas pour me justifier, mais j'ai un peu choisi un angle ici par rapport à la thématique de cette année sur la question de la peur et de la confiance. un angle qui ne reflète pas exactement, et j'espère que vous lirez le livre lui-même, dont la ligne argumentative est différente. Alors, je suis d'accord, en fait, avec ce que vous dites, c'est-à-dire, je pense qu'il y a aussi... des ruptures de continuité n'empêche pas de penser la question de la continuité. D'abord, je rappelle que dans un de ses textes, Anna Arendt parle de la logique carcérale de la famille. La famille et sa logique. carcéral. Moi, j'ai traduit les origines du totalitarisme, j'ai retraduit les origines du totalitarisme, j'ai aussi traduit un texte qui est de Adorno, donc on parle des mêmes philosophes, finalement, enfin, différents, mais je veux dire, qui se sont exilés aux Etats-Unis à la même époque, qui écrivent dans cette... Bon, je ne vais pas me lancer sur la traduction, mais bref, c'est assez étonnant de voir qu'à la fin des origines du totalitarisme et à la fin des essais sur la personnalité autoritaire, où Adorno tente d'élaborer l'échelle F pour mesurer s'il existe dans la personnalité humaine, avec le présupposé qu'il en existe une, un potentiel fasciste. Vous pouvez faire le test, c'est assez drôle, on le trouve sur Internet. Faire le test avec vos amis. Il y a une série de questions que plus personne n'oserait poser comme Adorno les pose. Bref, il y a en effet une articulation. Il n'y a que cette idée que la famille est un lieu déjà politique, social. Alors autre chose... Je répondrai pour le coup à la psychanalyste. C'est un des enseignements concrets que la psychanalyse m'aura apporté. Je pense que c'est crucial d'avoir une justesse vis-à-vis de la place d'où on écrit. Dans mon livre, j'écris, je résonne en tant qu'écrivain. C'est un livre sur le langage. Je pense que ça répond à ce que vous dites. Ce n'est pas ce que j'ai mis en avant aujourd'hui, mais je ne suis pas... pour le coup psychanalyste. Je ne fais pas des sciences politiques, je ne suis pas militante. Donc la justesse de ma place, c'est celle-là, c'est d'être écrivain et de montrer finalement le versant sombre, le versant manipulateur, le versant qui est le contraire finalement de ce que je tente de faire moi comme écrivain, généralement comme romancière, c'est-à-dire ne pas être du côté du pouvoir, ne pas être dans la manipulation par les... les mots. C'est ça, en fait, pour moi qui m'intéresse, et je pense que s'il y a continuité, et même si je pense que, moi je pense que la question de la continuité, finalement, on pourrait la penser, la justifier, s'il faut la justifier, par ce mot de la norme. Ça passe par là. Et d'ailleurs, tout à l'heure j'ai parlé de la critique des juges, mais nous voyons bien comment l'institution psychanalytique aussi, elle est actuellement très mise en danger, et je pense que, moi, indépendamment des comment dirais-je, discute dans le livre ce mot d'hystérie qui me paraît un peu de l'ordre de l'élucubration, mais discuter ce mot, sa généalogie, ne veut pas dire comment dire, enlever notamment, il y a tout un chapitre autour des mots d'esprit chez Freud et de cette question de l'ironie, y compris de ce qu'elle masse, enfin, pas ce qu'elle masse, mais ce sur quoi elle s'aveugle, enfin bref, toute cette question-là, c'est quand même aussi un rapport Un regard assez ironique sur la question de la norme, qui est celui de Cucor. Cucor n'y croit pas, en fait. Cucor ne croit pas au mariage. Et encore une fois, je ne veux pas l'essentialiser. Cucor ne croit pas à la société blanche. Alors à l'époque, ça voulait dire non juif. Enfin, ça voulait dire qu'un juif n'était pas blanc, pour le dire clairement. L'époque a changé, l'époque étatsunienne, historique. Donc il est en quelque sorte un peu un outsider, et puis il est un grand cinéaste, il regarde. Alors concrètement, ce qui est extraordinaire dans le film, et je suis d'accord sur la question des discours, je ne suis pas là pour faire des discours, et de manière générale, c'est une des choses qui font que je me méfie un peu, que je regarde avec ironie les réseaux sociaux, je ne suis pas là pour me faire mousser en disant je crois à la démocratie, ça n'a aucun intérêt en fait. La question du féminisme, elle doit se traduire concrètement par une lutte contre les discriminations. La lutte contre les discriminations, elle devrait absolument... concerner tout le monde. J'ai parlé beaucoup du négationnisme. J'ai beaucoup milité au moment contre le négationnisme pour la loi Guesso il y a des décennies. Je ne suis pas juive. Je ne vois pas pourquoi nous ne militerions pas nous qui sommes tous blancs ici pour les personnes racisées. C'est cette question-là concrètement. Donc il ne s'agit pas d'avoir des discours. Voilà. Vous comprenez pourquoi j'ai écrit ? Parce que j'allais déborder sinon. Je ne sais pas si j'ai répondu, mais je vous ai censuré. Monsieur qui a le micro depuis un certain temps.
- Speaker #4
Dominique, je suis retraité de la Caisse des dépôts et j'étais en charge de la veille stratégique sur la protection sociale. Alors moi, je voudrais apporter un peu de lumière. J'ai un couple d'amis. Lui est resté à la maison pour élever les enfants et elle est économiste, donc a travaillé. Ça c'est une chose importante. Autre chose, je suis d'origine celte, donc la femme chez les celtes n'a rien à voir dans les religions révélées. Elle était considérée comme l'égale de l'homme. Et il y a une légende qui dit qu'un jour, deux tribus se battent. Les hommes, les femmes disent on garde les enfants, les hommes y vont. Ils se font battre, donc il dit vous prenez les enfants, nous on va les battre et c'est elles qui ont gagné. Donc ça c'est deux choses. Puis la troisième... Troisième chose, je voudrais revenir sur les réseaux sociaux. Quand on voit qu'on traite Brigitte Macron d'homme... Il y a quand même des problèmes sur la gestion des raisons sociaux.
- Speaker #0
Alors moi, je répondrai rapidement. Je vais essayer. Nous devons arrêter de nous livrer à des programmes d'arithmétique qui sont niveau CP. C'est-à-dire que nous ne sommes pas là pour apprendre à... J'étais nulle en maths, je précise. À faire des additions en comptant un mari méchant plus un mari méchant plus un mari méchant plus un mari qui reste au foyer, il est gentil. Nous devrions nous en foutre complètement. C'est-à-dire que l'affaire Pellicot, c'est-à-dire cette dernière affaire en date de cadavérisation des femmes, qui est quand même un sommet de gaslighting auquel le pouvoir médical a contribué. et je rappelle que Madame Pellicot n'a cessé d'aller voir un médecin en compagnie de son mari et le médecin lui expliquait qu'elle était folle. Cette histoire-là nous montre que, et c'est pour ça qu'il serait temps d'arrêter de renvoyer ça aux féministes qui sont, à mon avis, enfin en tout cas, je m'en fous. en foutre des féminines, je ne sais pas ce que ça veut dire. En tout cas, je peux vous dire que moi, je pense être un peu plus intelligente que de me livrer à des opérations de comptabilité arithmétique. Le film de Cucor ne s'intéresse pas au mari. Le film de Cucor n'est pas, pour citer Paul Racamier, grand psychanalyste, ne s'intéresse pas à ce que notre société libérale, qui a beaucoup instrumentalisé ce concept d'un grand psychanalyste, au... pervers narcissique, ce qui va servir ensuite à envoyer les employés qui ont été, comment dirais-je, envoyés en burn-out, par exemple, par leur employeur, par une langue qui est employée dans, ça j'aurais pu en parler, mais c'était pas le sujet, un langage qui va déshumaniser. normaliser tout le monde, leur dire faites un peu de yoga et tout ira mieux, vous en sortirez du pervers narcissique. C'est pas ça le sujet. Le sujet c'est pas ce qui se passe dans la tête d'un mari méchant. Bien sûr qu'il y a des maris gentils. Une fois que vous avez dit ça vous n'avez pas fait de philosophie et vous n'avez pas non plus fait de politique. La question c'est comment une norme fonctionne et nous ne sommes pas là pour nous justifier en disant moi je suis gentil, moi j'ai un ami noir, moi j'ai un ami juif. Vous voyez pourquoi j'ai écrit parce que sinon je vous aurais tous choqué, je suis très direct. La question est de comprendre comment le... mariage fonctionne. Le mariage et le mari, ça n'a aucun rapport. Donc messieurs, ne vous sentez pas menacés. Sentez-vous concernés, mais ne vous sentez pas menacés. La question, elle est la norme. Et je dois dire que messieurs, ici présents, vous êtes autant victimes de cette norme que les pauvres femmes gazelaitées. Et vous pouvez d'ailleurs aussi tout à fait vous faire gazelaiter. Donc c'est cette question-là qui est la question essentielle. Je réponds trop... Alors, je veux absolument que vous posiez votre question.
- Speaker #5
Non, mais je voulais pas... d'accord.
- Speaker #0
Parce que je lui ai coupé la parole.
- Speaker #5
Je vous en prie. Moi, je m'appelle Claude Revelle et je suis en principe spécialiste d'intelligence économique internationale. Vous avez répondu à la première question que j'avais qui était est-ce qu'une femme peut gaslighter un homme ? On n'y revient pas. Et deuxièmement, c'est plus politique. Vous avez parlé tout à l'heure de post-vérité, etc., de fake news, etc. Et donc, ma question, c'est, s'il y a une post-vérité, ça veut dire qu'il y a une vérité ? Parce qu'il y avait une vérité avant. Comment on définit cette vérité ? Mais surtout... Comment on concilie cette définition de la vérité avec ce qu'on appelle le droit d'expression, l'expression libre, si vous voulez. C'est quand même la liberté d'expression, exactement. qui est quand même l'article premier le premier amendement de la constitution américaine donc comment on concilie la liberté d'expression avec l'établissement ou non de la vérité qui va dire que quand vous avez parlé avec une liberté d'expression ce que vous avez dit, je parle pas de Trump je parle d'une manière plus politique, qui va dire que ce que vous avez dit, avec votre liberté d'expression, est vrai ou pas vrai ? Est-ce qu'il faut réguler ça ? Et qui va le réguler ?
- Speaker #0
Personnellement, je suis absolument pour la censure. Je le dis très clairement, c'est-à-dire que quand j'ai milité il y a longtemps pour la loi Guesso, 1994, c'était une loi qui faisait de la négation des crimes, qui fait de la négation des crimes contre l'humanité tel que défini par le tribunal de Nuremberg, je cite, un délit. La liberté d'expression n'empêche pas que les propos racistes, homophobes, misogynes, etc., you name it, comme disent les Américains, ça veut dire etc., etc., sont passibles de la loi, peuvent aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement d'ailleurs, des injures, et que donc, il existe, il ne suffit pas de dire n'importe quoi pour être dans la liberté d'expression. la liberté d'expression, je parlais d'empathie mais pour en revenir, doit prendre en compte le respect paix de la personne humaine. Par ailleurs, je ne parlerai pas de vérité parce que vous avez raison, la question de la vérité elle est un peu tricky. Je parlerai, c'est pour ça que j'ai cité Anna Arendt, je m'en tiendrai au terme qu'elle emploie, qui est très important, de vérité factuelle. C'est-à-dire qu'on voit bien que c'est ça qui se joue actuellement par exemple aux Etats-Unis. Je vous rappelle quand même que nous avons nous en France eu un candidat à l'élection, Éric Zemmour, qui tenait... Merci. continue à tenir des propos négationnistes, c'est-à-dire en disant, par exemple, que le régime de Vichy a protégé des Juifs. Ce n'est pas... Un, c'est faux, c'est un mensonge historique. Deux, c'est une injure à la mémoire des Juifs qui ont été assassinés sur ordre du gouvernement de Vichy. Donc là, on n'est pas dans la liberté d'expression. C'est ça, il faut quand même maintenant... C'est pour ça que j'ai cité avec ironie, on ne peut plus rien dire, ce n'est pas le sujet, en fait. Le sujet c'est quelles sont les limites dans lesquelles, alors je n'irai même pas jusqu'à citer Gilles Deleuze dire une opinion est intéressante, il y a des fois où je me dis putain la liberté d'opinion, la liberté d'expression si c'est pour dire des choses inintéressantes, on va enlever ça, on va couper au montage. Mais un, pardon, je sais c'était une blague Hélène. Je sais, mais voilà, donc la vérité factuelle, par exemple, mais pour ça, qui actuellement, je reviens au juge, est le garant de la vérité factuelle ? Ce sont les juges. Quand une milice, une milice aux Etats-Unis peut produire une preuve trafiquée en montrant un revolver, en disant qu'un jeune infirmier de 36 ans... est un terroriste. C'est une milice qui a été créée après le 11 septembre 2001. Oui, 2001, c'est après le 11 septembre. Qui permet d'étendre la notion de terroriste. Qui peut être garant ? Ce sont les juges. Donc, ça n'a rien à voir avec une quelconque femme de sorcière. Après, moi, quand je militais pour la loi Guesso, je me souviens d'avoir été au ministère de l'Intérieur. au bureau des libertés publiques, traduction, le bureau de la censure, soyons clairs. Bon, il existe aussi des dangers contre lesquels l'expression démocratique d'une parole doit se protéger. Toutes les injures antisémites de Dieudonné, pour ne citer que lui, ne relèvent pas de la liberté d'expression, elles relèvent du délit d'opinion. Les phrases homophobes ne sont pas de la liberté d'expression, c'est du délit d'opinion. Donc ça, moi, je pense qu'il faut... tenir absolument sur la question de la loi. Et sur la question, c'est pour ça que je terminais du langage, en fait. La parole est une arme. La parole est une arme. Donc, n'oublions pas ça. La parole a des effets. La parole peut tuer. Donc, c'est pour ça que ce qui est très intéressant dans la question du gaslighting, c'est qu'on voit bien qu'il n'y a pas... Il y a une continuité, pour le coup, entre la violence dite psychologique et les coups. C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas d'isoler en disant bon, elle n'a pas été tabassée, non, il l'a juste déshumanisée. Ce n'est pas le sujet, en fait.
- Speaker #1
Voilà. Donc je disais qu'il me reste à remercier en votre nom très chaleureusement Hélène pour ses propos très riches, très vigoureux et dynamisants et à vous souhaiter une excellente fin de journée. Merci à vous.
- Speaker #0
Merci à vous d'être venu.
- Speaker #2
Merci d'avoir écouté cet épisode. Abonnez-vous pour faire grandir notre communauté et n'hésitez pas à partager. Vous pouvez nous retrouver sur Youtube, LinkedIn et Instagram pour encore plus de contenu. A bientôt avec l'Institut d'Hydro pour de nouvelles conférences.