Speaker #0Bienvenue sur intéressant, la chaîne qui vous donne les clés du débat public, les faits, tous les faits, mais aussi des idées pour vous éclairer et vous enrichir. Merci à vous qui nous suivez déjà et je dis bienvenue à tous les autres. Abonnez-vous si ce n'est pas fait, c'est important pour le référencement de la chaîne, pour sa visibilité. Et puis parlez-en autour de vous, vous êtes les meilleurs ambassadeurs auprès de vos proches. Troisième partie de notre grand format consacré à l'immigration, je vous l'avais promis, après les chiffres de l'immigration, on a vu que la France connaissait depuis le début du 21e siècle une accélération migratoire sans précédent. Eh bien on s'est demandé par la suite si cet apport migratoire était réellement un atout pour l'économie française. Ça on l'entend constamment. Rappelez-vous, les débats sur la loi immigration de 2023, il fallait absolument... un volet travail pour permettre aux fameux métiers en tension de continuer à faire venir de la main-d'œuvre étrangère en France. Eh bien, l'immigration, en réalité, s'avère une charge extrêmement lourde. Sa contribution est négative par rapport à ce qu'elle coûte. Et j'avais fini cet épisode en vous promettant une suite sur les conséquences sociales, culturelles de l'immigration sur l'identité de la France. Eh bien, la voici. Musique Alors vous savez ce qui se produit généralement quand on s'interroge publiquement sur l'immigration ? Tout de suite on vous répond que l'immigration est culturellement positive, que c'est un enrichissement. Est-ce que ça n'est pas formidable qu'aujourd'hui cohabite dans le grand livre de la cuisine française par exemple le bourguignon, le couscous, les pizzas, le poulet maffé, que la chanson française boive aux sources du rai, du zouk, de l'afrotrap et que la langue française gagne des mots issus de l'arabe, du lingala et du romani. Alors oui Il y a des tensions autour du voile, du halal, des relations hommes-femmes, mais si on fait la balance, il n'y aurait pas photo. La France serait la grande gagnante de l'immigration, et la diversité une richesse pour la France. Bon, si vous n'êtes pas d'accord avec cela, le jugement tombe très vite. C'est que vous êtes d'extrême droite. Regardez par exemple ce qu'écrit le site vie-public.fr, site qui est édité et géré par la Direction de l'information légale et administrative, la DILA. c'est une administration qui est placée Sous l'autorité du Premier ministre. Être opposé à l'immigration, nous dit Vipublic.fr, c'est appartenir à un mouvement d'extrême droite populiste. C'est avoir une phobie, c'est écrit en toutes lettres, si on est de gauche, mais qu'on veut encadrer l'immigration, comme c'est le cas par exemple de l'Allemande Sarah Wagenknecht. Là-bas, on la laisse encore dire qu'elle est de gauche. Eh bien, elle est décrite par Vipublic.fr comme la tenante d'une forme de nationalisme xénophobe. Voilà la marque de l'infamie tout de suite. Alors même qu'aux sources de la gauche, l'immigration économique était considérée comme une forme de dumping social organisé par le patronat contre la classe ouvrière. Karl Marx, par exemple, écrit dans Le Capital que « Le système capitaliste développe aussi les moyens d'augmenter en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l'homme par la femme, l'adulte par l'adolescent et l'enfant, Un Yankee par trois chinois, c'est Karl Marx qui écrit cela. C'est exactement d'ailleurs le discours que tenait Georges Marchais à la fin des années 70, au début des années 1980, le patron du parti communiste à l'époque. Il faut stopper l'émigration officielle et clandestine. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France alors que notre pays compte près de 2 millions de chômeurs. L'immigration en fait vous voyez c'est une passion récente de la gauche de la toute fin du 20e siècle. Elle place aujourd'hui systématiquement un interdit moral sur tout débat à propos des bénéfices ou non de l'immigration, il n'y aurait pas le droit d'en parler et la critique vous vaut très vite une accusation de racisme et de fascisme. On est déjà là dans l'exploration des conséquences culturelles de l'immigration à savoir l'abandon de toute mesure sur le sujet qui est devenu politiquement brûlant avec un effet cocotte minute, plus on maintient l'étouffoir sur le débat, alors que les flux migratoires continuent d'arriver, et bien plus la tension monte ainsi que la demande de contrôle. Et partout en Occident, vous le voyez dans les pays qui reçoivent une forte immigration, on observe exactement les mêmes phénomènes de rejet. Aux Etats-Unis, c'est devenu le sujet politique numéro un. Au Royaume-Uni, avec le mouvement récent Raise the Colors, un hisser les drapeaux. En Espagne. En Allemagne, en Europe du Nord aussi, partout, on retrouve cette ligne de fracture sur l'immigration qui divise aujourd'hui les Français en deux camps. Vous avez ceux qui sont en colère ou angoissés, qui voient les immigrés comme des intrus abusant de l'hospitalité de la France, qui voient les frontières comme des passoires et qui pensent qu'il faudrait suspendre l'immigration et qui trouvent que les pouvoirs publics en font trop. Et puis de l'autre, tous ceux qui pensent au contraire que les pouvoirs publics n'en font pas assez, qui réclament plus d'hospitalité. C'est la vision en résumé de l'Europe passoire. contre celle de l'Europe française. Le clivage ne porte pas tant sur les paramètres économiques, c'est pas parce qu'on a changé de régime de croissance que le temps est révolu en gros des 2 à 3% d'augmentation du PIB par an qu'une part grandissante de la population veut moins d'immigration voire plus du tout. L'enjeu il est culturel, il est même civilisationnel on peut dire. La question qui se pose face à l'afflux incessant de nouveaux venus est la suivante. Une société multiculturelle est-elle viable ? Cette société multiculturelle... qui n'est pas la conséquence naturelle de l'immigration. Attention, j'insiste bien sur ce point, c'est pourtant ce que l'on nous rabâche. Comme si la cohabitation pacifique de communautés distinctes était une évidence, comme si c'était le sens de l'histoire. Non, le multiculturalisme, c'est une idéologie qui cherche à s'imposer, qui est d'ailleurs très largement parvenue dans l'élite et dans les milieux dirigeants. C'est un projet politique qui n'a rien de naturel et qui est aujourd'hui combattu. par une partie de l'échiquier politique parce qu'avec 50 ans de recul, on en mesure aujourd'hui les effets délétères sur la cohésion nationale. Le multiculturalisme, c'est l'un des projets de société possible parmi d'autres, lorsque plusieurs ethnies, plusieurs cultures, plusieurs nationalités ou religions se retrouvent à habiter sur un même territoire. Quand la société d'accueil digère pacifiquement les nouveaux venus, que ça se passe très bien, on est dans l'assimilation. C'est le scénario idéal, si je puis dire, de cohabitation. L'opposé, c'est ce qu'on appelle le développement partagé, apartheid. en langue africaneur, la langue d'Afrique du Sud, c'est-à-dire la ségrégation, l'interdiction du mélange et la hiérarchie ethnique. Entre ces deux extrêmes, assimilation-ségrégation, vous avez mille nuances, dont le multiculturalisme qui prétend lui organiser la coexistence pacifique et mutuellement fructueuse de plusieurs groupes ethniques ou religieux dans une même société. Ce patchwork, cette diversité culturelle, elle viendrait... Rengardisez la vieille citoyenneté uniforme des vieux états-nations occidentaux qui considèrent que votre appartenance culturelle, vos traditions, votre foi, ça se passe chez vous, c'est dans l'intimité du privé. C'est la conception française de l'universalisme républicain qui fait fi de vos origines, d'où que vous veniez, vous avez les mêmes droits que tout le monde et bien sûr les mêmes devoirs. Les tenants du multiculturalisme pensent que ce n'est pas du tout ça qu'il faut faire, que ça revient à brimer les particularismes et les identités. En clair, qu'on ne peut pas demander aux immigrés de devenir des copies conformes des habitants du pays dans lequel ils s'installent, qu'ils doivent pouvoir garder intactes leurs cultures, leurs langues, leurs religions, bref, qu'il faut leur faire une place. Mieux que cela, la société d'accueil est encouragée à se faire toute petite pour permettre à chaque groupe racial, chaque groupe ethnique ou religieux de faire valoir ses intérêts, d'organiser en somme... L'interculturalisme. Ne pas le faire, ce serait de la discrimination. En fait, là on voit bien que le multiculturalisme, c'est un projet qui est ouvertement post-national. Un pays qui va jusqu'au bout du multiculturalisme n'est plus vraiment une nation, c'est même plus une société d'accueil, c'est un territoire où viennent s'amalgamer des différences. L'assimilation, ce serait enfermer les dites différences dans une camisole d'uniformité. L'assimilation, en réalité, ce serait synonyme de disparaître, de se renier. de se dépouiller de sa culture. C'est exactement ce qu'écrivait par exemple en 2015 Edwi Plenel, le patron de Mediapart, dans son livre « Pour les musulmans » , en voici un extrait. « L'assimilation est une injonction terrifiante qui fut aussi celle de la colonisation, notamment française. N'accepter l'autre qu'à la condition qu'il ne soit plus lui-même, ne le distinguer que s'il décide de nous ressembler, ne l'admettre que s'il renonce à tout ce qu'il fut. » Vous voyez, cette vision de l'assimilation, elle est très en vogue à gauche. Jean. Le sociologue Michel Vivorca considère par exemple que les discours qui prônent la nécessité de l'intégration des étrangers, ce sont des discours de faillite qui exacerberaient le malaise de ceux dont on exige l'intégration parce que, dit-il, ils n'auraient tout simplement pas les ressources sociales, culturelles, éducatives, etc. pour le faire. Mais de toute façon, ce n'est pas grave puisque, nous disent les multiculturalistes, c'est à la société occidentale de se régénérer par l'apport. d'immigrés. Alors vous voyez ce discours, il a commencé à se répandre à partir des années 1970-1980 dans à peu près tous les pays occidentaux qui recevaient beaucoup de populations immigrées. En réalité, c'était une posture d'adaptation à un fait migratoire qui était à l'époque largement sous-estimé. Le cas anglais est emblématique. Historiquement, le Royaume-Uni pratiquait, comme la France, à une politique d'assimilation culturelle. À Londres, il fallait faire comme les londoniens. en Angleterre comme les Anglais, à Rome comme les Romains. Mais voilà qu'en 1948, après la guerre, Londres adopte une loi sur la nationalité qui permet subitement aux 800 millions de sujets de l'Empire britannique de vivre et travailler au Royaume-Uni sans avoir besoin de visa. Le but était, comme toujours, de combler les lacunes du marché du travail. Mais dans les faits, cette loi, elle va ouvrir en fait en grand les portes de l'Angleterre à une immigration de masse qui d'abord est caribéenne, c'était beaucoup des Jamaïcains, puis plus tard, immigration indienne et pakistanaise. Et en quelques années, les quartiers populaires anglais changent de visage à vitesse grand V et des tensions sociales, des tensions raciales apparaissent. Ces tensions, elles culminent en 1958 avec les émeutes anti-noires du quartier de Notting Hill, D'ailleurs, la création du célèbre carnaval de Nottingham il a lieu l'année suivante ce sera une réponse multiculturaliste à ces émeutes et dès lors va se répandre dans la classe politique anglaise la conviction qu'on n'arrivera pas à faire de tous ces immigrés de bons anglais il faut trouver autre chose il faut abaisser le niveau d'exigence un contrat minimum d'adhésion aux normes britanniques en échange de quoi on accepte la diversité on accepte les différences et mieux que cela on va imposer cette logique par une série de lois Contre le racisme et les discriminations, la tolérance en réalité n'est pas négociable. Et à partir de là, on va franchir peu à peu des paliers avec un effet cliquet, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de retour en arrière possible. Par exemple, en 1991, pendant la campagne de recensement en Angleterre, une question apparaît sur le formulaire sur l'appartenance ethnique de la personne qui répond. Des associations islamistes vont alors faire campagne pour que tous les musulmans britanniques raye la case de l'appartenance ethnique et écrive à la place simplement musulmans. Qu'est-ce qui va se passer ? L'administration britannique, elle va prendre acte sans brancher de cette résistance multiculturaliste et à ce moment-là, on n'est plus dans une simple politique de lutte contre les discriminations. On entre de plein pied dans une politique multiculturaliste où chaque groupe ethnique, religieux, promeut, défend ses différences contre la société d'accueil si besoin. Ce qui est très particulier en Angleterre, c'est que ce multiculturalisme, il est parti de l'échelon municipal. avec des législations locales qui étaient adaptées à chaque communauté au niveau du quartier, et tout ça est ensuite remonté au niveau national. Ainsi, les Britanniques tolèrent les tribunaux islamiques depuis les années 1980. Une enquête récente du journal The Times recense 82 Islamic Sharia Council, donc des conseils de la sharia islamique, qui prononcent des fatwas, des décisions religieuses qui régissent la vie des familles musulmanes, selon les principes de la sharia, en dehors bien sûr du cadre légal britannique. Autre exemple de ce sur-mesure communautaire qui a cours en Angleterre, les Sikhs depuis 1973 sont exemptés de l'obligation de porter un casque à moto à cause de leur turban. Alors en France, on n'est pas allé aussi loin que chez les Anglais, enfin en tout cas pas encore, mais on s'est habitué quand même aux entorses à l'universalisme républicain, aux revendications communautaristes, en particulier de l'islam, les menus halal dans les cantines, les horaires de piscine réservés aux femmes, etc. Tout un tas d'accommodements soi-disant raisonnables au nom de la tolérance, à mesure aussi que le logiciel idéologique de la gauche migrait du marxisme et de l'universalisme vers la défense culpabilisante d'un multiculturalisme cosmopolite qui a très vite trouvé comme pendant la revendication du droit à défendre une identité nationale française qui avant allait de soi. Cette identité aujourd'hui, elle se sent menacée à chaque recul républicain. lorsque les identités importées, entre guillemets, montrent les dents. Le rapport de la France à l'immigration, il a totalement changé dans le dernier quart du XXe siècle. On considérait, en gros depuis la Révolution, qu'attirer, naturaliser tous ceux prêts à apporter leur sang, leur talent, leur force de travail à la patrie, c'était de l'intérêt national de leur ouvrir les portes, des soldats pour la guerre, des ouvriers pour les usines. Et la France avait totalement confiance dans sa capacité à fabriquer des Français à partir de ces étrangers. Elle se concevait, en gros, la France comme une grande fonderie accueillante pour quiconque voudrait venir se couler dans le moule républicain. Et la France se voulait donc une gagnante de l'immigration. Elle y avait intérêt jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de guerre et qu'arrive la crise économique dans les années 1970. À ce moment-là, on ferme des usines. On se demande ce qu'on va bien pouvoir faire de toute cette main-d'œuvre venue en France pour partie sans femmes et sans enfants. Alors la classe politique se dit, il faut fermer le robinet migratoire. Seulement, les gens sont déjà là, ils ont envie de faire venir leur famille. Et on a aussi envie, ça ça se sait moins, que ces travailleurs immigrés gardent leur argent en France, qu'ils arrêtent d'envoyer ça en devise à l'étranger. C'est pour cela qu'en avril 1976, Jacques Chirac crée par décret le principe du regroupement familial qui génère tout de suite un énorme afflux de familles. Alors voyons ça, le premier ministre suivant. Raymond Barre suspend le regroupement familial. Mais le Conseil d'État va annuler cette suspension. Par une décision historique du 8 décembre 1978, le regroupement familial va alors intégrer ce qu'on appelle les principes. ...généraux du droit français. Ce sont les règles de portée dite générale que les juges mettent au jour, qu'ils découvrent et qui s'appliquent dès l'instant de leur découverte, même quand il n'y a pas de texte. Le principe qui sous-tend ainsi le regroupement familial, que les juges entre guillemets révèlent en 1978, c'est le droit de mener une vie familiale normale. Et bien à partir de là, les jeux sont faits pour passer, comme en Angleterre 20 ans plus tôt, d'une immigration de travail à une immigration de... peuplement. Et ce mouvement qui n'a fait que s'amplifier à force d'élargissement du droit à immigrer en France, à s'y installer, à y demander l'asile, aujourd'hui il est vécu par beaucoup de français comme une dépossession, comme une abdication de la souveraineté des frontières. On l'a vu dans le précédent épisode d'intéressant, on est passé depuis longtemps en pilotage migratoire automatique. Le politique a totalement lâché prise. On a gardé comme seul critère de sélection des étrangers les conditions de ressources et de logements sans se préoccuper de savoir voir Si la population acceptait ces nouveaux venus, ça a d'ailleurs fait la fortune électorale du Front National, qui était longtemps en monopole sur le sujet, puis du Rassemblement National. Il ne faut pas chercher plus loin non plus les causes du succès de la pétition de Philippe de Villiers pour demander à un référendum une consultation populaire sur l'immigration. Philippe de Villiers ne pose même pas une question, il demande aux gens s'ils souhaitent qu'on leur demande leur avis. Et c'est un triomphe, quoi qu'en disent ceux qui critiquent la méthode de comptage. de ce sondage. Le sentiment de dépossession, il se double aussi d'une insécurité culturelle d'autant plus vive que les vagues d'immigration contemporaine qui arrivent en France, les unes après les autres, sont de plus en plus exotiques. Ce que je veux dire par là, c'est que la première vague, majoritairement, elle venait d'Europe. C'était une vague d'immigration chrétienne. Jusqu'au début des années 1990, vous avez un peu plus d'un immigré sur deux qui vient d'Europe. Aujourd'hui, plus d'un immigré sur deux vient d'Afrique. D'abord du Maghreb, ça c'est la seconde vague migratoire contemporaine qui est encore francophone. La troisième vague, celle des 20 dernières années, celle du XXIe siècle, elle provient d'Afrique subsaharienne, mais aussi du sous-continent indien, des Afghans, des Pakistanais, des Bengalis et du Caucase, les Tchétchènes, les Daguestanais, avec lesquels la différence culturelle, les mœurs, la langue, le rapport à la religion est absolument maximal. Les Français se demandent légitimement si ces populations... vont adhérer au pacte civique français ou le refuser ? Vont-ils accepter que la vie collective ne soit pas soumise au contrôle social de la foi par exemple ? Le problème c'est pas tellement de savoir si les français acceptent ou non la différence c'est de savoir s'ils sont prêts ou non à accueillir de l'hostilité. C'est cette sensation d'une menace qui transforme chaque crise locale aujourd'hui en affaire nationale. Regardez Mayotte, tout de suite ça a été évoqué, le spectre du grand remplacement, les small boats de Calais, le navire Ocean Viking qui débarque des clandestins à Toulon, ... Ça, ça illustre l'État dépassé par des flux qu'aucune frontière ne parvient plus à stopper. Les meurtres de Philippine et de Lola par des individus sous OQTF, les assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard par des réfugiés radicalisés, ça c'est le péril sécuritaire de l'immigration. Les attaques aussi aux symboles de la nation. On se demande aussi souvent ce qui a déraillé avec l'assimilation, pourquoi c'est devenu si difficile d'intégrer les nouveaux venus, faire d'un tas un tout, comme disait Régis Debray. C'est un effet secondaire. Du discours multiculturaliste qui s'est massivement imposé, qui a abaissé le seuil d'exigence envers les nouveaux venus, on a pris un escalier descendant, passant de l'assimilation à l'intégration, puis à une simple question d'insertion. La maîtrise de la langue, des us et coutumes, la connaissance de l'histoire du pays, on contrôle désormais très peu ces prérequis d'une bonne adhésion à la société française. Le dogme de la tolérance et de l'ouverture à l'autre a aussi ouvert une brèche aux politiques d'influence des États étrangers. en direction de leur diaspora, qui ont pour but de retarder, voire d'empêcher leur intégration. La Turquie en est le meilleur exemple, avec sa direction des cultes, qui envoie en Europe des cadres avec un passeport diplomatique et qui exerce un contrôle religieux très strict sur les Turcs d'Europe. Le président Erdogan considère d'ailleurs, il était venu le dire à sa diaspora turque en Allemagne en 2008, que l'intégration était un crime contre l'humanité. Vous vous rendez compte des mots ? On pouvait lire d'ailleurs dans un article du journal Le Monde à l'époque. Erdogan a touché une corde sensible, les turcs ont peur de se faire assimiler, beaucoup de migrants turcs ont l'impression qu'on attend d'eux qu'ils renoncent à leur identité culturelle. Les débats récurrents sur la maîtrise de la langue allemande, la réduction des cours de langue turque, le durcissement du regroupement familial ont contribué à créer ce climat. A en croire ce papier du journal Le Monde de 2008, c'est la faute de l'Allemagne qui en demanderait trop aux turcs qui ont peur de se faire assimiler. on est en pleine argumentaire multiculturaliste. L'islam intégriste, qui se diffuse par mille canaux, soutenu par les riches états du Golfe aussi, vient compliquer beaucoup les parcours d'intégration des étrangers. Le migrant qui n'a que son téléphone pour garder le lien avec les siens au pays va très vite tomber sur l'imam internet qui lui inculque que les valeurs culturelles occidentales sont relatives, donc contestables. D'ailleurs, la liberté de croire ou de ne pas croire, le droit d'aimer une personne du même sexe, sont contestés en continu aujourd'hui en France. Mais comment s'en étonner, puisqu'en Algérie, vous allez en prison pour une page déchirée du Coran ou pour avoir mangé pendant le Ramadan ? Au Maroc, c'est pareil, si vous avez une liaison extra-conjugale, la prison, les écarts de valeurs sont vertigineux et les Français redoutent que ces mœurs étrangères déteignent en France. Un sondage IFOP de mars 2025 intitulé le crash test républicain révèle ainsi que les Français voient les fractures religieuses et le multiculturalisme comme les principales menaces à la cohésion nationale avant les divisions économiques et politiques. Autrement dit, les frustrations qui sont liées au niveau de vie, à la répartition des richesses, joue un rôle évidemment dans la colère et dans l'instabilité sociale, mais un rôle moindre que l'immigration de masse à qui on ne demande plus de s'assimiler et l'islam qui est majoritairement perçu comme conflictuel et séparatiste. On est donc assez loin du mythe multiculturaliste de la cohabitation heureuse des communautés unies par un contrat social minimum qui tolérerait tous les particularismes de chacun, ce qui en retour élèverait le niveau général de bonheur. Au contraire, le multiculturalisme tend à plomber. La confiance sociale, qu'est-ce que c'est que la confiance sociale ? Comment on la produit ? Comment on la perd aussi ? Alors ça, c'est toute l'oeuvre de l'immense sociologue américain Robert Putnam qui a beaucoup travaillé sur ces questions et qui a forgé le concept de capital social qu'il avait longuement développé dans un livre paru en 1995, livre qui s'appelle Bowling Alone, qui traite du déclin du capital social aux Etats-Unis. C'est son concept phare. Alors je vous donne la définition exacte de Putnam. Le capital social se sont, dit-il, Les réseaux qui relient entre eux les membres d'une société et les normes de réciprocité et de confiance qui en découlent. Votre capital social, en clair, c'est la richesse immatérielle que vous procurent vos liens avec les autres. Plus ces liens sont riches et nombreux, plus le niveau de confiance est élevé dans la société. Le capital social produit la confiance qui agit à la fois comme une super-colle qui vient tenir les gens ensemble, mais aussi comme un lubrifiant qui permet de s'entendre, de créer une culture civique commune. Merci. Et donc de régler aussi les conflits pacifiquement. Une société de confiance, c'est aussi, alors ça quand on est français, c'est un sacré sujet, c'est une société qui a moins besoin de l'intervention permanente de l'État pour s'interposer entre les individus. Une société qui a immensément besoin d'un État comme la France, c'est une société où les gens entre eux n'arrivent plus à communiquer. Or, qu'a découvert Robert Putnam dans ses enquêtes ? que plus la diversité raciale grandit, plus la confiance... entre les individus s'affaiblit. Que dans les communautés où il y a beaucoup de diversité, les individus ont moins confiance en leurs voisins. Non seulement la confiance inter-raciale entre les groupes raciaux est plus faible qu'ailleurs, mais la confiance intra-raciale l'est aussi à l'intérieur même de la communauté. Autrement dit, la diversité, elle conduit à l'isolement social et à l'anomie, c'est-à-dire la disparition des valeurs communes. Alors, Putnam va quand même assez loin, puisque d'après ses travaux, la diversité raciale engendrerait une plus faible confiance dans le gouvernement, envers les responsables politiques et envers la presse, une perte de confiance des individus dans leur capacité à influer sur le corps des choses, une plus faible participation aux élections, un moindre engagement social et associatif, un plus faible nombre d'amis ou de confidents par individu, une plus faible mesure du bonheur et de la perception de la qualité de vie. La diversité n'est positive selon Pottenham que pour deux choses, la fréquence des manifestations, et les heures passées devant la télévision. Alors Robert Putnam a été stupéfait de découvrir les méfaits sociaux de la diversité, on ne peut pas dire qu'il recherchait véritablement ses résultats. Il a d'ailleurs choisi de différer la publication de ses résultats de 5 ans, le temps de s'assurer de leur robustesse et de réfléchir aux conséquences qu'ils auraient dans le débat public. Ce n'est pas rien en effet d'avancer que la diversité est un acide de la cohésion sociale quand on professe le contraire matin et midi et soir. à la télévision et dans tous les médias. La diversité, elle a des avantages économiques, en tout cas pour l'Amérique, si vous avez regardé le précédent épisode d'Intéressant, vous savez que c'est faux en ce qui concerne la France. Mais le coût social de la diversité, il est exorbitant, c'est le recroquevillement généralisé. En un mot, une société multiculturelle, c'est une société multiconflictuelle. Alors, Putnam n'est pas le seul à défendre cette thèse, loin de là. Lors d'une intervention au Sénat, En novembre 2022, l'ancien directeur général de la sécurité extérieure, donc le patron de la DGSE, Pierre Brochand, avait formulé en des termes assez proche les enjeux pour les sociétés occidentales exposées à l'immigration incontrôlée. Selon lui, quand un groupe humain cherche à s'installer chez un autre, il y a cinq issues possibles. L'interdiction, l'absorption, la négociation, la séparation ou bien en dernier ressort, l'affrontement. Alors l'interdiction c'est ce que font la Pologne par exemple, qui pendant 30 ans fut une terre d'émigration de départ, la Hongrie aussi, et bien c'est ce qu'elles font aujourd'hui quand elles ferment leurs frontières. au nom du principe de précaution. L'interdiction, c'est aussi la voie empruntée depuis peu par Donald Trump qui a repris le contrôle politique de l'immigration aux États-Unis après des décennies de délaissement du sujet par les gouvernements successifs. D'après le Pew Research Center, c'est un gros think tank américain qui est réputé non-partisan, en 2025, la population immigrée aux États-Unis a enregistré une baisse pour la première fois depuis 60 ans et une baisse conséquente d'un million de personnes. L'interdiction... en France, on n'a jamais sérieusement envisagé. A cause de quoi ? A cause des frères jumeaux de l'humanisme et de l'économisme se donnant la main pour y veiller. Ça, c'est la formule de Pierre Brochand, les frères jumeaux de l'humanisme et de l'économisme. Bon, dit plus platement, plus simplement, les besoins de main d'œuvre et le culte des droits de l'homme, la mauvaise conscience aussi à l'idée d'expulser ou d'empêcher de venir des gens en provenance de pays plus pauvres que le nôtre ou que nous avons colonisés par le passé, tout ça nous retient de fermer le robinet migratoire. Il y a donc l'assimilation, faire des immigrés des Français. Ça, on en a déjà parlé, on a abandonné de fait, car les flux sont trop massifs. On révise donc nos ambitions à la baisse en prenant l'intégration, c'est-à-dire, en résumé, le respect de la loi en échange d'un emploi. Mais l'essentiel de l'effort, dans le contexte de l'intégration, on le sait, il est pour le pays d'accueil. D'où le risque de séparation, le scénario numéro 4 imaginé par Brochand. C'est d'ailleurs la pente naturelle des sociétés multiculturelles, où les diasporas tendent à se grouper en enclaves homogènes, avec ce que Brochand appelle un effet boule de neige, c'est-à-dire que les communautés étrangères, du fait de leur démographie souvent plus dynamique que celle des natifs, elles grossissent plus vite que la société qui les héberge. Nous nous trouvons dans cette pente, avec comme effet collatéral, l'effondrement de la confiance sociale. C'est alors une marche presque inexorable vers la sécession que l'on contient vaille que vaille à coups de subventions, non. de reniement clientéliste pour acheter la paix sociale. Or, l'apaisement budgétaire, ça, ça ne dure qu'un temps, surtout quand il n'y a plus d'argent. L'étape suivante, celui qu'il faut redouter, c'est donc celui de l'affrontement. À l'été 2025, un chercheur anglais, David Betts, avait publié un papier qui a fait couler beaucoup d'encre, intitulé « La guerre civile arrive en Occident » . Sa thèse est que, sous l'effet des politiques multiculturalistes, nous sommes passés en quelques décennies d'une société homogène, à majorité blanche, de manière écrasante, Merci. à une société hétérogène où les majorités blanches tendent rapidement vers le statut de grande minorité, ce que les américains appellent la majority minority, la minorité majoritaire qui est contrainte de coexister avec de multiples minorités plus petites. Pour piloter ce changement, explique David Betts, on pratique un multiculturalisme asymétrique, c'est-à-dire que la solidarité de groupe, elle est acceptable pour tous les groupes, à l'exception des blancs pour qui de telles choses sont considérées comme des attitudes suprémaciste. Alors on emploie rarement ce mot là en France mais c'est cette logique là qui sous-tend tout le débat sur l'existence ou non du racisme anti-blanc. Le seul racisme qui n'existerait pas à en croire certains et qui ne pourrait même pas exister nous explique par exemple très doctement du haut de sa chaire à l'université Paris 8 le professeur Eric Fassin.