- Speaker #0
La première fois que j'ai rencontré Nicolas Pagès, c'était il y a deux mois, et il allait être papa. Il m'avait donné rendez-vous très tôt, 7h du matin, du côté de la gare Montparnasse, à Paris. Il faisait nuit et il faisait froid. Nous avons passé une heure ensemble, parler de son internat, de son entreprise, Satélia, de médecine conventionnelle et de Medtech également. Arrivé chez moi, lorsque j'ai voulu écouter l'entretien, stupeur, aucun son, aucun souffle, aucune parole ne sortait de mon enregistreur. Probablement une mauvaise manip. En fait, j'avais foiré. Alors je l'ai rappelé. Lorsque nous nous sommes revus, il était devenu papa. Nous nous sommes retrouvés un peu moins tôt, 8h. Le printemps pointait ses premiers rayons, il faisait jour et le soleil était au rendez-vous. Tout pressé qu'il était, il a tout de même pris le temps de me parler d'abord de son fils. Puis nous nous sommes lancés pour une seconde fois Merci. dans le récit de sa vie d'interne et de chef d'entreprise. Et cette fois-ci, tout a fonctionné. Nous sommes avec Nicolas Pagès, anesthésiste réanimateur, fondateur de Satellia, start-up en medtech, leader français de la télésurveillance cardiaque. Nicolas a terminé son internat il y a 4 ans. Avec lui, nous allons nous entretenir de maladies chroniques, de e-santé, d'entrepreneuriat, de cardiologie, de medtech, de prévention. et de digitalisation des outils de santé. Et de plus, nous allons parler des patients, raison d'être de tout ça. Je suis Pascale Laffitte, bienvenue dans Internes en médecine, un podcast à suivre sans ordonnance ni modération. Je vous présente Nicolas Pagès, et il réagit à la première question traditionnelle de ce podcast, qui est de savoir pour quelles raisons... Il a choisi de faire médecine.
- Speaker #1
Alors initialement, ça va te paraître bizarre, mais je voulais faire de la recherche et développement. Et je m'orientais vers de la biologie. Et puis on m'a dit, tu sais, la biologie, si tu fais un bac plus 5, ça va être compliqué de trouver du travail. Et si tu pousses jusqu'à un bac plus 8, c'est relativement exigeant comme études. Et tu seras probablement obligé d'aller aux Etats-Unis. Et donc finalement, quand on a 18 ans, qu'on est scientifique, qu'on aime bien découvrir les choses. le corps humain, etc. On m'a dit, fais médecine, tu pourras faire de la recherche et tu pourras faire d'autres choses aussi, si tu le souhaites, en clinique. Donc, ça t'ouvre plus de portes. Donc, 18 ans, on va en médecine, première année. Et puis finalement, ça se passe très bien parce que je major le concours d'entrée. Et donc là, s'en suit ensuite au-delà de la première année, deuxième année, troisième année assez théorique. Le reste est beaucoup plus pratique et intellectuellement assez satisfaisant. Et donc, en fait, je me laisse porter assez rapidement jusqu'à l'internat de cette manière-là.
- Speaker #0
En t'écoutant, je me dis que tu n'avais pas de... de parents médecins à toi ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. J'ai un père qui est commandant de gendarmerie et une mère qui était assistante de direction dans le groupe Orange.
- Speaker #0
Donc, tu ne savais pas du tout à quoi ressemblaient ces études-là ?
- Speaker #1
Alors, non, mais j'étais passionné, on va dire, de tout ce qui est sciences et vie, sciences et vie junior, ce genre de choses, comprendre le fonctionnement des choses, entre guillemets, l'ingénierie du corps humain. Il y a une phrase que j'aime beaucoup qui est le cerveau ou le corps humain, c'est entre guillemets au moins aussi complexe que l'univers. On peut trouver énormément de profondeur dans la médecine. Ce n'était pas mon sujet d'intérêt, mais l'immunologie, l'infectiologie ou le VIH, les découvertes sont parmi les plus complexes au monde et ont un impact sur les gens. Et je pense que c'était aussi pour ça que les sujets de R&D m'intéressaient, parce que finalement, il y a la conceptualisation, la mise en œuvre, et ensuite, on finit par aboutir à quelque chose qui aide les gens.
- Speaker #0
La première fois que tu t'es retrouvé interne, responsable de patients dans un hôpital, Est-ce que tu t'en souviens ?
- Speaker #1
J'ai été très bien accueilli quand j'étais interne. C'était à Bordeaux. Exactement, en périphérie de Bordeaux. Par contre, je peux te raconter une anecdote dont je me souviens très bien. A minimum, ma première semaine d'interne, ce n'était pas le premier jour, mais ça devait être dans les dix premiers jours, d'externe, pardon, où on m'a proposé d'aller au bloc opératoire en neurochirurgie, puisque j'étais en stage là-bas. Et c'était une opération. On m'a dit, il y a une opération très spéciale, ça c'est rare, on en fait une ou deux par an à Bordeaux. C'est des enfants qui ont des sutures crâniennes qui se soudent un peu trop tôt et donc qui ont des déformations crâniennes et qui s'opèrent pour laisser... grandir correctement le cerveau et favoriser le développement psychomoteur. Ça s'appelle une scaphocephalie et en fait ça consiste à scier l'intégralité du crâne dans la circonférence. Et donc je suis dans le bloc opératoire, c'est mon premier bloc opératoire. Évidemment tu me vois venir quand il soulève le capot du crâne et que je vois tous ces filaments, le cerveau qui bat un peu comme un cœur, etc. Donc il fait chaud, puis il fait très chaud, puis il fait très très chaud, puis évidemment trois secondes après on me dit ça va, je dis oui oui et puis je finis. complètement par terre comme une crêpe, à me faire lever les jambes et avec un neurochirurgien qui me dit « Oh, c'est pas une salle de sport ici, vous le sortez de là » . Évidemment, dix minutes après, je reviens dans la salle beaucoup mieux, mais ça c'est quelque chose qui m'a marqué. Finalement, j'ai fini anesthésiste, j'ai choisi anesthésie à l'internat, donc ça ne m'a pas marqué trop négativement, mais celui-là, je m'en souviens.
- Speaker #0
Parce que l'anesthésie, c'est du bloc.
- Speaker #1
Exactement, l'anesthésie, c'est bloc tout le temps.
- Speaker #0
Anesthésie, réanimation, tu as choisi ?
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Pour quelles raisons ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. En fait, mes trois choix... c'était oncologie, cancérologie, je vais t'expliquer pourquoi, anesthésie, réanimation et après médecine générale. Je n'avais pas d'autres spécialités, je trouve que c'est des spécialités très transversales, oncologues, parce que finalement ça touche un peu tout. Quand on a un lymphome, un cancer du colon métastatique au foie ou au cerveau, c'est des pathologies qui touchent le patient dans sa globalité. Anesthésie, réanimation, parce qu'en fait c'est quasiment de l'ingénierie. Le système cardio-circulatoire ou cardio-respiratoire, c'est de la mécanique des fluides. Fluide R, fluide O... Et en fait, c'est assez passionnant, parce qu'on explique ça par la science ou ce qu'on connaît de la science aujourd'hui, d'arriver à mieux prendre en charge des patients. Et donc, j'ai trouvé ça passionnant. Et puis ensuite, médecine générale, parce que pareil, c'est très complet. Le problème de la médecine générale et ce qui me faisait hésiter, alors finalement, j'ai eu un classement qui me permettait de choisir anesthésie et réanimation. C'était qu'il y a quand même tout un sujet administratif de réglementation en France, qui fait que je n'étais pas certain, en tout cas à l'époque, c'est une très belle spécialité, puisque maintenant, c'est une spécialité, mais je n'étais pas certain à l'époque. qu'on puisse exercer de manière, je ne vais pas dire parfaite, parce que rien n'est parfait, mais à minima conforme, une médecine générale de qualité aujourd'hui en France. Et donc c'est pour ça que j'ai choisi anesthésie et réanimation.
- Speaker #0
Est-ce que tu étais heureux quand tu étais interne ?
- Speaker #1
Très. J'étais très heureux. J'ai trouvé ça passionnant d'apprendre pendant 11 ans. Alors les deux, trois premières années de médecine, c'est assez théorique pour être honnête. Et c'est rigolo. C'est fou quand tu es réanimé. Ce n'est pas du tout le reflet de ce qu'on voit après. Mais à partir de la troisième ou quatrième année, jusqu'à la fin de l'internat, c'est des choses qui sont très pratico-pratiques et puis il y a assez rapidement un contact avec des patients qu'on soigne et on voit son impact de manière assez directe alors évidemment, graduel au fur et à mesure du temps jusqu'à la fin de l'internat, il y a quand même un certain nombre de moments d'émotion où tu sais que, on va dire, t'as sauvé les fesses du patient, lui il le sait et toi tu sais qu'il sait, et donc des fois c'est plus en réanimation qu'en anesthésie mais en réanimation avec la famille, il y a quand même des choses qui se passent où c'est assez puissant émotionnellement et assez gratifiant
- Speaker #0
Tu parles de la famille, est-ce que tu es préparé, lorsque tu fais tes études, à rencontrer la famille ? Et on parle de réanimation, lorsque une personne est dans le coma, par exemple, tu t'occupes de lui. Mais les personnes avec qui tu communiques, ce ne sont pas les patients, c'est la famille. Est-ce qu'à ça, tu étais préparé ? Est-ce que c'est quelque chose qui t'intéressait ?
- Speaker #1
Alors, je vais te faire une réponse intermédiaire. J'aurais pu dire pas du tout, parce que pas du tout en théorie. Il n'y a pas de cours, il n'y a pas de support, etc. Cela étant dit, le... L'organisation des services fait que tu es toujours accompagné un peu selon la modalité. Le seigneur fait, tu écoutes. Ensuite, tu fais, le seigneur écoute et te débriefe après. Et ensuite, tu finis par faire tout seul pour des cas de plus en plus simples et de plus en plus touchy au fur et à mesure où tu gagnes la confiance de tes seigneurs. Donc finalement, même s'il n'y a pas de théorie, de mon expérience personnelle en pratique, ça s'est fait de manière très progressive, très bienveillante. On n'a jamais été lâché en difficulté. Et donc finalement, la pratique a fait le job.
- Speaker #0
Et le rapport avec la famille, ça fait partie du travail du médecin. Et c'est important, c'est quelque chose d'intéressant.
- Speaker #1
Alors je te dirais avec le recul maintenant, on est probablement un peu trop, mais c'est un avis très personnel qui n'engage pas la collectivité de la spécialité d'anesthésie et réanimation. On est peut-être un peu trop centré sur les soins techniques et peut-être pas assez sur l'environnement. J'imagine que les seniors, en tout cas pour les avoir vus, eux ont beaucoup plus ce recul. C'est-à-dire les gens qui ont 15 ans de bouteille, 20 ans de bouteille, 25 ans de bouteille. Les soins techniques, je pense qu'ils les ont vus et revus, ça ne les intéresse pas trop. Et le relationnel les intéresse parce que finalement, c'est ça la richesse du métier. Donc, comme dans des équipes, il y a souvent des seniors et des mix de juniors. En fait, la famille est bien prise en charge. Ça va te faire rire, je crois que je n'ai quasiment jamais connu, franchement, ça ne se compte même pas sur les doigts d'une seule main, au cours de mes sept ans en train de m'y d'internat, puisqu'on le verra, j'ai fait cinq ans d'internat entre coupé de deux ans d'entrepreneuriat pendant lesquels je faisais des remplacements en tant que senior.
- Speaker #0
Pour gagner un peu d'argent ?
- Speaker #1
Exactement, on le verra après pour lancer l'entreprise et payer les premiers salaires. Même pas une ou deux fois des gens qui se sont plaints, plutôt par dépit de gens qui étaient décédés. On le verra, j'ai fait l'internat en période Covid, notamment au début en réanimation respiratoire à Bordeaux, ou en réanimation polyvalente. Et ce n'était pas une période très sympa, que ce soit pour les professionnels de santé, ou pour les patients, ou pour la famille des patients. Mais en dehors de ça, franchement, j'en garde un très bon souvenir.
- Speaker #0
La suite de ta carrière t'a amené pendant l'internat à faire un break, des breaks successifs. Tu as créé Satellia, on expliquera plus tard ce qu'est Satellia, mais dans ton parcours d'interne, tu t'es un jour retrouvé dans une réunion, un hackathon santé, c'est comme ça qu'on l'appelle.
- Speaker #1
C'était incroyable.
- Speaker #0
Et ça c'est, comment dire, parfois dans la vie, il arrive un rendez-vous qu'on n'attendait pas. Et ce rendez-vous va changer toute la suite de ton parcours de médecin.
- Speaker #1
Oui, exact. Il y a, on va dire, deux ou trois graines qui ont été plantées dans mon cerveau. Et en effet, ça, c'est la première. Donc, le hackathon, ça s'appelle un start-up week-end. Alors, à l'époque, c'était peut-être un peu plus en vogue qu'aujourd'hui. On réunit pendant un week-end des ingénieurs, des médecins, puisque la thématique du hackathon, c'était santé. Donc, hackathon, abréviation de hacking et marathon. Voilà. Ça commence le vendredi soir et ça finit le dimanche à 16h. On bosse la journée et la nuit. Donc on dort, on finit à 3h du mat, on revient à 9h. Et le but, c'est de développer des projets courts dans ce laps de temps, en réunissant dans une même pièce des ingénieurs, des médecins, des infirmiers, des professeurs de rhumatologie, des gens qui sont capables de donner leur week-end. Et à la fin, ce qui en sort est assez impressionnant. Ça,
- Speaker #0
c'était à Bordeaux.
- Speaker #1
C'était à Bordeaux, et ça avait été organisé par un groupe d'interne de santé publique, qui a vu franchement la bonne idée de faire ça. Et ouais, ça a été une révélation de dire, waouh, des choses qui sont très compliquées à faire dans un environnement hospitalier, avec un département informatique, dont le but c'est de faire tourner l'hôpital, et pas de faire de l'innovation, et encore moins de l'innovation un peu vraiment très spécifique pour les métiers. On était à l'époque où il fallait déployer les dossiers patients informatiques, connecter les applications entre elles, etc. En deux jours, on fait quelque chose qui aurait pris deux ans à faire. Et donc là... Je sors de ce week-end-là en me disant, waouh, des choses qui prennent deux ans dans mon référentiel, en réalité prennent deux jours. Pour peu qu'un ingénieur vienne s'asseoir à côté d'un médecin. Et on verra que ça, c'est la première graine de l'aventure entrepreneuriale.
- Speaker #0
Deux jours pour le dessiner, le projet. Pour le faire. Pour le faire.
- Speaker #1
Pour te dire, le projet qu'on avait fait, moi j'étais à Nestréa, et il y a quelque chose qui est intéressant, c'est de capter la fréquence cardiaque de quelqu'un. Il y a quelque chose qui était encore plus intéressant, c'est de capter la fréquence cardiaque de quelqu'un à distance. Alors aujourd'hui, ça peut être pratique courante, parce qu'on voit qu'il y a des miroirs, etc. à l'époque, en fait, avec une caméra, on détectait... En fait, on faisait de la reconnaissance faciale, on détectait la zone des pommettes ou du front, qui sont les zones dans lesquelles il y a le plus de pulpe de peau, et on regardait l'analyse de la couleur, de la variation de couleur de la peau. Et en fait, quand ton cœur bat, il envoie du sang, et la peau devient un peu plus rouge. Et quand ton cœur se relâche, il envoie un peu moins de sang dans les capillaires, un tout petit peu moins, et du coup, la couleur de la peau devient un tout petit peu plus blanche. Et donc, ça ne se voit pas à l'œil humain, mais des caméras avec de l'amplification du signal permettent de voir en fait... cette peau qui devient un peu plus rouge, un peu plus blanche, un peu plus rouge, un peu plus blanche, et donc tu en extrais une fréquence cardiaque. Et donc avec un petit robot qui était développé par Capgemini à l'époque, on arrive à capter la fréquence cardiaque de quelqu'un à distance. Donc il y a des choses qu'on fait nous-mêmes, il y a des choses qui reposent sur des briques open source du MIT que j'avais vu en veille, et grâce à une équipe d'ingénieurs, ils implémentent ça dans le robot et on fait une démo finale incroyable où quelqu'un monte sur scène, reste 30 secondes devant le robot et le robot dit, voilà, votre fréquence cardiaque est à 60, une fréquence cardiaque normale. Il dit, voilà, j'ai immédiatement prévenu votre médecin, je lui ai envoyé un rapport. Et on voit le rapport s'afficher à l'écran, sur la slide, derrière la présentation. Et les gens sont assez époustouflés.
- Speaker #0
C'était en 48 heures ?
- Speaker #1
Et ça, c'était en 48 heures, oui. Techniquement, en fait, il n'y a rien de compliqué. À partir du moment où on sait où trouver les briques open source, comment on sait comment les assembler. Et quand on explique aux ingénieurs quel est le résultat final qu'on veut.
- Speaker #0
Sauf que lorsque tu t'es inscrit à ce premier hack à ton santé, est-ce que tu avais déjà ce projet en tête ? en arrivant Et en écoutant les discussions que tu as, t'es dit, si je travaillais là-dessus ?
- Speaker #1
Alors non, c'est en écoutant les discussions. Évidemment, j'avais fait de la veille avant et je savais ce qui était possible. Et puis, comment commencent ces start-up week-end ? Et j'incite tout le monde, les médecins, s'ils trouvent ce type de hackathon, je crois qu'il y en a un à Strasbourg qui est fait régulièrement chaque année, à aller prendre un week-end. Ceux qui ont une vocation un peu entrepreneuriale ou de découverte, allez-y, vous ne perdez pas votre temps. Et ça commence, ils expliquent le principe du hackathon, ils expliquent un peu les forces en présence, les compétences. Ils disent, prenez une heure ou deux. pour discuter avec toutes les personnes dans la pièce et voir s'il y a un projet qui vous plaît ou si vous, vous voulez proposer un projet. Donc c'est une espèce de brainstorming géant dans lequel sortent des idées sur lesquelles les gens se mettent d'accord pour collaborer et faire des groupes de travail.
- Speaker #0
Donc l'idée qui est sortie, celle que tu as toi proposée, c'était globalement celle-là ou vous étiez plusieurs ?
- Speaker #1
Il y a une douzaine ou une quinzaine d'idées qui sortent.
- Speaker #0
Et quand tu termines ces 48 heures, tu retournes à l'hôpital ?
- Speaker #1
Exact, exact. Donc ça, ça a été le premier, je ne vais pas dire choc, mais un peu révélation de dire waouh. Si j'ai un ingé à côté d'un médecin, on fait des étincelles. La deuxième graine qui a été plantée, c'est une étude scientifique qui est sortie en 2017, je m'en souviens encore, qui a été présentée par un oncologue, un cancérologue qui s'appelle Ethan Bache, qui a pris 800 patients qui avaient des cancers, qui les a... Il appartient en deux groupes de manière randomisée et qui a administré, en plus de la prise en charge standard qui était commune aux deux, un questionnaire d'effets secondaires type Google Formulaire. Donc il a branché ça sur son dossier patient électronique, son informatique lui a fait ça, ça avait coûté à peu près 10 000 dollars, donc rien. Et les infirmières chez lui recevaient les gens qui avaient des brûlures de la bouche ou des diarrhées ou des brûlures des mains, des choses comme ça. Et ça leur permettait d'être beaucoup plus proactifs sur les symptômes. je te la fais courte, à la fin de cette étude, les gens qui avaient le Google Form et qui reportaient leurs symptômes, gagnaient six mois de survie. Et là, ça a été un peu la deuxième graine ou le deuxième choc. On passe le temps à nous dire, en médecine, en tout cas un certain nombre de professeurs à mon époque, vous êtes l'élite de la République française, vous êtes le plus haut diplôme décerné par la République française, bac plus 11, il n'y a pas plus haut, etc. Donc finalement, tu finis un peu par y croire, et puis tu as quand même été sélectionné, major de médecine, bien classe à l'internet, etc. Et puis là, c'est un peu ton monde qui s'effondre. Et l'apprentissage de la vie, on te dit non, non, mais en fait, toi, tu t'embêtes à l'hôpital à faire des trucs dont tu penses que c'est incroyablement satisfaisant intellectuellement. Mais comme tu n'as pas de boucle qualité, que tu ne mesures pas ce que tu fais, quand quelqu'un à l'autre bout du monde mesure ça, un, il trouve des problèmes, deux, il est capable de les résoudre, et trois, à la fin, il y a six mois de survie en plus, quoi. Incroyable. Voilà, et donc ça, c'est la deuxième chose. Première chose, quand il y a un ingé à côté d'un médecin, ça roule, et ça fait des étincelles. deuxième chose, il y a des gens qui ont démontré dans un domaine qui n'est pas le mien, des choses exceptionnelles. Et donc c'est là que je décide, l'étude c'est 2017, et le lancement de l'entreprise pour moi c'est novembre 2017.
- Speaker #0
Comme l'a dit Nicolas, c'est bien à Strasbourg que se déroule chaque année ce qui est annoncé comme le plus grand hackathon santé du monde. Si vous êtes curieux et intéressés, c'est sur internet que vous trouverez toutes les infos pour le rendez-vous de mars 2027, ce sera la douzième édition.
- Speaker #2
Internant médecine. Le podcast à suivre sans ordonnance ni modération.
- Speaker #0
Nous allons revenir au parcours d'interne de Nicolas. Donc si je reprends ce que nous venons de dire, au début de son internat, il y a eu un hackathon, une étude scientifique et un constat concernant les maladies chroniques, maladies qui demandent beaucoup de surveillance. A partir de ces observations, Nicolas Pagès, alors interne en anesthésie-réanimation à Bordeaux, fonde en novembre 2017 Satélia. devenu depuis le leader français de la télésurveillance cardiaque.
- Speaker #1
Quand on regarde le coût énorme pour la collectivité, que ce soit France, Europe ou Etats-Unis, c'est la maladie chronique. Insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, diabète, insuffisance respiratoire, cancer. Et tout ça, c'est 80% du budget des assurances, grosso modo, dans les pays industrialisés, à l'inverse des pays en voie de développement où leur problème, c'est plutôt la maladie infectieuse que la maladie chronique. En général, je caricature un peu, mais c'est... Et donc, c'est ce constat-là. 80% des dépenses et donc du problème sociétal qu'on entend les urgences saturées pas d'argent etc c'est la pathologie chronique et ce qui est rigolo c'est que le système de soins aujourd'hui il est très épisodique donc je vais voir mon médecin je reviens ou je vais me faire hospitaliser opérer je reviens et en fait il n'y a pas de lien et donc c'est très bien pour la maladie aiguë mais pour la maladie chronique en fait on a un énorme problème et 80% de nos budgets partent dans la maladie chronique mais le système de soins actuel il n'est pas fait pour ça il n'est pas parfaitement conçu pour la maladie chronique la maladie chronique par définition demande un suivi continu.
- Speaker #0
Un suivi permanent.
- Speaker #1
Exactement. Donc, à moins d'aller habiter à l'hôpital ou à moins d'avoir un médecin qui habite chez soi, je caricature un peu encore une fois, le système aujourd'hui n'est pas conçu pour la maladie chronique. Donc, je ne vais pas dire qu'il n'y a pas quelques initiatives, mais structurellement le système n'est pas conçu pour ça. Donc, par suivi continu, ça peut aller du capteur de glucose planté dans votre bras qui prend la glycémie toutes les minutes, à l'insuffisance cardiaque et vous vous pesez deux fois par semaine, ou vous prenez votre souffle si vous êtes insuffisant respiratoire deux fois par semaine. Donc, le niveau de continu peut être variable. Et en fait, ce paradigme-là a fondé la création de cette LIA, qui est de dire, faisons l'infrastructure qui permet le suivi continu. Et en fait, le suivi continu ne peut être fait que par la télémédecine, donc médecine à distance, et dans la télémédecine, en fait, il n'y a que la télésurveillance qui permet le suivi continu. La téléexpertise, c'est épisodique, la téléconsultation, un patient, un professionnel de santé, mais c'est épisodique aussi. Et donc finalement, je suis persuadé que la télésurveillance, c'est une des briques hyper importantes et très sous-estimées aujourd'hui, qui va permettre de résoudre notre problème. financièrement parlant, je veux dire, de pathologie chronique pour lequel notre système de soins n'est juste pas fait aujourd'hui.
- Speaker #0
Financièrement et pour le bien-être, parce que j'ai l'impression que tu, je ne pense pas me tromper en disant ça, que tu es avant tout médecin, donc c'est aussi pour le bien-être des patients.
- Speaker #1
Et en fait, j'ai réalisé pendant mes débuts d'année d'entrepreneuriat que ce qui me motivait, ce qui me driveait, c'était d'aider les gens. Et en fait, j'ai trouvé la même chose en médecine. Et dans l'entrepreneuriat, j'ai eu une expérience de ce qu'on appelle des cours privés, des prépas privés. Comme j'ai fini bien classé en première année, j'ai été recruté par une prépa privée jusqu'à mon internat pour accompagner et aider et coacher des étudiants au concours de première année de médecine. Et en fait, dans chacune de ces trois grandes expériences, le sujet c'est d'aider les autres. Alors chez les étudiants, c'est de les aider à accomplir entre guillemets... leur rêve en médecine en fait c'est d'aider des patients à aller mieux parce qu'en fait ils viennent et ils te le demandent et en fait dans l'entrepreneuriat c'est exactement la même chose. Aujourd'hui on a sorti une grande étude en janvier 2025 qui montre une association significative avec une réduction de mortalité de 36% et une réduction des hospitalisations en urgence de 17% chez les patients qui bénéficient du programme de télésurveillance qu'on a créé quand on le compare par rapport à des gens qui ont aussi les standards de soins sans le programme de télésurveillance. Donc un peu l'étude d'oncologie dont je te parlais. Et le nombre de patients à traiter pour éviter un décès, dans cette étude, il ressort à 10,5. C'est-à-dire que tous les 10,5 patients qui bénéficient du programme Satélia, statistiquement, on évite un décès. Et donc finalement, on trouve à peu près la même chose qui répond à un problème, on va dire un peu plus de santé publique que clinique, puisque je ne suis plus cliniciens aujourd'hui, mais mon impact aujourd'hui est beaucoup plus élevé que quand j'étais au bloc.
- Speaker #0
J'aimerais bien qu'on comprenne ce qu'est Satélia, entreprise que tu as imaginée et créée alors que tu étais interne.
- Speaker #1
Oui, alors imaginer c'est un bien grand mot parce qu'en fait il faut avoir l'humilité de dire que ce qu'on fait, c'est plutôt mettre en exécution un parcours de soins idéal dont beaucoup de gens ont l'idée. Je veux dire, le métier de Satellia c'est trois choses. Le premier chose c'est de capturer de la donnée. La deuxième chose c'est de développer des algorithmes qui permettent de faire des recommandations. Donc ça peut être des alertes, c'est-à-dire recommandations de « vous devez voir le patient, il se passe un truc » ou recommandations de pousser du contenu spécifique au patient sur des sujets sur lesquels il n'est pas compétent en termes de connaissances. Et puis la troisième partie, après la récupération de données et les algorithmes, c'est l'action. Donc là aujourd'hui en France, c'est des choses qui sont plutôt, en tout cas médicalement, réservées aux médecins. Mais typiquement nous, dans l'action, on a une vingtaine d'infirmières salariées qui font du coaching, soit individuels au téléphone, soit collectifs en Zoom, avec des petits groupes de patients pour leur faire de l'éducation thérapeutique. Et donc récupérer de la donnée, faire des algorithmes et prendre des actions, que ce soit le médecin ou nous, c'est ça qu'on fait aujourd'hui.
- Speaker #0
Et les projets pour demain de cet atelier, donc là vous êtes uniquement cardio pour l'instant ?
- Speaker #1
Oui, on fait de l'insuffisance cardiaque et on va se consacrer encore longtemps à l'insuffisance cardiaque.
- Speaker #0
Pour quelles raisons ?
- Speaker #1
Nos résultats cliniques aujourd'hui, je te l'ai dit, c'est moins 36% de mortalité dans le groupe qui est utilisé par Satélia versus le groupe, et moins 17% d'hospitalisation en urgence. J'aimerais bien monter ce pourcentage de réduction d'hospitalisation en urgence, puisque dans d'autres pays étrangers, notamment les pays anglo-saxons et je pense aux USA, les gens sont beaucoup plus attentifs à la finance, et les hospitalisations c'est quand même quelque chose qui coûte très cher. Et donc c'est bien de réduire la mortalité, mais en fait c'est bien d'augmenter... La réduction des hospitalisations, surtout en urgence, déjà parce qu'en France, c'est ce qui pèse sur notre système de santé. Lourdement, on le voit avec des urgences fermées, en période estivale ou parfois hivernale. Donc il y a un certain nombre d'adaptations qu'on doit faire, et de développement, donc l'innovation, qu'on doit faire pour arriver à cette efficacité-là, tout en continuant de construire le système dont on a vu pour les maladies chroniques, système qui repose sur la technologie, l'humain, parce que parfois certains hôpitaux n'ont pas les ressources humaines pour faire leur activité, je pense à l'éducation des patients par exemple.
- Speaker #0
du webinaire, du coup de téléphone.
- Speaker #1
Des fois, les hôpitaux, il leur faut 6 mois pour avoir une webcam, pour une infirmière. Idéalement, il faudrait que ça change, mais en attendant que ça change et que les moyens soient mis dans les hôpitaux, nous, on a un prestataire de référence qui, par nos hôpitaux, dit « Écoute, je vous délègue l'éducation. Nous, on a tous les outils en interne. Pour te dire, on gère à peu près 11 000 patients pour le compte de médecins cardiologues et des équipes soignantes. Et sur ces 11 000 patients, pour te donner un exemple de la taille, le CHU de Bordeaux, c'est à peu près 3 000 lits. Et dans le service d'insuffisance cardiaque, il doit y avoir... une soixantaine de lits, une quarantaine de lits. Donc on fait à peu près, évidemment ce n'est pas la même gravité, mais on suit au quotidien trois ou quatre fois le nombre de lits total du CHU de Bordeaux.
- Speaker #0
Je poserais une question sur l'innovation. Est-ce que ce sont des médecins avec qui tu travailles ?
- Speaker #1
C'est un travail collectif, c'est-à-dire qu'on va reboucler avec le hackathon de tout à l'heure. Il faut un médecin et il faut un ingénieur. Parce qu'en fait, ce n'est pas le médecin qui va faire les analyses de données. Donc même si aujourd'hui, sans rentrer dans le détail, ouvrir un chapitre sur l'intelligence artificielle, où on voit que ça accélère vraiment très très fort, ça va être une transformation majeure. Et à mon avis... pas encore tout à fait comprise de beaucoup de personnes dirigeantes. Il faut un ingénieur qui puisse faire des analyses de données avec des outils d'intelligence artificielle ou de machine learning ou autre, et le médecin qui valide, qui vérifie. Il faut vraiment une collaboration entre les deux. C'est-à-dire que l'ingénieur seul ne va pas arriver à faire des choses très pertinentes, et le médecin seul non plus.
- Speaker #0
Donc la maintenance, c'est le couple.
- Speaker #1
Exactement. Et donc c'est pour ça que je ne peux qu'engager toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui et qui sont dans la santé et qui ont des choses qui ne leur plaisent pas. au début ça nous plaît pas, on râle, ensuite on râle, on propose, et ensuite on râle, on propose, on fait. Donc s'il y a des gens qui en sont à ce stade-là de je râle et je propose, maintenant lancez-vous, faites, vous apprendrez, tout sera pas parfait, mais ça ira toujours plus vite et vous construirez toujours des choses plus impactantes que si vous restez à râler ou uniquement à proposer dans un système qui ne vous écoute pas. Et c'est normal parce que le système aujourd'hui hospitalier ou clinique, en tout cas pour les étudiants, n'est pas fait pour vous écouter, c'est un système qui est fait pour délivrer du soin in situ, localement. pas un système qui est fait pour résoudre les problèmes, on va dire, de santé publique.
- Speaker #0
La répartition des dépenses en santé montre que la France n'alloue que 2% de son budget de santé à la prévention. Elle se trouve de fait en queue de peloton des pays de l'OCDE. La France est en retard sur tous les segments de la prévention, un sous-investissement qui ne se mesure pas seulement en euros mais en vie humaine. Le tiercé gagnant des pays les plus performants est le Japon, la Suède, la Suisse. Or, il s'avère qu'ils ont aussi la plus faible mortalité évitable.
- Speaker #1
Mon client, entre guillemets, c'est l'assurance maladie, puisque c'est celle qui récolte les fruits de l'efficacité de la chaîne de soins, c'est-à-dire les outils qu'on fait, les algorithmes qu'on fait, et les médecins, ou des fois les infirmières de cardiologie, souvent d'ailleurs, qui vont ensuite gérer les alertes. La sécurité sociale récupère les fruits de ça, et nous on fournit toute l'infrastructure qui permet aux soignants de prendre les bonnes décisions.
- Speaker #0
Ça ressemble à quoi cet atelier ?
- Speaker #1
Oui, alors aujourd'hui c'est ouvert uniquement aux médecins spécialistes. Cardiologues. Exactement, ou aux médecins... généralistes qui ont un diplôme universitaire d'insuffisance cardiaque. Concrètement, on repose sur deux piliers, un pilier d'éducation et un pilier de détection. Donc le pilier de détection, c'est sous forme d'une application ou d'une web application. Le patient reçoit à une fréquence prédéterminée, ça varie entre tous les jours et une fois par semaine, un questionnaire avec ses symptômes, dyspnée, orthopnée, toux, œdème des membres inférieurs... Pour exemple,
- Speaker #0
la prévéilisse, c'est lui, ce que c'est.
- Speaker #1
Oui, exactement, on lui a expliqué ça lors d'un... non seulement le médecin, et puis notre plateforme infirmière lors d'un appel de bienvenue. Le poids aussi va être récupéré. Il peut être récupéré manuellement si le patient le rentre ou via des objets connectés en 3G qui renvoient le poids dans un cloud et qui est automatiquement intégré dans l'application. Éventuellement, pareil, facultativement, tension artérielle et saturation. Et sur le poids et les symptômes est calculé un algorithme de risque qui, grosso modo, quand la trajectoire commence à partir en cacahuète, alerte le médecin avant qu'il soit trop tard. Et donc c'est relativement sensible et ça marche plutôt bien. Et ça permet aux médecins d'avoir un œil sur de grandes cohortes de patients. Les plus gros centres qui travaillent avec nous aujourd'hui ont entre 400 et 600 patients. Et donc, évidemment, ça leur permet de suivre, en premier, en direct, de manière continue, on le disait tout à l'heure, entre 400 et 600 patients sur le territoire, et de savoir chaque jour quels sont les...
- Speaker #0
Donc, le patient a besoin de se déplacer. Exactement. Lorsqu'il est alerté, il contacte le patient.
- Speaker #1
Exactement. Téléconsultation ou consultation. Donc, c'est hyper rassurant pour les patients, d'autant plus parce que là, on est dans le domaine où on fait 100% de l'insuffisance cardiaque. Donc, c'est assez émotionnel pour les patients, c'est le cœur, etc. Et donc, ça permet de savoir, pour le médecin... tous les jours quels sont les 2 à 10 patients qui présentent un risque relativement sévère et qu'il faut recontacter.
- Speaker #0
Nicolas Pagès, docteur en médecine, anesthésiste réanimateur, a choisi comme terrain de consultation et de soins de s'investir et d'investir dans l'innovation technologique médicale au service de la santé, ce qu'on appelle la Medtech. L'OMS, Organisation Mondiale de la Santé, définit la Medtech comme l'application de... de connaissances et de compétences organisées sous la forme d'appareils, de médicaments, de vaccins, de procédures et de systèmes développés pour résoudre un problème de santé et améliorer la qualité de vie.
- Speaker #1
J'encourage évidemment tous les internes ou les gens qui t'écoutent à tester l'entrepreneuriat s'ils ont cette fibre-là, parce qu'ils ont une maîtrise des technologies. qui peut parfois être meilleur que les gens installés en poste dans la clinique. Il y a une triple barrière réglementaire dans la MedTech. La première, c'est ce qu'on appelle des dispositifs médicaux. Même logiciel, on est ce qu'on appelle software as medical device. Donc, il faut être dispositif médical de classe 2A. Il y a des dossiers à faire, ça prend un peu de temps, mais ce n'est pas insurmontable. Première barrière. Deuxième barrière, il faut des preuves cliniques. Donc ça, c'est l'étude dont je t'ai parlé avec l'efficacité clinique. Et troisième barrière. C'est très important ça. Exactement. En fait, c'est ce qui différencie le wellness, le bien-être, de la santé.
- Speaker #0
C'est cette étude-là qui a permis d'aller plus loin.
- Speaker #1
aucun assureur ou quasiment aucun assureur ne remboursera de manière très pérenne une solution ou un système qui n'est pas dispositif médical et qui n'a pas de preuves cliniques. Parce que dispositif médical, c'est ce qui montre que c'est cybersécurisé, vérifié trois fois avant d'être testé, etc. et que ce n'est pas fait dans son coin. Donc c'est très bien de commencer dans son coin et il faut faire comme ça, mais assez rapidement, si on veut ne pas faire les choses tout seul et que ça repose sur une équipe, dispositif médical, ensuite des preuves cliniques et ensuite le remboursement, souvent apporté par les preuves cliniques et les analyses médico-économiques. Et c'est ces trois choses-là que Satellia est aujourd'hui le seul à avoir. On est le seul acteur à date à avoir dispositif médical de classe 2A, d'épreuve clinique, grosse étude quand même, 4 ans, 300 centres en France, 18 000 patients, 5 000 patients suivis par Satellia, 13 000 patients en contrôle. Donc très très grosse étude, publiée dans la 5ème revue de cardiologie mondiale, European Journal of Heart Failure, et un remboursement, ce qu'on appelle comme tu le disais, en nom de marque Clinique Mortalité. C'est un peu complexe, mais j'encourage tous les gens qui veulent faire de la santé, de la e-santé et développer des projets. qui seront obligés de commercialiser. C'est-à-dire que je vois beaucoup aujourd'hui de personnes et d'entrepreneurs médecins qui font des projets entre eux et eux. En fait, c'est bien, mais c'est hyper dépendant de vous. Et puis sur tout un tas de réglementations qui sont en place ou qui pourront arriver, au début, c'est bien de faire le renard et de, voilà, on ne voit pas où partaient nos patients, etc. Mais en fait, très rapidement, il faut être clean là-dessus parce qu'il y a une question de responsabilité personnelle qui est très sérieuse. Et donc très rapidement, il va falloir des équipes. Et s'il faut des équipes, il faut les payer. Et donc du coup, il faut assez rapidement un remboursement. Donc ça, c'est le chemin classique. Et c'est ça qui va transformer la santé, c'est-à-dire que le système de santé qui est épisodique aujourd'hui, nous on est dans l'insuffisance cardiaque, mais en fait il en faut aussi pour le diabète, pour le cancer... Déjà un certain nombre d'acteurs, mais il y a tout un tas de pathologies et de problèmes à résoudre qui n'attendent que les gens qui nous écoutent aujourd'hui.
- Speaker #0
Et ces pathologies dont tu parles là sont des pathologies chroniques. C'est les 80% de pathologies qui devraient être suivies en permanence qui, à ton avis, pourraient bénéficier d'acteurs de e-santé, comme tu le fais là dans le domaine de la cardiologie. On entend parler de la mauvaise santé du service de santé. Le soignant est encore plus malade que le malade.
- Speaker #1
C'est évident. Je vais te partager deux éléments de réflexion. Le premier, c'est oui, il est évident aujourd'hui que les jeunes générations comprennent et manient des outils que des générations un peu plus avancées ne comprennent pas ou ne maîtrisent pas. Et il est de leur pouvoir, voire peut-être si on veut être un peu dur, de leur devoir, s'ils s'engagent en médecine, pour un certain nombre d'entre eux, de regarder ces choses-là. Le coût de ce qu'on appelle les tokens, qui sont, on va dire, le carburant de l'intelligence artificielle, aujourd'hui, baisse de manière drastique. Je crois que c'est un facteur 10 ou 100 tous les ans. Enfin, c'est absolument énorme. Et donc, ça rend des choses faisables aujourd'hui, qui n'étaient pas faisables avant pour des raisons de coût. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous pouvez développer une application qui marche bien pour, je ne sais pas, 10 euros ou 20 euros. Donc, ça, c'est la première chose. Enfin, le deuxième élément de réflexion que je veux partager, j'ai appris bien après avoir fini mes études de médecine, ce que c'était que la bonne santé. Manger relativement correctement. l'importance du sommeil, l'importance de l'activité physique. L'activité physique, ce n'est pas forcément des choses de bourrin, ça peut marcher 5 000, 10 000, 15 000 pas par jour. Et c'est rigolo, c'est que j'ai appris ça après. Et je ne vais pas dire que j'en voulais un peu à mes études de médecine, mais avec le recul, c'est quand même assez impressionnant qu'en médecine, vous passez 11 ans à connaître toute la physiologie, toute la physiologie qui ne marche pas, donc ce qu'on appelle la physiopathologie, comment traiter tout ça, sans vous poser la question de la prévention. Aujourd'hui, il y a un peu plus de mouvements de longévité. Il faut dormir, il faut marcher, il faut faire un peu de sport. Je ne sais pas comment ça a évolué. Moi, j'ai eu deux cours de nutrition en 11 ans. Et je ne séchais pas les cours. Mais tu vois, on parlait des médecins généralistes tout à l'heure. Je pense qu'ils le savent, les médecins généralistes. Mais bien sûr qu'ils le savent. C'est juste que le modèle de rémunération, de rémunération variable, n'est pas aligné avec ça. C'est-à-dire que la sécurité sociale, aujourd'hui, paye à l'acte. Je sais que c'est compliqué à changer et qu'il y a un certain nombre de décideurs, de tout bord politique d'ailleurs, qui voient qu'il faut probablement un peu ajuster le système. Mais dans l'insuffisance cardiaque, il y a quatre traitements qui sont reconnus comme étant les standards de la prise en charge. On sait que si ces quatre traitements sont présents et donnés relativement rapidement, parce qu'en fait ils se montent par palier progressif sur 4, 6, 8 semaines, à 12 mois c'est 50% d'hospitalisation en moins ou en plus.
- Speaker #0
Et on connaît le coût de l'hospitalisation. Voilà,
- Speaker #1
donc en fait c'est un proxy. s'il y a ces médicaments et que le patient les tolère et qu'il n'y a pas de contre-indication et qu'il est ok pour les prendre et qu'il est un peu observant, à la fin c'est réduction de 50% des hospices. Donc on le sait. Donc en fait on peut mesurer ça. La question c'est est-ce que l'assurance maladie, dans ses programmes, le temps de mettre en place les choses. Donc ouais, c'est une question d'alignement des intérêts et je trouve ça incroyable que... Et moi pour discuter avec certains médecins et parfois certains membres des administrations centrales du ministère de la santé Merci. En fait, j'ai l'impression que tout le monde est câblé pour ça. Enfermons tout le monde dans un hôtel pendant deux semaines, et disons, voilà, on sort de cet hôtel que quand on a la réponse, et let's go, quoi.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu as été perçu par tes pères, seniors ou collègues co-internes, à l'époque où tu as lancé cet atelier et que tu étais interne ? Parce que si on reprend le parcours, voilà, tout se met en place. Or, il te reste encore des années d'internat. Or, tu n'es pas docteur. Or, tu n'as pas présenté ta thèse et or, tu vas faire des dispos, enchaîner les unes aux autres pour aller au bout de ce projet de e-santé. Parce que c'est vraiment, et ça, je crois qu'on l'a compris, ce à quoi tu crois comme médecin pour avoir une portée dans ton métier pour l'avenir.
- Speaker #1
Et pour te dire, plus j'avance, plus je me rends compte de la pertinence du sujet. Et même aujourd'hui, plus j'avance, plus je vois, plus je me dis, en fait, c'est une brique importante. J'espère d'ailleurs qu'on ne sera pas seul à la construire, qu'il y aura plusieurs entreprises qui la construiront au niveau européen ou mondial, parce que ça va être indispensable. Comment j'ai été perçu ? C'est rigolo parce que pendant la première partie de mon internat, les gens trouvaient ça assez fun et avec un peu de détachement. Au milieu de l'internat, comme les gens me voyaient souvent bosser en pause ou autre, les gens ne comprenaient pas forcément ce que je faisais. puis quand tu leur expliques, à l'époque on avait quand même donc moi j'ai pris deux ans de dispo J'ai monté une équipe, on devait être une quinzaine quand j'ai repris l'internat. Donc mon parcours c'est, je prends une dispo, je prends six mois, puis finalement après je reprends six mois, puis six mois, puis six mois, puis au bout de deux ans il faut reprendre l'étude de médecine. Mais en fait je ne sais pas au début des six mois que ça va durer deux ans. Puis je monte quand même une équipe, on doit être une quinzaine de salariés.
- Speaker #0
Donc tu fais des remplacements pour gagner un peu d'argent pour... Exactement, c'est ça qui sert à alimenter. ... pour survivre.
- Speaker #1
Exactement, c'est ça qui permet d'alimenter initialement les salaires et le capital de la boîte avec un certain nombre d'aides régionales ou autres BPI, Région, Agence Régionale de Santé qui financent ce projet. Et donc quand je reprends en effet ça paraît bizarre à un certain nombre de gens qui me connaissent pas trop mais ça va bizarre mais attends cette personne là elle gère une boîte à côté, elle est dirigeante d'une boîte, j'ai levé des fonds, j'ai levé 300 000 euros avec des business angels, 600 000 euros de dettes bancaires Et moi et un certain nombre de salariés, on a dû mettre 300 000 euros dans l'entreprise au total à ce moment-là. Et donc ça leur paraît bizarre. Et puis un jour, je ne sais plus exactement quand est-ce que c'est, il y a Forbes qui sort le classement de ce qu'on appelle les 30 under 30, c'est-à-dire les 30 personnes qu'il faut suivre parce qu'ils font des choses un peu différentes des autres, grosso modo. Et je me retrouve dans l'édito de Forbes. Tu n'avais pas été prévenu ? Alors non, je n'ai pas été prévenu. Et je me retrouve donc non seulement dans le classement, mais en plus dans l'édito de Forbes, comme étant quelqu'un à suivre quoi. Et donc là, les gens ne comprennent pas forcément beaucoup plus, mais ils disent Ah bon ! Si Forbes l'a dit. Donc à ce moment-là, j'ai repris la médecine. Il doit me rester quelque chose comme un an ou un an et demi à finir. Et en fait, les gens disent, je ne comprends pas, mais ça a l'air bien et sérieux. Il y a un peu l'effet vu à la télé. C'est ça,
- Speaker #0
c'est le tampon Forbes.
- Speaker #1
Exactement. Et j'apprends après que c'est un ancien, quelqu'un qui est externe en médecine aujourd'hui, qui était en deuxième année de médecine, qui avait été nominé l'année d'avant parce qu'il faisait de la détection de faux médicaments en Afrique, qui avait passé mon nom pour... pour cette année.
- Speaker #0
Et donc après, tu finis tes études de médecine parce que ça sinon, c'était mettre bazardé tout ce que tu avais fait avant de ne pas le terminer.
- Speaker #1
Exactement, c'est poser la question. C'était l'époque un peu, on va dire, de l'argent facile, les taux étaient bas, on a oublié ça maintenant. Et donc se pose la question, voyons un peu cette culture américaine un peu influente, il faut le dire, est-ce que j'arrête médecine ou pas ? Bon finalement, assez rapidement, je me dis on est en France, le marché n'est pas pareil, la santé c'est un marché qui est lent. qui est très lent, qui se construit, on l'a vu, par barrière réglementaire, barrière scientifique, barrière de remboursement. Et donc finalement, je fais le choix de reprendre médecine à ce moment-là.
- Speaker #0
Ça a été difficile ?
- Speaker #1
Alors, la période a été particulièrement complexe, puisque je m'étais organisé pour faire un executive master à HEC, pensant qu'il me manquait des compétences de manager, de finance, de gestion de projet. Finalement, je découvrais après que la valeur importante de ces écoles de commerce, ce n'est pas forcément la connaissance, c'est plein d'autres choses. Le réseau, l'ouverture sur le monde, le côté vraiment très théorique. Et très intéressant et très qualitatif, mais on peut le trouver sur Internet, sur d'autres formats pour gratuit. Et donc, je m'arrange pour faire un Executive Master. Et donc, Executive Master, c'est l'équivalent d'une journée par semaine. Donc, entre les journées de formation, etc., j'arrive grosso modo, les repos de garde, à gérer la boîte et ça, c'est dur. Et en fait, là tombe le Covid, quoi. Mars 2020, Covid. C'est rigolo, parce que les médecins français ont rigolé, les Italiens, oui, vous savez pas faire. Et puis, je peux te dire que quand ça nous est tombé dessus, on a appris beaucoup d'humilité, parce que vraiment, on a ramassé... doublement des gardes voilà donc mine de rien machine plutôt bien huilée au niveau des hôpitaux et des cliniques à cette époque là donc tu étais interne réanimateur au moment du Covid à Bordeaux au CHU, au Tripode à Olévec en réanimation respiratoire donc on prend les avec la réanimation médicale de Bordeaux on prend les premiers cas de Covid donc au début c'est rigolo c'est folklorique parce que évidemment on ne sait pas ce que c'est donc c'est rigolo c'est que les internes on se dit bon voilà c'est une grippette, on va dans les box sans les masques canards on l'attrape et comme ça on est immunisé parce que souviens-toi, ça paraît fou mais pendant un an il n'y a pas de vaccin donc pendant un an c'est masque et tout c'est le bazar quand même donc on se dit écoute, un certain nombre de personnes dans divers promos disent écoute on y va, on se le chope il y a 1% de chance que ça se passe mal et après on est bon et puis finalement on commence à voir arriver des gens de 50 ans, 60 ans, un peu obèses, mourir donc on se dit ouais c'est pas sympa, les gens font des c'est très pro-inflammatoire comme maladie en tout cas sur les premiers variants Il y a des thromboses artérielles, des AVC. Ce ne sont pas des gens de 30 ans, mais ce ne sont pas des gens de 60 ans toujours non plus. Finalement, on se calme un peu. Et puis, quand on arrive chez soi, c'est assez folclore. C'est-à-dire qu'en fait, on se déshabille sur le pas de la porte. Enfin, chez nous, derrière la porte, on se déshabille.
- Speaker #0
On va se prendre une douche.
- Speaker #1
Le lendemain, on fout les affaires au lave-linge et tout. Ça, c'est le début, quand il n'y a pas de vaccin. Grosse quantité de travail. Et donc, en effet, cette période-là est dure, déjà psychologiquement, parce qu'on voit quand même un... Il faut être honnête, beaucoup de gens mourir, on arrive en réanimation, on sait qu'il y a un certain nombre de personnes qui vont mourir. Par contre là, c'est des jeunes et des gens qui n'ont rien demandé. Et puis il y a des fois, surtout, on peut rien faire. C'est-à-dire qu'au début, on se demande corticoïdes, pas corticoïdes. Souvenez-vous, il y a des profs d'immunologie qui... Il y a ivermectine, pas ivermectine. Aujourd'hui, on sait un peu plus clairement, mais au début, pendant les 4, 6 premiers mois, il y a encore des toutes. Donc c'est une période vraiment pas sympa et vraiment pas agréable en termes de quantité de travail. parce que j'avais plusieurs engagements. Et puis finalement, comme j'ai toujours été bonne patte, puisqu'à cette époque, j'étais entrepreneur et célibataire, et donc ça ne me dérangeait pas de prendre un certain nombre de week-ends en urgence au dernier moment et que les collègues savaient qu'ils pouvaient compter sur moi et m'appeler et que je les dépannais à chaque fois. Grosso modo, sur mes sujets un peu programmés, je n'avais pas de sujet de dire, écoute, je veux une garde-là parce que je veux le repos de garde-là, parce que j'ai un événement le lendemain, etc. Donc les gens, que ce soit mes collègues ou même un certain nombre de professeurs d'Anestrea qui m'ont accompagné, ont été franchement hyper compréhensifs.
- Speaker #0
Psychologiquement, cette période-là, quand on est interne, on est un jeune garçon encore, est-ce que ça a été rude à gérer, à arriver, comme tu dis, à rentrer chez toi, sortir tes vêtements, essayer de ne pas ramener ça ? Je suppose que tu habitais chez tes parents peut-être à l'époque ?
- Speaker #1
Non, j'avais mon chez-moi. Non,
- Speaker #0
c'était chez toi. Non, essayez de ne pas ramener ça à la maison, aux copains. Est-ce que c'est difficile ? Est-ce qu'il y a un travail particulier à faire pour vivre cette période ?
- Speaker #1
Alors, ce qui a été le plus difficile, paradoxalement, c'est plutôt de faire des choix à l'hôpital en réanimation. Je me souviens que j'étais à Libourne et on a eu parfois... Alors, ce n'est pas arrivé souvent, mais c'est très désagréable, des soucis de place. Et donc... Je me souviens, au moins deux fois, avoir été appelé aux urgences par un médecin urgentiste. Et donc, comme tu es un peu senior et que j'ai fait deux ans de remplaques, c'était vraiment la fin. Tu es assez autonome. En fait, on sait qu'il n'y a pas de place et on se dit, je ne donnerai pas de détails, mais au-dessus de tel âge et de tel niveau de gravité, on ne prend pas, grosso modo. Et ça, ça a été à la maison, ça va, parce qu'en fait, mine de rien, on était les seuls à sortir. On avait les autorisations, etc. Donc en fait, les soignants, pendant une époque, on était confinés, nous. Donc en fait, c'était plutôt agréable de ce point de vue-là. Il y avait en plus le sentiment un peu de passe-droit, etc. On pouvait serrer l'esprit. Par contre, à l'hôpital, il y a un certain nombre de décisions qui étaient... Je me souviens d'une histoire qui m'a marqué, et j'en ai encore des frissons quand je te le raconte. Une personne qui devait avoir, je ne sais pas, 75 ou 80 ans, une dame, donc elle arrive aux urgences en difficulté respiratoire, test Covid positif. On sait qu'on n'a pas de place en réanimation et que de toute façon, à cet âge-là, le... pourcentage de survie ça doit être 2% quoi je veux dire donc bon. Et en fait la personne est assez câblée et assez cérébrée voilà donc on peut avoir une discussion et elle a parfaitement son cerveau et en fait on se rend compte en discutant avec elle que c'est son aide ménagère qui lui a donné le Covid parce que pas de masque et c'est toute l'époque des masques, je rentrerai pas dans le débat mais à toute l'époque des masques il faut un masque, il faut pas de masque, on n'en sait rien c'est dangereux ou pas bon. Donc je lui explique qu'elle va monter dans les étages et qu'on va faire le maximum dans les étages mais en fait elle comprend très bien ce qui va se passer, moi aussi, donc il y a cette espèce de contact. de « elle sait ce qui va se passer, tu sais qu'elle sait ce qui va se passer, et elle sait que tu sais qu'il sait ce qui va se passer » . Et donc des cas comme ça, il y en a eu quelques-uns, donc évidemment le lendemain, elle était plus présente. Il y a un petit sentiment d'échec quand même, alors que c'est un tracé comme ça. Pas de dire qu'on aurait pu le sauver, parce qu'on aurait eu des places, l'outcome aurait été le même. On n'était pas vraiment habitués à des décisions comme ça, et on a soutenu, c'était la politique nationale, mais bon, ça a coûté cher.
- Speaker #0
À la fin du Covid, tu passes ta thèse, et finalement... tu repars à temps plein chez Satélia, c'est ça qui s'est passé ?
- Speaker #1
Exact, alors je repars avec beaucoup de plaisir d'autant plus que les 6 derniers mois ont été un peu difficiles l'entreprise on avait dû monter à 25 ou 30 personnes j'avais fait l'erreur, donc ça c'est un peu plus entrepreneurial mais de ne pas mettre de management intermédiaire donc on avait une...
- Speaker #0
Un petit toit
- Speaker #1
Exactement, un déficit de management, un déficit de formation j'ai quelques soucis dans les équipes les gens les plus intelligents de chaque équipe deviennent des petits chefs parfois un peu tyrannique parce qu'en fait quand je suis pas là, comme ils ont souvent raison, ils prennent un peu la confiance. Et en fait sur deux personnes de l'équipe, je suis obligé d'arrêter la collaboration à des personnes les plus efficaces dans deux équipes de mon entreprise et donc de conserver les autres parce que j'arrive dans un phénomène où c'est soit la personne qui a pris le leadership sur l'équipe qui part, soit tout le reste de l'équipe qui part. Donc ça c'est les premiers apprentissages manageriaux. Et donc en effet je reviens à plein temps, je me fais accompagner par un directeur général pendant six mois le temps de lever des fonds. Et six mois après la fin de mon internat et le passage de ma thèse, on lève en effet 10 millions d'euros avec un fonds à impact financé par le Fonds européen d'investissement qui nous accompagne pour être le leader qu'on est aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est incroyable la réussite de Satélia, l'accueil de Satélia. Comment tu expliques ça justement, le fait que tu sois le leader dans ce domaine ? Parce que tu me l'as dit, un peu d'humilité, il y a beaucoup de gens qui peuvent faire ce que je fais, mais sauf que c'est toi qui l'as fait.
- Speaker #1
Pourquoi on en est là aujourd'hui ? Donc beaucoup de chance, on était là, il faut être honnête, au bon endroit, au bon moment, il y a une anecdote qui est...
- Speaker #0
Ça c'est la chance !
- Speaker #1
Oui, il y a une anecdote qui est célèbre, qui dit, oui en fait, pourquoi Steve Jobs et Bill Gates sont devenus les entrepreneurs à succès qu'ils sont ? Parce qu'en fait, ils étaient dans cet endroit en Californie qui est la Silicon Valley, mais des gens aussi intelligents qu'eux à New York, il y en avait, et des gens qui ont un cerveau qui marche bien, il y en a plein. Donc c'est pas avoir un cerveau qui marche bien et de l'ambition et une bonne vision, c'est pas... C'est indispensable pour réussir, mais il y a plein de gens qui l'ont. Il y a forcément une part de chance. Je dirais qu'il y a un sujet de recrutement et de gens qui t'accompagnent. Il faut sélectionner les bonnes personnes. Nous, ce qu'on peut offrir chez Satelia, c'est beaucoup d'impact. On est une cinquantaine de personnes dans l'équipe. que dès que quelqu'un pousse une ligne de code ou fait un projet, ça a un impact direct sur les patients. Dès que quelqu'un dit « vas-y, on va faire des webinars pour les patients en petits groupes, etc. » , en fait, deux semaines après, c'est mis en place et il y a des patients qui en bénéficient. Il y a certains patients qui nous envoient des courriers, parce qu'il y a 74 ans de moyenne d'âge, nos 11 000 patients suivis aujourd'hui en France. Certains nous envoient des courriers avec des poèmes pour nous remercier.
- Speaker #0
Mais c'est bien ça !
- Speaker #1
Oui, c'est du soin...
- Speaker #0
C'est là que vous restez médecin !
- Speaker #1
Nouvelle génération, quoi !
- Speaker #0
Le médecin, il reçoit des retours de ses patients.
- Speaker #1
Également, oui.
- Speaker #0
Moi, je me souviens du médecin de mon grand-père, il recevait un poulet, par exemple, ou des oeufs de la ferme.
- Speaker #1
C'est la même chose. C'est exactement ça. Donc, le recrutement, nous, en général, ce qu'on peut offrir aux gens, c'est de l'impact direct, beaucoup d'autonomie. Et d'être entouré, on va dire, il y a une très forte densité de talent chez nous. Les gens qui quittent l'entreprise pour tout un tas de raisons nous disent, j'ai jamais connu... autant de talent au mètre carré que chez Satélia. On est tous experts de ce qu'on fait, on est tous passionnés. Alors l'inconvénient, entre guillemets, c'est qu'on bosse dur, il y a une forte charge mentale. Mais donc je te dirais, voilà, beaucoup de chance, et puis si vraiment il faut dire qu'est-ce que j'ai fait, en fait, recruter les talents et leur expliquer la vision.
- Speaker #0
Je t'ai demandé tout à l'heure si tu étais heureux lorsque tu étais interne, tu m'as dit oui. Est-ce qu'aujourd'hui tu es heureux ? en tant qu'entrepreneur ?
- Speaker #1
Très, parce que j'ai l'impression de participer à mon humble échelle à quelque chose qui va être une révolution, c'est-à-dire, il va falloir que quelqu'un bâtisse cette infrastructure qui permette de suivre des patients atteints de maladies chroniques. Il y a plusieurs entreprises dans plusieurs domaines, dans la cancérologie, dans la diabétologie, et Satellia dans la suissance cardiaque. Il faut qu'on bâtisse cette infrastructure de soins. Il n'y a pas le choix. nos systèmes vont exploser. Je ne rentre pas dans le détail des discussions budgétaires qu'on a depuis quelques années, mais cette maladie chronique, elle ne peut pas être gérée que dès que les patients décompensent, arrivent aux urgences ou dans des hôpitaux qui sont, entre guillemets, soit bien dotés, soit bien organisés. Pour peu que des hôpitaux puissent être bien dotés, à minima bien organisés. On sait qu'il y a 5 à 10% des hôpitaux, surtout les gros, gros hôpitaux, grosses cliniques, qui peuvent organiser des unités, mais on sait qu'il y a tout un tas de petits centres hospitaliers ou cliniques périphériques qui sont en galère d'organisation. et pour lesquels il faut que quelqu'un leur fournisse les outils, voire parfois même un certain type de prestations, comme l'éducation des patients ou la coordination de leur parcours de soins.
- Speaker #0
Tu veilles, je suppose, à tout ce qui se développe dans le monde en e-santé. Est-ce que ça bouge beaucoup ?
- Speaker #1
Ce qui est particulier aujourd'hui, c'est que n'importe qui, depuis son salon, peut faire... Je prends un exemple. Le logiciel Satellia, il y a beaucoup de certifications, donc c'est un peu différent.
- Speaker #0
Des lignes de code, tu veux dire ? Des lignes de code. Avec une IA ? on est d'accord.
- Speaker #1
A dû coûter peut-être 10 millions d'euros sur les 5 ou 6 dernières années. Je pense qu'aujourd'hui, si je dois le refaire avec une équipe, on divise les coûts par 100, je pense. On divise facile les coûts par 100. Parce qu'on a la connaissance aussi, mais ce que je veux dire, c'est que des choses qui n'étaient pas faisables avant, il y a 4 ans et demi, c'était pas faisable, ou c'était faisable pour des sommes, à nous, il a fallu qu'on lève des fonds, etc. Aujourd'hui, n'importe qui, depuis son salon, peut lancer une idée, la tester et éventuellement, très rapidement, l'industrialiser si on pense que l'idée marche. Le sujet aujourd'hui, en effet, c'est que c'est un certain nombre de médecins qui le souhaitent puissent apprendre et être appétants pour ces technologies et les tester. Parce qu'après, les idées viendront d'elles-mêmes.
- Speaker #0
Je te remercie, Nicolas.
- Speaker #1
Merci à toi, Pascal.
- Speaker #0
Nicolas, rappelons-le. voulait, lorsqu'il était lycéen, faire de la recherche et développement. Sa curiosité l'a amené vers la médecine, la médecine vers l'entrepreneuriat et enfin l'entrepreneuriat l'a conduit vers la recherche et développement. Une boucle qui se boucle. Pendant les quatre premières années d'existence de l'entreprise, il était encore interne. Pendant les deux premières années, il a pris une dispo de la fonction publique et les deux suivantes, il est revenu à l'hôpital où il a terminé ses études, sa dixième et onzième années. d'anesthésie-réanimation. Voilà, c'est la fin de cet épisode. Merci à vous toutes et tous de nous suivre et d'être fidèles à ce podcast. Un nouvel épisode est à venir avec notre invité pour Internant Médecine, le podcast à suivre sans ordonnance ni modération. Et d'ici là, prenez soin de vous.