- Pascale Lafitte
Bonjour à tous et bienvenue, je suis Pascale Lafitte, je suis ravie de vous présenter ce nouvel entretien d'Interne en médecine. Une série de rencontres avec des internes et avec des médecins aussi qui se souviennent de leurs années d'internat. C'est le cas pour cet épisode que nous allons passer avec Olivier Dosseh, cardiologue à Rouen, fraîchement sorti de son internat. Vous allez entendre qu'Olivier n'est pas que cardiologue, mais on va commencer si vous le voulez bien par le commencement, la médecine. Olivier nous explique. quelles sont les raisons qui l'ont amené à faire des études de médecine.
- Olivier Dosseh
Moi, j'ai mon père qui est médecin généraliste. Il y a beaucoup d'internes médecins qui ont un père ou une mère médecin dans leur famille. Et donc, c'est vrai que j'ai toujours été baigné un peu dans ce domaine un peu médical, scientifique. J'ai eu une maladie grave quand j'avais 16 ans. Et à la suite de ça, j'étais un peu déscolarisé. Je savais que les études médicales, c'était quelque chose qui m'intéressait, où il fallait passer par la première année de médecine. J'étais très motivé pour y arriver, donc je me suis lancé dans les études médicales.
- Pascale Lafitte
Ça veut dire que vous avez fait ça sans aller au lycée ?
- Olivier Dosseh
J'avais des cours à l'hôpital en seconde, ensuite en première, j'étais vraiment à temps partiel, mais c'était très sporadique, on va dire ça comme ça. Et en terminale, j'étais revenu en scolarité, mais encore une fois, j'avais choisi mes matières, maths, physique, SVT. Le reste, je ne pouvais pas tout assumer. Donc après, j'ai eu mon bac comme ça et les études médicales après.
- Pascale Lafitte
Après, il y a eu le concours et puis il y a eu la décision de faire de la cardiologie. La décision était évidente pour vous ?
- Olivier Dosseh
Effectivement. finalement en... En deuxième année de médecine, on apprenait la cardiologie. Et je ne sais pas, j'avais vraiment beaucoup de plaisir à apprendre cette spécialité. Et donc depuis après la troisième année, ça s'est fixé. Jusqu'alors, c'est la cardiologie que j'ai choisie.
- Pascale Lafitte
Vous vous souvenez de votre premier jour à l'internat ?
- Olivier Dosseh
Alors le choc, il n'arrive pas le premier jour parce qu'on est encore un tout petit peu protégés. On sait très bien qu'on ne va pas pouvoir prescrire des médicaments d'emblée comme ça. Mais les jours suivants, c'est vrai qu'il y a quand même un choc parce qu'il y a des grosses responsabilités, il y a un volume horaire qui est assez important, on a des gardes qui arrivent assez vite dans notre cursus. Où Dieppe, il y a une particularité, c'est que les seniors ne sont pas sur place.
- Pascale Lafitte
Parce que votre premier semestre, vous l'avez fait à Dieppe ?
- Olivier Dosseh
À Dieppe, et les cardiologues seniors ne sont pas sur place, ils sont en astreinte quand on fait les gardes de cardiologie. Donc la première garde, effectivement... On a le téléphone et le chef, il est à distance en astreinte. Donc c'est vrai que c'est quelque chose qui est assez particulier. Ça permet d'avoir beaucoup d'autonomie très rapidement, mais à quel prix parfois ?
- Pascale Lafitte
C'est quoi ce prix que vous évoquez ?
- Olivier Dosseh
C'est la détresse qu'on peut avoir dans certains moments parce qu'on peut être amené à faire des échographies cardiaques, mais c'est notre premier semestre de cardiologie, donc on ne sait pas forcément l'assurance nécessaire. le fait de... Pas avoir de chef sur place fait qu'on peut à la fois avoir la difficulté d'aller déranger le chef quand on veut l'appeler si on a un problème et de ne pas le déranger souvent puisqu'il est à distance. Ou pour des situations qui nécessitent une urgence assez immédiate, le temps qui arrive, il y a quand même un certain délai. Après, je précise bien à Dieppe, les chefs, les premières gardes, ils restent sur place, mais à l'internat. Ils restent à l'internat. Puis progressivement, ils peuvent rentrer chez eux, mais en premier lieu, ils sont quand même à proximité assez immédiate. Ça, c'est important de le préciser.
- Pascale Lafitte
Vous vous êtes senti entouré par le personnel médical, autre d'ailleurs que vos co-internes, au début d'un internat, est-ce que c'est important d'avoir une équipe qui accepte que vous débutiez ?
- Olivier Dosseh
Effectivement, c'est une position qui est assez particulière entre les chefs seniors, l'équipe paramédicale, les autres chefs de spécialité, les autres internes de spécialité. c'est vrai qu'on est un peu entre deux Où le personnel paramédical peut parfois être assez challengeant sur nos compétences, alors qu'on est arrivé jusque là et qu'à l'issue du concours de l'internat, on est... En termes de connaissances médicales pures, c'est le pic de notre connaissance sur le plan général, sur toutes les spécialités. Après, on décroît et on se concentre sur notre spécialité, mais en termes de connaissances, on est quand même assez calé sur les dernières recommandations. Effectivement, on n'a pas encore la compétence de prescrire des médicaments, mais on a quand même cette plasticité et cette adaptabilité qui fait que c'est... parfois très difficile avec le personnel paramédical de se faire respecter et d'avoir sa place de l'autre côté avec l'ensemble de l'équipe soignante autre que notre spécialité, de notre service, parce que c'est normal, on ne sait pas trop à qui on a affaire d'un côté comme de l'autre et finalement parfois si on n'est pas d'accord sur des prises en charge. C'est sûr qu'on est obligé de se référer à ses chefs le temps qu'on puisse avoir ses marques et pouvoir s'imposer.
- Pascale Lafitte
Ce que vous dites est intéressant. Quand vous arrivez en première année, vous êtes au pic de vos connaissances. Et puis après, vous perdez certaines connaissances parce que vous vous sur-spécialisez, vous donc, en cardiologie. Mais qu'en fait, le reste, petit à petit, ça s'étiole. Là, maintenant, vous êtes... Vous êtes aisé depuis deux ans. Vous êtes docteur, cardiologue. Vous avez l'impression d'avoir beaucoup, perdu de tout ce que vous saviez quand vous étiez en première année ?
- Olivier Dosseh
L'exigence du concours de l'internat fait qu'on devait apprendre au moindre détail chaque spécialité. Donc, dans l'espace même de deux, trois semaines, il commence à y avoir de la perte, sauf pour, je pense, une certaine partie de ceux qui concourent, qui ont des capacités de mémoire assez impressionnantes, j'en fais pas partie, qui peuvent retenir des choses sur vraiment un long terme assez important. Moi, je sais qu'en apprenant par cœur, et comme tout le monde, très rapidement, s'il n'y a pas d'entretien et d'exercice, on perd certains détails. On garde le principal, mais on perd certains détails de prise en charge. Moi, par exemple, je ne sais pas, une pathologie comme le lymphome, je ne me souviens plus de comment on le traite. Alors que je le connaissais par cœur à un instant T, mais c'est parce que je n'en ai jamais vu pendant 6-8 ans.
- Pascale Lafitte
Vous dites que la mémoire... n'est pas votre principale qualité. Vous pouvez définir aujourd'hui ce qui vous permet d'être cardiologue. Quelles sont les qualités qui vous ont amené à être le cardiologue que vous êtes et puis à arriver à la fin de ces études que vous avez décidé de faire en réussissant en fait ?
- Olivier Dosseh
Pour devenir cardiologue, je trouve qu'il y a quand même beaucoup d'exigence et de rigueur dans cette spécialité. Il y a aussi une notion de sens clinique. Parce qu'il y a tous les facteurs de risque cardiovasculaire, en fonction de ces facteurs-là qu'on évalue le risque d'avoir telle ou telle maladie. Donc il y a vraiment une notion aussi de probabilité, un peu mathématique, c'est peut-être aussi ça que j'aime bien dans cette spécialité. C'est vrai que c'est assez bien standardisé, schématisé, avec beaucoup de protocoles, des recommandations qui sont claires. On a aussi cette capacité à aller de l'examen clinique Merci. aux examens complémentaires nous-mêmes, jusqu'au diagnostic et même parfois jusqu'au traitement nous-mêmes quand on est par exemple coronarographiste, encore sur-spécialisé ou rythmologue. Donc c'est vrai que c'est une spécialité qui permet vraiment de prendre en charge le patient de A à Z en pouvant quasiment tout faire nous-mêmes, jusqu'à l'imagerie. Et ça je trouve que c'est quand même assez gratifiant et assez particulier dans notre spécialité. C'est vrai que ça permet d'avoir vraiment une vision globale sur la maladie. et de pouvoir vraiment affiner sa stratégie de prise en charge et thérapeutique au fur et à mesure des examens complémentaires, si besoin il y en a d'en faire.
- Pascale Lafitte
Votre choix vous convient ?
- Olivier Dosseh
Totalement, totalement. Je ne pense pas avoir... Oui.
- Pascale Lafitte
Vous pensez que vous serez cardiologue toute votre vie ?
- Olivier Dosseh
Je savais que c'était la spécialité qui me plaisait le plus. Après, c'est vrai qu'au moment où j'ai passé le concours de l'internat et à l'issue des résultats, je n'avais pas cardiologie à Paris. Et donc, il y a eu une réflexion qui s'est faite en me disant, est-ce que je prends anesthésie-réanimation pour rester à Paris ? J'ai même pensé une fois à la chirurgie orthopédique parce que j'avais beaucoup aimé le stage. Mais bon, après, la chirurgie, pour moi, c'est un rythme, on ne se rend pas compte, mais c'est un rythme de dingue. Ah oui, oui, c'est des horaires, enfin l'internat, il est... Il est terrible, il faut vraiment aimer ça et avoir choisi ça. Comme moi, j'ai choisi la cardiologie pour se lancer là-dedans, je pense. Et donc, vraiment, le choix s'est fait au dernier moment. Deux semaines avant la fin des choix définitifs, j'ai choisi de déménager, de faire cardiologie à Rouen.
- Pascale Lafitte
Ce choix de changer de localité, de quitter sa ville de naissance, Paris, pour aller faire son internat de cardiologie à Rouen, est devenu fondamental dans le parcours d'Olivier. Quitter son lieu de vie, son foyer, c'est devoir évidemment en créer un autre. Quitter son logement, c'est être tenu, évidemment, d'en trouver un autre. La question du logement est donc au cœur de la suite de cet entretien. La question du logement est la raison pour laquelle je suis allé rencontrer Olivier à Rouen. Pendant sa dernière année d'internat, année de docteur junior, Olivier a conçu HomeDoc, H-O-M-E-D-O-C, une plateforme destinée à faciliter l'accès au logement des internes en médecine.
- Olivier Dosseh
L'objectif est vraiment d'améliorer les conditions de formation des internes en diminuant leur charge mentale et en levant un point vraiment de difficulté qui est le logement, qui est quelque chose que tout le monde connaît à présent, avec la crise du logement et la pression locative des grosses métropoles. Et c'est vraiment de se dire que finalement, un interne travaille en moyenne 59 heures par semaine. Pour visiter un logement, c'est sur des repos de garde. Que si on doit faire un déplacement, donc un déménagement à l'issue du concours de l'internat, comme moi j'ai pu le faire, ou pour un stage en périphérie, sachant qu'il y a des subdivisions où les... Les hôpitaux périphériques sont très loin et nécessitent de déménager pendant six mois. Ou on interchute les stages dans d'autres subdivisions, dans des centres de référence. Finalement, c'est autant de points où on est confronté à ce stress en plus de nos études, alors que nous sommes de très bons dossiers, très bons dossiers locatifs, salariés de l'hôpital public, étudiants en même temps, éligibles garanties visales, avec un salaire qui est extrêmement croissant dans les années. on est ceux qui reçoivent les patients. aux urgences et qui prennent soin de la population en grande majorité. Donc, ce n'est pas normal. Actuellement, on a des difficultés à se loger. On devrait nous faciliter la tâche. Et j'ai voulu vraiment faire ça pour faciliter la vie de ceux qui me succèderaient.
- Pascale Lafitte
Vous vous souvenez d'un moment précis où la question, parce qu'elle s'est peut-être posée pour vous, où vais-je dormir, a pu se poser et a pu générer un stress. Est-ce que HomeDoc... Il y a quelque chose de personnel, je vais la poser différemment la question. Est-ce que vous l'avez vécu ça, partir six mois loin de là où vous aviez votre logement principal et vous dire bon je fais quoi ce soir à part taper à la porte d'un coin interne ?
- Olivier Dosseh
Surtout il faut savoir que moi j'ai choisi Rouen pour la problématique du logement.
- Pascale Lafitte
C'est-à-dire pour la problématique ?
- Olivier Dosseh
J'ai choisi Rouen parce que c'était une ville proche de Paris. Donc déjà rien que pour aller visiter des appartements, c'était TER. et que mes autres villes que j'avais proches, c'était Tours et c'était TGV, donc il y a une différence de prix et de distance en voiture, si je devais prendre la voiture. Rouen, c'est aussi une subdivision où les hôpitaux périphériques sont proches à moins d'une heure, sauf pour le Havre qui est à 1h10, 1h20. Donc je m'étais dit que j'allais éviter d'aller au Havre pour pouvoir faire les allers-retours. Donc mon choix de ville d'installation s'est fait. Franchement, à 80% en fonction du logement et de ma capacité à trouver un logement assez facilement. Donc c'est déjà une chose que je trouve assez étonnante et que je pense qui est très méconnue. C'est tous les détails, tous les paramètres qui viennent en compte quand on choisit une ville à l'issue de ce concours de l'internat. Homedoc, c'est aussi ça. C'est à la fois trouver un logement facilement pour les internes en médecine, adapté au rythme des stages hospitaliers, que ce soit pour... un semestre ou pour plusieurs semestres si on veut s'installer de manière plus longue dans la région. Mais aussi, là, cette année, c'est d'en faire un outil d'attractivité pour les territoires, en mettant en avant aussi toutes les qualités du territoire en question en face de l'offre de logement. Des choses qui permettent à un interne qui arrive, qui est parachuté dans une ville, de pouvoir s'y intégrer et peut-être s'y installer, comme moi je l'ai fait.
- Nicolas Delourme
Internes en médecine, le podcast, à suivre sans ordonnance ni modération.
- Pascale Lafitte
On sait que le logement c'est une condition de survie mentale.Ça l'est pour tout le monde, puisqu'on connaît la crise du logement, mais c'est allé d'autant plus pour les internes qui n'ont peut-être pas, lorsqu'ils travaillent et lorsqu'ils arrivent, le temps de ratisser large pour se faire un réseau, à part un réseau entre internes en fait.
- Olivier Dosseh
Mais totalement. Moi, j'ai par exemple une de mes co-internes de cardio qui vient de Marseille et qui est arrivée à Rouen avec le temps qu'il fait. Il pleuvait. Elle a choisi le Havre comme premier stage. C'était un stage d'endocrinologie. Et le Havre, c'était une condition aussi de facilité pour être à l'internat. Et ça, c'est pas quelque chose qui est connu que des internes choisissent. Des subdivisions, puis un stage, non pas pour son appétence au stage. Ça peut rentrer un peu au jeu, mais surtout pour la logistique du logement derrière, de l'internat, sachant que les internats, maintenant, il y en a beaucoup qui sont vétustes. Ce n'est pas normal. On a 25 à 30 ans. On est une profession en devenir qui est quand même très importante pour la société. On ne peut pas vivre dans des conditions pareilles.
- Pascale Lafitte
C'est aussi un de vos credos, avec Homedoc, vivre convenablement, de manière respectueuse et respectée. Et dans des conditions normales. Vous parlez de l'internat. J'en ai visité quelques-uns. J'en parlais il n'y a pas longtemps sur ce podcast. C'est indécent, franchement. C'est totalement indécent de laisser des internes qui, comme vous l'avez dit tout à l'heure, sont aux urgences, nous soignent. Tous, parce qu'on y passe tous à l'hôpital, un jour ou l'autre. Vivre dans des conditions comme celles-ci.
- Olivier Dosseh
Oui, franchement, je me suis rendu compte au cours de mon internat. qu'on n'était pas parfois, enfin souvent même, pas assez traités à notre juste valeur. Et le choc que j'ai eu, c'était au moment où j'ai commencé à remplacer. À partir du moment où j'ai commencé à remplacer...
- Pascale Lafitte
C'est-à-dire que vous avez votre licence de remplacement et vous remplacez des cardiologues ?
- Olivier Dosseh
Voilà, cinquième semestre d'internat, j'ai commencé à remplacer ponctuellement. Là, on se rend compte quand même que notre niveau de vie... Ça n'a rien à voir, ne serait-ce qu'en termes de salaire, ne serait-ce qu'en termes de responsabilité, parce que quand on remplace, c'est notre responsabilité de prise en charge d'un patient, et c'est extrêmement gratifiant, mais ça donne aussi vraiment pleinement conscience de ce que c'est que ce métier-là, et de ce que ça implique les décisions au quotidien. C'est pas normal qu'on ait autant de difficultés dans des choses assez logistiques, qu'on soit si peu rémunérés, qu'on doive se battre. pour nos conditions de travail, notamment le volume d'horaire qu'on fait, qu'on trinque sur certaines responsabilités qui ne sont pas les nôtres quand on est interne. Moi, j'ai fini mon internat de cardiologie. Je suis dans une spécialité assez rémunératrice. Actuellement, je travaille deux jours par semaine, par exemple, deux jours à deux jours et demi. Et je voulais, en parallèle, faire quelque chose pour les internes parce que j'ai la capacité et j'ai le temps. Enfin, je le crée et j'en ai plus tant que ça du temps. parce que ça prend énormément de temps. Mais voilà, je voulais enfin proposer quelque chose de concret aux internes parce que ce n'est pas souvent le cas. Moi, je ne comprends pas que depuis six ans, il n'y ait pas de solution faite pour rénover les internats ou pour faire en sorte qu'il y ait une campagne de communication auprès des propriétaires pour dire « Mettez votre logement à disposition d'un interne. » On est quasiment un des meilleurs dossiers locatifs. que... Je ne comprends pas qu'il n'y ait pas d'actions concrètes qui ont été faites. Il y a quand même des internes qui vivent dans l'internat avec des tags par un lit d'hôpital. Et ça, c'est entre deux patients, deux heures de sommeil dans la nuit parce qu'on est aux urgences et qu'on peut être appelé à tout moment.
- Pascale Lafitte
Olivier mène un combat avec un investissement en temps, il l'a dit à l'instant, et un investissement financier essentiel et indispensable. Disons deux mots de cet investissement financier qui a permis la création d'Homdoc. Olivier a imaginé la plateforme, mais il est cardiologue et pour la réaliser, il a donc dû faire appel à des prestataires qui, dit plateforme, dit développement numérique pour la créer déjà, et ça a un coût. Le montage financier du jeune docteur junior qu'Olivier était alors est complexe. Et il s'est endetté, vous imaginez bien. Tout commence par un prêt d'honneur. Un prêt d'honneur est un financement basé sur la confiance dans la personne, d'où le terme « honneur » , et non sur ses garanties financières. C'est un prêt à taux zéro. Ce prêt lui a permis d'obtenir ensuite une bourse French Tech, une bourse French Tech de la BPI. La bourse French Tech est une subvention publique accordée par BPI France, Bon. public d'investissement pour aider à lancer une start-up innovante. Il a également obtenu un prêt, un prêt classique du Crédit Agricole, puis un hébergement dans les locaux du village Baïcéa de Rouen, CA pour Crédit Agricole, un site d'accueil de start-up, un accélérateur d'innovation qui a mis à sa disposition, en plus de locaux, des compétences humaines en gestion et conseils en communication. Il a également obtenu des aides de la région Normandie qui lui permettent de couvrir des dépenses de marketing et de communication.
- Olivier Dosseh
Et donc maintenant, il faut faire du chiffre d'affaires parce que les dépenses en développement web ont été très importantes pour fournir un... Service de qualité aux internes, et c'est quand même un challenge parce qu'il y a deux catégories de clients à aller chercher, les internes d'un côté et les propriétaires pour qu'ils mettent leur logement.
- Pascale Lafitte
Et comment vous faites ça ?
- Olivier Dosseh
Les internes, c'était déjà un peu organisé entre eux avec les groupes Facebook, où ils déposaient les logements une fois qu'ils partaient, en disant j'ai mon propriétaire qui recherche un locataire, voici ses coordonnées. Il y a pas mal de logements qui tombent sur les groupes Facebook. Le problème de Facebook, c'est que c'est pas sécurisé, que c'est pas connu de tout le monde et surtout pas des externes, parce que les groupes, c'est des groupes d'internes. Les externes sixième année qui recherchent un logement n'ont pas vraiment accès à ça, sauf s'ils connaissent un interne. Et donc, voilà, j'ai voulu faire quelque chose qui soit pratique, fiable, sécurisé, avec des outils en plus pour l'aide à la rédaction du bail et des quittances de loyer. Pour que même un interne propriétaire puisse, à l'occasion d'un interchut, se dire « Ok, je vais sur Homedoc, il y a des logements, je mets le mien. » Et comme ça, je suis même aidé par les outils pour rédiger le bail. Ça me prend le moins de temps possible. Moi, mon objectif final, mon rêve, ce serait qu'un propriétaire soit tellement bien éduqué que juste sur la base du fait qu'il soit sur Homedoc, avec la vérification du RPPS, c'est ce qu'on fait pour vérifier que c'est bien des internes.
- Pascale Lafitte
RPPS, c'est votre, bon les internes qui nous écoutent connaissent tout ça, mais c'est votre numéro à vie de médecin.
- Olivier Dosseh
Oui, celui pour prescrire les médicaments. Donc, via ce numéro-là, on vérifie les internes. Et si un interne est vérifié, il en découle son salaire de base parce qu'il est fixé par la loi, les émollients liés aux gardes, c'est déclaratif, mais bon, après, on peut en faire autant qu'on veut, mais c'est assez fluctuant et... à la carte entre guillemets quand on est interne. Effectivement, on a des fiches de paye qui peuvent être un peu variables, voire même des fiches de paye d'externe quand on est premier semestre.
- Pascale Lafitte
Vous soulevez cette problématique, moi je n'y avais pas pensé, mais la problématique de passer de l'externa à l'interna avec ce premier semestre où on n'a toujours pas son salaire d'interne et où on doit se loger ?
- Olivier Dosseh
Oui, les directions des affaires médicales délivrent parfois des attestations comme quoi ça va être un futur interne avec tel ou tel salaire. Mais le salaire, nous, on l'a le 27 du mois. Donc il y a quand même le déménagement, les 27 premiers jours de novembre où on n'est pas payé, c'est terrible. Et en plus, il peut y avoir des frais d'agence. Et en fait, c'est tout ça que je veux éviter avec HomeDoc, c'est faire en sorte que les frais, il y a des frais, oui, qui sont à la mise en relation réussie. Donc c'est-à-dire que c'est que s'il y a un accord entre l'interne et le propriétaire qui a un prélèvement. Ils sont de 36% du premier lois de loyer charge comprise et 24% si c'est entre coins internes, si le propriétaire c'est un interne.
- Pascale Lafitte
Il est important de préciser qu'Homedoc n'est pas une agence immobilière et les frais que vient d'évoquer Olivier sont facturés uniquement si la mise en relation aboutit. Homdoc vend un service d'intermédiation, pas un bail, un service qui est réservé aux internes en médecine. Qu'est-ce qui vous inquiète le plus pour les internes aujourd'hui ? On vous sent quand même très proche de ces années d'internat, vous l'avez quitté il y a peu, il y a un an. Qu'est-ce qui vous inquiète ?
- Olivier Dosseh
C'est que finalement, on est dans une position qui est quand même très à notre désavantage en étant à la fois étudiant et à la fois salarié. Et donc, pendant, je ne sais pas, six ans, on paye la CEVC par exemple, c'est 90 euros. Je n'ai jamais mis un pied à la fac. Il y a plein d'incohérences. On est salarié de l'hôpital public, mais on est les seuls à ne pas avoir de compte de nos horaires. On est les seuls à être tellement, hiérarchiquement parlant, coincés entre nos chefs, le fait qu'on est étudiant, donc on doit valider des choses, qu'on est contraints par des volumes horaires qui sont parfois très importants, alors qu'on prend des responsabilités et parfois des engagements qui sont au-delà de notre champ d'interne. Oui, ma préoccupation, c'est que les internes ne vont pas être la variable d'ajustement où dès qu'il y a un problème, on va mettre des internes. Qu'importe leur niveau de formation, qu'importe la qualité de cette formation-là ou même des dispositifs mis en place pour cette formation, il y a besoin d'un médecin, on va mettre un interne. Puis on va pallier comme ça, faire un peu patch avec les internes alors qu'on est les médecins de demain. Et que franchement... Moi, déjà, ma génération, la qualité de vie personnelle commence à entrer en jeu de manière assez importante. Et il ne faut pas méconnaître ça. En fait, j'ai fait 13 ans d'études. Demain, s'il faut arrêter, j'arrêterai. Je serai capable d'arrêter si ma vie personnelle m'en épanouit. Son personnel entre en jeu. Et ce n'est pas une logique qu'ont les générations précédentes, en fait.
- Pascale Lafitte
Je vous poserai une dernière question. Si vous pouviez donner des conseils à l'interne que vous étiez en première année, vous lui diriez quoi, là, aujourd'hui ?
- Olivier Dosseh
Je dirais qu'on nous dit que c'est plus facile les années d'après, mais ce n'est pas vrai. Mais que par contre, il faut continuer dans la même voie, dans ce qu'on croit, rester rigoureux, consensueux, malgré certains aléas qu'on peut avoir dans la vie ou certaines critiques, d'être fidèle à soi-même et qu'être un bon médecin avant tout, c'est être humain. Qu'importe son niveau de connaissance, qu'importe le temps qu'il passe à travailler, qu'importe le temps de publication qu'il fait, c'est avant tout d'être aimant, d'écouter et d'avoir de l'empathie. Et c'est quelque chose qui se perd, alors que c'est essentiel pour pouvoir vraiment « soigner le mal » plutôt que « soigner une pathologie » . Donc c'est ça que je me dirais.
- Pascale Lafitte
Et ça, vous ne l'avez pas appris ? En fait, ce que vous dites, c'est ce qu'on n'apprend pas.
- Olivier Dosseh
Oui, c'est ce qu'on n'apprend pas. C'est ce que j'ai appris au travers de ma vie personnelle, des rencontres que j'ai faites et de la réalité de la vie, de ce qu'elle est, des injustices qui peuvent intervenir. Mais oui, c'est ce que je me dirais, c'est que c'est important d'avoir de l'empathie.
- Pascale Lafitte
La mobilité imposée aux internes qui changent de stage tous les six mois est la cause structurelle principale de leurs problèmes de logement. Le coût du logement est une difficulté supplémentaire. Quant au lit, un internat, rappelons-le, il se distribue au compte-gouttes et pour un temps restreint. Les établissements hospitaliers n'ont aucune obligation légale de loger les internes et la plupart des stages ne prévoient pas de logement intégré. Ainsi, comme l'a expliqué Olivier, le logement devient un facteur capital de choix de spécialité, tout ceci ayant des conséquences directes sur la répartition des médecins sur le territoire.
Homedoc, la plateforme de logement pour internes en médecine, est disponible sur internet homedoc.fr, sur Instagram homedoc.fr.
Un grand merci à Olivier Dossé d'avoir partagé cette expérience. Il est donc créateur de HomeDoc et il est cardiologue à Rouen.
Je vous invite à vous abonner si ce n'est pas encore fait et à activer les notifications car sans ça, vous risqueriez de passer à côté de votre prochain épisode d'Internet en médecine, le podcast à suivre sans ordonnance ni modération. On se retrouve bientôt, prenez soin de vous.