L’intime qui chemine, le chemin cheminé. Rencontre avec soi-même et les autres, sur le chemin de Saint Jacques.
À Charlotte qui me botte et Julie que j'allie, à Léa « jacta est » et belle sans conteste,
que j'ai placées en muses de ma cornemuse, vous m'inspirez ces signes que je vous livre en lignes.
C'est à vous trois, mes chères, et aussi à mon frère que j'écris ce poème, parce que je vous aime. Et je vous sais sensibles à trouver comme audible : « C'est bien, mais pas si bien », « C'est mal et pas si mal ». Car au fond, s'il devait s'écrire une morale, du profond, je ne vais pas la dire du mental. Dans mon cœur vibre libre une vive membrane qui parle du sensible que ne connaît mon crâne. De cela, dans les faits, retenons l'ouverture que c'est de l'impensé que me vient l'écriture.
Sachons avoir envie d'en recevoir l'augure pour offrir à nos vies de faire bonne figure.
Le voici ce poème. Il vient de ma bohème. Je le dis par le « je », mais je pense tant à vous qu'en le mettant en jeu, je l'imagine en « nous ». Partageons, s'il vous plaît, dites ce qu'il vous amène à sentir, sans délai, du dedans de vous-mêmes. « J'ai quitté le courant d'un ruisseau turbulent, tout remis en balance pour gagner du silence, pénétré dans le temps, immobile au-dedans pour écouter comment parlait mon cœur d'enfant. Oui, j'avais tant besoin, pour aller vers demain de secouer l'univers à pousser mes frontières, d'écouler mes rivières pour dévoiler ma terre, me frotter à mes frères en toisant le Mystère. Avec mon compagnon, de Conques nous marchions, en poursuivant gaiement nos ombres de géants. Via Rocamadour aux coquets alentours, quelques beaux jours encore pour finir à Cahors.
J'ai fait des kilomètres sur des sentiers champêtres, gravi des raidillons, descendu des vallons, visité des chapelles, arboré des sanctuaires, en choisissant les aires où prier de plus belle, et peu à peu me mettre à voir que tout mon être, s'accordait, place nette, à vivre et à renaître.
Julie nous a touchés de son cas de chaussures qui n'a rien entaché de sa belle posture.
Du corps et de l'esprit, peu à peu j'ai compris l'alliance et l'alchimie qui les rendaient amis.
J'ai éteint la radio, celle qui portait si haut toutes ces météos loin de mes idéaux. Car l'ego que j'abrite, qui de rancœur milite à coups de dynamite contre tout, sans limite, ce tas d'idées, en fait, qui n'est pas à la fête,
je voudrais qu'il arrête de m'abrutir la tête. Un matin, le chemin lui a repris la main, car ce pauvre malin était bien incertain.
Au moment de choisir entre aller ou faillir, il a bien dû admettre qu'il n'était pas le maître. Sur un petit muret, en pansant mes orteils d'une douleur sans pareil, j'ai parlé à mon corps lui ai confié le sort, lâchant toute exigence, lui faisant allégeance, car c'est lui qui
savait.
En le remerciant, je me disais confiant, que de sa progression je prenais la leçon, et c'est reconnaissant de son dépassement, qu'enfin à lui vraiment j'entrais en relation. Après cet entremet, où j'étais estropié, je tais à tout jamais « Être bête comme ses pieds ». Connaissez-vous comment les galets les plus doux ont le cœur assez pur ? C'est parce qu'ils ont vraiment, pu résister à tout,
de leurs noyaux si durs. Les doux n'étaient pas mous. Les autres se sont dissous.
L'Amour qui mène la danse se retient en silence car, s'il est oublié, il se sait en dernier
demeurer le premier. Il reconnaît aussi que sa suprématie n'a de sens que si-il est, de cœur, choisi. Le jour de mon supplice, je n'ai pas oublié, Charlotte m'a doublé. Je l'ai interpellée pour une polaire trouvée qu'elle a su décliner. Elle offrait des saucisses, le soir à la veillée. Du bazar du village nous avons transporté Léa en arrivage, au camp de la nuitée. Le lendemain, en somme, toute une chaîne humaine cherchait le téléphone de Léa en déveine.
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Texte déposé ©Renaud Soubise
Musique : ©Paul Baraka - Le Chemin de Compostelle (Way of Saint James)