- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans le podcast Intramuros, une conversation au cœur du bureau des leaders de l'immobilier d'entreprise. J'ai la chance aujourd'hui d'être aux côtés d'Aude Grant, directrice générale de SFL. Bonjour Aude.
- Speaker #1
Bonjour Marie-Laure.
- Speaker #0
Avant de commencer, je voudrais débuter par un petit exercice. Pour te présenter, j'ai demandé à notre IA de faire ton portrait chinois. Voici ce qu'elle nous propose. Si Aude était un élément, ce serait la lumière du matin sur les toits de Paris. à la fois source d'énergie, de clarté et d'inspiration. Si elle était une architecture, ce serait un immeuble haussmanien repensé, fusion parfaite entre héritage et audace. Et si elle était une valeur, ce serait la transmission, exigée de soi pour élever le collectif. Lumière, audace, transmission. Aude, est-ce que ce portrait te ressemble ?
- Speaker #1
Il est beaucoup trop éloge. Je ne sais pas s'il me ressemble. Non, je me reconnais dans ces mots, pris en un. Je pense que celui qui me ressemble le plus, c'est énergie. Enfin, ça, c'est probablement ce que diraient les gens qui m'entourent. Et si je mets un petit peu plus de fait dans tout ça, donc en quelques mots. Donc, Aude, j'ai 44 ans. Je suis directrice générale de SFL depuis 18 mois. Ça fait 12 ans que je suis chez SFL. Et je dis ça parce que je pense que le mot fidélité est aussi quelque chose qui me caractérise dans mon parcours professionnel, de façon certaine. Fidélité étant long, parce que je pense que notre secteur d'activité, il mérite qu'on s'attarde sur les projets et qu'on y passe du temps et qu'on les voit mûrir dans le temps. Et puis, de façon plus personnelle, je suis mariée et j'ai trois enfants. Parfait. Très complet comme parcours déjà. Mais justement,
- Speaker #0
en parlant de parcours... Ton parcours a débuté chez Deloitte après HEC, une voie royale vers la finance au départ. Quel a été l'élément déclencheur, l'étincelle qui t'a fait pivoter vers la pierre et l'immobilier ?
- Speaker #1
Eh bien, le hasard. Le hasard et franchement, une rencontre, ça paraît bête de le dire comme ça, mais c'est la vérité. En fait, chez Deloitte, je m'occupais des audits de transactions, d'acquisition et de vente. Et ce milieu de la transaction m'a passionnée, mais j'avais très envie... de passer du côté corporate, donc d'une entreprise. Donc très concrètement, j'ai cherché un job dans le M&A corporate, comme on dit, et je suis tombée sur une annonce chez Foncière des Régions. Donc je suis arrivée chez Foncière des Régions à la direction financière pour passer un entretien. J'ai rencontré à l'époque Gilles Bonnier, étudiant admillé, et voilà, j'ai été embarquée dans l'aventure. Et dans l'aventure de l'immobilier par la Foncière des Régions. sur une classe d'actifs en particulier à l'époque ou une géographie ? Alors, au départ, étant sur la partie acquisition corporate, c'était assez d'ailleurs multi-géographie et multi-produits puisqu'à l'époque, on achetait des sociétés de logement en Allemagne, on achetait des sociétés de parking. Donc voilà, c'était assez varié. Et à vrai dire, je suis ravie d'avoir commencé comme ça parce que dans le fond, ça m'a montré que l'immobilier, ce n'était pas que comme chez SFL, le Prime, Paris. les immeubles prestigieux, mais en fait, tous les actifs sont absolument passionnants une fois qu'on rentre dedans.
- Speaker #0
Tu as été propulsée jeune à la tête de très grandes équipes, et voire très jeune, souvent plus expérimentée que toi. Quel secret pour exercer l'autorité et le leadership sans complexe dans ces contextes ?
- Speaker #1
Alors déjà, on a toujours un peu de complexe. Mais je dirais, il faut accepter d'avoir son propre style. En fait, il faut accepter qu'on ne sera pas forcément comme ceux avant ou après soi. Il faut être authentique. Je pense que c'est vraiment la seule façon de se faire accepter en tant que manager. En essayant de rentrer dans des cases, c'est très, très compliqué. Et puis, la deuxième chose quand même, c'est d'accepter que c'est un champ d'amélioration possible et de se faire aider. Moi, j'adore être coachée. J'ai été coachée à beaucoup de moments de ma vie professionnelle. Et je pense que c'est absolument clé pour passer les étapes. Bien sûr. Et pour exercer cette autorité naturelle, justement, quand tu connais un domaine et que tu en es passionné. Oui, absolument. Je pense que c'est un complément. C'est-à-dire qu'en fait, il faut trouver son style. Et puis après, il faut se faire guider aussi. Et je trouve que des apports extérieurs sont toujours extrêmement utiles. Complètement. D'ailleurs, en externe et en interne.
- Speaker #0
Exact. Tu dis aimer apprendre avec les autres. Comment cultives-tu concrètement ce goût du collectif et de la transmission au sein de tes équipes aujourd'hui ?
- Speaker #1
En fait, le management, je trouve que c'est un équilibre. assez subtile entre la collégialité et l'autorité. Je trouve qu'il faut essayer de trouver des instances, les moments en interne où on fait naître la collégialité, où on laisse tout le monde s'exprimer, parce que je pense que c'est comme ça qu'on crée de l'engagement, mais aussi comme ça qu'on prend les bonnes décisions, mais à la fin, il faut trancher. Je dirais que le collectif, c'est ça, c'est arriver à ce que chacun s'exprime. Et après, si on est le chef, c'est à soi de prendre la décision. Très clair. Si tu pouvais remonter le temps,
- Speaker #0
quel conseil donnerais-tu à la ode qui sortait tout juste d'HEC en 2004 ?
- Speaker #1
Alors, c'est difficile parce que je n'écoutais pas beaucoup les conseils. Et je dirais que c'est peut-être ça mon conseil, c'est de ne pas trop écouter les conseils. Moi, je n'ai pas écouté le conseil qui me disait de ne pas aller dans l'immobilier, c'est un secteur pas très intéressant. j'ai pas écouté le conseil qui m'a dit mais pourquoi tu vas chez SFL, voilà donc suivre son instinct et en tout cas choisir avec soin les gens à qui on demande conseil ça je pense que c'est la première chose non et plus sérieusement je dirais aussi qu'il faut profiter de toutes les étapes c'est à dire que quand on est jeune on rêve d'être chef, quand on est chef on rêve de revenir à l'institution de la jeunesse, en fait toutes les étapes sont vraiment géniales dans la vie professionnelle donc il faut vraiment profiter du chemin
- Speaker #0
Le chemin est tout aussi important que l'arrivée, n'est-ce pas ? Exactement. Le bureau te passionne pour sa capacité à refléter les évolutions du monde du travail. Quelle transformation des usages a été la plus structurante au cours des dix dernières années ? Et vous avez fait beaucoup de publications sur le sujet, beaucoup de recherches sur le sujet.
- Speaker #1
Moi, je dirais que le point central depuis dix ans, c'est que le bureau est devenu un sujet en soi pour les entreprises. Au-delà de toutes les demandes qui ont évolué, on pourra en reparler, mais il y a 12 ans, quand on commençait le Paris Workplace, franchement, même les dirigeants, ils n'avaient pas grand-chose à dire sur leur bureau. Aujourd'hui, ça a complètement changé. Tout le monde corporate s'est professionnalisé sur le bureau et sur ses demandes. À la fois, évidemment, sur le goût, le choix esthétique, mais la technique, les services, la localisation, etc. Tout ça nous fait vivre dans un monde... d'exigence qui n'a rien à voir avec celui d'il y a quelques années.
- Speaker #0
Je suis tout à fait d'accord avec toi. D'ailleurs, tu parles de bien-être et de service. Au-delà des concepts,
- Speaker #1
quel est l'exemple le plus concret d'un aménagement ou d'un service que tu as mis en place et qui a véritablement changé la vie des utilisateurs de l'un de tes immeubles ? Je pense que depuis dix ans, ce qui a le plus changé, c'est le service lié au sport dans les immeubles de bureaux. Est-ce que... ce qu'on voit dans nos études, c'est que la nourriture, ça reste le numéro 1. Surtout en France. Le restaurant d'entreprise, c'est le numéro 1. Depuis 12 ans, rien ne change. Mais, le sport, avant, n'était quasiment jamais cité. Aujourd'hui, c'est majeur. Et j'ai un exemple qui nous ramène quelques années en arrière. Dans le Washington Plaza, on a créé une salle de sport, objectivement, qui est canon, qui a eu beaucoup de succès dès son ouverture, je pense, en 2018 au 2019. Et j'ai ce souvenir du... post-premier confinement, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais les salles de sport, en fait, elles étaient fermées dans Paris. On n'avait pas le droit d'avoir de salles de sport. Sauf les salles de sport privées, qui étaient notamment celles des immeubles de bureaux, parce que ce n'est pas des salles de sport commerciales. Donc nous, on l'a rouvert tout de suite. Et je me souviens de chefs d'entreprise du Washington qui sont venus nous remercier en disant, mais merci d'avoir rouvert cette salle de sport. Les salariés reviennent au bureau pour aller faire du sport. Donc ça, c'était quand même un peu une découverte de voir qu'en fait... Les services, non seulement c'était sympathique, mais en fait, c'était aussi ce que les gens venaient chercher au bureau. Et alors ça, vraiment, ça a été une révélation pour tout le monde. Dans le retour au bureau, effectivement,
- Speaker #0
c'est un des éléments majeurs. D'ailleurs, si tu devais définir la signature d'un immeuble SFL en 2035, donc un peu de prospective, et seulement en trois mots, qu'elle serait-il ?
- Speaker #1
En fait, je dirais la même chose qu'aujourd'hui, en 2035, parce que j'espère, comme on se disait au début, qu'on travaille sur le temps long. Bon, un immeuble SFL, c'est vraiment un immeuble prime. Je suis obligée de le dire. Je dirais que c'est un immeuble chaleureux et intemporel, justement. Donc, je dirais que cette signature, elle était là il y a 15 ans et j'espère qu'elle sera encore là dans 15 ans.
- Speaker #0
Ça me paraît tout à fait clair. Et avec une stratégie telle que celle-ci, je ne vois pas pourquoi cela changerait. D'ailleurs,
- Speaker #1
on n'a pas encore évoqué ton bureau dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui. Est-ce que tu peux nous le décrire en quelques mots ? Alors, j'ai la chance d'avoir un grand bureau. Si je devais le décrire, il y a évidemment la table où je travaille. Il y a surtout une grande table de réunion parce qu'il y a beaucoup de gens qui viennent dans mon bureau discuter, décider, montrer des plans, passer des entretiens, me dire ce qu'ils pensent, ce qu'ils veulent. Cette table est très importante. Elle a un écran d'ailleurs au bout parce qu'on regarde beaucoup de choses physiques sur les projets. Il est complètement vitré. parce que ça, c'est pour moi une absolue nécessité. D'ailleurs, la porte est quasiment jamais fermée. C'est un contre-exemple, mais elle est toujours ouverte. Et puis après, il est décoré de beaucoup d'images de nos immeubles. Alors, surtout en chantier, parce que moi, j'adore les photos de chantier. Il y a... Un ou deux petits éléments personnels, parce que je ne crois pas à l'imperméabilité totale entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Et puis des objets surtout qui me font plaisir, des plantes, des photos. Moi, j'adore mon bureau. Il le sent très bien. On s'y sent très bien,
- Speaker #0
je te confirme.
- Speaker #1
Il est très parisien aussi, puisqu'on a la chance d'avoir une vue. On a la vue sur des immeubles haussmanniens, la vue sur le siège de Cicelet juste derrière. Il est parisien.
- Speaker #0
C'est très beau. D'ailleurs, le marché parisien est un écosystème à part. Entre l'héritage des Jeux Olympiques de 2024 et les nouvelles contraintes réglementaires, quel est aujourd'hui le plus grand défi pour un patrimoine aussi prestigieux que celui de SFL ?
- Speaker #1
En fait, l'équation qui est très compliquée pour les propriétaires d'immeubles parisiens aujourd'hui, c'est évidemment la préservation historique, le patrimoine, etc. Et ça, le PLU nous y incite très fortement. Mais qui doit s'accommoder du changement des usages et des besoins des entreprises. Donc c'est comment préserver l'existant ? tout en faisant évoluer les immeubles. Et ça, c'est honnêtement quelque chose de plus en plus compliqué. Ça passe, je pense, par une intervention de plus en plus chirurgicale sur les immeubles, que ce soit architectural ou à l'échelle de l'architecture d'intérieur, du design, et d'ailleurs jusqu'à la technique et au service, c'est-à-dire avoir le bon dosage d'intervention. qui permet de rester dans la ligne de ce que souhaite le PLU, mais l'adapter aux nouveaux besoins des entreprises. C'est vrai que là, on arrivait dans mon bureau, on regardait la photo du chantier de cloud. À l'époque, on démolissait la moitié des planchers quand on faisait une restructuration. Bon, évidemment, on a adoré ce chantier, on a adoré ce projet. C'est quand même un peu le monde d'avant de Paris. Aujourd'hui, on ne fait plus ça. Donc aujourd'hui, par exemple, on a le 90 Champs-Élysées. On a décidé de garder la façade, tout en revoyant l'intégralité des ouvrants pour améliorer les performances thermiques. On a une intervention en design intérieur qui va se voir quand même de l'extérieur pour justement donner à voir quelque chose de nouveau. Et puis, on crée un jardin de 1000 m² qui était quand même un peu à l'abandon. C'est ça les projets parisiens de demain. Je pense malheureusement ou heureusement plus que le cloud d'hier. Tu es une avocate reconnue de la diversité et de l'inclusion.
- Speaker #0
Quelle est l'action au-delà des chiffres dont tu es la plus fière pour promouvoir les talents et faire évoluer les mentalités dans notre secteur ?
- Speaker #1
Alors, déjà, ce n'est pas mon action, mais j'en suis ravie. Moi, je suis directrice générale d'une foncière française. Il n'y en a pas beaucoup, mais c'est déjà... Donc, je remercie... Mon prédécesseur qui m'y a aidée et mon président qui m'a nommée. Mais je pense que c'est déjà un bon symbole. Et une des premières choses que j'ai faites, c'est que j'ai fait évoluer mon comité de direction. Et aujourd'hui, on est à parité parfaite, 50-50. Et je précise, les femmes ne sont pas dans les fonctions support de l'entreprise, mais dans les fonctions opérationnelles de l'entreprise. Moi, j'ai toujours pensé qu'il fallait que ça vienne du haut dans l'entreprise. même si ce n'est pas toujours facile, même si ce n'est pas toujours possible immédiatement, c'est les instances de management qui doivent donner le là. Si on ne commence pas par là, on n'y arrivera pas. Parce qu'il faut montrer à tout le monde que c'est possible, c'est naturel et ça marche très bien.
- Speaker #0
Est-ce que tu as d'ailleurs un conseil peut-être à donner aux jeunes femmes qui n'osent pas ou qui n'ont pas forcément envie de saisir les opportunités qu'on leur offre ? Parfois, nous sommes confrontés à des jeunes femmes qui, à un moment, n'ont pas forcément envie de... de faire du management, de prendre des équipes. Est-ce que tu as un petit conseil à leur donner ?
- Speaker #1
Moi, je dirais que c'est un conseil pour les jeunes femmes comme les jeunes hommes, c'est quand on vous offre une opportunité, vous la saisissez. En fait, on ne se pose pas de questions. Parce que si on se pose la question, on voit toujours mille très bonnes raisons de se trouver pas assez bien, pas assez expérimenté, etc. Ne vous inquiétez pas, si on vous le propose, c'est que vous allez très bien le faire. Donc, c'est mon seul conseil. On ne se pose pas de questions. C'est une très bonne réponse, effectivement.
- Speaker #0
Pour conclure, si tu avais une phrase à inscrire dans la pierre d'un immeuble SFL destinée aux générations futures, quel message aimerais-tu leur transmettre ?
- Speaker #1
Ça, c'est difficile. Je sais qu'on aime la pierre chez SFL. Moi, je dirais quand même... que les lieux n'existent que par ceux qui y vivent. Donc il faut prendre soin à la fin des lieux, mais surtout des gens qui y vivent. Voilà.
- Speaker #0
Bien sûr. On chercherait effectivement un proverbe ou une citation dans ce sens.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Mille merci pour le temps que tu nous as consacré, Aude, mais ce n'est pas tout à fait fini. Parce que tu nous as fait le cadeau de ton temps et le cadeau de ces jolies réponses. C'était un plaisir. On sait que tu aimes les livres et on voulait te proposer un livre que nous espérons que tu n'as pas. C'est un petit clin d'œil. À cette grande maison qui a un SFL un peu augmenté, va-t-on dire.
- Speaker #1
J'adore les bouquins. Alors, je suis obligée de dire ce que c'est.
- Speaker #0
Est-ce que tu l'as déjà ? Non,
- Speaker #1
je n'ai pas du tout ce livre et je suis ravie. Et ça fera plaisir à nos amis de Colonial également qui viendront les feuilleter. C'est un livre sur Yaoudi. Et j'imagine... Mouah ! C'est un livre de Taskin qui est une très belle maison d'édition qui va nous replonger dans l'œuvre surtout catalane de Gaudi, j'imagine. Mais pas que, j'imagine. Merci mille fois, c'est trop sympa.
- Speaker #0
On sait que tu aimes l'architecture, on sait que tu aimes les livres et ça, il y a un petit peu de couleur aussi avec Gaudi. Exactement,
- Speaker #1
c'est vrai. C'est magnifique, merci beaucoup.
- Speaker #0
Avec immense plaisir. merci merci beaucoup merci beaucoup pour ton temps et tes réponses éclairantes merci à bientôt à bientôt