- Speaker #0
Hey,
- Speaker #1
je te le dis en off. Tu parlais de nuit debout, ça a été un peu l'élément qui a fait un peu basculer ma vie à ce moment-là. Il y a 80 000 personnes qui regardent en direct. C'est énorme. Surtout que ça n'était jamais arrivé avant. Et je voyais qu'il se passait quelque chose, parce que même moi je n'avais pas prévu de passer en live aussi longtemps. J'ai des gens qui m'apportent à boire, à manger, une powerbank, une batterie rechargeable pour pouvoir tenir le live. Et le lendemain, je me retrouve sur le plateau du grand journal de Canal+.
- Speaker #2
Je suis rédacteur en chef chez Brut, des formats courts. Aujourd'hui, vous êtes je crois à 13 millions sur TikTok d'abonnés. 5 millions sur Instagram, on pense parfois que les jeunes ne veulent pas s'informer, mais en fait ils s'informent autrement.
- Speaker #1
Surtout les jeunes, s'identifier à des gens avant des médias. C'est-à-dire que le lien de confiance se crée encore plus avec une incarnation, une personne, qu'un nom de média où ça rappelle toute la défiance, tout ce qu'il peut y avoir derrière. Le journalisme, c'est un métier que je trouve magnifique. C'est vrai que j'ai pu voir ces dernières années qu'il y avait aussi une défiance qui était importante et qu'on doit prendre aussi à notre compte. Il y a des raisons, il y a des motifs. Et le fait aussi, je pense, de se rapprocher des citoyens. De montrer comment on travaille, de montrer c'est quoi la fabrique de l'information. C'est des choses qui permettent de créer, de renouer du dialogue. Et je pense que c'est hyper important.
- Speaker #2
Qu'est-ce que le petit garçon qui rêvait d'être journaliste, il penserait aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je me dirais, ce que je lui dirais c'est, il ne faut pas lâcher. Parce que le parcours il a été très compliqué. Moi à l'école, j'ai redoublé ma sixième, moi je n'ai pas du tout... toute personne en milieu du journalisme, j'ai un petit village du nord de la France, donc très très loin de toute opportunité possible, mais bon.
- Speaker #2
Comme quoi quand on veut c'est possible.
- Speaker #1
Quand on veut c'est possible.
- Speaker #2
Mesdames et messieurs, bonjour.
- Speaker #1
Nous sommes en guerre. CNN is fake news,
- Speaker #2
don't talk to me.
- Speaker #1
Alors c'est devenu un métier,
- Speaker #2
donc en 2017,
- Speaker #1
de regarder des jeux vidéo et de les commenter. Est-ce que manger des pizzas c'est devenu un métier ?
- Speaker #2
Moi c'est Mélanie. alias Mélanie Nouveaux Médias sur Instagram. Réalisatrice de reportages pendant 7 ans pour la télé, aujourd'hui je suis experte en nouveaux médias et je t'emmène dans les coulisses de l'audiovisuel, qu'il soit tradit ou digital. Fake news, mensonges, jeux d'influence et de pouvoir, mon objectif c'est d'aider à mieux t'informer en levant le silence sur ce qui se passe derrière la caméra, les micros, dans les rédacs, dans les bureaux des prods. Et surtout, on décrypte tout ça avec les insiders, ceux qui font les médias. Bienvenue dans l'épisode 13 que j'ai tourné au tout début de l'été. Je reçois Rémi Vizine, journaliste de terrain, autodidacte, figure emblématique du journalisme digital et rédacteur en chef des formats courts chez Brut. Il nous raconte son parcours et les coulisses de son métier. Cher auditeur, que tu sois installé dans ton canapé, en train de faire du sport ou simplement dans les transports, je te souhaite une belle écoute.
- Speaker #1
Je n'étais pas d'accord.
- Speaker #2
C'est moi qui monte. Salut Rémi. Salut. Très heureuse de te recevoir sur le podcast. On a eu un peu du mal à se rencontrer. J'aime bien raconter un peu les offres quand on arrive sur le podcast. T'as une vie très remplie, vu que t'es journaliste de terrain, tu travailles chez Brut. Mais ça y est, aujourd'hui, on arrive enfin à enregistrer. Et en fait, c'est beaucoup de mes abonnés qui avaient envie aussi d'avoir un petit peu ton parcours, que tu nous parles un peu d'actu, d'info, de journalisme. C'est pour ça que je te reçois. Je ne sais pas si tu connais un peu le principe du podcast. J'ai créé ce podcast parce que je trouve qu'il y a beaucoup de défiance envers les journalistes, souvent, et parfois à raison aussi. Et je me disais, si peut-être on apprend à mieux connaître les journalistes, mieux connaître les coulisses de l'info, de la création de contenu, peut-être qu'on pourra mieux s'informer et aussi peut-être un peu mieux aimer en tout cas notre profession et les journalistes.
- Speaker #1
Moi je suis tout à fait d'accord là-dessus parce que le journalisme c'est un métier que je trouve magnifique, je pense qu'on a l'occasion de rentrer dans les détails mais C'est vrai que j'ai pu voir ces dernières années qu'il y avait aussi une défiance qui était importante et qu'on doit prendre aussi à notre compte. Il y a des raisons, il y a des motifs et le fait aussi, je pense, de se rapprocher des citoyens, de montrer comment on travaille, de montrer c'est quoi la fabrique de l'information. C'est des choses qui permettent de créer, de renouer du dialogue et je pense que c'est hyper important. Moi, c'est ce qui m'a toujours guidé, mené depuis que je fais ça, depuis presque dix ans maintenant, ça passe vite. Donc c'est vrai que quand moi j'ai vu justement ton podcast, je sais qu'à l'époque, c'est comme ça que je l'ai connu. Il y avait des gens qui m'avaient tagué. sur une publication où tu demandais les invités que tu voulais avoir, puis moi j'ai découvert et je me suis dit, c'est vrai que c'est intéressant, parce que ce qui est pas mal aussi, c'est les chances sur le temps long. Souvent on est sur des formats très courts, très condensés, et là on a l'occasion de pouvoir parler, s'exprimer, et je trouve ça trop cool.
- Speaker #2
Oui, parce que justement, je crois que t'es rédacteur en chef chez Brut des formats courts, TikTok, Instagram, Riel, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça. Donc en parallèle, ça fait maintenant 5 ans que je m'occupe d'une équipe de 4, et on espère bientôt 5 personnes, qui informent au quotidien. Alors c'est vrai que quand on dit format court, ce n'est pas des 15-30 secondes. C'est quand même des vidéos plus longues d'informations où on donne le contexte pour que chacun puisse avoir tous les éléments pour s'informer du mieux possible sur des plateformes comme TikTok et Instagram. Donc c'est en reprenant les codes de la plateforme, mais en même temps en parallèle en ayant une information qui soit sourcée, vérifiée et de la plus grande qualité possible avec toutes les équipes de Brut.
- Speaker #2
J'ai regardé là aujourd'hui, vous êtes je crois à 13 millions sur TikTok, d'abonnés 5 millions sur Instagram. C'est assez fou le succès. Et moi, je donne aussi des cours en école de com, et je parle des médias pour que les jeunes sachent un peu mieux s'informer. Et c'est très drôle parce que quand je leur demande comment ils s'informent, souvent ils me citent soit Hugo Décrypte, soit toi ou Brut. C'est assez fou ce succès. On pense parfois que les jeunes ne veulent pas s'informer, mais en fait, ils s'informent autrement.
- Speaker #1
C'est totalement ça. Et en fait, ça a été le pari des fondateurs de Brut en 2016, donc Renaud Levent-Kim, Guillaume Lacroix et Laurent Lucas. Quand ils lancent Brut en 2016, il y a un constat qui est fait par les médias traditionnels, c'est les jeunes ne nous regardent plus. Et il y en a beaucoup qui regardent les jeunes de haut, un peu en les stigmatisant, en disant qu'en fait, ils ne nous regardent pas parce que l'information ne les intéresse pas. C'était le constat qu'ils faisaient. Le constat des fondateurs de Brut à ce moment-là, il est différent, c'est de dire qu'en fait, les jeunes, c'est juste qu'aujourd'hui, l'évolution de consommation de l'information et aussi de leur support évolue. c'est à dire qu'il y a 20 ou 30 ans quand tu prenais ton premier appartement le premier truc que tu mettais dedans c'était une télévision quasiment Aujourd'hui, il y a plein de jeunes, quand ils prennent un appartement, il peut y avoir une télé, mais c'est pas sûr, et quand il y en a une, c'est plutôt pour regarder Netflix, des films, etc. Donc, il y a les smartphones qui sont arrivés, les réseaux sociaux, et l'idée, ça a été d'apporter de l'information sur les supports qui sont les leurs. Et au contraire, notre génération, elle a une soif de vouloir s'informer, qui est énorme, d'autant plus avec tout ce qui se passe dans le monde actuellement. C'est vrai que sur la dernière décennie, tout ce que j'ai pu connaître, ce sera en neuf ans à Brut, et encore plus sur les deux, trois dernières années. sur l'actualité française et aussi encore plus sur l'actualité internationale et ses répercussions aussi sur notre quotidien, il y a beaucoup de choses à raconter. Et c'est vrai que ces chiffres à Brut, et qu'on peut voir aussi à d'autres, tu citais Hugo Describes qui, je pense, fait aussi un travail très intéressant. Et Hugo, c'est quelqu'un que je connais depuis une dizaine d'années maintenant et qui fait aussi un travail très intéressant sur les réseaux vis-à-vis des jeunes. Ce succès-là, le fait qu'il y ait beaucoup de gens qui suivent Brut et d'autres médias à destination des jeunes notamment, ça montre que cette jeune génération, elle a soif de s'informer.
- Speaker #2
Est-ce que tu le trouves, parce que quand je discute avec eux, ils ne se retrouvent plus dans les médias traditionnels, t'en penses quoi ?
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai que je l'entends souvent. C'est quelque chose que j'entends beaucoup. C'est parfois les formats qui ne sont pas les mêmes. C'est une écriture, une narration qui n'a pas forcément suivi tout de suite. Alors là, de plus en plus, on voit ces dernières années, les médias traditionnels, aujourd'hui, quel média traditionnel, entre guillemets, n'est pas sur TikTok, sur Instagram ? Ils tentent des choses. mais peut-être qu'ils le tentent avec quelques années de retard. Du coup, ils ont pris un train qui est parti à très grande vitesse depuis quelques années maintenant. Et puis on est aussi à une époque où je pense que les... Et c'est aussi par exemple ce qui fait le succès d'Hugo, c'est que les gens, surtout les jeunes, s'identifient à des gens avant des médias. C'est-à-dire que le lien de confiance se crée encore plus avec une incarnation, une personne, qu'un nom de média où ça rappelle toute la défiance, tout le... tout ce qu'il peut y avoir derrière. Là, il y a ce sentiment de parler directement aux créateurs, aux journalistes.
- Speaker #2
J'écoutais un podcast, il y avait un podcast entre Gaspard G et François Hollande où ils parlaient de l'info, et justement Gaspard G lui disait qu'il pensait que bientôt, à la tête des médias, ce ne seraient plus des logos, mais en fait des visages de journalistes, qui seraient à la fois journalistes, créateurs de contenu, et que les gens avaient beaucoup plus confiance en l'humain aujourd'hui qu'en un média à propre parler.
- Speaker #1
Totalement. Franchement, c'est quelque chose que je vois de plus en plus, parce que ... Ce lien-là, je sens qu'à titre personnel, par exemple, j'arrive à le créer beaucoup plus quand on parle directement aux gens, quand on incarne les contenus. Par exemple, au lancement de Brut, l'incarnation était plutôt modérée. Et quand on a justement pris le pari de l'augmenter, justement, de créer une incarnation avec moi et d'autres personnes, je pense à Canel, Canel Sable, qui fait le 20h de Brut tous les jours, Safat Aoui, qui fait les contenus Brut Sport, les reporters internationaux qui ont pu passer à Brut comme Charles Villa pendant plusieurs années. c'est des incarnations qui créent ce lien de confiance parce que justement, on sent cette barrière qui peut parfois y avoir avec un plateau de télé, qui peut parfois y avoir avec le nom d'un média qui se casse un peu. Et Brut, certes, c'est le nom d'un média, mais on essaye de casser ces barrières-là parce que je pense que le premier lien qui est important dans le journalisme, c'est le lien de confiance. Je veux dire, on n'arrive à rien sans ça. Je veux dire, les gens, tous les jours, ils vous donnent une confiance pour s'informer. pour vous donner les enjeux clés de ce qui se passe en France et dans le monde. C'est quelque chose de fort quand même. Et c'est à nous d'en être dignes et de savoir le faire du mieux possible. Donc ce lien-là, il ne se crée pas en quelques jours. Les gens peuvent des fois vous regarder au début, qui me parle, qui sait, est-ce qu'ils sont fiables ? Et puis c'est avec le temps, ils voient qu'on est rigoureux, on essaie d'être actifs, de bien faire les choses. Et avec le temps, ce lien-là se crée, c'est un lien fragile qui peut se casser à tout moment. Et c'est pour ça que ça demande beaucoup d'exigence au quotidien d'être là où ça se passe et d'être bien là où ça se passe, c'est-à-dire de bien raconter les choses factuellement. Voilà, les faits avant l'opinion, c'est aussi ça, je pense, qui est important dans notre démarche journalistique et qu'on essaie de porter depuis... Ça fait neuf ans maintenant, quand j'y pense, ça passe vite aussi.
- Speaker #2
Bravo. Ce que je trouve trop intéressant dans ton parcours, c'est que tu es autodidacte. Je me dis que ça participe. peut-être au fait que les gens ont une grande confiance en toi. Tu viens pas des schémas classiques, école de journalisme, etc. Et t'as commencé, je crois, sur Periscope, avec Nuit Debout. Et je sais, par exemple, je relisais des articles de l'époque, même des Gilets jaunes, et il y avait beaucoup de gens qui disaient qu'ils avaient... Pas forcément confiance dans tous les médias, mais que toi, t'étais plutôt bien reçu dans les manifs parce que justement, il y avait ce côté où les gens te faisaient plus confiance.
- Speaker #1
Il y a ce lien direct. Moi, j'ai toujours construit ma façon de faire du journalisme sur l'humain. C'est-à-dire que, par exemple, tu parlais à l'instant des mouvements sociaux. Quand on arrive dans une manifestation, on arrive face à des gens qui vivent parfois des situations difficiles, qui revendiquent des situations ou un quotidien, ou qui protestent contre une loi pour avoir un quotidien meilleur. pour préserver leurs acquis sociaux. Et il faut arriver, je pense, en tant que journaliste, sans présjuger. C'est-à-dire l'idée de se dire on va rencontrer les gens, on va leur donner la parole et c'est eux qui vont nous raconter leur quotidien, leur situation. Je prends l'exemple des Gilets jaunes, c'était un mouvement qui était passionnant à couvrir en 2018 d'un point de vue journalistique parce qu'en fait il n'y avait pas une forme de revendication, il n'y avait pas une revendication, il y avait... quasiment un manifestant, une revendication. Alors après, quand on remettait un peu au commun, on voyait des choses ressortir sur le pouvoir d'achat, sur la désertion des services publics, sur des situations compliquées au quotidien. Le fait parfois pour certaines personnes de se sentir à l'écart de la société, de ce qui est construit au quotidien. Mais c'était intéressant d'aller à la rencontre et d'avoir leur témoignage sur le temps long. Parce que justement, j'étais en live. Le lien de confiance, je pense qu'il se crée aussi sur le fait qu'ils se disent, c'est du direct, donc il n'y a pas de montage, il n'y a pas de coupure. et... Et moi, ce que je trouvais fort à ce moment-là, et aussi dans d'autres mouvements sociaux que j'ai pu couvrir par la suite, c'est de pouvoir donner la parole à des gens qu'on n'entendrait pas forcément ailleurs, et aussi sur le temps long. C'est-à-dire que parfois, ça m'est arrivé d'interroger des gens pendant 10-15 minutes. 10-15 minutes, c'est en général ce qui est réservé à une personnalité politique qui fait une matinale sur une radio de grande écoute. Moi, j'étais très fier de pouvoir donner la parole à des gens qui n'ont pas forcément la parole au quotidien, mais qui... montrent des situations qui sont finalement quelque chose de très commun dans la société française. Donc ça a été le cas avec les Gilets jaunes et puis ça a été le cas avec beaucoup d'autres mouvements sociaux sur les années suivantes, d'être sur le terrain, de raconter factuellement les choses, sur la longueur, sur des lives parfois très longs. Quand on parle des Gilets jaunes, c'était parfois 12-13 heures de live sur la journée. Donc c'est une performance aussi physique qui n'est pas évidente parce que tu dois aussi te concentrer, toujours ne jamais se déplacer à l'émotion, mais dans la rationalité. Faire attention à ta sécurité dans un moment où il y avait une violence qui était quand même très, très forte, très présente. Donc voilà, moi, ça a toujours été ça d'être sur le terrain et donner la parole aux gens.
- Speaker #2
J'ai lu un article de Libération de l'époque, je crois que c'est 2018, qui disait que tu as inventé un nouveau format, une nouvelle forme de journalisme. Qu'est-ce que tu en penses ? Déjà, ça doit... Je sais qu'on est humble quand on est journaliste, mais il y a quand même quelque chose de fou, en fait, de dire que tu as commencé un peu tout seul, comme ça, sur Periscope et que... Et que tu deviens, voilà, tu crées un nouveau format de journalisme ?
- Speaker #1
Moi j'ai jamais voulu revendiquer quoi que ce soit. C'est vrai que j'ai vu cet article-là et d'autres qui disaient ça, mais c'est vrai que moi je suis jamais arrivé en disant je revendique une nouvelle forme de journalisme. En gros, moi ce qui s'est passé en 2015, je suis community manager dans des radios parisiennes, le journalisme c'est quelque chose que je voulais faire depuis tout petit, et c'est vrai que tu le disais, en tant qu'autodidacte, c'est pas facile d'arriver à ce métier-là. C'était enfoui dans un coin de ma tête, mais... Le réalisme de la vie, de la situation faisait que aller vers le journalisme, ça devenait de plus en plus compliqué pour moi. Et en 2015, je vois une application qui s'appelle Periscope, qui est un peu révolutionnaire à l'époque, parce qu'aujourd'hui, faire du live avec son téléphone, c'est devenu très commun, toutes les applications le font. Mais à ce moment-là, pouvoir être avec son téléphone, en direct, le son, l'image, avec une bonne qualité, c'était un peu révolutionnaire. Et moi, je me dis, pourquoi pas le tester dans des événements d'actualité, des événements de rue, des mouvements sociaux, parce que... N'étant pas journaliste, je ne pouvais pas m'accréditer à d'autres événements. Je vais couvrir ça et puis je vois qu'il y a quelque chose d'intéressant qui se crée. On a les commentaires en direct, donc on peut interagir avec les gens. On peut faire du temps long, il n'y a pas de coupure, j'ai la liberté de temps. C'est-à-dire que si je vais couvrir un événement que je veux faire 30 minutes de live ou 3 heures, je peux le faire. Et là, je me dis, bon, il y a quelque chose à faire et j'insiste, je continue. Alors au début, avec des audiences relativement restreintes, c'est peut-être 10-15 personnes, pendant plusieurs mois. Et puis au fur et à mesure, l'application commence à avoir son succès. Et puis je suis sur un format qui est un peu niche parce que je suis un peu tout seul à faire ça. Et ça monte progressivement. Et c'est vrai que tu parlais de Nuit Debout, ça a été un peu l'élément qui a fait un peu basculer ma vie à ce moment-là parce que les lives ont été très suivis du jour au lendemain. Et je me suis retrouvé avec une exposition de mes contenus et même dans les médias à ce moment-là parce que du coup, en fait, il y a un live le 2 avril 2016. Je me souviendrai toujours de cette date parce que c'est un peu une bascule où en fait il y a 80 000 personnes qui regardent en direct.
- Speaker #2
C'est énorme.
- Speaker #1
C'est surtout que ça n'était jamais arrivé avant. Si j'avais 1000, 1500 en live, j'étais là, je rentrais chez moi, c'était champagne. C'est le style de France presque. C'est ça. Et on ne s'en rend pas compte sur l'instant parce qu'il ne faut pas bégayer. Donc j'essayais de m'extraire le plus possible de l'audience. Mais je voyais qu'il se passait quelque chose parce que même moi, je n'avais pas prévu de passer en live aussi longtemps. j'ai des gens qui m'apportent à boire, à manger. une powerbank, une batterie rechargeable pour pouvoir tenir le live. Et là, je me dis, ouais, il se passe quelque chose. Et quand le live se coupe, j'ai même le premier journaliste qui vient vers moi. C'est un journaliste de rue 89 qui me dit, voilà, j'aimerais faire un article sur ce qui s'est passé ce soir. Et là, je me dis, ah ouais, il s'est passé quelque chose ce soir. Et le lendemain, je me retrouve sur le plateau du grand journal de Canal+. Et là, je me dis, c'est incroyable parce que moi, je ne le prenais pas pour moi. je me disais c'est surtout c'est bien, je vais pouvoir parler de ce que je fais. Et puis peut-être, du coup, découvrir un peu les coulisses. Moi, je rentrais sur un plateau de télé, j'étais là émerveillé. C'était découvrir un peu les coulisses de ce qui s'y passait. Et donc, c'était passionnant.
- Speaker #2
Et ensuite, après, au bout de quoi ? Un an ou quelques mois, tu as une proposition pour travailler chez Brut, c'est ça ? Quand Brut se crée ?
- Speaker #1
Quatre mois plus tard. Quatre mois plus tard et qui peuvent paraître aussi extrêmement longs parce qu'à ce moment-là, j'ai eu pas mal de visibilité par rapport à mes contenus. J'ai même des gens qui pensent que j'ai déjà plein de propositions. Pendant trois mois, il n'y a rien du tout. Il y a des rumeurs, des gens qui disent « Oui, tu as signé, je ne sais pas d'où il sort de ça. » C'est comme le market. Voilà, mais vraiment, ils disent « Oui, tu as signé avec Canal+, de rien du tout. » Je ne leur parle même pas. Ce n'est pas parce que tu es invité sur leur plateau que tu as signé chez eux. Tu es juste un invité. Tu arrives, tu repars, tu rentres chez toi, c'est fini. Et ce qui est drôle, c'est que pendant trois mois, il y a ça. Donc c'est un peu déstabilisant parce que d'un côté, il y a une visibilité forte. Il faut savoir aussi gérer ça. Et puis d'un autre côté, les propositions, elles arrivent au mois de juillet, mais ce qui n'est pas illogique parce qu'en fait, quand on regarde les nouveaux projets journalistiques, ils arrivent un peu à ce moment-là. Enfin là, je le vois, on est à cette période-là de l'année. C'est le moment où on réfléchit parfois à des recrutements, à des nouveaux projets et où les médias pensent à changer quelques petits détails. Et là, il y a Brut, en fait, qui me contacte, notamment. Pas que Brut. Ok. J'ai plus d'impôts. Alors, il y avait France Info. Ok. BFM et Bruce. C'est fou,
- Speaker #2
ok.
- Speaker #1
Quasiment les trois sur la même semaine. C'est ça qui est marquant.
- Speaker #2
Mais Bruce n'existait pas encore.
- Speaker #1
Oui, c'est-à-dire qu'aujourd'hui c'est facile de dire Bruce vient me chercher, je signe. A l'époque, quand Bruce vient me chercher, c'est un projet sur un papier. C'est-à-dire, on va lancer un média digital, ça va être sur les réseaux sociaux, voilà, je vois le sérieux du projet. Mais là, je suis dans un dilemme, c'est est-ce que je rejoins un média qui est déjà en place, avec la pérennité que ça peut donner. parce que On sait très bien que des médias historiques bien placés, on sait qu'ils vont vivre pendant des années, et que si ça se passe bien, vous pouvez aller avec eux. Avec Brut, il y avait le risque qu'au bout d'un an, on se retrouve tous au chômage. Et c'était dit, nous on se laisse un an pour retrouver notre audience, pour trouver notre modèle économique. Si au bout d'un an ça ne fonctionne pas, il faudra tirer les conclusions. Et c'est logique, c'est toute la fragilité d'un nouveau projet, d'un nouveau média qui se lance. d'un média qui doit trouver son audience, qui doit trouver son modèle économique, parce que les gens ne s'en rendent pas forcément compte, mais produire de l'information et être sur le terrain, il faut embaucher des gens, il faut du matériel, il faut des locaux.
- Speaker #2
Ça coûte cher de faire la bonne info.
- Speaker #1
Et ça coûte cher, donc du coup, voilà. Mais moi, je discute avec eux, je prends du temps, j'hésite, et en fait, je me dis, au bout d'un moment, c'est une évidence, c'est brut. Parce que moi, je me lance dans le journalisme. Quoi de beau, quoi de meilleur que de se lancer avec un projet naissant et de créer une trajectoire commune, comme je dirais un peu à la vie et à la mort. Là, on y va ensemble. Peut-être que ça marchera, peut-être que ça ne marchera pas, mais je me dis que c'est là où ça se passe. Et puis, je crois beaucoup au digital, vu que j'en viens. Je suis community manager dans des radios parisiennes. Je fais des lives sur les réseaux sociaux. Ce que me propose Brut, c'est la continuité. Ce que me proposaient France Info et BFM, c'était plutôt de l'incarnation classique, etc. Donc moi, je me retrouvais plus dans cette forme. que moi j'avais commencé à faire tout seul.
- Speaker #2
Mais tu pouvais garder ta propre patte que tu avais créée en intégrant Brut, alors que peut-être sur BFM, etc., tu aurais dû rentrer plus dans le moule.
- Speaker #1
Totalement, mais c'était totalement ça. C'était vraiment de rentrer dans un moule, et puis c'était aussi de se dire que les reproches qui étaient faits aux jeunes de se dire qu'ils ne s'intéressent pas à l'info, moi je voyais que c'était faux, et ça me donnait un challenge de me dire avec Brut, on va leur prouver le contraire. on va prouver le contraire à plein de journalistes à plein de rédacteurs en chef qui pensent que Les jeunes s'en fichent de l'actualité, ils n'ont pas envie de se cultiver, ils n'ont pas envie de savoir ce qui se passe dans le monde. C'est faux, ils ont juste envie qu'on aille leur parler là où ils sont aujourd'hui. Et donc du coup, moi, ça a été l'évidence de se dire, c'est à Brut que ça se passe et on va leur montrer que, oui, les jeunes ont envie de savoir ce qui se passe dans le monde et que ça va être un projet super. Et puis moi, je voyais aussi humainement les gens qui m'avaient contacté chez Brut, il y avait quelque chose sur le plan humain qui était intéressant, c'était dans leur discours aussi, de me dire, on sait que T'as pas fait d'école, que t'es encore perfectible, que t'as encore beaucoup de choses à apprendre, et on va t'aider à apprendre ça. Et les gens qui étaient là, qui sont d'ailleurs toujours là aujourd'hui, sont des gens d'expérience et donc du coup je me suis dit bon bah c'est bien ils vont je vais pouvoir aussi apprendre parce que j'avais plein de choses à apprendre dans le métier et je me suis dit que c'était le meilleur endroit où il fallait aller.
- Speaker #2
Et en 9 ans alors, je suppose que tu as plein d'anecdotes. Est-ce que tu as envie de nous partager un des... Je sais que tu as par exemple interviewé Emmanuel Macron plusieurs fois. Est-ce que tu as une anecdote en particulier que tu as envie de nous partager ou des coulisses que tu as envie de nous raconter ?
- Speaker #1
Il y en a plein. C'est vrai que tu parles des interviews avec Emmanuel Macron, ça a été... La première qu'on a fait, c'était en décembre 2020. C'était un moment qui était charnière parce que c'était au moment de la loi sécurité globale où il y avait beaucoup de contestations dans la rue. Il n'avait pas pris la parole depuis plusieurs mois dans un long format. Et c'est vrai que c'est toujours assez impressionnant. Moi, j'ai une petite anecdote sur la pression parce qu'on se dit que la pression doit être énorme. Et moi, je me souviens toujours des mots de Renaud Levanquim, qui est un producteur télé, qui avait produit déjà plein d'interviews de présidents de la République en exercice. par le passé et qui me dit aujourd'hui ne te prends pas pour un autre, reste qui tu es si tu restes qui tu es, t'as les connaissances t'es sur le terrain, t'es le journaliste qui va justement là où ça se passe et qui du coup a une bonne connaissance des sujets si tu restes comme tu es ça va très bien se passer faut que t'enlèves vraiment toute pression que tu peux avoir en toi parce que si tu veux te prendre je sais pas pour David Pugiada je ne sais qui ou des interviews ouvertes politiques il faut que tu gardes ton authenticité et en fait Quand il m'a dit ça, ça m'a retiré une chape des épaules en me disant « Oui, il faut rester soi-même. Les sujets que je vais parler, j'ai une chance énorme, c'est que je suis un journaliste de terrain, donc du coup je vais pouvoir poser des questions sur ce que moi j'ai vécu, sur ce que je vois, sur des témoignages que je reçois au quotidien, sur des reportages que j'ai pu faire. Donc en fait, il faut le prendre comme une chance. Alors aussi avec beaucoup de rigueur et une responsabilité, parce que les gens posent une attente en vous, ils vous disent « Voilà, vous avez la possibilité de lui poser des questions. » vous avez intérêt à y aller, à le relancer, à le challenger pour avoir les réponses. Mais à ce moment-là, ça m'a un peu retiré une pression que je pouvais avoir. Donc ça, c'est plutôt sur le côté interview.
- Speaker #2
Qu'est-ce que le petit garçon qui rêvait d'être journaliste, il penserait aujourd'hui de savoir que tu as interviewé plusieurs fois Emmanuel Macron ?
- Speaker #1
Je me dirais, ce que je lui dirais, c'est qu'il ne faut pas lâcher. Parce que le parcours, il a été très compliqué. Moi, à l'école, j'ai redoublé ma sixième. Mon parcours scolaire était très compliqué. Je me retrouvais... Bon, le harcèlement scolaire, j'en ai eu quand même un petit peu. Je me retrouvais avec des profs qui n'étaient pas très bienveillants envers moi. Moi, quand je leur disais que je voulais être journaliste, ils disaient, mais tu vois là où tu es dans le classement, au niveau des résultats ? Il faut qu'on le retourne. Parce que là, tu es en bas, là. Il faut que tu sois là. Oui. C'était compliqué, je n'avais pas de très bons résultats, donc ça crée un cercle compliqué, c'est un moment de ta jeunesse où en plus tu essayes de créer ses repères, sa confiance en soi, son estime, et c'est un moment où justement elle se détruisait de par ce que je vivais à l'école. Donc je dirais justement, on continue de croire en ce rêve qui peut paraître un peu utopique et un peu éloigné de ton quotidien, mais ça va finir par pouvoir arriver. Et quand je dis pouvoir arriver, je ne pense pas forcément à ce type d'interview-là, parce que C'est très bien de faire ces interviews-là parce que c'est important en tant que journaliste de pouvoir porter vis-à-vis des responsables politiques et surtout le président de la République des questions que les Français se posent. Mais c'est surtout le journaliste de terrain qui est ma fibre du quotidien, d'aller rencontrer les gens, de montrer leur quotidien, leurs difficultés, de raconter des initiatives aussi dans la société, de voir aussi ce qui se passe à l'international. Si tu me parles des anecdotes, des choses qui m'ont beaucoup marqué. C'est par exemple quand il y a eu l'explosion sur le port de Beyrouth au Liban en 2020, le 4 août 2020. L'anecdote, c'est de me dire que le 4 août au matin, je suis en train de regarder pour voir où je vais partir en vacances. Et quand ça arrive, c'est vers 18h. C'est l'évidence de se dire, on range tous ses maillots de bain, ses t-shirts et tout, et on prend son matériel et on fait le maximum pour y être dès le lendemain. Et c'est un peu ça aussi l'anecdote de la vie du journaliste, c'est qu'elle est un peu imprévisible. que vous avez un plan personnel qui peut totalement tomber à l'eau pour ce qui est une évidence journalistique, d'aller là-bas et de raconter ce qui s'y passe. Et de voir cet événement-là me marque parce qu'il montre tout de l'humanité. Il montre le pire d'un côté avec le drame. On arrive sur un endroit où beaucoup de choses sont détruites, il y a des morts, il y a des disparus, c'est dur. Et en même temps, on voit aussi le plus beau de l'humanité, c'est des jeunes qui viennent de tout le pays, se substituer aux autorités qui ne font rien. Mais vraiment, le pire, ils ne font rien. Mais d'un autre, les jeunes qui sont là, qui déblaient les routes, qui vont donner à manger, à boire aux gens, qui vont les soigner, qui prennent soin d'eux. Et limite, quand vous arrivez là-bas et que vous voyez ça, vous avez les larmes aux yeux. parce que vous dites, ok, il y a un drame, c'est dur, mais en même temps, vous voyez ce que l'être humain peut être capable de faire de façon magnifique. Et ça, ça fait partie des tournages du premier moment où je dois tout changer pour partir à l'aéroport au moment où j'arrive sur place, qui marque pour la vie, clairement. Et puis après, derrière, ça m'a même donné envie d'y retourner plusieurs fois. J'y suis allé cinq fois au total, pour les un an, les deux ans, les trois ans. Puis c'est un pays qui a vécu de multiples crises économiques, politiques. Et plus récemment, même avec la guerre qui est revenue avec les bombardements israéliens en début d'année dernière. Enfin, fin d'année dernière. Donc ça a été des choses aussi à raconter.
- Speaker #2
Et là tu racontais comment tu étais parti au Liban dès qu'il se passe une actu. Aujourd'hui tu es à la tête d'une équipe chez Brut. Comment tu choisis justement une actu qui va être importante à suivre, un sujet à traiter ? Comment tu fais ça ? Parce que maintenant tu es rédacteur en chef des formats courts.
- Speaker #1
En fait déjà c'est un truc collectif. Enfin vraiment, moi je n'ai pas envie d'être là, d'arriver et de dire c'est moi le chef, je vous dis il y a ça, il faut faire ça. On a une conf de rédac tous les matins et ce que je trouve hyper important c'est que en fait moi je donne directement la parole aux journalistes qui proposent par eux-mêmes ce qu'ils ont vu. Et même si parfois c'est des choses que j'ai vu moi-même, je préfère que ça vienne d'eux-mêmes parce qu'ils vont s'approprier encore plus leur sujet et se sentir encore plus investi. Je pense que c'est important. Et puis par rapport à ce que je peux couvrir aussi moi-même, je regarde beaucoup ce qui se passe au quotidien. Enfin je pense que la chance quand on est sur le terrain, c'est qu'on est connecté un peu à la vie des gens. La vie VIE et la vie AVIS, c'est qu'on a un peu tout. Et j'ai la chance d'être parfois tagué sur des publications, de gens qui me disent « Regarde, il se passe ça, c'est intéressant. » Alors je creuse, des fois ça peut être intéressant, des fois non. Mais moi ça m'a marqué, il y a un mois j'avais des étudiants en BTS qui étaient arrivés en retard à une épreuve parce qu'il y avait le RERB qui avait été arrêté. Et ils me taguent sur la publication, au début je regarde, je me dis « Est-ce que c'est quelque chose de marginal de 4-5 élèves ? » Puis là je creuse un peu, je vois qu'ils sont 400. Et là, je me dis, bon, il faut faire quelque chose. Il faut essayer de voir ce qui s'est passé. Donc là, directement, j'appelle l'Académie, le ministère de l'Éducation nationale. J'essaye de m'approcher de l'entourage de la ministre de l'Éducation nationale, Elisabeth Borne, pour essayer de dire, voilà, il y a une situation. Qu'est-ce que vous répondez à cette situation-là ? Et en 24 heures, on a une réponse que, d'ailleurs, j'ai même pu apporter moi-même aux étudiants avant même que les autorités leur donnent, leur dire, bingo, ils vont vous proposer une nouvelle épreuve. vous allez pouvoir passer une nouvelle épreuve dans deux semaines. Et ça, c'est des choses qui me marquent parce qu'on se dit qu'on fait du journalisme, mais aussi du journalisme utile parce qu'on a pu aider des gens dans des situations qui étaient compliquées. Et si dans d'autres situations, ça peut arriver. Je me souviens même les distributions alimentaires pendant le Covid. Avec Linky, au moment où j'arrive, ce n'est pas encore trop médiatisé, mais on voit déjà...
- Speaker #2
Pour les étudiants, c'est ça ?
- Speaker #1
Pour les étudiants. En fait, Linky, c'est une association qui aide les étudiants à avoir des plateaux repas. Et pendant le Covid, ça a explosé parce que tous ceux qui avaient le plan de financement de se dire... je vais faire un petit boulot à côté, ils ne pouvaient plus le faire parce que tout était fermé. Et donc là, les files d'attente explosent. Et moi, ce qui m'a marqué avec ce reportage-là, et qui fait du bien aussi quelque part, c'est de voir des gens qui disaient, moi, ça m'a permis de savoir qu'il y avait ce type d'initiative-là, donc d'y aller, parce que je ne le savais pas et j'étais en difficulté. Et puis d'autres qui se disent, ça m'a touché, je donne ou je m'investis, j'y vais et je deviens bénévole. Et j'étais revenu un mois après, il y avait des gens qui étaient devenus bénévoles qui avaient vu le reportage et qui s'est dit on va y aller ou des entreprises par exemple des boulangeries qui disaient voilà nous on a des invendus le soir, on ne peut pas remettre le lendemain mais qui sont tout à fait comestibles pendant plusieurs jours et qu'on leur donnait et ça c'est des choses qui marquent forcément parce que c'est de l'information mais en même temps ça peut faire bouger des lignes, ça peut permettre à des gens de s'investir ou de se dire qu'ils ne sont pas seuls.
- Speaker #2
Est-ce que justement tu penses que c'est ça, peut-être l'essence de ta vocation de journaliste, c'est être utile ?
- Speaker #0
C'est un bien grand mot, mais je dirais, premier point, c'est de se dire qu'on est le lien entre l'événement et les gens. C'est-à-dire, voilà, il se passe quelque chose, on y va, on recueille les témoignages, on prend les images, on recueille le contexte global de toutes les parties, parfois qui peut différer de l'une à l'autre, mais c'est important d'avoir le contexte global. Et après, voilà, on essaye de voir un peu ce qui s'est passé et restituer du mieux possible, le plus rationnellement possible. ces événements-là, poster la vidéo, répondre aux commentaires des gens, parce que des fois, on se rend compte qu'il y a peut-être des éléments où les gens se disent, oui, vous n'êtes peut-être pas assez précis, ou peut-être qu'il manque ça. C'est intéressant aussi, parce que ça nous permet de nous remettre aussi en cause et de répondre à ces éléments-là. Et moi, je dirais, c'est surtout ça, c'est journalisme de proximité, journalisme qui veut aller là où ça se passe et raconter ce qui se passe, tout simplement, et après, je restitue les faits, puis c'est à chacun de se faire son avis sur l'événement. Moi, je ne suis pas là pour donner mon avis personnel. D'ailleurs, je le vois à chaque fois. Quand on poste une vidéo, vous avez des avis qui peuvent parfois diamétralement opposer. Des gens qui vont dire, ça, c'est trop bien. Non, je trouve ça honteux. A partir du moment où ils sont respectueux, parce que chacun a le droit d'émettre un avis positif ou négatif, tant qu'il est constructif et pas insultant. Parce que malheureusement, c'est aussi les dérives des réseaux sociaux parfois. Pour moi, c'est la base de mon métier au quotidien. Puis parfois, avec des petites frustrations aussi, c'est qu'on peut... On ne peut pas être partout non plus.
- Speaker #1
Déjà, je pense, pas mal partout sur le terrain.
- Speaker #0
Oui, j'essaye, mais parfois, il y a plein d'événements. Moi, je me souviens, l'année dernière, quand il y a eu la crise contre la vie chère en Martinique, il y a eu des mouvements, mais j'avais déjà des engagements ici, en métropole, et du coup, je ne pouvais pas forcément y aller. Et puis, quand j'avais un peu plus de temps, c'était plutôt sur la phase de fin. Et des fois, c'est une petite frustration comme ça, parce que les gens, ils vous disent, Pourquoi vous me... J'aurais aimé y être, mais le problème, c'est qu'on ne peut pas se diviser en trois. Il y a plusieurs événements en même temps. On essaie d'y aller. Il faut bien faire des choix. Et puis après, avec les équipes de Brut, on essaie aussi parfois de se répartir les sujets sur certaines choses. Mais oui, on ne peut pas être partout. Des fois, il y a des moments où vous avez des... Et c'est ça aussi parfois le paradoxe de la vie de journée, c'est que tu as des moments où tu es en marée basse. C'est un peu l'expression que je prends. C'est-à-dire qu'en fait, pendant 15 jours... Il ne se passe pas grand-chose. Et limite, tu pourrais partir en vacances, ça ne changerait rien. Et puis des fois, tu as des semaines où tu vas être sur du 80-100 heures par semaine. Quand il y a eu l'année dernière, les agriculteurs... Quand tu vas à les agriculteurs, tu les suis partout en France. Tu commences à 7h du mat', tu finis à minuit. Tu fais ça pendant 10 jours. Et là, quand c'est comme ça, tu renie toute vie sociale, toute vie extérieure. Si tu n'as à peine le temps d'appeler tes parents 2-3 fois dans la semaine pour prendre de leurs nouvelles, tu mets un peu tout en stand-by. Et peut-être que sur d'autres semaines, on peut prendre l'exemple de cette semaine par exemple, cette semaine-là elle est beaucoup plus calme.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'on a réussi à te voir.
- Speaker #0
Bah oui, c'est ça, tout à fait. Là j'ai une semaine qui est beaucoup plus tranquille, qui est plus calme, où là je pourrais, oui, là si je pars en vacances, ça ne changerait pas grand-chose à ma présence ici.
- Speaker #1
Je me demandais, est-ce qu'en 9 ans, parce que tu as l'air de toujours vouloir être partout, est-ce que tu arrives parfois à te décrocher un petit peu de l'info, de l'actu ?
- Speaker #0
Oh ça c'est pas simple parce qu'en fait même en vacances je décroche pas totalement. Parce qu'en plus quand tu décroches, je me suis rendu compte que peu que j'ai fait, c'est dur de se remettre dedans après. C'est-à-dire que le train il est toujours en permanence en action et quand tu vas te remettre dans le bain ça peut piquer un peu, t'es là, ouf, c'est dur.
- Speaker #1
Donc t'as un peu le faux mot.
- Speaker #0
Oui. Puis après quand t'es passionné comme ça, t'as... Oui, et puis on a une époque avec les téléphones et les notifications, et moi je n'arrive pas à les retirer. Donc à partir du moment où tu as les notifs, tu vois la notif, tu cliques. C'est un peu ça. Je veux dire, si on voudrait vraiment que je coupe, il faudrait me couper mon lien social total, il faudrait m'enlever mes téléphones pendant les vacances entièrement. Alors des fois, quand tu pars, tu fais une virée en mer, etc., il n'y a pas de réseau, tu vas dire, tant mieux. Mais sur plusieurs jours complets, j'aurais un peu de mal. Puis j'aime bien parfois rester même en contact avec les équipes à Paris. puis même pour dire un truc personnelle c'est un peu des fois même un lien avec les gens parce que moi ça m'arrive de partir en vacances en solo et ça me fait du bien parce que ça me permet aussi de m'aérer l'esprit parce qu'il faut se dire que le métier de journaliste c'est aussi très prenant d'un point de vue psychologique et par exemple là au mois de juin, là tu vois on arrive sur la fin juin début juillet, cette période où on est un peu cramé psychologiquement parce qu'on a eu toute l'année et on est un peu moins frais dans la recherche de sujets d'idées euh Si là par exemple je devais faire une interview, si j'étais à ta place, je pense que je n'aurais pas la même fraîcheur pour trouver les questions, etc. Parce que cette fraîcheur psychologique, je vais parfois justement la prendre durant les vacances. Et c'est dans ces moments-là où justement on change de cadre. Parce qu'on a une actualité qui est malheureusement lourde ces dernières années.
- Speaker #1
Le monde ne va pas très bien.
- Speaker #0
Le monde ne va pas très bien. Je n'ai pas le droit de m'en plaindre parce que je le restitue. Il y a des gens qui vivent ces situations-là pour lesquelles, eux, c'est dramatique, douloureux. Mais c'est important quand même dans notre métier qu'on ait ces moments qu'on peut prendre quelques jours pour justement se réoxygéner, pour qu'on soit toujours... Frais, bons, rationnels, prendre du recul aussi, parce que c'est vrai qu'on est dans un métier où en fait, il n'y a pas de mal des fois à céder à l'émotion, à pleurer, quand les gens voient certaines images de ce qui se passe dans le monde, ils sont émus, et nous on l'est tout autant, des fois encore plus quand on va sur place, quand on est au contact des familles, des événements, quand on voit ce qui s'y passe, mais on doit essayer au maximum d'avoir la tête froide, et d'avoir la tête froide c'est justement d'avoir... ces petits moments d'oxygénation que sont les vacances, ça c'est sûr.
- Speaker #1
Mais t'as envie de prendre des vacances quand même ?
- Speaker #0
Voilà, un petit peu oui, on essaie d'avoir 3-4 semaines entre mi-juillet, mi-août où l'actualité est un petit peu plus calme. Mais c'est des vacances qui sont un peu studieuses quand même, où on réfléchit aux nouveaux projets, aux nouvelles idées, où le cadre permet justement de penser autrement, de penser à des nouveaux projets, parce que chaque année on essaie de penser à des nouveaux formats. Est-ce que... Par exemple, le bruit de 2025 n'est pas du tout le même que celui de 2016, parce que les réseaux sociaux évoluent, les formats, les formes de narration, tu vois l'évolution justement de ce que tu fais sur les podcasts. Je veux dire, il y a une explosion sur les dernières années que tu n'aurais peut-être pas pensé il y a dix ans. Là, aujourd'hui, il y a plein de gens qui peuvent écouter dans le métro, c'est devenu une habitude maintenant. C'est toutes des choses comme ça, il faut être connecté aux habitudes des gens pour répondre à leurs attentes. Et donc chaque année, il y a un peu cette période où tu regardes aussi les réseaux, tu discutes avec les gens pour voir un peu comment... Est-ce qu'ils reçoivent bien l'information de la façon dont ils veulent ? Et en fait, nous, notre travail, c'est pas à eux de s'adapter à nous, c'est à nous de s'adapter à eux. En tant que journaliste, c'est ça. Et ça a toujours été l'objectif qu'on avait avec Brut, et moi-même personnellement, de ne pas arriver avec nos gros sabots, d'imposer des formes de journalisme ou je sais pas quoi, c'est plutôt de se dire, comment vous voulez qu'on fasse, qu'on procède ? comment vous voulez qu'on consomme l'information. sur les narrations, sur les formes, sur les images, etc. Et après, c'est à nous de nous adapter au mieux possible par rapport à ce qui revient le plus.
- Speaker #1
Moi, je trouve que le digital, c'est incroyable. Je viens de la télé, je ne sais pas si je te l'avais dit, j'ai réalisé des reportages pendant sept ans pour la télé. Et au final, j'ai arrêté, j'ai fait un burn-out, c'est un peu classique, quand tu étais journaliste dans les médias tradis. Et ensuite, j'étais un peu perdue de ce que j'allais faire. En fait, le podcast, ça m'a permis de me réapproprier mon amour pour le journalisme et de retrouver un peu... un sens et me sentir utile, ce que je te disais tout à l'heure, parce que justement, à la télé, c'est très normé, les formats. Moi, ça corrige, on n'est pas au sujet que j'avais envie d'aborder et on ne me laissait pas parler des sujets dont j'avais envie de parler. Donc aujourd'hui, je reste journaliste, mais dans le digital. Et en fait, le métier de journaliste, du coup, je trouve qu'il a beaucoup évolué aussi avec le podcast, avec les réseaux sociaux. Et parfois, moi, j'ai des nouvelles propositions, même de création de contenu. Et je me pose pas mal la question, et on me demande beaucoup, c'est quoi la différence maintenant entre créateur de contenu, journaliste ? Et moi je réponds toujours que c'est la déontologie, c'est pas forcément la carte de presse. Parce que moi en tant que réalisatrice, j'étais intermittente du spectacle, donc j'avais pas la carte de presse. Mais je pense que pour moi la déontologie ça reste l'envie de donner de la bonne info, d'aller checker ses sources, et c'est ça qui fait de toi un journaliste aujourd'hui.
- Speaker #0
Ah oui, et puis le truc de la carte de presse, il faut se dire un truc, c'est qu'un bout de plastique. Ça veut rien dire du tout. C'est vrai que des fois, je vois des gens qui légitiment se dire « t'es journaliste ou t'es pas journaliste à la carte de presse » . Moi, j'ai toujours trouvé ça... On pourrait rentrer dans un truc, mais c'est comme parfois, dans le métier, on se met des intitulés « reporter » , « grand reporter » , etc. En fait, moi, je pense que le grand public s'en fiche de tout ça. On est journaliste.
- Speaker #1
Je pense qu'ils ne savent même pas ce que ça veut dire.
- Speaker #0
Oui, des fois, c'est juste pour se mettre ça en bio sur Instagram ou sur Twitter ou pour se donner des statuts dans une rédaction. ou peut-être sur les contrats c'est très bien mais Mais en vrai, dans la vraie vie, c'est pas ça. Les gens, ils s'en fichent totalement qu'on mette reporter, grand reporter, journaliste, reporter terrain, je sais pas quoi. Le métier c'est journaliste et le but c'est de faire le mieux possible. La carte de presse c'est un morceau de plastique, utile parfois, mais qui est utile pour moi par exemple dans les manifestations pour pouvoir prouver le fait que je sois journaliste, mais qui est aussi un problème pour d'autres parce qu'en fait il y en a plein qui sont journalistes, qui font un travail remarquable mais qui n'ont pas l'accession à la carte de presse. Parce qu'il faut le dire aussi à ceux qui nous regardent, qui nous écoutent là, c'est que le métier de journaliste c'est aussi un métier où il y a énormément de précarité. Et l'accession à la carte de presse, elle est normée à des raisons financières. C'est-à-dire qu'il faut que vous arriviez à prouver sur un certain nombre de mois que la majorité de vos revenus est issue du journalisme. Et malheureusement, il y a beaucoup de journalistes, surtout quand ils démarrent, ils sont obligés de faire un travail alimentaire à côté, pour pouvoir payer les factures, payer le loyer, comme tout le monde. D'autant plus quand on est à Paris, région parisienne, avec un coût de la vie qui est énorme. Et moi, ça m'est arrivé énormément, et ça me fait toujours mal au cœur de voir ça. De voir dans les mouvements sociaux des journalistes qui se retrouvent malmenés, interpellés, avec leur matériel confisqué, parce que justement ils n'étaient pas reconnus comme journalistes sur le terrain, parce qu'ils n'avaient pas cette carte de presse. Donc c'est pour ça que c'est bien de l'avoir, mais d'un autre côté, moi je fais partie de ceux qui militent vraiment pour que les conditions d'attribution changent, parce que le journalisme n'est pas lié à la carte de presse. C'est pas parce que vous n'en avez pas une que vous n'êtes pas journaliste, que vous ne faites pas un très bon travail. Et si on parle franchement, il y en a certains qui n'en ont pas, qui font même un meilleur travail que ceux qui en ont. Il y en a pour qui la carte de presse, ça sert juste à couper les fils pour aller au musée ou aller au cinéma. C'est ça la réalité. Donc il faut se dire les choses et il faut que les gens comprennent et que les instances aussi comprennent qu'il y a des vraies évolutions à faire là-dessus. Parce que c'est un métier qui a ses complexités, ses complications, malheureusement, du contexte économique qu'on connaît dans le monde mais qui est encore plus présent dans la presse actuellement, malheureusement.
- Speaker #1
Et aussi, je me disais qu'avec l'évolution du digital, il y a aussi, ce que j'explique à mes élèves parfois, c'est qu'il y a une différence entre les médias tradis et les médias digitaux, c'est qu'il y a très peu de régulation encore, par exemple, tout ce qui va être autour des fake news, des postes d'information, et qu'on doit être encore plus vigilants quand on consomme du contenu en digital. Évidemment, il y a des super contenus comme Godecrypt, Brut, etc. mais qu'il y a un manque de régulation et qu'il faut faire super gaffe, justement, qui est la personne qui va te donner l'info, puisque moi, dans les médias tradis, j'avais quand même un rédacteur en chef. Toi aussi, chez Brut, tu es rédacteur en chef, mais il y avait aussi le diffuseur, puis il y avait l'Arcom qui était au-dessus, même si ce n'était pas parfait. Dans le digital, ça n'existe pas encore. En tout cas, ils n'ont pas trop de pouvoir.
- Speaker #0
C'est vrai. Alors après, moi, c'est au-delà des instances, parce que je pense que globalement, les médias sur les réseaux sociaux, en tout cas la plupart, que je peux voir se fixent des règles, des ontologies et respectent les pratiques du journalisme. Moi ce qui m'inquiète surtout c'est des comptes anonymes qui publient un peu tout et n'importe quoi, des ingérences étrangères fortes qui font des montages très percutants et qui savent comment toucher les gens en France, toucher les oppositions, toucher les cordes sensibles, ça on le voit très souvent. Des gens qui ont des fins politiques aussi, des fins politiques, des fins parfois même juste de buzz, de vouloir... Faire des comptes sur les réseaux, voir des vidéos qui font des centaines de milliers de vues ou de millions de vues, ou quelques millions de vues. Et ça, malheureusement, on le voit régulièrement. Et nous, en fait, on est dans cet écosystème-là où notre rôle, c'est justement d'avoir une information qui doit être réactive, qui doit être très réactive parce que justement, si on prend trop de temps, on laisse la place à des acteurs. Et ce n'est pas des acteurs journalistiques. Moi, je n'ai pas de problème qu'un autre média publie avant nous. Si on doit prendre plus de temps pour produire une vidéo parce qu'on a besoin de temps pour vérifier l'info, je n'ai pas de souci. Moi, c'est plus justement par rapport à des gens qui précipitent les choses, qui publient les choses sans rien vérifier, à des fins de buzz ou des fins militantes ou autres. Et ça, c'est toujours très dommageable. Parce qu'on est à une époque où, justement, il y a plein de gens qui ont un avis sur la société, un avis sur certaines choses, sur des faits, en fait, qui n'existent pas ou qui sont déformés. Et ça, quand on est journaliste, des fois, ça fait mal dormir. Alors après, il y a de plus en plus d'outils qui sont là, justement, pour lutter contre ça. La chance de se dire que Brut fonctionne bien, que d'autres médias, d'autres plateformes fonctionnent aussi. Donc du coup, on est là et on n'est pas seul. Et on est dans un train tous ensemble en se disant, on apporte une information sourcée, vérifiée, de qualité. Donc je pense qu'on arrive à lutter au maximum contre ça. Je pense qu'il y a aussi des bonnes choses qui sont faites à l'école sur l'éducation aux médias, justement. comment on fait pour pas... tomber sur de fausses informations, ou comment quand on voit une information qui suscite notre émotion, notre engagement, on arrive à prendre le recul nécessaire avant de le partager à papa, maman, parce que c'est choquant, c'est essayer de se voir. qui parlent, d'où ils parlent, de faire quelques recherches qui permettent justement d'éviter ça. Mais je pense qu'on peut encore faire plus. On peut encore faire plus nous-mêmes dans les rédactions, en ouvrant nos rédactions, parce que je pense qu'il y a une partie aussi de ces fausses informations, et ça vient dans ce que tu disais au début, qui peuvent être créées par des plateformes alternatives qui participent à la défiance envers les médias. Mais en gros, tu en as certains qui sont là vraiment à des fins de... de manipulation politique, de buzz, etc. Et il y en a d'autres qui se sont créés à des fins parfois qu'on peut entendre par rapport à la défiance envers les médias. C'est-à-dire qu'il y en a certains qui créent leur propre plateforme personnelle parce que certains ne croient plus en les médias. Et quand je dis les médias, c'est tout le monde, nous y compris. Mais sur ces choses-là, je pense que nous, on a notre part à prendre. C'est-à-dire que si on fait partie des journalistes qui se disent la défiance envers les médias, C'est des complotistes, c'est des gens qui racontent n'importe quoi, etc. Je pense qu'on se trompe en partie, voire en grande partie. Oui, il y en a qui sont là-dedans, mais la majorité, c'est des gens parce qu'on a mal fait vivre ce lien qui est important dans le journalisme. Le lien de confiance, le lien de proximité, le lien d'ouverture. C'est pour ça que, par exemple, pouvoir avoir un podcast comme le tien où je peux raconter mon travail, c'est génial. Pouvoir aller dans des conférences citoyennes où je me retrouve face à des gens qui ne sont pas du tout dans le journalisme. mais qui ont des questions à poser sur notre travail, c'est fantastique. Parce que vraiment, on crée ce lien-là, on casse les cloisons. Et c'est vraiment ce qu'il faut faire, parce que moi, l'une des premières choses que j'ai vues dans le métier, c'est des gens, parfois dans le journalisme, l'une des critiques qu'on peut se faire, c'est des gens qui sont trop dans leur tour d'ivoire, qui ont leurs milieux sociaux, qui restent un peu entre eux, et qui regardent un peu tout ce qu'il y a de l'extérieur, et même parfois, les critiques et les attaques en se disant « c'est n'importe quoi » . Mais non, il y a des critiques qui sont rationnelles, Moi, j'ai des gens, parfois, qui émettent des critiques envers mon travail. Je leur dis, mais bingo, vous avez raison. Je dois peut-être revoir la narration que j'ai pu faire sur cet événement-là. Peut-être je ne l'ai pas bien faite. Peut-être il manquait des éléments. Peut-être je l'ai mal raconté. Il n'y a pas de souci. Et ça, c'est intéressant de prendre ça. La remise en question, c'est permanent. Le dialogue avec les gens, c'est permanent. Ouvrir les rédactions, c'est fondamental. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la fabrique de l'information, les gens, ils voient, entre guillemets, le produit fini, le reportage Le live, comment on a construit ça derrière ? Pourquoi on y est ? Pourquoi on le traite ? Pourquoi on traite ce sujet-là et pas celui-là ? Ouvrir les conférences de rédaction aux gens. Montrer c'est quoi la chaîne de hiérarchie dans une rédaction. C'est-à-dire que ce n'est pas un actionnaire qui t'appelle et qui te dit il faut traiter ça et pas ça. C'est une réflexion qui est beaucoup plus rationnelle.
- Speaker #1
Est-ce que tu serais prêt à faire ça chez Brut par exemple, de faire un live pendant une conférence de rédac ?
- Speaker #0
On pourrait le faire. On a déjà invité des gens parfois extérieurs à venir voir. Et quand je dis ça, c'est que je pense que même nous, à Brut, on devrait faire mieux, on devrait faire plus. Tu fais ça,
- Speaker #1
moi j'ai un film.
- Speaker #0
Je pense que ce serait intéressant de le faire plus souvent. Il y a des choses qu'on fait régulièrement, c'est de faire visiter la rédaction. Ça, c'est des choses, je pense, qui sont pas mal. Et puis j'essaye, dès qu'il y a une invitation pour une conférence citoyenne qui me permet ou à d'autres journalistes d'aller raconter ça. Moi, par exemple, ce que j'aime beaucoup, c'est les assises du journalisme à Tours. Alors déjà on rencontre les étudiants, ça permet de les encourager et tout, moi je trouve ça trop bien dans le journalisme, mais on rencontre aussi beaucoup de gens qui ont une curiosité envers le métier, et même des gens qui viennent des fois avec leur propre défiance, et qui vous mettent devant certains faits, et moi je trouve ça génial parce qu'à la fin, au début il y a un regard un peu comme ça, et à la fin on se tape dans la main, ça m'est arrivé plusieurs fois. Même pendant le mouvement des Gilets jaunes, j'avais une situation particulière, moi j'en avais un qui était venu vers moi de façon très véhémente. Je sentais même qu'il était à deux doigts d'être violent envers moi. Je prends le temps de désamorcer le truc, je parle avec lui. Je vois bien qu'en plus, il filme en caméra cachée. Elle n'était pas très bien cachée parce que je l'ai vue. Mais je savais qu'il filmait. Mais moi, j'ai pris 40 minutes pour parler avec lui. Et à la fin, il y avait du respect, il y avait du dialogue et il y avait un respect mutuel. Et j'avais entendu ce qu'il disait. Et en fait, ce que des gens auraient pu dire, mais c'est qui ce dingue ? En fait, ce n'était pas un dingue du tout. Quand on discutait avec lui de façon posée, qu'on désamorçait la situation de base, qui pouvaient être véhément un peu tendues, on voyait qu'il y avait des arguments qui étaient tout à fait recevables et qui, même moi, en plus à ce moment-là, j'avais que 2-3 ans d'expérience sur le terrain, m'ont énormément nourri dans la suite de mon parcours à me dire qu'il ne faut jamais juger les gens, qu'il ne faut jamais prendre les gens de haut, qu'il faut toujours les écouter, que des situations qui peuvent paraître rocambolesques au départ, elles ont parfois leur part de rationalité. Et ça, c'est vraiment comme ça qu'on arrive à construire, je pense, un journalisme qui est vraiment sur la confiance. Parce que vraiment, pour moi, la confiance, c'est la base de tout. Si vous n'avez pas la confiance des gens, les gens ne vont pas venir vous regarder pour s'informer. Et cette confiance, vous ne la demandez pas aux gens. Moi, jamais, je dis, faites-moi confiance. La confiance, ça se crée. Mais c'est comme dans tout, c'est dans l'amitié, dans la famille, dans l'amour, dans tout. Et je pense que ça se retranscrit aussi dans le journalisme. Vous n'arrivez pas à créer un lien de confiance avec vos amis, avec votre compagne, votre partenaire au quotidien, s'il n'y a pas ce lien de confiance. Dans le journalisme, pour moi, c'est pareil, avec d'autres thématiques, mais qui basent sur les mêmes liens, parce que c'est des liens d'émotion, des liens intellectuels, des liens de réciprocité qui doivent se créer. Et pour moi, c'est vraiment des bases importantes.
- Speaker #1
Je pense que cette défiance, elle vient. Moi, pour le coup, pour avoir bossé en télé, je pense que cette défiance, elle existe parce que c'est vrai qu'il y a des journalistes, en tout cas, moi, j'ai vu des buzz de chaînes ou de boîtes de prod qui étaient complètement déconnectées. Et c'est ce que le digital, je trouve, a apporté d'incroyable. Et je pense que c'est aussi pour ça que les jeunes, ils s'intéressent aux médias digitaux. Mais moi, j'ai eu des confs de rédac qui étaient hallucinantes. Et c'est aussi pour ça que j'ai arrêté en me disant mais moi je veux être journaliste depuis que je suis toute petite Quand j'étais en CP, j'écris mon journal toute seule dans ma classe et je me suis autoproclamée rédactrice en chef. Donc j'étais déjà obsédée. Et en fait, quand je suis arrivée dans la télé, je regardais le dimanche tous les soirs avec mes parents en capitale, zone interdite, et ça me faisait rêver. Et quand je suis arrivée dans les coulisses de la télé, je me suis dit, waouh, mais en fait, moi, je veux changer le monde, je veux faire plein de choses, je veux aider les gens. Et en fait, je me suis rendue compte qu'il y avait des patrons qui étaient complètement à l'ouest. Et évidemment pas tous. Il y a plein de gens super et de journalistes super à la télé ou dans les médias tradis. Mais je pense que ça vient quand même, certaines fois, d'une vérité aussi.
- Speaker #0
C'est une vérité. Et c'est vrai que ce qui peut parfois être problématique, c'est que justement, les gens qui ont les responsabilités sont souvent enfermés dans leur bureau de rédaction. Et c'est ça le problème. C'est que du coup, vous êtes dans votre lien social, dans votre entourage social, dans votre vie, dans votre cocon que vous vivez au quotidien. Donc éloignez. de toutes les formes de vie des gens et de la société française, qu'il y a mille et une façons de vivre entre des gens qui sont très aisés et les gens qui vivent dans une grande précarité, et où nous, justement, en tant que journalistes, on doit être capables de voir toutes ces formes de situations-là. C'est pour ça, moi, de pouvoir à la fois aller dans un endroit où il y a une précarité absolue, comme pouvoir suivre un déplacement, comme la semaine dernière j'ai pu le faire d'Emmanuel Macron au G7, ça peut paraître diamétralement opposé. Mais en même temps, pour moi, c'est hyper important parce que ça permet de couvrir tout ce qu'il y a dans la société, de voir un peu tout ce qui s'y passe, les bonnes choses comme les moins bonnes choses, et du coup, d'être nourri au quotidien dans mon travail, justement, d'être le plus connecté possible aux gens. Et même quand je vais justement aussi rencontrer des personnalités politiques que je fais en interview, d'être connecté justement à la réalité, parce que c'est vrai que je pense que des fois, et c'est des choses qu'on peut transposer aussi au monde politique, c'est que... justement, quand on est trop enfermé dans ses bureaux, on est déconnecté de la réalité. Et la déconnexion de la réalité, pour moi, c'est le pire ennemi de tous ces métiers, comme le journalisme, comme la politique ou autre, où on est en charge justement d'être en lien avec les gens, de les informer, de changer leur quotidien quand on fait de la politique ou autre. Et si on n'est pas connecté à leurs problématiques, à ce qu'ils sont, à ce qu'ils font, je pense qu'on est sûrement dans l'erreur et les gens ne s'en rendent pas compte parce que justement, tu vas être dans le jugement, tu vas être... Il y a des qualités à développer dans le journalisme, dans l'écoute, dans la curiosité, dans l'empathie, même aussi parfois dans la bienveillance. Parce que quand vous allez rencontrer des personnes qui sont victimes de choses très graves, je me suis retrouvé, on ne peut pas être Beyrouth, je pense que quand vous arrivez là-bas, il faut de l'empathie, il faut de la bienveillance. Quand vous allez couvrir une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles, que vous allez rencontrer des femmes qui ont vécu des drames absolus, Il faut y aller justement avec beaucoup d'empathie, beaucoup de bienveillance. Et moi, c'est des choses que je revendique, que j'assume, parce qu'on va à la rencontre de gens qui parfois vivent des situations très compliquées et où nous, notre rôle, c'est de le raconter en respectant à la fois la personne qu'on interview et en respectant ceux qui nous regardent. Parce que c'est ça aussi qui est important. Par exemple, quand il y a des manifestations, ça m'est arrivé des fois, il se passe une scène très violente, de détourner un petit peu la chose parce que... Oui, il y a des gens qui commencent à être gravement blessés, etc. Et autant pour la dignité de la personne qu'elle fasse à moi que pour des gens qui regardent, qui ont parfois, pour certaines personnes, une sensibilité plus forte, de les protéger aussi.
- Speaker #1
Je crois que c'est ce que tu avais dit aussi quand tu avais... Je me souviens que tu avais filmé... Je crois que c'était sur Periscope pour le 13 novembre et que justement, tu avais fait super gaffe à prendre du recul et tu étais resté, je crois, place de la République pour ne pas filmer ce que d'autres médias avaient fait, à éviter de filmer les corps, etc. Et toi, tu avais décidé de prendre du...
- Speaker #0
Mais c'est pas simple sur ces événements-là. Moi, oui, j'ai voulu prendre du recul à distance, même si en termes de sécurité personnelle, parce qu'on entendait des tirs de partout, et franchement, on se demandait comment cette soirée allait finir. Après, c'est toujours la réflexion en tant que journaliste, c'est où on place le curseur. Justement dans l'information, pour ne pas être choquant, mais en même temps restituer aussi les faits, parce qu'il ne faut pas mettre non plus les faits sous le tapis. Et c'est vrai que, par exemple, sur la question des attentats terroristes, la question se pose toujours parce que vous avez une société qui est multiforme sur ces choses-là. Vous avez d'un côté des gens qui pensent qu'il faut être très loin, ne rien montrer, et vous avez limite des gens qui vont vous reprocher de ne pas avoir publié la photo du Bataclan en intérieur, que certains ont vu, où on y voit les corps. Mais vous avez des gens qui vous reprochent ça pour certains. et à l'inverse d'autres qui vont dire... Mais vous avez montré une bâche au loin, c'est honteux, on voit quelque chose de très loin. C'est pas simple.
- Speaker #1
Il faut trouver sa propre limite.
- Speaker #0
Il faut trouver sa propre limite, il faut trouver le bon curseur. Qui n'est pas simple parce que même d'un pays à l'autre, c'est pas évident. Aux Etats-Unis, on montre tout. En France, on est plutôt... Moi, je me souviens des différentes polémiques qui sont nées, des attentats terroristes et de certaines images qu'aux Etats-Unis, on aurait montré dix fois plus, les gens auraient dit OK. Donc c'est pas simple parce que c'est un rôle d'équilibriste où en même temps il faut informer les gens, il faut montrer une réalité de ce qui se passe parce que je veux dire il faut pas mettre les fesses sous le tapis, il y a des drames, il y a des choses graves qui s'y passent.
- Speaker #1
Mais sans tomber dans le sensationnalisme et le scoop à tout prix.
- Speaker #0
Comment l'image raconte les choses tout en respectant la dignité des victimes et des gens qui regardent. Et il y aura toujours des gens qui vous diront vous êtes trop proche et d'autres qui diront vous êtes trop loin. Mais c'est assumé, il faut trouver ce juste milieu qui va à la majorité des gens, mais qui ne plaira jamais à tout le monde. Et puis se dire aussi que derrière ça, on est des êtres humains et que des fois, dans ces événements-là, on n'est pas parfait dans la restitution des faits parce qu'il faut justement qu'on délivre une information rapidement et on est en plein dedans avec tout ce qu'il y a de bouleversant derrière. Moi, le 13 novembre 2015, je ne suis même pas encore à Brut, je débute. Je me retrouve pour la première fois de ma vie confronté à voir des corps. Ça ne m'était jamais arrivé dans ma vie. Donc on se retrouve dans quelque chose d'irrationnel. C'est des scènes de guerre à ce moment-là. Et moi, je ne suis pas formé à ça. Enfin, encore moins. Même encore aujourd'hui, je me dis que j'ai plus d'expérience, je saurais mieux le gérer. Mais c'est pour ça que des fois, il y avait des erreurs qui étaient faites dans les médias, où les gens étaient très durs, où moi, j'avais tendance à y mettre un peu de nuance en disant... N'oubliez jamais que derrière les caméras, il y a des humains. Et avec toute la pression qu'il y a derrière, peut-être même parfois avec des gens au plus haut déconnectés qui disent, il faut aller vite, il faut faire ça. Tu es en direct pendant 10 heures et c'est sûr que pendant les 10 heures, peut-être, tu auras eu 99,9% où le traitement aurait été très bien mais les 0,1% où tu auras eu ce dérapage ou quelque chose qui ne va pas qui est contestable, il faut le dire. Mais ne jamais oublier qu'il y a des êtres humains derrière les caméras, derrière les téléphones portables, derrière les bloc-notes parce que Merci. L'erreur est humaine, la sensibilité aussi. Il faut que les gens y pensent aussi parfois.
- Speaker #1
On me parlait d'humain. Je me demandais, maintenant que ça fait 9 ans que TG Brut, est-ce que tu as encore des rêves de journaliste ?
- Speaker #0
Il y en a toujours. Il y en a toujours, mais après, je suis assez dans le rationnel. Je n'ai jamais été dans me dire, je veux faire l'interview, forcément l'interview de telle ou telle personne. Mais moi, ce qui m'intéresse beaucoup, c'est de pouvoir... Voyager, découvrir de nouvelles cultures. Je n'ai pas forcément de pays en particulier, mais c'est des choses de ma vie personnelle que je transpose aussi dans ma vie pro. C'est, oui, voyager, découvrir de nouveaux horizons, des choses très simples en soi. Je n'ai pas des choses exceptionnelles.
- Speaker #1
Peut-être un nouveau format que tu voudrais tester ? Plus du long ? Ou peut-être Twitch ?
- Speaker #0
Oui, pourquoi pas. On teste un peu tout. Après... Non, là, on va rentrer tout doucement. On est en 2025. La présidentielle de 2027, finalement, va arriver très vite. Dans un an, on sera dedans. Donc ça va peut-être être de relancer des formats politiques, des choses comme ça, d'interviews. Mais voilà, moi, je vois qu'il n'y a pas de bois ici, mais de toucher du bois et d'être toujours dans la continuité de ce que je fais, parce que j'ai la chance de faire le métier de mes rêves, que je rêvais depuis tout petit. Donc moi, je serais simplement dans l'idée de me dire... que je sois en bonne santé pour pouvoir continuer à le faire, de pouvoir continuer à être sur le terrain, de pouvoir continuer à développer et à garder ce lien de confiance avec les gens. Moi, c'est plutôt des choses très rationnelles là, parce que quand on est joint, justement, on voit le monde qui nous entoure et tout ce qui se passe, et on sait comme quoi tout tient à un fil. Mais tout tient à un fil de la vie. Je veux dire, on est d'autant plus informé quand on voit certains faits de société, certains drames, certaines choses. On est là aujourd'hui, on ne sait pas si on sera forcément là demain. Ça peut paraître parfois dramatique de dire ça, mais c'est très rationnel. Et donc c'est de se dire, je vis au jour le jour et j'essaye de donner chaque jour le sens maximum de profiter de ce métier fabuleux, d'aller sur le terrain, de rencontrer des gens, d'essayer d'être toujours à la page, c'est-à-dire de ne pas avoir trois pages de retard par rapport à ce que les gens ont envie de voir, de savoir, parce que ça c'est la pire des choses en tant que journaliste, c'est d'être en retard par rapport à ce que les gens, ou d'être hors sujet. C'est encore pire aussi. Donc c'est surtout des choses comme ça que j'ai envie au quotidien. Et puis voilà, cette curiosité de voyager, de rencontre.
- Speaker #1
Ok. Et je trouve que ton parcours, il est super inspirant de voir que tu es d'autodidacte, tu es arrivé aujourd'hui à ton super travail chez Brut. Quand je parle avec des générations un peu plus jeunes, quand ils me parlent de toi, ils me disent Mais moi, je voudrais être journaliste, mais je n'ai pas forcément fait d'études de journalisme. Alors moi, pour le coup, je n'en ai pas fait non plus. J'avais justement décidé de faire des études de lettres et de me former un peu différemment parce que je me suis dit, on est très formaté, les journalistes, donc j'avais envie de faire mes propres études et d'arriver après au journalisme. Et je dis toujours à mes élèves, vous n'avez pas besoin d'avoir un parcours classique pour être journaliste. Mais toi, je pense que mieux que personne, tu pourrais peut-être leur donner un conseil s'ils nous écoutent, s'ils ont envie d'être journalistes aujourd'hui, qu'est-ce qu'ils peuvent faire ?
- Speaker #0
Totalement. Alors après, il y a le côté réaliste et puis le côté aussi où justement on peut sortir des sentiers battus, on va dire. C'est de se dire que, oui, globalement, il y a quand même beaucoup de médias qui recrutent via les écoles. Moi, j'entends même encore des médias qui ne reçoivent même pas quelqu'un qui n'a pas fait une école. C'est-à-dire qu'il y a une école reconnue. En plus, ils ont même la liste, ils ont une trentaine d'écoles. Et si tu n'es même pas dans ces trente écoles-là, on ne te donne même pas l'heure, on ne te reçoit même pas en entretien. donc il y a quand même ce côté réaliste de se dire ça qui a malheureusement, ça qui est très présent. Je pense que le digital,
- Speaker #1
ça a rebattu les cartes. Voilà,
- Speaker #0
ça a rebattu les cartes, et c'est pour ça que je viens sur ce point-là aussi ensuite. Il y a quand même ça qui est très présent, mais le digital permet aujourd'hui de créer sa propre identité, de tester des choses. J'en suis un exemple, et il y en a d'autres, justement, de se dire qu'il y a des nouvelles formes de journalisme qui se créent, il y a des nouveaux supports, des nouvelles idées, et que quand on a des idées, on peut créer des choses. Moi, je vois régulièrement... Des gens qui essayent de créer des médias, des plateformes, et certains avec un bon succès, et qui arrivent parfois même à en créer un modèle économique du coup pour en vivre derrière, ou d'autres qui arrivent à en créer une forme de CV pour ensuite postuler dans des médias. Et ça, moi je trouve ça fantastique. Il y a ça de plus en plus, et quand je vois ce type d'initiative-là, je dis tout le temps, mais allez-y, moi ça m'est arrivé d'intervenir dans des écoles de journalisme, où je vois certains qui lancent un compte Instagram d'information, il y a peut-être que 100 ou 150 followers au début, mais je dis, mais allez-y, voilà, moi j'ai connu ça. je dirais On a tous démarré de zéro avec pas beaucoup de monde. Et c'est avec le temps que ça va venir. C'est en persévérant, c'est en lâchant rien. Et ça, c'est quelque chose que je dirais tout le temps, c'est de garder la foi dans ce qu'on fait, d'avoir la curiosité, d'avoir l'envie de ne pas se laisser abattre par les bâtons dans les roues qu'on peut avoir. Et même parfois, involontairement, des gens dans notre entourage qui veulent nous protéger en nous disant « Pourquoi tu vas là-dedans ? Il n'y a pas de débouchés. Il faut que tu trouves... » Moi, c'est ce qu'on me disait tout le temps. Il faut que tu trouves un métier normal.
- Speaker #1
Parce que c'est des nouveaux métiers. Par exemple, nos parents, ils ont du mal à comprendre le digital et puis ils veulent nous protéger. Parce que pour réussir, je pense qu'il faut prendre des risques parfois. Notre entourage, ils ont plutôt tendance à nous protéger.
- Speaker #0
À protéger, ils voient cette notion de protéger à juste titre, mais parfois, ils peuvent briser des rêves. Donc c'est pour ça que je dis tout le temps aux entourages, donnez justement des warnings, de la prudence, etc. Mais donnez aussi les moyens d'encourager parce que... La vie, elle passe vite et il vaut mieux tester des choses, se prendre 15 murs et puis se dire « Bon, finalement, j'ai échoué, je fais autre chose » que de n'avoir rien tenté et puis de se dire à 60 ans, quand je suis en fin de carrière, de vivre avec des regrets. J'ai eu trop la chance justement de discuter parfois avec des personnes âgées qui m'ont fait part de leurs regrets de vie. Et ça, c'est des choses qui m'ont marqué et je n'ai pas envie de vivre ça. Parce qu'on leur a dit « Mes parents m'ont imposé de faire ça, mon entourage m'a dit qu'il ne fallait pas faire ça » . Et je me dis aujourd'hui, et si j'avais tenté ? Peut-être que je me serais pris des murs, mais peut-être que j'aurais pu aussi réussir. Dans tous les cas, aujourd'hui... Je suis arrivé à un moment où je ne l'ai pas fait. Et donc, moi, j'ai envie de dire, ne soyez pas dans une vie qui vous apportera peut-être des regrets à la fin. Peut-être qu'il y aura des désillusions, peut-être qu'il y aura de la tristesse, mais qu'il y a aussi plein de chances qu'il y ait de la joie, de la réussite et que vous alliez vers ce que vous voulez faire. Donc, il faut tester, il faut y aller. C'est vrai que tu parles des parents. Moi, je pense que sans mes parents qui m'ont fait confiance en la possibilité de partir vers tout ça, Ça n'aurait pas été possible. Moi, j'ai eu la chance, justement, à mes 19 ans, quand j'ai dit à mes parents, j'avais même pas mon bac, j'ai arrêté les études avant le bac, je leur ai dit, moi, je veux arrêter. Alors, au départ, je me lançais en community management, sur la gestion, sur les réseaux sociaux, mais ce qui me plaisait, c'est qu'il y avait une partie de rédaction, rédactionnelle, etc. C'est parce qu'ils m'ont laissé faire. Avant de croire en moi, ils m'ont dit, vas-y, et après, ils ont cru en moi progressivement. Mais sans ça, c'est sûr que ça n'aurait pas été possible. Je peux aussi leur rendre hommage quelque part, parce que je sais que s'ils m'avaient imposé ce que le système scolaire m'imposait, c'est-à-dire que moi je faisais des études en vente, c'était d'être vendeur en magasin, je pense que c'est ce que je ferais aujourd'hui. Si mes parents ne m'avaient pas dit, bon, ok, tu crois en ce que tu veux faire là, vas-y, on t'encourage, on te donne même un petit peu de moyens si tu veux pour réussir, pour te déplacer, pour voir ce qui se passe et tout. et ça n'a pas été simple parce que Moi j'ai pas du tout de personnes dans le milieu du journalisme, j'ai un petit village du nord de la France, donc très très loin de toute opportunité possible, mais bon.
- Speaker #1
Comme quoi quand on veut c'est possible.
- Speaker #0
Quand on veut c'est possible, quand on veut c'est possible, et il faut aussi essayer de sortir de son propre cocon, de son propre milieu social, même si c'est pas toujours simple parce que parfois la société crée des cases, la société nous enferme, parfois nous brime un peu, parfois de l'endroit où on vient, mais... Plus on arrive à pouvoir sortir de ça, sans oublier qui on est, parce que sortir, ce n'est pas s'arracher de ses racines, c'est quand même garder des racines, parce que c'est ce qui permet justement de garder cette forme de rationalité et d'avancer, je pense, avec de l'humilité, etc. Des qualités, je pense, qui sont importantes.
- Speaker #1
Et je pense que ce qui a fait aussi, je me permets, ce qui a fait aussi ta carrière et le fait que les gens t'ont apprécié, c'est justement ton authenticité et le fait que tu aies essayé de ressembler à personne.
- Speaker #0
Oui, je pense qu'il faut mettre ça par du main. La part d'humain, pour moi, elle est hyper importante. Il faut y mettre du cœur, il faut y mettre de sa personnalité. C'est ça qui est sûr. Et moi, j'ai toujours été dans l'idée, la personne que vous voyez en live, c'est la personne qui vit aussi avec ses proches, etc. Alors, c'est sûr qu'on ne peut pas forcément être à 100% naturel comme on serait dans un café avec un verre de bière à la main.
- Speaker #1
Parce qu'il y a quand même trois caméras.
- Speaker #0
Voilà, mais on essaye quand même d'être... d'avoir une forme de spontanéité qui doit être la plus grande possible et d'y mettre du cœur, d'y mettre un peu de son âme. C'est ça qui est important.
- Speaker #1
Et dernière question, si tu devais écouter quelqu'un à ses micros, justement pour qu'il raconte les coulisses un peu de son travail de journaliste ou de créateur de contenu, tu aimerais écouter qui ?
- Speaker #0
Il y a tellement de gens que j'aimerais écouter. Moi, je trouve qu'il y a des gens... Moi, par exemple, il y a un journaliste pour lequel je me suis beaucoup inspiré, mais qui est malheureusement décédé aujourd'hui.
- Speaker #1
Bon, ça, je ne sais pas faire.
- Speaker #0
Ce ne sera pas possible, mais j'y pense parce que c'est des voix que j'aurais rêvé d'entendre. Moi, par exemple, un journaliste qui m'a beaucoup inspiré quand j'étais petit, c'est Patrick Bourin, qui était un journaliste sur TF1, parce qu'à l'époque, c'était l'époque un peu de la messe du journal de 20 heures. Et c'était lui qui allait dans les zones de guerre. et je trouve qu'il aurait il avait Voilà, tellement d'endroits où il a été. Il est mort sur le terrain, je crois, en Irak, dans une guerre, justement. Et justement, c'est des gens qui, je pense, avaient énormément de choses à raconter. Je pense, en parallèle, Maryse Burgot, aujourd'hui, qui est sur France Télévisions, qui a couvert énormément de conflits aussi dans le monde. Je pense qu'elle a énormément d'anecdotes. Et après, je pense que, globalement, ce n'est pas forcément des noms, mais plutôt des parcours qu'on aimerait entendre, parfois de... Des journalistes qui sont beaucoup plus anonymisés, mais qui ont justement parcouru le monde au travers des conflits, au travers des situations d'actualité.
- Speaker #1
Donc plutôt des journalistes de terrain.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est ça qui est important. Pour moi, c'est toujours le terrain qui m'inspire. Là, par exemple, aujourd'hui, ça fait quelques années qu'on m'a donné des responsabilités aussi abrutes. Je continue de faire le terrain. Ça aurait été inconcevable de me dire que j'étais dans un bureau toute la journée. Je pense même que je ferais un autre métier si c'était ça. Demain, on me confie, on me dit t'es rédacteur. Aujourd'hui, je suis rédacteur en chef d'une équipe qui me permet aussi d'être sur le terrain. Il y a des rédacteurs en chef aussi à Brut au-dessus qui, eux, sont en rédaction la plupart du temps. Je ne pourrais pas. Je pense que je quitterais le métier, je pense.
- Speaker #1
J'espère pas que...
- Speaker #0
Non, parce que je pense que c'est des opportunités que je ne prendrais pas. On me les a proposées, des opportunités, que ce soit à Brut ou même ailleurs, dire tu vas être encadrant mais t'es encadrant, t'arrives au bureau à telle heure, tu pars à telle heure. Non. Ok, c'est bien, ok, ce sera peut-être mieux payé, etc. Mais non. Je veux dire, moi le journalisme, je le conçois vraiment sur le terrain, au contact des gens et c'est fondamental. Je pense même que ceux qui ont des fonctions de bureau, on devrait trouver une façon d'une autre de les faire sortir.
- Speaker #1
Je pense que c'est aussi pour ça qu'il y en a qui sont devenus déconnectés, justement parce qu'ils sortaient plus.
- Speaker #0
Ben oui, mais c'est pour ça qu'il faudrait trouver un moyen de les faire sortir, alors je sais pas comment. J'ai pas la recette miracle, mais je pars d'un constat où il y a des moments où il faudrait leur dire, allez-y. Après, il y en a qui le font parce que ceux qui font des conférences citoyennes, etc., moi, j'ai vu des conférences où, justement, il y avait des rédacteurs en chef et même parfois des rédacteurs en chef de chaîne info qui en prenaient plein la tête parce que des fois, ils se font bien attaquer sur le terrain. Mais je trouvais courageux qu'ils y aillent. Je me disais que c'est bien. Au moins, ils vont au contact des gens. Ils répondent à la défiance. Et il y a un dialogue. À la fin, les gens viennent leur parler. C'est un peu rentre-dedans. Mais au moins, il se passe quelque chose. Et j'ose croire que la personne qui est venue va se nourrir de ça dans son travail. Mais il y en a d'autres qui n'ont... Voilà. Et donc, c'est vraiment la base.
- Speaker #1
Ok. J'allais dire, si on veut te retrouver, je pense que les gens le savent sûrement déjà, mais on peut répéter. Du coup, que tu es régulièrement sur Brut, sur les formats courts.
- Speaker #0
Ouais, voilà, sur Brut. Aussi, sur mes comptes, j'essaie aussi de faire des lives de temps en temps, que ce soit, par exemple, sur TikTok, sur mon compte Rémi Buzyn, où je fais des lives régulièrement. L'idée, c'est justement de dialoguer. Le dimanche soir, ça m'arrive de faire un live de 2-3 heures où je réponds aux questions des gens. des fois sur l'actualité pour justement donner du contexte, mais aussi répondre justement aux questions sur le métier de journaliste. Et c'est super intéressant parce que justement, cette défiance-là, on la voit des fois en pleine tête, où les gens arrivent avec des commentaires limite « wow, il faut être prêt » . Mais en fait, c'est hyper intéressant, ça crée un vrai dialogue, parce que les autres rebondissent, parfois de façon plus constructive, et ça crée quelque chose, et ça, j'essaye de faire ça une fois par semaine. Donc vraiment important, évidemment, sur Brut, avec toute... Toutes les équipes, parce qu'il faut le dire derrière tout ça, c'est un très gros travail collectif. J'ai pu citer quelques noms de journalistes, mais derrière c'est tant d'autres journalistes, c'est les rédacteurs en chef, c'est des monteurs, des assistants de production, la compta, tout. C'est toute une équipe pour faire en sorte qu'un média puisse tourner, avancer, et sans toute cette symbiose-là, je ne peux pas faire mon travail. Il faut vraiment aussi saluer tout le monde.
- Speaker #1
Ok, trop bien. Donc si jamais les gens ont envie de poser des questions, ils peuvent le faire en commentaire de la vidéo. Mais ils peuvent aussi venir te voir le dimanche soir pour un live.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Et même partout, même des fois dans la rue, ça arrive aussi. Moi, j'adore. Ok,
- Speaker #1
trop bien. Écoute, merci Rémi pour cet échange et pour le temps que tu m'as accordé.
- Speaker #0
Merci pour ton invitation, c'était super. Et j'espère que ça aura plu aussi aux gens qui regardent. Je ne sais pas combien de temps on a fait à peu près.
- Speaker #1
Plus d'une heure,
- Speaker #0
je pense. J'espère que... Les gens qui ont regardé cette heure-là se diront que ça a été sympa et qu'ils n'ont pas perdu de temps. J'espère.
- Speaker #1
Merci à toi. Et puis, nous, on se retrouve dans deux semaines pour le prochain épisode. Merci.
- Speaker #0
Merci à vous.
- Speaker #1
Tu viens d'écouter Je te le dis en off, un podcast que je produis, écris, programme, monte et réalise toute seule de A à Z. Alors, si tu veux me soutenir, c'est simple. Sur YouTube, tu likes, tu t'abonnes. Sur Spotify ou Apple Podcasts, tu notes, tu mets un avis. Et sur Instagram, tu partages et tu me laisses un commentaire. Chaque geste compté me donne la force pour continuer à tomber dans les coulisses des médias. Merci pour ton écoute et à très vite pour un prochain épisode. Hey, je te le dis en off.