- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #1
ouais, ouais.
- Speaker #0
150 l'heure. Non, je dis ça parce que là, justement, j'ai un train d'intégrer un incubateur de médias à la gaieté lyrique.
- Speaker #1
Ok, trop bien.
- Speaker #0
Ah oui, moi, ça me va. J'ai pas regardé ma... Ça va, je suis coiffée, ok. Bon, j'en sais rien.
- Speaker #1
Il y a un miroir si jamais tu veux, mais normalement.
- Speaker #0
Je te fais confiance. On est sur un truc qui n'est pas déconnant. Bon,
- Speaker #1
alors,
- Speaker #0
on part. Faut juste que je me tienne droite.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je remarque que tu as tendance à plaire.
- Speaker #1
Encore, j'ai pris des chaises parce que je suis d'à côté. J'ai tourné la semaine dernière et c'est des fauteuils et je suis comme ça. Ah ouais ? Je me déteste quand...
- Speaker #0
Je peux... Ah,
- Speaker #1
trop bien !
- Speaker #0
Ok, voilà, c'est tout. Je pense bête si jamais je...
- Speaker #1
Après, du coup, c'est vraiment... Je ne sais pas si tu as déjà écouté le podcast, mais c'est vraiment sous format... Oui,
- Speaker #0
mais rapidement, j'avoue, j'ai fait les petites émissions. Merci !
- Speaker #1
C'est vraiment sous format discussion. Donc, si tu as une question, on est aussi là, on est deux journalistes, donc ça intéresse souvent les gens d'avoir des anecdotes de toutes les deux et tout, donc voilà. Ouais,
- Speaker #0
ouais, pas de problème.
- Speaker #1
T'es bon, t'es ready ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'est bon, écoute. Bonjour Haute.
- Speaker #0
Bonjour, ça va ?
- Speaker #1
Je suis très contente de te recevoir sur le podcast. T'es journaliste, t'es aussi présidente d'une association qui s'appelle Fake Off. J'aime bien raconter toujours pourquoi je reçois les gens sur le podcast. Aujourd'hui, je te reçois parce que, ce que je te disais un peu en off, je crois qu'on a un peu une mission qui se ressemble. On travaille toutes les deux autour des fake news, de l'éducation aux médias et... Et le but de ce podcast, c'est un peu de faire découvrir les coulisses des médias aux personnes qui nous écoutent, peut-être pour essayer de leur redonner confiance dans le travail des journalistes et les aider à mieux s'informer. Je crois que c'est un peu une mission qui t'anime aussi.
- Speaker #0
Oui, carrément. Donc, c'est pour ça que j'étais ravie quand j'ai vu que tu m'avais contactée. Oui, oui, carrément. C'est tout ce qui m'anime aussi depuis, je dirais, dix ans. C'est comment, en fait, à la fois, on donne des clés. aux gens pour ne pas se faire manipuler. Moi, tout part d'une grande colère que j'ai contre les manipulateurs qui se font de l'argent sur le dos des gens. Donc, effectivement, donner des clés pour ne pas se faire manipuler et aussi, au cœur, évidemment, de ce que je fais, réside le fait de reconstruire du dialogue, même avant de la confiance du dialogue, de la confiance du dialogue entre les journalistes et les citoyens, c'est vrai que ça manque cruellement. Paradoxalement, on est un métier où on va... beaucoup, on va interviewer plein de gens, etc. Mais le boulot est fait de telle manière, avec une telle pression et de telle... Il faut voir ce qu'on nous demande des enquêtes de feu en trois jours, etc. de plus en plus, qu'en fait, les gens, on vient, on toque, on prend trois sonores, ce qu'on appelle des sonores, on repart et en fait, vraiment se poser avec les gens, discuter, avoir leur retour et tout, c'est tellement enrichissant et tellement vital. Donc effectivement, c'est un peu la direction que j'ai prise.
- Speaker #1
Très bien. Avant que tu nous racontes tout ce que tu fais, j'aime toujours bien demander aux personnes que je reçois, parce que parfois être journaliste, c'est un peu une vocation. Parfois, ça ne l'est pas. Est-ce que tu as toujours voulu être journaliste ?
- Speaker #0
Pas du tout. Je voulais faire de l'humanité. En fait, j'aurais adoré faire Médecins sans frontières. Moi, j'adore. Je me sens vraiment vivre. qu'en allant presque au secours des gens, en aidant, enfin, tu vois, ce gros syndrome-là qui se retrouve chez ma manne. Non, mais c'est vrai. Et donc, mais j'avais fait un stage dans l'humanitaire. Alors, c'était peut-être juste pas le bon stage. Peut-être que j'en aurais fait un autre, mais dans lequel je m'étais trouvée assez inutile. Alors, il faut savoir une chose, c'est que je ne sais rien faire de mes dix doigts. C'est une catastrophe. Je ne sais pas changer une ampoule. Je ne sais pas faire une omelette.
- Speaker #1
Pareil, je ne sais pas cuisiner.
- Speaker #0
mais on en est presque là. Et dans l'humanitaire, ils ont quand même beaucoup besoin de... Enfin, tu vois, je veux dire, il faut savoir faire quelque chose, en fait. En tout cas, en l'occurrence, du coup, ça m'avait beaucoup questionnée. Je me suis dit, merde, ce que je vais faire, qui peut aider ? Et j'étais partie, du coup, avec cette grande aspiration de part par le journalisme. Pour le coup, ça, j'adore écrire. Je m'intéresse à... tout le monde, je trouve ça génial de rentrer dans les vies de tout le monde, etc. Je m'étais dit que peut-être ça ça pourrait d'une manière ou d'une autre être une forme d'aide. Finalement, j'étais assez déçue parce que quand tu démarres, tu fais des sujets sur les baskets.
- Speaker #1
Moi, sur les campings. Ah bah,
- Speaker #0
un camping dehors, ça c'est la... Alors,
- Speaker #1
j'ai adoré, parce que les gens sont toujours... Enfin, les rencontres sur le terrain, c'est toujours super. Il y a toujours ce côté-là. C'est vrai qu'en général, on fait ce métier par... En tout cas, moi, je le fais par vocation. Je le fais parce que j'ai envie d'être journaliste depuis que j'ai parlé. Et j'avais envie de... Je le raconte souvent, mais j'ai créé mon journal en classe de CP. C'est ça que j'adore. Ça s'appelait le journal des marmottes, c'était très inspiré. Mais du coup, j'avais envie de changer les choses, de voyager partout dans le monde. Et au final, je voyagais pas tant que ça. Et puis, je révolutionnais pas la terre avec mes sujets, même si c'était sympa sur le terrain. Donc, je vois ce que tu veux dire. En fait,
- Speaker #0
très vite, t'es prise dans une logique économique qui te broie.
- Speaker #1
C'est ça. Et il y a un côté très mythe. Tu sais, il y a le mythe de ce métier, du journalisme, etc. Et ça m'évite de revenir un peu en pleine figure.
- Speaker #0
Ouais, je suis d'accord. Ça veut pas dire que... Femme. En tout cas, j'ai rapidement été un peu dans cette grosse machine du flux, ce qu'on appelle le... Enfin, c'était même pas du flux, c'était des émissions un peu type 66 minutes, etc. Oui, c'est ça,
- Speaker #1
on en parlait en off, mais du coup, on a commencé par faire le métier du reportage, ce qu'on appelle du magazine, c'est pas de l'investigation. Du magazine. Ouais.
- Speaker #0
C'est pas de l'investigation, mais moi, j'ai appris toutes les clés de l'investigation là-dedans, parce que mine de rien... Tu fais un sujet sur, je ne sais plus, moi j'avais un électricien qui avait 172 Picasso, je ne sais pas si tu te souviens de cette affaire. Enfin bon bref, je veux dire, tu fais une enquête, etc. Mais c'est dans une case magazine, c'est vrai. Bref, c'est des petits labels comme ça, des petites étiquettes qu'on met. Mais du coup, assez rapidement, je me suis questionnée sur le sens de tout ça. Je ne voudrais pas décourager en même temps des gens qui veulent être journalistes pour les raisons qu'on a, parce que c'est tout à fait possible. Et je connais aujourd'hui des gens merveilleux qui font un boulot de dingo sur... sur des terrains difficiles, etc. Mais déjà avec le recul, et donc c'est possible en fait, déjà avec le recul, je ne sais pas si ça aurait été pour moi finalement, parce que je suis vraiment très sensible, très émotive, et je ne suis pas sûre que dans... Enfin, j'ai vu aussi des journalistes revenir un peu très travaillés par beaucoup de choses qu'ils avaient pu voir, sur lesquelles tu ne peux pas agir, tu es journaliste, tu n'es pas là pour faire de l'humanitaire. Je pense qu'il y a beaucoup de choses qui m'auraient peut-être trop secoué. Donc voilà, j'en ai pris mon parti. Mais c'est vrai que j'avais ce questionnement de l'utilité. Au final, le soir, quand je me couche, à quoi j'ai servi ? Et je l'ai retrouvé du coup. Une quête de sens ? Oui, en allant dans ce qui s'appelle l'éducation aux médias. Et le fait d'épauler les gens à ne pas se faire manipuler, d'épauler les jeunes. Et là, franchement, ça dit tout ce que j'aime. Ça dit à la fois de l'investigation, parce qu'on fait des petites investigations. Et l'humain. Et le sens. Et ma quête, c'est de porter ça de plus en plus haut. Je suis quelqu'un de très ambitieux. Mais en tout cas, j'ai retrouvé le sens, c'est clair.
- Speaker #1
Et l'éducation médiale et fake news, est-ce qu'il y a quelque chose qui a fait que tu as choisi vraiment ce sujet-là ? Comment c'est venu ?
- Speaker #0
Non, en fait, je commençais à m'extirper un petit peu des sujets. magazines, etc. pour faire de l'enquête. Et d'ailleurs, moi, quelque chose qui m'anime beaucoup, par exemple, c'est les animaux, la souffrance animale. C'est quelque chose que je trouve dingue qu'on ait la connaissance de tout ce qui se passe dans les abattoirs, dans les élevages, dans les trucs, etc. Et que quand même, tout le monde fasse un peu semblant de ne pas trop savoir. On est quand même dans une société beaucoup comme ça. Et donc moi, je voulais, parmi les sens que je voulais trouver dans mon boulot, c'était d'enquêter sur des sujets comme ça. Et j'avais fait, très sincèrement, une super enquête sur l'expérimentation animale. On peut retrouver encore, je crois, que ça s'appelait Cobaye Bye Bye, ou sinon j'ai le lien.
- Speaker #1
Ok, je mettrai le lien par la tête. Ah ouais,
- Speaker #0
franchement, j'avais adoré cette enquête. Et donc, il était question, évidemment, d'aller... C'était une enquête hyper chaude dans les laboratoires, etc. Et donc, je démarre cette enquête. qui montre d'ailleurs qu'on n'a pas besoin du modèle animal dans la plupart des... C'est fou le nombre d'animaux qui sont utilisés dans les expériences qui ne servent soit à rien, soit même desservent la science. Bref, j'étais hyper contente parce qu'on avait trouvé plein de trucs. C'est une enquête qui était vraiment chaude. Et puis, arrive là-dessus, le 7 janvier 2015, Charlie Hebdo, les attentats de Charlie. Alors là, j'étais en train de bosser. C'était vraiment le démarrage de cette enquête-là dans une agence qui s'appelle Première Ligne. Et j'étais chez moi ce jour-là, parce qu'il faut savoir que quand tu es journaliste, tu n'es pas obligé d'être tout le temps, surtout pigiste, parce qu'il s'appelle pigiste, donc en fait, tu n'es pas staffé dans la rédac H24. Tu te prends pour un projet. Tu bosses pour eux sur ce projet-là, en l'occurrence, qui était ce sujet sur l'expérimentation animale, qui était pour une super émission qui n'existe plus, qui était sur Canal, qui s'appelle Spécial Investigation. Et en fait, chez moi, j'entends du coup des journalistes assassinés en plein Paris, Charlie Hebdo, etc. Il faut dire que Charlie Hebdo, moi, ils m'ont fait beaucoup mon éducation quand j'étais jeune, un peu rebelle, issue d'une famille assez catholique. Mais très ouverte aussi par ailleurs. Mais ils ont fait aussi un peu, ils ont beaucoup participé à mon émancipation sur un certain nombre de sujets. Et donc, j'ai un lien aussi un peu émotionnel à la base avec Charlie, même si à l'époque, je ne vais pas mentir, je ne le lisais plus depuis longtemps, etc. J'avais rencontré Charb quand même quand j'étais étudiante, j'étais trop contente. Et en fait, j'apprends ça. Et j'allume la télé et je vois qu'en fait... Ça se déroule sur mon lieu de travail, puisque cette agence première ligne pour laquelle je travaillais était voisine de Charlie Hebdo, ce que je ne savais pas. Si j'avais su, j'aurais été vraiment, j'étais un peu groupie. Et donc, je découvre ça et je découvre mes collègues qui montent sur le toit. C'est eux qui font les premières images. Les premières images qu'on voit. Les premières images en boucle. La matinée du 7 janvier, elles ont été prises par Martin Boudot notamment, et je crois quelqu'un d'autre aussi, enfin plusieurs collègues. Et puis rapidement sur les réseaux, donc c'était Facebook en l'occurrence à l'époque. Là, j'étais sidérée de voir la force des théories complotistes. D'ailleurs, je ne connaissais même pas ce terme. Je pense que théorie du complot, c'est quelque chose que vraiment... Beaucoup de gens ont découvert à ce moment-là avec Charlie Hebdo, je ne connaissais pas ce truc-là qui consistait à imaginer des complots en mode paranoïaque sur tout et n'importe quoi. Et là, il y avait tout. Et notamment, les images qu'avaient pu produire mes collègues, elles étaient falsifiées. J'avais un autre collègue, Benoît Bringer, qui a par exemple un gilet pare-balles. sur une vidéo, si tu freezes, là, hop, t'arrêtes, et tu vois qu'il a un gilet pare-balles. Il y a des gens qui s'excitaient sur ce gilet pare-balles en disant que ça se voit qu'ils étaient au courant, etc. Alors, petit spoiler, alerte, dans des jeux rédactions, il y a des gilets pare-balles. Surtout la rédaction de première ligne, à l'époque, ils allaient pas mal en Syrie, etc. Donc, en fait, tout simplement, il a eu la jugeote, il a pris un gilet pare-balles. La vérité, elle est souvent beaucoup plus calme et terre à terre que les considérations. Bon, bref. Et ça m'a sidéré. Et en même temps, j'ai senti qu'on avait moyen, nous les journalistes, de faire partager cette expertise qu'on a. Parce qu'on passe quand même notre journée à voir des gens qui nous disent A, B, C, D. Et nous, on est là au milieu et on a le sujet à rendre pour demain. Et il faut qu'on trie, il faut qu'on sache ce qu'on dit. Donc en fait, cette capacité à démêler le vrai du faux, c'est vraiment inhérent au journalisme. Et j'ai tout de suite, très rapidement, eu envie de partager ça avec le plus grand nombre. Parce que j'ai vu l'urgence qu'il y avait à armer, quelque part, le maximum de gens contre les manipulateurs. Et donc, ça a été le début de cette association qui s'appelle Fake Off. et qui envoie des journalistes vraiment un peu partout en France, auprès de tout le public, surtout les jeunes, pour, ben vraiment, on part de leur consommation de l'information, donc on s'imprègne de leur culture. On peut faire une petite pub ?
- Speaker #1
Oui, vas-y.
- Speaker #0
Nous sommes dans un super documentaire, non mais parce qu'en fait, si les gens veulent vraiment se rendre compte de ce qu'on fait, il y a un super doc qui est sorti là, il y a quelques jours, ce France 2. qui s'appelle détecteur de mythos à l'attaque des fake news et qui suit notre travail sur six mois avec une classe de troisième. Et donc, je pense que c'est intéressant, mine de rien, pas seulement en mode promotionnel, mais je pense que les gens verront, enfin, dans ce doc, on voit un peu tout ce qui se passe un peu dans les smartphones des jeunes. Et aussi, on a quelques clés de compréhension des réseaux sociaux et de comment soi-même, on peut s'approprier des outils. Enfin, je pense que c'est vraiment un super... Donc, un superbe docu à ce niveau-là. Et donc, voilà, on a commencé vraiment avec notre petit bâton de pèlerin, aller à gauche, à droite. Les demandes n'ont fait qu'exploser. Les journalistes ont été de plus en plus nombreux à nous rejoindre. Donc ça, c'est super. Malheureusement, c'est un modèle qui est un peu à bout de souffle, en tout cas. par rapport aux aides publiques qu'on a, elles sont très... Oui, c'est ça.
- Speaker #1
C'est comme ça que j'étais contactée. En fait, on se suit un peu sur les réseaux, etc. Et j'ai vu ton annonce en story en disant que peut-être que l'association n'allait pas pouvoir continuer parce qu'il n'y avait pas assez de subventions publiques, potentiellement.
- Speaker #0
C'est un vrai sujet, en fait. C'est complètement fou. On est face à des... des structures, même des particuliers. Moi, j'ai des clubs, comme je disais dans une story, des clubs de tricot qui veulent me faire venir. En fait, l'éducation aux médias, je donne ce terme générique, mais en tout cas, le fait d'avoir des clés pour se faire manipuler, tout le monde veut avoir ça.
- Speaker #1
Je suis d'accord avec toi et je trouve que c'est important. Tu sais, quand on me parle du podcast et que j'explique ce que je fais, souvent, les gens me disent, ça m'arrive qu'on me dise... ton podcast, il ne va pas marcher parce que c'est niche et ça parle des médias. Et je suis là, mais non, en fait, ça parle de comment, justement, mieux s'informer. C'est un enjeu citoyen, c'est un enjeu pour tout le monde. Et je trouve qu'à chaque fois, ça m'agace que les gens pensent que ça ne parle qu'aux journalistes et que ça devrait parler à tout le monde. Je suis assez d'accord avec toi.
- Speaker #0
Je suis complètement d'accord. Et donc, en fait, dans cette période complètement dingue, où en fait, à la fin de plus, avec l'IA, avec, enfin, je veux dire, tout le monde est paumé, tout le monde est complètement à la rue, personne... on a de moins en moins de subventions, des subventions de plus en plus incertaines. C'est pour ça qu'on fait un appel, j'avoue, au crowdfunding. C'est vrai que je suis venue. À la base, c'était pour prendre des petites notes, mais ici, il se trouve que par hasard, on met pas le lien. On sort un petit QR code pour la cagnotte parce qu'en fait, il s'agit... Moi, ce que je trouve le plus dur, il s'agit de sauver l'assaut, mais ce que je trouve vraiment dur, c'est que tu as des petites écoles, Merci. Des gens qui ne roulent pas non plus sur l'ordre du secteur public, souvent, etc., etc., qui font appel à toi et tu dois dire non. Et ça, moi, ça me... Ça te fait crier un peu. Je trouve qu'il y a une dimension qui est hyper dure. Ah ouais, bon, dommage, ce sera peut-être pour les élèves l'année prochaine. Et du coup, dans ma tête, j'imagine toute une classe d'élèves. où en fait, on aurait pu... Enfin, moi, je ne sais pas. Après, je suis peut-être trop empathique ou je n'en sais rien, mais je me dis...
- Speaker #1
Non, mais tu portes le projet, c'est normal. Oui,
- Speaker #0
c'est un truc qui devrait être tellement mainstream. Et j'ai aussi fait tellement de... Enfin, j'avais fait un grand complément d'enquête sur le business de la désinformation. Et quand tu vois l'argent que ces mecs-là, ils soulèvent en cinq secondes avec des communautés chauffées à blanc sur des faux trucs. et qui sont surmobilisés, etc. Ça me questionne sur l'avenir, en fait, et sur le fait que, waouh, si on n'a pas un gros électrochoc là, sur le fait qu'il faut se mobiliser, non seulement pour FECOF, mais je veux dire d'une manière générale, en fait, pour se sortir de ce marasme, ou en tout cas aider les jeunes à avoir une pensée libre, en fait, à s'émanciper, à reprendre le contrôle, etc. n'a pas conscience de ça, très vite, ça va être difficile. Moi, je serais toujours là, je serais toujours taquée, mais vraiment, ça va être difficile.
- Speaker #1
Est-ce que parfois, tu n'as pas l'impression, parce qu'on en parlait, moi aussi, je donne des cours d'éducation en médias dans les écoles, et parfois, j'ai l'impression qu'on est tout petit à essayer d'expliquer aux gens comment s'informer derrière les gros mastodontes, des plateformes, etc. Et parfois, je me dis, waouh, je me sens utile quand je le fais, mais en même temps, je me dis, waouh, c'est... On est en face, on a des gens qui ont beaucoup d'argent, etc. Donc, je me dis, je me sens utile. Mais parfois, est-ce que tu ne te sens pas un petit peu pas découragée ? Ou comment tu te sens par rapport à ça ?
- Speaker #0
Je ne me sens pas découragée parce que... Parce que quand tu transmets, tu sens quand même qu'il y a quelque chose qui se passe. Et que tu allumes des petites... Voilà.
- Speaker #1
Des petites flammes.
- Speaker #0
Des petites flammes, des petites flamèches, des petits trucs, etc. Maintenant, la grosse question, c'est l'impact à long terme de ça. Parce qu'effectivement, notre format dans les collèges qu'on fait le plus, c'est deux fois deux heures. On voit deux fois deux heures une classe, par exemple. Bon, sachant que ça fait quatre heures dans toute une scolarité, sachant que TikTok, c'est du 4h-5h par jour. Qu'est-ce que ça pèse, tu vois ? J'espère que ça pèse quelque chose. Et je prétends qu'on fait quand même une certaine différence pour beaucoup d'élèves, je pense, avec qui je reste en contact par la suite, etc. Maintenant, c'est sûr que c'est toute ma réflexion depuis d'ailleurs que je suis fellow à Ausha. Je vais t'expliquer le concept après. En gros, je suis aidée par une super ONG qui s'appelle la Ausha pour booster tous mes projets. C'est vrai que là, je suis dans un questionnement massif de comment on passe à l'échelle. et comment on massifie tout ça de manière maligne, connaissant un peu toutes les difficultés qu'on peut avoir quand on est dans une association. Et je pense notamment qu'il faudrait qu'on s'unisse beaucoup plus les différents acteurs de l'éducation aux médias, etc. Enfin bref, je ne vais pas m'étendre sur tous les... Non mais c'est intéressant. C'était une question... Effectivement, là maintenant, on atteint en fait le bout d'un petit peu de ça. Il va falloir monter au créneau davantage.
- Speaker #1
C'était une question que je me pose aussi perso, c'est pour ça que ça m'intéressait d'avoir... Oui, mais... C'est pas intéressant. Tu parles de... justement de fake-off qui s'adresse plutôt aux jeunes. Tu vas dans les collèges et les lycées, je crois.
- Speaker #0
Principalement les collèges, c'est là qu'on a le plus de demandes.
- Speaker #1
Et tu parles des réseaux sociaux et ça m'intéresse parce que, en même temps, tu vas nous expliquer, mais évidemment, les plateformes sur lesquelles les jeunes s'informent, c'est principalement TikTok, Instagram, etc. Et elles peuvent avoir amplifié, en tout cas, tous les phénomènes de désinformation. Tu vas nous expliquer pourquoi. Et en même temps, c'est drôle parce que moi, quand je pose des questions aux jeunes... comment ils s'informent. Ils s'informent aussi avec Hugo Décrypte, qui va être, pour le coup, c'est vraiment global.
- Speaker #0
Heureusement qu'il est là. Merci Hugo.
- Speaker #1
Ça apporte aussi des choses cool, parce que toi aussi, tu es sur YouTube, on en parlera. Moi, j'ai mon podcast. Donc parfois, je me dis que les réseaux, ça peut amplifier tout ce qui va des informations, mais ça peut aussi être une belle source d'informations. Comment tu en parles avec tes élèves ?
- Speaker #0
Très simple. Si tu vas sur TikTok, si tu vas sur Insta, si tu vas sur ce que tu veux, YouTube, on les prend tous là, et que tu te laisses flotter comme ça, naviguer sans avoir un gouvernail, sans rien, en avalant le tout venant de ce qu'on va te servir, tu vas être un pantin très rapidement pour des gens qui vont se servir de toi. Maintenant, si tu es intelligent et que tu n'as pas envie d'être manipulé, d'une manière ou d'une autre, ou en tout cas que tu veux conserver une certaine hygiène mentale. Tu ne veux pas... Il faut que tu t'abonnes, like, suive des comptes qui sont pertinents, qui font de la qualité. Comment je définirais ça ? C'est des gens qui travaillent l'information. Ça peut être des vulgarisateurs. Alors à chaque fois... Oui, mais qu'est-ce qu'il vaut ce vulgarisateur ? Alors moi, je vais dans Google, onglet actualité, et je tape le nom du vulgarisateur pour voir s'il y a des reportages dessus, des trucs, etc. Enfin, bon bref, il faut voir un petit peu. Mais en gros, alors donc, Hugo Décrypte, Épicurieux, c'est... J'ai mis. J'ai mis. Défecator, j'adore. Manon Bril, Max Bird, en fait, Mister Sam, La Tronche en Biais, en fait, il y en a plein. et à chaque fois ils me disent mais moi je les vois pas j'ai dit ben pourquoi tu les vois pas à ton avis le problème c'est qu'aujourd'hui les réseaux ils sont faits de telle manière que si tu ne les cherches pas ils ne viennent pas à toi donc cherche-les t'auras toujours tes corées rigolotes de trois chatons mignons qui vont te tomber dessus un truc fun par-ci par-là mais au moins t'enverras l'algorithme cette idée que t'es pas ouvert au tout venant du grand n'importe quoi en fait, la terre plate c'est non merci
- Speaker #1
Parce que les gens, ils ne se rendent pas compte que l'intérêt des plateformes en tout premier, c'est qu'on reste sur la plateforme et donc de nous divertir et pas du tout de nous informer. Ce n'est pas leur objectif à eux.
- Speaker #0
Alors ça, c'est aussi évidemment. Non, mais en fait, il faut tout remettre à plat. Donc souvent, je leur dis, en fait, par exemple, une phrase toute simple qu'on peut être amené à dire. C'est donc ces plateformes-là, que ce soit YouTube ou autre. Moi, j'avais surtout bossé sur YouTube. Mais bon, la logique est la même partout. Ce n'est pas des gens qui sont là pour t'aider ou ça a l'air fun, etc. Ce sont des gens qui font de l'argent sur ton dos. Ils font de l'argent sur ton temps et sur ton esprit. En gros, ce que ça veut dire, c'est qu'ils te volent ton temps et ils t'infiltrent. Je suis désolée de le dire un peu durement comme ça, mais ils peuvent, si tu ne fais pas attention, avoir une grosse influence sur tes schémas. pensée, donc en fait c'est vraiment sur ton être intérieur intime et se faire de l'argent là-dessus et donc en gros comment, pour prendre Youtube, comment Youtube se fait de l'argent sur toi sur ton dos etc alors là ils réfléchissent un peu et tout mais quand même assez rapidement ils comprennent que c'est la publicité donc vous avez pas remarqué que sur Youtube si je reste 30 minutes j'ai avalé à peu près 20 publicités Chaque publicité, je ne me rappelle plus du chiffre, chaque publicité que vous voyez, et donc des fois on s'amuse en classe, on regarde les publicités, on compte combien on rapporte à YouTube. Chaque publicité que vous voyez, elle rapporte une fraction d'euros et aux créateurs qui sont derrière et à YouTube. Et donc, évidemment, l'intérêt pour toutes ces plateformes, c'est de te garder scotché le plus longtemps pour que tu avales le maximum de pubs. Et pour te scotcher le plus longtemps possible, il faut t'envoyer du lourd, du sensationnel, du dingo, du incroyable. Ce qui est souvent le contraire de la bonne information, malheureusement.
- Speaker #1
Plus nuancée, souvent.
- Speaker #0
Moi, je n'ai pas des choses incroyables qui m'arrivent tous les jours. Par contre, sur TikTok, je découvre tous les jours qu'il y a les mégalodons. Peppa Pig en fait c'est pas le vrai Peppa Pig que Michael Jackson il paraît qu'il habite à côté de chez moi que machin,
- Speaker #1
ça c'est tous les jours c'est H24 sur TikTok et je crois que je trouve que c'est dingue sur TikTok parce que quand tu fais le test pour voir comment ton je trouve que c'est là où tu vois que l'algorithme change le plus vite dès que tu vas regarder une vidéo de chat tout de suite on va te proposer beaucoup beaucoup, enfin je trouve que c'est là où on voit TikTok ils ont... c'est dingue
- Speaker #0
TikTok, ils ont masterisé le... Comment on dit ? Ils ont tué le game.
- Speaker #1
C'est dingue.
- Speaker #0
Mais d'ailleurs, tout le monde se TikTokifie. YouTube, avec leur short, etc. Ils copient. Il ne faut rien d'autre que copier TikTok. Effectivement, un autre danger, évidemment, de TikTok, c'est que... D'ailleurs, c'est pour ça que je leur dis « Créez-vous votre environnement informationnel. » Vous prenez 5 minutes là. Je suis avec vous. Abonnez-vous. Voici les comptes, etc. Alors, ils ne le font pas toujours. Ou alors, ils disent « Oui, je le ferai. » Mais bon, en général, ils le font. parce qu'en fait pourquoi parce que si tu te crées pas ça tu vas et que tu commences à regarder un truc de dame blanche par exemple elle existe toujours la dame blanche et c'est un truc plus vieux là quand on était jeunes et tous mes parents ils avaient ça quand ils étaient gamins bref alors elle revient évidemment en force la blanche sur les réseaux sociaux En fait, si tu commences, même sans liker, même sans partager, si l'algorithme identifie que tu as regardé...
- Speaker #1
Tu restes encore sur la vidéo, c'est ça ?
- Speaker #0
Tu vas avoir plus de dames blanches, plus de dames blanches. Et donc, c'est comme ça qu'il y a même des drames, sans parler même d'information. Je pense que tu le sais, mais je le dis quand même pour les gens qui nous écoutent. Moi, je suis maman d'une pré-ado. Je vois le mal-être dans lequel tu peux être un peu parfois, ou les... Mais... heureusement qu'elle n'est pas sur TikTok parce qu'en fait sur TikTok tu tapes je suis pas bien ou voilà des trucs un peu négatifs comme ça. Tu tombes pas sur des psys Tu tombes pas sur des psys tu tombes sur des communautés entières de gens qui vont te dire, qui vont t'emmener aussi dans leur mal-être et très rapidement, je sais plus ça a été étudié mais dans certains cas au bout de quelques minutes, des tutos suicides comment, voilà, la meilleure façon d'eux etc. on est dans des et donc tout ça c'est vraiment un glissement qui est fou qui a été vraiment amplifié avec TikTok ça va très très vite je sais plus qui me disait la dernière fois ils ont fait le test dans une classe en tapant Islam allez en 5 minutes je sais plus combien mais c'était proche de ça très rapidement tu tombais sur des contenus djihadisme machin etc en fait Voilà, tout ça pour des raisons économiques. Et moi, c'est ça qui me... Franchement, ça me donne la germe, en fait. Les gens qui font ça, qui sont derrière ça, qui tuent et le temps... Enfin, je veux dire, quand t'es jeune, c'est vraiment le moment où tu devrais t'ouvrir au monde, où tu devrais, je sais pas, jouer avec tes potes, aller faire ton foot, ton machin, ton truc, le nombre de gamins que je rencontre. Et je leur jette pas la pierre, à leur place, je serais probablement pareil, voire pire. Voilà. qui sont accros à ça et qui gobent un peu le tout-venant et le... Voilà, l'usure que ça peut avoir sur leur capacité de concentration aussi. TikTok, je crois que c'est... Moi, j'ai vu l'impact sur moi. Ces gens-là qui font ça pour du blé, ça me dégoûte. Franchement, ça me dégoûtait. Donc, c'est pour ça que je pense qu'il y a peu de gens qui ont... Il y en a beaucoup, mais il y en a... peu de gens qui ont assez conscience aussi du champ de bataille financier qu'il y a derrière ça, et du fait que vraiment, il faut qu'on se... Voilà, qu'on soit de plus en plus solide et qu'on soutienne, en fait, qu'on soutienne, soutenez la presse, soutenez acheter des journaux... Les journaux, c'est indépendant. Évidemment, je ne vais pas revenir avec soutenir FECOF, mais je veux dire, des gens qui font de la qualité, qui se battent, il y en a tellement... Et souvent, quand t'es journaliste, c'est ça qui est un peu dur, c'est que tu fais quelque chose d'intérêt général. Et en plus, on te déteste. Ça, c'est... Tu vois, l'infirmière... Et puis, alors, on n'est pas payé mieux que les infirmières, souvent.
- Speaker #1
Non, mais alors, ça, c'est un gros méchet qu'il y a sur les journalistes aussi. Souvent, moi, ça m'arrivait, quand j'allais en reportage, de discuter avec les gens. Et souvent, ils pensaient que tu gagnais beaucoup mieux. Et en fait, c'est un métier précaire. Il y a des journalistes... Un métier précaire. Il y a des journalistes présentateurs, etc., qui gagnent bien leur vie. Mais en tout cas, moi, dans mon entourage, j'en ai pas beaucoup qui...
- Speaker #0
Les gens qui produisent de l'information. La plupart des projets que j'ai faits, je les ai développés sur Pôle emploi. Il y a beaucoup de gens qui n'ont pas idée.
- Speaker #1
Parce qu'on ne se rend pas compte aussi que de faire de la bonne info, c'est de l'info qui prend le temps. Et que prendre le temps, c'est difficile de trouver les fonds pour avoir à chaque fois des gens qui puissent nous payer sur le long terme, etc. Donc, c'est important aussi de se rendre compte que pour bien enquêter et faire des bonnes enquêtes, etc., il faut du temps.
- Speaker #0
Je vais donner un exemple très... Maintenant, il y a presque prescription, mais l'enquête sur l'expérimentation animale, j'ai passé un an de ma vie, je t'ai payé 17 000. En tout, hein. Tu veux faire. Il faut vraiment vouloir, hein. Aller dans les labos. Et puis, alors, je te dis pas les galères, après, du métier, hein. Parce que tu te lèves avec ton enquête, tu te bouges avec ton enquête, t'as des portes fermées, t'es là, tu pleures, tu... Et puis, t'as plus de rond. Donc en fait, les derniers mois, tu les passes, t'es comme ça, c'est vraiment... Et donc, je trouve que c'est pas assez connu, en fait. Les gens se rendent pas compte. Derrière, tu sors ton enquête, on va dire c'est les vendus de machin, c'est les vendus... Tu fais putain de merde. Enfin, il faut rester calme, en fait. Et en même temps, je le comprends. Parce qu'il y a tellement de gens qui soufflent. En fait, le problème, c'est qu'on est dans une société où il y a très peu de gens puissants, en tout cas, économiquement, politiquement, qui ont un intérêt. à ce que les gens s'allient avec les journalistes.
- Speaker #1
Ce que j'allais dire aussi,
- Speaker #0
s'allier, ou en tout cas, pardon, l'esprit critique, par exemple, c'est pas intéressant dans le monde politique, dans le monde économique, qui a envie de mettre des ronds, vraiment, sur le fait que les gens soient critiques ?
- Speaker #1
Ouais, je comprends. Parfois, je me dis, il y a aussi... Les médias, ils ne sont pas parfaits. Et aussi, il y a des choses qui sont critiquables dans les médias. Moi,
- Speaker #0
je suis la première. J'ai du doigt à en parler sans problème des certaines dérives. Le problème, c'est qu'en fait, par exemple, le journalisme, en fait, tout est brouillé. Souvent, dans les classes, les gens me disent « Ah oui, mais moi, l'autre jour, j'ai vu... » « Ah oui, t'as vu quoi ? » Alors déjà, il faut qu'ils se souviennent. Un truc qui disait... Mais où ? Alors, c'est vrai que moi, j'avoue que je suis relou, mais bon, c'est l'école journalistique aussi. J'ai besoin que tu m'utilises vraiment parce qu'en fait, on ne peut pas parler sur du nébuleux.
- Speaker #1
Il faut aller chercher la source.
- Speaker #0
Et puis, tu t'aperçois qu'en fait, c'était dans une émission de divertissement. Quelqu'un au plateau qui a dit. Et là, je me dis, ah ouais, OK. Donc, je n'ai pas dû expliquer ce que c'était que le journalisme. En fait, on a un problème parce qu'effectivement, moi, quand je parle des journalistes qui peuvent faire plein d'erreurs, mais qui sont quand même en danger. s'ils en font. Tu passes des mauvais quarts d'heure s'il y a des problèmes dans tes sujets, etc.
- Speaker #1
D'ailleurs, ce qui est intéressant, c'est que moi, parfois, je dis à mes élèves que si un journaliste fait une erreur et qu'il le reconnaît, ça ne veut pas dire que c'est un mauvais journaliste. C'est aussi d'avoir du recul, de dire, oula, peut-être que là, je ne vous ai pas donné, je me suis trompée, etc. Pour moi, ça veut justement dire que c'est quelqu'un conscientieux, qui essaie de bien faire son travail, mais qui est humain aussi. Donc pour moi, ça ne le discrédite pas du tout.
- Speaker #0
Non, c'est clair, mais en tout cas, on a cet enjeu-là, effectivement, de bien délimiter. Moi, quand je parle des journalistes, qu'on s'entende bien, je parle des producteurs d'informations. Comme il y a des producteurs de carottes, des producteurs de pommes de terre. Donc, c'est celui qui se lève le matin, qui passe ses coups de fil, qui lit le rapport machin pour essayer de comprendre la problématique de tel truc, qui va faire ce qu'on appelle du contradictoire. C'est-à-dire ? Je ne sais pas, dans le cadre des labos, des animaux de laboratoire, là, je suis obligée, si je trouve des trucs pas nets, je suis obligée de contacter le laboratoire. Allô, on a trouvé un truc pas net. Vous en dites machin et tout. Enfin, je veux dire, c'est du taf. C'est pour ça que, enfin, juste, je passe du coq à l'âne, mais des fois, moi, je ne me sens pas très menacée par l'IA. Parce que l'IA, elle ne pourra jamais faire ça. Donc, l'IA, elle... Pour moi, enfin pardon, mais les journalistes qui se sentent menacés par l'IA, c'est qu'ils ne sont pas dans leur cœur de métier. Parce que ton cœur de métier d'enquête, personne, l'IA, elle ne va pas faire une enquête pour toi. Elle ne va pas appeler la police, la préfecture de police. Elle a déjà été mal assis sur la télé.
- Speaker #1
Enfin,
- Speaker #0
je veux dire, elle ne va pas. Donc, je ne me sens pas. Tout le monde me dit, ah, ton métier, il est mort. Non, je ne crois pas.
- Speaker #1
Moi, je ne crois pas non plus. Surtout qu'aujourd'hui, je trouve qu'on voit beaucoup de journalistes. Je sais que tu vas nous dire que tu as lancé ta chaîne YouTube, qui est suivie par plus de 4000 personnes.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
C'est génial. Je vois beaucoup, et dans le podcast, je reçois beaucoup de journalistes qui sont partis des médias traditionnels et qui se sont mis dans le digital. Et moi, j'ai l'impression que pour retrouver cette confiance aussi, les gens ont besoin d'avoir des visages, de peut-être parler à des humains. Moi, je ressens ça aussi. Je ne sais pas ce que tu en penses.
- Speaker #0
C'est sûr. Moi, franchement, j'ai halluciné. Donc, en fait, il y a Charlie Hebdo en 2015 et on crée Fake Off, les prémices de Fake Off. Et en 2016, il y a Donald qui arrive. Ah là là ! Et là, c'est un nouveau type de sidération, on va dire. Et à ce moment-là, je me suis mise à fumer, d'ailleurs. Le jour. Non, mais quand je dis sidération, c'est un vrai truc. C'est-à-dire côté là, à la fenêtre. Putain, je ne l'avais pas vue celle-là. Parce qu'on ne l'avait pas vue. Quand il est arrivé, Donald, tout le monde pensait que c'était Hillary. Bref, c'est pour ceux qui se rappellent. Bon, passons. Et donc là, j'ai décidé de créer ma chaîne YouTube. Je le fais un peu vite, mais globalement, c'est ça qui s'est passé. Et là, je sortais, comme je dis, de cette enquête qui avait été éreintante, etc. Et là, juste parce que j'étais dans mon salon et je commence à raconter, j'allais dire n'importe quoi, je racontais pas n'importe quoi. L'idée de ma chaîne, c'est justement de ne pas raconter n'importe quoi. Mais je fais une enquête toute, je ne sais même pas si on pourrait appeler ça une enquête, mais je prends des contenus débiles, mais dans lesquels beaucoup de gens croient. Et donc, je fais un petit fact-checking. Mais le truc, j'avais un rédacteur en chef qui disait « Korean barbecue » , j'ai rôde d'un bar. tu nous vois Jérôme il dit là tu te fais un Korean barbecue donc en fait l'enquête la micro-enquête rapide simple etc je sors ça et les gens étaient là enfin une vraie journaliste du bon boulot tu vois oui alors pour nous c'est la base quoi non mais attends personne m'a dit ça quand j'ai passé un an à faire les animaux de la Ausha, etc. Quelques commentaires que j'avais pu avoir, c'était que j'étais une vendue à je ne sais pas qui, c'est toujours à qui que ce soit. Et là, tu ouvres ton téléphone, tu fais « Allô, salut la team, t'appelles Florian Philippot ? » parce que je ne sais plus... Enfin bon, bref, je ne sais plus... Je m'étais amusée parce qu'après, il y avait la campagne électorale aussi. Donc là, c'était la fête de la fake news. Et donc, je faisais des micro-enquêtes comme ça, débile. Et les gens étaient à fond. Et donc, je me suis dit « Waouh, tout ce que ça change en fait... » juste d'être dans une posture un peu girl next door ou je ne sais pas quoi. Comment les gens, ils te donnent beaucoup plus de crédit. Et ça m'avait à la fois, naturellement, un peu plu dans le sens où je m'étais dit « Ah ouais, ok, c'est ça qu'il faut faire et tout. » Et en même temps, je me suis dit « Waouh, on a un vrai problème. » Parce que si les gens ne donnent pas de crédit à, je ne sais pas, des trucs incroyables, genre cash investigation, je dis ça comme ça. ou complément d'enquête ou j'en sais rien, mais par contre, je trouve ça très cool mon enquête de 3 minutes que j'ai faite avec des bouts de ficelle. Je trouve qu'on a aussi quelque part un problème. Oui,
- Speaker #1
mais je pense qu'il y a beaucoup la parole un peu institutionnelle, un peu remise en cause. Oui,
- Speaker #0
c'est très élite quand tu fais un doc, etc. C'est vrai, c'est vrai. Mais bon, j'ai trouvé ça très intéressant comme expérience et c'est vrai qu'au bout de 6 mois, même pas. France Télévisions m'a contactée et je crois que j'ai dû être, je ne sais même pas si j'ai été peut-être la première figure de figure anti-fake news pour France TV Slash c'est très chouette j'ai adoré cette expérience et du coup tu en es où avec ta chaîne aujourd'hui ?
- Speaker #1
je crois que tu avais développé,
- Speaker #0
il me semble que tu as développé aussi un projet un peu participatif ça c'est tout un délire mais c'est un délire dans lequel je crois mais qui m'anime tellement alors en gros j'ai fait plusieurs années sur ma chaîne, fact-checking. Et j'étais très libre, je choisissais les sujets que je voulais, etc.
- Speaker #1
Ça, c'est très cool.
- Speaker #0
En 2020, ma productrice décide de ne pas me payer ce qu'elle me doit. Peut-être que ça fait écho à deux, trois histoires aussi, parce que dans le monde des sociétés de production, des fois, il y a des choses... Enfin, moi,
- Speaker #1
j'ai appris à ne donner pas grand-chose, mais...
- Speaker #0
Voilà. Et là, j'hallucine. Je lance une espèce de bataille juridique. Je n'avais pas besoin de ça. Juste pour récupérer mon dû, en fait. Incroyable. Et là-dessus arrive le Covid. Et là, j'étais en train de me questionner déjà sur le fact-checking. Ça faisait 3-4 ans que je faisais ça. Alors, à la fois, j'adorais... Parce que ça canalise ma colère. Je dis, tout part d'une colère. Et donc, j'aimais bien ça. Et en même temps, je commençais à en voir un peu les limites. Je n'avais pas trop... En tout cas, pour moi-même. Et j'étais en réflexion. Et là, je propose à ma communauté. J'écoutais. Comme il y avait une pluie de fake news à ce moment-là. Enfin, je veux dire, le truc était délirant. Je me souviens avec le pangolin et tout. Et donc, c'était une grosse folie. Les gens étaient désespérés. Du coup, dans ma communauté, tout le monde me disait, mais alors, qu'est-ce que tu fais ? Du coup, t'es sur quoi ? Et moi, j'étais là, si ils savaient, je suis juste échouée chez mes parents avec mes kids et je ne fais pas grand-chose, là, en fait. Et à un moment donné, j'ai dit, mais qu'est-ce que je peux faire qui ne coûte rien ? Parce que du coup, je n'étais plus en contrat, machin et tout. Et j'ai dit, bon, vous savez quoi, on va faire. Et en même temps, j'ai ce fameux syndrome de... Franchement, là, il y a vraiment urgence. à louer des légendes parce que c'est pas possible parce que là il y avait carrément des familles brisées il y avait des mecs, ma femme elle met pas le masque au gamin mon mari il veut pas vacciner je sais pas quoi ma mère elle est en train de se faire gouroutiser matrixer par...
- Speaker #1
c'est un événement qui est tellement incroyable ouais c'était ouf ça fait du mieux, on dirait que c'était il y a longtemps maintenant mais on s'imaginait pas qu'un jour on vivrait c'était complètement dingue et donc je me suis dit bon je peux pas
- Speaker #0
Je n'avais pas beaucoup de moyens à ce moment-là. Je ne peux pas quand même lâcher les gens. Et donc, j'ai juste fait une petite vidéo sur mon Facebook, je crois, à l'époque, en disant, écoutez, moi, je veux bien y aller. Et puis aussi, je n'ai pas une grande appétence pour les sujets vraiment scientifiques. Je ne suis pas une scientifique. C'est un problème, d'ailleurs, dans les journalistes. Il y a beaucoup de littéraires. Il n'y en a pas assez qui ont des gros backgrounds scientifiques. Parce que souvent, à l'école, on nous... Le virus, machin, ça me faisait un peu peur à ce moment-là. Il y avait Didier, Raoult, machin. laisse tomber le bordel. Pardon. Et donc, en fait, j'ai proposé à ma communauté d'enquêter avec moi. Je dis, vous savez quoi ? Moi, ce que je peux faire, c'est appuyer sur un bouton pour faire des lives. Vous venez et puis on y va, on voit que la galère, on essaie de démêler le vrai du faux de certains trucs et tout. Et il y a plein de gens qui se sont inscrits. Je me souviens, c'était le jeudi à 9h30. Je me suis dit, bon, comme ça, on va démarrer petit. Je vois, je ne sais pas combien de centaines de gens. Je dis, mais parce que les gens aussi n'avaient pas de boulot à ce moment-là. On était sur le carreau. Et avec ces problèmes-là dont je viens de parler. Et de là, en fait, est née cette super rédac collaborative où les gens se sont dit mais en fait, il faut qu'on soit la rédac What The Fake. Donc, c'est le nom de ma chaîne YouTube, What The Fake. Et donc là, c'est bon, je crée ton Discord. Je ne savais même pas ce que ça voulait dire, Discord. Je dis, bah, vas-y, crée un Discord. Deux minutes plus tard. Bon, alors, j'ai mis Rémi en modérateur. Moi, je pourrais être animateur de machin. Si tu veux, on a un super truc. Et là, en fait,
- Speaker #1
le collectif... Ils étaient tous à balle, Et moi, j'étais là, attendez, je ne sais même pas.
- Speaker #0
Tout ça, c'est fait. Et puis 100, 200, 300. On atteint bientôt les 1000 personnes. C'est génial. Et moi, je me disais, mais qu'est-ce que je vais faire de tout ça ? C'est ce truc où tu as allumé un truc. Et du coup, en fait, on a... Je te fais long story short, on est allé voir Arte, les équipes d'Arte qui ont été assez séduites par un projet. Je suis allée voir Arte avec Sylvain Louvet, qui est mon partenaire depuis longtemps dans beaucoup de choses que j'entreprends. L'association aussi, il est très impliqué, etc. Et du coup, on en a fait une série sur Arte qui s'appelle Citizen Facts, et dans laquelle, du coup, effectivement, on me voit enquêter avec des jardiniers, des assistants maternels, etc. Et aussi des gens qui ont des grandes capacités sur des domaines qu'ils maîtrisent beaucoup. Sur le mouvement anti-IVG, par exemple, on a un entrepreneur strasbourgeois, Yaki Seyo, que je salue, parce qu'il retombe à des pseudos dans ce... Il s'appelle Thomas Leonetti, en fait. Et je pense qu'il ne m'en voudra pas de le dire. En fait, il nous a plugué un petit truc qu'il utilise dans son boulot et on a réussi à retracer tout le financement de... d'un gros truc anti-IVG qui s'appelle IVG.net, qui est sur Facebook. Écoutez-moi bien. Regardez, parce que c'est pas impossible que vous ayez pas mal d'amis qui likent cette page et qui est en fait un cheval de Troie, si je dois le synthétiser un peu, de l'extrême droite, pour essayer de dissuader les femmes d'avorter, même quand t'as pris ta décision, etc. Bref. Et donc, cette série, elle était top. Effectivement, moi, là, maintenant, au cœur de ce que je souhaite faire, c'est... enquêter avec les gens et pas forcément du fact checking parce que dans le fact checking tu as aussi l'idée de jouer en fond de cours c'est à dire d'attendre la connerie elle vient très vite mais de répliquer à quelqu'un qui balance une énormité ça j'en ai fait mon jeu je les fais Maintenant, moi, je veux construire l'information avec les gens. Et d'ailleurs, ça implique du fact-checking, parce que n'importe quelle enquête implique de vérifier des informations.
- Speaker #1
Mais pas de venir après la fake news et d'être trop informée en amont.
- Speaker #0
En fait, dans le fact-checking, en tout cas, moi, je parle vraiment de ma petite carrière, à mon niveau personnel. Je trouve que j'ai usé trop maintenant de cerveau, presque, disponible de mon cerveau. à contrer la bêtise et que là, maintenant, j'ai envie de juste construire le journalisme de demain. En fait, qui moi m'intéresse, c'est un journalisme qui est inclusif, dans lequel chaque citoyen peut avoir un rôle à jouer. Et juste pour finir là-dessus, on a eu la chance, grâce à un consortium de l'Université suisse qui s'appelle IMI. de pouvoir essayer de construire un peu une plateforme qui permettrait à chaque citoyen, c'est un prototype pour l'instant qu'on a, qui permettrait à chaque citoyen de lancer des enquêtes et de contribuer à des enquêtes avec des journalistes. Et ça, c'est quelque chose dans lequel je crois tellement. Et donc, j'ai rejoint un incubateur média qui s'appelle Artifarti, qui est vachement bien à la gaieté lyrique à Paris et qui m'aide à peaufiner Tout ce projet qui n'est pas si simple. C'est facile à dire comme ça. Et ce n'est pas si simple. En même temps, je me dis que c'est un bon challenge. Parce qu'effectivement, si c'était simple, je pense que ça aurait déjà été fait. Mais face à toutes les forces en puissance qui gangrènent la société contre l'esprit critique et qui bourre le mou de plein de gens, je pense que Citizen Pack, ça peut être une réponse pour s'allier ensemble. et contrer ça. Et en fait, comme il s'appelle là, Trumpy, il veut flood the zone with shit. Je ne sais pas si tu as entendu cette belle expression. Non, je n'ai pas entendu. C'est pas mal. Il me semble que ça vient de lui ou de son équipe. Mais l'idée, c'est aussi pour ça que le fact-checking a ses limites, même si c'est hyper important qu'il y en ait. C'est juste que moi, en tout cas, j'en ai fait mon... Voilà. C'est une stratégie, en fait, de balancer le maximum de conneries, pour que les fact-checkers soient en fait sursumergés, s'attirer. Et comme la moindre, maintenant avec l'IA, t'imagines, la moindre connerie, elle prend feu en 5 secondes sur les réseaux et tu peux en balancer 70 à la seconde. En fait, à un moment donné, t'es perdant, quoi, qu'il arrive quand t'es fact-checker. Moi, je ne veux plus jouer ce jeu-là.
- Speaker #1
Oui, et puis, ce que je trouve intéressant, je lis en ce moment pas mal de choses sur les biais cognitifs, sur les neurosciences, et en fait... Ce qui est intéressant, c'est que quand tu fact-check, ce que je lisais, c'est que ça a moins d'impact puisqu'il faut déjà avoir entendu parler de la fake news. Et en plus, après, tu la débunk et du coup, ça a moins d'impact que si toi, tu apportes déjà une information de base.
- Speaker #0
Oui, probablement. Je ne connaissais pas cette... Mais moi, ce qui me... Du coup, ce qui m'anime, c'est de flotter de zone with facts. Voilà, je veux arrêter de rentrer dans ce... dans ce jeu-là. Et pourtant, c'est vraiment... Je pense que c'est nécessaire qu'il y ait beaucoup de gens qui le fassent. Mais c'est vrai que... C'est vrai que tout ça est devenu un marasme trop gigantesque pour que la réplique n'essaye pas d'être gigantesque, elle aussi. C'est sur quoi je travaille, humblement.
- Speaker #1
Trop bien. Ça ira bien, hein ?
- Speaker #0
Mais je suis à fond.
- Speaker #1
Si tu devais donner un conseil aux gens qui nous écoutent, ton conseil à toi, spécialiste forcément de l'information, pour bien s'informer, c'est quoi la première chose ? que tu dirais ou qu'il faut retenir, s'il y a une chose qu'on devait retenir ?
- Speaker #0
En fait, encore une fois, il y a des gens qui travaillent pour toi l'information. C'est un métier, ça s'appelle le journalisme. Alors, encore une fois, le journalisme, c'est les gens qui produisent de l'info, qui vont sur le terrain, qui passent des coups de fil, qui se galèrent, qui frappent aux portes. C'est ça, ce n'est pas les commentateurs. En fait, l'information aujourd'hui... Elle est saturée de gens qui commentent. Mais allez voir les gens qui produisent. Ils sont beaucoup plus intéressants. Et ceux-là, c'est tous ceux que je connais. Et c'est tous ceux qui font la valeur, vraiment, de ce bien commun qui s'appelle l'info. Et effectivement, mon conseil de base, ce serait de se documenter davantage sur le journalisme. combien de médias indépendants ? Il me semble que c'était sur ton compte que j'avais entendu un chiffre ou que j'avais lu un chiffre. Non, c'était peut-être ailleurs. Mais il me semble qu'il y en a des centaines. de médias indés qui souvent menacent d'ailleurs de couler, qui tirent la langue, etc., alors qu'ils font de la qualité. Mon Dieu, maintenant que je suis dans l'incubateur de la Harti Party, je vois des trucs vraiment de super qualité et qui tirent la langue, etc.
- Speaker #1
C'est pour ça que je reçois beaucoup de journalistes de médias indés sur les podcasts, parce qu'on ne peut pas tous... C'est très riche, en fait. On ne peut pas les soutenir, mais si déjà, on peut de temps en temps se dire, allez, je m'abonne à celui-là, parce que... je crois, en leur travail, en leur sérieux, etc., c'est un coup de pouce énorme.
- Speaker #0
Non, mais c'est clair. Donc, en fait, mon conseil numéro un, ce serait effectivement d'essayer de faire confiance, en tout cas, davantage confiance. Il faut rester critique. Moi, personne n'est des dieux. Tout le monde fait des erreurs. Et donc, c'est pour ça que le journalisme a cette vertu d'avoir au moins une méthode pour essayer d'approcher au plus près des faits. Mais du coup, ça vaut aussi pour des chercheurs. En fait, tous les gens qui travaillent l'info. rapprochez-vous d'eux et franchement vous aurez tout de suite moins de problèmes.
- Speaker #1
Pas mal, comme vous le savez.
- Speaker #0
Non mais je ne sais pas en fait. Alors le problème c'est qu'il faut les chercher, encore une fois. Ce n'est pas les plus visibles. Ce n'est pas le CNRS qui buzz tous les quatre matins sur TikTok. Ce n'est pas le compte de l'Académie des sciences qui fait des dramas sur Instagram. Par contre, ils sont là. Et voilà, je pense que... Et en termes d'informations pour les médias mainstream, c'est vrai que... Moi, je recommande quand même beaucoup le service public, je dois dire, de par toute mon expérience. Mais je pense qu'on pourrait être beaucoup de journalistes à dire que malgré... Bref, il y a toujours des difficultés à gauche, à droite, inhérentes à un certain nombre de diffuseurs, etc. Mais vraiment, quel kiff de bosser sur le service public et d'être vraiment libre. Et comme ils ont ce sens de l'intérêt général... Il n'y a que sur France TV, sur Arte, etc., qu'il va y avoir des gens qui vont dire « Ok, on va perdre de l'argent avec cette enquête, mais on va la faire parce que c'est d'intérêt général. »
- Speaker #1
C'est justement la logique des gènes privés.
- Speaker #0
Mais bien sûr, qui mettent des commentateurs. Principalement, ça commente. Ça commente toute la journée. Et je ne dis pas que ce n'est pas bien de commenter, mais c'est mieux de faire, de produire. Donc effectivement, je conseille aussi souvent de faire le tour, franchement, prenez-vous une soirée, regardez tout ce qu'il y a sur Arte, France TV, France TV Slash, pour les jeunes, c'est vachement bien, ils ont des super docs, par exemple,
- Speaker #1
sur les masculinistes,
- Speaker #0
ils ont des trucs super, La Fabrique du Manson, j'ai émission de feu, c'est ce soir, alors là, pour le coup, ça commente, c'est une émission mais que j'adore, parce que vraiment, tu prends de la hauteur par rapport à l'actu, un deuxième conseil que je donnerais peut-être, Comment dire ? Ralentir, en fait. Est-ce que tu as vraiment besoin de savoir ? Là, je vais te dire un truc. Alors, des fois, il y en a... Mais maintenant, je m'en fous. Je l'assume complètement. Mais pendant une certaine période, j'avais un peu honte parce que moi, je suis la journaliste qui n'est pas au courant de ce qui se passe. Là, aujourd'hui, par exemple. Il se passe quoi ? Je n'ai aucune notion. Et donc, ah, bah, t'es journaliste. Ah, bah, d'accord. Mais en fait, je ne suis pas au courant de ce qui se passe, mais je comprends, je pense, le monde beaucoup mieux que les gens qui sont branchés à H24. Alors, tu sais que là, il y a le procès de machin et que dans une heure, Macron, il va atterrir à tel truc et qu'il y a un séisme en Inde, etc. Mais est-ce que ça te nourrit ? Est-ce que ça te... Moi, ça me lave le cerveau, cette... Et donc, moi, j'essaye de regarder chaque semaine un documentaire, la plupart du temps sur le service public, mais ça peut être ailleurs. Un documentaire. Et j'avoue, j'écoute beaucoup C ce soir. Parce que je trouve que... Ok, je n'ai rien écouté de l'actu aujourd'hui. Mais je vais piger les enjeux. Je vais piger de manière calme. Pas avec de la musique militaire derrière. Ou des trucs avec des bandeaux, des machins flash. Moi, ça m'use. Je me sens... Je pense qu'on peut faire des parlais avec la nourriture. Je me sens nourrie après avoir vu un doc sur la crise du logement. Je me sens nourrie après avoir écouté une émission comme 28 minutes sur Arte, qui est géniale. Mais je regarde la télé en continu. Je peux la regarder 3 heures, je ne me sentirai pas nourrie.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que ralentir, ça peut aussi intervenir dans le fait de parfois attendre avant de partager une info qu'on a vue sur les réseaux ? Peut-être voir si... Regarder ce qu'en disent les autres médias, etc. Parce que parfois, on peut se faire avoir pour, justement, certaines fausses infos ou fake news peuvent chercher à nous choquer, etc. C'est ce qu'on disait. Et peut-être ralentir avant de partager en story à ses potes et regarder un peu ce qu'il se dit.
- Speaker #0
Ça, c'est vraiment la ficelle number one de... Effectivement, t'as raison. des manipulateurs, c'est aller dans le sens des préjugés des gens. Ça, ça marche hyper bien. Les droits s'y ramassent beaucoup. Les droits des concitoyens, les droits des concitoyens, etc. Les gens, ils tombent dedans, mais go, Mais du coup, ça s'appelle le biais de confirmation. Effectivement, c'est là où tu tombes dans les fake news. Encore une fois, moi, franchement, je ne sais pas, j'éplucherai mes comptes ou mes trucs ces deux dernières années ou ces dernières années. Je suis sûre qu'il y a des... Enfin, je suis sûre, j'en sais rien. Mais en tout cas, il y a des trucs que j'ai au moins voulu partager qui s'avèrent être faux. J'en suis à peu près certaine. Je n'ai pas là de... Et ces trucs-là, c'est quoi ? C'est en général des choses qui font écho à des choses que j'ai envie de croire. Donc, par exemple, je dis n'importe quoi, mais si tout à l'heure, je vois quelque chose... Un exemple hyper concret. Moi, je suis très fan de Michael Jackson.
- Speaker #1
Moi, c'est Stéphane Jean. Moi,
- Speaker #0
c'est le mec-là, il m'a fait rêver. Michael Jackson, le côté, il recherche l'enfance, son Neverland, son truc. Bon, je ne suis pas sûre qu'il soit méga clean. Mais voilà, je n'ai jamais trop voulu aller dedans parce que il a tellement construit une certaine... Voilà, il a tellement eu d'impact sur mon imaginaire, sur plein de trucs, etc. Ça, c'est le biais de confirmation. C'est-à-dire qu'en fait, si quelqu'un vient me voir... Je schématise un peu parce que quand même, je suis capable de reconnaître s'il a fait n'importe quoi. Mais si quelqu'un vient te voir en te disant que ta star préférée, elle est inculpée de machin proxénétique, si cela, non, ce n'est pas possible. Là, j'ai vu que Maitre Gims, par exemple, l'affaire de Maitre Gims, c'est trop marrant. Enfin, trop marrant. C'est un exemple de ça. J'ai vu qu'en RDC, au Congo... Beaucoup de gens disent « Non, non, mais c'est la France qui veut ça lire. Ils sont jaloux de mettre Gims, etc. » Alors que visiblement, il y a quand même des faits. Donc en fait, le biais de confirmation, c'est ce qui fait que tu vas être insensible à toutes les informations qui n'iront pas dans ton sens, en fait. Bien qu'elles soient hyper solides, etc., ton cerveau va vouloir protéger ses croyances. Et donc, c'est là que tu tombes dans les fake news. Donc, il faut faire très attention à nos préjugés, à ce qu'on a envie de croire. si tout à l'heure je vois un truc génial sur les journalistes les journalistes ont résolu 800 enquêtes cette année, je dis n'importe quoi je vais vouloir le partager tout de suite et ça se trouve ce serait complètement bidon mais simplement ça résonne avec ce que je donc ça c'est vraiment un gros truc des manipulateurs c'est effectivement d'analyser un petit peu faut pas leur prêter non plus trop c'est pas non plus des grands intellectuels mais en tout cas de voir ce qui marche La principale croyance des gens, c'est de surfer dessus et tu vas toujours avoir plein de gens pour faire ce qu'on appelle la mésinformation, qui est pire que la désinformation. C'est la mésinformation, c'est ce qui crée le marasme dans lequel on est aujourd'hui, c'est qu'il y a trop de gens qui sont peu précautionneux et qui, effectivement, partagent, likent des contenus faux, ce qui booste ces contenus, qui se retrouvent propagés à plus de gens qui se mettent aussi à liker. à partager, à regarder, etc. Ce qui rebooste le truc. Et derrière, tu es là avec ton enquête qui patine, qui ne prend pas beaucoup d'envol sur les réseaux. Tout ça pour des logiques économiques. Bref, donc on en est un petit peu là.
- Speaker #1
Ça fait plus d'une heure qu'on parle toutes les deux déjà, Ina. Oui, c'est passionnant. mais en tout cas pour moi c'est passé hyper vite avant on va partager évidemment si vous voulez suivre Aude mais avant j'ai toujours une question un peu signature sur le podcast en tant que journaliste qui tu aimerais entendre à ce micro pour justement connaître un peu les coulisses de son métier ou toi que tu connais déjà mais que tu penses que ça serait super à nos auditeurs de découvrir les coulisses de son travail ça peut être créateur de contenu ou journaliste mais des gens qui travaillent dans les médias Merci.
- Speaker #0
En fait, ce qui m'énerve, c'est que je vais sortir de studio et je vais dire, j'aurais dû dire un tel. Et là, c'est une question... Mais c'est spontané aussi. Oui,
- Speaker #1
je n'ai pas réfléchi. Non, non, moi... Mais du coup, je n'ai pas de nom là, mais ça m'intéresserait de savoir. Moi, j'étais très critique sur les écoles de journalisme.
- Speaker #0
Je trouve qu'on ne m'a pas bien appris mon métier, je le dis franchement. Et ça m'intéresserait de savoir si ça a changé. S'il y a des choses... Par exemple, plus de background scientifique, plus de, je ne sais pas, plus à cheval encore sur la déontologie, plus à cheval sur plein de trucs. Mais ce n'est pas un axe. Attends, attends, attends. Il faut que tu me donnes 30 secondes, là. Vas-y. En plus, je connais beaucoup de gens, donc c'est compliqué. Moi, après, je... Mais là, si tu vas dire que je prêche pour ma paroisse, non, même pas. Mais par exemple, j'ai découvert, via le documentaire qui a été fait sur l'association Fake Off, j'ai découvert vraiment le travail de Cécile Tartakoski, qui est la réalisatrice, et qui a une plume... On m'a dit, il y a Cécile Tartakoski qui veut faire tout un documentaire sur vous, etc. Et j'ai découvert qu'elle avait quand même un nom, avec des gens qui disaient, c'est génial, elle a une... plus, tu vas voir, c'est trop chouette ce qu'elle fait, etc. Et j'ai apprécié, comme j'ai vu de presse comment elle travaillait, ça n'a rien à voir avec ce qu'on a fait du magazine, etc. La façon dont elle filme de manière hyper proche des gens et en même temps, si on regarde le doc, on voit qu'elle a un regard très doux. Moi, je ne l'aurais pas du tout monté comme ça, ce doc. Et en fait, je me dis tant mieux. Et j'ai trouvé ça intéressant. C'est plutôt une auteur, du coup, de documentaire. Et je trouve son travail vraiment top.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et sinon, il y a encore plein de gens, mais que je n'ai pas...
- Speaker #1
Non, t'inquiète, c'est pas une question de piège.
- Speaker #0
Voilà. Si je pense à d'autres, avec grand plaisir.
- Speaker #1
Passionnant. Je rajouterai les mots en voix off, les noms en voix off.
- Speaker #0
Ouais. Non, mais je trouve que c'est... Il y a presque une poésie qui se dégage de ce qu'elle fait. Donc, c'est du journalisme, mais c'est plus vraiment du documentaire immersif.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Je trouvais ça passionnant.
- Speaker #1
Ok. Je note alors. Et si on veut te retrouver, on va mettre le petit QR code pour l'association Fake Off.
- Speaker #0
Je crois que tu fais ça.
- Speaker #1
Tu fais une cagnotte.
- Speaker #0
Je vais dans toutes les boulangeries. Je vais me transformer en home sandwich.
- Speaker #1
A quoi ça sert si on vous donne cet argent ? C'est pour vous aider à développer quoi ?
- Speaker #0
En fait, la base, c'est terrible à dire, mais l'enjeu, c'est même juste de survivre déjà. Parce qu'encore une fois, on a de plus en plus de demandes. et de moins en moins de moyens. Et donc, on est dans une période charnière où il faut qu'on se réinvente, et on a des incertitudes totales, un flou total sur vraiment, est-ce qu'on va pouvoir tenir jusqu'à la fin de l'année et tout. Et après, franchement, si vous nous donnez, on vous aide, on vous accompagne, c'est où qu'il faut regarder, tu sais, je vais faire comme chez Thierry Arnst,
- Speaker #1
ça va être celle-là,
- Speaker #0
je pense. Si vous nous donnez votre soutien. Sachez qu'on peut intervenir dans l'établissement de votre enfant. On va pouvoir vous aider vous-même à décoder l'info. On peut faire des webinaires, etc. Il y a plein d'autres contreparties qu'on a prévues qui sont sur notre cagnotte de l'huile. Et surtout, c'est bête, mais vous devenez acteur de la lutte anti-intox avec nous. Et ça, ça vaut tout l'ordre du monde.
- Speaker #1
Très bien. Donc, l'Instagram de Fake Off. Il y a un Instagram.
- Speaker #0
Fake Off.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Merci pour toute cette promo.
- Speaker #1
Avec plaisir. Et si on veut te suivre ton travail ?
- Speaker #0
Aude.favre. C'est vrai que je suis surtout sur Instagram. YouTube, je vais le reprendre bientôt. Je pense avec des enquêtes collaboratives. Un peu sur ce que je disais tout à l'heure. Mais voilà, donc What The Fake. Alors, n'écrivez pas What The Fake. Des fois, je me dis, je ne sais pas si je peux changer ce nom à posteriori. Mais tous les gens, bref, c'est WTFAKE. Et le mieux, c'est sur Instagram ou sur LinkedIn. Facebook, à un moment donné, j'avais 15 000, je ne sais pas combien d'abonnés. Du jour au lendemain, je n'atteignais plus personne avec mes... Donc, j'ai décidé de déserter. Non, mais en fait, c'est bon.
- Speaker #1
Instagram, LinkedIn et YouTube. On mettrait... Voilà, c'est ça. Ok, trop bien. Super. Merci pour ce temps. Merci à toi et bravo pour ton boulot.
- Speaker #0
On parle beaucoup de moi, mais en vrai, je trouve ça super salutaire ce que tu fais. Merci. Je voulais aussi le dire.
- Speaker #1
avec plaisir c'est super gentil et du coup n'hésitez pas soit vous abonner à la chaîne YouTube de Aude c'est important pour soutenir notre travail à ma chaîne YouTube et laissez un commentaire sur cet épisode de podcast si ça vous a plu et vous pouvez aussi rejoindre la rédac collaborative Citizen Facts si
- Speaker #0
vous on est sur Discord si vous venez me voir sur Instagram je vous donne tout parfait mais dans ma bio il y a toutes les normalement il y a tout aussi trop bien merci Aude merci à toi Mélanie c'était super avec plaisir
- Speaker #1
Ça va, ça a été ?
- Speaker #0
Parfait.
- Speaker #1
Trop de gens.
- Speaker #0
J'ai bavassé pendant X temps. T'inquiète,
- Speaker #1
c'est bien. Attends. La veille du... La veille du... ...épisode... ...Fatcam. Ah, oui, oui. Fatcam.
- Speaker #0
Ouais, j'arrive dessus.