- Speaker #0
Hé ! Je te le tiens, hop !
- Speaker #1
Je suis Mathieu Mollard, l'un des rédacteurs en chef de Street Press. Allô mamie,
- Speaker #2
tu vas peut-être entendre que je suis menacé de mort,
- Speaker #1
mais t'inquiète pas,
- Speaker #2
tout va bien.
- Speaker #1
Au final, on a 50 médias qui sont censés avoir des points de vue différents, des regards différents, des expériences différentes, qui disent mot pour mot la même chose. Ça, ça m'emmerde. La vérité, c'est que quand on fait de l'enquête sur des néo-nazis ou des violences sexistes et sexuelles, les marques, elles n'ont pas hyper envie de sponsoriser. Ce qui est dommage.
- Speaker #3
C'est moins sexy, oui, c'est sûr.
- Speaker #1
Ouais, on a énormément, énormément... Deux procès parce qu'on fait de l'enquête, et l'enquête c'est raconter ce qu'on veut nous cacher, donc ça dérange.
- Speaker #3
C'est ça qu'on appelle les procédures Bayon. Bah ouais,
- Speaker #1
c'est nous faire perdre du temps, c'est nous faire perdre de l'argent. Ils savent qu'on a souvent moins de moyens qu'eux. Voilà, ils nous attaquent, ils nous attaquent. J'ai au téléphone un mec qui est en prison pour trafic d'armes dans une affaire terroriste dramatique, et qui me dit « oui j'ai vendu ses armes, mais j'étais un agent infiltré » . Mesdames et messieurs, bonjour.
- Speaker #0
Nous sommes en guerre. CNN is fake news, don't talk to me.
- Speaker #2
C'est devenu un métier, donc en 2017, de regarder des jeux vidéo et de les commenter. Est-ce que manger des pizzas, c'est devenu un métier ?
- Speaker #3
Moi, c'est Mélanie, alias Mélanie Nouveaux Médias sur Instagram. Réalisatrice de reportages pendant 7 ans pour la télé. Aujourd'hui, je suis experte en nouveaux médias et je t'emmène dans les coulisses de l'audiovisuel, qu'il soit tradit ou digital. Fake news, mensonges, jeux d'influence et de pouvoir. Mon objectif, c'est d'aider à mieux t'informer. en levant le silence sur ce qui se passe derrière la caméra, les micros, dans les rédacs, dans les bureaux des prods. Et surtout, on décrypte tout ça avec les insiders, ceux qui font les médias. Bienvenue dans l'épisode 16 de Je te le dis en off. Aujourd'hui, je reçois Mathieu Mollard, co-rédacteur en chef de Street Press, un média d'enquête et de terrain, lu et vu cette année par environ 9,5 millions de personnes chaque mois. Un média indépendant, engagé et financé majoritairement par les dons de ses lecteurs. Aujourd'hui, Mathieu va nous raconter en off les coulisses d'une enquête. On va parler concentration et évolution des médias en France, extrême droite. notre réalité journaliste encagée et tout ce que ça dit de notre paysage médiatique actuel. Installe-toi bien, c'est parti pour un nouvel épisode. Bonjour Mathieu.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #3
Bienvenue sur le podcast, je suis très contente qu'on puisse échanger aujourd'hui tous les deux. Peut-être pour les personnes qui ne te connaissent pas, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Oui bien sûr, je suis Mathieu Mollard, je suis journaliste d'abord, c'est mon métier. Et aujourd'hui je suis l'un des rédacteurs en chef de Street Press. C'est un média indépendant qui est en accès libre en ligne, qui fait du reportage, de l'enquête, du documentaire qu'on trouve sur YouTube, mais aussi sur Instagram et sur notre site internet.
- Speaker #3
J'étais un peu curieuse de savoir, parce que je pense que quand on est journaliste, souvent c'est une vocation, pas toujours, mais souvent. Est-ce que tu as toujours voulu devenir journaliste ?
- Speaker #1
Non. Non, c'est un hasard. Moi, après mon bac, je fais des études de commerce au début et en fait, je me rends compte que je n'aime pas ça du tout. Et puis, je faisais de la radio associative. Mais pas... C'était du divertissement. C'était pas dans une démarche journalistique. J'aimais la musique et je participais à des émissions musicales autour du rap. Et un jour, dans une soirée, je rencontre un mec qui me dit « Ouais, moi je suis à la fac et j'ai des cours de radio. » Ça me semblait incroyable d'avoir des cours de radio à la fac. Je lui dis « C'est quoi ta fac ? » Et il me donne le nom. Il est deux heures du mat, on est en boîte de nuit, le pire moment. Et en rentrant, le lendemain, je regarde ce que c'est. Et je vais aller faire cette filière-là. Et quand j'arrive dans cette filière, en fait, moi, je me dis, bon, la radio associative, c'est cool. Et en L3, je rencontre des gens. Et dans mon emploi du temps, j'ai préparation au concours. Et je te jure, quand j'arrive au premier cours de préparation au concours, je ne sais pas quel concours on est censé préparer. Et on me dit, on prépare les concours des écoles de journalisme. Je fais, ah, cool. Et je ne m'étais jamais même dit qu'il y avait des écoles de journalisme parce que ce n'était pas dans mes projections. Et voilà, je fais ces cours de prépa au concours. Je rencontre plein de gens qui préparent les concours de journalisme, qui les avaient déjà tentés l'année d'avant, qui ne les avaient pas eus. Et je les prépare avec eux. Et c'est à ce moment-là que je décide de devenir journaliste.
- Speaker #3
Ok, donc c'est vraiment un pur hasard pour le coup.
- Speaker #1
Ouais, ouais. Trois ans avant d'être sur le marché du travail, comme on dit, je ne voulais pas être journaliste.
- Speaker #3
Je crois que tu as commencé chez Street Press. Aujourd'hui, tu es un des co-rédacteurs en chef, une des figures de Street Press. Mais je crois que tu as commencé en tant que...
- Speaker #1
stagiaire ? Ouais, c'est ça. En fait, je vais en école de journalisme à Toulouse. Je sais quel type de journalisme je veux faire. Je veux faire de l'enquête, je veux travailler dans des médias plutôt de gauche. Et on est au tout début de Street Press, l'année du lancement, ou scène d'après. C'est un tout petit média créé par trois personnes qui n'ont pas de moyens. Et je candidate parce que je me dis, en allant là-bas, c'est sûr que je vais faire des trucs. C'est sûr que je vais aller sur le terrain. Alors que si je vais dans des grands médias, j'ai fait des stages dans des grands médias, mais... Tu peux parfois être cantonné au sujet un peu plus secondaire parce que tu es plus junior, c'est normal. Et là, je me dis, je pourrais faire beaucoup de choses. Je vais là-bas comme stagiaire et je reste en contact avec eux. À la fin de mes études, je suis journaliste indépendant pendant un an. Je fais directement de l'enquête. J'ai la chance de réussir à vivre tout de suite de mes enquêtes, alors en me payant au SMIC, mais j'arrive à en vivre directement. Et au bout d'un an, ils me proposent de m'embaucher parce qu'il y a quelqu'un qui part et on est quatre à ce moment-là. C'est il y a plus de dix ans. Puis la suite de la route m'amène ici, dans ce fauteuil qui tourne.
- Speaker #3
Et donc aujourd'hui, je crois que vous fêtez vos 16 ans, c'est ça, chez Street Press ? Est-ce que tu peux nous expliquer un peu, la ligne édito, c'est un média qui du coup revendique d'être engagé, et je crois que ce que j'ai lu un peu, que vous disiez, c'est que pour vous, en fait, un média qui est neutre, c'est un peu un média qui ment au journalisme et aussi aux gens qui le lient. Pourquoi ce parti-pris ?
- Speaker #1
Déjà, il n'y a pas de neutralité. La neutralité, ça n'existe pas, puisque quand on arrive quelque part, on a toujours un regard sur le monde, on a toujours un point de vue. Il n'y a pas beaucoup de sujets, on n'a pas d'avis du tout. Et donc, on arrive avec un regard sur le monde qui est lié à ses expériences passées, qui est lié aussi à ce qu'on appelle la ligne éditoriale du média, c'est-à-dire son point de vue en tant que média sur le monde. Pour schématiser, le Figaro, c'est un média de droite, donc il y a un certain nombre de sujets sur lesquels ils disent, sur les retraites, il faut qu'on travaille plus longtemps. là où l'humanité, qui est un journal de gauche, communiste, ils disent, ben non, on peut travailler moins longtemps et prendre un peu plus d'argent dans la poche des très riches. C'est un peu schématique ce que je raconte, mais c'est l'idée générale. On a toujours un point de vue, et moi je trouve ça plus honnête de dire, moi je pense comme ça, mais je suis journaliste, donc je vais donner aussi la parole à des gens qui ne pensent pas comme moi, je vais aller me confronter à des opinions différentes et à des faits, et donc on travaille d'abord sur des faits, Et c'est ça qui fait de nous des journalistes plutôt que... des blogueurs, des éditorialistes, ce que je respecte, mais ce n'est pas exactement la même chose. Mais je trouve que l'honnêteté, c'est de dire d'où je parle, quel est mon point de vue. Comme ça, il n'y a pas de mensonge. Et souvent, dans les commentaires, sous nos documents, nos enquêtes, etc., je vois des gens qui disent « Ouais, vous êtes des gauchistes. » Oui, peut-être, on est des gauchistes, mais on te l'a dit dès le départ, on ne t'a pas menti. Et donc, tu sais qu'il y a peut-être un biais dans ce qu'on raconte. Ce n'est pas neutre, mais on t'a prévenu. Donc... C'est honnête. Plutôt que des médias où on ne sait pas trop quel est leur point de vue, alors qu'en fait, il y a un biais.
- Speaker #3
Et pourquoi tu penses que parfois, dans l'opinion publique, des gens qui ne se connaissent pas trop en médias ou qui n'ont pas l'habitude pensent que les médias sont neutres ?
- Speaker #1
D'abord parce que plein de médias revendiquent une espèce de neutralité ou laissent entendre qu'ils pourraient être neutres. Parce qu'ils se disent comme ça, ils vont pouvoir toucher des gens qui se disent un peu de gauche, des gens qui se disent un peu de droite, des gens qui se disent « j'aime pas la politique » . Donc en disant « on est neutre » , ils vont pouvoir toucher plus largement. Puis la neutralité aussi, c'est la pensée du plus puissant. Quand on dit « Ouais, moi je suis raisonnable, je suis au-dessus des débats » , c'est plus facile d'être neutre quand on a le pouvoir, quand on domine. Quand il y a une usine qui ferme et qu'il y a des salariés qui vont essayer d'attraper au col le patron en disant « Mais moi, ça fait 20 ans que je travaille là, j'habite là, j'ai construit ma famille ici, demain l'usine elle ferme, qu'est-ce que je peux faire ? » Mon métier, c'est de fabriquer, je ne sais pas... piles électriques, des verres, n'importe quoi. Des usines qui font la même chose, il n'y en a pas dans le coin. Vous voulez que je fasse quoi ? Que je déménage à l'autre bout de la France ? C'est quoi le regard neutre ? Le regard neutre, c'est dire certes, j'entends ce que tu dis, mais en même temps, j'entends l'avis du patron et j'ai... Non, en fait, il n'y a pas de neutralité. Ça n'empêche pas que certains éléments factuels que peut donner le patron qui dit, bah ouais, moi je perds de l'argent tous les ans, moi je peux reconnaître que l'usine, elle est déficitaire, c'est un fait mathématique. Mais j'ai quand même un point de vue, une empathie avec quelqu'un. Et c'est en ça que je reviens à cette histoire d'hypocrisie. Mais c'est une hypocrisie pour parler à la fois aux gens qui seront plutôt d'accord avec le patron et aussi aux gens qui sont d'accord avec les ouvriers. Alors là, je fais des schémas un peu caricaturaux. La vie, elle est plus complexe. Mais voilà, c'est ça. Et je pense que c'est en train de changer.
- Speaker #3
Et justement, quand on s'est rencontrés, c'était à une conférence que tu donnais sur l'extrême droitisation des médias. Et tu parlais d'un sujet dont on parle aussi pas mal, qui est la concentration des médias. Tu penses quoi justement de tout le débat qu'il y a autour de tout ça ? On peut reprocher à des médias d'être d'extrême droite mais surtout ce qu'on leur reproche c'est que certains médias en fait font de la désinformation.
- Speaker #1
Ouais il y a déjà le fait de se dire que le média est-ce que ce qu'il raconte est vrai vérifier sourcé, c'est la base du journaliste, c'est ce qui différencie un journaliste de quelqu'un qui n'est pas journaliste nous à Streetpress on fait de l'enquête quand on fait de l'enquête on s'appuie sur des sources Ce qu'on raconte, on a plusieurs personnes qui nous l'affirment, ou alors des faits, des documents matériels qui nous permettent de l'affirmer. C'est ça, le journalisme. Après, il y a des très bonnes enquêtes faites par des journalistes de droite et des très bonnes enquêtes faites par des journalistes de gauche. Ce n'est pas le sujet. Ensuite, il y a des médias d'extrême droite. J'ai deux problèmes avec les médias d'extrême droite. J'ai un premier problème, c'est est-ce qu'ils font vraiment du journalisme ? Quand je lis Frontières, qui est un magazine d'extrême droite, mon premier problème, c'est qu'il manque de rigueur sur les papiers. Je le sais parce que des fois, ils vont raconter quelque chose et ils n'ont même pas fait ce qu'on appelle le droit de réponse. C'est quand on fait une enquête sur quelqu'un, à la fin, on l'appelle, on lui dit voilà, j'ai des gens qui me disent ça, qui me disent ça, qui me disent ça. Donnez-moi votre version des faits. Donner cette version des faits, ça permet de... Si je me trompe, si les gens m'ont informé... Au moins, eux, ils peuvent dire « Non, mais c'est faux. » Et d'ailleurs, j'ai ce document-là qui le prouve. On leur a donné l'opportunité de se défendre. C'est un petit truc, mais c'est important. Ce magazine-là ne le fait pas toujours. C'est un exemple de « c'est du mauvais journaliste » . Après, j'ai quand même un problème avec le fait qu'il soit d'extrême droite. C'est-à-dire qu'on peut dire que dans une société démocratique, on a le droit à plusieurs opinions. Ouais, OK, on a le droit à plusieurs opinions. On a le droit de dire que, en fait, on pense que pour que la société fonctionne... On a besoin que les gens travaillent plus, que le SMIC soit un peu plus bas, un peu plus haut, etc. Ok, on a le droit de penser ça. Mais je trouve qu'on n'a pas le droit de penser, en tout cas je combats cette pensée, on a le droit de le penser, mais je combats la pensée qui consiste à dire que des gens, parce qu'ils sont musulmans, ils sont inférieurs aux autres. Des gens, parce qu'ils sont racisés, ils sont inférieurs aux autres. Les femmes, parce qu'elles sont des femmes, elles devraient avoir moins de droits, gagner moins d'argent, etc.
- Speaker #3
Et justement, tu penses quoi ? Je sais qu'en Belgique, tu parles du cordon sanitaire. du fait que les médias sont d'accord entre eux de ne pas recevoir des personnalités d'extrême droite sur le plateau pour ne pas leur donner la parole. Tu en penses quoi, toi, de ça ?
- Speaker #1
En fait, c'est une histoire de temps long. C'est-à-dire qu'on a merdé en France. Il y a plusieurs décennies, l'extrême droite était très peu invitée dans les plateaux de télé. Et puis, il y a eu une bascule, notamment une émission qui est assez connue, qui s'appelle L'Heure de Vérité, où Jean-Marie Le Pen va être invitée. Il va être invité parce que... François Mitterrand, qui est président de la République à ce moment-là, et à ce moment-là, le président de la République peut-être encore plus qu'aujourd'hui, a une influence sur ce qu'il y a dans les médias, et notamment les médias de service public qui appartiennent à l'État. Et Jean-Marie Le Pen écrit à François Mitterrand en disant « Ouais, quand nous on organise des meetings, des événements, tout le monde s'en fout, c'est pas normal, vous devriez nous inviter. » Mitterrand va mettre un petit coup de pression à l'audiovisuel public, pas vraiment pour des raisons de démocratie, il va faire ça parce qu'il se dit « si Le Pen est plus fort, Il va manger un peu d'électorat à droite, il va lui voler des électeurs, et moi, en tant que gauche, ça va m'arranger. Et donc, il va mettre en avant l'extrême droite. Le Pen va aller à cette émission, et il faut regarder cette émission, on trouve des extraits sur Internet, c'est assez fou, parce que les journalistes disent, « Monsieur Le Pen, vous êtes dans notre émission, on ne voulait pas que vous soyez là. » Ils le disent à l'antenne. Et ensuite, Le Pen fait un show pas possible, parce que c'est Le Pen et que c'était une bête de télé. Comme aujourd'hui, Zemmour l'est, il faut le reconnaître, c'est des bêtes de télé. Il est invité, ça cartonne, ça fait une excellente audience, on met une pièce dans la machine et ça se lance, et l'extrême droite se retrouve à la télé. Quand l'extrême droite était à 2%, 3%, comme c'était le cas à l'époque, il ne fallait pas l'inviter. Aujourd'hui, il y a une vérité, Marine Le Pen est au second tour de chaque élection, on ne peut pas ne jamais l'inviter. On est le service public, on doit l'inviter. Par contre, on est street press, on ne doit pas l'inviter. Je n'ai pas d'obligation, je n'ai aucune obligation légale. Ça ne veut pas dire que je ne parle pas à l'extrême droite. Je le fais, je fais de l'enquête sur l'extrême droite. Donc je vais leur parler. Mais les citations, je les mets en contexte. Je dis, ils me disent ça, mais je peux vous affirmer que c'est faux, parce que, et j'ai eu le temps de faire mes recherches. Ce n'est pas comme en direct, où là, quand on est en direct, on peut louper des trucs. Et même quand on fait le format, on est là aujourd'hui. Tu m'invites, tu me mets dans ce fauteuil. On est dans un très beau décor ici. Il y a une forme de mise en majesté de ce que je raconte. Donc c'est flatteur pour moi. Tu m'offres un espace d'expression, bien même c'est toi qui monte à la fin, qui est plutôt flatteur. Est-ce que tu inviterais dans ce contexte-là des gens d'extrême droite ?
- Speaker #3
Justement, tu sais que j'en parlais avec Mathieu Burgalassi que j'ai reçu sur un épisode. Et je lui disais que moi, le but du podcast, c'est vraiment d'aider les gens à mieux s'informer, etc. Et quand je poste parfois en story aux gens, je leur demande qui ils aimeraient que j'invite. Et on m'a déjà dit quelqu'un de frontière. Et du coup, je me suis posé la question en me disant que ça peut être intéressant parce qu'au final, moi, je lutte contre la désinformation et je sais que Frontière, ils ne sont pas super carrés dans leur façon de faire du journalisme, etc. Mais je me suis dit, moi, je ne suis pas spécialiste des sujets d'extrême droite, donc j'ai peur justement de ne pas être capable de répondre à ce qu'ils me disent et du coup, de leur donner une parole et de les mettre en valeur. et Mathieu il m'avait répondu c'est possible moi je te conseille pas forcément de le faire à part si tu restes cadré sur du coup les thèmes toi euh euh de prédilection qui est vérifier ses sources, les fake news, etc. Mais c'est vrai que c'est un risque parce que tu peux les mettre en valeur et en fait, ça peut être risqué. Donc moi, je suis assez mitigée sur le sujet.
- Speaker #1
Moi, je pense que c'est un risque et en plus, c'est un risque qui repose sur quelque chose qui est souvent notre propre égo. Si on se dit, ouais, mais moi, Zemmour ou quelqu'un de Frontière, etc., moi, je vais réussir à les coincer, je vais réussir à montrer. Ils sont très forts. Ils sont très forts en face. Et quand bien même ce qu'ils disaient est faux, et justement, ils utilisent des fausses informations ou des informations biaisées, ils vont réussir à en sortir peut-être gagnant, si tant est qu'il y a un gagnant. Et puis après, ils vont refaire leur montage. Ce n'est pas grave si, quand on regarde la version longue, on voit que... que ce qu'ils racontent c'est n'importe quoi la vérité c'est qu'ils vont couper 40 secondes ils vont faire des édits on les voit et tout le monde voit ça aujourd'hui la gauche, la droite, l'extrême droite, tout le monde fait ses édits tu regardes les édits c'est comment machin a fumé bidule ouais d'accord mais l'autre il fait un édit en disant l'inverse et à la fin chacun fait un petit buzz sur ses réseaux tout le monde est content,
- Speaker #3
c'est pas ma vision du journaliste oui bien sûr mais c'est pour ça que je pense que moi en tant que podcasteuse et mettant en lumière des gens que j'aime bien et justement c'est aussi une forme d'engagement j'ai pas forcément d'intérêt à les recevoir mais ça c'est mon choix et je pense que c'est mieux de réserver ça à des personnes qui forcément peuvent contrecarrer les arguments et sont plutôt spécialistes du sujet mais je pense que c'est un débat intéressant parce que je me suis vraiment posé l'action en me disant c'est aussi le sujet du podcast, la désinformation etc mais peut-être dans 3, 4, 5 ans quand je me sentirai prête mais aujourd'hui je me suis dit, j'avais vraiment peur que ça allait mettre plus en lumière qu'autre chose Il y a aussi un truc c'est Merci.
- Speaker #1
Il y a un moment, certains formats qu'on voit sur Internet, et je vais donner des noms, le crayon. Le crayon, sur Internet, c'est des gens, ils invitent comme ça, dans un studio, face à face, deux personnes qui ont des avis opposés, souvent des avis très clivants d'abord. Il faut faire du buzz. Quand ils font un débat sur la religion et qu'ils invitent un prêtre catholique, ils ne vont pas inviter un prêtre catholique assez modéré, ils vont inviter la Bérafrère, qui est un prêtre intégriste d'extrême droite. C'est quand même un choix spécial.
- Speaker #3
Oui, après,
- Speaker #1
ils cherchent à faire du buzz. Le dispositif, c'est-à-dire la forme, être assis face à face, avoir le même temps de parole, ça met toutes les idées au même niveau. C'est-à-dire, OK, je vais faire un débat antisémite, pas antisémite. Chacun se fera son avis. Je vais faire un débat raciste, pas raciste. Chacun se fera son avis. Non, toutes les idées ne se valent pas. C'est une fausse démocratie que de dire que toutes les idées se valent, en fait. On ne peut pas discriminer, porter des messages humiliants, de haine, et de dire que ça vaut. Une autre idée. Ce n'est pas juste une opinion. Il y a des lois en France, la loi Guesso, qui dit qu'on n'a pas le droit d'exprimer des propos discriminatoires. C'est illégal.
- Speaker #3
D'ailleurs, aux États-Unis, souvent, l'extrême droite, Donald Trump, etc., parle de la liberté d'expression pour justifier certains propos qui peuvent être haineux, etc. Il joue beaucoup avec cette frontière-là. La liberté de... d'expression entre la France et les Etats-Unis, c'est un petit peu différent. Mais c'est vrai qu'ils jouent aussi là-dessus pour pouvoir avoir ces propos-là. Alors qu'en France, par exemple, c'est interdit d'avoir des propos haineux. Et c'est ça où je trouve ça un peu... C'est bizarre de jouer avec cette notion-là.
- Speaker #1
Ouais, ouais. Et puis, des idées qui peuvent être marginales, elles redeviennent grand public aussi à cause de ça. Je pense à l'antisémitisme. Moi, j'ai beaucoup travaillé là-dessus. J'ai enquêté sur un mec qui s'appelle Alain Soral. il y a quelques années, assez longuement, Alain Soral, c'est quelqu'un qui a réussi à re-mainstreamiser l'antisémitisme. Il y a un moment, l'antisémitisme, après la Seconde Guerre mondiale, parce qu'il y a eu la collaboration, parce qu'il y a eu le régime nazi plus les régimes fascistes dans plein de pays, il était très honteux. On ne lui donnait pas d'espace d'expression. Il y avait des publications antisémites, mais c'était des feuilles A4 qui se refilaient sous le manteau avec des audiences vraiment limitées. Soral il est arrivé sur Youtube, il a fait des centaines de milliers de vues avec des propos antisémites et on est passé d'une idéologie qu'on pensait réserver aux poubelles de l'histoire pour utiliser une formule un peu toute faite qui est redevenue un truc normal ou en tout cas entendu auprès d'un public très très large y compris jeunes n'avaient pas le souvenir, en tout cas qui n'avaient pas vécu je dis pas que les gens savent en France on sait qu'il y a eu la seconde guerre mondiale, tout le monde le sait mais ils l'ont pas vécu dans l'interne nous on l'a pas vécu, notre génération on doit avoir à peu près le même âge et un... on sait rien mais on a c'est juste des récits des choses qu'on a appris à l'école donc peut-être ça nous atteint moins et donc ça a permis à ce que ces propos remontent, repopent
- Speaker #3
Est-ce que tu penses que c'est aussi lié avec les médias digitaux, tu citais le crayon là tu cites Youtube, aussi par exemple Donald Trump, on sait que pour la dernière campagne il a fait beaucoup campagne dans les podcasts aussi, il a un peu justement boudé les médias tradis est-ce que tu penses qu'aussi le digital et les médias digitaux aussi participent forcément à la polarisation et à la montée aussi des extrêmes.
- Speaker #1
Ouais, enfin, ils y participent parce que, et c'est pas forcément négatif, le digital, il ouvre un espace de création qui est beaucoup plus grand. C'était facile quand l'immense majorité de la presse, c'était, je sais pas, une quinzaine de quotidiens papiers nationaux. Ça fait bien longtemps qu'il y a plus de 15 quotidiens nationaux. Quelques chaînes de télé, c'est pas si vieux qu'il y a beaucoup de chaînes de télé. Moi, quand j'étais gamin, il y avait encore... que chez la plupart des gens, ceux qui n'avaient pas Canal, les Box, les machins. La TNT. Ouais, la télé, elle s'arrêtait à Arte. Chez moi, dans mon salon, j'avais 7 chaînes de télé et c'était déjà beaucoup. Aujourd'hui, il y en a 100, 200, des plateformes de streaming, etc. Donc il y a eu peu d'espace d'expression et ça avait ses limites. En plus, ces espaces-là, ils étaient aux mains soit du service public, donc de l'État, soit aux mains de grosses entreprises privées. Donc il y avait des voix qu'on entendait un peu moins, des points de vue sur les sujets qu'on entendait moins. Aujourd'hui, Internet a permis de diversifier ça. Street Press, le média pour lequel je travaille, on touche plusieurs millions de personnes chaque mois.
- Speaker #3
Je crois que c'est quoi ? J'ai lu 9,5 millions, c'est ça à peu près ?
- Speaker #1
Très difficile de compter parce que c'est des audiences cumulées. On a une chaîne YouTube qui a 450 000 abonnés. En cumulé sur les réseaux, on flirte avec un million d'abonnés. donc Ça fait plusieurs millions de personnes tous les mois, ça change d'un mois sur l'autre. Il y a 20 ans, on montait Streetpress, on aurait été un fanzine. Tu vois, un truc imprimé comme ça, tiré à 1000 exemplaires, on aurait vendu sur 2-3 arrondissements de Paris si on est à Paris. C'est tout. Aujourd'hui, on parle à des millions de personnes. Ça, c'est possible grâce à Internet. Mais évidemment que c'est une possibilité qui est offerte à plein de gens, avec plein d'opinions. Et je pense que le fait que les médias qui étaient en place avant que cette fenêtre s'ouvre soient des médias qui étaient aux mains pour beaucoup de grandes entreprises, où il y avait des différences d'opinion, mais quand même dans un espace assez contenu, fait qu'il y a eu une frustration pour des gens. Il y a eu de plus en plus de gens qui ne se rendaient pas représentés par les médias qui regardaient. Et bien, sur Internet, ils sont allés chercher autre chose, et donc des choses peut-être un peu plus polarisées. Polarisées à droite, voire à l'extrême droite. mais aussi polariser à gauche. Après, ça permet de faire vivre le débat démocratique aussi. Donc, tout n'est pas mal là-dedans.
- Speaker #3
Est-ce que tu peux m'expliquer un petit peu comment on fait une enquête chez Streetpress, un petit peu votre méthode ? Je sais que vous avez refusé. Tu peux peut-être nous expliquer aussi le fil à LFP que peuvent avoir plein de médias et vous décidez vraiment d'enquêter vous-même et de ne pas rapporter forcément toutes les infos d'autres médias. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu ça ?
- Speaker #1
Alors. Alors, on l'a refusé. Déjà, on l'a un peu refusé parce que ça coûte trop cher. Le fil AFP. Pour les gens qui ne savent pas ce que c'est, l'AFP, c'est un énorme média avec plein de journalistes partout dans le monde. En Chine, en Amérique du Sud, en Afghanistan. Ils ont des agences partout dans le monde. Et ils rendent compte de l'actualité du monde et des différents domaines. Ils font des dépêches AFP, des espèces d'articles sur le rugby, sur l'économie. sur la politique du Chili, sur tout. Et après, ces articles ne sont pas lisibles pour la plupart du grand public. Ils sont accessibles à des médias qui payent. Ils payent cher pour deux choses. Pour avoir le droit de lire ces articles, mais aussi pour avoir le droit de recopier ces articles-là dans leurs propres médias. Ils achètent en fait le droit d'utiliser ce contenu-là. Ils peuvent un peu le modifier pour donner leur patte au sujet. Ce qui fait que, faites l'exercice, si on prend une grande actualité, je sais pas moi un événement sportif par exemple la France a gagné un match de football pour les qualificatifs de la coupe du monde vous allez chercher un article sur la dépêche du midi par exemple vous allez sans doute à un moment tomber sur un truc où il y a écrit avec AFP, prenez une phrase sur Google, copiez-la, tapez-la dans le Google vous allez voir 10, 20 30, 40, 50 fois ce même article sur plein de médias différents Au final, on a 50 médias qui sont censés avoir des points de vue différents, des regards différents, des expériences différentes, qui disent mot pour mot la même chose. Ça, ça m'emmerde. Donc nous, à Streetpress, on a fait un autre choix. C'est de sortir beaucoup moins d'articles. C'est facile de faire ça. Il suffit de copier-coller. En 10 minutes, on a mis un article en ligne. Puis ça fait de l'audience. C'est bien. Nous, on ne fait pas ça. On fait moins d'articles. Mais tous les articles qu'on fait, c'est des articles qu'on a faits nous-mêmes en allant sur le terrain, en faisant du reportage, en faisant de l'enquête, en passant des coups de fil. Il n'y a pas d'article où il n'y a pas... un travail journalistique dessus. L'enquête, c'était ça ta question ? Oui. Il y a plusieurs façons de faire de l'enquête. Soit, le plus souvent, il y a un point de départ. C'est-à-dire, quelqu'un t'appelle en disant « j'ai une info » . Ou tu te déplaces en reportage, tu croises quelqu'un qui dit, t'es au courant de ça. Je vais prendre un exemple concret. Il y a quelques années, on a enquêté sur des maltraitances au tribunal de Paris. Dans les sous-sols du tribunal, où il y a plus d'une centaine de cellules, où tous les gens qui vont être jugés passent par là. Que ce soit pour des grandes affaires, des crimes, des meurtres, plein de trucs. Ou que ce soit pour des affaires relativement plus petites, mais où ils comparaissent quand même détenus. ça peut être un dealer qui a vendu un peu de drogue mais pas énormément, des choses comme ça tous ces gens là passent au dépôt ou Nicolas Sarkozy par exemple et donc dans ces cellules il y avait des maltraitances au départ il y a quelqu'un qui nous dit écoute je connais un policier qui a été témoin de ces maltraitances et c'est trop pour lui il voudrait en parler, on rencontre ce policier avec mon collègue Christophe et on passe plusieurs heures avec lui, il nous raconte énormément de choses Mais ça, c'est pas une enquête. Ça, c'est quelqu'un qui raconte. Peut-être que c'est vrai, peut-être que c'est faux. C'est un témoignage. Et peut-être qu'il ment. Peut-être qu'en fait, il est en embrouille avec son chef et qu'en fait, il veut le mettre dans la merde et qu'il invente des histoires. Peut-être que c'est un mélange de vérité et de choses fausses. Donc à partir de ce témoignage-là, comment je fais pour prouver que c'est vrai ? Première chose, je lui demande et puis j'essaye, avec des contacts que j'ai, de dire, est-ce qu'il y a des documents écrits ? Parce que dans la police, on fait des rapports de police, on le voit dans les films. Où il mentionne un petit bout de ce que tu racontes. On récupère des documents. Où il écrit, tel jour, un incident s'est passé. Où il y a des documents et il écrit, je vous rappelle qu'il est interdit de faire ça. C'est quand même bizarre de rappeler un truc qui est interdit. C'est comme au collège. Quand le CPE dit, je vous rappelle qu'il est interdit d'utiliser son téléphone en classe, c'est souvent que la veille, quelqu'un utilise son téléphone en classe.
- Speaker #3
C'est pas pour rien.
- Speaker #1
Voilà, donc c'est un indice. C'est la première chose. La deuxième chose, il me faut d'autres personnes qui témoignent. Alors, je vais contacter les policiers qui travaillent dans ce service, en me disant, j'ai des gens qui me racontent ça, est-ce que, même sous couvert d'anonymat, vous pouvez me confirmer des choses ? Ça va être un... Et il y en a qui vont me confirmer des choses sous couvert d'anonymat. Donc, ça va donner des éléments supplémentaires. Et puis, après, je vais demander à ce policier, à Ammar Ben Mohamed, est-ce qu'il y a des gens qui ont été victimes ? dont tu te souviens de l'identité. Et notamment des personnes célèbres. Pourquoi des personnes célèbres ? Parce que s'il me dit, il y avait un mec, il s'appelait Jean Dupont, c'était il y a 18 mois, pour trouver Jean Dupont, et qui est passé au dépôt il y a 18 mois pour une affaire d'escroquerie, ça va avoir du mal, si je n'ai pas plus d'infos. Par contre, s'il me dit, et c'est un cas concret,
- Speaker #0
Alexandre Benalla, qui était un proche d'Emmanuel Macron, qui a été interpellé pour avoir commis des violences en manifestation contre des manifestants alors qu'il n'était pas policier, etc. Ça a été un scandale d'État. Il me dit, Benalla, il est passé. Benalla, il y a eu des problèmes quand il était là. Et Benalla, il est tout le temps dans la presse, donc je sais comment le retrouver. D'ailleurs, c'est tout simple, je vais aller sur Twitter, je vais lui envoyer un DM. Bonjour, monsieur Benalla. Mathieu Mollard, je suis journaliste pour Street Press. Je ne travaille pas sur l'affaire Benalla. Moi... juste, on m'a dit qu'au dépôt, quand vous étiez au dépôt, il y avait eu des problèmes. Pouvez-vous me raconter ? Et il va me dire, oui, oui, tout à fait, il y a eu des problèmes. Il y a des policiers qui sont venus et qui m'ont photographié en cellule, ce qui est interdit. Ces photos vont être données ou vendues à la presse. Il y a eu des comportements illégaux qui ont été tenus. Et donc, ça va être quelqu'un qui est mis en cause dans une autre affaire qui se trouve en plus être un scandale d'État, qui va me confirmer un petit bout. Et en fait, je vais confirmer comme ça plein de petits bouts. Donc ça, c'est la première façon d'enquêter. On a un point de départ assez fort. Et d'ailleurs, cette enquête, pour finir l'histoire, jusque dix jours avant la publication, ça dure des semaines. C'est très très long parce que là, je l'ai fait en rapide, mais on a mis un temps fou à confirmer plein de petits bouts, à éplucher des milliers de pages de documents, etc. Et jusqu'à deux semaines de la sortie, le policier, Ammar Ben Mohamed, voulait être anonyme. Et à deux semaines de la sortie, je lui ai dit, écoute, tu peux être anonyme, mais là, si on sort tout ce qu'on a, ils sauront que c'est toi. Parce qu'il n'y avait qu'une personne qui était là le lundi, le vendredi, telle année. Au bout d'un moment, ils vont savoir que c'est toi. Moi, je t'ai promis l'anonymat. Et c'est un truc déontologique de journaliste. Si je promets l'anonymat, je m'y tiens. Donc soit on sort un petit bout de l'histoire où ils ne pourront pas savoir que c'est toi, soit on sort toute l'histoire et même si tout est vérifié, ils sauront que c'est toi. Il dit, je vais réfléchir. Et il me rappelle le jour après, il me dit, écoute, moi, je veux que tout sorte. allons-y et je vais montrer mon visage il va témoigner face caméra donc on va enregistrer un peu rapidement une vidéo face caméra où il redit face caméra les éléments qu'il nous a racontés. Il va prendre des photos et on va titrer un lanceur d'alerte dénonce. Et comme il endosse, et comme c'est un policier qui parle, tout ce qu'il raconte va être légitime et cette affaire va faire la une du monde de libération. On va être aux 20h et on va avoir de l'ampleur jusqu'à être débattu à l'Assemblée Nationale avec des représailles pour ce lanceur d'alerte qui va avoir, je crois, 6 ou 7 procès. contre lui, de la part de l'État, pour avoir dénoncé. Et finalement, son statut de lanceur d'alerte va être reconnu et gagnera tous ses procès. Mais c'est des années et des années de procédure contre lui pour avoir dénoncé les dysfonctionnements dans la police. Fin de cette anecdote. Et donc l'autre façon d'enquêter, je vais le faire en plus vite. Un moment, on a un doute. Je vais raconter une histoire qui n'est pas de street press mais de Mediapart, qui m'avait beaucoup étonné. L'affaire Cahuzac. Cahuzac, c'est un ministre du gouvernement quand François Hollande était président. qui s'avère avoir un compte en Suisse. Et Fabrice Arfi, qui est le journaliste qui a fait cette enquête, raconte qu'un jour, il y avait eu une histoire de compte en Suisse avec un mec de droite, et Caïsac avait beaucoup défendu ce mec de droite. Je trouvais ça bizarre. Quand il est rentré au gouvernement, je me suis dit... Ça sent pas bon. Et il a commencé à creuser. Il a interrogé plein de gens. C'est ça. Des fois, on a un doute sur un truc. Il y a, pendant les dernières élections législatives, ma collègue Daphné, elle travaille, on travaille sur... tous les candidats du RN, et à un moment, il y en a un, on apprend qu'il est candidat sous le nom de sa femme, et à l'extrême droite, utiliser le nom de sa femme, c'est rare. C'est pas commun. Ils sont quand même... Et donc, à ce moment-là, elle se rend compte que son nom, à lui, c'est un nom qui est bien connu à l'extrême droite parce que son frère, c'est Ghana, et son frère, il est à la tête d'un groupuscule qui, depuis, a été interdit. Et donc, elle se dit, à lui... quand même, quand on est dans une famille comme ça, c'est-à-dire qu'on a fréquenté des milieux radicaux, elle va commencer à enquêter sur lui avec cette intuition-là. Ça n'a pas manqué, elle a fini par trouver un compte sur les réseaux sociaux où il tient des propos racistes, antisémites, etc. Et le parti va lui retirer sa candidature, le désinvestir, et comme il était trop tard pour en investir un nouveau, il n'y aura pas de candidat dans cette circonscription, donc c'en est déjà une qu'ils ont perdue, ce qui, de mon point de vue, est une bonne nouvelle.
- Speaker #1
Je trouve ça trop intéressant parce que justement, moi j'aime bien qu'on raconte comment on fait les enquêtes parce qu'il y a souvent des personnes qui peuvent un peu avoir perdu confiance envers les médias et je trouve ça trop important d'avoir de la transparence et d'expliquer comment on enquête, etc. Justement, tu parles un peu des répercussions que peuvent avoir les enquêtes que vous faites chez Streetpress. Est-ce que tu as une enquête dont tu es particulièrement fière, sur laquelle tu as travaillé ?
- Speaker #0
Oui, il y a plusieurs enquêtes dont je suis plutôt fier. Il y a des enquêtes... Fier pour la répercussion qu'elles ont eue ou fier pour la... L'enquête, l'histoire qu'elle raconte ?
- Speaker #1
Ah bah c'est toi, une qui t'a particulièrement émue, ou si tu devais en retenir qu'une, par exemple. Ou deux, allez.
- Speaker #0
Non mais en retenir... Alors il y a celle du TGI dont j'ai parlé, qui a été quand même importante. Il y a une enquête, il y a pas mal d'années, qui m'a passionné à faire. C'est un peu égoïste, parce que c'est que j'ai aimé faire cette enquête.
- Speaker #1
Oui, mais après on est passionné quand on est journaliste aussi.
- Speaker #0
Parfait. Il y a eu plusieurs vagues d'attentats terroristes en France, et parmi ces attentats, il y a eu... ce qu'on appelait l'attentat contre l'hypercachère, où des hommes armés sont rentrés dans ce supermarché, ou ce magasin cachère, à destination d'un public juif, et qui ont tué des gens. Ils sont armés. Il y a eu une enquête sur comment ils se sont procurés les armes. Et la justice, assez rapidement, remonte sur un homme qui s'appelle Claude Hermand, et cet homme, il se trouve un militant d'extrême droite. C'est quand même bizarre, un militant d'extrême droite. qui vend des armes qui vont atterrir entre les mains d'un terroriste islamiste. Ça ne colle pas, etc. Mais bon, c'est une histoire et ça s'est passé comme ça. Et avec mon collègue Thomas Status, on va se pencher sur cette histoire et creuser. Au moment où on commence l'enquête, Claude Hermand est en prison. On nous dit, voilà, Claude Hermand a vendu ses armes, on ne sait pas trop. On se dit, qui est-il ? On commence par s'interroger. Alors, on va retracer son parcours à l'extrême droite. Et en retracant ce parcours... On se dit, mais il y avait quand même un certain nombre d'indices qui nous laissent penser que ce mec, il était peut-être dangereux. Comment ça se fait que ce mec-là, il ait pu vendre ces armes-là ? Alors, on se rend compte que des années avant, il a été impliqué dans un autre trafic d'armes avec l'Europe de l'Est. Et pourtant, il n'est jamais passé en prison. C'est hyper bizarre. Premier élément. Ensuite, on se rend compte qu'il a été mercenaire en Afrique et qu'il a... participer à une opération assez complexe d'un faux coup d'État qui était un coup de billard à trois bandes un peu bizarre, je vais pas le détailler là mais deuxième affaire, et là non plus c'est même la France qui va le faire sortir de prison et quand même il y a quand même un truc qui est bizarre et on enquête en tirant des fils comme ça alors là c'est interroger plein de gens pour avoir des tout petits bouts d'histoire on va retrouver un ancien mercenaire croate qui était avec lui dans une prison en Afrique on va comme ça des gens qui ont connaissent une pièce du puzzle. Et on va remonter ce puzzle, et à un moment, on entre en contact, d'abord avec des proches de Claude Hermand, et maintenant je peux le dire, à l'époque je ne pouvais pas le dire, avec Claude Hermand qui est en prison. Claude Hermand, il a un téléphone portable, comme beaucoup de gens en prison, c'est illégal, mais il en a un. Et donc, par des proches à lui, on convient d'un rendez-vous téléphonique, et je l'appelle. Et j'ai au téléphone un mec qui est en prison pour trafic d'armes, dans une affaire terroriste dramatique, et qui me dit... Il me dit « Oui, j'ai vendu ces armes, mais j'étais un agent infiltré pour la police. » Encore une fois, l'histoire d'avant, c'est « Est-ce qu'un témoignage, c'est la vérité ? » Mais on a quand même une version qui remet en cause ce que dit l'État. Et on va enquêter, tirer des fils, et on va arriver à la conclusion. On ne peut pas dire que Claude Hermand était un agent infiltré au service de l'État.
- Speaker #1
Quand tu prouves que le gars est un dique, c'est compliqué.
- Speaker #0
Il est un dique, mais il n'est pas agent infiltré. Ce n'est pas la même chose. Un indique, c'est quoi ? Un indique, c'est quelqu'un qui est dans un milieu criminel et qui donne des informations à la police. Et en France, les indiques, ils sont inscrits sur un fichier. Il y a un fichier national des indiques. Alors ce fichier, il n'est pas public, mais nous, on va utiliser des sources creusées, on va se rendre compte qu'il est inscrit au fichier.
- Speaker #1
Mais agent infiltré, c'est-à-dire qu'il fait partie de la police ?
- Speaker #0
Agent infiltré, c'est-à-dire qu'il fait partie de la police, etc. Mais lui, ce n'est pas ça. si quelqu'un qui commet des actions criminelles ou qui est en contact avec des actions criminelles, en l'occurrence, lui qui commet des actions délictuelles, puisqu'il vend des armes, c'est clairement délictuel, et qui donne des informations avec la police. Mais les gens qui donnent des informations, ils ont toujours un intérêt à donner des infos. Quel est leur intérêt ? Parce qu'il ne le donne pas... Enfin, lui, c'est un trafiquant d'armes. Pourquoi il donne des infos ? Alors lui, il dit, moi, je suis un infiltré... Non, son intérêt, c'est que son propre business, il reste un peu protégé. Que la police n'aille pas trop regarder son business. Et on va se rendre compte qu'il n'était pas une fois indique, qui était trois fois indique. Il était indique pour les gendarmes, il était indique pour la police, et il était indique pour le renseignement douanier. Donc en fait, il avait réussi à ce que les policiers regardent ailleurs, tous les services de police regardent ailleurs. Il y a une défaillance extrêmement grave de l'État qui va permettre que des armes arrivent entre les mains d'un terroriste. Et voilà, et on a enquêté avec mon collègue Thomas pendant des mois pour en arriver à cette conclusion. On sort cette enquête à la veille de l'ouverture de son procès qui se tient à Lille parce qu'il n'est pas jugé dans le cadre du procès terroriste parce qu'il y avait un intermédiaire entre lui et le terroriste. Et donc, il est jugé pour trafic d'armes à Lille. On va à ce procès. Le juge est arrivé à la même conclusion, ce n'est pas encore public à ce moment-là, mais qu'il est un indique assermenté et donc va entendre ses agents traitants, à ce moment-là, qui sont des agents de la gendarmerie. Dans la semaine d'audience, il y a une journée qui est prévue pour entendre les agents traitants de Claude Hermant. Et ces agents traitants vont dire, nous, on est des espions, c'est un peu vrai. On ne voudrait pas qu'on puisse nous identifier, etc. Donc, on voudrait que l'audience ne soit pas publique. Parce que la justice, en France, n'importe qui peut aller au tribunal et assister à un procès. Et j'encourage tout le monde à le faire, c'est passionnant. Et donc, le juge dit, OK, on veut bien que le grand public n'insiste pas, mais il y a un enjeu à ce que la justice est une forme de publicité, qu'on ne règle pas ces affaires-là entre nous pour cacher des trucs. Donc, on va laisser aux journalistes le droit d'assister à cette audience. Donc on est sur un procès pour trafic d'armes, et ce jour-là, on est une poignée dans la salle, cinq journalistes ou six journalistes, pas plus, les avocats, les magistrats, les greffiers, etc. Et un premier gendarme arrive et dit, d'abord c'est le chef qui est interrogé en premier. Le chef, on lui dit, « Monsieur, comment ça se gère ? » « Expliquez-nous les règles, vous avez des règles. » « Je ne peux pas vous dire, c'est secret défense. » Et le juge pose des questions et répond, « Secret défense, secret défense. » Et là on se dit, mais en fait, ils ont conscience qu'ils ont fait de la merde. Et ils sont en train, sous nos yeux, de cacher une bourde de l'État. Bon, il dit à peu près rien. Au suivant. Et là, le premier, qui est son agent traitant, il sort un petit papier et commence à le lire. Juju dit, non mais ça marche pas comme ça, la justice. Vous êtes pas là pour lire une version officielle. Je vais vous poser des questions, vous répondez. Sauf que lui, il avait prévu de lire ce qu'on lui avait écrit, en fait. Et là, il est perdu. On lui pose des questions. On lui dit, bah, monsieur, quand même, est-ce que vous saviez qu'il vendait des orbes ? Oh non, non, non, j'étais au courant de... rien. C'est marrant. Il y a un des rapports que vous avez écrits, dans lequel il y a une photo d'arme. C'est quand même fou, quoi ! Vous étiez pas au courant, mais vous avez mis une photo dans ce rapport, rapport qui était lui aussi classé secret défense, mais dont le juge avait obtenu la déclassification. Et là, il commence à dire, oui, non, mais en fait, c'est une arme de... Je pensais que c'était une arme de paintball. Fous de notre gueule. Fous de notre gueule. Donc, on est dans cette pièce, quelques dizaines, quand même, et je discute avec quelqu'un qui travaille au tribunal, en aparté, qui me dit, Il y a un général de gendarmerie qui est dans les couloirs du tribunal, dans les parties non accessibles au public, qui est en train de les coacher. Je dis non mais c'est fou ce truc-là. Ils sont en train d'organiser, de tenter de sauver un mensonge d'État sous nos yeux. Et donc je vais voir un des avocats, parce qu'on peut un peu se déplacer, on le voit dans les films, on chuchote à l'oreille, ça se passe un peu comme ça dans la vraie vie. Et je dis à un des avocats, non mais on vient de me dire, parce qu'on se connaît tous, ça fait une semaine qu'on est dans cette espèce de... Il est clos. Il est clos, voilà. Et donc, je dis, ouais, ils viennent de me dire qu'il y avait un général, ils sont en train d'organiser. Là, il ment, on le voit tous qu'il ment. Il ment, mais l'autre, ils sont en train de se coordonner pour que le suivant tienne le même mensonge. L'avocat se lève et dit, écoutez, monsieur le président, donc au juge, là, il y a un truc. On nous dit qu'il y a un général dans les couloirs, qu'on est en train d'assister à un mensonge en direct. Et le juge, qui a totalement conscience de ce qui se passe, il est comme nous, spectateur de ça, dit, vous avez raison. ce que je propose, c'est que 1. j'isole dans une pièce derrière les futurs témoins, comme ça ils ne peuvent plus parler à personne, et 2. on ne va pas faire de pause déjeuner, pour qu'ils n'aient pas le temps pendant la pause de s'organiser, on reste là jusqu'à ce qu'ils on ne s'arrête pas, on ne fait pas de pause et on continue cette enquête et d'ailleurs, trouver à manger pour tout le monde donc on s'est retrouvé à avoir des plateaux repas offerts par le tribunal, y compris les journalistes qui ont été sympas, et pour tenter, alors on va raconter ça à nous dans un article, on va pouvoir publier cet article Il se trouve qu'il n'y aura pas de suite pour les agents, les gendarmes. Il y a quand même un bout de vérité qui a pu éclater dans cette affaire qui est dramatique et qui a fait des morts, un peu grâce au travail des journalistes.
- Speaker #1
Ok. Et du coup, je te posais une question personnelle. Pourquoi ça t'a passionné ? Là, on voit quand tu racontes les coulisses, forcément, on sent quand même ce côté-là. Qu'est-ce qui te rend fier ou qu'est-ce qui t'a passionné sur cette enquête ?
- Speaker #0
Il y a plusieurs choses. Ce qui est passionnant dans le journalisme et dans l'enquête, c'est qu'on est au cœur des zones de fracture du monde. C'est-à-dire que si j'avais continué mes études de commerce, je ne sais pas, je serais peut-être directeur d'une boutique de vêtements, ce qui est un très beau métier. Mais je travaille sur des trafics d'armes. On voit le monde en...
- Speaker #1
Mais tu es dans les coulisses.
- Speaker #0
On est dans les coulisses et on voit les fractures du monde, on voit ce qui se passe. Et ça, c'est passionnant. Pour moi, il y a quelque chose qui est très important dans le métier que je fais, c'est des choses auxquelles je crois. je me bats pour un monde plus juste. Je me bats pour changer le monde. C'est très prétentieux de dire ça. Je sais que je ne gagnerai pas. Ce n'est pas moi, Mathieu Mollard, qui vais changer le monde. Mais je crois qu'il faut se battre pour changer le monde et que si tout le monde se bat, on changera au moins un peu ce monde pour qu'il soit un peu meilleur, un peu plus égalitaire. C'est tout con. Je pense à mes collègues qui ont raconté l'histoire d'une famille qui vivait dans un logement totalement insalubre avec des... du moisi partout, une mère avec ses enfants, qui dormaient tous dans la même pièce. Et puis, parce qu'il y a eu ce sujet, ils ont eu un logement. Mon collègue Samuel, qui a suivi l'histoire d'une femme qui dormait avec son enfant à la rue, et puis qui a fini par trouver un logement. Et bah oui, ce sujet, il a contribué à changer une vie. Mais c'est déjà énorme. C'est déjà énorme de changer la vie de cette femme et de cet enfant. Et moi, je fais du journalisme, et c'est pour ça que Je trouve que la neutralité journalistique, c'est une connerie. Je préfère être acteur du monde. Alors, ça ne veut pas dire que je dois mentir, faire n'importe quoi, mais je préfère être un acteur qui me bat pour des choses, en disant clairement pourquoi je me bats. Mais je fais du journalisme pour ça, et c'est ça aussi qui compte dans ce métier-là pour moi.
- Speaker #1
Je suis d'accord avec toi. Je ne sais pas si je t'avais raconté, mais avant, je bossais en télé. Et moi, je veux être journaliste depuis que je suis toute petite. Depuis que je sais parler, je veux être journaliste. Donc, c'est vraiment une vocation. Et j'ai fait un burn-out en télé, c'est pour ça que j'ai arrêté et que j'ai lancé mon podcast. Mais je pense qu'en dehors de la charge de travail, c'était aussi que je retrouvais plus de sens à ce que je faisais. Et pour moi, quand on est journaliste, on a envie de changer le monde. On n'y arrive pas après, c'est une autre question. Mais je pense que je trouvais plus de sens dans les médias pour lesquels je travaillais. Et retravailler pour mon podcast et parler des sujets qui m'intéressent, c'est un peu comme ça que j'ai... Je suis retombée amoureuse de mon métier et de l'essence du journalisme.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quand même un sujet où tu t'es dit là, là j'ai servi à quelque chose ? Ou là, au moins, j'ai raconté une histoire qui était importante ?
- Speaker #1
En télé ?
- Speaker #0
Non. Non, jamais ?
- Speaker #1
Non, j'ai été super déçue de comment les médias tradis, ils pouvaient traiter des infos. Et je me suis rendue compte que c'était vraiment une grosse entreprise qui cherchait à tout prix l'audience. Et qui prenait, pour moi en tout cas, qui prenait les gens un peu pour... On parlait de la ménagère, de comment vendre de la publicité, etc. Et on caricaturait beaucoup les gens. Et moi, quand je venais pour dire, je voudrais parler du postpartum chez les femmes parce que c'est quelque chose qui est super important pour moi et que je trouve qu'on n'en parle pas, on me disait, non mais ça, ça ne va intéresser personne. En fait, les hommes à qui j'allais vendre les sujets, c'est souvent des hommes blancs qui sont dans leur tour d'ivoire, etc. Et je n'arrivais pas à vendre les sujets qui m'intéressaient et je n'aimais pas comment traiter en tout cas les sujets dont on parlait. Et forcément, je me disais tout le temps, je vais attendre. Et un jour, je pourrai faire les enquêtes. Et le fait est que le jour où j'ai enfin pu faire un sujet qui me plaisait pour France Télé, sur le handicap, etc., j'étais déjà cramée, en fait. Et du coup, c'est là où j'ai décidé d'émissionner. Et je pense que c'est en retravaillant sur ce podcast où je me suis dit, oui, OK, quand même, mon métier peut avoir du sens. Mais quand j'ai arrêté la télé, j'avais jeté ma télé à la poubelle de provoque. Puisqu'en plus, j'entendais les voix des gens que je connaissais. Mais je trouve que... Et ce qui est intéressant maintenant avec le développement de tous les médias indépendants, de tous les podcasts, c'est ça aussi, c'est de reprendre un peu le pouvoir. On voit beaucoup de journalistes maintenant qui lancent leur chaîne YouTube, etc., justement, et qui ont quitté les médias un peu traduits. Ouais,
- Speaker #0
et puis t'as mis le doigt sur quelque chose qui me semble important. Tu dis, voilà, quand j'allais vendre mes sujets à des hommes blancs qui étaient dans leur tour d'y avoir, faut qu'on fasse attention, et je prends ma part de responsabilité là-dedans, en tant qu'homme blanc, un jour peut-être. dans une grande tour d'ivoire. Pas encore. En fait, il y a quand même un enjeu à ce qu'il y ait une diversité, une pluralité de profils de journalistes. Pourquoi c'est important qu'il y ait des journalistes qui aient plus de femmes, plus de personnes racisées, plus de personnes de milieux populaires, plus de personnes de territoires très ruraux ? C'est parce que c'est des vécus différents. Et donc, quand ils sont confrontés, comprennent le regard des gens. Tu disais que le postpartum, c'est un sujet qui est important, c'est un sujet que tu comprends Un peu parce que t'es une femme quand même. Il y a quand même cette dimension-là qui fait que ça résonne plus chez toi. De la même manière, je parlais tout à l'heure d'une usine qui est en train de fermer. Aujourd'hui, on ouvre la porte, on voit des usines qui ferment. Si le journaliste, son père, était ouvrier dans une usine du même genre... il va comprendre. Ce ne sera pas juste des chiffres. Il va quand même se dire « D'ailleurs, il y a des vies. Et oui, on va nous parler de plan de reclassement. Mais la vérité, c'est que quand tu es dans la Lorraine, entre Metz et Nancy, le plan de reclassement, c'est quoi ? Tu travaillais dans une usine de sidérurgie. Donc, tu faisais de l'acier. Toutes les usines d'acier en France, elles ont presque toutes fermées. Non, il n'y a pas de reclassement. C'est du mensonge. On va vous faire faire des formations et vous allez croiser les doigts pour pouvoir tenir jusqu'à l'âge de la retraite. C'est ça. Mais ça, on le sait aussi parce qu'on vient de ces milieux-là, etc. De la même manière, des personnes racisées, elles ont un rapport différent au propos discriminatoire, etc. Et donc, il y a ces enjeux-là qui sont centraux. Il faut qu'on fasse tous collectivement attention. Et surtout, quand on est en poste à responsabilité, qu'il y ait cette pluralité-là, c'est certain. et... On essaie d'y penser à Streetpress, mais sans être parfait. Et aussi, on a des discussions en interne. Et voilà, c'est bien aussi que tu entends, on dise, attention, c'est important. Ce n'est pas plaisant d'entendre. On n'aime pas toujours être mis en question. Je ne veux pas faire genre, j'adore quand on m'a critiqué, je suis super déconstruit. Non, des fois, ça me fait chier d'être critiqué. Ça ne veut pas dire que ce n'est pas utile.
- Speaker #1
Et vous avez, je crois, c'est ça, 21 journalistes à peu près qui travaillent chez Streetpress ?
- Speaker #0
Oui, Streetpress, il y a 21 salariés. permanent à Streetpress.
- Speaker #1
Plus des freelances, du coup ? Plus des freelances.
- Speaker #0
Juste une quinzaine de freelances chaque mois qui travaillent pour nous. Sur les 21 personnes qui travaillent à Streetpress, il y en a 17, 18 qui sont des journalistes. Après, journaliste, c'est très large. Il faut aussi le rappeler. Voilà. Il y a un peu l'archétype, celui qui fait de l'enquête. C'est ce qu'on imagine quand on se dit journaliste. Mais il y a aussi des gens qui sont caméramans, qui filment. Ce sont ce qu'on appelle des journalistes reporters d'images. Il y a aussi, nous, on a une directrice artistique qui fait les illustrations des articles, qui fait le motion design dans nos vidéos. Donc c'est les petites animations qu'il y a dedans. C'est aussi du journalisme parce que ça permet d'expliciter l'information. Il y a des journalistes sur les réseaux sociaux. Il y a deux personnes qui travaillent à temps plein sur les réseaux sociaux de Street Press. et c'est... hyper importants parce qu'ils vont faire qu'une information qui, à l'écrit, va être lue par 10 000 personnes, je ne sais pas, 15 000 personnes, une enquête écrite, en fait, elle aura sans doute beaucoup plus d'audience dans sa version racontée sur Instagram. Et donc, ce travail-là, journalistique, il est très important.
- Speaker #1
Et comment on finance justement ces équipes-là quand on est en média indépendant, encore plus engagé ? Forcément, je sais que peut-être les collabs avec les marques ou des choses comme ça, ça peut être... compliqué, en tout cas c'est un sujet un peu complexe, je crois que vous faites financer votre média par les dons,
- Speaker #0
c'est ça ? C'est marrant, j'ai écouté un de tes anciens podcasts, peut-être le dernier qui est sorti ou le mec qui était à ma place disait, ben voilà, on a une audience, on s'est dit comment on la monétise, naturellement, la publicité, il disait, voilà, c'est un chemin naturel. Nous, c'est pas un chemin naturel, alors il y a... C'est même pas des questions morales, on veut pas travailler avec les marques. La vérité, c'est que quand on fait de l'enquête sur des néo-nazis ou des violences sexistes et sexuelles, les marques, elles ont pas hyper envie de sponsoriser.
- Speaker #1
Ce qui est dommage, en vrai.
- Speaker #0
Ce qui est dommage, mais la vérité, c'est quand même qu'on a beaucoup de mal. C'est moins sexy. C'est pas sexy. C'est polémique, on va nous dire... C'est bien, bravo les petits jeunes, mais on va pas vous mettre de la pub chez vous. quasiment aucun revenu publicitaire. Donc, il a fallu trouver un autre modèle. Et puis, il y a un autre truc qui était important pour nous, c'est être en accès libre, d'être gratuit. Ce n'est pas le seul modèle. Moi, je ne suis pas anti-payant. Je suis moi-même abonné à plein de médias et je paye. Mais on sait que plein de gens ne dépensent pas de thunes pour acheter de l'information ou n'ont pas les moyens d'acheter de l'information. Donc, on se dit qu'il faut quand même qu'il y ait une info qu'on essaie de qualité et qui soit accessible. par tous. On voulait un média gratuit, en accès libre. Et donc, pendant des années, le modèle économique de Street Press, c'est Yavé. C'est comme toi. Enfin, je crois, tu me diras si je me trompe, une partie du travail qui était de produire des choses pour des entreprises, qui finançait le travail journalistique, qui rapportait peu ou pas de thunes. Je crois que c'est un peu le cas sur ton podcast.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Après, moi, pour l'instant, j'ai choisi de ne pas le monétiser parce que j'ai été tellement emprisonnée en télé que, en fait, pour l'instant, même si des marques viennent me voir, j'ai pas envie. Mais bon,
- Speaker #0
Peut-être que ça va changer. Ça t'appartient. Mais nous, les revenus du média en tant que tel ne couvraient pas du tout les coûts de production du média. Moi,
- Speaker #1
je suis toute seule.
- Speaker #0
Nous, on était déjà quelques-uns. Et puis, un studio comme celui-là, aller faire de l'enquête, quand je dis une enquête, c'est des mois.
- Speaker #1
Oui, sur le long terme,
- Speaker #0
bien sûr. Si on est deux journalistes, ça travaille deux mois sur un sujet. Mais il faut payer les salaires, les frais de déplacement. l'ordinateur, le bureau, l'illustrateur qui fait le dessin, qui illustre l'article, tout ça, ça coûte cher.
- Speaker #1
On ne se rend pas compte à quel point ça coûte cher de faire de l'info et surtout de la bonne info quand on enquête, etc.
- Speaker #0
Nous, à un moment, parce qu'on avait des difficultés avec ce modèle-là, on s'est dit, bon, ce média, Streetpress, il existe, il y a plein de gens qui nous disent que c'est bien, il y a beaucoup de gens qui nous suivent, peut-être qu'on pourrait demander des dons. Et ça a marché. Enfin, au début, ça n'a pas marché, d'ailleurs. La première campagne, ça a flopé. Et puis après, ça a commencé à marcher. aujourd'hui Street Press un peu en gros 21 salariés, des bureaux, des ordinateurs, des frais de déplacement, avec des salaires qui ne sont pas délirants. C'est 1,2 million d'euros. Ça coûte.
- Speaker #1
À l'année ?
- Speaker #0
À l'année. Si l'an prochain, on veut juste refaire ce qu'on a fait cette année, ça nous coûte 1,2 million d'euros. Et sur ce 1,2 million d'euros, il y a à peu près 60% des revenus qui viennent des dons d'électeurs. Et on essaye, on se bat beaucoup, on est en campagne au moment où on enregistre ce podcast, pour essayer de convaincre des gens de nous faire des dons. Parce qu'un petit don ponctuel ou récurrent, alors récurrent ça nous permet d'anticiper, de visibiliser, je vends mes salades,
- Speaker #1
c'est la page publicitaire,
- Speaker #0
ça nous permet d'anticiper. Et voilà, si quelqu'un donne 3 euros par mois, ça nous permet, nous, de se projeter. Petit, petit, petit, petit, il y a 60% de ces 1,2 million d'euros. Pourquoi c'est important que ce soit les dons d'électeurs ? Parce que c'est quoi nos autres sources de revenus ? C'est des fondations. Donc c'est des gens qui ont plus d'argent, qui décident de faire des dons plus conséquents et qui bénéficient d'une défiscalisation au passage, etc. Bref, ces fondations, c'est souvent des gens qui ont beaucoup d'argent. Il n'y en a pas beaucoup qui ont envie de soutenir un média comme le nôtre, malheureusement. Mais il y en a, je les remercie. Et puis, ça, c'est 20%. Et après, il y a 10%, c'est de l'aide publique, et 10%, c'est des revenus commerciaux. Les 10% d'aide publique, on va les perdre.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais dire. En plus, on essaye de les enlever, de ce que j'ai compris.
- Speaker #0
Bah ouais, on se prend des coups de pression parce qu'on travaille beaucoup sur l'extrême droite, et l'extrême droite est de plus en plus puissante. À Bruxelles, au Parlement européen, parce qu'on a une subvention européenne, ils prennent la parole, ils posent des questions pour dire « Mais comment ça se fait que ce média d'extrême gauche soit soutenu par l'argent public européen. Donc c'est une pression. À Paris, à l'Assemblée nationale aussi, ils s'en prennent à nous. Ils s'en prennent même aux gens qui travaillent avec nous. C'est-à-dire qu'il y a eu un amendement qui a été déposé à l'Assemblée nationale pour dire supprimer les subventions de radio, motif, elles travaillent avec Street Press. C'est même pas...
- Speaker #1
On est une maladie.
- Speaker #0
On contamine les gens. Et donc travailler avec nous, c'est une raison suffisante pour, de leur point de vue, enlever une subvention. Alors heureusement, cet amendement a été refusé. Mais on sait que l'extrême droite est... de plus en plus puissants, il y a de moins en moins d'argent dans les caisses de l'État. Donc moi, je pense que l'argent public, on n'en aura plus. C'est déjà pas énorme, mais on n'en aura plus. Et les revenus commerciaux, c'est pas... La folie Bruno ! Donc voilà, ce qui nous garantit notre indépendance, ce qui fait qu'on ne dépend pas des marques, qu'on ne dépend pas des entreprises, qu'on peut enquêter sur ces entreprises, c'est ce qu'on fait, c'est les dons des électeurs. Donc c'est pour ça qu'on a choisi ce modèle-là et que chaque année, on fait une campagne en disant voilà... Là, au début de la campagne, il y avait 6 000 personnes qui nous soutenaient de manière récurrente. Si on veut passer 2026, il faut qu'on soit 7 500. Puis on a plein de projets. Donc si on veut faire plus, parce que moi, j'ai envie qu'on fasse plus de choses, qu'on embauche des nouveaux journalistes, qu'on fasse des documentaires. Oui, j'ai vu,
- Speaker #1
il y avait des documentaires. Formation pour les journalistes aussi, j'ai vu.
- Speaker #0
Oui, des formations gratuites pour les citoyens, pour les journalistes sur l'extrême droite.
- Speaker #1
Un livre aussi, je crois.
- Speaker #0
Un livre d'enquête sur les groupuscules violentes d'extrême droite. une tournée avec... avec plein de copains sur les territoires où l'extrême droite est très implantée, avec la dernière, l'équipe de Guillaume Meurice, on a une date normalement, avec Mediapart, avec Salomé Sacké, avec plein de gens. On essaye de monter des projets pour aussi... On habite à Paris, en banlieue parisienne, mais il ne faut pas qu'on ne soit qu'à Paris. C'est pour ça aussi qu'on essaie de monter des projets partout. Et voilà. Et donc, ça, c'est possible que grâce au soutien des gens.
- Speaker #1
Et dans ce budget-là, j'ai vu que vous parliez d'un budget qui peut étonner, c'est aussi ceux des procès que vous avez. J'ai vu à peu près 50 000 euros l'année dernière, c'est ça ?
- Speaker #0
Ouais, en ce moment, on en a 11 en cours. Hier, on a sorti un article sur encore un mouvement d'extrême droite. Ils ont dit, on va vous attaquer, donc peut-être 12, peut-être qu'il n'y aura pas jusqu'au bout. Avant-hier, c'est vrai, je ne caricature même pas, avant-hier, Sur une autre enquête sur l'extrême droite, on a eu un droit de réponse, c'est-à-dire un courrier envoyé par huissier et donc des frais d'avocat supplémentaires sur est-ce qu'ils comptaient ce qu'on a écrit, nous on maintient tout ce qu'on a écrit, etc. Donc ouais, on a énormément, énormément de procès parce qu'on fait de l'enquête et l'enquête c'est raconter ce qu'on veut nous cacher, donc ça dérange.
- Speaker #1
Et justement, est-ce que c'est ça qu'on appelle les procédures baillon, justement pour vous empêcher en tant que média d'enquêter, et même essayer de vous faire un peu couler pour que vous ne puissiez plus enquêter ?
- Speaker #0
Ben ouais, c'est nous faire perdre du temps, c'est nous faire perdre de l'argent. Ils savent qu'on a souvent moins de moyens qu'eux, et donc voilà, ils nous attaquent, ils nous attaquent.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux expliquer peut-être pour les gens qui écoutent, qui ne savent pas ce que ça veut dire procédure baillon ?
- Speaker #0
En gros, en France, quand on est le sujet d'un article, on peut dire à la justice, je me sens diffamé. Ou voire, dans certains cas, ils vont utiliser des prétextes encore plus tirés par les cheveux pour faire des procès. Je vais donner deux exemples. Il y a quelques années, on a fait une enquête sur du clientélisme, c'est-à-dire un maire socialiste qui, pour convaincre les électeurs de voter pour lui, il disait « moi, si je suis élu, ton club de foot, j'efface les dettes, mais votez pour moi et va dire aux gens de voter pour moi » . Donc ça c'est un peu vendre... essayer d'acheter des voix. Et on a quelqu'un qui a un enregistrement de cette conversation-là. Et donc cet enregistrement, nous, on l'écoute et on fait un article en disant « quand même, il y a un petit problème pour la démocratie dans cette histoire-là » . Ils vont dire « oui, mais cet enregistrement, il est obtenu de manière illégale, pas par nous, on n'a rien fait d'illégal, c'est du recel de quelque chose d'illégal » . Non mais attendez, moi je suis journaliste, point. Oui, mais on a eu deux procès pour ça. Et en fait, à la fin, à toute fin, hop, je me retire. Comme ça, on ne va même pas jusqu'au bout, donc il ne peut pas dire qu'il a perdu un procès. mais nous on a payé c'est normal une avocate dans cette affaire là première affaire,
- Speaker #1
deuxième et en plus il se retient, vous pouvez pas vous faire rembourser vos frais d'avocat et même si on gagne,
- Speaker #0
là sur les 11 procès j'espère qu'on va j'espère qu'on va les gagner les 11 et j'ai bon espoir parce qu'on fait un travail sérieux et rigoureux mais depuis le début de l'histoire de Street Press on a eu des dizaines et des dizaines de procès jamais on a été remboursé de Merci. 1 euro sur les frais de justice. Quand bien même, on gagne nos procès. Parce qu'en fait, il faut que ce soit une décision supplémentaire de la justice qui dit, bon, ok, j'oblige à ce qu'on vous rembourse vos frais de justice. Ça n'arrive quasiment jamais, et donc, c'est à perte, même quand on gagne nos procès.
- Speaker #1
Ok, oui, donc c'est vraiment, du coup, c'est partie vraiment de vos budgets.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est un budget fixe à l'année, et puis il y a les procès, et puis il y a faire relire les articles pour éviter d'en avoir aussi.
- Speaker #1
Du coup, par des...
- Speaker #0
Des avocats. Il y a des articles, nos enquêtes. Avant, c'est le cas aussi à la télé. Quand vous regardez Cache Investigation, complément d'enquête, des médias qui font de l'enquête à la télé, le sujet est regardé à chaque fois par des avocats pour vérifier qu'il n'y a rien qui mettrait en difficulté le média.
- Speaker #1
Et tu parles de procès. Est-ce que tu as aussi des répercussions qui peuvent être un peu aussi... personnel quand tu enquêtes par exemple contre l'extrême droite que toi t'as déjà eu ou t'as régulièrement des menaces ouais on a régulièrement des menaces des insultes et des menaces toutes les semaines en vérité il y a plusieurs choses,
- Speaker #0
il y a des fois quelqu'un sur les réseaux sociaux qui vient nous insulter ou un commentaire sous une vidéo bon je regarde même pas je leur donne pas l'heure et on s'en fout et puis il y a des moments où il y a des raids, c'est à dire que Merci. Parce qu'on a sorti une enquête qui les secouait particulièrement. On va avoir des menaces, ça peut être des milliers de menaces en quelques heures qui vont toucher. Et puis, des fois, ils vont aussi essayer de trouver nos proches. Et ça m'est arrivé, et c'est arrivé à plusieurs collègues de l'équipe, où ils vont identifier des gens comme étant des membres de nos familles. Et ils vont tenir des propos injurieux ou menaçants, menaçant de tuer des membres de notre famille. Ça, forcément, ça nous atteint un petit peu. Et puis, il y a ça. Et puis, il y a des fois où il y a la vraie vie. Ça, c'est Internet, c'est des paroles. On peut se dire, OK, mais quand ils disent, tiens, vous organisez tel événement là, on note bien la date, un rendez-vous. Moi, ça m'est arrivé aussi, et c'est déjà arrivé qu'ils viennent à des événements organisés par Streetpress, des militants néo-nazis, de groupes qui ont été interdits, qui sont déplacés à des événements. Donc on fait attention, on prend des dispositions, parce qu'il faut que tous les gens qui viennent à nos soirées soient en sécurité, donc on fait ce qu'il faut. Ça coûte des sous encore. Et par ailleurs, il y a aussi, je me souviens, il y a quelques années, je vais en déplacement pour participer à une table ronde, et quelqu'un sur les réseaux sociaux me dit « Ah, tu viens dans ma ville ? » Ben j'espère qu'on va se croiser, trois petits points. C'est pas une menace, mais quand c'est dans une ville un peu plus petite, et le pire c'est que je l'ai croisé dans la rue, et il s'est rabassé. Mais... Je me dis « Ah putain, j'y vais et tout. » Et je préviens les organisateurs qui mettent de la sécurité supplémentaire, machin. Et le lendemain, j'avais dormi chez un pote, le lendemain, je vais au marché avec mon pote. Et là, dans la rue, je croise le mec. Et on se regarde. Clairement, il me reconnaît. Je me dis « Oh non, là, c'est le marché, c'est le matin. » Déjà, je n'aime pas spécialement, et ça ne m'est jamais arrivé dans un cadre professionnel, de me bagarrer. Et puis, j'ai passé l'âge. Et puis, c'est dans tous les cas très mal. Et vraiment, je ne suis pas dans un truc de « vas-y, viens » . Et là, je me dis « non, mais là, on ne peut pas me faire embrouiller à 9h du matin au marché. » Il m'a regardé comme ça, puis il ne s'est rien passé. Mais ça nous pèse, ces trucs-là.
- Speaker #1
Ouais, c'est ce que j'allais dire, comment tu le vis au quotidien ?
- Speaker #0
D'abord, moi j'essaie d'en rire. Heureusement, j'ai la chance d'habiter dans un ancien Saint-Denis, je ne vais pas en dire plus, où la présence de l'extrême droite est extrêmement faible. Donc les risques, je les croise en sortant de ma boulangerie, sont quand même extrêmement faibles. Ça, ça contribue. Et je discutais avec une journaliste, comme ça s'attrait à sa vie privée, je ne vais pas donner ce nom. qui est très impliqué sur ces sujets et qui disait, quand j'ai choisi où j'habitais, ça a été un sujet. Est-ce qu'en sortant de chez moi, j'ai un risque de croiser quelqu'un ? Et puis, ça, ça aide. J'essaie d'en rire, j'ai la chance d'avoir des proches qui, je me souviens, à un moment, je fais face à une campagne de harcèlement assez important et les médias nationaux se mettent à en parler du fait que je suis menacé de mort et donc avant... que les articles sortent, j'appelle mes parents, mes grands-parents, enfin c'est lunaire, allô mamie, demain en allumant la radio, tu vas peut-être entendre que je suis menacé de mort, mais t'inquiète pas, tout va bien. Et la réaction de mes parents a été très belle, ils m'ont dit tu sais, on s'y attendait. Et donc tout le monde me soutient, j'ai cette chance-là, donc on fait attention, et puis j'ai la chance, et ça c'est très important par rapport à... Mathieu que tu invitais dans un autre podcast qui lui, comme toi, est tout seul. Tu vois, je sais pas si toi, tu me diras si toi aussi, des fois, tu reçois des propos. Étant une femme, je présuppose malheureusement que t'as des propos sexistes. T'es toute seule. Lui, il est tout seul. Moi, j'ai une équipe avec moi. Et ça, ça change tout. Ça veut dire que j'ai des gens avec qui rigoler. Ça veut dire... À qui en parler. Ça veut dire aussi que quand j'ai un problème, en fait, j'ai une avocate. qui est payé par mon entreprise où je ne me dis pas est-ce que je fais ça non je ne me pose pas la question et le fait d'avoir une avocate ça change plein de choses, par exemple quand je porte plainte ça m'est arrivé, je ne le fais pas souvent mais quand les menaces sont les plus sérieuses de porter plainte, je ne me déplace pas au commissariat, je n'attends pas 4h dans un fauteuil en me disant est-ce que le policier va bien comprendre la situation ou pas vraiment non, en fait j'ai une avocate qui écrit un courrier au procureur de la république directement qui fait qu'elle saisit le procureur et elle m'évite ce moment et cet inconfort-là. Et ça ne me coûte pas un euro. Et je disais, on a 11 procès. Moi, ce n'est pas l'argent de ma poche. Tout ça, c'est une sécurité qui est possible grâce au collectif. Et c'est pour ça que les médias, c'est important. Et moi, je soutiens tous les gens qui font du journalisme sur YouTube, etc. Mais ce n'est pas pareil. Pas que c'est moins bien, mais pour eux, ce ne sera pas pareil. Parce que demain... Quand des journalistes youtubeurs, il y en a qui font de l'enquête aujourd'hui, il y en a qui traitent de sujets complexes, et bravo, ils font du super taf. Demain, quand ils seront face à une multinationale, en fait, plus t'es un petit bateau, plus t'es fragile. Et donc, d'ailleurs, déjà, il faut qu'on soit solidaires d'eux. C'est important qu'on les défende, qu'on soit solidaires d'eux, qu'ils ne soient pas tout seuls. Et ensuite, il faut trouver des moyens de se défendre. Et le collectif en est un.
- Speaker #1
Justement je t'entendais parler aussi Tu parlais de ça pour les journalistes quand ils sont tout seuls Mais même pour les médias indépendants Toi tu conseilles aussi souvent et vous faites des enquêtes Souvent à plusieurs médias aussi indépendants
- Speaker #0
Ouais on travaille parce qu'ensemble on est plus fort Je pense pas qu'il faut qu'il y ait un seul média indépendant Qu'on fusionne tous C'est pas parce qu'on est indépendant qu'on est pareil Des fois on a pas le même regard Puis des fois en plus même on enquête les uns sur les autres Et c'est ça C'est ça J'ai, j'ai. J'ai un de mes collègues qui avait enquêté sur le rédacteur en chef de Politis. Et depuis, il nous arrivait de travailler avec Politis. Mais il y avait un enjeu démocratique de dire que là, il y avait un problème où il était impliqué. Et Politis a été exemplaire dans cette affaire-là, puisqu'ils ont poussé vers la sortie ce rédacteur en chef qui était impliqué dans une arnaque aux demandeurs d'asile. Donc, c'est un truc un peu sordide. Mais on fait des enquêtes ensemble. On a travaillé avec Mediapart, on a travaillé avec Blast, on a travaillé avec Reflet, on a travaillé... On travaille les uns avec les autres et ça nous permet d'être plus solide, d'être plus fort, de dégager plus de temps et de ne pas faire concurrence aussi des fois. Parce que dans les médias, il y a aussi la course à qui sort le premier. Et je crois parce que nous aussi, on est des fois dans cette course, je ne vais pas mentir aux gens, parce que quand tu sors une info une demi-heure après les autres, ceux qui vont retirer le bénéfice de cette info, c'est les premiers. Alors que bon, en fait, tu travailles en même temps.
- Speaker #1
Oui. J'ai une question un peu plus large, mais pour... Je me demandais ce que tu penses globalement de l'avenir des médias en France. Est-ce que tu as un point de vue plutôt positif ? Parce que parfois, quand on t'écoute parler pendant les tables rondes, il y a plein de choses à dire. Mais tu penses quoi ? C'est quoi pour toi l'avenir des médias là en ce moment ?
- Speaker #0
Mais toi qui vois des journalistes dans ton fauteuil régulièrement, toi t'en penses quoi ? Donne-moi ton avis, après je te donnerai le mien.
- Speaker #1
Moi je vois, mais après c'est parce que ça parle de mon histoire aussi, vu que c'est mon podcast, mais moi je vois quand même beaucoup de journalistes qui ont un peu le même parcours que moi et qui se lancent à leur compte ou dans des médias indépendants. Donc moi forcément je crois beaucoup à ces médias-là. et je pense que c'est super important et de se développer sur le digital mais je pense que ça manque aussi de beaucoup de régulation sur le digital et ça je pense que c'est un problème de plus en plus important mais moi forcément j'ai envie de me développer plus là-dedans mais c'est surtout ça mon constat c'est de voir beaucoup de journalistes qui quittent les médias tradis donc je me dis qu'il y a forcément un problème sur ce sujet-là
- Speaker #0
Moi je pense que le paysage médiatique est en changement très important, il y a eu un grand changement. Il y a des périodes où il n'y a pas beaucoup de changements, il y a des périodes où il y a beaucoup de changements. On est dans une période où ça change beaucoup.
- Speaker #1
Je pense que justement, on est aussi un peu tous en train de réinventer le métier et parfois, ce n'est pas facile de savoir où aller. Tu parlais de comment financer un média quand tu es un média indépendant ou quand tu travailles tout seul. Tous ces sujets-là, je pense que chaque journaliste à qui je parle dans le podcast a un avis différent, donc c'est super intéressant. En fait, on n'a pas trop de modèles. Ça n'existait pas avant, donc on se réinvente tous.
- Speaker #0
Avec mon grand âge, ça fait plus de dix ans que je travaille dans la presse indépendante. Je me souviens, quand j'étais étudiant, on disait, et les profs nous disaient, non mais, on n'a pas trouvé le modèle. Et on cherchait la pierre philosophale, le modèle. Moi, je ne crois pas qu'il y ait un modèle. Il y a des modèles et des modèles adaptés à chacun, à chaque média, qui sont difficiles à trouver par ailleurs, mais Mediapart, a un modèle, c'est-à-dire qu'ils font de l'abonnement, 100% d'abonnement aujourd'hui, Mediapart, c'est 150 salariés. Il y a le don, comme Streetpress, mais aussi Reporter, Blast, qui aujourd'hui, nous, on lève quand même des centaines de milliers d'euros en dons, Streetpress, Blast, c'est plus que nous, Reporter, c'est plus que nous, il y en a plein d'autres derrière nous aussi qui lèvent pas mal d'argent, donc c'est un vrai modèle économique. Et d'ailleurs, quand on croise des gens un peu de la presse traditionnelle, ils disent « Ah, le don ! » Genre un peu c'est mignon. Là, on commence à parler d'un vrai PME, d'un vrai business. Ensuite, il y a des médias qui vendent à des professionnels. Il y a un média qui s'appelle Contexte, qui est très peu connu du grand public et qui est un média qui s'intéresse au pouvoir, donc au cabinet ministériel, aux grandes postes dans des entreprises. sont 100% indépendants, c'est-à-dire que le capital appartient uniquement aux journalistes et aux salariés, pas que journalistes du média, à 100%. Ils sont 150 dans ce média. C'est indépendant, ils n'appartiennent pas à un groupe. Donc il y a plein de modèles différents. Pour revenir à comment je vois le paysage médiatique évoluer, avant, il y avait des médias qui appartenaient à l'État et qui étaient financés par les impôts et des médias qui appartenaient Merci. à des grands groupes de presse qui, pendant des années, ont rapporté de l'argent grâce aux abonnements et à la publicité, puis qui ont perdu des abonnés, ont perdu des revenus publicitaires et donc sont devenus dépendants du propriétaire. C'est-à-dire que l'actionnaire majoritaire devait mettre de l'argent à la fin de l'année pour boucher les troncs. Cet actionnaire, s'il est propriétaire d'un média, sait qu'il est très très riche. Donc on avait Martin Bouygues, dont le métier, c'est de faire des parkings et des prisons. qui était propriétaire, qui est toujours propriétaire de chaînes de télévision. On a Dassault, la famille Dassault, dont le métier, c'est de faire des avions de guerre, qui est propriétaire de Média. Vous pensez que quand on est propriétaire d'une entreprise dont le business, c'est de vendre des avions de guerre, est-ce qu'on s'indigne du fait que la France vende des avions de guerre à des pays pas très démocratiques ?
- Speaker #1
Of course not.
- Speaker #0
Bah voilà. Donc en fait, ça, ça pose un problème. Et ça... Les gens, ils s'en rendent compte. Donc, ces médias-là, ils marchent de moins en moins. Ce n'est pas la seule raison, mais c'est une des raisons. Ce qui va arriver, c'est qu'il va rester quelques médias comme ça qui sont aux mains de milliardaires, qui sont prêts à perdre de l'argent parce qu'ils ont un intérêt à ça. Faire passer un message politique, c'est Bolloré. Faire de la pub pour leur business, ça va être par exemple un Bernard Arnault. Ou s'ouvrir les portes du pouvoir, parce que quand on est propriétaire d'un média très influent... Les politiques sont un peu obligées de nous recevoir. Ça, c'est par exemple Kretinsky, qui est propriétaire de Elle, le journal féminin. Mais ça marche de moins en moins, ces business-là. Après, il va y avoir des médias un peu statutaires. Le Monde. Le journal de référence. Voilà, c'est ce que j'allais dire. C'est un super journal. J'adore le monde. C'est de très grande qualité. Mais dans la tête des gens, c'est le journal de référence.
- Speaker #1
Celui qui est neutre, c'est plus souvent celui-là.
- Speaker #0
Oui, et puis qualitatif. C'est vrai qu'il fait super journaliste. Donc, quand on doit choisir un média auquel s'abonner, quand on ne sait pas trop, on finit souvent sur le monde. Donc, le monde, ça a resté. Puis après, tous ceux qui étaient un peu plus faibles, ils sont en train de crever. C'est triste, mais les hebdomadaires d'actualité, il y en a de moins en moins. et donc tous ceux-là ils vont ils sont en train de disparaître et il va rester des niches des médias spécialisés qui parlent à une audience qui est passionnée d'un truc et qui est prête à payer pour avoir de l'information de qualité sur ce sujet ou qui a un intérêt c'est la presse économique pourquoi la presse économique s'en sort à peu près parce que quand on est patron et qu'on investit on a besoin de bonnes infos pour pas faire de mauvais investissements donc on est prêt à payer pour ça et on veut que la presse soit de qualité parce que si c'est trop merdique on va faire des erreurs je pense que si je crois que j'ai écouté un
- Speaker #1
un podcast de Gaspard G qui disait que lui qui est youtubeur, qui fait l'info sur Youtube et qui maintenant a sa boîte de prod aussi, qui produit d'autres youtubeurs, qui disait que lui pensait qu'aussi la presse allait devenir beaucoup plus incarnée, c'est ce qu'on voit aussi sur les réseaux, avant on parlait du monde mais le monde il est pas incarné par ses journalistes et je pense qu'aujourd'hui aussi les gens ils ont envie d'avoir des gens qui leur parlent et que ce soit beaucoup plus incarné, beaucoup plus peut-être authentique en tout cas ou qu'il y ait rétablir une forme de confiance
- Speaker #0
Oui, et puis des gens qui leur ressemblent dans tous les sens du terme, c'est-à-dire des gens qui leur ressemblent physiquement d'une certaine manière. C'est pour ça qu'on en parlait tout à l'heure, plus de femmes, plus de personnes racisées, plus de profils différents dans les médias. Et puis aussi des gens qui ont un peu leur point de vue. Et c'est aussi là où les médias indépendants sont en train de grandir et je crois qu'on a un espace, c'est qu'il y a tout un tas de gens qui ne se reconnaissent pas trop dans les visages qu'ils voient. sur les chaînes de télévision, et les propos tenus, la façon d'interroger les hommes politiques qu'on a quand on regarde TF1, France 2, France Inter, qui a des qualités. Mais il y a des gens qui disent, je reprends mon histoire d'usine qui ferme, quand on est un ouvrier dans une usine qui ferme et que le patron est invité dans la matinale de France Inter, ou le ministre de l'économie est invité dans la matinale de France Inter. On dit, bonjour monsieur, comment allez-vous ? Tout va bien ? Vous avez fait un bon trajet ? Les gens sont là, mais attends, ce mec vient de me virer. où ce mec-là, il ne fait rien, alors que ma vie, elle est en jeu, ce n'est pas possible. Et donc, ils ont envie aussi d'avoir des médias qui un peu... Et donc, on devient, nous, médias indépendants, un peu aussi des porte-voix dans notre façon de faire et de travailler. Et c'est pour ça qu'il y a une place pour ça et que le paysage médiatique, il est en train de changer avec des choses qui se cassent la gueule et d'autres choses qui grandissent.
- Speaker #1
On arrive bientôt sur la fin du podcast. Est-ce que qui tu aimerais écouter à ce micro ? Tu m'as dit que tu écoutais le podcast, donc je suis ravie.
- Speaker #0
Je pense que tu devrais inviter Someboy d'Histoire Crépue.
- Speaker #1
Ok, oui, je le connais.
- Speaker #0
Parce qu'au fil de cette conversation, on a beaucoup parlé de nouveaux visages qui racontaient les choses autrement. Je pense que ce média qui s'est lancé, en tout cas qui a explosé il y a deux ans, c'est une vraie façon... de regarder le monde qui est différent, en disant, ben voilà, il y a des gens qui ont une histoire personnelle qui est différente, qui sont racisés, donc qui subissent des choses qui sont différentes, qui ont aussi un vécu familial qui est lié à l'histoire coloniale de la France, plein de choses. Ils mettent ces sujets dans le débat public, qui étaient des impensés totals du débat public, et s'il y a un média qui a rajouté un truc un peu différent, là, ces dernières années, parce que les médias indés, ben on commence à vieillir. Mediapart voilà alors Blast c'est un peu plus récent mais quand même on commence à être installé dans le paysage donc c'est pas nouveau ce qu'on fait lui c'est nouveau et donc tu vois pour avoir un regard une réflexion différente sur les médias
- Speaker #1
Sunboy d'Histoire Crépue ok je note et si les gens qui nous écoutent ils ont envie de te retrouver ou s'ils ont envie de participer justement en ce moment à votre c'est quoi on dit collecte c'est ça ?
- Speaker #0
campagne campagne ouais c'est une collecte Merci.
- Speaker #1
campagne où est-ce qu'ils te retrouvent ? où est-ce qu'ils peuvent participer ?
- Speaker #0
streetpress.com il y aura un pop-up qui va les agresser et on est sur Youtube j'ai invité dans un podcast et j'imagine que si les gens regardent là et qu'ils sont à la fin de cette émission c'est qu'ils aiment les podcasts on a fait un format de podcast sur la bataille culturelle contre l'extrême droite
- Speaker #1
qui était très cool avec Mélissa Amnerist Mélissa Amnerist,
- Speaker #0
Karine Fouteau la directrice de Mediapart, Jean Morel le fondateur de Grunt, Média Rap official de Rap Anas Daif qui est un notamment auteur et podcaster qui est très intéressant et Sarah Durieux pareil qui est autrice, voilà allez écouter cette émission ça vous dira un peu ce qu'est Streetpress, quel est notre regard sur le monde Et on parle aussi des projets qu'on a. Donc, vous aurez une capsule comme ça d'une heure qui peut-être vous donnera envie d'aller plus loin.
- Speaker #1
Super. Merci, Mathieu, pour cet épisode et pour le partage. N'hésitez pas, du coup, à aller participer à la campagne de Streetpress. C'est important de soutenir les médias indépendants.
- Speaker #0
Merci pour l'invitation. Et puis, abonnez-vous à cette chaîne. Likez, commentez. On est tributaires des algorithmes. On se dit, ouais, ça ne sert à rien. Mais si vous êtes arrivé jusque-là, La vérité des statistiques, c'est que la majorité des gens ne vont pas à la fin des émissions. Si vous êtes arrivé jusque-là, c'est que vous avez vraiment été captivé. Donc, mettez un commentaire.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Si l'épisode t'a plu, parle-en autour de toi. Mets un commentaire, tu le sais, ça m'aide beaucoup. Et si tu veux soutenir Mathieu et Street Press, le lien est dans ma bio. Merci d'avoir écouté et à très vite pour un nouvel épisode.