- Speaker #0
Oui, chaque retour, même si pour un documentaire, tu peux en avoir des centaines. Là, chaque phrase, chaque truc, ça va être décuplé. Et après, c'est aussi d'avoir un peu, parfois, je ne sais pas si le mot, c'est humilité, mais quand tu vois le projet de tes amis à toi, tu les regardes, tu supportes. Mais eux, tu sais que c'est le moment le plus important de leur life. Soit c'est une story que tu vas liker, partager. C'est le jeu. Oui, OK. Merci.
- Speaker #1
encore je vous ai pris une table parce que quand on est sur les canapés on est plus à l'aise mais après on se regrette Ouais, non, c'est cool. Moi aussi, après, à chaque fois, maintenant que je vois des gens qui lancent des projets, j'ai pas la même approche. Je suis toujours là, genre, allez, courage ! Parce que tu sais que c'est important. Alors qu'avant, tu n'as pas tendance à t'abonner parce que tu te rends compte que c'est super important pour les gens.
- Speaker #0
Oui, mais alors que, franchement, des fois, t'en viens même, je sais pas si t'as déjà fait ça, avoir un ressentiment envers des amis, mais là, vous likez même pas. Ça vous coûte rien du tout, tu vois ?
- Speaker #1
Ça m'arrive tout le temps. De toute façon, ce n'est pas vraiment mes potes.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Tu avais ce que tu voulais.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
De toute façon, on va en parler. Je mets mon téléphone. Écoute, c'est good. Trop bien, ready ?
- Speaker #0
Yes.
- Speaker #1
T'as ton verre d'eau, c'est bon si t'as besoin ?
- Speaker #0
Je vais finir, ne t'inquiète pas, je vais au pire.
- Speaker #1
Bienvenue Roberto sur le podcast, je suis trop trop contente de te recevoir aujourd'hui. J'ai vu un peu en avant-première ton premier... documentaire qui va sortir sur Youtube j'ai lu aussi ton livre donc on va parler de plein de choses, j'étais invitée sur le podcast parce que ton histoire elle m'a beaucoup parlé, on a un peu un parcours en commun et des réflexions sur le monde des médias donc j'avais envie de t'inviter invité et on parlera mais tu as ton premier documentaire qui sort pour nous, ça serait demain mais un peu plus tard quand sera diffusé le podcast le 2 avril. Bienvenue sur le podcast et est-ce que tu peux peut-être te présenter pour les gens qui ne te connaissent pas ?
- Speaker #0
Oui bien sûr et merci de m'avoir invité. Je vais me présenter, je vais te parler du métier en premier, c'est intéressant mais moi je suis journaliste et en soi j'ai aujourd'hui plusieurs casquettes parce que je suis journaliste, réalisateur, écrivain et photographe aussi Mais à la base, mon travail... pour le comprendre en quelques mots, c'est vraiment... Moi, je viens du journalisme, j'ai fait une école de journalisme, j'ai fait beaucoup de reportages et de documentaires pour la télé, pour Envoyé spécial, pour Complément d'enquête, pour à peu près plein d'autres formats, sur M6 aussi, pour TF1, pour la RTS. Et à un moment, j'ai ressenti le besoin de vivre autre chose, et qui a découlé sur le besoin de raconter autre chose. Et donc, mon travail se focus aujourd'hui beaucoup sur des immersions dans des communautés dans le monde, mais c'est Merci. vraiment venu d'une envie personnelle avant d'une envie de travail et là ce premier documentaire c'est sur une immersion avec des bergers nomades en Mongolie et donc c'est la première fois que je m'attaque à Youtube avec un format beaucoup plus libre que ce que je connais en télé donc ça sera sorti mais au moment où j'en parle là je suis encore un peu excité et tendu de la sortie.
- Speaker #1
Trop bien, tu vas nous raconter, j'avais envie de te dire et quand on s'est parlé pour que je t'invite sur le podcast je t'ai dit bienvenue sur Youtube après je me suis dit mais je me prends pour Squeezie mais je trouve ça trop cool on se gué... que tu rentres dans ce monde-là et j'ai hâte que tu sortes ta vidéo et que tu puisses en faire plein. J'avais envie de te demander, je demande souvent aux gens que je reçois parce que moi, par exemple, le métier de journaliste, ça a été une vocation depuis toute petite, je crois depuis que je sais parler, je veux être journaliste. J'en parle tout le temps, mais j'écris mon journal en classe de CP, le journal des marmottes, j'étais vraiment à fond. Est-ce que c'est quelque chose, est-ce que c'est une vocation pour toi, le fait d'être journaliste ?
- Speaker #0
Complètement. Je ne sais pas si ça a commencé aussitôt que toi, mais ça a commencé tôt. Ça a commencé tôt. Alors déjà, j'ai toujours aimé écrire et raconter des histoires. Ça, c'est vraiment... Peut-être depuis que je sais écrire, depuis que je suis tout petit, j'écrivais tout le temps des histoires et tout. Et j'adorais la réaction que ça pouvait avoir quand quelqu'un le lisait. Et le moment où le journalisme est arrivé, c'est un peu en deux périodes. Mon premier souvenir de vraiment envie pure de journalisme, j'étais en cinquième et j'avais une carte de presse de mon collège. Et j'écrivais des articles pour le blog du collège. Là, je pense que c'est pas là. envie de raconter des histoires et après le moment s'est vraiment formalisé et je me suis dit tu veux faire ça de ta vie en mode métier j'avais 15 ans et quand j'ai commencé à comprendre ce que c'était, c'est à dire un métier où non seulement tu racontes des histoires mais le but c'est d'informer d'autres personnes, toutes les histoires que tu racontes elles sont vraies et pour avoir à les raconter ça veut dire que toi en tant que journaliste tu pars voir des gens ça parait simple, un peu abstrait de dire voir des gens rencontrés mais c'est ça la base de ce taf là et depuis mes 15 ans ça a été ça, je me suis dit je veux faire ce métier et ensuite j'ai... j'ai tout fait tout droit pour aller là-dedans
- Speaker #1
Et je crois que tu es devenue réalisateur pour, tu disais par exemple, un voyage spécial, etc. Super jeune. Ça m'a surpris parce que souvent, c'est un peu un long processus pour arriver à réaliser des reportages dans les médias. Comment ça se fait que tu es devenue journaliste réalisateur pour des émissions un peu emblématiques aussi jeunes ?
- Speaker #0
Je pense que c'était le fruit de plein de circonstances. Moi, je pense que journaliste, c'est un métier qui fonctionne beaucoup par accident. Tu as un moment, quelqu'un qui n'est pas disponible, et donc tu le remplaces, etc. mais de manière très très... concrètes. Donc ça faisait un an que j'étais sorti d'école de journalisme et je savais déjà que c'était l'investigation qui m'intéressait, en tout cas faire des reportages pour la télé, des longs formats. Donc j'avais fait des stages là-dedans, les contacts que j'avais que j'essayais de me faire à Paris, je n'ai pas de Paris mais que je venais de me faire à Paris, c'était là-dedans. Et à un moment, je cherchais un job, ce qu'on appelle d'enquêteur, donc pour les gens qui ne connaissent pas, il y a un réalisateur qui est vraiment la personne qui gère tout de A à Z. L'enquêteur, c'est avant, même si on reste toujours enquêteur. C'est juste qu'on ne va pas sur le terrain, généralement.
- Speaker #1
On aide les réalisateurs. Moi, j'ai fait ça aussi pendant deux ans.
- Speaker #0
Pendant un an, je faisais tous les jobs d'enquêteur possibles, des piges, etc., où tu connais, tu cherches des idées de sujets, on te demande d'aller contacter un tel, tu contactes un tel, tu fais beaucoup de casting aussi.
- Speaker #1
C'est ultra formateur, mais c'est ultra frustrant. Quand ton rêve, c'est d'être sur le terrain, c'est très, très long. Quand tu es à ce stade-là, tu as tellement envie d'être réalisateur.
- Speaker #0
C'est ça, il y a un pool d'enquêteurs, de gens qui parlent. parfois durent 5, 6, 7, 8 ans et ont leur frustration de jamais arriver sur le terrain. Et moi, je savais que je voulais me confronter au terrain et donc je suis embauché dans une société de production comme enquêteur et avec l'idée que peut-être au bout d'un moment, c'est le prolongement logique. Et en fait, la productrice à qui je dois ça, qui s'appelle Stéphanie Lebrun, elle me dit un jour, elle me fait enquêter sur un envoyé spécial, mais je n'allais pas du tout le faire, elle me fait enquêter dessus et elle me dit à un moment écoute on a proposé plein de noms à France 2 donc il doit valider qui va réaliser le sujet on a proposé plein de noms et visiblement ça les a pas convaincus alors que c'était des gens qui connaissaient donc ils ont dit on va proposer le tien elle elle s'est portée garante donc je lui dois vraiment ça parce qu'elle s'est portée garante c'est ça de dire non mais ça va le faire avec moi qui n'avais jamais fait de choses comme ça et il se trouve il y a toujours le miracle du truc il se trouve qu'ils ont dit ok pour quelqu'un qui ne connaissait pas plutôt que quelqu'un qui connaissait mais c'était avec qui ils n'avaient pas envie de travailler et donc je fais ce premier sujet moi je suis dans ma tête je ne savais pas du tout si j'allais en faire un autre ou quoi que ce soit après je suis dans ma tête ok c'est peut-être la seule fois de ma vie que je vais faire ça et en fait c'est ça qui m'a mis le pied dedans et donc depuis j'avais 22 ans effectivement et après je n'ai cessé d'être réalisateur mais ça s'est fait sur quelqu'un à un moment qui je pense des opportunités et cette phrase qu'elle m'avait dit qui m'a beaucoup marqué en me disant je pense que tu es prêt pour réaliser et moi je ne le savais pas que j'étais prêt et ça aussi on le doit dans nos parcours c'est quand même, ça fonctionne tellement écosystème que ça passe quand même par des gens qui à un moment voient un truc que vous savez pas que vous avez à ce moment là et après par contre il faut travailler il faut être au rendez-vous de ces chances là parce que l'inverse existe aussi de pas être au rendez-vous de certaines chances dans ce milieu là en général ça te rate pas si tu te rates c'est très difficile après on
- Speaker #1
travaille aussi sur un nom donc après une fois que tu t'es raté de montrer que tu peux en faire mieux c'est pas tout le temps facile mais trop intéressant c'est trop cool et t'as fait quoi alors comme type de sujet un sujet un peu emblématique que tu as pu faire qui t'a marqué ?
- Speaker #0
à l'époque franchement c'est mes premiers sujets parce que c'était sur les squats et en gros à l'époque c'était en 2020 on parlait beaucoup des squats dans les résidences secondaires et donc il y avait une sorte de trou dans la loi pour faire simple qui faisait que si votre maison était squattée pendant 2 jours et que vous n'étiez pas dedans résidence secondaire c'était impossible de la récupérer et il fallait que ça parte en justice ça a duré des années des situations qui étaient complètement absurdes, de gens qui passaient devant leur maison mais ils ne pouvaient plus rentrer dedans. Ça donnait tout ça. L'idée ne venait pas de moi. C'était une enquête là-dessus. Pour moi, c'est emblématique. Aujourd'hui, j'essaie de me détacher de ça. Maintenant, j'ai fait tellement de choses qui sont différentes. Pendant au moins deux ans, on me renvoyait constamment à ce sujet-là. Mais j'ai eu la chance de faire un sujet qui a été vu. Ça me dépasse moins. C'est la nature de l'information. qui mettait le doigt sur un truc. qui paraissait tellement absurde que ça générait beaucoup de réactions très vives chez les gens. Et c'est un sujet, parce qu'il y en avait d'autres à l'époque aussi, dont beaucoup de personnes se sont emparées au niveau politique, au niveau associatif. Mon premier sujet se terminait un peu sur un cliffhanger parce qu'il y avait une dame qui ne pouvait pas retrouver sa maison et qui allait se retrouver obligée à cohabiter avec le squatter. Et ça, ça a fait qu'Envoyé Spécial a demandé à faire une suite à ce sujet-là, puis à faire une suite à la suite. C'est emblématique dans mon parcours à mes débuts, parce que je pense que là aussi, j'aurais pu faire un premier sujet qui passe inaperçu. Et là où je dis aussi que c'est emblématique, c'est que j'ai fait plein d'autres sujets qui, pour le coup, ont disparu à la seconde où ils ont été publiés. Mais là, ça a duré quand même pendant plusieurs mois, et je me suis fait les dents, on va dire, dessus.
- Speaker #1
Et du coup, quand tu nous racontes un peu ce reportage, ce premier reportage et tout ce que tu as fait après, on voit quand même que tu es passionnée et que tu réussis aussi à trouver du sens quand tu fais ce genre de reportage à ton métier. Et pourtant, ensuite, tu dis que tu as eu besoin de partir, d'arrêter ton travail pour partir à toi, un peu à l'aventure et faire un peu le tour du monde. Je crois que dans ton livre, je ne sais plus le mot exactement que tu utilises, mais tu dis que la vocation... de journaliste, ça peut aussi être comme une malédiction. Qu'est-ce que ton travail a pu t'apporter ? Je ne sais pas si c'est que ton travail, c'est peut-être aussi ton mode de vie, etc. Toi, Paris, mais qu'est-ce qui fait que tu as eu envie un jour d'arrêter ?
- Speaker #0
effectivement je dis que c'est une malédiction parce que j'aurais bien aimé avoir envie de faire d'autres choses parfois, et quand je dis ça les gens ils me croient pas ils me disent mais non, comme toi j'imagine aussi qui est complètement passionné dans ce que tu fais et même quand on en a marre on se dit en fait je ne me vois pas faire autre chose donc c'est peut-être dans ce sens là que je dis malédiction écoute ce qui s'est passé je pense donc ça a duré, il y a eu ce premier sujet ensuite ça a duré pendant deux ans où j'ai fait plein d'autres sujets aussi, et pas que de l'investigation, d'ailleurs, vraiment, je faisais un peu de tout, et je travaillais sur plein, plein, plein de trucs, je pitchais aussi beaucoup, donc donner des idées de sujets, et il y avait ça, donc il y avait peut-être le fait d'avoir projeté tellement fort, tu vois, Comme toi, tu disais, depuis que tu étais petite, tu voulais faire ça. Moi, j'ai peut-être créé un fantasme qui ne correspondait pas à la réalité de ce métier-là. C'est un peu le mythe journalistique.
- Speaker #1
C'est le mythe de changer le monde, d'avoir de l'impact, du sens, etc.
- Speaker #0
Exactement. Et peut-être que pour ceux qui ne connaissent pas cette notion du... du mythe journalistique, c'est un truc quand même qu'on nous bassine depuis l'école, c'est Albert Londres, vous faites du journalisme, qui change les choses, qui machin, la vérité c'est que non, la vérité c'est que c'est même pas le but de ce métier-là. Donc peut-être que déjà il y aura une sorte de fracas avec quel était mon fantasme, je pense que de manière plus générale que le journalisme, il y avait un autre fracas qui était celui de on pense que le rêve professionnel va résoudre tous nos problèmes, toutes nos angoisses intérieures, toutes nos néroses, toutes nos obsessions. Et je pense que ce n'est pas le cas. Donc, je me suis rendu compte à ce moment-là. Je me suis dit, tiens, ça ne règle pas tout, en fait. Ça ne règle pas tout. Et après, je pense que plus largement, la vie dans laquelle je m'étais inscrite dans Paris, j'étais en couple à l'époque, j'avais mon appart et tout. Et le moment où je me suis dit, tiens, ta vie, ça peut être que ça, ça ne va être que ça, il y a eu un vertige aussi. Et chez moi, ce vertige a pris une forme précise qui a fait que j'ai beaucoup mangé. C'est une façon simple de le dire, mais...
- Speaker #1
On appelle ça manger ses émotions. C'est ça.
- Speaker #0
et je ne les ai pas mangés qu'un peu donc en fait dans l'espace d'un an à un moment donné sur la deuxième année j'ai pris 20 kilos en un an et en aussi peu de temps en tout cas et ça voulait montrer qu'il y avait vraiment action réaction Et le livre, je le commence aussi comme ça, parce que c'est comme ça que ça s'est passé pour moi. Ça a commencé sur une balance, en fait. Ça a été le fait de me dire un jour, tiens, tu as 20 kilos de plus que quand tu as commencé. Tu n'avais jamais pris ce poids-là. C'est que ton corps est en train de te dire que quelque chose ne va pas. Et donc, c'est vraiment venu, pas juste de mettre trop de boulot-dodo, je veux fuir ça. C'est venu d'un truc tellement viscéral, j'ai l'impression que je ne suis même plus dans mon corps.
- Speaker #1
Et donc pour expliquer un petit peu aux gens, tu es parti faire un peu, tu vas nous raconter un peu le tour du monde, tu as eu plein d'expériences et à ton retour tu as décidé d'écrire un livre, c'est ça ? Et puis ensuite va suivre avec un documentaire qui va sortir à la danse et pour juste... juste faire un peu la trame de l'histoire. Et donc, ton livre, comment il s'appelle ? Et raconte-nous un petit peu ton projet de partir comme ça à l'aventure.
- Speaker #0
Alors, complètement, le livre, il s'appelle Loin d'ici. Et il a un soutit qui s'appelle... qui s'appelle Enquête de liberté, parce que c'était vraiment le cœur du sujet. Vaste sujet. Vaste sujet que j'ai essayé d'explorer pendant six mois, mais sans que ce soit un livre à la base. À la base, ça a vraiment été, je crois que je prends la décision en mai que je vais partir. Je l'annonce en juin. Et ma première destination, c'est en juillet. Et donc, à l'époque, je n'intellectualise pas du tout cette quête de liberté. Je m'en suis rendu compte au fur et à mesure. Mais je n'intellectualise pas. Je me dis juste, je ne me sens vraiment pas libre là. Alors, il faut que je parte pour voir. C'est quoi être libre ailleurs, en fait ? C'est aussi simple que ça. Et donc le livre, il raconte quatre zones différentes. Ça commence en Jordanie, ensuite en Amazonie équatorienne, qui est vraiment le cœur du livre, qui fait la bonne moitié du livre, je crois. Et ensuite au Brésil et en Thaïlande. Et l'idée à chaque fois, c'était, par exemple en Amazonie, par exemple en Thaïlande, d'être au sein de communautés. En Amazonie, j'étais au sein d'une communauté indigène hachuaire. En Thaïlande, j'étais au sein de moines bouddhistes. Au Brésil, c'était plus au gré des rencontres. J'ai plongé dans un pays que je ne connaissais pas, et à Bahia, et dans cette région-là. Et là, Jordanie, c'était avec un ami qui est aussi avec moi en Mongolie dans mon documentaire, Marvin, et avec qui là, on va dire que ça partait sur un voyage plus classique où finalement, j'ai interrogé cette notion de voyage aussi. Et donc, je vis ces expériences-là, dont je pourrais parler pendant des heures. Et à un moment, en Amazonie, vient l'idée de me dire que j'avais le sentiment que ce que je vivais dépassait largement mon propre cadre et que ça venait toucher à plein de choses. choses qui n'avaient pas de rapport avec moi, notre rapport à cette liberté-là, au travail, à notre identité, au rapport avec les autres, à la liberté, évidemment. Et donc, en rentrant, je me suis dit, tu vas prendre six mois, miroir de l'expérience que je venais de vivre, tu vas prendre six mois pour écrire toute cette aventure.
- Speaker #1
Est-ce que tu crois que c'est aussi quelque chose, quand on est journaliste, parce que moi, quand j'ai quelque chose dans mon quotidien, j'ai toujours envie de transmettre, d'en faire. Je vois, on appelle ça de la matière, quand on est journaliste, je vois de la matière à tout ce que je fais. À chaque fois, je me dis, non mais là, Je vais forcer. forcément vouloir transmettre quelque chose ? Est-ce que c'est un peu un réflexe de journaliste de vouloir transformer cette expérience en livre et en documentaire ?
- Speaker #0
Je pense qu'il y a une déformation professionnelle de Zinzin, mais je pense que si on veut être journaliste, c'est qu'on a envie de raconter des choses. Et donc, quand on vit des choses qui méritent d'être racontées, on a envie de les raconter. Pour autant, ça pose quand même une question, une réflexion qui est que... Est-ce que tout ce que je vis a vocation à être, pas marchandé, parce que je ne fais pas vraiment de l'argent avec, mais est-ce que tout ce que je vis a vocation à être construit comme une histoire et donc à être utilitaire, à avoir un rapport ? C'est une question que je me suis beaucoup posée. Je sais que pendant le livre... avant le livre, pendant l'aventure alors que je fais beaucoup de photos j'ai quand même fait pas mal de photos mais je voulais pas filmer par exemple je voulais pas être là dans une mise à distance avec les gens parce qu'à ce moment là je voulais me fondre complètement dans dans ces moments-là. Avec la Mongolie, plus tard, ça a aussi changé. Et là, dans les projets qui arrivent après, je vais plus incarner cette posture-là de journaliste. Mais ce n'est pas évident. C'est une réflexion constante à chaque fois de me dire est-ce que tu es capable de vivre des choses sans les raconter ? Oui. il y a plein de choses que je raconte pas dans le livre que j'ai vécu et tout ça mais c'est vrai que le journaliste c'est quelqu'un qui a une vision constante de c'est quoi une histoire c'est quoi l'angle ça m'aide très bien aussi parce que notre capacité elle est d'exhumer la réalité et d'en produire des choses qui font que les gens peuvent se connecter à des bouts de réalité qu'ils auraient jamais rencontrés et en même temps je pense qu'on est un peu chiant parce qu'on est obsédé par ça Oui.
- Speaker #1
Ça me fait rire parce que forcément, moi aussi, je viens du magazine, du reportage. Et quand je me suis mise sur les réseaux sociaux, j'ai des réflexes que j'avais en télé qui fait que parfois, quand je viens à un truc trop cool et que j'ai envie de raconter, je m'en viens à filmer mes potes, mes proches, etc. Ou toujours leur demander si ça ne les dérange pas et ils trouvent ça insupportable. Mais en même temps, il y a des choses que j'ai tellement envie de raconter. Et pour moi, comme je viens de la télé, ça vient de la vidéo. Donc, c'est des réflexes que j'ai. Maintenant, je me questionne aussi parce que je me dis, mes potes, ils ont... Ils n'ont pas tout le temps envie d'être sur la scène de la vie, en tout cas sur mes réseaux et dans ma création de contenu, etc. Mais c'est vrai que c'est un réflexe que j'ai assez rapidement de vouloir beaucoup partager. Et dans ton livre, il y a quelque chose qui m'a touchée parce que quand j'ai arrêté la télé, j'ai fait un burn-out. Et une des réactions que j'ai eues, c'est de vouloir voyager. Je pense qu'on est beaucoup à ressentir ça. Et j'avais vraiment envie de liberté. Et moi, je suis partie un mois en Colombie. J'ai ma meilleure amie qui vit à Bogota et je suis partie pendant moins longtemps que toi. Je crois que tu es partie un mois dans la forêt. Dans la jungle, oui. Moi, je suis partie cinq jours. C'était déjà beaucoup. Mais c'est vrai que j'avais ce sentiment-là que j'avais besoin de me couper. Et rien que de partir cinq jours, je suis partie dans la Sierra Nevada. J'ai fait un trek, aller voir la cité perdue. Justement, c'était en terre, avec des communautés indigènes, etc. Et quand je suis partie, que je me suis coupée cinq jours, j'avais ce questionnement-là aussi, de me dire que c'est la première fois que je coupe. coupe et tu sais quand on est dans la vie parisienne on a toujours un milliard de pensées de pression et c'était la première fois depuis que j'étais journaliste que j'avais plus cette pression là de mon téléphone qui sonne d'injonction et j'étais vraiment dans le présent en fait et du coup je me suis un peu retrouvée évidemment, ça restait beaucoup plus longtemps mais je me suis retrouvée dans ce sentiment d'avoir besoin de ça en fait, de couper et de se retrouver avec soi pour un peu faire de l'introspection donc j'ai trouvé ça assez fort ce passage là et je me suis beaucoup retrouvée, je me suis dit qu'il y a plein de gens qui doivent avoir besoin de vivre ces moments quand ils sont un peu un peu perdu.
- Speaker #0
Je suis d'accord avec toi parce qu'en fait, moi, je l'ai aussi beaucoup vécu quand j'étais dans le monastère en Thaïlande. Je suis resté dans un monastère pour me soumettre à la méditation.
- Speaker #1
Tu n'as pas parlé pendant combien de temps ?
- Speaker #0
Pendant dix jours. J'aime bien parler, donc c'est compliqué.
- Speaker #1
Pour un journaliste,
- Speaker #0
c'est compliqué. Et justement, on n'avait pas le droit à nos téléphones, pas le droit de parler, pas le droit de lire, pas le droit d'écrire, pas le droit de communiquer avec qui que ce soit. On devait manger à des heures très précises, on devait méditer 10 heures par jour, c'était un peu l'armée. Et donc, on n'avait pas de connexion. Est-ce que le moine référent, lui, il nous parlait, il nous disait tout le temps, parce que les gens étaient tentés, alors ils nous confisquaient nos téléphones, mais ils étaient tentés d'aller parler, ils étaient tentés de partir, il nous disait, mais quand est-ce que dans votre vie, vous passez au moins dix jours, et en plus, moi, je pensais que j'allais rester encore plus longtemps, il dit, quand est-ce que dans votre vie, vous passez au moins dix jours sans téléphone ? Et c'est une question que j'ai posée à beaucoup d'amis à moi en rentrant, mais personne, personne, la même... Mon téléphone, il est en mode avion. Alors évidemment, je suis dans le moment, mais je sais que quand je vais le rallumer, j'attends des notifs, j'attends la réponse de machin. Ou au contraire, je n'ai pas envie de recevoir tel message de telle personne, parce que ça veut dire que je vais devoir faire ci ou de faire ça. Alors que la majorité du temps, quand on coupe son téléphone, alors c'est peut-être différent quand on a des enfants et tout, mais quand on va dire qu'on n'est responsable que de soi, Il n'y a jamais un message très important en réalité. Et moi, je sais que j'ai pris la décision dans le Instagram de mon téléphone, par exemple. Et donc, je me reconnais que... Enfin, comme toi aussi, je fais la création de contenu. Donc, je le rétélécharge que quand il faut... il faut que je poste une story ou que je poste quelque chose. Sinon, j'utilise sur l'ordinateur. Je réponds quand même à mes messages sur l'ordi. Mais c'est bête, ça fait que je scrolle moins. Ça fait que quand je suis avec quelqu'un, je ne suis pas alimenté par les notifs qui font que d'un coup, je te regarde et je suis déjà ailleurs. Ou même que je vais cliquer, je vais plonger dans le truc. Je ne sais pas, je pense qu'on est vraiment malade de ça. On a tous un besoin de se connecter, ça ne vient pas de nulle part, mais vraiment, on est malade de ça. Je le dis avec une certaine gravité dans mon temps, mais je trouve vraiment que c'est... Des fois, je me trouve malade. Je me dis, mais ce n'est pas possible. Là, tu vas te balader dans un parc, pourquoi tu as besoin de prendre ton téléphone ? Tu es tout seul, tu prends un livre, tu ne vas pas lire ton livre et regarder ton téléphone toutes les deux minutes.
- Speaker #1
Je trouve ça dingue. Moi, cette expérience, ça ne fait que 5 jours, mais ça m'a fait tellement de bien. Là, je repars en Colombie. Je vais en Amazonie quelques jours. C'est pareil. Maintenant, je cherche des moments où je peux vraiment totalement me déconnecter parce que ça m'a fait un bien. Le moment, c'est dur. Quand on est dans son téléphone, c'est un peu stressant. On est un peu accro. Mais je trouve que c'est des moments qui font vraiment beaucoup de bien. En plus, quand tu es créateur de contenu, que tu es sur les réseaux, il y a aussi une pression, des stats. Tu as toujours envie de voir combien tu as fait de vues, combien tu as de commentaires. Et en fait, ce n'est pas si important que ça. Enfin, c'est important, mais je pense qu'il faut un peu, tu vois. Enfin, moi, j'essaye de prendre du recul là-dessus. Et du coup, ça m'a beaucoup parlé, ce passage. J'ai trouvé ça très cool. Et je me disais, comment ensuite, de ce moment-là, tu es passé à vouloir lancer ta chaîne YouTube ?
- Speaker #0
Alors, il y a eu un long processus entre, en termes de date, le voyage, c'est en 2022. En 2023, j'écris le livre. et ensuite j'ai une proposition qui est de travailler pour Complément d'Enquête,
- Speaker #1
j'avais jamais travaillé pour eux et ça restait un peu un de mes rêves de journalisme c'est un peu le rêve envoyé spécial Complément d'Enquête c'est ça et c'était vraiment mon rêve d'avant c'est encore plus long,
- Speaker #0
c'est le double de temps d'Envoyé Spécial, c'est encore plus de moyens c'est des enquêtes poussées, c'est vraiment de la pure investigation et moi c'était mon rêve de jeune journaliste même si à ce moment là mon cerveau avait déjà été un peu parti sur autre chose J'ai embarqué pendant un an là-dessus. Ça m'a permis de me rendre compte que j'aimais beaucoup ce travail-là, que j'ai appris plein de choses, mais que le système dans lequel ça opère, ça ne fonctionne pas pour moi. Que je n'ai aucun libre-application là-dedans. J'avais des rêves constamment d'ailleurs.
- Speaker #1
Je pense que quand tu as touché un peu à ce truc d'aventure, et de partir et d'explorer par toi-même, c'était dur de retourner après dans une rédac. C'est génial.
- Speaker #0
Je me disais tout le temps, je me répétais tout le temps, quand j'étais en voyage, je me disais, il ne faut jamais que tu oublies que ta vie, ça a pu être ça. Et moi, je dirais même autre chose, c'est quelque chose que je me répétais beaucoup, même pendant l'écriture du livre, parce que écrire un livre, c'est aussi toute une aventure entrepreneuriale, galère et tout. Je me disais tout le temps, la vie sans angoisse, elle n'a pas de prix, en fait. Et je n'angoissais pas. C'était galère, quand j'écrivais mon livre, je n'avais pas d'argent, parce que du coup, je ne bossais plus. Je faisais des trucs à droite à gauche, mais pas du tout, comme si j'avais un vrai salaire et une vie normale. Donc je tenais au moins prêt ce que je pouvais faire. Mais je n'angoissais plus. Je n'angoissais plus, et c'est bête, mais mon corps se maintenait. Et moi, ça était toujours un baromètre. Et même quand j'étais dans la jungle, et que parfois je faillais mourir, mais je n'angoissais pas. J'avais le sentiment d'exister comme je devais exister. Ce n'est pas la quête d'être heureux, c'est la quête d'être libre. Et je trouve que c'est un peu différent. Et c'est cette quête-là qui m'emmène à la chaîne YouTube, où après ça, depuis un an et demi à peu près, je suis parti en Mongolie après, donc je fais complètement d'enquêtes, ça me régénère une envie de partir. Là, je pars en Mongolie, là j'y vais avec un peu plus l'idée d'un projet. Je ne savais pas si c'était sur YouTube, je ne savais pas si ça allait être un stage, je ne savais pas si j'allais vouloir en faire quelque chose ou quoi à la télé, je n'en sais rien. Mais je filme avec un ami, Marvin, et on prend des choses. Ensuite, mon livre sort. Quand mon livre sort, je goûte à parler exactement des choses que j'aime. Je commence à faire des médias, je commence à faire des conférences, je commence à faire des expos. Je commence à avoir une nouvelle identité professionnelle. Et là, je me dis que c'est trop bien. C'est ça qui m'obsède. Je n'ai pas l'impression que c'est du travail. J'imagine que toi aussi, on se disait ça avant l'émission. C'est un prolongement tellement logique à un moment de ce qu'on est que c'est des efforts, mais ce n'est pas du travail au sens où on peut l'entendre. même si on gagne bien moins, même si on perd beaucoup.
- Speaker #1
Il y a d'autres logiques de stress, mais ce n'est pas pareil quand je pense qu'on est maître un petit peu de son projet. Quand on est aligné et qu'on croit vraiment en ce qu'on fait, et qu'on y croit à fond, ce n'est pas du tout pareil. Évidemment, ça peut être dangereux parce qu'on peut trop travailler. Moi, j'ai tendance à trop bosser. Mais oui, ça n'a pas de prix, je pense.
- Speaker #0
Est-ce que toi aussi, tu as ce truc-là de dire... Est-ce que tu compares l'angoisse que tu avais quand tu étais journaliste télé et maintenant ?
- Speaker #1
Moi j'ai un truc où j'ai fait un burn-out après 7 ans en télé et aujourd'hui ça a quand même des conséquences il y a d'autres choses dans ma vie qui m'ont créé de l'anxiété mais je combats aujourd'hui toujours mon anxiété mais je crois que quand j'ai arrêté quelques mois après quand j'ai arrêté le journalisme il se posait la question de ce que j'allais faire après et un jour une boîte que j'aime bien une rédac chef que j'aime bien me rappelle pour me dire écoute on a une série à faire sur tel sujet, est-ce que tu veux revenir ? Et en fait je suis allée vomir après tellement en fait c'était physique, mon corps il pouvait plus remettre les pieds dans une rédac pas parce que j'ai vécu des choses pas cool mais pas que ça c'est juste le stress que ça me donnait et en fait ça je me suis dit plus jamais en fait et en fait c'est mon corps là qui me donne un signe et donc ouais en fait je me rendais même pas compte dans quel état de stress je pouvais être. Et aujourd'hui, j'ai oublié ta question, je suis mauvaise. C'est ça,
- Speaker #0
si tu comparais l'angoisse du coup de cette vie-là, et même maintenant, alors que t'es sur plein de fronts, que tu gères plein de trucs toute seule. En fait,
- Speaker #1
aujourd'hui, je crois, j'essaye d'être un peu, pas dans l'instant présent, mais de me dire, en fait, je suis alignée, j'aime ce que je fais, et ça va marcher, j'y crois à fond, et je me donne tout ce que je peux pour le faire, mais je suis même pas stressée, en fait, pour l'argent. Je me dis, ben, on peut vivre avec moi, on peut se débrouiller, et... Et voilà, en fait, on a développé tellement de compétences aussi par notre travail qu'en fait, aujourd'hui, je donne des cours, je fais plein de choses, je donne des conférences, etc. Et ça m'épanouit encore plus. Et puis, ça me permet aussi d'explorer d'autres choses de notre métier parce qu'en fait, comme on aime transmettre, j'aime aussi donner des cours, j'aime aussi faire des conférences, même si ce n'est pas le métier pur de journaliste. Et je trouve ça passionnant aussi dans le côté entrepreneurial de pouvoir lancer plein d'autres projets, pas que des documentaires, des reportages. Et j'explore ça. Et oui, je suis beaucoup plus heureuse que je l'étais avant.
- Speaker #0
Non mais c'est ça, c'est le fait d'aller chercher des... J'étais juste journaliste et maintenant je peux me présenter de 4-5 manières différentes. Et j'ai tellement de plaisir à le faire. Et la chaîne, c'est le résultat de tout ça. C'est le fait à un moment de me dire... C'est la rencontre entre deux choses. J'ai essayé, j'ai un projet entre les mains depuis un moment qui concerne ces immersions dans les communautés, qui est différent de la Mongolie, qui est ce que j'ai vraiment envie de faire après. Et j'ai essayé en télé, j'ai essayé ces derniers mois, j'ai essayé... et des fois on te dit que c'est trop intello et des fois on te dit que c'est pas assez scientifique et puis des fois on te dit que il y a quelqu'un d'autre qui l'a fait c'est un gars de 50 ans qui l'a fait il y a 10 ans t'as déjà dit c'est pas concernant t'as déjà entendu ce mot là ? bien sûr le concernant bien sûr et des fois c'est trop large, c'est trop concernant c'est trop large, il faut que ce soit plus spécifique et j'entends, on connait ce métier je sais ce que c'est un angle, j'entends ces choses là et en fait à un moment je me suis dit est-ce que je passe ma vie à essayer de faire entrer un rond dans un carré parce qu'en fait ce système là n'est pas capable de contenir ce que j'ai envie d'y mettre dedans et c'est pas, et quand je dis ça c'est pas, genre le système il est pas bien c'est juste, est-ce que peut-être juste c'est pas fait pour ça, est-ce que peut-être moi j'ai d'autres amis à moi qui sont à fond dans la télé. Et je pense que si tu leur enlèves la télé, et cette manière de fabriquer, même s'ils en sont stressés, ils n'auraient pas envie de lancer leur chaîne YouTube. Ils n'auraient pas envie de faire des conférences. Ils n'auraient pas envie de faire ça. Et c'est pareil. C'est très bien. Moi, j'aurais peut-être aimé aussi m'y insérer plus facilement.
- Speaker #1
Oui, et puis je pense qu'aujourd'hui, moi, je me sens capable, en tout cas, de faire ça aujourd'hui, parce que le cadre de la télé et la formation que j'ai eue, parce que moi, je n'ai pas fait d'école de journalisme, mais...
- Speaker #0
Mais c'est ça qui me permet, tu vois, les deux ans d'enquête où j'étais frustrée de ne pas aller sur le terrain, aujourd'hui c'est ce qui me permet d'être super à l'aise pour contacter des gens ou de savoir quelle personne j'ai envie d'inviter sur le podcast parce que j'ai eu ce cadre-là et cette rigueur-là que j'ai appris aussi, même si après on s'en défait, mais je trouve que ça a été bénéfique dans mon parcours.
- Speaker #1
Bien sûr, et si cette rigueur, moi je dis tout le temps avec un ami à moi que quand on est journaliste quand même, et là c'est pas pour se déflore, mais en vrai, quand tu fais de la réalisation, quand tu es déçue pour la télé, tu fais quand même énormément de métiers à la fois. Et moi j'adore que souvent quand je dis que c'est mon métier, on me dit, ah bah c'est... Tu fais quoi ? C'est toi qui fais juste ça ? Non, je dis mais en fait, tu gères tout. Tu gères ton projet en fait. Évidemment, avec tout un tas de personnes très talentueuses qui t'aident au montage, à l'image et tout, à la chefferie et compagnie. Mais c'est toi qui dois tout penser, autant est-ce que c'est une bonne enquête, est-ce que ça va ressembler à quelque chose. Tu parles autant avec un compositeur qu'avec le mec que tu interviews dans ton sujet. Et ça, comme tu dis, ça te développe plein de compétences. C'est une vraie rigueur. Et je pense que quand tu la mets au service des projets plus libres, il y a toujours cette rigueur. mais qui se met dans un espace plus créatif où t'as pas 5 chefs qui vont te dire non mais ça c'est oui, ça c'est non ça c'est oui, ça c'est non et moi je comprends pourquoi ils le font mais peut-être qu'en fait j'ai plus envie de faire remodeler des trucs qui sont même pas ma vision,
- Speaker #0
qui sont même pas ça moi c'est ça que je trouvais très dur c'est à la fin sortir des films qui parfois j'étais pas tout le temps d'accord ou ça reflétait pas ma vision du sujet moi qui avais passé du temps avec les gens parfois ça reflétait pas à 100% ce que je pensais. Et c'est normal, puisqu'il y a le rédacteur en chef, la chaîne et tout au-dessus. Mais c'est ça où aujourd'hui, je me dis, ce qu'on disait en off avant d'allumer les caméras, on se disait, mais il n'y a plus ça. Et en même temps, après, on n'a plus de protection. Quand on lance un sujet, quand on sort une vidéo, maintenant, il n'y a que nous. Donc, c'est très frontal et on n'a plus personne pour nous protéger. Mais ça, c'est génial. C'est des projets qui nous ressemblent vraiment.
- Speaker #1
Exactement. Et tu as envie de te poser aussi la question, de te dire qu'évidemment, quand ça va être nos projets à nous, ça va être, oui, moins vu. qu'un truc qui passe sur France 2 ou M6 ou des émissions qui étaient travaillées c'est parce que ça t'assure une audience directe tu sais que ton travail va être vu, tu sais que tu vas être payé là t'as plus ça tu sais pas quand tu vas être payé généralement tu l'es pas, c'est toi qui dépenses tu sais pas si ça va être vu mais au bout d'un moment est-ce que j'ai envie qu'il y ait un million de personnes qui regardent quelque chose qui ne représente rien de ce que je suis Et ce n'est pas le but du journaliste d'ailleurs. Le but du journaliste n'est pas forcément qu'on représente ce qu'il est. Le but, c'est d'informer. Mais nous, on a peut-être des choses en nous qu'on a envie, qui est le moment où ça croise journaliste et auteur ou autrice. On est peut-être sur cette ligne-là aussi. Et là, tu vois, je sors la vidéo. Je n'ai aucune idée. J'espère qu'au moment où ça sort ça, on peut cliquer dessus et se dire qu'il y a des gens qui m'ont aimé. J'espère, je rêve de ça. Mais je préfère peut-être même que, et j'ai envie que ça fasse plus que ça, mais mille personnes qui vont voir exactement le fond de ce que j'ai envie d'exprimer en tant que journaliste et en tant qu'auteur, le moindre retour va être décuplé. Le moindre retour va avoir tellement plus de sens parce que là, je sors quelque chose où j'ai envie que les gens soient au courant de ce que je suis en train de dire. Ce n'est pas toujours le cas quand on fait du journalisme.
- Speaker #0
J'ai reçu, il y a cette semaine, je ne l'ai pas partagé sur les réseaux, parce que parfois les gens me réaccontent un peu leur vie. Je ne partage pas tous les messages que je reçois, mais j'ai reçu un message cette semaine où il y a quelques jours, parfois on a des doutes. quand on est tout seul à bosser sur des projets et j'ai reçu un retour qui me disait oui, de voir que c'est possible en tant que journaliste de se lancer soi-même de lancer son propre projet, de voir qu'il y a des gens comme toi et plein d'autres personnes qui lancent des projets me donne envie de me lancer aussi c'est un truc qui m'envoie tellement de force de me dire ok s'il y a une personne à qui ça a pu donner envie de lancer son projet, son média en fait moi je suis déjà contente et c'est pas grave si j'ai pas un million de personnes qui me regardent mais rien que ça pour moi ça m'aide pour les jours où je suis dans le doute où je sais pas où aller etc et c'est ultra précieux bien sûr et puis ce mouvement là du journaliste qui part vers des terrains plus aujourd'hui
- Speaker #1
ça prend la forme de Youtube, ça prend la forme d'Insta, de TikTok et tout, je pense que c'est le mouvement à prendre aussi,
- Speaker #0
je pense que tu crois que pourquoi il y a autant tu vois je me reconnais dans ton histoire mais j'ai reçu aussi Justine Rex, je sais pas si tu la connais il y a plein de journalistes aujourd'hui qui se lancent sur les réseaux, sur Youtube c'est synonyme de quoi tu dirais, ça dit quoi à nos médias aujourd'hui ?
- Speaker #1
je pense que il y a plusieurs trucs, je pense que si on fait un truc un peu large notre génération c'est pas celle qui regarde la télévision en tout cas on est sur la jonction moi j'ai grandi avec la télé j'ai grandi avec la télé Et aujourd'hui, ce que je regarde, c'est plus trop la télé. Évidemment, il y a des choses que j'aime énormément encore. Je connais très bien la télé. Je regarde les documentaires de plein de personnes. Moi, j'adore ce que fait le service public.
- Speaker #0
Tu peux la regarder sur ton ordi en replay. C'est ça.
- Speaker #1
Donc déjà, ma consommation, elle n'est plus devant une télé. Il y a déjà ça. Voilà, moi, je suis encore très fan de ce que fait le service public. Je suis encore très fan de ce que fait Arte, qui a investi pour le coup massivement YouTube et d'autres endroits. Donc moi, je trouve que la télé a une expertise et un savoir-faire qui est absolument exceptionnel. professionnelle, qui est d'être capable de tout produire, d'avoir une intelligence de production que je trouvais assez dingue et une exigence parce qu'elle est exposée à beaucoup de gens. Mais si je devais dire fondamentalement, quand on bosse en télé sur les programmes sur lesquels on travaille, on nous dit, le spectateur type, c'est le prof à la retraite de 65 ans. Complément d'enquête, on te dit que c'est ça. Et moi, je trouve que c'est formidable ce que fait Complément d'enquête, vraiment. Mais à un moment, si je ne prêche que des convaincus, si je vais sur des programmes qui ne sont que vus par une certaine partie de la population, qui n'est pas la mienne, qui a le double de mon âge, et qui, de toute façon, sait déjà les choses qu'on va lui raconter, grosso modo, je caricature, mais on se comprend. Moi, je ne veux plus me mettre dans cette position-là. Et tout autant que je suis convaincu qu'il faut absolument que ces émissions continuent d'exister, elles sont menacées. Je pense aussi à Cache Investigation, à Envoyé Spécial et à d'autres. Là, c'est purement égoïste. Moi, j'ai envie de parler aux gens de ma génération, je crois. J'ai envie de parler aux gens qui se posent la même question que moi. Et j'ai surtout envie d'envahir un espace où... il y a moins de ça il y a moins de documentaires je peux donner une anecdote je donne aussi des cours à la fac les étudiants ont 19-20 ans quand je leur demande qu'est-ce qu'ils regardent, ils regardent des trucs.
- Speaker #0
Hugo Décrypte, non ?
- Speaker #1
Voilà, Hugo Décrypte. Il y a aussi une journaliste qui est sur YouTube qui marche bien, OK Charlotte, qui a aussi fait ça. Il y a un mec qui s'appelle Ludoc aussi. Tu parles de Justine Rex. Bon, voilà, il y a Charles Villa, Camille Courcy. Ils commencent à avoir pas mal de noms, mais c'est incomparable par rapport au nombre de médias en télé et au nombre d'émissions qui existent. C'est une poignée de personnes. Mais en tout cas, ce qui est important pour moi, c'est surtout de me dire, Ok, en fait... ils n'y vont pas. Et c'est trop tard, ils n'y reviendront pas. Et donc tu disais, qu'est-ce que ça veut dire ? Je pense que c'est une rupture. Et ce n'est pas une rupture, je pense, de code, parce qu'en vrai, ce que font beaucoup de journalistes sur YouTube, ça ressemble beaucoup à ce que fait la télé. Moi, je ne pense pas qu'il faut forcément que tout le monde soit tout le temps jeune et que tout le monde tutoie tout le temps. Je ne pense pas. Et là, Ludoc, un youtubeur assez connu, qui lui, il ne vient pas du journalisme, mais qui vient de la réale, là, je regardais un documentaire qu'il a fait, il reprend exactement les codes télé, et ça cartonne, donc ça veut bien dire que les codes télé, ils ne sont pas non plus débiles.
- Speaker #0
il fonctionne à la différence peut-être de l'incarnation par contre c'est ça,
- Speaker #1
il y a le facecam, il y a l'incarnation mais le côté d'une personne qui a duré 50 minutes les formats finissent par avoir à peu près le temps j'ai regardé ton doc il fait quoi 26 ?
- Speaker #0
c'est le hasard en plus
- Speaker #1
c'est ça et je te jure c'est le hasard je n'avais aucune idée de combien de temps ça allait durer je travaillais avec un monteur et quand il m'envoie la première version c'est dingue j'ai rigolé en voyant la durée je me suis dit on a tout le temps envie de s'affranchir pour expliquer en télé il y a des durées un peu
- Speaker #0
13 minutes, 26, 52, 90, c'est un peu les durées qu'ont fait à peu près tous les reportages. Après, il y en a qui sont un peu différents, mais globalement, on est habitués, nous, à rentrer dans ces cadres-là. Et ce qui est trop bien quand on est sur YouTube, c'est que moi, mes vidéos, à chaque fois, je me dis, je ne sais pas combien de temps ça va faire. Et ça, c'est un bonheur de ne pas dire qu'il faut rentrer dans une case. Mais du coup, quand j'ai vu que ton premier doc, il faisait vraiment une durée classique de télé, j'ai rigolé. Je me suis dit, c'est peut-être une coïncidence.
- Speaker #1
C'est une coïncidence. Et en plus, en télé, il faut savoir que c'est arbitraire. c'est dire pourquoi ça dure 13...
- Speaker #0
26-52 c'est par rapport aux pages de pub et au fait que 52 c'est à dire que dans l'heure tu peux caser 8 minutes de pub et que un 13 si tu fais 2 fois c'est arbitraire ça donne pas le temps à la matière au sujet en fait si on a un sujet passionnant faut quand même que ça rentre en 20 minutes et parfois on étire ce qu'on appelle les sujets quand il n'y a pas assez juste pour entrer dans une case et c'est ça qu'il n'y a pas sur les réseaux qui est génial et
- Speaker #1
moi je pense que même une minute peut être super intéressant et Et ce mouvement-là, d'aller sur YouTube, pour moi, c'est une fuite logique. C'est une fuite logique parce que d'un coup, tu te retrouves avec un espace. Moi, je me rappelle du moment, et tu as dû le connaître aussi, où on nous disait, c'est fini YouTube. Insta et TikTok, maintenant, c'est... c'est la suprématie des formats courts et donc c'est fini la Youtube c'est les dinosaures et plus personne va retourner sur Youtube pour regarder des vidéos d'une heure ou deux heures c'est exactement ce qui s'est passé et les formats longs cartonnent les podcasts longs cartonnent pas tous évidemment mais les gens ils écoutent ça et ça, ça nous impose de me dire, j'ai pas d'excuses en fait si il y a un espace qui a plus de liberté de créativité, si je suis plus obligé de passer par 55 filtres avant qu'on choisisse mon idée de sujet parce qu'il y a aussi ça, les gens peut-être savent pas mais La majorité du temps, les sujets qu'on veut faire ne sont pas pris. C'est-à-dire qu'on parle d'un ratio de 1 sur 10. Donc tu proposes un sujet à la chaîne. 1 sur 10 ? Oui, mais du coup, ça peut être 18 sujets refusés et 2 qui sont pris d'un coup. Et en plus, ce n'est pas 1 sur 10 par journaliste, c'est sur la boîte.
- Speaker #0
Ah oui, sur la boîte, parce que je le disais,
- Speaker #1
moi, j'en ai beaucoup plus. Oui, c'est sur la boîte. Journaliste, beaucoup plus, bien sûr. Sur la boîte, les sujets qui vont finir dans la main du diffuseur.
- Speaker #0
pour une boîte à peu près tous les 10 fois il y en a un qui est pris et en plus quand on pitch un sujet nous pour une boîte de prod ou pour une chaîne on n'est pas payé, pas tout le temps en tout cas et oui c'est très souvent qu'on se retrouve face à un diffuseur ou quelqu'un qui ne croit pas en notre idée et c'est super frustrant et encore faut-il que la boîte de prod veuille bien proposer l'idée et là sur Youtube tu regardes,
- Speaker #1
tu as décidé de m'inviter je te remercie et si ça avait été une émission télépuis classique, il y aurait eu une réunion avec 5 ou 10 personnes personnes, qui auraient dit si oui ou non ça le fait, pour tout un tas de critères et peut-être que toi t'aurais voulu gravement inviter mais que c'était pas possible et à l'inverse tu vois peut-être qu'on t'impose quelqu'un à inviter parce que ça marche bien etc là tu peux faire aussi un peu ce que tu veux et là je me dis tu vois que la vidéo que je sors en Mongolie mais évidemment je l'ai montré à des gens de confiance, j'ai travaillé avec des gens un monteur Quentin qui était super et qui m'a donné plein de retours aussi donc j'ai soumis à une vérification d'un point de vue éditorial mais je savais qu'à la fin je décidais ce que je voulais faire et sur une histoire aussi personnelle je pouvais pas me laisser dicter des choses par d'autres personnes et donc aujourd'hui j'ai envie d'aller à fond là-dessus il y a la question du financement, il y a toutes ces questions là De toute façon, ça ne marche pas ailleurs. Il faut dire la vérité. On pourrait raconter une aventure. Maintenant, je décide d'investir juste YouTube. Est-ce que c'est le choix logique ? Oui, c'est le choix logique. Mais peut-être que si la télé m'avait financé exactement mon projet comme je voulais, je ne serais jamais allé sur YouTube. Là, ça devient une nécessité parce que ça me semble être un refuge pour ce que la télé n'arrive plus à... Désolé, je t'ai fait la parole super longue, mais ça me passionne, ça m'engage parce que j'aime tellement l'univers de la télé au sens... Je trouve que c'est tellement des gens qui sont extrêmement talentueux et qu'il y a un savoir-faire qui est dingue. Et je me dis, mais comment vous avez passé trop de temps à vous laisser passer devant un Hugo Décrypte ? aimant beaucoup ce que Hugo Décrypte fait, là je parle d'un point de vue télévisuel, n'aurait pas dû arriver. C'est-à-dire, comment vous avez pu vous faire doubler ? Et tant mieux pour Hugo Décrypte, tant mieux pour ce qu'il fait. C'est super,
- Speaker #0
surtout pour la jeune génération. C'est génial,
- Speaker #1
et pour moi c'est du France Info sur Youtube. Mais pourquoi France Info ne l'a pas fait en fait ? Pourquoi ils n'ont pas à un moment donné décidé de faire un carnet des infos que sur Youtube ? Parce que ce que fait Hugo Décrypte... Souvent les gens disent qu'il y a l'incarnation jeune, mais en vrai le traitement de l'information qu'il fait, la manière dont il le fait, c'est très télé. Il est super carré, il ressemble beaucoup à un présentateur de France Info dans sa démarche. Et donc tant mieux pour lui. Et heureusement que ça existe. Et moi, je préfère 100 fois que ça existe que ça n'existe pas. Mais d'un point de vue de télé, je me dis, vous aviez des occasions en or d'aller placer des gens. Il y a 10 ans, vous aviez les moyens de le faire. Vous aviez le savoir-faire. Et j'ai envie de dire que Hugo Décrypte, qui est maintenant, je crois, un peu en... embauché 40 personnes, peut-être même plus, j'ai pas les chiffres, et qui du coup devient énormément d'argent grâce à ça, et fait fonctionner tout un univers grâce à ça, lui il a pris des risques que la télé n'a pas su prendre, alors que la télé n'avait pas trop d'excuses pour ne pas les prendre.
- Speaker #0
Il craignait pas grand chose de lancer, au pire, ça arrive toujours qu'il y ait des formats qui se lancent et qui fonctionnent pas.
- Speaker #1
Les studios ils les ont, l'information ils les ont, qui tournent un module ample, alors peut-être qu'ils l'ont fait d'une certaine manière, peut-être que, en tout cas ils ont pas eu l'intelligence qu'ont eu certains créateurs et créatrices, de le prendre vraiment au sérieux. Et je pense que... Parce que c'est vrai que là, je fais un procès alors qu'il y a quand même beaucoup de médias qui ont mis des trucs sur les réseaux sociaux assez rapidement et tout. Oui,
- Speaker #0
t'as France TV, même France Info, je croyais. Maintenant, ils ont un format pour les jeunes, mais je pense qu'ils ont eu du mal à prendre le virage au bon moment. C'est ça, c'est une question de timing. Ils rattrapent, en fait, mais forcément, ceux qui se sont installés, qui ont pris les risques plus tôt, aujourd'hui, ils sont très installés.
- Speaker #1
Ils ont un monopole qui, pour moi, je pense, peut venir être défié et pas dans un sens de concurrence. de compétition mais dans un sens je pense qu'il y a beaucoup de place et qu'il y a encore la place pour créer plein plein de formats il y a aussi toute une partie de formats qui sont invisibilisés, qui n'arrivent pas à émerger sur la plateforme mais Ouais, vraiment, c'est dommage en fait. C'est dommage parce que je pense que ces deux univers auraient pu coexister intelligemment. Il y a eu des choses. D'ailleurs, Hugo Décrypte a été un peu ravalé par France TV sur certaines parties de ses programmes. Ils sont beaucoup plus vus. sur sa chaîne que t'es les moi je me rappelle de Seb Lafride enfin Seb qui s'appelle maintenant Seb oui oui oui j'ai suivi tous ses documentaires c'est ça je me rappelle d'un truc qui m'avait marqué à l'époque celui en Papouasie exactement en Papouasie où je crois je ne vais pas dire la chaîne il me semble TFX TMC oui c'est ça c'est le groupe TMT le groupe TF1 c'est ça il me semble que c'est TFX mais ben je et et je me rappelle il se prend
- Speaker #0
ne tollait en audience télé et par contre elle cartonne sur Youtube et bien ça veut bien dire qu'il y a des gens qui sont plus là ils ont disparu de la télé mais tu sais que moi quand j'ai vu cette vidéo je me suis dit waouh mais c'est si smart, j'ai tellement envie de faire ça et en fait je me suis dit mais en télé j'aurais jamais pu faire ça et c'est aussi ça qui m'a donné le goût de Youtube de voir ces gros Youtubers maintenant qui avaient des moyens et qui lancent des projets qui sont incroyables on ne pensait pas quelques années avant que c'était possible de faire ça et ça m'a vraiment Ça m'a vraiment motivée à me lancer. Et peut-être qu'on peut aussi, parce que le temps passe, on peut peut-être raconter que tu nous parles de ta vidéo qui sort, enfin qui sera sortie, mais qui sort pour nous demain, le 2 avril. Ça parle de quoi exactement ?
- Speaker #1
Alors, le décor, parce que c'est des questions qui viennent se plonger dans un décor, c'est une immersion avec des bergers nomades en Mongolie. Et donc, j'ai passé un peu plus d'un mois avec un ami au sein d'une famille de bergers mongols avec la famille de Sélengue qui est un berger qui est un peu le patriarche et il a accepté qu'on vive pendant un mois là-bas dans l'extrême-est de la Mongolie et donc le documentaire raconte à la fois cette immersion Mais elle vient aussi surtout faire un ping-pong avec toute une série de réflexions, d'ailleurs pas mal de choses qu'on évoque aussi dans ce podcast. C'est-à-dire de... En fait, je ne voulais pas juste faire un truc, je ne sais pas, ethnographique, et dire juste un truc franc-singue de on va dans une communauté, on raconte juste, ils font ci, ils font ça, machin, etc. Ça a déjà été fait, ça existe déjà, et de manière mieux faite. Moi, je voulais que ce soit matière à réflexion. Et que j'interroge plusieurs choses. Que j'interroge à la fois moi, mon rapport de journaliste au sein de cette communauté-là, et aussi ce que je viens y projeter de moi-même. Donc moi, ça me permettait de parler d'ethnocentrisme, ça me permettait de parler de la question du regard, ça me permettait de parler de la question de l'aliénation, ça me permettait de poser tout un tas de questions que je voulais faire émerger, dont je parle aussi un peu dans le livre, et je voulais faire émerger dans cette vidéo-là. Donc on va dire un rapport un peu... éthico-philosophico je vous jure que c'est plus sympathique que la manière dont je le dis mais en tout cas je voulais faire émerger tout un tas de questions sur la responsabilité morale quand tu racontes une histoire à la fois une histoire et la responsabilité de raconter cette histoire là et en même temps je voulais surtout dans une logique un peu d'humanité qui est le nom d'un de mes autres projets je voulais que Parler de ces bergers-là, parler de ces villas, mais pas de manière juste, ils font ci, ils font ça, mais leur rendre aussi cette dimension philosophique qui, moi, m'a sauté aux yeux quand j'y étais. Je parle beaucoup du mythe de Sisyphe. dans ce documentaire et je voulais donner à ces vies pas qu'ils aient besoin de moi pour ça je voulais raconter ça d'une manière où je ne me sers pas juste d'une famille pour dire les mongols ils vivent comme ça et les bergers vivent comme ça je voulais que chaque personne ait une individualité et que cette individualité raconte quelque chose vient rejoindre quelque chose de plus large qui est finalement de dire que peu importe le décor dans lequel on vit, on est tous cisifs on se pose tous les mêmes questions c'est juste qu'elles prennent des formes différentes et moi pourquoi j'aime les immersions dans des communautés c'est parce que ça paraît bateau de dire ça comme ça mais c'est la vérité on est tous humains et pourtant on vit dans la jungle, dans le désert, dans les steppes dans une ville dense je vais dire dense et urbaine mais je me répète une ville dense et mouvementée en fait on va être traversé par les mêmes choses le besoin d'ailleurs, le besoin d'amour le besoin de se raconter il n'y a pas un endroit dans le monde où je n'ai pas vu comme ça des diagonales qui traversaient tous les êtres humains à chaque fois mais qui prennent des rapports complètement différents qui prennent une forme complètement différente à chaque fois moi ça me fascine l'idée de me dire on est tous comme ça et pourtant le berger mongol et le journaliste parisien on ne pourrait penser plus opposé et pourtant au sein d'une immersion quand on prend le temps de se découvrir, le temps de se raconter il y a une friction on voit ce qui nous oppose, certes pas grand chose en réalité et on voit ce qui fait un peu la sève d'être humain et c'est ça que j'ai voulu raconter dans ce documentaire c'est le fait de me dire, tiens c'est Lenguet qui est un berger qui est très important et qui est un ami qu'on s'est fait là-bas Moi, je viens pour ça le voir, mais lui, il est qui quand je le rencontre ? Et qu'est-ce que produit finalement cette rencontre ?
- Speaker #0
C'est trop intéressant parce que dans ce podcast, j'essaye aussi, au plus large que les médias, j'essaye aussi de m'intéresser aux récits et de prendre un peu du recul sur les récits avec lesquels on a grandi parce que je trouve que c'est important aussi d'avoir un regard sur tout ce qui nous a nourris quand on a grandi. Et j'ai beaucoup aimé ton recul justement pour dire « Ok, parfois, il y a un côté mythe de l'aventurier qui va faire des rencontres, etc. Et parfois, ça peut être lié à l'ego. » et moins à l'envie de partager et de parler de l'histoire des gens et j'ai trouvé ça trop intéressant et même ce que tu racontes du regard qu'on peut arriver nous, notre regard d'occidentaux, d'européens sur d'autres cultures, j'ai trouvé ça vachement intéressant de te poser la question dans ce docu de comment raconter une histoire et où moi je me place en tant que visiteur ou en tout cas journaliste dans cette histoire ça me fait plaisir parce que c'est vraiment ce que j'ai voulu faire,
- Speaker #1
c'est d'interroger ça et en fait quand on fait un récit incarné, moi aussi les questions du récit c'est des choses qui m'obsèdent je peux regarder un milliard de films de documentaires, même de réels, de tout ce que tu veux et aller choper une idée là, une idée là raconter des histoires ça me fascine et là je me suis dit et c'est aussi quelque chose que j'ai essayé de faire dans mon livre je me suis dit ok, tu vas te raconter tu te racontes au sein de ce truc là bah pourquoi tu le fais ? Et si je le faisais pour me glorifier, parce que ça paraît stylé d'être, comme je dis dans le documentaire, à moto, en poursuite de chameaux, ou à cheval dans les steps et tout. Parce que l'aventurier, c'est ça, c'est ça l'image que tu renvoies, qui correspond d'ailleurs assez peu à la réalité.
- Speaker #0
Qui font des trucs cools.
- Speaker #1
C'est ça, qui font des trucs cools, et donc t'es cool, mais pourquoi t'es cool en fait ? Il n'y a aucune raison pour laquelle tu sois cool. Tu as le privilège d'aller quelque part. Alors oui, peut-être que tu as un peu de courage en soi. Il ne faut pas tout relativiser. Oui, peut-être qu'il faut un peu de courage pour faire certains trucs. Mais moi, la vérité, c'est que ça ne me demande pas de courage. Parce que, par exemple, je ne sais pas, moi, je suis claustrophobe. Je ne peux pas prendre l'ascenseur. Donc si je prends l'ascenseur, ça me demande du courage. Allez, en Amazonie, ça ne me demande pas de courage, honnêtement. Je n'ai pas le sentiment de braver des peurs quand je le fais. Et donc, il n'y a aucune raison que quand on me voit le faire... On me trouve stylé. Par contre, tu me vois monter dans un ascenseur, là tu vas me trouver stylé parce que tu vas te dire c'est vraiment dur pour lui, et il le fait. Je caricature évidemment, mais ce que je veux dire par là, c'est que je trouve ça absurde en fait. Donc j'ai voulu déconstruire ça au sein même du récit.
- Speaker #0
C'est courageux aussi en dépendant du point de vue sur lequel tu te trouves, puisque peut-être que pour la personne que tu rencontres, je ne sais plus le nom du berger en Mongolie, pour lui ce n'est pas courageux de faire la même chose qu'il fait tous les jours. Donc ça dépend aussi d'où tu pars. d'où est ton regard ?
- Speaker #1
bien sûr et c'est là où il faut vraiment se poser la question est-ce qu'on se sert des autres en fait ? est-ce que je me sers de leur vie ? parce que moi ça va me rendre stylé de me servir de leur vie alors que eux c'est des bergers en fait il n'y a pas à fantasmer on en a en France qui font la même chose il n'y a pas à fantasmer non plus parce que c'est dans un autre pays d'un coup ça devient stylé eux c'est un quotidien qui est aliénant aussi pour eux c'est un quotidien et je veux pas que parlant leur nom, c'est plus ambivalent que ça. Mais on se dit tout le temps, ce serait trop bien ma vie si j'étais berger, si j'avais mes chèvres et mes moutons dans la creuse. Eux, c'est leur vie. Et en fait, ils n'ont qu'une envie, c'est d'avoir la mienne. Donc, à partir du moment où tu fais face à cette complexité-là, tu ne peux plus te raconter comme le mec qui part, rendez-vous en terre inconnue. et ils m'apprennent la vraie vie, et moi je suis trop stylé, parce que non, en fait tu fais face à un monde qui est chaotique, qui est complexe, qui n'apporte aucune des réponses que tu penses qu'elles vont t'apporter, mais parce que les films qu'on regarde, c'est le héros qui part à l'aventure, qui obtient la réponse, et qui revient, moi j'ai voulu faire un documentaire où je viens avec plein de questions, et peu à peu elles sont désamorcées avec des réponses que je ne veux pas, j'ai pris un vrai soin à ça, que ce soit des questions qui soient posées et qu'elles ne fonctionnent pas. Et qu'en fait, alors sans spoiler le documentaire, mais ça se termine sur aucune leçon, sur aucune révélation.
- Speaker #0
Je trouve ça intéressant parce que souvent, pas tout le temps, mais parfois quand on part en reportage, en documentaire, quand on est journaliste, on doit écrire ce qu'on appelle un séquencier, un synopsis. Et en fait, on part avec des questions prédéfinies auxquelles justement on doit répondre. Et parfois, on se retrouve à rencontrer des gens, on est là. Peut-être qu'en fait, c'est pas vraiment ça le sujet du reportage, mais nous, on a vendu un truc à la chaîne. En fait, on doit coller. Et donc, ce que je trouve intéressant, justement, c'est de questionner aussi ces questions de départ avec lesquelles tu pars en immersion. On appelle ça une immersion journalistique, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, on peut dire ça. Oui, c'est une immersion. et il y a aussi un autre terme qui s'appelle l'observation participante mais ce que tu viens de dire c'est exactement ça et c'est vachement intéressant la manière dont tu fais le parallèle parce que je pense qu'il y a quelque chose entre le journaliste qui part avec tous ses préconçus et ce qu'il a envie de tourner et qui va dans le terrain et aussi avec le voyageur au sens large qui part avec tous ses clichés et pour moi c'est la même chose en fait c'est la même démarche et tu viens avec quelque chose qui est à toi Personne ne t'a demandé, tu vois. Et tu viens le plaquer au réel. Et tu viens le coller au réel. Et quand tu es journaliste, si tu as fait vraiment une très bonne enquête, on va dire que ça limite les dégâts de choc avec le réel. Parfois non. Parfois, c'est juste la complexité de la vraie vie. Parfois même, c'est juste le réel qui fait qu'il y a une date qui arrive, un événement arrive alors que tu n'as pas fini ta date de documentaire, ça ne t'arrange pas du tout. Le réel n'y peut rien que toi, ta deadline de montage, c'est le 12. Et... est-ce qu'on peut quand même pas faire une séquence alors vous avez pas encore votre diplôme mais vous pouvez faire une séquence, vous avez un peu votre diplôme quand même, parce que tu veux que ça rentre dans ton sujet, en fait un truc normal serait de dire soit le documentaire se termine la vie elle a pas de deadline imposé soit le documentaire il se termine sans que la personne ait le diplôme,
- Speaker #0
soit tu décales la date pour correspondre au réel mais c'est pas vraiment ce qui se passe toujours c'est rare que ça se passe en fait,
- Speaker #1
alors des fois t'as des chefs et des choses, tu trouves des solutions on est pas en train de dire, on manipule pas la réalité Par contre, on la plaque, on la simplifie. Et pas tout le temps, encore une fois, mais je pense que le fait de tout faire entrer en 52 minutes, ou en 26, ou en 13, on est obligé de trahir un peu le réel.
- Speaker #0
Avec une date de diffusion programmée, un planning, un rétro-planning programmé, un budget.
- Speaker #1
Un budget qui fait que si tu décides de le faire en janvier, sur ces dates-là... peu importe, s'il ne se passe pas ce qu'il faut qu'il se passe en janvier, tu vas devoir faire avec.
- Speaker #0
Ce n'est pas manipuler, c'est juste ces contraintes font qu'on a des contraintes pour produire qui font que c'est cette réalité-là par rapport aux contraintes qu'on a nous pour produire. Et là, c'est beaucoup plus libre.
- Speaker #1
C'est ça. Et souvent d'ailleurs, les gens qui regardent les médias disent « Oui, mais les journalistes, ils manipulent. » En réalité, quand il y a des approximations, il y a des choses, ça vient surtout d'un manque de temps, d'un manque de contraintes et ça ne vient en tout cas... Je parle, je pense, toi aussi pour les endroits où tu as travaillé, je n'ai jamais vu, et je le dis sincèrement, je n'ai jamais vu quelqu'un qui sait qu'une information est fausse et qui décide de la...
- Speaker #0
Et puis en plus après tu as ton rédacteur en chef qui passe derrière. Bien sûr,
- Speaker #1
tu as des services juridiques qui passent dessus. Donc si vraiment il se passe qu'à la fin il y ait une erreur, la majorité du temps elle vient juste d'un manque de contrôle ou de contrainte ou de quelque chose, mais elle n'est jamais sciemment... Une bonne exemple à manipuler. C'est ça, elle n'est jamais sciemment dans la tête du journaliste, parce qu'à la tête du journaliste... sa crainte première, c'est d'avoir fait une erreur. Et donc, on ne le contrôle pas. Et là, ce documentaire, c'est presque un documentaire avorté aussi parce que dedans, je raconte des séquences que je n'ai pas filmées. Et je ne les ai pas filmées parce que j'ai été dépassé par ce que j'étais en train de vivre, ce que je n'aurais jamais pu me permettre dans un documentaire classique.
- Speaker #0
Et est-ce que si tu avais, je sais que tu avais plein de rencontres, mais c'est pour donner envie peut-être aux gens de... de regarder le documentaire, est-ce que tu as une anecdote, quelque chose qui t'a vraiment marqué dans ce documentaire ?
- Speaker #1
C'est une bonne question.
- Speaker #0
Qui t'a ému, je ne sais pas.
- Speaker #1
Il y a... Il y a un moment que je crois que je ne raconte pas dans le sujet.
- Speaker #0
On adore.
- Speaker #1
Qui est donc, pour le contexte, avec mon ami, on vivait dans une famille, on était dans une yourte tout le temps, on était à peu près 8 à certains moments, et donc on n'avait aucune intimité. Et en fait, à un moment donné, alors ça va paraître horrible ce que je vais dire, ça va paraître très sale, mais on n'avait pas pris de douche depuis 10 jours. Parce que personne ne prenait des douches. Et nous, on s'est mis dans le truc. Et on a fait... Parce qu'on nous disait tout le temps... Tu t'adaptes. Et ils nous disaient tout le temps... En fait, peut-être qu'ils en prenaient quand on n'était pas là. Mais en tout cas, on ne voyait pas comment faire. Et quand on demandait, parce qu'on demandait quand même, on nous disait, demain, on va ramener un truc pour le faire, etc. Et donc, ce n'est pas qu'ils ne se lavent jamais. Je ne suis pas en train de dire ça.
- Speaker #0
mais de fait c'est une peur de ne pas déranger, de ne pas insister c'est ça,
- Speaker #1
peut-être que c'est de notre faute en Amazonie j'avais vécu la même chose un moment avec mon pote, on n'a pas pris de douche pendant une semaine eux ils se douchaient tous les jours c'était notre problème à nous peut-être qu'au fond on avait envie de tu vois, de... bref
- Speaker #0
Et à chaque fois, on nous disait, demain, on va vous montrer comment on fait. On ne voyait pas, on était dans les steps, il n'y a rien. On va vous montrer comment on fait et tout. Et à un moment, la mère, j'ai Asma, elle arrive avec une sorte de tente douche. C'est une longue tente comme ça, avec un jet d'eau, en mode, ça va être ça la douche. Ce n'est pas compliqué, OK, ça va être ça la douche. Et le moment devient absurde parce que rien n'est... En fait, tout est compliqué souvent en Mongolie. Et en tout cas, là où on était. Et là où il fallait juste qu'on nous laisse dans le truc. il voulait qu'on amène autre chose puis d'un coup il y a Jasma qui est avec les caleçons de mon pote assis dans le truc, on se dit pourquoi il y a les enfants qui s'assoient devant et qui regardent et qui attendent il y a toute une série comme ça de trucs complètement absurdes où nous à la fin on finit par juste dire non mais c'est bon il y a un puits en fait on va aller se laver au puits il nous dit absolument pas que vous laviez au puits mais il nous donne pas de raison on dit mais pourquoi est-ce qu'on va tomber malade ça donne si tu veux une scène un peu kafkaïenne Ça part un peu comme il dit, italienne. Ça part un peu dans tous les sens. Sur le moment, j'ai trouvé ça absurde. Je me suis dit, mais pourquoi c'est aussi compliqué ? Pourquoi on n'arrive jamais à faire des trucs simples ? Parce que c'était un peu, j'en parle dans le documentaire, tout est tout le temps compliqué. Et avec un peu de recul, je me suis dit, mais ils avaient juste envie de nous faire plaisir. Ils avaient juste envie de nous faire plaisir. Ils avaient dû aller récupérer le truc. Et pourquoi ça m'a touché ? Non seulement parce que tu vois des gens... qui ont juste envie de te faire plaisir. Donc même quand des amis font ça, ça m'émeut. Et là, des gens qui à la base n'étaient pas mes amis, qui le sont devenus, c'est trop beau juste le fait que des gens ont envie de te mettre bien. Et j'ai interrogé mon regard, là aussi. Je me suis dit, est-ce que tu ne deviens pas égoïste en fait ? Est-ce que tu ne deviens pas cynique à ne voir que l'absurdité d'un moment et à ne pas être capable de voir... vraiment ce que des gens sont en train de faire pour toi. Et ça, ça vaut, là j'en parle en Mongolie, mais ça vaut dans la vie, où des fois on est tellement dans nos tunnels, dans nos trucs, qu'on ne se rend pas compte qu'on peut être égoïste, qu'on ne se rend pas compte que...
- Speaker #1
Est-ce que pour nous c'est tellement simple, quand on est dans notre appart, de prendre une douche, que ça soit compliqué, c'est un peu absurde pour nous, alors que pour eux c'est aussi leur quotidien peut-être ?
- Speaker #0
Ouais, c'est ça, c'est-à-dire qu'à un moment, j'en parle dans le documentaire, c'est le fait que des fois il y a besoin de voiture pour se déplacer. Nous, pendant une bonne partie du mois, la famille n'avait plus de voiture. Donc, dès qu'on devait se déplacer, on était extrêmement dépendant d'autres personnes. Et bien, en fait, on vous dit, la voiture, elle arrive à 10h demain. Donc, c'est un voisin qui va retourner dans la ville, ramener une voiture et tout. Et en fait, ça arrive le lendemain. Et nous, on est là en mode parisien, en mode urbain, tout ce que tu veux. Ce n'est pas possible. Comment tu peux dire 10h et arriver un jour après ? Et eux, ce n'est pas qu'ils y prennent plaisir à ça. C'est que c'est comme ça. Ce temps, il est plus distendu. Il est entièrement dicté par le vivant. Tu ne peux pas prévoir 14 heures. Ce n'est pas 14 heures, en fait. Et nous, notre mode de vie surdécoupé, anxiogène, je ne dis pas que c'est bien ou que ce n'est pas bien. Ça vient avec d'autres avantages aussi. Peut-être plus de fiabilité. Mais ce n'est pas inné, en fait. Et il y a plein de modes de vie qui ne ressemblent pas à ça. L'amazoniste est la même chose. Ça ne ressemblait pas du tout à ça. Les moines bouddhistes, ça ressemblait énormément à ça. Tout était carré à l'heure près. On revient à cette idée, il y a mille manières d'être humain et à un moment, il faut se décentrer. Il faut apprendre à regarder autrement, sinon on reproduit des schémas, des clichés et on raconte rien de bien intéressant.
- Speaker #1
Est-ce que tu as d'autres projets pour ta chaîne YouTube ? Là, il y a ces documents, mais globalement, tu l'as imaginé comment, cette chaîne YouTube ?
- Speaker #0
L'idée, évidemment, il va y avoir un projet fil rouge. qui est une collection documentaire qui va s'appeler Humanité, où j'ai eu le soutien de l'UNESCO l'année dernière, le soutien institutionnel de l'UNESCO là-dessus. Et donc, il va viser à être des documentaires où il y aura aussi cette incarnation. Ça va être différent de la Mongolie, il n'y aura pas de face cam, on sera vraiment dans du documentaire immersif, pur, sans moins de réflexion, plus d'action, on va dire. Et qui sera consacré à la documentation de peuples autochtones. et de communautés minoritaires dans le monde. Et le but de cette chaîne au sens plus large, c'est que ce soit à chaque fois des récits sur des communautés, que ça raconte le destin de ces communautés-là, avec toute une série, je pense, de contenus un peu périphériques où des fois on se posera des questions sur le documentaire, parfois je parlerai d'autres documentaires, d'autres personnes, où je vais aussi aller, il faut que j'ai des formats où je puisse partir sur le terrain, il faut aussi que je puisse avoir des formats un peu plus... facile à produire moins cher évidemment parce que sinon je pourrais jamais tenir le rythme d'une chaîne comme ça et aussi Moi je me pose beaucoup de questions sur le voyage, sur l'aventure, je pense au volontourisme aussi, quelque chose que je dénonce beaucoup, le tourisme humanitaire. Donc pourquoi pas y consacrer aussi une vidéo en fait, ça va être ces thématiques là, donc n'hésitez pas à vous abonner. Alors si les gens veulent te suivre,
- Speaker #1
où est-ce qu'ils peuvent te retrouver ?
- Speaker #0
Alors surtout sur Insta, on va dire que c'est quand même mon compte principal où je donne toutes mes actus, toutes mes infos, donc à mon nom Robert Garçon. Et après, maintenant, cette chaîne-là, où là, il y aura le contenu. En tout cas, sur Insta, c'est là que je donne... toutes les news de ce que je fais des conférences,
- Speaker #1
beaucoup de sondages beaucoup de trucs participatifs c'est mon nom aussi comme ça je suis facile à trouver c'est Roberto Garçon une dernière question si tu avais un conseil à donner à quelqu'un qui nous écoute qui soit journaliste ou même pas journaliste et qui se dit c'est super les documents que fait Roberto c'est super son projet si quelqu'un a envie de se lancer tu lui dis quoi ?
- Speaker #0
moi je dirais qu'il faut vraiment C'est le mélange entre pragmatisme et passion. C'est-à-dire qu'il faut être passionné. Je pense que ça ne suffit pas. Il faut comprendre comment ça fonctionne. C'est-à-dire, je dis n'importe quoi, quelqu'un qui voudrait jouer dans des bars, il faut qu'il comprenne comment ça fonctionne. Il faut qu'il parle à des gens qui jouent dans des bars. Il faut que cette personne se pointe dans des bars. Moi, ça a toujours été, je suis passionné. Et en même temps, j'essaie vraiment de comprendre l'écosystème dans lequel ça opère. Et ensuite, je fais des choix pragmatiques. et Et je sais où mettre mon énergie. Je n'ai pas toujours su la mettre. Je ne sais pas toujours où la mettre. Mais je dirais surtout de faire. Et de faire ce qu'on peut. C'est-à-dire que... L'exemple que je donne parfois, c'est le comptable qui veut devenir guitariste. Soit il a les sous pour quitter son truc et devenir guitariste. Pourquoi pas ? Si le mec me dit, je ne peux pas parce que je travaille déjà 3 jours par semaine. Bon, d'accord, mais il te reste 4 jours. Non, je ne peux pas pendant 4 jours parce que... je fais ci, je fais ça, ok, il reste un jour, fais-le pendant un jour et là la personne te dit oui mais les guitares j'ai pas assez d'argent pour acheter des cours de guitare, je comprends regarde sur internet, j'ai pas assez d'argent pour acheter une grande guitare ok, alors achète une guitare d'occasion en gros, il faut commencer il faut commencer par un truc et après tu grattes tu grattes, tu grattes, tu grattes et ça fonctionne et il faut vraiment se dire la vérité est-ce que j'ai vraiment envie de le faire moi j'ai des gens que je connais qui ont des... projet, ça fait 5 ans, 6 ans, 7 ans, 8 ans, tu dois en connaître aussi. Ah, je ferai ça, je ferai ça, je ferai ça. Et en fait, moi, la vérité, c'est que j'ai envie de leur dire... Après, on a tous nos contraintes, on peut avoir des accidents de la vie. Là, honnêtement, c'est pas ce genre de situation-là. Là, c'est des gens qui rêvent un peu leur vie. Et moi, j'ai envie de leur dire, je pense que vous avez pas vraiment envie de le faire.
- Speaker #1
Moi, je pense aussi. Souvent, on me dit, t'as de la chance, c'est quelque chose qui m'agace. Alors, je comprends, tu vois, le point de vue des gens, mais ils me disent, mais comment tu fais ? Je dis, en fait, j'ai arrêté de me poser des questions et je fais. Et j'arrête... Je suis ultra perfectionniste et parfois, c'est mon côté anxieuse, mais je me dis en fait, c'est en faisant que tu vas apprendre et en fait, si tu attends d'être parfait pour te lancer, tu ne le seras jamais. Et donc moi, ça fait un an et demi que j'ai mon podcast, entre le premier épisode et aujourd'hui, j'ai progressé et à chaque fois, j'essaye de m'améliorer. Et donc, je pense qu'aussi, il faut juste faire et puis tu vas apprendre aussi en faisant. Enfin, je ne sais pas si...
- Speaker #0
Bien sûr, et tu vois, là, ça m'émerge un tout dernier conseil qui est en lien avec ce que tu dis, c'est... En fait, il faut sortir des trucs. Et l'argument de super fictionniste, pour beaucoup de gens, c'est un rempart à ne jamais rien sortir. En fait, je suis en mode, si même les plus grands réalisateurs, si même Scorsese, à un moment, il lâche son film, il le sort. Ce n'est pas parce que son film, il est parfait. D'ailleurs, il y a une citation, c'est de Fincher qui dit, on ne termine pas un film, on l'abandonne. Et en fait, à un moment, il faut sortir des choses. Moi, tu vois, j'ai aussi fait... La Mongolie, c'était aussi des épisodes que j'ai fait sur Insta l'année dernière. Il n'y a pas un seul de ces épisodes-là où je ne peux pas le revoir et me dire, ça, j'aurais dit ça différemment. Moi,
- Speaker #1
je suis horrible quand je revois ce que j'ai fait.
- Speaker #0
En fait, je suis en mode, ce qui compte, c'est le fait de sortir des trucs. Tu avances, tu avances, tu avances.
- Speaker #1
Tu essaies toujours de faire de ton mieux. Moi, je me dis, à partir du moment où j'ai fait de mon mieux, quand c'est sorti, c'est OK.
- Speaker #0
Et peut-être que ton mieux aujourd'hui fera honte à ton mieux dans dix ans.
- Speaker #1
et en même temps, ça fait un an et demi que j'ai mon podcast et j'ai beaucoup de tendresse pour le premier épisode parce que je sais à quoi je pensais quand je l'ai tourné les craintes que j'avais et donc je me dis que ça fait partie du chemin aussi en fait tu étais au summum de ce que tu pouvais faire à ce moment là et moi je trouve que la leçon elle est magnifique et
- Speaker #0
ça je le dis beaucoup aux gens En fait, il faut accepter, moi je pense que j'ai accepté assez vite que je serai tout le temps en train d'apprendre.
- Speaker #1
C'est ça,
- Speaker #0
j'ai accepté très vite que, peut-être que des fois t'en es convaincu quand t'as 22 ans ou quoi, mais j'ai vite compris que je ne savais pas tout, que toute ma vie je vais apprendre. Là tu vois, je fais cette première vidéo, je la sors, j'aime beaucoup comment elle est, déjà je sais que je peux faire mieux et que je ferai mieux. Et peut-être qu'à ce moment-là, avec les contraintes que j'avais, mes capacités et tout, je ne pouvais faire que ça. Mais c'était le mieux que ce que je pouvais faire. Et peut-être que dans 10 ans, je regarderai avec tendresse en me disant « Ah mais maintenant, à l'époque, tu n'avais pas compris ça, maintenant tu l'as compris. » Mais c'est trop bien. Ça veut dire que tu avances. Et donc, il faut se débarrasser de cette fausse humilité-là, de se dire « Ce n'est pas assez bien. » Mais ouais, ce n'est pas assez bien. Mais c'est tout ce que tu peux faire. Alors fais-le, et après, ça sera mieux.
- Speaker #1
Parfait. toute dernière question je crois qu'on a un peu dépassé si tu voulais entendre quelqu'un à ce micro pour décrypter les médias, les récits créateur de contenu ou journaliste tu voudrais écouter qui ?
- Speaker #0
bonne question, je réfléchis il y a plein de il y a plein de noms tiens je vais parler d'un youtubeur que j'ai découvert à la salle de sport enfin je ne l'ai pas découvert tu ne l'as pas croisé à la salle de sport non c'est toutes les vidéos que je regardais quand j'étais sur mon tapis ça C'est un gars qui s'appelle Nicolas Delage, qui est un youtubeur ciné. Et au début, quand je suis tombé sur ses vidéos, je me suis dit, encore un mec qui va juste faire des critiques de films, etc. Et en fait, c'est un gars, je ne connais pas son parcours, je ne le connais pas du tout personnellement ni rien, mais c'est des vidéos sur l'industrie du cinéma, où il raconte des histoires de l'industrie du cinéma, mais il fait un vrai taf de journaliste. Je pense qu'il n'est pas journaliste à la base, mais c'est un passionné. Et donc, il va être capable de parler d'un film qui n'est jamais sorti. Il va retrouver les réals, les monteurs, les trucs. et ça c'est un truc qui est assez un peu inspirant parce que c'est quand même du contenu niche un contenu de descriptage de l'industrie du cinéma et de ses histoires un peu folle et très bon storytelling donc ça nous montre qu'il y a tout à investir sur Youtube en fait et qu'il faut être créatif
- Speaker #1
Merci pour cet échange c'était trop trop cool, bon courage pour demain j'invite les gens qui nous écoutent à aller s'abonner à ta chaîne c'est super important pour nous Donc soutenez Roberto et suivez-le si vous avez envie, sur sa chaîne YouTube. Et puis nous, on se retrouve dans deux semaines. Merci. Ça va,
- Speaker #0
ça a été ? Oui,
- Speaker #1
trop bien. C'est juste qu'à chaque fois, ça passe trop vite.
- Speaker #0
Il est quelle heure ? On est passé dans 15h.
- Speaker #1
Ça va. Attends, je voulais juste demander. Vas-y. Ah oui, est-ce que tu peux faire un... Dis-moi. En général, la veille de la sortie de l'épisode, je poste une souris avec un petit facecam. OK. Est-ce que tu peux me faire un petit... Là, d'ici ? Oui. Juste dire, c'est Roberto Garcin. ok ok vas-y je vais trouver et on se retrouve sur Jetez le lien et donc je termine en disant et on se retrouve sur
- Speaker #0
Jetez le lien dans le podcast de Mélanie donc je regarde tout droit je commence par en disant bonjour bonjour je m'appelle Roberto Garçon on va se retrouver la semaine prochaine pardon n'importe quoi on va se retrouver bientôt t'inquiète Merci. Bonjour, je m'appelle Roberto Garçon, on va se retrouver sur le podcast de Mélanie, je te le dis en off, pour parler de mon documentaire en Mongolie, de chaîne YouTube, de journaliste, de rêve, de regard de récit. Donc si ça vous intéresse, n'hésitez pas à jeter un oeil.
- Speaker #1
Ça va ? Ça va, ça a été ?
- Speaker #0
Ouais, merci à toi, c'était super.
- Speaker #1
Trop cool.
- Speaker #0
Un effet thérapeutique, tu sais.
- Speaker #1
Désolée.
- Speaker #0
Non, non, pas du tout.
- Speaker #1
Moi je pourrais parler de docu et de reportage filmé.
- Speaker #0
Ah oui, même quand tu as dit, tu vois, quand tu disais parler de récits, mais moi c'est... Moi j'adore le cinéma, c'est vraiment une de mes grosses passions, je parle souvent. Et je peux vraiment regarder un film, voir comment ils ont raconté, tu vois, extraits à la manière dont c'est raconté. Oui, j'ai regardé ce film.