- Speaker #0
Bonjour à toutes et tous, c'est Céline, kinésithérapeute près de Lille. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Kinécast de la FEDE, la communauté dynamique et innovante des kinésithérapeutes. Chaque semaine, vous découvrirez les témoignages, les conseils et les astuces de kinés passionnés et engagés sur des sujets qui vous interpellent dans votre pratique, et aussi sur l'actualité. Ensemble et avec la FEDE, bougeons les lignes de la kinésithérapie. Bonne écoute ! La Médicale accompagne près d'un masseur kinésithérapeute sur trois en France, assurant donc des assurances adaptées aux besoins des masseurs kinésithérapeutes,
- Speaker #1
tant professionnels que privés. La Médicale assure les professionnels de santé.
- Speaker #0
Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Kinecas. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Frédéric Derameau. Bonjour Frédéric.
- Speaker #1
Bonjour Céline.
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien, très bien. Ravi d'être présent ici.
- Speaker #0
Alors oui, on est dans le cadre des journées annuelles de la Société française de gériatrie et de gérontologie. Merci tout d'abord d'avoir accepté de participer à cet épisode.
- Speaker #1
Merci pour l'invitation.
- Speaker #0
Merci à toi. Eh bien, tout d'abord, je vais te proposer de te présenter, s'il te plaît.
- Speaker #1
Moi, je suis Frédéric Derameau, je suis kinésithérapeute depuis 16 ans et demi. Je suis diplômé 2009 à l'école de Rouen et je travaille actuellement au CHU de Rouen en SMR gériatrique. Et en gros depuis 16 ans et demi je n'ai fait que de la gériatrie sur des activités type SMR, donc soins médicaux de réadaptation en EHPAD, donc établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. Donc ça a été le début de ma carrière, j'ai travaillé pendant à peu près deux ans et demi. Puis après une activité à mi-temps, mi-temps EHPAD, mi-temps SMR, sur l'accueil de jour, sur la consultation aussi, consultation gériatrique. et sur différents hôpitaux du groupement hospitalier territoire autour de Rouen, donc à l'hôpital de Darnétal pendant 14 ans et demi. Et puis, une petite aventure à Neuchâtel-en-Bray. Et là, je suis au CHU de Rouen, le cœur névralgique de ce qui se passe en termes d'activité médicale, paramédicale à Rouen.
- Speaker #0
D'accord. Alors, tu as exclusivement travaillé dans le domaine de la gériatrie ?
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Alors, pourquoi ?
- Speaker #1
J'ai envie de dire un peu par hasard en fait. Vraiment, il y a parfois des hasards dans la vie où il se trouve que j'avais pas forcément envie de démarrer en libéral parce que je me sentais pas très à l'aise sur l'activité libérale, démarrer comme ça, être tout seul dans la fosse au lion avec les patients, où je me sentais pas forcément des plus compétents, des plus à l'aise. J'avais besoin de travailler en structure, d'être accompagné avec eux. Voilà des collègues autour de moi et j'avais besoin d'avoir une équipe un peu fixe, de ne pas être un peu roulant, d'être dispatché dans des services à droite à gauche. Et l'hôpital de Darnétal m'a proposé une place à l'époque. Et il se trouve que le chef, le cadre de rééducation là-bas, le Coquizart, a été intervenant aussi à l'école. Et c'est vrai que ces cours étaient intéressants. Franchement, il y avait quelque chose d'assez stimulant, il y avait quelque chose en lien avec la technique. C'est-à-dire qu'on pouvait voir que la gériatrie c'était aussi une rééducation technique et autour de la relation, autour de la recherche aussi, parce que c'est quelqu'un qui a fait des publications. Et voilà, sa dynamique, ce qu'il proposait m'intéressait. Je me suis retrouvé un peu par hasard à l'hôpital de Darnétal. Au début, rien à voir, je voulais bosser avec les musiciens, ou avec les musiciens ou avec les sportifs. Voilà, j'ai fait ou ni l'un ni l'autre, ou tout ça en même temps avec le contexte gériatrique. Je m'étais dit que j'allais faire un mois ou deux pour commencer quelque chose, commencer mon activité d'une façon. Et ça fait 16 ans et demi que ça fait un mois.
- Speaker #0
Oui, donc voilà, tu as continué dans ce domaine. Alors justement, qu'est-ce que ça t'apporte justement de travailler en gériatrie ?
- Speaker #1
Écoute, c'est intéressant. C'est une question qui m'a été posée il n'y a pas très longtemps avec d'autres collègues kinés. Et en fait, moi, j'y vois du sens. C'est-à-dire qu'on est dans... Dans un monde où on entend des gens dans d'autres domaines de travail dire « j'ai perdu le sens de ce que je devais faire, je ne vois plus de sens » , le sens est tout trouvé. Ces personnes qui ont été jeunes à un moment de leur vie, qui se retrouvent en situation de fragilité, de vulnérabilité, leur apporter des soins, des soins de qualité, en tout cas dans la mesure du possible, au maximum de ce que je peux faire, dans le cadre d'une activité interpro à l'hôpital. En fait, quand des personnes arrivent dans l'incapacité de se lever de leur fauteuil, repartent éventuellement en marchant, je ne vais pas dire en courant, mais en marchant et en étant capable de se relever du sol, je me dis que ça, ça me permet de donner du sens à ma vie.
- Speaker #0
Cet aspect fonctionnel, en fait.
- Speaker #1
L'aspect très fonctionnel et puis assurément l'aspect humain, l'échange avec des personnes évidemment plus expérimentées, plus matures, m'a amené à, je te dirais, mûrir peut-être aussi un peu plus et être confronté à des problématiques où quand on a 22-23 ans, on n'est pas du tout confronté à ça. Je pense effectivement à la maladie chronique, je pense à la fin de vie. Voilà comment les gens réagissent autour de ça. Est-ce que... quels enseignements ils donnent par rapport à ça, c'est quand même très très intéressant. Et quand nombre de patients me disaient « Frédéric, profitez-en » , mais voilà, c'est pas « profitez-en, faites la fête, buvez à Tire-Larigot » , c'est pas ça. C'est avoir une vraie réflexion sur la vie, vivre intensément la vie, en profiter, on va dire être passionné. Et c'est ça en fait que j'ai retenu des enseignements des patients. a amené à, finalement, peut-être ne pas réaliser certaines erreurs qu'ils ont pu faire. Et en même temps, j'ai envie de dire avoir un regard peut-être un peu plus aiguillé sur la vie, un peu plus mature, et essayer de comprendre aussi qui je suis, moi, au fond. Ça m'a aidé aussi.
- Speaker #0
Alors, tu as même poursuivi par un diplôme interuniversitaire aussi. C'est ça. ce que tu me disais quand on a... préparer cet échange. Alors tu l'as déroulé où alors ?
- Speaker #1
Alors ce DU, je l'ai fait en deux temps. En fait, j'ai pu participer à l'enseignement du DU de kinésithérapie et réhabilitation gérétrique. Ça s'est fait avec l'université de Bourgogne à Dijon, à l'époque Dijon et Saint-Etienne. Ça a été, si tu veux, une expérience extrêmement intéressante. Ça faisait trois ans, deux ans et demi, trois ans que je travaillais. Il fallait trouver une formation en lien avec mon domaine d'activité, donc le DU semblait tout naturel. Loïc O'Kissar m'avait conseillé de faire ce DU. Une autre de mes collègues m'avait aussi conseillé de le faire en me disant « Tu verras, rencontrer France Mouret, c'est vraiment un personnage, c'est vraiment quelqu'un d'emblématique, c'est quelqu'un de passionnant, tu verras, c'est génial. » Et effectivement, j'ai rencontré France Mouret et ça a été une des rencontres qui a pu marquer ma carrière. L'idée, c'était d'acquérir de nouvelles connaissances, évidemment, et puis rencontrer aussi d'autres personnes qui bossent dans le contexte gériatrique, voir si on a les mêmes approches, si on peut se jauger aussi. Est-ce que ce que je fais, c'est bien ? Est-ce que je peux faire autrement ? Et en fait, l'EDU m'a apporté... Vraiment des connaissances sur le plan théorique, sur le plan pratique aussi, de façon significative. Et ça a apporté, j'allais dire au sens noble du terme, un réseau des rencontres des personnes un peu partout en France et qui sont elles aussi passionnées par la gératrice ou en tout cas qui s'interrogent sur comment mieux prendre en soin les patients. Et c'est vrai que partager ces mêmes valeurs, ça permet de créer des liens. de continuer à se rencontrer sur des congrès, par exemple, et puis éventuellement monter des projets ensemble.
- Speaker #0
Et donc, tu disais, tu l'as fait en deux temps.
- Speaker #1
En fait, je l'ai bénéficié de l'enseignement sur une année entre l'été 2012 et l'été 2013, mais je n'ai soutenu mon mémoire qu'à l'automne 2016. Entre le moment où je me sentais prêt à rédiger ce mémoire, parce que je n'avais pas forcément de... D'idées, rédiger un mémoire, moi je suis diplômé 2009, donc si tu veux la recherche scientifique, c'est pas du tout le genre d'élément auquel on était formé. Et puis faire un mémoire, juste un récit de pratique clinique, bon, c'est un peu limité, je ne voyais pas l'intérêt. La recherche, voilà, j'étais pas forcément très à l'aise avec ça, et puis j'ai pu trouver au fur et à mesure, entre 2013 et 2015, là où j'ai commencé à écrire, des personnes ressources qui m'ont accompagné. Et puis là encore, des rencontres, voilà, je pense à... à Alice Karmaly, dont j'étais le directeur de mémoire de fin d'études, mais qui a été une de mes collègues, et qui est une amie, et qui, dans le cadre de son mémoire, avait commencé à travailler autour d'un logigramme, d'un arbre décisionnel autour de la pratique, de la proposition du relevé du sol, et c'est une idée que j'ai pu reprendre. Donc voilà, si elle n'avait pas été sur ma route, jamais j'aurais pu faire ce travail-là. Et donc voilà, tout ça m'a amené à me dire que j'étais mûr pour écrire ce travail, pour... Lire cette quantité pas négligeable de littérature parce que pour écrire il faut aussi pas mal lire en amont. Il y a une méthode un peu à respecter pour moi c'était l'initiation à la recherche et C'était quelque chose d'extrêmement positif et un tremplin pour ensuite continuer à communiquer autour du sujet de mémoire en l'occurrence.
- Speaker #0
Donc ta thématique était le relevé du sol. C'était le relevé du sol tout à l'heure. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu justement comment ça s'est déroulé ?
- Speaker #1
En fait, comme je te disais, en termes de méthode, j'étais pas du tout à l'aise. Et moi, en fait, j'ai monté mon sujet un peu à l'envers, c'est-à-dire que... Pendant plusieurs années, j'ai colligé des infos concernant les patients, leurs résultats lors du bilan de fin de prise en soins, au test moteur minimum, test de tinnitus, time d'opégo test, vitesse de marche. Et là encore, petite parenthèse, l'âge et l'indice de masse corporelle qui sont des paramètres personnels très importants. Et là, c'est un étudiant qui avait vu un peu le travail préparatoire qui me dit « Fred, pourquoi tu n'intègres pas l'âge et l'indice de masse corporelle ? » C'est vrai, les patients disent « je suis trop vieux, je ne peux plus le faire » ou « je suis trop gros, je ne peux plus le faire » . C'est vrai que... Là encore, c'est extrêmement pertinent. Bien sûr, oui, oui, tu as raison. Et j'ai encore modifié la physionomie de l'étude en quelque sorte. Et voilà, j'ai colligé des infos en me disant que ça allait me servir un jour, mais sans savoir exactement ce que j'allais en faire. Et au lieu de poser la question et de dire je mets une méthode pour répondre à la question, j'avais des infos et c'est dire que ça peut répondre à quelle question. Voilà, j'ai fait un peu à l'envers. C'était l'initiation à la recherche. L'idée, c'était de savoir si ces tests cliniques d'évaluation qu'on utilise en gériatrie de façon régulière, peuvent être prédictifs de la capacité à se relever du sol chez les patients.
- Speaker #0
Et donc, tu l'utilises en pratique clinique ?
- Speaker #1
Ces tests-là sont utilisés de façon quasi systématique dans la pratique clinique, quasi quotidiennement, quand l'état de santé du patient le permet. et si c'est pertinent en tout cas pour le patient. Effectivement, je pense que j'ai encore beaucoup évolué depuis la réduction de ce travail qui remonte à pas loin d'une dizaine d'années maintenant. Et maintenant, je pense qu'il y a tout un tas de processus qui deviennent très implicites et où rien que le fait de voir bouger les patients, ça permet de me donner une idée sur leur capacité potentielle à se relever du sol. Alors après, pour ceux qui voudraient lire Donc, Mon travail, je vais leur laisser le découvrir. Il y a eu un peu d'inertie entre le moment où j'ai soutenu le travail et le moment où j'ai fait une présentation au JFK en 2017 pour parler des résultats. Parce que François Moret, à l'époque, m'a dit « Vous avez abordé une problématique qui est extrêmement intéressante et il faut en faire quelque chose, il ne faut pas garder ça pour vous. » Donc je me suis exécuté, je me suis un peu sorti de moi, je suis sorti de la zone de confort pour dire je vais prendre la parole en public, je vais répondre à un appel à communication et voir ce que ça peut donner. Et pour ensuite en faire un petit article en toute modestie pour Kiné Scientifique quelques années après.
- Speaker #0
Et là, parmi tes projets, il y a aussi le projet de la Chambre des Erreurs. Est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Oui, alors ça, pareil, c'est quelque chose qui est venu un peu par hasard. On était dans le courant de l'année 2017 et où dans tous les établissements il y a des semaines un peu thématiques, semaine bleue, semaine sécurité patient et évidemment la prévention des chutes dans un contexte gériatrique ça a quand même beaucoup de sens. Et la présidente de CME de l'époque Christelle Bazir nous a dit bah les kinés, les rééducateurs vous pourriez pas faire un truc un peu pepsi, un peu sympa là plutôt que de faire une présentation, faire quelque chose qui bouge qui fasse participer On s'est dit, pourquoi pas, qu'est-ce qu'on peut faire ? Une chambre des erreurs sur la thématique de la prévention des chutes, ok, ça n'existe pas. On a monté quelque chose en équipe.
- Speaker #0
Ça n'existait pas donc ? Ça n'existait pas.
- Speaker #1
On a monté, on a fait, on a eu 50 participants, c'était pas mal. Et puis quelques temps après, quelques semaines après, on a appris que le CHU de Rouen organise un concours d'innovation en santé qui s'appelle InnovaSoin. Et là qui s'ouvrait en 2018 pour la première fois aux établissements du GHT, du groupement hospitalier de territoire, qui n'est pas juste restant au CHU mais aux établissements alentours. Et on s'est dit pourquoi pas participer à ça, pourquoi pas. Donc on a soumis un appel à candidature et je passais les étapes mais il se trouve qu'on a beaucoup bossé là-dessus en équipe. Et je me suis retrouvé un peu par hasard le porte-étendard de ce projet parce que à la base c'est quand même, je dirais plus simple. projet ergothérapique dans le domaine de la rééducation. Tout ce qui est aussi en lien avec l'environnement, c'est l'expertise ergothérapique où nous, on a des connaissances un peu générales, mais là, ça ne s'y prêtait pas. J'avais une collègue qui, elle, était à mi-temps et elle n'avait pas de temps accordé à ça, elle n'était pas disponible et j'avais un... Un très jeune collègue qui était diplômé depuis quelques semaines qui me dit « Écoute, moi Fred, je ne me vois pas du tout présenter tout ça devant tout le monde, je ne me sens pas crédible, je ne me sens pas légitime, je ne me sens pas à l'aise. » Et donc je me suis retrouvé un peu par hasard à représenter le projet d'équipe. Et on a gagné. On a gagné le concours en 2018. Donc si sur YouTube, on tape « Chambre des erreurs » et je chute en mots-clés, on va avoir le teaser, la vidéo présentation du projet. C'est une chambre des erreurs. Une chambre des erreurs, c'est quoi ? C'est un concept qui a été créé au Canada dans le coin des années 2005-2006. L'idée, c'était de mettre des personnes en situation, c'est faire de la simulation santé. On est dans un environnement fictif avec un faux patient, mais ça peut être dans une vraie chambre de patient ou sur un espace de congrès. On est dans une situation immersive, dans un scénario. L'idée, c'est de retrouver dans cet environnement fictif Ce qui peut être à l'origine de chutes chez un patient. Alors avant, ça existait sur l'hygiène, l'identité aux vigilances, le parcours du médicament, l'éthique. Mais en fait, ça n'existait pas. C'est sûr, la prévention des chutes, alors que c'est une thématique qui s'y prête particulièrement puisque c'est basé sur l'observation, en tout cas le facteur environnemental du risque de chute. Et donc c'est comme ça qu'est né le projet en 2017 et puis après avec le prix Coup de cœur du public pour Innovation en 2018.
- Speaker #0
Ça a dû vous mettre un peu de lumière, justement.
- Speaker #1
Ça a mis en lumière, en fait. Alors, je ne dirais pas l'établissement, peut-être. Ça peut être une retombée collatérale intéressante. Mais le dispositif, et moi, ce qui me semblait important de mettre en avant dans tout ça, c'est de montrer qu'on peut être dans un petit hôpital, un peu de banlieue, quelque chose qui ne paye pas de mine. On n'est pas dans des grands hôpitaux parisiens de la PHP. On peut être dans un petit hôpital et faire des choses innovantes. Et en fait, il y a des gens dans plein de... petites structures qui font des choses extrêmement intéressantes et il faut juste, effectivement, à un moment donné, se dire « Allez, on fait quelque chose, c'est bien, c'est intéressant, ça a du sens, il faut partager ça, il faut communiquer. » Vraiment, c'est l'idée clé que j'en ai ressortie.
- Speaker #0
Alors, tu parles de partage, justement, tu as aussi une activité de formateur, en fait, d'enseignant.
- Speaker #1
Effectivement, j'ai aussi une activité de, on va dire, de vacataire dans les IFMK. j'ai pu enseigner à d'autres moments dans d'autres IFM4 de façon un peu ponctuelle. Là encore par hasard, c'est des référents pédagogiques de l'école qui m'ont dit « écoute Fred, ça se passe plutôt bien, il y a des bons retours sur toi des stagiaires sur le terrain de stage, il faudrait que tu viennes donner cours. » Moi, à l'époque, en 2013, je me suis dit « vous êtes sympa, mais donner cours de quoi ? » Tu te débrouilles, tu trouves quelque chose. Et je venais de faire une formation justement encore en lien avec l'université de Bourgogne, c'était la formation des bons gestes avec les personnes âgées, là encore avec France Mouret. Donc formation très intéressante autour de l'optimisation des capacités motrices qui intègre la notion de geste et posture, de manutention, mais qui n'était pas centrée sur l'ergonomie du soignant, mais qui est centrée sur le niveau de participation de l'usager, du patient, qui est quelque chose qui, à cette époque, était assez... loin des formations manutention. Et donc, je me suis dit, allez, banco, j'avais une formation pour être formateur, allez, je vais m'exercer à ça à l'école. Et de fil en aiguille, j'ai parlé des bons gestes, j'ai parlé des échelles, d'évaluation de l'équilibre, pour proposer une aide pratique pour les étudiants pour arriver sur terrain de stage ou dans leur pratique en tant que kinédiplômé, pour essayer de s'y retrouver, savoir comment à peu près pas trop mal faire avec les patients âgés. Et puis après, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de parler de relever du sol, de leur faire expérimenter un simulateur de vieillissement, de parler de communication aussi, parce que la communication, c'est un élément qui, dans ma carrière, m'a aussi beaucoup marqué, qui m'a desservi au début, parce que j'ai fait des âneries, peut-être un peu comme tout le monde, mais quand j'ai eu conscience de l'importance, de la qualité de la communication, effectivement, beaucoup de portes se sont ouvertes, et il y a des choses qui ont été plus faciles. Donc voilà. Les interventions dans les écoles, ça s'est fait là aussi par hasard. Et ça fait une petite dizaine d'années que je diversifie mon activité avec ce genre d'éléments qui est très intéressant. J'étais là encore la semaine dernière à l'école de kiné d'Evreux à la MUS pour proposer une semaine thématique gériatrique.
- Speaker #0
Alors au sein du CHU de Rouen, justement, bien sûr, tu collabores avec les autres professionnels de santé. Comment ça se déroule ?
- Speaker #1
Par où commencer, j'ai envie de dire, il y a un travail avec l'équipe de rééducation qui est assurément très... C'est important, je pense aux échanges avec mes collègues ergothérapeutes, avec mes collègues psychomotriciens, avec la collègue orthophoniste, parce qu'il y a des liens avec tous les différents domaines connexes. Évidemment, peut-être un peu plus de proximité sur le plan fonctionnel avec l'ergothérapeute et avec la psychomotricienne, mais des liens assurés avec un collègue de la réadaptation, avec mon collègue Younes qui est enseignant à part. et qui vient aussi proposer une activité totalement complémentaire à ce que nous on peut proposer. Ça, c'est un des champs qu'on peut avoir. Et puis, j'ai envie de te dire comment ça se passe au quotidien. Moi, je suis assez peu sur mon plateau technique en tant que tel. J'y vais que si c'est nécessaire, si j'ai vraiment besoin de matériel, de dispositifs que je n'ai pas dans le service. Mais sinon, moi, dans ma pratique, c'est de me rapprocher le plus possible des équipes soignantes. parce qu'en fait, c'est elles qui sont 7h36 au quotidien auprès des patients et qui peuvent me faire des retours sur ce que les patients sont capables de faire ou pas. Donc avant finalement de faire un bilan initial, par exemple, je regarde le dossier informatique du patient, mais je vais voir mes équipes, mes collègues. De reparler. Voilà, tiens, Sandra, je dois voir M. Antel. Là, dis-moi comment ça se passe. Tiens, qu'est-ce que tu arrives à faire avec lui ? Qu'est-ce qu'il arrive à faire ? Et pour moi, c'est... finalement un élément extrêmement important parce que ça me permet déjà d'avoir une idée de ce que sont capables de faire les patients.
- Speaker #0
Tu démarres vraiment de la capacité de la personne.
- Speaker #1
Et ça...
- Speaker #0
Parce que bien souvent, malheureusement ou pas, mais en tout cas, on parle souvent plutôt des déficits.
- Speaker #1
Les déficits, voilà, de l'aspect incapacitaire. Et effectivement, l'idée, c'est d'avoir ce regard, en disant, en prenant le verre à moitié plein. et en voyant ce que sont capables de faire les personnes, les capacités présentes, les capacités restantes, comme on veut, pour pouvoir après faire des involutions vers, éventuellement si c'est possible, les secteurs qui seraient considérés comme déficitaires. Mais partir du regard des équipes soignantes, ça me permet déjà moi d'orienter mes objectifs de rééducation. Déjà, ça me donne un premier regard. Et après, ça me permet de voir le patient, de rencontrer le patient. J'aime ce côté ressenti de l'équipe, ce côté déjà regard du mouvement de la part de l'équipe. Et j'ai envie de dire maintenant, plus d'avance dans le temps et plus les équipes vont me donner un regard qui va être pertinent et quelque chose de positif. C'est-à-dire que les équipes vont dire, tiens, Madame Machin, tu vas voir, elle arrive vraiment bien à faire ça. Par contre, on a un peu galéré sur ça. OK, sur quoi tu as galéré ? Qu'est-ce qui a été difficile ? Et ça me permet déjà de voir comment je vais être présent auprès des aidants. Parce que moi, à l'hôpital, les aidants, il y a les familles, il y a les proches, mais les aidants sont les soignants en fait. Et c'est comment moi je vais pouvoir intervenir pour être efficace auprès des aidants. Comment je vais pouvoir leur apporter des clés, apporter un éclairage, un regard sur leur pratique. Donc ça, ma façon de faire, c'est très subjectif, mais en tout cas, ça semble. assez apprécié de la part des équipes soignantes. Donc, tant que ce sera apprécié, je vais continuer à aborder les choses comme ça.
- Speaker #0
Et donc, de là, après, tu collabores, tu disais avec l'enseignant à pas, les cours, il y a des choses. Et puis,
- Speaker #1
les retours avec le médecin, on dirait là, par contre, là, j'ai observé un truc, là, ça m'interpelle de voir telle douleur, de voir telle problématique. Là, le patient, il y a quelque chose qui n'est pas normal. Est-ce que tu as moyen de revoir ? Et voilà, on échange tous ensemble avec l'infirmière. Là encore, je te parlais de communication tout à l'heure. C'est un truc, ce n'est pas juste faire du reporting auprès de l'infirmière. C'est juste, au fait, là Laetitia, juste pour te dire qu'il s'est passé ça pendant la séance de rééducation. Évidemment, je ne vais pas donner une foultitude de détails inutiles. J'essaye de sélectionner les pertinents pour les équipes parce que l'infirmière, c'est le pilier du service. Donc, c'est elle qui va redispatcher les infos et ça va donner du sens. un patient qui revient de la séance, s'il dit « Tiens, au fait, Mickaël, là, monsieur Intel, il a pas mal bossé, il se peut qu'il s'en plaigne après. C'est pas impossible. » Bon, bah, derrière, les choses vont être prises différemment que si je dis rien, le patient qui remonte un peu frustré de sa séance, « Ouais, j'ai mal, c'était dur, je suis fatigué. » Voilà. Ça peut générer des tensions entre le patient et le restant de l'équipe en disant « Ouais, ça va pas, je suis pas content. » Alors que si l'équipe est au courant de ce qui a été fait, il peut y avoir déjà une explication donnée, ça peut déjà rassurer le patient. Et en tout cas, c'est l'impression que j'en ai, j'ai l'impression que ça marche plutôt bien. C'était un exemple, mais c'est un des éléments.
- Speaker #0
Alors, tu as parlé par deux fois au début de l'épisode, mais là, à l'instant de perte de sens, qu'est-ce que tu dirais justement à un kiné qui s'interroge sur sa pratique ? Qu'est-ce que tu pourrais lui conseiller ?
- Speaker #1
Là encore, je dirais par où commencer. Je pense qu'en tout cas, de ce que je connais autour de la pratique salariée, parce que je n'ai pas une grosse activité libérale, même si j'ai une petite activité d'auto-entreprise. Je pense qu'en fait, on a une... Total liberté de donner du sens à notre activité ou non. Je pense qu'il faut voir aussi quel domaine nous intéresse particulièrement et quel domaine on a envie d'explorer. Tu vois, pour faire un petit retour sur le début de l'entretien, quand j'ai commencé, j'étais angoissé par l'idée d'être un mauvais kiné. Je vais vraiment être nul, j'ai peur d'être nul. J'ai été pris comme ça de grosses angoisses. J'étais prêt à tout arrêter. Pendant tes études ? Quelques semaines, quelques mois juste avant l'EDE. J'ai l'impression que je ne vais jamais être capable de franchir le cap. Je l'ai franchi, je suis la maintenance, je suis toujours en vie. Mais par contre, je me suis dit, ok, je ne vais pas faire du libéral parce que moi, ça fait trop de choses à gérer. En même temps, je gérais des problématiques très complexes autour de la douleur, autour de l'ombalgie, autour des problématiques du pied, de la main, de l'épaule. Enfin, moi, je ne vais pas faire tout ça. Ça fait trop de formations à faire. La gériatrie, ça m'intéresse, je vais creuser dans la gériatrie. Et donc j'ai commencé par lire déjà des référentiels, des recommandations de pratique, quelques articles de littérature grise, de référentiels d'experts, l'Inserm, etc. pour déjà un peu dresser le contour de ce que je dois connaître, de ce que je peux faire, de ce qui est important pour moi dans ma pratique, de ce que je dois savoir, comment je peux aborder les patients, comment je les rééduque. Et à partir de là, en les ayant relus à plusieurs reprises, Pour affiner un peu mes connaissances, j'ai déjà un peu dressé un tableau de ma pratique. Et après, évidemment, j'ai envie de dire les formations, ça c'est extrêmement important. Se former, effectivement, si on est à l'hôpital dans un domaine précis et qu'on veut faire une formation qui n'a rien à voir. Alors soit il y a un projet qui est construit derrière et ça s'argumente, mais sinon l'idée c'est effectivement de faire une formation dans le domaine dans lequel on travaille pour avoir, on va dire, des bénéfices secondaires. très rapide dans notre pratique. Et puis, de là, c'est aussi les rencontres, se rendre accessible à ces rencontres, garder un lien avec des personnes qu'on a pu rencontrer en formation. C'est quelque chose qui moi m'a beaucoup marqué. Et puis, parfois, ce n'est pas forcément le moment de dire « oui, on n'a pas beaucoup de temps, on a des choses un peu perso sur le gris » . Fred, est-ce que tu accepterais de « bon, là, ça ne s'y prête pas » et en fait, allez, je le fais. effectivement, c'est parfois un sacrifice, c'est parfois du temps où on passe, on finit un peu tard le soir, effectivement. Je ne fais pas 35 heures de travail au total sur toutes les activités par semaine, mais ça permet effectivement de prendre du recul sur sa pratique. Tu vois, toutes ces activités-là, la formation dont on peut bénéficier, le fait de faire de la formation, ça, tu vois, tu fais une formation qui est assez pratique sur le terrain. Tu te dis que ça peut avoir un intérêt pour les étudiants, en fait, on peut aller démarcher une école, dire voilà, j'ai une heure et demie, deux heures de présentation auprès des étudiants, de formation, pratique, théorie, que sais-je.
- Speaker #0
Déjà d'accueillir des étudiants aussi. Déjà d'accueillir des étudiants,
- Speaker #1
tout à fait. Se former un peu au tutorat, à la gestion du portfolio, qui est quelque chose qui peut être un peu technique aussi. De prendre du recul sur ces compétences-là pour pouvoir être en mesure de... de cerner ces différentes compétences au quotidien auprès des étudiants. Effectivement, au début, c'est un gros effort, ça nécessite de se poser pour faire des étapes, des millions d'étapes avec les étudiants, de se poser pour rédiger le portfolio à la fin. Il y a des choses, en tout cas à l'école de kiné de Rouen et Evreux, il y a des temps d'échange. C'était assez récemment là, autour du tutorat. Il y a ce genre de formation-là. Et puis oui, des formations qualifiantes, parfois des DU, parfois des masters, parfois faire des thèses. Là encore, il y a un champ des possibles qui est extrêmement ouvert.
- Speaker #0
D'aller vers, en tout cas.
- Speaker #1
Aller vers, bien sûr. Et puis, laisser libre cours aussi à ses envies. Et puis, se rendre accessible aux opportunités. Des fois, on n'a peut-être pas le temps, mais c'est bien de se donner le temps. Je parlais d'écrire des articles. Je pense à un groupe de travail, une société savante, je ne sais pas comment la qualifier, mais la CNKS, l'association professionnelle des kinésithérapeutes salariés, qui m'a sollicité il y a quelques semaines. Il y a deux années, à la base, ils voulaient 3-4 lignes sur de la gériatrie. Et puis à partir de là, on a échangé. Et puis là aussi, il y a des rencontres. Il y a des personnes qui vont nous marquer dans notre carrière, qui vont, si tu veux, nous donner une ouverture sur un champ des possibles, où on ne reste pas cantonné qu'à de la gériatrie, mais avec une réflexion un peu plus générale sur la profession, sur « tiens, comment je m'inscris dans ça ? » essayer de se positionner un peu plus. Et ça, ça fait partie des choses qui nous animent un peu plus au quotidien par la suite.
- Speaker #0
Bien, merci beaucoup Frédéric.
- Speaker #1
Merci à toi Philippe.
- Speaker #0
La richesse de ces échanges. Alors c'est vrai qu'on a plutôt l'habitude sur Kinecast d'interviewer des kinés libéraux. Et c'est bien d'avoir aussi ton regard en tant que kiné salarié. On se rend bien compte en fait que bien sûr, on a plein de points communs. Merci beaucoup pour ton partage d'expérience. Est-ce que tu aurais encore quelques mots ?
- Speaker #1
J'ai envie de parler peut-être des liens entre la ville et l'hôpital, parce qu'effectivement, les deux secteurs peuvent être un petit peu cloisonnés. Je n'en ai pas forcément parlé précédemment, mais c'est un point qui me paraît extrêmement important, sur lequel il faut travailler. J'ai regardé peut-être des... une interview précédente de Kinecast et où il était question de MSP, de CPTS. Pourquoi pas, en tant que kinésithérapeute salarié, d'intégrer une CPTS pour avoir un lien, pour faire de la prévention ? La prévention, ça reste un point extrêmement important qui est en cours d'exploration. Ce n'est pas très vieux. Est-ce que nous, en tant que salariés, on peut aussi apporter une contribution auprès... des libéraux, mais tout comme les libéraux peuvent nous faire part de points importants quand les gens sortent d'un séjour en structure et où il y a besoin d'informations pour essayer de fluidifier les infos, de coordonner les choses avec un peu plus de facilité. Je pense que ça, ça peut être un axe de travail très important à développer pour la suite.
- Speaker #0
Et c'est vrai qu'en CPT, justement, l'une des missions c'est ce lien ville-hôpital, d'améliorer ce lien ville-hôpital, donc c'est tout à fait pertinent ce que tu viens de dire. Tout à fait.
- Speaker #1
En tout cas, c'est une proposition qui m'avait été faite il n'y a pas très longtemps par l'UKR. J'ai travaillé il n'y a pas longtemps avec la Maison de Maurice, qui est encore un des nombreux projets sur lesquels je me suis retrouvé un peu par hasard. Une chambre des erreurs un peu améliorée, une chambre des erreurs un peu 2.0, facile à transporter et qui a été utilisée il n'y a pas très longtemps sur un forum d'association avec la ville de Rouen. pour parler justement des problématiques autour de l'adaptation de l'environnement, de comment faire pour prévenir les chutes chez l'environnement. Et donc, là, ça a été un lien entre les kinésithérapeutes libéraux et le CHU de Rouen.
- Speaker #0
Avec cet épisode, tu auras peut-être d'autres propositions encore.
- Speaker #1
Éventuellement, avec plaisir en tout cas, Céline.
- Speaker #0
Merci beaucoup Frédéric.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
À bientôt.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Au revoir.
- Speaker #1
Au revoir.
- Speaker #0
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- Speaker #1
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