- Speaker #0
Bienvenue dans Kinecast, le podcast de la FFMKR. A travers nos épisodes, nous aborderons les sujets qui font l'actualité de la profession, les défis de demain et les évolutions de l'exercice, aux côtés de celles et ceux qui les construisent. Je suis Céline Deram, kinésithérapeute. Bonne écoute ! Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Kinecast. Aujourd'hui dans Kinecast, on part à la rencontre d'une consoeur qui a fait de la douleur chronique et de la santé des femmes son domaine d'exercice. Formée à l'IFMK de Lyon, elle exerce en rééducation pèle-vie pérennéologie, entre prise en charge de l'endométriose et accompagnement des patientes, présentant des douleurs chroniques. Pour parler donc de ce sujet, j'ai le plaisir de recevoir Sophie Tyson, kinésithérapeute à Montpellier. Bonjour Sophie !
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Un peu stressée, c'est normal.
- Speaker #0
C'est ta première. Tu verras, tout se passera bien.
- Speaker #1
Je suis dans l'antre du studio.
- Speaker #0
Merci en tout cas d'avoir accepté cette invitation. Est-ce que tu peux tout d'abord te présenter ?
- Speaker #1
Moi, c'est Sophie Tison. Je suis kinésithérapeute depuis maintenant presque 20 ans. Ça ne rejeunit pas tellement. Et du coup, effectivement, j'ai une spécificité en pélvipérinéologie. je reçois des... patientes principalement, même si je n'interdis pas les hommes au cabinet, qui sont atteints notamment de douleurs pelviennes.
- Speaker #0
Depuis l'IFMK de Lyon, jusqu'à ton domaine d'exercice en pelvipérinéologie, qu'est-ce qui t'a amené, justement, petit à petit, je présume, quelle formation tu as réalisée pour arriver jusqu'à cette spécificité d'exercice, notamment ?
- Speaker #1
Alors, ben... D'abord, je suis arrivée un peu dans cette spécificité par hasard. Ça a commencé par un remplacement où la kiné recevait des patientes autour de ça. Du coup, elle m'a un peu formée, ça m'a intéressée et j'ai commencé à me former à ce sujet. Puis une formation en amenant une autre, j'ai fait un peu toutes les formations autour de la pépipérinéologie. Quant à ces formations, du coup, tu reçois des personnes qui ont des problématiques sur cette zone-là. Au départ... plus autour de la future iner, du postpartum et assez vite parce que finalement les patients ne savent pas trop où aller non plus, tu te retrouves avec des patients qui ont des douleurs dans cette zone et du coup qui ont un peu toqué à toutes les portes et qui viennent te voir aussi ce qui fait que par la suite je me suis formée à d'autres types de formations parce que finalement la spécificité d'exercice n'est pas suffisante donc j'ai un peu plus approfondi le côté myofacial par exemple avec le dry leaning la médecine chinoise pour... prendre en charge un peu plus les problèmes viscéraux. Et c'est ce qui fait que maintenant, en tout cas, je m'y retrouve un peu plus dans une prise en charge un peu globale de la douleur pelvienne. Et pareil, j'ai fait un délire de douleurs pour un peu mieux recevoir mes patients qui ont des douleurs plutôt chroniques.
- Speaker #0
Tu parlais de spécificité. Je pense qu'il est peut-être important justement de revenir sur cet aspect-là. Donc, tu as la spécificité qui est reconnue par l'Ordre, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça. Quand tu as fait un certain nombre d'heures de formation autour de cette spécificité d'exercice, tu peux demander cette reconnaissance auprès de ton ordre départemental en prouvant avec toutes les attestations de formation que tu as fait le nombre d'heures suffisant.
- Speaker #0
Donc tu le disais, tu rencontres des patients en périnologie, avec des situations de douleurs persistantes. Quel type ? de problématiques justement que tu rencontres chez ces personnes ?
- Speaker #1
Alors moi j'ai des patientes qui sont assez jeunes, ce qui n'est pas peut-être habituel dans les cabinets de kiné et donc c'est des patientes qui... Dès la puberté, on rencontrait des douleurs dans cette zone pelvienne. Donc à la base, c'était une douleur qui était peut-être d'abord juste pendant les règles, mais finalement cette douleur, déjà au niveau de la localisation, elle a migré un peu partout, elle a pris déjà beaucoup de place au niveau corporel, et elle a eu malheureusement beaucoup d'incidence sur la qualité de vie.
- Speaker #0
Tu disais que ces patients souvent ont des douleurs déjà dès la puberté. Elles arrivent vers quel âge ? Voilà, est-ce que... Plusieurs années après, elles viennent te voir parce que je présume qu'étant plus jeune, c'est parfois difficile de pousser la porte de nos cabinets. Quel est leur parcours ?
- Speaker #1
C'est ça qui est vraiment navrant et souvent qui nous met un peu en colère dans nos cabinets parce qu'on a des parcours du combattant, on va dire, pour venir nous voir. Si on parle de l'endométriose, qui est souvent la maladie la plus médiatisée dans les problématiques de douleurs pelviennes, On dit que le retard de prise en charge, en tout cas de diagnostic, il est de 7 ans. Moi, je dirais que dans ma pratique, tout est possible. Malheureusement, on peut avoir des patientes où, effectivement, ça fait de nombreuses années qu'elles ont des problématiques de douleur. Donc, on comprend aisément le retentissement négatif sur l'ensemble de leur qualité de vie. Malgré tout, le côté positif, c'est qu'effectivement, je pense qu'avec la médiatisation de l'endométriose, On a quand même plus qu'avant des patientes jeunes qui arrivent, mais qui ont quand même pas mal de problématiques, qui peuvent être en échec scolaire, qui n'arrivent plus à travailler parce que la douleur a pris tellement de place qu'on est sur de l'invalidité au bout d'un moment, et en tout cas une incapacité à pouvoir faire ses activités de la vie quotidienne.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui peut expliquer, d'après toi, que ces patientes arrivent si tardivement aux cliniques, que les médecins ont tant de difficultés à nous les adresser ?
- Speaker #1
Alors, ils ne pensent pas à nous en général, parce que quand tu as une douleur au niveau de l'abdomen ou au niveau du bassin, ta première préoccupation, c'est d'écarter des problématiques organiques. Donc ça, c'est normal et c'est important. Effectivement, tu as des viscères, donc il faut vérifier que la bonne santé des viscères. Et du coup, malheureusement, la prise en charge de la douleur, elle peut arriver un peu en second temps. En plus, et ça c'est notre point fort et à la fois justement un peu ce qui nous rend unique, les médecins ne sont pas du tout habitués à bilanter tout ce qui est musculo-squelettique. Et il se trouve que dans ces douleurs, l'origine n'est pas forcément qu'organique, elle peut aussi être d'origine par exemple myofaciale. Et malheureusement, lorsqu'il s'agit du bilan justement de la douleur avec... une vision un peu myofaciale, tant qu'il n'y a pas le kinés dans la boucle, souvent il n'y a pas de bilan à ce niveau-là.
- Speaker #0
Au-delà du bilan, quels vont être les apports du kinésithérapeute dans ces domaines ?
- Speaker #1
En fait, on est un peu un acteur essentiel, parce que finalement, nous, on va proposer vraiment une prise en charge globale de la douleur. Donc, on a de la chance d'avoir autant d'outils qui peuvent permettre justement de soulager les douleurs des patients. Et donc du coup, on va faire partie du traitement de la douleur et d'un traitement justement non médicamenteux.
- Speaker #0
On parle beaucoup de douleur et c'est vrai que quand on pense douleur de la femme, actuellement, tu l'as déjà cité, mais on parle de l'endométriose. Est-ce que systématiquement, douleur chez la femme veut dire endométriose ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que l'endométriose, c'est une pathologie malheureusement qui est... beaucoup répandue, parce que c'est une femme sur dix, mais il y a plein de raisons d'avoir mal sans avoir d'endométriose. Et c'est vrai que par contre, cette maladie, elle a permis de lever le voile, ou en tout cas un peu de délier les langues et de parler plus des mots MAUX féminins, et de dire que ce n'est pas vraiment normal d'avoir mal pendant ces règles. Effectivement, on a un cycle menstruel, mais on ne le subit pas forcément, mais il peut être problématique. Et donc du coup... par cette maladie, on a parlé de la condition féminine et c'est vrai qu'on prend en charge un peu ces patientes on devient aussi un peu féministe et du coup on a envie que les femmes soient un petit peu plus représentées ou en tout cas qu'il y ait un peu plus de préoccupations autour de leur santé
- Speaker #0
Concernant l'endométriose, tu as participé à un groupe de travail sur ce sujet. Quelles pistes ont été explorées dans ce cadre ?
- Speaker #1
J'ai eu la chance de participer à un groupe de travail qui, au départ, avait pour objectif d'actualiser des recommandations au niveau de l'HAS. À l'heure actuelle, les recommandations ?
- Speaker #0
Juste une petite chose, l'HAS est la Haute Autorité de Santé.
- Speaker #1
Moi qui déteste les acrones, j'en dis, c'est horrible. Du coup, effectivement, à l'heure actuelle, il y a eu des recommandations de la Haute Autorité de Santé sur la prise en charge des patientes atteintes d'endométriose et ces recommandations datent de 2018. Et malheureusement, la kinésithérapie ne fait pas partie de ces recommandations dans la prise en charge de ces patientes. Donc on était les grands absents et du coup c'était une réelle avancée de vouloir réactualiser ses recommandations. Malheureusement, ses recommandations auront abouti sur une publication scientifique, mais ne réactualiseront pas les recommandations de la Chasse.
- Speaker #0
On espère que ça y évoluera.
- Speaker #1
J'espère aussi, mais c'est mal parti.
- Speaker #0
On parlait de santé de la femme dans sa globalité. Tu prends aussi en soin des patients de victimes de violences.
- Speaker #1
C'est vrai que la douleur pelvienne peut avoir plusieurs origines. Malheureusement, tout le contexte psychosocial fait partie de l'évaluation qu'on peut avoir quand on prend en charge de la douleur. et c'est vrai que malheureusement On reçoit quand même pas mal de patientes qui, dans leur histoire, ont subi des violences.
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu es également aussi formatrice à l'INCA, l'Institut National de la Kinésithérapie. Notamment, on l'a prise en soin de l'endométriose et des douleurs chez la coureuse à pied. Qu'est-ce que tu souhaites transmettre justement au kiné à travers ces formations ?
- Speaker #1
Déjà, un petit peu désacraliser cette zone. Montrer que finalement, il n'y a pas de problème. Peut-être pas besoin d'avoir une activité spécifique pour les prendre en charge. On a plein d'outils, en fait, tous pour prendre en charge la femme, d'une manière générale. Et aussi, du coup, que les personnes qui suivent les formations aient quand même pas mal de notions sur ce que représente la douleur persistante tout court, finalement. Quels sont les mots féminins ? Le contexte, justement, psychosocial de ces patientes. Quand j'arrive à être claire sur tout ça, pourquoi pas à la fin proposer quelques outils de prise en charge ?
- Speaker #0
Où est-ce qu'on peut retrouver justement ces informations, les informations sur tes formations ?
- Speaker #1
Alors normalement sur le site de l'INK et aussi sur Insta, parce qu'ils ont une page Insta.
- Speaker #0
Ils sont pas mal actifs en effet.
- Speaker #1
Surtout les réseaux sociaux de l'INK.
- Speaker #0
Ton parcours ne se limite pas à l'international. pas au cabinet, aux formations. Tu es aussi quelqu'un de très engagé, notamment, tu l'as été à la FNEC durant tes études, mais aussi à la FFMKR et la FFMKR 34. Pourquoi c'est important, justement, pourquoi ça l'a été, pourquoi ça l'est toujours de t'engager pour la profession ?
- Speaker #1
Alors, moi, c'est vrai qu'effectivement, j'ai commencé avec un engagement étudiant puisque j'ai été présidente de la FNEC il y a bien longtemps. Ce qui a fait que j'ai pris un peu l'habitude de dire ce qui n'allait pas, en tout cas pour qu'on puisse un tout petit peu m'écouter. Je ne dis pas que ça a avancé, mais en tout cas, pouvoir râler en public, en tout cas.
- Speaker #0
Ça avance, ça avance. Doucement, mais ça avance.
- Speaker #1
Et donc, du coup, justement, j'ai mis un peu ça de côté pour me former justement au niveau de ma pratique et gérer mon cabinet. Mais comme je te disais tout à l'heure, il y a quand même pas mal de choses qui m'ont déplu. dans le parcours de ces patientes et qui ont un peu réveillé justement ce côté joral.
- Speaker #0
La fibre.
- Speaker #1
Et du coup, ça c'est le côté négatif, mais le côté positif, c'est que moi je trouve qu'on a une profession qui est super chouette, mais qui est souvent sous-représentée et du coup, ça m'a donné envie de participer à nouveau justement au syndicalisme qui permet justement de De parler de la profession, de montrer aux autres professionnels de santé qu'on existe et qu'en fait on peut apporter plein de choses et puis d'améliorer les prises en charge au niveau santé.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des événements qui sont bientôt organisés par l'AFFR 34 ?
- Speaker #1
Oui, parce que l'actualité est quand même assez chargée en ce moment. Et du coup, on a pas mal de changements au niveau de l'activité conventionnelle. Ce qui fait que le 14 décembre, on aura une soirée avec la Sécu, avec des représentants de la CPAM de l'Hérault, pour parler des sujets conventionnels. Droits à la prescription, actes de prévention, accès direct. Donc, plein de sujets qui posent question. Et du coup, ça sera intéressant d'avoir les interlocuteurs de la Sécu.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais un dernier mot à transmettre à nos consoeurs, nos confrères sur ce sujet ou plus vastement sur d'autres ?
- Speaker #1
Bon, dernier mot, je ne suis pas très forte pour être synthétique, mais... Je pense à une patiente que j'ai vue hier, une patiente qui a une vingtaine d'années, où on a essayé de mettre en place un peu d'activité physique. Et cette patiente à 20 ans, finalement, n'est pas capable de faire 5 minutes d'affilée d'activité physique au vu de sa douleur et puis aussi de son déconditionnement. Et donc, du coup, quand je vois ces patientes-là, elle vient juste de finir ses études, elle a son diplôme, mais elle ne peut pas travailler parce que... la plupart du temps, elle est allongée dans son lit. Donc c'est vrai que ça paraît un peu sérieux tout ça, mais à la fois, j'ai envie de dire à tout le monde, il y a un peu urgence qu'on prenne en charge ces femmes-là, ces jeunes femmes, et qu'à la fois, ce n'est pas que triste, et qu'au contraire, on va leur ouvrir plein de possibilités. C'est chouette d'avoir un métier où justement, on va ouvrir plein de possibilités à ces jeunes patientes.
- Speaker #0
Merci Sophie pour cette note. positive. Et puis, on se rencontrera sûrement dans divers événements. En tout cas, encore un grand merci.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Au revoir. C'était Sophie Tison, au micro de Céline Doran, sur le Kinecas de l'OFFMKR. Merci pour votre écoute. Vos commentaires nous aident à faire vivre les débats et à choisir les prochains sujets, alors n'hésitez pas à partager votre avis. Et si vous voulez agir avec nous pour faire avancer la profession, rejoignez la FFMKR. A bientôt dans Kinecast !