- Speaker #0
Qui a dit que ce métier n'était pas pour toi ? Cosémixité, le podcast qui révèle les talents d'aujourd'hui. Un podcast de la cité des métiers.
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Cosémixité, le podcast où l'on donne la parole à des professionnels qui évoluent dans des métiers où les stéréotypes de genre sont encore très présents. Aujourd'hui, on part sur un terrain glacial, au sens propre, avec Adeline, tu es frigoriste à La Réunion. Salut Adeline.
- Speaker #0
Salut. Ça va ? Oui, ça va.
- Speaker #1
Tu nous viens là de Sainte-Suzanne. Exactement. Et on est très content de te recevoir. Tu es maman, avant tout, technicienne, et tu évolues dans un univers où parfois les températures, elles peuvent descendre jusqu'à combien ?
- Speaker #0
Moins 25.
- Speaker #1
Moins 25 degrés. Et après, il faut sortir et être là.
- Speaker #0
À la température naturelle.
- Speaker #1
Oui, de chez de l'Ars, chez nous,
- Speaker #0
à l'Arménie en ce moment. Oui, à 30-31.
- Speaker #1
30-31. Surtout en ce moment où il fait très très chaud.
- Speaker #0
On est habitués.
- Speaker #1
Et on peut dire qu'avec tout ça, tu arrives quand même à garder la tête froide. Oui. tu vas nous parler un peu de ton quotidien de ta formation des défis et surtout des victoires que tu as pu relever. Et tout ça, ça en fait, je pense, un beau mental d'acier.
- Speaker #0
C'est ça, exactement.
- Speaker #1
Adeline, bienvenue. Est-ce que tu te souviens du moment où tu t'es dit c'est ça que j'ai envie de faire ?
- Speaker #0
Non. En fait, j'ai été au collège, au collège Hippolyte Fou. J'ai passé un troisième DP6, c'est-à-dire ça te forme au niveau des métiers. On avait passé plusieurs métiers pour découvrir.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et j'ai choisi entre frigoriste climatique, mécanique ou ébéniste. C'est-à-dire, là, c'est vraiment différent.
- Speaker #1
Technique manuelle ?
- Speaker #0
Manuelle, très manuelle et différente aussi. D'accord. Et après, j'ai été sélectionnée pour frigoriste.
- Speaker #1
Ok. Tu as de la famille ou tu connais des personnes qui sont dans ce domaine-là ?
- Speaker #0
Non, du tout, du tout. Pas de famille.
- Speaker #1
Ça te parlait au début le métier un peu ?
- Speaker #0
Oui, au niveau de l'écologie, du système écologie naturel. Mon père travaille dans son propre métier, il est restaurateur. Un ancien boulangerie pâtisserie. Dédicace. Ma mère travaillait avant en tant qu'hôpital, mais maintenant elle ne peut plus, elle a un petit handicap. Du coup, ce métier, je l'ai découvert par moi-même. Oui.
- Speaker #1
Au fur et à mesure de ton parcours pro ?
- Speaker #0
Mon parcours pro, oui. Après, j'ai passé trois ans au lycée L'Horizon. J'ai bien aimé cette école, c'est pas mal, franchement. Après, au niveau classe, j'étais la seule fille.
- Speaker #1
Tu étais la seule fille de ta promo ?
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Sur combien de total ?
- Speaker #0
En total, on était à 24 et j'étais la seule fille.
- Speaker #1
Et alors ?
- Speaker #0
Les autres m'ont dit, tu ne te sens pas seule, est-ce que ça te plaît, tu te sens à l'aise ? J'ai dit, écoute, je suis habituée et ça me plaît. Ça voit vraiment la différence. Comment vous dire, au niveau mentalité des garçons et au niveau de la mentalité des filles aussi.
- Speaker #1
Ok, tu as su composer avec.
- Speaker #0
Voilà, à un moment donné, on faisait un concours par nous-mêmes, c'est-à-dire moi-même avec les autres gars qui arrivaient en premier de la classe.
- Speaker #1
Dans des épreuves ?
- Speaker #0
Voilà, math, français, math, voilà. J'étais entre premier et troisième.
- Speaker #1
Je l'ai mis à la mende.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Mais voilà, il faut tenir le coup. Et comprendre, surtout de comprendre, pas apprendre, de comprendre ce métier. Oui,
- Speaker #1
parce que ce n'est jamais le même cas de figure chez les clients, chez différents.
- Speaker #0
Oui, c'est différent.
- Speaker #1
Il faut comprendre la logique et trouver, j'imagine, d'où vient le problème, la source, et remonter le fil. C'est ça. D'accord. Il faut quand même le dire, c'est qu'avant de parler justement des genres, Toi tu avais une particularité, c'est que tu quittais Sainte-Suzanne tous les jours, tu te levais tôt vers là ?
- Speaker #0
Ça c'est après mon bac, quand j'ai reçu mon bac, et j'ai été sélectionnée en BTS à Saint-Pierre.
- Speaker #1
Mais tu habitais dans l'Est ?
- Speaker #0
Dans l'Est, et j'avais des difficultés pour trouver le logement, et du coup j'ai fait Sainte-Suzanne-Saint-Pierre.
- Speaker #1
Tous les jours pendant deux ans ?
- Speaker #0
Tous les jours pendant deux ans.
- Speaker #1
En car j'imagine ?
- Speaker #0
Oui, en bus. Et du coup j'arrivais à 7h30 pile.
- Speaker #1
À Saint-Pierre ?
- Speaker #0
Devant le portail. Du lycée.
- Speaker #1
Et ça te faisait quitter à ?
- Speaker #0
Après j'arrivais peut-être 5 minutes de retard de la classe.
- Speaker #1
Mais réveil par contre à 3 heures ?
- Speaker #0
Réveil à 3 heures, mais il fallait être solide. Ouais. Mais après je suis quelqu'un qui aime travailler.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
J'aime faire la route. Les gars me disent « Est-ce que tu ne dors pas ? Tu n'as pas sommeil en cours ? »
- Speaker #1
Tu viens revoir ton rythme aussi.
- Speaker #0
Voilà, mais non, je restais debout jusqu'à 17 heures fin de cours et je remontais à Sainte-Suzanne. J'arrivais chez moi à 20h.
- Speaker #1
Ah oui, donc l'aller et le retour c'est un challenge aussi.
- Speaker #0
C'est l'aller et le retour. Et du coup, quand j'arrivais chez moi, le cahier est fermé.
- Speaker #1
K.O. là ?
- Speaker #0
Oui, c'était K.O. Ok,
- Speaker #1
ça pendant deux ans et tout. Et quand tu regardes ton parcours aujourd'hui de bac pro, un frigoriste qualifié ?
- Speaker #0
Après le BTS, je n'ai pas reçu. Je ne vous mentis pas, niveau BTS, je n'ai pas reçu. Après, je n'ai pas eu le temps d'apprendre aussi, au niveau du parcours que j'ai fait. Mais ce n'est pas une honte. C'est quelque chose de mental. Je vois si autour de moi, quelqu'un qui faisait ça, je croyais qu'il lâchait.
- Speaker #1
Il faut tenir le rip.
- Speaker #0
Même mon père lui-même, il est fier de moi.
- Speaker #1
Je pense que c'est une grande fierté aussi. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu ? Là, tu termines tes formations. Là, tu es en contrat chez un frigoriste. Comment ça s'est passé, les entretiens, etc. ? Le processus ?
- Speaker #0
Alors dans la nouvelle boîte, ils étaient très contents par rapport à une femme. Vous êtes la seule et la première femme.
- Speaker #1
Tu faisais un remplacement ou c'était création de poste ?
- Speaker #0
Création de poste, voilà. Et du coup, ils étaient très contents. La seule femme, Frigoris, dans leur boîte.
- Speaker #1
Elle est ambassadrice.
- Speaker #0
Le patron lui-même ne me dit pas trop. Je lui dis non, quand même pas. Il faut rester quand même humble et simple. Mais voilà, j'ai toujours quand même ce petit côté, salut Adeline, ça va ? T'es bien ? Est-ce que t'as pas de problème au niveau des clientèles ? Je dis non. Oui, prends soin. Et déjà, il me dit même, c'est rare de voir une femme frigoriste qui fait ce métier.
- Speaker #1
Si je devais résumer, est-ce que frigoriste, quelque part, c'est un peu être comme un mécanicien pour des très gros, gros frigos ? On a l'image du frigo qu'on a tous chez nous, sauf que là, toi tu as bien sûr des... des machines, des grosses machines en fait.
- Speaker #0
C'est industriel.
- Speaker #1
Industriel. Tu m'as montré des photos, il y a des compresseurs, ça fait du bruit. Et puis, c'est des conditions de travail où tu peux passer de combien à combien ? C'est le négatif le moins que tu puisses aller.
- Speaker #0
Moins 25 degrés.
- Speaker #1
Moins 25 degrés. Moins 25. Tu interviens dans des frigos ?
- Speaker #0
Dans les vapeaux pour dégivrer. Ça peut arriver que les vapeaux aient une prise en glace. Vous pouvez dégivrer à l'eau.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
les conditions de travail, c'est un peu… Nul, on va dire. C'est-à-dire que vous avez 25 mètres pour avoir le raccord d'eau.
- Speaker #1
De câbles, oui.
- Speaker #0
D'eau, votre tuyau d'eau. Il faut aller 100 mètres, votre tuyau d'eau, jusqu'à l'arrivée de l'évapot. Donc, votre tuyau a le temps de congeler. Ah oui ! Ah oui. Et du coup, après, au niveau où vous êtes en haut, vous allez au niveau de 2 mètres.
- Speaker #1
En hauteur, en plus ?
- Speaker #0
Avec votre harnais de sécurité.
- Speaker #1
Obligé, oui.
- Speaker #0
et j'imagine doudoune tout ce qui est protection visage aussi niveau nez et doigts les extrémités toujours après nous même on fait des concours entre collègues c'est à dire qui va rester le plus longtemps dedans qui va tenir pareil
- Speaker #1
tu arrives premier ou troisième peut-être pas mais ça demande un mental d'acier de tenir la condition parce que l'objectif c'est de dégivrer totalement les vapos parce que les clients en eux-mêmes et une fois que tu as fini ça Tu sors, on est à La Réunion, et tu peux prendre du style 32, 35.
- Speaker #0
Voilà, tout à fait.
- Speaker #1
Donc, tu as le choc thermique aussi. Voilà,
- Speaker #0
c'est ça. Il faut être attention aussi,
- Speaker #1
pardon. Ça t'arrive de tomber malade ? On se dit des fois, la température varie tellement.
- Speaker #0
À premier coup, si ça fait très longtemps que vous n'avez pas travaillé, dedans, oui. Vous prenez un petit coup de rhume, mais après, si vous êtes habitué,
- Speaker #1
ça va. Ça va, métropole, là-bas, tranquille,
- Speaker #0
l'hiver. Voilà, tranquille, on s'avate. Tu vis bien l'hiver en général ? Oui.
- Speaker #1
Est-ce que finalement le quotidien...
- Speaker #0
Oui, après l'été aussi, j'admire aussi. Parce qu'on travaille sur l'été, par exemple, au niveau de cette hauteur. Vous voyez, là, un exemple juste devant vous.
- Speaker #1
On travaille juste le condensat.
- Speaker #0
On travaille en haut, on nettoie aussi.
- Speaker #1
Donc là, tu peux être amenée à être à 5-6 mètres du sol ?
- Speaker #0
Oui, ça peut arriver. Ça peut arriver, mais avec la sécurité, bien sûr.
- Speaker #1
Toujours. Et jamais seule dans un frigo ? Non.
- Speaker #0
Ça peut glisser.
- Speaker #1
Toujours avec un collègue.
- Speaker #0
Il y a quand même des risques tous les jours. Dernièrement, un collègue est tombé en échelle, sauf que son échelle a glissé. On préfère éviter.
- Speaker #1
Tu dois gérer les pannes, il y a des urgences aussi. Est-ce que c'est un métier technique, le frigoriste ? Beaucoup. Technique et physique. Tu peux me donner des mots qu'on découvrira ensemble ?
- Speaker #0
Des mots techniques ? Oui. Imaginons, le client me dit... Son évapos qui est en panne, son évapos qui ne fait pas du froid. On arrive sur le site, on va regarder d'abord pourquoi il ne fait pas du froid. On examine, on fait les... On regarde le tour, on regarde dans la salle des machines, on regarde s'il y a le gaz qui passe. On regarde si l'électrovanne enclenche. L'électrovanne, c'est une bobine, c'est un encadré. Ça permet de voir si le gaz circule dans le circuit. Dans ce métier, ce que j'aime bien, c'est que vous avez l'électronique, l'électricité, vous avez la plomberie, mécanique, manuel, travaux en tueur, et tout englobe dans ce métier.
- Speaker #1
C'est un combiné de plein de choses.
- Speaker #0
J'aime bien. C'est diversité.
- Speaker #1
Ok, ok. Et j'imagine que tu as été avec une caisse à outils.
- Speaker #0
Voilà, j'ai une sac à outils qui fait au moins 5 kilos. 5 kilos tous les jours dans le magasin.
- Speaker #1
En œuvrant tous les jours comme ça, en étant une femme dans ce métier, est-ce que tu as déjà dit, mais ce n'est pas un métier pour une femme, est-ce que tu as déjà fait le reproche ?
- Speaker #0
Non, c'est toujours du côté positif.
- Speaker #1
Oui, c'est bien perçu. C'est surprenant ?
- Speaker #0
C'est surprenant, mais à un moment donné, je dis... C'est bien pour l'évolution des femmes qu'elles ont un regard autrement sur les femmes. Parce que d'habitude, c'est les femmes qui font les ménages, les cuisines.
- Speaker #1
Et tu viens prouver tout le contraire.
- Speaker #0
Tout le contraire, mais je fais le ménage aussi en sortant du boulot.
- Speaker #1
Oui, parce que tu es maman aussi.
- Speaker #0
Oui, je suis maman d'une petite fille, Rachel en tout cas.
- Speaker #1
Dédicée à elle.
- Speaker #0
Dédicée à elle. Après, comme je vous dis, en sortant de ce boulot, vous êtes vraiment HS.
- Speaker #1
Après une journée de l'écondition, la tête choque aussi beaucoup pas mal parce que tu dois réfléchir pour trouver d'où vient une panne.
- Speaker #0
Il faut être serein, il faut réfléchir de point A à point B, il ne faut pas foncer tête baissée surtout.
- Speaker #1
Tu as servi à des sites où tu n'es pas à l'origine, ce n'est pas toi qui as installé le dispositif et tu dois retrouver dans ce sac de fil là d'où vient le problème.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Parce qu'on ne sait pas si notre collègue est passé par ici. On l'appelle pour avoir un peu l'historique. C'était quoi le problème ? C'était quoi ? Au lieu d'offenser tête baissée.
- Speaker #1
C'est un métier...
- Speaker #0
C'est un métier très dangereux.
- Speaker #1
Le risque est toujours omniprésent. Est-ce que tu peux nous parler un peu de l'accueil, déjà d'une part, de tes collègues, quand ils t'ont vu arriver ? J'imagine qu'ils t'ont vu, elle est jeune, elle arrive. Tu as eu quoi comme type d'accueil ?
- Speaker #0
Non, ils m'ont dit, hopé, enfin Adeline, de retour.
- Speaker #1
Tu as créé la surprise.
- Speaker #0
Après, au niveau de frigoriste, c'est un métier, c'est pas enfermé, mais on reçoit toujours les mêmes collègues.
- Speaker #1
C'est un milieu où vous vous connaissez, j'imagine, tous et toutes. Et les clients ? Parce que du coup, tu interviens avec ton camion, ta mallette, et tu fais des déplacements et des interventions chez les clients. Quel était leur accueil quand ils t'ont vue ? Wow,
- Speaker #0
une femme frigoriste.
- Speaker #1
J'ai jamais vu, ouais. Donc c'est une fierté finalement ?
- Speaker #0
Une fierté, oui. Mais je reste humble quand même, je reste dans mon calme.
- Speaker #1
Est-ce que tu es amenée encore à faire des formations aujourd'hui pour t'améliorer ? Il y a des nouvelles choses qui évoluent, j'imagine il y a de la réglementation, tu m'en parlais ? Voilà, la réglementation au niveau des gaz. Les frigos, tout ça ?
- Speaker #0
Par exemple, on travaille sur la CO2, c'est une gaz d'oxyde de carbone, qui pollue moins la planète.
- Speaker #1
Donc c'est en train d'être changé partout ? Et c'est vous qui le faites ? Voilà.
- Speaker #0
Moi pour l'instant, je n'ai pas fait la CO2 parce que j'ai arrêté pendant trois ans du métier. J'ai préféré garder ma petite-fille. On est en 2020, période Covid.
- Speaker #1
Et oui.
- Speaker #0
Maintenant, j'ai repris dans une nouvelle société. Je n'ai pas encore vu vraiment la CO2, mais je suis en cours. Comme je vous dis, on apprend tous les jours. C'est quelque chose que je vais mettre ma tête à fond dedans. parce que ce n'est pas un gaz qu'on va jouer avec. Vous avez un maximum de zut. Ça peut exploser, ça peut tout arrêter.
- Speaker #1
Tu es dans des espaces confinés aussi la plupart du temps ou ça va ?
- Speaker #0
Non, ça va. C'est des espaces bien espacés, mais des conditions,
- Speaker #1
on va dire… Par exemple, le bruit, j'imagine, tu dois t'équiper de casques anti-bruit, en plus d'être tenu à la température. C'est ça.
- Speaker #0
Après, vous avez aussi… Vous travaillez aussi dans des combles, c'est-à-dire la tuyauterie qui passe entre le mur et le plafond.
- Speaker #1
Comme ce qu'on voit dans les films d'espionnage un peu là.
- Speaker #0
On fait un petit peu le service militaire.
- Speaker #1
Ouais, tu fais...
- Speaker #0
Au sol,
- Speaker #1
tu fais... C'est physique ?
- Speaker #0
C'est physique, c'est très physique. Je faisais 70 kilos avant d'entrer, maintenant je fais 66. Je fais 30 000 pas par jour.
- Speaker #1
Même s'il fait froid ou autre ?
- Speaker #0
Non, même s'il fait froid, oui. On marche beaucoup,
- Speaker #1
on escale. Et la tête qui chauffe aussi parce que tu es en réflexion sur...
- Speaker #0
C'est ça, il faut avoir de la patience, il faut avoir une manière de communiquer avec le client. Parce que vous avez la pression du dépannage, la pression sur vous-même, vous avez la pression du client, la pression de votre responsable, et le responsable appuie directement au directeur.
- Speaker #1
C'est un maillage complexe.
- Speaker #0
Parce que souvent,
- Speaker #1
ça arrive en intervention sur des problématiques, des pannes.
- Speaker #0
Et après aussi, ce métier, il ne faut pas... Il ne faut pas être sensible. C'est-à-dire que nous, on arrive dans les évapos, vous avez des carcasses de porc ou de bœuf ou quoi que ce soit.
- Speaker #1
Oui, c'est du froid.
- Speaker #0
C'est un machin de voile. Il faut respecter l'hygiène. On a un nombre d'hygiènes à respecter. Exemple, j'avais un intérim qui travaillait avec moi. J'ai ouvert la chambre. Il m'a dit « Oh, meuf ! »
- Speaker #1
Oui, ça l'a... Ah oui.
- Speaker #0
Je dis, écoute,
- Speaker #1
si... Il faut avoir le cœur bien accroché.
- Speaker #0
Voilà, si tu ne veux pas rester, tu peux aller dehors. Moi, je vais vérifier l'évapot, et regarde.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il faut avoir le cœur solide. Ah ben oui. L'odeur du sang...
- Speaker #1
Aussi, il y a tout ça.
- Speaker #0
Oui, l'odeur du sang, poubelles, fruits et légumes. Vous avez tout.
- Speaker #1
Tu es dans la diaboutique, finalement. Voilà. OK, d'accord. Est-ce que tu as des consœurs dans ce métier ?
- Speaker #0
Non. Oui ? Je n'ai pas pour l'instant.
- Speaker #1
On peut passer un message. Est-ce que tu serais donc la seule frigoriste femme de La Réunion ? En tout cas... À notre connaissance ? Oui,
- Speaker #0
à ma connaissance, oui. Pour l'instant, oui. Mais j'aimerais bien connaître plusieurs femmes.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Après, vraiment foncer. Foncer dedans et rester calme, surtout.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut dire que tu as plus d'appétence à être calme face à des situations ?
- Speaker #0
Des fois, non. Des fois, j'ai quand même un peu de pression. Je dis, pourquoi ça ne marche pas ? Surtout au niveau des gaz, on a vraiment peur si ça explose.
- Speaker #1
Il est là le risque. Qu'est-ce que tu dirais à une jeune fille qui se dirait j'aimerais bien me lancer, j'aimerais bien faire comme toi, mais je n'ose pas ?
- Speaker #0
Mon expérience pour moi en tant que jeune, j'étais jeune, célibataire, j'ai commencé avec un autre société. On arrivait sur les sites, je n'avais pas de rentrée, je n'avais pas d'autre sortie. J'étais seule. Maintenant, je suis mariée, c'est autrement. Donc, en profiter. D'être seul en expérience, vous êtes amoureux, vous perdez un petit peu l'équilibre. Moi, je dis foncez si vous êtes seul ou pas. Prenez ce qu'il y a à prendre. Prenez, voilà. Restez humbles, comme je vous dis. Restez humbles. Soit faire la différence du métier et votre vie privée, je vais dire. Parce que moi-même, mon mari, à un moment donné, m'appelle. Ouais, tu dois terminer à 16 heures.
- Speaker #1
Parce qu'il y a quand même l'équilibre pro-perso à gérer. Parce qu'une intervention sur une panne, elle a un début, mais on ne sait pas quand est-ce qu'elle sera révolue. Et ça ne dépend pas spécialement d'humain. C'est de la technique.
- Speaker #0
C'est de la technique.
- Speaker #1
Il n'y a pas d'heure de fin définie. La panne doit être réglée avant tout.
- Speaker #0
Un exemple, après le cyclone Garance, on a eu un souci chez un client. Il y avait une grosse fuite. Fait par une tolle qui a fait péter la tuyauterie. Apparemment, mes collègues sont arrivés à 10h du matin. Le samedi, de 10h, ils sont sortis à 2h du matin.
- Speaker #1
Ok,
- Speaker #0
pour résoudre le problème.
- Speaker #1
C'est quand même un beau challenge. Est-ce que toi, Aline, tu as des interventions qui t'ont un peu marquée ? Comme celle-là, où toi, tu t'es retrouvée...
- Speaker #0
Oui, j'ai déjà trouvé seule sur des dépannages. Un niveau courant, plus de courant, pas du gaz.
- Speaker #1
On peut être courant ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu sais quoi, enfermé dans une pièce ?
- Speaker #0
En fait, non, mais comme je viens de rentrer dans la boîte, je ne connais pas trop un peu le site. Le client me dit, oui, son évapos ne marche plus depuis Cyclone, et il appelle l'astreinte, l'astreinte ne répond pas. Je dis, écoute, peut-être le réseau téléphonique a eu un souci, je vais gérer, je vais regarder. Mais moi, je ne savais pas qu'ils ont déjà disjoncté.
- Speaker #1
Au niveau de la base de transport ?
- Speaker #0
Voilà. Donc, en tant que... professionnel si vous avez disjoncté vous mettez un scotch ou on marque voilà moi je savais pas je dis ah bah sûrement c'est ça et là j'ai réarmé j'ai disjoncté tout le magasin ok donc là moi je faisais mes cours ça fait des chances que je me retrouve dans le noir ils m'ont crié dessus ouais mais pourquoi t'as allumé ça je dis bah je sais pas votre collègue me dit que son évapos ne marche pas c'est la difficulté Nathavenia dans un milieu quand vous connaissez pas
- Speaker #1
Et surtout qu'il y a d'autres personnes qui interviennent sur le réseau électrique, le réseau d'eau, etc. Donc tu dois toujours t'assurer tes arrières. En fait, tu n'es jamais dans un milieu, un environnement conquis. Tu dois avoir l'œil, j'imagine.
- Speaker #0
L'œil et vérifier vraiment, avoir l'écoute, comprendre surtout.
- Speaker #1
Oui, que tu aies les informations qu'on te dise. Voilà, c'est ça. C'est un bel exercice.
- Speaker #0
Le client était... Je dis, écoute, désolé, je ne savais pas. Je vais vérifier pourquoi votre évapos ne fonctionne pas. Du coup, j'ai examiné, j'ai testé sur tous les évapos. J'ai dit, votre moteur est HS. C'est ça qui fait disjoncter votre magasin.
- Speaker #1
C'est quoi le meilleur compliment qu'on t'ait fait que tu retiens aujourd'hui comme un souvenir assez mémorable ?
- Speaker #0
Par exemple, je viens de rentrer, j'ai trouvé au moins 28 de gaz.
- Speaker #1
Sur... Ah oui.
- Speaker #0
Sur plusieurs... Non, sur... Je suis plusieurs sites.
- Speaker #1
Ok, ok.
- Speaker #0
Voilà, je suis plusieurs sites. Mais après...
- Speaker #1
Détecteur, ouais.
- Speaker #0
Voilà. Après, tout dépend du client si lui-même, il veut réparer la fuite parce qu'on a...
- Speaker #1
Oui, tu soulèves, tu remontes l'info.
- Speaker #0
Je remonte l'info, je fais un devis.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Parce que nous aussi, on a un droit à faire le devis. On a une tablette pour dire...
- Speaker #1
Tu as constaté, limite c'est un audit que tu fais de...
- Speaker #0
Entre le client et le responsable et le directeur. Ok. Voilà. Du coup, on constate et après on va voir si le client valide le devis ou pas. S'il valide, c'est mes collègues qui...
- Speaker #1
qui font la réparation. Adeline, le mot de la fin, est-ce que toi, tu aurais un message à passer à des jeunes filles ou tout simplement des personnes qui souhaiteraient se reconvertir pour faire un métier comme celui que tu fais ? Je rappelle, tu es frigoriste. Le mot de la fin ?
- Speaker #0
C'est un beau lac, pas ?
- Speaker #1
C'est un beau lac, pas, oui. Je pense que ton parcours avec la formation, notamment, tu as aussi bien armé, bien préparé.
- Speaker #0
Bien préparé mentalement, surtout,
- Speaker #1
au niveau des choses. On voit la tête bien sur les épaules et gérer tous ces cas de figure.
- Speaker #0
Par exemple, j'avais... les 23 garçons qui étaient dans ma classe. Les 23 n'ont pas fait frigorisme.
- Speaker #1
Alors que la formation était portée là-dessus ?
- Speaker #0
Portée là-dessus. Mais eux-mêmes, je ne sais pas s'ils voulaient être réellement frigoristes.
- Speaker #1
Et toi, tu avais quand même cette démarche-là ? Voilà.
- Speaker #0
Moi, j'ai dit, allez,
- Speaker #1
je vais continuer. Un choix, il est assumé.
- Speaker #0
Il faut bien réfléchir à son métier. Parce qu'en général, on va dire 80% des gens qui ne font pas le métier qu'ils ont appris à l'école.
- Speaker #1
Ton message, justement, pour... Trouver justement cette passion. En tout cas, toi, tu l'as. Tu dirais quoi à ceux qui sont en questionnement ? Parce que c'est aussi ça, le choix de l'orientation.
- Speaker #0
Ce que les jeunes me posent beaucoup, c'est quel métier je voudrais faire. Moi, je dis, réfléchissez bien.
- Speaker #1
Bien sûr. Après, c'est un pari aussi.
- Speaker #0
Après, c'est un pari entre vous.
- Speaker #1
Au fond de toi, j'imagine que tu le sais. Adeline, merci. Merci pour ce moment sincère et inspirant. Ce que tu fais, ce que tu représentes, je pense que c'est un peu plus qu'un métier. Tu as déclaré aussi un message très fort. On peut être mère, femme, technicienne, bosser dans des conditions extrêmes, on peut le dire, et tenir debout avec force et fierté. Merci à toi, bravo.
- Speaker #0
Pas de souci, merci beaucoup.
- Speaker #1
À très bientôt pour un nouvel épisode de Cosémixité.
- Speaker #0
Qui a dit que ce métier n'était pas pour toi ? Cosémixité, le podcast qui révèle les talents d'aujourd'hui. Un podcast de la cité des métiers.