- Speaker #0
Qui a dit que ce métier n'était pas pour toi ? Cosémixité, le podcast qui révèle les talents d'aujourd'hui. Un podcast de la cité des métiers.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Cosémixité. Et qui a dit que ce métier n'était pas fait pour toi ? Aujourd'hui, on va briser les codes des clichés dans un métier qui porte son stéréotype jusque dans son nom, celui de sage-femme. Pourtant, des hommes exercent ce métier avec passion et compétence. Notre invité du jour, Emmanuel, bonjour. Bonjour. Tu en es bien, la preuve. Tu vas nous raconter ton parcours, les différentes réactions que tu as pu rencontrer et pourquoi au final les compétences, elles n'ont pas de genre. Emmanuel, est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton parcours et qu'est-ce qui t'a amené à exercer ce métier aujourd'hui ?
- Speaker #0
Honnêtement, je crois que j'ai débuté vraiment par hasard. Je suis diplômé de 2012, je suis de l'ancienne réforme. C'est-à-dire celle où on passait par la première année de médecine, on avait un classement général et en fonction du classement... On avait un petit peu la suite du parcours.
- Speaker #1
C'était déterminant pour la suite.
- Speaker #0
J'ai fait ma première année de médecine dans l'optique de faire médecine. Je me suis cassé la jambe pendant l'année.
- Speaker #1
Ah littéralement ?
- Speaker #0
Je me suis cassé la jambe pendant l'année. Et donc du coup, les résultats n'étaient pas au top. Je savais que ça allait coincer. Et c'est là que j'ai commencé à me renseigner sur les autres opportunités que j'avais. Et j'ai la chance. J'ai deux copines d'enfance, les mamans sont sages-femmes. Une hospitalière et une non-libérale. Et en fait, quand elle me racontait ce qu'elle faisait, je me suis dit, ça pourrait être génial. Finalement, c'est un peu ce que je veux faire, un métier du soin, en autonomie, en même temps dans un contexte hyper sympathique. Et le hasard a voulu que je me surprendais classé sage-femme.
- Speaker #1
Ok, d'accord. Et côté formation, comment ça s'est passé quand tu as commencé à arriver dans ta formation ? Est-ce que tu étais le seul garçon ?
- Speaker #0
Non, j'ai la chance. C'est que nous, on était une énorme promotion de mecs. On était 6 sur 26.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
En sachant, pour que tu aies à peu près la proportion, sage-femme, c'est 3% d'hommes.
- Speaker #1
Oui, dans tout le corps de métier, d'accord.
- Speaker #0
Toutes les sages-femmes diplômées de France, les hommes représentent à peu près 3%. D'accord.
- Speaker #1
Et on ne vous appelle pas sage-homme.
- Speaker #0
Et on ne vous appelle pas sage-homme. Nous sommes les sages et on accompagne les femmes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est ça la relation sage-femme.
- Speaker #1
Et si je te dis maïoticien, c'est quoi ce terme ?
- Speaker #0
L'art de la maïotique, c'est hyper vieux. C'est Socrate. C'était l'art de savoir faire s'exprimer les gens. L'art de savoir faire naître les idées. Et la maman de Socrate, on dit qu'elle était sage-femme. Et donc du coup, l'art de la maïotique aujourd'hui, c'est l'art de savoir donner naissance, donner la vie. C'est un nom très savant. Du coup, on a désormais des facultés de maïotique. C'est l'appellation du milieu pro pour le métier de sage-femme. Mais c'est vrai que nous, on utilise sage-femme.
- Speaker #1
D'accord. Donc, toi, tu n'as pas de souci à ce que dans ton métier, on t'appelle sage-femme ?
- Speaker #0
Non. Parce que pour moi, même si effectivement, il y a toujours l'interrogation, ce n'est pas parce qu'il y a le mot femme dans le nom de mon métier qu'il n'est qu'adressé qu'aux femmes. Je n'ai jamais eu ce rapport-là, en sachant en plus. Par contre, il faut l'expliquer très régulièrement, ce que ça veut dire sage-femme, et pourquoi pas sage-homme.
- Speaker #1
Alors justement, est-ce que tu peux nous parler un peu de ton quotidien ? Comment ça se passe, ce métier que tu occupes, donc de sage-femme ?
- Speaker #0
Ça se passe bien. Non, ça se passe hyper bien. Moi, j'ai toujours eu des super accueils, en fait, de la part de mes collègues, qui étaient toujours hyper contentes d'avoir un mec, voire deux mecs dans l'équipe, parce que je pense que la mixité, c'est ce qui fait la qualité.
- Speaker #1
Il y avait une attente.
- Speaker #0
Oui, on a un regard qui est parfois un peu différent, mais l'accueil a toujours été génial. Et après, pour le job, c'est la relation que tu as avec les couples que tu accompagnes sur une essence qui fait toute la différence. Et finalement, s'il y a un truc qui change, je pense qu'en tant que mec, tu dois encore plus mettre l'accent sur cette présentation de ta personne, etc. que ta patiente, que tu rencontres pour la première fois, qui est dans un moment intense de sa vie, de stress, de douleur, etc., se retrouve assez rapidement en confiance et finalement, après, se laisse se guider dans ton expertise.
- Speaker #1
Donc, tu as dû, entre guillemets, cravacher un peu plus pour peut-être légitimer, mais en tout cas, c'est nécessaire pour peut-être casser des a priori,
- Speaker #0
quelques stéréotypes que tu as vis-à-vis de tes patients. Il faut quand même reconnaître que tu cravaches un peu plus effectivement, en tant que mec à la base. Pour une raison toute simple, c'est que le métier, en fait, il n'est pas très vieux pour les hommes. C'est ouvert que depuis 80, donc ça fait 40 ans seulement. C'est-à-dire que les premiers hommes sages-femmes ne sont même pas encore à la retraite, ou tu vois, ils y arrivent. C'est à peine une carrière, en fait. Donc c'est jeune, et ce qui est très étonnant, c'est qu'autant on imagine parfaitement un homme gynécologue, et on a beaucoup de mal à imaginer un homme sages-femmes. alors qu'en fait on traite du même domaine et c'est vrai que il a fallu je te parle pour mon expérience il a fallu montrer un peu plus pas de blanche au tout départ prouver qu'effectivement j'avais ma place mais ça s'est fait super facilement parce
- Speaker #1
qu'une fois que tu dépasses ce premier niveau après t'es tout aussi compétent t'as d'autres hommes dans ton service en ce moment ?
- Speaker #0
ouais c'est pareil j'ai encore cette chance là c'est que j'ai et Donc je t'ai dit, j'ai fait mes études, on était 6 mecs dans ma promo. 6 sur 26. Et là, on est 6 sur 100.
- Speaker #1
Ah oui, ok. Le chiffre 6 porte le bonheur. C'est ça. Et vous avez comme une relation spécifique entre confrères ? Parce que j'imagine que vous devez vivre des moments, vous devez avoir aussi des petits pics ?
- Speaker #0
En fait, on va partager les mêmes moments de solitude de temps en temps.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Parce qu'effectivement, même si on pense que le métier n'est pas genré, Sache-femme, ça reste quand même une branche qui est très particulière, très intime. Et donc, tu peux comprendre que parfois, une patiente n'arrive pas à passer outre ton genre. Donc, ça nous arrive effectivement. Et ça, c'est des moments de solitude parce que là, pour le coup, on est très frustrés de ne pas avoir réussi à instaurer la confiance, etc. Oui, nous, on a une vraie relation. C'est limite. Les six mecs, on a une vraie relation.
- Speaker #1
C'est important pour justement confronter. éviter qu'on se retrouve face à des situations tracassantes. Est-ce que tu as déjà dû faire face à des refus de patients, notamment ?
- Speaker #0
Oui, j'ai eu des refus. Je te disais, l'un des refus que j'ai eus, c'est vraiment une patiente qui était dans une pudeur majeure et qui était très, très mal à l'aise et qui n'arrivait pas à passer outre. Ce n'était même pas un refus, en fait. Clairement, ça me paraissait logique. que je la confie à une de mes collègues pour que la patiente puisse vivre son instant tel qu'elle le rêvait. Après, j'ai été plus par question religieuse. Un couple en confession musulmane où c'est le conjoint qui m'a demandé de sortir. Là, c'est vrai que ça me touche encore un peu. Moi, je travaille au CHU de Saint-Pierre, en milieu public. Et le public, c'est laïque, c'est mixte. Et donc, du coup, je me fais le point d'honneur de rappeler aux gens qu'ils ont accepté d'accoucher dans un lieu public et que du coup, il y a des règles. Mais je ne m'impose jamais. C'est-à-dire que vraiment, là, je vais m'évincer, je vais laisser la place à une collègue. Mais ça me tient à cœur.
- Speaker #1
Bien sûr, oui. Et j'imagine qu'il y a des process qui sont mis en place ou en tout cas, vous êtes organisé pour faire en sorte que... collègues hommes comme femmes, vous puissiez prendre le relais et rejouer le soin. Oui, bien sûr,
- Speaker #0
c'est ça. Après, je vais te raconter une anecdote.
- Speaker #1
Dis-moi tout.
- Speaker #0
Un couple, un jour que j'accueille, et je me retrouve un peu à la porte. J'étais encore étudiant, elle ne voulait pas d'étudiant. Et un deuxième couple que j'accueille un peu dans la foulée, là pour le coup, effectivement, était de confession musulmane. Et au tout départ, je sentais un peu la réticence du couple. Et en fait, au fur et à mesure, ça se fait. Je les accompagne jusqu'au bout et je réalise l'accouchement. Et la patiente, du coup, quitte la salle de naissance et elle m'attrape par le bras et elle me dit « Il faut que je vous dise un truc. Quand vous êtes rentrés dans la salle, j'ai vu que vous étiez un homme, j'étais très réticente. Si c'était à refaire, je ferais le troisième volontiers avec vous. » Et ça, c'est un de mes plus beaux compliments de ma carrière. Oui,
- Speaker #1
parce que ça te... Moi, j'en ai des frissons, mais c'est bien. C'est un compliment... Déjà, tu donnes naissance, donc c'est déjà fort. Si en plus, tu viens avec un... Un compliment comme ça, waouh !
- Speaker #0
Pour moi, ça voulait tout dire. Ça voulait dire que j'avais réussi à faire passer ma profession, mes compétences, bien avant mon genre. Et c'était gagné.
- Speaker #1
Tu as dépassé un plafond de verre qui est de facto, il est là. C'est ça. Il y aurait quoi d'autre comme qualité essentielle, qu'importe le genre, pour exercer ce que tu fais ?
- Speaker #0
L'empathie. Je pense que vraiment, s'il y a une qualité qui est, comme tout soignant, finalement, c'est les mêmes qualités que tous les métiers du soin l'empathie c'est à mon sens ce qui est important justement pour, tu vois je suis un homme, jamais je ne vivrai un accouchement. Mais par contre, j'ai l'impression de le ressentir dans les tripes.
- Speaker #1
C'est un moment unique.
- Speaker #0
Je pense que si on est parmi mes 11 collègues hommes que je connais, que j'ai côtoyés, on est 12 personnes bien différentes, mais on a tous ce trait de caractère en commun. C'est-à-dire que vraiment, on a presque la douleur dans les tripes, nous aussi.
- Speaker #1
Il y a quelque chose de commun qui est vécu.
- Speaker #0
Et après, sage-femme. Il faut avoir du caractère.
- Speaker #1
Ah, dis-nous tout. Comment ça se passe ?
- Speaker #0
C'est un métier qui est particulier, sèche-femme, parce que tu as des actes infirmiers, tu fais un travail de soignant, côté plutôt infirmier, tu vois. Tu poses des perfusions, tu vas faire des bilans.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Mais tu as aussi, en fait, un côté médical, très médical, de plus en plus, d'ailleurs, parce que vraiment, la profession s'oriente là-dessus. D'accord. Et donc, du coup, toutes ces compétences que tu as. tu te retrouves de temps en temps un peu à cheval entre le médecin et l'infirmier, et il faut faire exister cette profession, et il faut se battre. C'est un combat qu'on mène, que les écoles et les facultés de maïotique mènent au quotidien, que les collègues mènent encore pour aller en manifestant, pour que la profession soit réellement reconnue. On n'est pas très nombreux les sages-femmes, on est entre 20 et 25 000, je n'ai plus le chiffre en tête, hommes et femmes confondus. Du coup, c'est une toute petite profession. Et ça, c'est sur un moment... Tu vois, on va dire sage-femme, c'est le moment de la naissance. Mais en fait, c'est vachement plus vaste que ça. Sage-femme, on va de la puberté à la ménopause. On est vraiment apte à prendre en charge toute patiente qui n'a pas de complications ou d'antécédents particuliers. Et en fait, effectivement, de sa puberté, première contraception, etc., jusqu'à sa ménopause, et l'accompagner vers les professionnels qui pourront ensuite la prendre en charge.
- Speaker #1
D'accord, ok.
- Speaker #0
Et ça, il faut se battre pour arriver à garder son job. Ah oui,
- Speaker #1
ok. Je ne le voyais pas comme ça. Est-ce que tu penses que le fait d'être un homme, ça change quelque chose dans la manière dont tu exerces ton métier ?
- Speaker #0
Oui et non. Je pense que dans ma pratique quotidienne, moi je travaille principalement en salle de naissance, j'ai un job qui est semblable à mes collègues. Tu vois, j'accompagne les gens, etc. Là où je pense être différent, C'est le regard que je vais avoir, qui clairement, en fait, n'est pas le même. Mais c'est surtout le regard que je vais avoir vis-à-vis du père, du futur père. Parce que du coup, j'ai un positionnement qui est plus facile vis-à-vis de lui, qui est en face de moi, que je vais pouvoir accompagner, que je vais des fois sentir un peu perdu, etc. Et au contraire, du coup, je joue sur le côté manpower. Tu vois,
- Speaker #1
on dit toujours le girl power,
- Speaker #0
mais manpower aussi, là. Dans un milieu où, en plus, on n'est que 3%. Manpower, en fait.
- Speaker #1
Pour le coup, il y a des bons côtés. Mais dans ta vie perso, comment ça se passe ? En fait, est-ce que ce métier, tu l'as perçu comme féminin ? Ça a un impact sur ta vie perso ?
- Speaker #0
Non, franchement, ça n'a pas d'impact. Ça étonne beaucoup. Quand je fais des nouvelles rencontres, etc., où on me demande, tu fais quoi dans la vie ? Je suis sage-femme. Ah bon, sage-femme ? C'est étonnant pour un mec. Mais après, une fois que tu le... Moi, j'en parlerai des heures et des heures de mon job. passionné.
- Speaker #1
D'où le podcast, c'est ça qui est intéressant.
- Speaker #0
On peut en parler. Quand on m'a invité, je me suis dit, il faut le faire, c'est sûr. Non, ça n'impacte pas ma vie perso. Les gens sentent que je suis passionné.
- Speaker #1
Au contraire, je pense que de par la passion ou autre, c'est un moteur qui est assez fort et tu l'incarnes, cette démarche-là. Comment est-ce que tu pourrais encourager d'autres hommes à considérer ce métier et cette voie ?
- Speaker #0
Je pense qu'il faut vraiment passer outre le genre, clairement. Si on est intéressé par le soin, si on est intéressé par le... Moi, ce que j'adore dans mon job, c'est le côté aussi très autonome de ma profession, etc. Et qu'effectivement, on s'oriente vers des études du coup, actuellement, de passe-lace. Franchement... Ça vaut le coup de se présenter au concours de maïotique et de se laisser cette opportunité de faire ce job qui est juste génial.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous parler un peu du rapport avec les collègues, sage-femme, femme pour le coup ? Tu as des anecdotes comme ça ou un accueil un peu mitigé et finalement tu as su sublimer ou en tout cas prouver tout le contraire ?
- Speaker #0
J'ai eu un accueil très mitigé, petite pensée pour elle, pour ma directrice de l'époque.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
qui était ultra réticente à avoir des mecs dans son école et qui a validé la candidature qui n'avait pas le choix à l'époque puisque du coup je passais par le concours de première année de médecine et que j'étais classé donc elle n'avait pas le choix que de m'accueillir j'avais eu un entretien super dur bien musclé j'imagine un peu musclé etc histoire d'être sûr que je n'allais pas prendre la place d'une future collègue en fait. Et premier stage, je suis le seul qu'elle est venue évaluer lors du stage. Deuxième stage, elle revenait m'évaluer encore. Ça a été vraiment la personne qui a été la personne qui a été la plus dure en fait au tout départ. Et qui à la fin de la première éval, je me souviens une super note m'avait dit bon, je pense que vous avez fait vos preuves.
- Speaker #1
Ah ouais.
- Speaker #0
Mais voilà, il a fallu. prouvé en fait. Après, de mes collègues, non, clairement. Vraiment, de mes collègues féminines, en plus, on n'est pas nombreux, elles sont au taquet pour nous.
- Speaker #1
Comme tu dis, il y a l'empathie, je pense, qui est quelque chose d'important, et ça, forcément, je pense qu'il y a une connexion naturelle qui se fait avec...
- Speaker #0
Oui, je pense. Mais c'est un trait de caractère qui est assez global, en fait, vraiment, dans la profession de soin, et donc, en tant que soignant, on se retrouve sur des traits de caractère communs.
- Speaker #1
Et les horaires, tout ça, tu peux nous parler un peu d'une journée type ? Parce qu'un accouchement prévient, certes, il est prévu, mais il peut aussi durer longtemps.
- Speaker #0
Alors, il est prévu, il n'est pas toujours prévu. Il y a aussi beaucoup, beaucoup d'imprévus quand même dans les accouchements. En tout cas,
- Speaker #1
on s'y prépare et comment ça se passe ? Tu peux en faire combien dans une journée ?
- Speaker #0
Alors, nous, dans la plupart des maternités, les sages-femmes en travaillent en 12 heures. 12 heures de jour ou 12 heures de nuit. Il y a des organisations qui sont différentes d'un établissement à l'autre. Moi, je vais te parler de l'organisation qu'on a à nous à Saint-Pierre. On travaille sur des horaires qui font 7h-19h et 19h-7h, avec un temps de transmission entre deux équipes, histoire de pouvoir transmettre les informations principales pour avoir une continuité des soins adéquate. Un accouchement, ça peut durer entre 5 minutes, voire moins. 36 heures ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ah si. Et donc du coup, ces patientes qu'on accompagne, sur des accouchements qui sont très longs, c'est sur des déclenchements en fait, des choses où on va forcer un petit peu la nature parce qu'il y a une pathologie quelconque, ces patientes peuvent voir jusqu'à des fois 3, 4 sages-femmes différentes pour arriver jusqu'à leur accouchement. Ce qui est toujours un peu compliqué, ce qui peut être un peu frustrant, c'est que quand on se lie, je ne vais pas te dire d'amitié, mais vraiment d'affect. vis-à-vis du couple qu'on accompagne et qu'il est l'heure et qu'on sait que la naissance n'est pas très loin.
- Speaker #1
On arrive à un moment clé.
- Speaker #0
Et là, du coup, tu fais ce dont ton cœur. C'est-à-dire que si...
- Speaker #1
On vous laisse le choix ?
- Speaker #0
Si tu as des choses prévues, on a tous notre vie personnelle à côté, effectivement, tu vas laisser le couple. Alors, tu essayes de trouver la collègue qui va coller le plus, que tu trouves le plus sympa, etc. Et puis, il y a d'autres moments où vraiment tu as une... connexion forte. Et là, du coup, tu restes. Et tu restes, tu fais une heure, deux heures de plus. C'est pas grave.
- Speaker #1
T'es à la naissance.
- Speaker #0
Et c'est la passion du job, clairement.
- Speaker #1
T'as des anecdotes comme ça, des naissances qui t'ont marqué ? T'as déjà fait, par exemple, une naissance de 36 heures ?
- Speaker #0
J'ai déjà fait une naissance de 36 heures. J'ai déjà fait, en fait, surtout une naissance où j'ai accompagné le couple où on initiait un peu les choses. Et je les ai retrouvées, en fait, trois jours plus tard. Et j'ai terminé l'accouchement.
- Speaker #1
Ok, tu as débauché.
- Speaker #0
J'ai débuté. Débuté, en fait, ce qu'on appelle la maturation. C'est-à-dire qu'on amorce, en fait, le travail. Et je suis arrivé, c'était la fin. Du coup, le couple était super content parce qu'il retrouvait une tête qui était connue. Ce n'était pas un nouvel inconnu.
- Speaker #1
Rassuré, bien sûr.
- Speaker #0
Un peu rassuré, effectivement. J'en ai plein des anecdotes. Un accouchement dans l'ascenseur. Ah bon ?
- Speaker #1
Du CHU, non ?
- Speaker #0
Oui, du CHU.
- Speaker #1
Mais non.
- Speaker #0
Un accouchement dans la voiture. Du parking ? Là, on n'a clairement pas eu le temps de sortir la patiente de la voiture. L'enfant était là, donc il fallait bien le faire naître. Et je m'en souviens encore, c'est que la voiture, elle était flambant neuve. C'était une super marque, un peu de luxe, etc. Et qu'en fait, le mec, il était fou derrière.
- Speaker #1
Il venait d'être papa, mais en même temps, la voiture...
- Speaker #0
Il y avait du travail. Il y avait du travail,
- Speaker #1
oui. Incroyable. Ah ouais. Et... Ça fait combien de temps que tu exerces ce métier ?
- Speaker #0
J'ai commencé, mon premier accouchement c'était en 2008. J'étais en train de calculer pour revenir pour le podcast, et je me dis que cette petite Rose, parce que je me souviens parfaitement et de la situation et du prénom, cette petite Rose, aujourd'hui en fait...
- Speaker #1
Tu te souviens de ta première naissance ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et elle s'appelle Rose ?
- Speaker #0
Elle s'appelle Rose. Wow. Et elle a 16 ans.
- Speaker #1
Elle a 16 ans aujourd'hui. Rose, si jamais tu nous écoutes, dédicace de la part d'Emmanuel. C'est un beau métier. Est-ce que... Tu penses que ça a quand même un rôle que vous apportez à la société qui est incroyable parce qu'on ne se rend pas toujours compte. Est-ce que c'est un métier de l'ombre ?
- Speaker #0
C'est de moins en moins un métier de l'ombre. Ça l'a été longtemps.
- Speaker #1
Il y a plein d'émissions de télé sur le sujet.
- Speaker #0
Il y a plein d'émissions de télé. Celles que tout le monde connaît, j'ai le droit de les nommer, on est d'accord. Baby Boom, clairement, c'est l'émission qui a fait cartonner la profession. C'est l'émission qui a révélé... Ce qui était une sèche-pare, les coulisses du métier, etc.
- Speaker #1
Il me semble qu'il y avait aussi des hommes dans le service.
- Speaker #0
Il y avait des hommes, oui, sur les premières saisons. Un collègue d'ailleurs que j'ai rencontré, on est devenus collègues après, lui me racontait l'envers du décor de Baby Boom, mais c'est une autre histoire. Non, non, c'est un job qui est passionnant, c'est un job qui était de l'ombre, qui l'est de moins en moins. On peut regarder toutes les campagnes aujourd'hui publicitaires. de santé, etc. La sage-femme est très régulièrement nommée. En fait, on pallie depuis un moment maintenant, de toute façon, aux désertifications médicales. Il y a de moins en moins de gynéco-médicaux. C'est une spécialité qui tendait à disparaître, qui revient tranquillement, mais on le sait, la formation médicale, elle est longue. Et donc là, on avait affaire à une population de femmes qui se retrouvaient parfois dans un désert médical complet et qui ne pouvaient pas avoir un accompagnement. tant sur leur contraception que sur leur vie sexuelle ou quoi que ce soit. Et donc du coup, toutes les compétences, elles ont été données au fur et à mesure au sage-femme. Et c'est pour ça que je te disais tout à l'heure, le sage-femme, c'est ultra vaste, parce qu'on imagine la salle d'accouchement, mais c'est la préparation à la naissance, c'est la surveillance à domicile, c'est effectivement de la prévention, beaucoup de prévention au niveau gynéco, etc. Tu peux travailler en ville, tu peux travailler en hôpital, tu peux travailler dans du privé, tu peux... peut travailler pour des labos. J'ai des collègues, effectivement, qui se lancent dans la recherche et qui, du coup, font... La profession change. Les études en ont changé aussi. Là, ça y est, les études sont désormais passées en 6 ans. On passe toujours par la première année de médecine, qui s'appelle aujourd'hui, un peu différemment, c'est les études d'accès au système de santé. On passe. Et effectivement, après, c'est 5 ans de spécialité.
- Speaker #1
Ah ouais, quand même. Moi, je pense que ton métier, il a contribué et il contribue toujours à faire évoluer les mentalités. Tu ne penses pas ?
- Speaker #0
Dans quel sens ?
- Speaker #1
Le fait que tu sois un homme dans un métier où l'intitulé de ton métier n'est pas ton genre. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #0
Ouais, ouais, je vois.
- Speaker #1
Il y a aussi les émissions de télé, on en parlait, etc. Mais même toi, ton discours, ce que tu amènes, etc. Bien que vous soyez peu, ça apporte, je pense, son lot pour faire évoluer les mentalités. et puis les gens que tu rencontres. Les superbes anecdotes que tu nous as évoquées, c'est... par rapport à un acte qui en soit unique, celui de donner vie à quelqu'un.
- Speaker #0
En fait, je pense qu'à partir du moment où tu réalises que ton job, c'est un job en fait, c'est un métier. Par contre, le couple que tu accompagnes sur un accouchement, eux, c'est une journée qui restera unique. Et je pense que quand tu as cette philosophie-là, tu ne travailles pas pour toi en fait. Tu fais en sorte que les choses soient bien faites, dans les règles de l'art, etc. Mais si tu arrives à faire le petit truc en plus, qui rend ce moment vraiment unique, là, je pense que tu as compris l'essence même du métier de sèche-femme.
- Speaker #1
Emmanuel, est-ce que tu aurais un mot de la fin, un petit message que tu aimerais adresser justement sur la mixité professionnelle ?
- Speaker #0
Pour moi, la mixité, c'est indispensable. J'ai encore une anecdote, si tu veux. Avec plaisir. Mon premier centre hospitalier dans lequel je travaillais, pour le coup, j'étais tout seul. Et ça faisait 15 ans qu'il n'y avait pas eu d'hommes sèche-femme qui étaient dans l'équipe.
- Speaker #1
15 ans.
- Speaker #0
15 ans. pour une profession qui est récente pour une profession qui est récemment ouverte aux hommes, donc là ça faisait 15 ans qu'il n'y avait pas d'hommes et donc je suis arrivé dans l'équipe et je me souviens de ma chef de service qui était venue me voir un jour et qui m'avait dit ça fait tellement de bien d'avoir un mec ça donne du coeur ça je sais pas, en fait ce qu'elle me disait c'est t'as un regard qui est différent tu vas pas avoir les mêmes problématiques, les mêmes épis ça apaise en fait, je pense que dans n'importe quel job Merci. Même un job qui va être genré plutôt à l'inverse. En fait, avoir des collègues qui soient de son opposé, ça amène un plus. Forcément, ça amène un plus. Donc lancez-vous, les mecs.
- Speaker #1
Beau message. Merci Emmanuel, merci pour ton partage inspirant et ton retour d'expérience.
- Speaker #0
C'est moi qui vous remercie, parce que clairement, on n'a pas souvent l'occasion...
- Speaker #1
De mettre en lumière. Oui. On fait une grosse édicace à ton service. Avec plaisir. À tes collègues, à tes confrères. Et on l'aura bien compris, peu importe qu'on soit un homme ou une femme, ce qui compte, c'est la passion et la compétence. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode de Cosmic Cité. Emmanuel, merci à toi.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
À très vite pour un nouvel épisode. Au revoir.
- Speaker #0
Qui a dit que ce métier n'était pas pour toi ? Cosmic Cité, le podcast qui révèle les talents d'aujourd'hui. Un podcast de la Cité des Métiers.