- Speaker #0
Kozé Métiyé, un podcast de la cité des métiers. On continue notre causé métier en s'intéressant aux métiers de l'art et du spectacle, avec à notre micro, Sundry, l'artiste chanteuse du groupe Sundry Feeling, et Laurence Morillon, agente artistique. Avec elle, les métiers du spectacle vivant n'auront plus de secret pour vous.
- Speaker #1
Je suis Sundry, chanteuse du groupe. Cendri Feeling et je fais ce métier en tant que professionnelle depuis 2017 mais en réalité c'est depuis l'an 2000 que j'ai commencé à faire de la musique en tant que chanteuse amatrice et depuis mon enfance que je rêvais de faire ce métier.
- Speaker #2
Bonjour tout le monde je m'appelle Laurence Morillon et je suis agente au féminin artistique. Ça fait 15 ans. que j'exerce ce métier à l'île de la Réunion.
- Speaker #0
Sounry et Laurence avaient démarré leur carrière dans un autre secteur d'activité, mais l'appel du spectacle vivant était plus fort.
- Speaker #1
Oui, je travaillais dans le marketing. J'étais responsable marketing dans une grosse entreprise de la Réunion. Et j'ai fait une première reconversion avec des études de psychothérapie. Et là, j'étais formatrice dans différents domaines. Et en fait, je chantais le soir et les week-ends. dans des groupes amateurs. Et c'est en 2012 que j'ai rencontré un musicien et j'avais des chansons dans les tiroirs. Et là, j'ai rencontré ce musicien avec qui on s'est dit on a tous les deux des compositions dans les tiroirs, alors on va essayer. Et ça a été le premier déclencheur de travailler sur mes propres créations. Et donc ça a pris un certain temps avant qu'en 2017, je me dise... C'est vraiment ça que je voulais faire à plein temps.
- Speaker #2
Alors, au début de ma carrière, je n'étais pas du tout dans ce domaine. J'étais plutôt dans le domaine commercial. Donc, du coup, je me suis trompée de voie. Donc, effectivement, j'ai fait du commercial. Mais tous les deux ans, dans les entreprises dans lesquelles j'étais, ça me fatiguait. Je n'aimais pas, en fait. Voilà, j'avais du mal à aller au travail. Et du coup, un jour, j'ai été inspirée. Et là, j'ai dit stop. Il faut que j'arrête, il faut que je fasse vraiment ce que j'ai envie de faire dans la vie. Alors j'ai commencé à faire de l'artisanat. Et une fois, je suis tombée sur un groupe de musique qui m'a dit qu'ils cherchaient un manager ou agent artistique. Et du coup, ça m'a plu. Et c'est vrai que j'ai commencé, donc je me suis réorientée. J'ai commencé à travailler et ensuite j'ai fait une formation avec l'organisme. Jeudi formation, agent artistique à La Réunion.
- Speaker #0
On idéalise sûrement beaucoup le métier d'artiste. Soundry nous détaille l'ensemble des missions qu'elle doit gérer.
- Speaker #1
La façon dont j'exerce ce métier, c'est-à-dire en tant qu'artiste indépendante, c'est assez particulier puisque n'ayant pas de label ou de structure de production, tout ce qui est créé, c'est de l'autoproduction, c'est de l'autogestion. Donc ça veut dire qu'en plus du travail qu'on voit sur scène, le travail vocal, le travail instrumental, le travail d'écriture, de composition, de mise en scène, en plus de tout cet artistique, il y a le côté administratif, gestion, vente, distribution du projet artistique.
- Speaker #0
Bon, après on ne va pas se le cacher, ce que préfèrent Laurence et Soundry, c'est davantage la scène que l'administratif.
- Speaker #1
Ce qui me passionne le plus, c'est de voir sur les visages des gens, ou bien, qu'ils viennent me le dire, c'est encore mieux, de voir le bénéfice qu'ils ont eu à partager un moment de spectacle avec moi et avec les musiciens qui m'accompagnent. En fait, c'est de voir l'avant et l'après, le changement d'énergie, les messages qu'en tant qu'artiste indépendante et engagée, je fais passer dans les chansons, à travers la musique, il y a plein de choses qui passent et ce qui me fait le plus plaisir c'est de voir que les gens ont capté ça et qu'ils repartent dans leur vie avec un petit bout de cette heure de spectacle qu'on a partagé ensemble.
- Speaker #2
Moi ce que j'aime en fait c'est la musique, c'est vrai que quand on fait un métier artistique c'est vrai qu'il faut aimer la musique ou le cinéma et du coup moi... Ce que j'aime le plus, ce n'est pas la partie administrative, relance commerciale, courir après les clients. Moi, ce que j'aime, c'est le jour du concert, organiser le concert. Et donc, mon travail consiste à être le tampon entre le client qui est une salle de spectacle ou un responsable de bar ou une mairie. Et le groupe, être à leur service, s'occuper du bon déroulement du concert, de la prestation.
- Speaker #1
Les autres moments où je suis vraiment en transe, c'est les moments de création, que ce soit les moments d'écriture. Pour moi, c'est vraiment plus l'écriture des textes qui me fait partir dans ce monde. propre, un monde qui m'est propre, où je me sens inspirée, créative, les mots viennent et puis je cherche les rimes, le bon mot, la bonne métrique et tout ça. Ces moments de création pour moi, c'est vraiment des moments intenses.
- Speaker #0
Est-ce que ça change quelque chose d'être artiste à La Réunion ?
- Speaker #1
Être sur une petite île où c'est vrai que les professionnels de la musique se connaissent presque tous. Il y en a plein qui sont en place depuis... depuis plus de 20 ans. Donc ça peut faciliter le fait de se mettre en réseau avec eux, de faire connaissance. Et ça peut aussi faire qu'on tourne vite en rond autour des mêmes personnes et des mêmes scènes. Par exemple, un théâtre peut rarement programmer le même artiste deux années de suite.
- Speaker #0
Alors, quel est le principal défi du métier d'artiste ?
- Speaker #1
Le premier défi que j'ai rencontré et qui en est toujours un, c'est en tant qu'artiste autoproduite et indépendante, c'est de se vendre puisque je me retrouve encore régulièrement face à des programmateurs. Et ça veut dire s'exposer en direct à des remarques, qu'ils le disent clairement ou pas, des fois les gens ont le droit de ne pas aimer tout simplement ce que je fais. et ne pas prendre personnellement. Voilà, ils sont libres d'aimer ou de pas aimer, mais c'est vrai que la première fois que je me suis prise en pleine figure, ouais, bof, c'est pas terrible ce que tu fais. La première fois que j'ai eu ça, ça m'a fait battre le cœur à 100 000. Et c'était juste horrible comme sensation, d'autant plus que c'est quelqu'un de ma famille. Mais ça m'a blindée. Ça m'a bien blindée. Et je crois qu'aujourd'hui, je suis prête à faire face à n'importe qui qui aime ou qui n'aime pas ce que je fais. Ils sont libres.
- Speaker #0
Une fois qu'on s'est vendu, quel est le salaire auquel on peut prétendre ?
- Speaker #1
Typiquement, sur un cachet, le minimum légal d'un artiste déclaré, il faut compter 200 euros en sachant que l'artiste se retrouve avec 45% de cette somme. Voilà, je pense que pour l'instant, je n'ai jamais pu avoir plus de 600 euros, on va dire, pour une prestation. Et ça, c'est uniquement pour un artiste. Donc, c'est à multiplier par le nombre d'artistes sur scène, sans parler du technicien. Pour un technicien, il faut compter au minimum 350 euros. Donc, ça veut dire qu'un concert pour nous, donc quatre artistes sur scène plus un technicien, il faut compter au minimum je dirais 1 350 euros. Et ça, en sachant que c'est l'équivalent d'un SMIC, puisqu'on est sur les minimums syndicaux.
- Speaker #0
Et qu'en est-il du système d'intermittence du spectacle ? Qu'est-ce que c'est et à quoi ça sert ?
- Speaker #1
Donc aujourd'hui, en France, pourvu que ça dure, on a la chance d'avoir le système de l'intermittence du spectacle, qui fait que si on justifie, si un artiste justifie de 43... prestations dans l'année et il bénéficie de cette indemnité l'intermittence du spectacle qui lui permet d'avoir on va dire environ 1000 euros sur le mois pour subvenir à ses besoins parce que le temps de création il est inestimable en fait et donc le nombre d'heures que je passe ne serait-ce que Juste sur l'écriture, la composition et puis ensuite le nombre d'heures à travailler ensemble avec les musiciens, les répétitions qui souvent ne sont pas rémunérées, les déplacements. L'intermittence nous permet de couvrir tout ça. Et aussi pour les artistes comme moi qui sont en autoproduction, le temps de travail administratif sur le projet.
- Speaker #2
En termes de rémunération, en fait le plus simple c'est d'être intermittent du spectacle. C'est-à-dire avoir des cachets d'artistes. Donc ça veut dire que c'est la mairie ou la salle de spectacle qui ont fait un contrat. Il y a des cachets. Donc des cachets, les cachets de prestations, c'est 90 euros. Donc ça veut dire que ça représente à peu près, il faut déjà un an de cumul de dates pour gagner environ 1500 euros par mois. Maintenant, on peut gagner plus aussi parce que si on travaille avec... beaucoup d'artistes, ce qui est tout à fait possible. Si on travaille des artistes connus, c'est plus quand on a de l'expérience, je veux dire, des soirées, des concerts, ça peut aller jusqu'à 2000, 3000 euros, donc on peut gagner 200 euros, 300 euros pour sa soirée.
- Speaker #0
Laurence, Sounry, avez-vous un dernier conseil pour nos auditeurs et auditrices ?
- Speaker #2
La première, c'est aimer ce qu'on fait. C'est une vocation, on a des talents, c'est vrai que... On nous a donné des talents pour qu'on puisse les utiliser et c'est vrai que si on a des parents qui sont marteaux et que l'enfant est tournevis, qu'ils essayent de nous faire marteau, ça n'ira pas. Si nous on est tournevis, bon voilà. Donc il faut déjà faire un métier avec le cœur par passion. Donc c'est ça le premier, c'est l'enthousiasme. Ensuite il faut avoir des compétences de communication parce qu'effectivement il faut... S'adapter aussi, l'adaptabilité. Il faut avoir des compétences commerciales, parce qu'il faut arriver à décrocher les contrats, à négocier le cachet des artistes. Donc des compétences commerciales, il faut une persévérance, il faut une disponibilité, parce que c'est vrai qu'on travaille souvent depuis chez soi, on travaille le week-end, le soir, à n'importe quel moment. Et donc du coup, il faut être disponible.
- Speaker #1
Alors, je pourrais résumer ça avec garder les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, c'est-à-dire croire en soi. Quand on veut être artiste, c'est qu'il y a quelque chose de spécial qui nous anime.
- Speaker #0
Alors, on remercie Soundry et Laurence pour leur partage et on espère que cet épisode vous aura permis d'en savoir plus sur les métiers de l'art et de la scène à La Réunion. Ce podcast en partenariat avec la région Réunion s'inscrit dans le cadre du SPRO, la région lé ek zot.