- Speaker #0
Qui a dit que ce métier n'était pas pour toi ? Cosmic Cité, le podcast qui révèle les talents d'aujourd'hui. Un podcast de la cité des métiers.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Cosmic Cité. Aujourd'hui, on va parler de politique, mais sous un angle bien particulier, celui de la place des femmes dans ce milieu encore largement dominé par les hommes. Notre invitée du jour est Karine Nabénésa. Bonjour Karine.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Vous êtes vice-présidente de la région Réunion, président de la Cité des métiers et également président de l'AFPAR. Vous évoluez depuis plusieurs années dans l'univers politique réunionnais et à travers votre parcours, vous avez su imposer et bousculer les idées reçues et prouver que les compétences n'ont pas de genre. J'espère que vous allez bien.
- Speaker #0
Parfaitement.
- Speaker #1
Vous m'avez dit que c'est votre premier podcast.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Et que vous en écoutiez un petit peu aussi.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Est-ce que justement, vous pouvez vous présenter un petit peu votre parcours et vous avez plusieurs casquettes. Qui êtes-vous ?
- Speaker #0
Je suis une Réunionnaise, une maman, une femme. Effectivement, j'ai grandi dans un milieu très modeste, dans ce qu'on appelle un quartier de zone d'éducation prioritaire, donc les femmes le ZEP. Et il est vrai que grâce aux politiques publiques, on va dire ça comme ça, à ce que quelqu'un, quelque part, dans une collectivité... et où... ou au gouvernement à voter. Donc, j'ai pu obtenir une bourse d'études qui m'a permis de pouvoir avancer dans mon parcours personnel. Et par la suite, j'ai passé un concours de la fonction publique. D'accord. Un premier, un deuxième et puis un troisième, qui m'a amenée à travailler dans les collectivités locales. Donc, 25 ans aujourd'hui de fonction publique territoriale au service de collectivités en commune. collectivité, en intercommunalité et dans une autre forme, donc à la région Réunion. Et il est vrai que c'est mon engagement dans le développement local, dans la lutte contre les injustices à travers la mise en œuvre de politiques publiques, que tout naturellement, j'ai envie de dire, je me suis... La poursuite de parcours a été vers le monde politique. Et donc, effectivement, j'ai été d'abord élue dans l'opposition à la région. Et depuis 2021... à la majorité régionale en charge d'une belle délégation sur la formation professionnelle, l'apprentissage et l'orientation.
- Speaker #1
Beau parcours. Au total, ça fait combien de temps que vous êtes dans la politique, votre carrière jusqu'à aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je suis entrée en 2015. C'est mon deuxième mandat à la région.
- Speaker #1
D'accord. 2015, 2025, 10 ans. Comment dire ? Senior ? Junior ?
- Speaker #0
On va dire que c'est deux expériences. J'ai vécu un mandat dans l'opposition avec des femmes et des hommes politiques de grande pointure, qui étaient pour beaucoup des maires, de grosses collectivités. Et c'est vrai que ça m'a beaucoup appris. D'accord. Un travail sur moi. Je vous disais tout à l'heure que j'écoutais des podcasts sur la gestion personnelle, le développement personnel. Donc, j'ai beaucoup appris. à travailler sur moi-même. Et ça a été très enrichissant. Et sur des sujets, en fait, qui m'ont... Jamais je n'ai douté de ce que j'ai eu à dire. Et encore une fois, c'est l'engagement et la conviction que l'on a qui m'a permis de résister. Parce qu'effectivement, ce n'est pas un milieu qui est simple, j'ai envie de dire. Parfois très violent, un politique. Mais quand on est sûr de ce qu'on dit et de ce qu'on pense et qu'on a le courage de ses convictions, on peut résister. Donc, c'est ce qui s'est passé. Et aujourd'hui, je me retrouve vice-présidente de la région Rennes.
- Speaker #1
D'accord. Les femmes et les hommes, justement, en politique, parlons-en. Comment est-ce que vous avez fait votre début, justement, dans cet environnement ?
- Speaker #0
Alors, c'est vrai que la politique, c'est encore aujourd'hui un milieu, on va dire, très masculin. Mais pour autant, pour moi, ce n'est pas une fatalité non plus. Donc, je pense qu'en restant fidèle à ses convictions, je vous l'ai dit, en... portant une parole, on a notre place. Donc, la femme, l'homme politique, doit pouvoir montrer son positionnement et peut-être que pour une femme, il faut peut-être que l'on cravache un peu plus, que l'on prouve de manière beaucoup plus affirmée notre légitimité. Non pas parce que ça ne dépend pas forcément du genre, mais d'un réseau. L'engagement que l'on a pour notre territoire, il faut qu'on puisse en faire la démonstration, peut-être beaucoup plus que pour un homme, j'ai envie de dire.
- Speaker #1
D'accord, ok. Et pour vous, quelles ont été les plus grandes difficultés ? Qu'est-ce que vous avez rencontré justement en tant que femme en politique ?
- Speaker #0
Il est vrai que les femmes, donc nous sommes majoritaires, on est d'accord, mais il y a encore... pas très commun que l'on puisse prendre une place, j'ai envie de dire, en politique. Et pourquoi ? Parce qu'il y a plusieurs facteurs, je pense. Déjà, des facteurs extérieurs, c'est le manque de temps, la gestion de ce qu'on appelle la charge mentale, la charge familiale qui repose encore essentiellement sur les femmes, quand bien même les situations ont évolué, mais c'est encore beaucoup le cas. Et une vraie difficulté, je pense, c'est le... La capacité à se faire entendre, non pas être écoutée, mais être entendue, est prise au sérieux. Parce que, surtout quand on veut bousculer les lignes, on doit faire la démonstration de notre crédibilité, sans doute un peu plus que le masculin en exercice, puisque c'est quand même encore un milieu où c'est peut-être plus facile pour... pour Adam.
- Speaker #1
C'est un exercice qui demande de la poigne, en tout cas, un élan un peu affirmé.
- Speaker #0
Et surtout, s'affirmer dans des milieux où on ne nous attend pas. C'est un vrai challenge. Et donc, pouvoir, je vous l'ai dit, être prise au sérieux et être entendue et non pas simplement écoutée.
- Speaker #1
Quelles ont été, la façon, la manière dont vous avez pu, justement, en politique, aborder des responsabilités, gouverner, etc. En tant que femme, du coup, vous avez eu... un style, une méthode, une manière, malgré justement le fait qu'il y ait un contexte inné ?
- Speaker #0
Je pense qu'effectivement, il y a une approche qui est différente de la politique, on ne va pas le cacher, mais ce n'est pas parce qu'on est naturellement différent d'Yon Vidia, c'est parce que notre parcours, nos défis, qu'on a eu à surmonter, la vision aussi, ça nous donne une autre vision du pouvoir. Et pour beaucoup d'entre nous, on a été Et... formé, éduqué à être à chercher le consensus à être plutôt dans une en médiation à essayer de coopérer à essayer en tout cas de ne pas imposer ou ne pas forcément diriger et donc c'est tout ça aussi qu'il faut travailler et essayer de casser ces codes là parce que moi pour ma part la politique c'est pas exercer on l'exerce différemment mais c'est jamais dans un sujet de domination La domination de l'un sur l'autre. C'est plus de la construction partagée, de l'écoute et du dialogue, et de partir d'un diagnostic, quel qu'il soit, et de dire comment on le transfigure, on le transforme, et comment on fait du collectif. Ce qu'on fait aujourd'hui sur le champ de l'information professionnelle est un bel exemple de ce qu'on peut faire, comment une politique publique est au service de l'humain, et comment on peut raccrocher des voix. parfois, lorsqu'on a quitté le système scolaire, on pense que c'est terminé, qu'on n'a plus de perspective et que j'ai envie de dire qu'il faut aller voir un maire ou un élu pour pouvoir avoir un petit contrat parce qu'on n'est pas en capacité de pouvoir s'émanciper par soi-même. Alors qu'en réalité, les politiques publiques, notre présidente le dit souvent, la politique, elle est belle, c'est le comportement des hommes et des femmes qui la rendent sale. Et je pense que c'est véritablement ça, la politique publique, lorsqu'on la met au service d'un territoire d'une population. On arrive à faire des choses merveilleuses. Aujourd'hui, on voit, on récompense les talents réunionnais, on les met en évidence. On va porter demain au firmament 16 jeunes réunionnaises et réunionnais pour une famille, pour des métiers, pour des professeurs, pour la société. C'est une mise en lumière qui est extrêmement importante et ça, c'est de la politique publique.
- Speaker #1
Oui, on a reçu Tanaël Brabant qui était un… Tout à fait. un ambassadeur et qui en est un digne ambassadeur et qui est aujourd'hui membre du jury. Donc, c'est un exemple concret.
- Speaker #0
Je pense aussi que peut-être qu'on est un peu plus… On l'exerce différemment parce qu'on est plus dans l'écoute. On est plus attaché à co-construire, sans doute, selon moi. Et je pense qu'effectivement…
- Speaker #1
Une façon de faire,
- Speaker #0
oui. Une façon de faire qui est différente. Bien sûr. Pas parce qu'on est naturellement fait différemment, mais c'est parce qu'on est de part notre histoire. on aborde le sujet sous un angle différent.
- Speaker #1
Avec une approche et un résultat peut-être tout aussi efficaces, efficients ?
- Speaker #0
Sans doute même mieux, j'ai envie de dire. Parce que du coup, c'est une décision qui fait sens. Parce que nous, on consomme la société, on consomme les espaces publics, on consomme les politiques publiques et on a notre place. Donc, il faut qu'on puisse faire entendre notre voix et qui mieux que nous-mêmes pour pouvoir l'apporter.
- Speaker #1
Selon vous, qu'est-ce qui freine encore les femmes à s'engager en politique ?
- Speaker #0
Je l'ai dit tout à l'heure, je pense que le manque de temps joue. Il y a des obstacles extérieurs qui sont d'une évidence. La gestion d'une famille, la gestion de concilier à la fois la vie professionnelle, la vie familiale, la vie personnelle et en plus un engagement. En politique, c'est vrai que ça fait beaucoup. Ce n'est pas moi qui vais dire le contraire. Ça fait beaucoup. Du coup, on a tendance à ne pas vouloir forcément y aller parce qu'on se dit que ce n'est pas possible, qu'on ne pourra pas tenir tous ces équilibres. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a aussi d'autres freins que l'on a peut-être plus personnellement. C'est le doute qui s'installe sur notre légitimité. sur le fait que ce n'est pas pour nous, c'est une forme d'autocensure. Donc, on s'autocensure en se disant qu'on n'est pas assez légitime, on n'est pas assez compétente et qu'on s'interdit tout ça. Alors qu'en réalité, moi, je le vois, les femmes avec qui je discute, elles ont déjà plein d'idées, elles sont déjà presque plus que prêtes. Mais il faut oser faire ce pas et ça, c'est le premier pas. pas forcément évident. C'est pas plus difficile. J'ai envie de dire, il y a des femmes qui ont oeuvré et qui oeuvrent encore aujourd'hui pour ouvrir des portes et pour ouvrir le monde politique. Le premier pas est toujours le pas le plus compliqué, mais quand on a quelque chose à dire, il faut pouvoir aussi pouvoir le faire et porter ce message. Il n'y a pas de petit message ni de grand message. Il y a des messages tout court.
- Speaker #1
C'est beau ça. Si vous pouviez adresser un message à celles qui nous écoutent et qui doutent encore un peu de leur légitimité, à prendre la parole et à s'engager, qu'est-ce que vous leur diriez ?
- Speaker #0
Je leur dirais que chacune d'entre nous, on a notre place, quelle qu'elle soit et surtout en politique. Parce que je l'ai dit, on est majoritaire sur cette terre, je crois, et aussi, je crois, à La Réunion. Et donc, on a notre parole compte. Notre parole, elle est importante et on n'a pas besoin de demander la permission. J'insiste, on n'a pas besoin de demander la permission à quiconque pour s'engager, pour prendre la parole et pour agir. Donc, la politique, ce n'est pas réservé qu'à une catégorie. ni encore moins un genre. Un genre,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
C'est l'affaire de toutes et de tous. Et donc, si une femme ressent l'envie de s'engager, il ne faut pas qu'elle hésite. C'est vraiment le premier pas qui est difficile. Mais j'ai envie de dire, vous n'êtes pas seul. Donc, on n'est pas seul. Il faut savoir s'entourer d'hommes et de femmes politiques qui deviennent des alliés après. Effectivement, parce qu'on veut… il y a des hommes et des femmes en politique qui veulent plus de justice, plus d'égalité. Donc, on partagera des convictions et du coup, ça renforcera l'engagement. Parce que oui, évidemment, je ne vais pas dire que c'est le monde des bisounours. Oui, il y aura des moments très difficiles. Oui, la politique est difficile. Mais néanmoins, c'est une expérience qui mérite d'être vécue parce que quand on voit ce qu'on peut produire, et aujourd'hui, par exemple, je vais prendre l'exemple de cette journée. de cette belle journée, on pourra se dire que, tout à l'heure, j'ai eu une discussion avec un cadre de la fonction publique qui me disait qu'en fait, on a très peu l'occasion de montrer ce qu'on peut faire, ce qu'on fait, parce que souvent, c'est des rapports, c'est des dossiers en commission permanente. Là, c'est la traduction humaine de l'impact que peut avoir une politique publique dans la vie des gens, dans le quotidien des gens, dans les voies que l'on trace. La politique... qu'on parlait de route, etc. Oui, mais travailler sur des voies pour pouvoir permettre à des humains, des hommes et des femmes de pouvoir s'engager dans de nouvelles voies. S'accomplir. S'accomplir, s'émanciper, trouver sa voie, un métier, un travail. Comme disait la présidente, pouvoir s'engager dans une vie familiale. C'est tellement beau que ça vaut l'engagement.
- Speaker #1
Merci, madame la bénissa. Peut-être un mot de la fin ? Quelque chose à rajouter éventuellement ?
- Speaker #0
Le mot de la fin, moi, l'envie de dire il faut y croire. et il n'y a pas de fatalité. La fatalité, elle n'existe pas. Moi, je n'y crois pas. Même si ce n'est pas forcément évident, l'essentiel, c'est de s'engager et d'être raccord avec ce qu'on pense, d'être aligné avec ses convictions. Et il n'y a pas de petite voie ou de grande voie. Il y a des voies de réunionnaise et de réunionnais tout court.
- Speaker #1
Merci. Merci beaucoup, madame Nabénésa. Cet échange qui était riche et inspirant, on l'a bien compris. Ce métier n'a pas de genre, il a besoin d'un engagement fort et d'un dévouement pour concrétiser une vision. Pour celles et ceux qui souhaitent se renseigner davantage, n'hésitez pas à vous rapprocher d'Asté les métiers et des dispositifs mis en place. On vous retrouve très rapidement pour un nouvel épisode. Anna Benissa, merci à vous.
- Speaker #0
Merci Azot.
- Speaker #1
Plein de belles choses, bonne continuation. Et on se retrouve pour un nouvel épisode de Kozé Mix'Cité. Merci et au revoir.
- Speaker #0
Qui a dit que ce métier n'était pas pour toi ? Kozé Mix'Cité, le podcast qui révèle les talents d'aujourd'hui. Un podcast de la Cité des métiers.