- Speaker #0
Travailler le plus possible sur ce que tu peux maîtriser et lâcher prise le plus possible sur ce que tu ne maîtrises pas. C'est ça, je pense, le secret. Te défaire de toutes les frustrations qui, finalement, ne sont pas de ton ressort. Tu as tout fait, mais ça, quoi que tu fasses, tu ne peux pas le gérer.
- Speaker #1
Bienvenue dans l'Appel du Drop, le premier podcast de pre-ride qui t'aide à gérer ton mental et envoyer tes meilleurs runs. Moi c'est Tom Rodriguez, le préparateur mental des riders. Ici, on parle sans filtre de ce que tu vis quand t'es en haut d'une face ou au départ du parc. C'est le moment où t'as le choix entre écouter tes peurs ou suivre l'appel du drop. Ensemble, on va apprendre à gérer la pression à avoir en run en s'inspirant des conseils et retours d'expérience des meilleurs riders pour enfin faire sauter tes blocages et montrer de quoi t'es vraiment capable. Je t'embarque avec moi. 3, 2, 1, c'est parti ! Toi, juste pour les personnes qui ne te connaissent pas encore, pour les personnes qui ne te connaissent pas, tu as été surfer pro du coup en équipe de France ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Entre autres ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu as grandi au Sénégal ?
- Speaker #0
Oui, je suis né à Dakar, j'ai grandi un peu là-bas, ensuite je suis parti au Mali un peu. À l'âge de 9 ans, j'ai fait un petit bref passage à côté de Nice, parce que mon père avait un boulot là-bas. Et ensuite la Guadeloupe jusqu'à mes 23-24 ans et ensuite le Sud-Ouest.
- Speaker #1
Donc tu as fêté 11 ans à 23 ans du coup en Guadeloupe ?
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et tu as appris à se faire...
- Speaker #0
collège lycée fac en Guadeloupe j'ai appris à surfer là-bas oui je faisais déjà un peu de bodyboard ici l'été quand je rentrais d'Afrique avec la famille parce que j'ai des tontons ici qui font partie des premiers surfeurs de la région à Osgore oh yes ok voilà et donc c'était assez naturel que je vienne m'installer là plus tard donc j'ai fait mes études en Guadeloupe j'ai commencé à vraiment surfer là-bas et tous les étés je venais retrouver la famille ici et faire des compétitions sur la Sur la côte, puisque la fédération est basée à Osgore. Ok. À Osgore.
- Speaker #1
À Osgore.
- Speaker #0
Et voilà.
- Speaker #1
Yes. Voilà pour juste donner un petit peu de cadre pour ce podcast. Le but, en gros, c'est de voir ton parcours, pour voir comment tu as réussi à avoir les résultats que tu as eu aujourd'hui. Comme je t'expliquais tout à l'heure, tu étais à la triptyque de il y a des résultats qui découlent d'un comportement, qui découlent d'un état interne. Bon, c'est un trap, tu peux dire tes émotions, ce que tu ressens et compagnie. Et comment tu as pensé pour en arriver là ? Et comme du coup, tu as une carrière à la fois dans le surf et dans la musique, je trouve ça hyper intéressant de pouvoir mettre ça en avant et voir les challenges que tu rencontres aussi pour les réutiliser après derrière.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Il y en a eu un paquet, c'est sûr. Ça m'intéresse parce que j'ai fait une fac de sport dans laquelle il y avait de la psychologie du sport.
- Speaker #1
Tu l'as fait en quelle année ça ?
- Speaker #0
J'en ai fait beaucoup et c'était la matière qui m'intéressait le plus, je pense, de mes études.
- Speaker #1
C'est quoi ce qui t'intéressait le plus là-dedans ?
- Speaker #0
La psychologie du sport, les différents types de motivations. Tu vois, intrinsèque, extrinsèque, t'as dû apprendre tout ça, je pense.
- Speaker #1
Yeah.
- Speaker #0
Et ouais, j'aimais beaucoup. D'ailleurs, c'était une voie qui aurait pu m'intéresser. À un moment donné, j'ai commencé à préparer un BE de surf. J'avais des équivalences sur le tronc commun, puisque j'avais ma licence. Et donc, je me dirigeais gentiment, sans trop savoir, vers de l'entraînement de haut niveau avec la fédération. Ça m'aurait plu, je pense, d'entraîner l'équipe de France, tout ça.
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
et Et ça avait l'air de les intéresser. Et puis, j'ai rencontré la musique en cours de route.
- Speaker #1
Ok, parce que du coup, c'est quoi ton premier souvenir de musique ?
- Speaker #0
J'ai des tontons musiciens, batteurs, guitaristes, amateurs, mais qui ont joué dans des groupes quand même, un peu. Des grands-pères pianistes, assez autodidactes, des parents qui ne sont pas musiciens, mais qui ont écouté beaucoup de musique. Donc, toujours beaucoup de musique à la maison. Et j'ai développé, je pense, très jeune, un rapport très fort à la musique. Je savais que la musique allait jouer un rôle important dans ma vie. Je n'avais pas la prétention que ça devienne un métier.
- Speaker #1
À ce moment-là, tu jouais déjà ou juste t'écoutais et tu savais déjà que ça allait avoir un rôle important ?
- Speaker #0
J'écoutais, je sentais que ça me parlait très fort. J'arrivais à l'âge de 10 ans quand je suis rentré du Mali. On a cohabité avec un oncle à moi qui était batteur et qui jouait un peu de guitare et qui m'a montré mes premiers accords de guitare et tapé un peu sur sa batterie au fond du jardin. et du coup là j'ai J'ai senti que ça me parlait, que j'avais envie de continuer. En tout cas, j'ai continué à gratouiller, mais je n'ai pas fait de conservatoire. Je n'ai pas fait d'école de musique à cette époque-là. J'étais trop focus sur le surf, les études.
- Speaker #1
Ok, donc tu jouais pour toi. Tu te rappelles la première musique que tu as jouée ou pas du tout ?
- Speaker #0
Oui, c'est marrant parce que j'ai le premier morceau de guitare qu'on m'a appris. C'est un morceau de Hugues aufrey qui s'appelle Stu Ball. Et il se trouve que la vie m'a fait le cadeau de rencontrer Hugues Aufrey qui a 96 ans aujourd'hui. On s'est rencontrés il y a une petite dizaine d'années, c'est lui qui m'a appelé. C'était complètement irréel ce coup de fil. parce qu'il avait entendu parler de moi il avait vu des choses sur moi on lui avait donné mon numéro et puis un jour il m'appelle et du coup on est devenus amis là on a fait une chanson ensemble sur mon prochain album alors que c'est une chanson à lui d'il y a 30 ans qui m'a permis d'apprendre la guitare,
- Speaker #1
c'est fou c'est dingue, comme si il y avait une boucle tu vois qui se...
- Speaker #0
j'ai fait beaucoup de rencontres comme ça,
- Speaker #1
c'est assez improbable bah ouais d'ailleurs dans ton prochain album là t'as plein de fits avec ton assaut le mouvement bleu oui mais même avant ça Merci.
- Speaker #0
Il y a un surfeur qui, pour moi, a toujours été un de mes surfers préférés. Il s'appelle Tom Curren, 3 fois champion du monde. Et il se trouve qu'il a des attaches dans le coin parce qu'il a eu deux enfants avec une Française. Et quand j'ai commencé la musique, je me suis retrouvé sur les mêmes scènes que lui. On est devenus potes et on a enregistré un titre ensemble sur l'album où il y a Lady Melody. Il y a une chanson avec Tom Curren en duo.
- Speaker #1
Yes, l'album Better Days.
- Speaker #0
L'album Better Days. Et donc pour moi, de faire une chanson avec lui alors que j'étais sur la plage quand j'avais 7 ans. de temps, je lui demandais un autographe en tremblant. C'était hallucinant que ma vie... C'est marrant, d'ailleurs, c'est que Renza. Passonnerie. Tu vois ? Et donc, ouais, c'était assez fou. Assez fou. La vie m'a réservé plein de belles surprises comme ça.
- Speaker #1
C'est incroyable. Et c'est que le début encore ? Ouais. Ou la moitié, déjà. Ouais, la moitié. C'était pas mal. T'as quel âge, là, aujourd'hui ? 48 ans. 48, yes, ok. Et juste pour mettre un petit peu de... qu'on arrive à comprendre un petit peu plus comment t'as grandi et t'es arrivé dans le milieu du surf. Tu faisais un petit peu de bodyboard quand t'étais dans le coin. Ouais,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Tu faisais un peu de bodyboard quand t'étais dans le coin, un petit peu de surf par-ci par-là. Et toi, comme t'as pas grandi en Guadeloupe, quand t'étais petit.
- Speaker #0
Tout petit, ouais. Jusqu'à 10 ans.
- Speaker #1
T'es arrivé à 11 ans là-bas.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Comment t'as été accueilli par les personnes qui font du surf ?
- Speaker #0
Alors la Guadeloupe, à cette époque-là, il y a très peu de gens qui surfent. Quelques... Quelques grands frères, on va dire. La génération juste avant la mienne, mais qui sont des gens qui ont commencé à surfer souvent un peu sur le tard. Et donc moi, j'étais la première génération, enfin la deuxième génération de surfers en Guadeloupe, mais la première génération de jeunes surfers en Guadeloupe. Donc bien accueillis parce qu'on était vraiment les petits frères des surfers qui avaient... Nous, on avait 10 ans, ils avaient 20 ans en gros. 20 ans, 20-30 ans. Et puis ensuite, on a... On a grandi et puis ils nous ont appris ce qu'ils savaient. Ils nous ont fait part de leurs expériences et on a appris grâce à eux.
- Speaker #1
Ok, et du coup, les petits qui étaient en Guadeloupe à ce moment-là, il n'y a pas eu de trashing ou de trucs comme ça ?
- Speaker #0
C'était nous les petits. C'était vraiment nous. C'était les premiers. 3, 4, 5 petits, vraiment du même âge. Donc on nous a fait faire des compétitions espoir. C'était les premières compétitions espoir que la Guadeloupe ait connues.
- Speaker #1
Ok, c'est au bout de combien de temps que tu as commencé à faire des compétitions ?
- Speaker #0
J'ai commencé à faire des compétitions, je me suis mis à surfer vraiment à 11 ans, 11, 12, 13, 13 ans j'ai commencé à faire quelques compètes. Ma première vraie compétition c'est la coupe des Dom-Tom à Saint-Barthes, j'avais 13 ans ouais. Et voilà, j'ai terminé deuxième en junior et puis ensuite je suis parti au championnat de France. Et puis à 15 ans je me suis retrouvé vice-champion de France derrière Fredo Robin.
- Speaker #1
Fred Robin, ok.
- Speaker #0
Voilà, qui est un super pote. Et puis, j'ai été repéré par l'équipe de France.
- Speaker #1
Donc là, c'est à 13 ans que tu es repéré par l'équipe de France ?
- Speaker #0
À 15 ans. À 15 ans, je pars avec l'équipe de France faire des stages d'entraînement à La Réunion, ici dans les Landes. Et du coup, là, ça devient un peu plus sérieux. Les compétitions, plus de... Comment dire ? Plus de rivalité, je me retrouve à surfer contre des mecs forts qui viennent de plus loin. C'était le PSA à l'époque, le circuit pro européen, WQS Europe aujourd'hui. Et toute cette génération, avec Mickey Picon, Patrick Beven, Fredo Robin, Boris Fletexier, on était les hauts. les grands c'était Didier Peter etc ensuite il y avait Fredo Robin et les autres et puis ma génération avec Mickey Picon et Patrick Bevan et les autres.
- Speaker #1
Ok et quand t'es détecté à 15 ans dans l'équipe de France par l'équipe de France t'avais déjà envisagé au Prat de faire une carrière dans le surf ou tu faisais ça en mode fun t'as l'école à côté, t'as les potes,
- Speaker #0
c'est un peu le moyen de vous retrouver Ouais ça va assez vite à cet âge là dans la tête je voyais que je commençais à gagner les compétitions en Guadeloupe que j'étais Voilà, quand j'arrivais à 15, 16, 17, je commençais à battre les grands. Donc je prenais confiance en moi. J'avais envie de porter les couleurs de la Guadeloupe le plus loin possible. Et donc là, il y a toute cette émulation-là. J'étais bien entouré avec pas mal de potes qui étaient dans cette dynamique. On savait qu'il fallait garder les pieds sur terre quand même, continuer nos études si possible. Mais voilà, moi, je me suis donné une chance après le bac. Je suis parti faire un an de compète à fond. Et du coup, comme je m'y suis mis assez jeune, on va dire que j'ai fait beaucoup de compètes de 13 ans à 23 ans.
- Speaker #1
à peu près, 10 ans de compétence en gros dans le surf.
- Speaker #0
Voilà. Et après, j'ai fait quelques apparitions pour le plaisir à droite à gauche, mais moins dans une logique de... Je sais pas si j'ai... Je pense qu'au fond de moi, je savais que il me manquerait sûrement notamment le surf de très grosses vagues. Je pense que pour arriver à faire partie des tout meilleurs, il faut vraiment être très à l'aise dans les grosses vagues. Et je savais que ça c'était un truc... Moi je surfais jusqu'à 3. 3-4 mètres, mais au-delà, c'était dur pour moi. Je n'avais pas envie d'y aller.
- Speaker #1
C'était le côté envie, la peur était plus importante que l'envie ?
- Speaker #0
La peur était plus importante que l'envie, exactement. Je ne prenais plus de plaisir parce que les très grosses vagues me faisaient peur. Je savais que j'avais des limites. Je pense que les mecs qui arrivent dans le encore plus aujourd'hui, mais déjà à l'époque, les mecs qui arrivent à se qualifier sur le... sur le W, sur le voile autour, c'est des gars qui ont, entre guillemets, quand je dis pas de limite, ils en ont tous. Même Kelly Slater, par exemple, on le voit pas surfer à Nazaré, Kelly Slater. Pourtant, c'est un mec qui sort des vagues énormes. Tu veux dire, tu lui mets 5-6 mètres, il est dans l'eau, quoi. Il a pas... Donc voilà. Mais il faut pouvoir faire ça.
- Speaker #1
Ok. Qu'est-ce que t'avais l'impression qui te manquait à ce moment-là quand tu te dis, moi, je suis bloqué dans une 3-4 mètres et... Et je n'arrive pas à aller plus loin. C'est qu'est-ce qui te manque à ce moment-là ? Tu sais que c'est de la physique, tu sais que c'est autre chose, tu sais que c'est une technique.
- Speaker #0
Ce n'est pas forcément physique parce que tu as des mecs... Moi, je ne suis pas un grand gabarit, mais tu as des gabarits beaucoup plus... Comment dire ? Je pense que c'est quelque chose que tu as plus ou moins en toi. Ça se travaille, c'est sûr. Mais tu as quand même des prédispositions à ça. C'est-à-dire... quelque part, à être capable de mettre de côté le bon sens. Parce que si tu écoutes le bon sens, tu ne vas pas dans ces vagues-là.
- Speaker #1
Ok. C'est super intéressant parce que du coup, tu parles de la notion de peur, tu parles de la notion de bon sens.
- Speaker #0
La peur, il faut apprendre à la gérer. Ok. J'ai appris à la gérer, à faire ce que j'ai fait en surf. Ok. La peur, il faut apprendre à la gérer. La peur, c'est beaucoup des projections aussi, de ce qui peut t'arriver, etc. Mais elle est aussi là pour t'alerter sur tes limites. Alors physique, c'est sûr. Est-ce que tu es capable d'encaisser une série de vagues de 4-5 mètres sur la tronche ? Ou est-ce que c'est trop pour toi et tu peux te noyer ?
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Et donc voilà, j'ai repoussé vraiment mes limites plein de fois. Ok. Je me suis fait très peur plein de fois. J'ai vraiment fait me noyer notamment deux fois. Et après, je pense que dans ma tête, je me suis dit, bon ben voilà, je vois bien que pour aller beaucoup plus loin dans le domaine de la compétition en surf, il faudrait que je sois... en mesure de dépasser ça, est-ce que j'ai vraiment envie de dépasser ça ou est-ce que mes challenges, je vais les mettre ailleurs dans ma vie ? Et c'est ce que j'ai fait, je crois.
- Speaker #1
Et à quel moment tu mets le curseur ? Parce que la peur, j'ai l'impression que tu as deux dimensions. Tu as la peur qui te parle dans ta tête et c'est bon de l'écouter, c'est sage, elle t'informe, elle donne des infos sur tout ce qui peut se passer de dangereux et comment tu l'anticipes par la suite. Et tu as aussi la peur dans ta tête, la petite voix qui peut te dire Mais là, peut-être que ça pourrait être chaud alors que tu as les capacités de le faire. Il s'agit de court-circuiter un petit peu en mode, allez, c'est bon, j'arrête de m'écouter, j'y vais. À quel moment tu fais ce distinguo-là de j'arrête de m'écouter ? Il y en a qui disent poser le cerveau, on pourrait dire ça. À quel moment tu l'écoutes ? À quel moment tu l'achètes down ?
- Speaker #0
Moi, j'ai posé le cerveau plusieurs fois, notamment dans mon année où je voulais m'essayer à la compétition internationale. Donc là, je suis parti, j'ai voyagé, j'ai fait des compétitions partout. J'ai fait le championnat du monde en Australie. Je ne sors pas du monde au Brésil. Je me suis retrouvé dans des grosses conditions ici. Parce que les vagues sont quand même super méchantes dans le sud-ouest. Quand c'est gros, les houles hivernales et tout, c'est très sérieux. Et du coup, là, j'ai posé le cerveau, entre guillemets. Enfin, j'ai essayé de le poser. Et je me suis retrouvé dans des conditions de vagues où j'avais le sentiment de ne pas être à ma place. Parce que moi, je pense que dans ma tête, la peur prenait le défi. prenait le dessus. Donc, je naviguais comme je pouvais au sein de ces craintes, du danger. Et ce n'était pas confortable pour moi.
- Speaker #1
Pas confortable.
- Speaker #0
Donc, voilà. Après, c'est normal, tu repousses tes limites. Aujourd'hui, je les repousse différemment. Des fois, je vais sur des scènes qui sont impressionnantes et je les repousse. Mais c'est différent. Le surf, tu mets quand même ta vie en danger.
- Speaker #1
L'enjeu, il est différent en fait.
- Speaker #0
L'enjeu est différent. Quand tu montes sur un cours de tennis, au pire, tu prends 6-0, 6-0, mais tu ne vas pas mourir.
- Speaker #1
Oui, tu ne vas pas mourir.
- Speaker #0
À part que dans les grosses vagues, c'est particulier. On parle de sport extrême.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr.
- Speaker #0
Ce n'est pas n'importe quel sport.
- Speaker #1
Tu parles des houls hivernales, par exemple, ici dans le sud-ouest. Quand tu sais que c'est gros comme ça, qu'il faut être prêt et que ça va être tendu, tu as vu les conditions, tu as vu le bulletin météo, tu as parlé avec les mecs aussi certainement sur la plage. Pour toi, ta session de surf, elle commence à quel moment ? Est-ce qu'elle commence... Il y en a qui, pour une compétition, ils pourraient dire que ça commence la veille, ça commence une semaine avant. Pour une session, ça pourrait commencer peut-être à la maison avec des rituels, des prises d'infos.
- Speaker #0
Déjà, quand tu regardes les prévisions, forcément, tu commences à faire des projections un peu.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Avec les gars, tu regardes. Encore plus aujourd'hui, parce que les prévisions sont de plus en plus fiables depuis plus longtemps. Enfin, moi, à mon époque, on savait plus ou moins qu'il allait y avoir des vagues, mais ce n'était pas aussi précis qu'aujourd'hui. Aujourd'hui, à cinq jours près, tu es sûr de ce qui va arriver quasiment.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Donc, Je dirais que la session commence un peu dans ta tête les jours qui précèdent l'événement. Tu essaies d'aller dans l'eau quand les vagues arrivent, s'il y a des vagues déjà avant le début de la compétition, t'entraîner dans les conditions. Notamment au championnat d'Europe junior en Angleterre, ça c'est une histoire quand même assez représentative de ce que j'ai vécu. Je suis arrivé, les vagues étaient énormes, c'est la première fois que je surfais dans de l'eau si froide. J'étais le seul je pense de toute l'Angleterre qui n'avait pas pensé à prendre des chaussons. J'ai cru que j'allais perdre mes pieds au premier entraînement. Je me suis acheté des chaussons, je n'avais jamais surfé en chaussons de ma vie. Les vagues faisaient 2,50 m dans tous les sens, vraiment tempête hivernale. J'étais mort de trouille, mais j'allais dans l'eau m'entraîner. On était dans le bus de l'équipe de France, on attendait que la grêle arrête de tomber pour pouvoir se mettre à l'eau. Je me souviens que Patrick Beven, qui était remplaçant, après il a fait une carrière, il est allé plus loin que moi après, mais en l'occurrence là, il était mon remplaçant sur ces championnats d'Europe. Et il m'a dit si tu ne vas pas, j'y vais. Et je me suis dit, ce n'est pas possible. Ça a touché mon égo, mon orgueil, je ne sais pas. Et je me suis dit, je ne peux pas être venu là et me dégonfler. Donc, je suis allé dans l'eau. Je me suis entraîné et j'ai repoussé mes limites. Et j'ai fini en finale des championnats d'Europe. C'est un de mes meilleurs résultats, j'ai été troisième. Donc là, j'ai vraiment repoussé. Pour le coup, j'ai réussi à canaliser mes peurs. et à optimiser mes performances. À chaque fois que j'allais dans l'eau, je réfléchissais bien par où j'allais passer pour passer la barre. C'était dur, quoi. C'était une compétition vraiment avec moi-même aussi.
- Speaker #1
OK, donc en fait, tu étais focus sur les choses qu'il y avait à faire, à bien faire. Et ça t'a permis d'être plus présent sur les waves à ce moment-là ?
- Speaker #0
Ouais, ouais, j'ai vraiment abordé le truc en mode je ne suis pas là pour me faire plaisir, je suis là pour essayer de décrocher un résultat. Et donc à chaque série, être stratégique, être malin. Prendre les vagues qu'il faut, pas prendre toutes les vagues, bien choisir. Bien regarder l'océan avant de me mettre dans l'eau, écouter les conseils des uns et des autres. Voir un petit peu comment ça se passait pour les autres dans les séries avant la mienne. Alors qu'il y a d'autres compétitions où je suis arrivé à la cool, je regardais moins les vagues avant de me mettre dans l'eau. J'y allais quand c'était mon tour. Là, j'avais joué le jeu vraiment. Et je pense que cette petite piqûre par rapport à... A mon ego, le fait que mon pote me dise si tu ne vas pas, j'y vais, ça m'a forcé à me dépasser quelque part. Je ne voulais pas, ce n'était pas possible.
- Speaker #1
Ok, sans ça, tu ne serais peut-être pas allé ?
- Speaker #0
Si, j'y serais allé, mais j'aurais moins eu cette petite voix au fond de moi qui me dit si je ne fais pas l'autre job, lui il aura l'air. En plus, parce que c'était un très bon pote, je me suis dit que lui, il avait envie de la faire. C'était pour la faire à moitié, c'était pas cool vis-à-vis de lui. Donc si je la fais, il faut la faire vraiment. Mais quand t'as peur des conditions de surf, voilà. Bon, là, on parle beaucoup de la peur des vagues, mais ça n'a pas été... J'ai fait une belle carrière en surf à travers...
- Speaker #1
Oui, clairement, c'est vraiment l'intérieur aussi de ce qui se passe. Et c'est cool de montrer les résultats et tout ce qui est chouette. Et en même temps, je ne vais pas dire un concept, mais pour aller vers quelque chose et réussir à l'atteindre. Faut pas le fantasmer, donc ne pas voir que la partie cool, que par exemple les strass et les paillettes, le côté teint trop cool au mec qui fait beau temps, belle vague.
- Speaker #0
Ça, mais ça aussi c'est ce que justement en Staps on m'a appris, j'avais adoré ce cours. de motivation intrinsèque, extrinsèque et quel type de motivation motive la personne. Et ça, c'est valable pour tout dans la vie. C'est-à-dire que la vraie bonne motivation, qu'on appelle la motivation intrinsèque, c'est d'être motivé pour les bonnes raisons. Que la motivation, ce soit d'améliorer ton niveau de performance, que ce soit d'être concentré sur la qualité de ton surf, par exemple, ou la qualité de comment tu vas chanter ce soir-là, et de ne pas te laisser envahir par... le stress d'une part, mais l'enjeu d'autre part. C'est-à-dire, qu'est-ce que je veux vraiment aujourd'hui ? Qu'est-ce que je veux faire aujourd'hui ? Et tu te rends compte qu'en fait, tu atteins le meilleur de toi-même quand tu vises, quand c'est un type de motivation, comment dire, sain, qui t'anime. C'est-à-dire, pousser mon surf à son meilleur niveau. Ça, c'est sain. Vouloir à tout prix gagner l'argent, par exemple, qui est à enjeu. C'est moins... Alors ça peut être un objectif pour le mec, pour d'autres personnes peut-être, je ne sais pas trop, mais on t'apprend quand même que la motivation par exemple du succès, ce n'est pas celle qui te permet d'être optimal dans ta perf. Si tu arrives à rester concentré, être terre à terre...
- Speaker #1
Concentré sur toi en fait.
- Speaker #0
Exactement, à rester concentré sur proposer du bosser aujourd'hui. Et si tu es concentré que sur ça, il y a plus de chances que tu aies du succès. que si tu es focus sur le succès direct.
- Speaker #1
Parce qu'en plus, je le maîtrise. Ça dépend que de toi, le fait de faire un beau surf, de positionner ton pied comme ça, de prendre la wave à tes moments.
- Speaker #0
Ouais, optimiser ce que tu es capable de proposer.
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Voilà. Et ça, ça m'a vachement servi dans la musique. C'est-à-dire qu'en plus dans la musique, là, il y a un parallèle intéressant à faire. C'est que pour moi, la musique, c'est exactement le contraire de la compétition dans le sport. C'est aussi pour ça, je pense que je suis... inconsciemment parti vers un truc radicalement différent dans le sens où il y a une compétition dans la musique parce que c'est un métier qui est très difficile pour y arriver, il y a beaucoup de monde mais justement le surf m'a appris, toutes ces années m'ont appris que tu peux être un gabarit léger et battre des mecs hyper costauds dans le surf et dans la musique, comme il s'agit déjà, il ne s'agit pas de se battre les uns les autres mais il s'agit d'optimiser réellement ce que tu es capable de proposer artistiquement dans l'art en règle générale C'est-à-dire, pour le coup, dans l'art, vraiment, je pense que le mec qui a une petite voix et qui chante pas toujours juste, s'il a la bonne intention, si l'intention est pure, si le mec est aligné avec ce qu'il est, ça te donne un gars comme Renaud, par exemple, qui chante pas forcément très juste, qui est pas un chanteur à voix, mais qui te bouleverse. Et il te bouleverse avec ce qu'il a à proposer. Tu vas se dire, à côté de ça, t'as un performeur vocal avec une voix énorme. qui a beaucoup plus de capacité de performance, mais qui va peut-être moins toucher le cœur des gens. Parce qu'il est moins aligné, il propose un truc qui est plus commercial, etc. Alors que le mec arrive, Renaud, il arrive pour faire Mistral Gagnant, et là sa voix est un peu fausse, mais son intention est tellement belle que personne ne pourra jamais chanter Mistral Gagnant aussi bien que lui.
- Speaker #1
C'est authentique, c'est ça ce que tu veux dire ?
- Speaker #0
L'authenticité de la démarche, exactement. L'authenticité de l'intention. Voilà, la sincérité. La sincérité compte beaucoup dans l'art. Dans la compétition en surf, c'est peut-être moins valable parce que c'est de la performance qu'on juge. Mais du coup, moi, j'ai trouvé autre chose qui m'épanouit beaucoup plus dans l'art, qui est justement de cet ordre-là. C'est-à-dire, c'est l'alignement personnel qui est plus important finalement que le résultat.
- Speaker #1
Ouais. Tu vois, c'est marrant parce qu'il y a une sorte de petite équation en preuve mentale qui est assez connue. C'est performance égale ton potentiel. tout ce que tu sais faire, moins les interférences. Et le but, c'est de réduire au maximum ces interférences. Et j'aime bien proposer une formule un peu différente, qui va être que la performance, ça va être ton potentiel. Donc, on sous-estime souvent notre potentiel. Du coup, on pourrait dire le potentiel fois ton alignement, moins les interférences. Et du coup, l'alignement, ça devient vraiment un catalyseur de ce que tu es capable de faire.
- Speaker #0
C'est sûr. D'ailleurs, le jour J, je pense, même dans le sport, c'est vrai qu'on retrouve ça. Il y a quand même plein de similitudes. Même, comment dire, si tu es aligné ce jour-là, si tu ne cherches pas à en faire trop, si tu cherches juste à faire au mieux ce que tu sais faire, c'est souvent là que tu fais les meilleurs résultats. Quand tu essayes d'être quelqu'un d'autre que toi et de ce jour-là, tu te dis, allez, je vais être calisthleter, ça ne marchera pas. Non, non, sois toi-même, propose du beau surf avec tes capacités à toi, sans chercher à être un autre, juste en étant. et aussi je pense que Il y a un parallèle qui peut t'intéresser, je pense, dans la psychologie, pour moi, qui est très, comment dire, en particulier, je veux dire, entre le surf et la musique. qui est que le surf, un peu comme le patinage artistique peut-être, mais encore plus parce que le surf, la dimension de vague, l'élément qui est en mouvement, le fait que la vague ne soit jamais la même, ça c'est quelque chose qui t'oblige à être dans l'improvisation permanente. Le surf c'est un sport où l'improvisation a une énorme part puisque c'est jamais la même vague. Le patinage artistique c'est toujours la même piste, le tennis c'est toujours le même terrain avec les mêmes lignes, l'athlétisme aussi. Mais le surf, c'est très particulier parce que tu dois t'adapter en permanence à ce que l'océan te propose. Donc, ça nécessite que tu sois vachement à l'écoute de l'environnement, de la nature, de ce qu'elle te propose ce jour-là. Et donc, tu es dans l'adaptabilité en permanence, tu vois, à ce qu'aujourd'hui on te donne les bonnes vagues. Demain, on ne te donne pas les bonnes vagues. Même si tu n'as pas les meilleures vagues de la série, il faut que tu performes pour passer les jours suivants, tu vois.
- Speaker #1
et pour moi c'est c'est adaptabilité, c'est quoi la croyance qu'il faut absolument avoir pour la bosser cette adaptabilité ?
- Speaker #0
Je pense la capacité à être dans l'instant présent,
- Speaker #1
moi je dirais ça Comment tu t'y prends toi pour être, si on devait par exemple faire une masterclass maintenant et être dans ta tête au moment où tu te dis je veux être présent comment tu t'y prends toi ? Parce qu'il y en a plein qui disent il faut être ici et maintenant et il y en a pour qui c'est très dur avec notamment les réseaux sociaux qui nous À part un petit peu toute notre capacité d'attention notamment. Toi, comment tu t'y prends pour être présent quand il faut être présent ? Par exemple, sur scène ? Par exemple, quand tu es au pic ?
- Speaker #0
Il y a une bonne part de préparation. Je pense que plus tu es préparé et plus tu vas aborder ce moment-là, que ce soit monter sur scène ou aller dans une série de compétitions, plus tu vas l'aborder sereinement. La préparation compte beaucoup. Après... Je pense que l'acceptation du fait que tu ne peux pas contrôler l'ensemble des paramètres, il y a toujours... Ça, c'est la vie. Je veux dire, l'acceptation, c'est ce qui te sauve des plus grandes difficultés de la vie. Je veux dire, être capable d'accepter que c'est comme ça, des fois, c'est comme ça. Des fois, tu n'as pas les... tu n'auras pas les bonnes vagues et c'est l'autre qui aura les bonnes vagues.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Mais par contre, tu peux tout faire pour essayer d'être, voilà, donc bien te préparer, bien regarder l'océan. Moi, en ce qui concerne les concerts, bien me préparer, avoir beaucoup répété en amont, bien choisir les chansons, les tonalités.
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Il y a plein de choses qui se préparent, comme les mecs.
- Speaker #1
C'est plein de paramètres que tu coches, en fait, que tu dis, OK, ça, je contrôle, ça, je contrôle. Je sais ce que je ne contrôle pas, mais au moins, je sais ce que je contrôle également.
- Speaker #0
Exactement. Et je pense que c'est exactement ce que tu as dit. cocher un maximum de choses que tu contrôles et par contre te défaire des frustrations liées à ce que tu contrôles pas
- Speaker #1
Ouais, tu vois c'est marrant parce qu'on parlait tout à l'heure de Lady Melody, la chanson pour laquelle t'as été connue entre autres dans l'album Better Days en 2009 et j'ai l'impression que ça illustre vachement ce que t'es en train de dire sur le fait que t'as donné ta performance et y'a un truc que tu contrôles pas tu sais pas comment ça va être accueilli et là en l'occurrence ça fait un gros boom alors que ça fait depuis 2003 que... tu performes,
- Speaker #0
ça fait déjà 6 ans que tu fais des albums avec des twers en musique et en mettant tout ton coeur et ton authenticité et là ça pète à ce moment là c'est pas moi qui ai choisi que ce soit cette chanson c'est les médias les étoiles qui se sont alignées autour de cette chanson à un moment donné et ça s'est présenté comme ça à moi et je me suis dit bon bah c'est ça donc j'y suis allé et bah ça a été à la fois une bénédiction à la fois un peu une malédiction parce que ça m'a Merci. Ça m'a fait connaître du grand public, donc très positif. Et ça m'a aussi complètement enfermé dans ce succès-là. C'est-à-dire que pour 90% des gens qui me connaissent en tout cas de loin et qui ne connaissent pas mon parcours, beaucoup d'entre eux pensent que je n'ai fait que cette chanson. En tout cas, on me résume énormément à cette chanson. Donc c'est une chanson que je ne renierai jamais. Je la chante à chaque concert avec grand plaisir. C'est fantastique d'avoir réussi à faire une chanson qui est rentrée. carrément, enfin, ils appellent ça, dans leur jargon, ils appellent ça un gold, c'est-à-dire que c'est un titre qui, comme Ne la laisse pas tomber, comme Il est libre, Max, comme plein de chansons comme ça, est connu de tous, plus ou moins, enfin, voilà, et ça, c'est vrai que c'est un côté un peu miraculeux, quoi.
- Speaker #1
C'est ouf, on arrive à voir quand même, de ce que tu dis, qu'il y a vraiment le côté hyper équilibré des deux côtés, genre.
- Speaker #0
hyper méga teasé hyper connu je vous regardais tout à l'heure sur youtube tu t'as environ 44 millions de vues là dessus c'est assez dingue oui encore là c'est sur youtube mais si tu cumules les ventes d'albums les numéros 1 des sonneries à l'époque sur les téléphones les streaming aujourd'hui etc on est plutôt dans les 100 millions quoi tu vois yes 100 millions donc on voit une
- Speaker #1
grosse audience là dessus et en même temps il y a ce côté hyper enfermant qui toi aujourd'hui au même niveau que ça t'a propulsé à l'époque, à l'époque en 2009 ? Maintenant, tu te sens enfermé aussi là-dedans et c'est plus difficile pour toi de réussir à...
- Speaker #0
Ça ne date pas d'aujourd'hui. Ça fait des années que j'essaye d'une certaine manière de faire voir au grand public. C'est-à-dire que les gens de mon entourage me suivent et savent ce que je fais ou m'ont vu en concert. Les gens qui m'ont vu en concert, je pense, ont vu qu'il y avait plein d'autres choses. Mais n'empêche que... n'empêche que cette chanson là c'est ça voilà c'est là c'est la vitrine quoi c'est la vitrine c'est la vitrine c'est la vitrine et je me suis rendu compte moi aussi d'ailleurs que j'avais et j'en veux à personne en fait de ça c'est comme ça il ya il ya des gens soit il y en a plein des succès bas je les ai cités avant mais hervé christianique a fait il est libre max Bon, c'est une chanson qui parlera peut-être plus aux parents qu'aux jeunes, mais il y a des jeunes qui écoutent. Mais, ou Ne la laisse pas tomber, par exemple. Tout le monde connaît ça, Ne la laisse pas tomber. Bah, moi, je ne sais même pas vraiment le nom du mec qui a chanté ça, alors que je connais les paroles par cœur de la chanson et que je trouve qu'une super chanson.
- Speaker #1
Oui, en fait, elle n'appartient plus trop maintenant. C'est le public qui en a fait quelque chose.
- Speaker #0
Exactement. Quand je la chante, j'ai parfois même presque l'impression que ça m'échappe. Des fois, je me dis, putain, c'est fou. J'ai chanté cet été sur un gros festival, il y avait 25 000 personnes qui chantaient mot pour mot la chanson. Et mes potes m'ont dit, mais tu te rends compte que c'est fou ? Je dis, mais non, je ne me rends pas compte, ça me dépasse tellement. Et pour autant, si tu me demandes, je ne suis pas plus fier de Lady Melody que d'autres chansons. Yes,
- Speaker #1
bien sûr. C'est encore une chose qui est marrante. Tu parlais de ta concentration en surf et du moment où tu étais focus sur exactement ce que tu avais à faire. Là, c'est exactement ça, tu ne gères plus. Le résultat, tu parlais de motivation intrinsèque, motivation extrinsèque.
- Speaker #0
souvent on me pose la question on me dit mais t'aurais pu abandonner mille fois après le D-Melody quand t'as vu que les médias te suivaient pas sur le reste etc ta maison de disques m'a lâché mon producteur de concerts m'a lâché quand ils ont vu que derrière y'avait pas le même succès sur la suite tout le monde m'a lâché, tout le monde s'est barré, y'a des musiciens qui sont partis, des amis, artistes que je ne nommerai pas mais qui ont tourné le dos et tout ça ça a pas été toujours simple et je crois que ce qui m'a fait tenir c'est justement on en revient C'est quoi ma motivation ? Moi, ma motivation, c'est pas le succès. Ma motivation, c'est de faire des belles chansons et c'est vraiment ça qui m'anime en fait. J'aime et j'adore écrire des chansons, trouver des mélodies, les faire sommer en studio, aller les chanter en live, faire passer des beaux messages. Et du coup, je pense que c'est ce qui fait que ça fait maintenant 20 ans que je fais ce métier et que je continue d'avoir en fond de moi la flamme parce que c'est la flamme d'écrire et de faire de la musique. alors bien sûr que s'il y a S'il y a un beau succès au bout et que je peux jouer dans des grandes salles, dans des bonnes conditions de son, c'est génial. Et s'il n'y a pas ça, j'ai quand même envie d'écrire des chansons.
- Speaker #1
Yes ! Si je comprends bien et tu m'arrêtes si je me trompe, ce que tu es en train de dire là, c'est que peu importe si ça marche derrière, si ça ne marche pas, ce qui te fait déjà kiffer, c'est le process, et c'est le fait, toute la balade et les répètes par exemple, là tu es overbooty en ce moment, tu sors... Un album avec un filtre, avec Dana, qui est plein d'autres artistes, super cool. Et c'est quand même le fait d'aller en studio, le fait de répéter, de donner des concerts, d'avoir ta vie à côté. Et tout ça, c'est ce gros tout qui te fait kiffer.
- Speaker #0
Où est-ce qu'on place le curseur de la réussite ? Est-ce qu'on le place parce qu'on a vendu un million d'albums ? Ou est-ce qu'on le place parce qu'on est heureux et fiers de ce qu'on a réalisé ? Moi, là, je suis hyper heureux de ce que j'ai réalisé. J'ai fait des belles chansons qui me plaisent. Il y a de la poésie, il y a du sens. Il y a des belles rencontres humainement, Hugo Fré, Danakil, Tiken jah, Peps, Guillaume Grand, Zao, des univers complètement différents. Et moi, c'est ça qui m'a fait kiffer. Et l'album va sortir. Du coup, là, je suis fier de tout ce travail. Plus tu travailles, je pense que quand c'est facile, ça n'a pas le même goût. Et par contre, il faut accepter que ça puisse être difficile et qu'il y ait peut-être une... Une petite amertume de ne pas que ça n'ait pas marché autant que ce qu'on voudrait. Mais il vaut mieux cette amertume là que l'amertume d'avoir fait un truc qu'on ne se reconnaît pas et qui cartonne. Mais ce n'est pas toi.
- Speaker #1
Et cette amertume, c'est parce que tu présupposes qu'il y aurait plus d'avantages que d'inconvénients à ce que ça ait plus marché ?
- Speaker #0
Cette amertume, c'est que j'ai quand même énormément bossé et il y a une partie de toi qui se dit « putain, mince, je me suis tellement employé que si c'est pour à la fin qu'il n'y ait que 15 personnes qui l'écoutent, ben t'es un peu déçu » .
- Speaker #1
Ça me fait penser à une phrase qui dit…
- Speaker #0
Comme le mec qui s'entraînerait comme un fou et qui fait sa compète de surf, il n'a jamais les bonnes vagues et du coup, il ne peut jamais vraiment montrer ce qu'il est capable de faire.
- Speaker #1
Ça, c'est les conditions extérieures qui font qu'il n'arrive pas à les avoir.
- Speaker #0
Je ne sais plus où j'ai lu ça dernièrement Mais ça m'a marqué parce que je te l'ai ressorti tout à l'heure Mais qu'en gros En fait, travailler le plus possible Sur ce que tu peux maîtriser Et lâcher prise le plus possible sur ce que tu ne maîtrises pas C'est ça je pense le secret Te défaire de toutes tes frustrations Qui finalement Ne sont pas de ton ressort Tu as tout fait mais ça Quoi que tu fasses, tu ne peux pas le gérer En fait, il y a une pépite Tu donnes une masterclass, si t'as envie d'être frustré,
- Speaker #1
concentre-toi sur ce sur quoi t'as pas de pouvoir et qui répond pas à ce que t'aimerais que ce qu'il se passe.
- Speaker #0
Si t'as bossé très dur et que ça a pas marché à cause de conditions extérieures, tant pis, c'est ainsi. Par contre, si ça a pas marché parce que t'as pas assez bossé, c'est là où tu vas avoir des regrets.
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Moi, j'aurais tellement travaillé, j'aurais tellement tout donné dans la musique pour arriver jusqu'à ce cinquième album depuis que j'ai commencé, malgré des critiques parfois difficiles, des... des gens qui tombent le dos, tu vois, les aléas du métier, des difficultés qu'il a fallu surmonter pour continuer, trouver la force de continuer. Et voilà, je pense que c'est quand je regarderai derrière moi, je me dirai, ce que j'ai fait, je suis allé le chercher, tu vois.
- Speaker #1
Yes, carrément, ça vient de toi en fait, ça t'est pas tombé dessus en fait ?
- Speaker #0
Ah non, moi j'ai commencé tout seul dans ma chambre avec un petit 8 pistes.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Faustex avec 8 entrées, je faisais mes maquettes tout seul à la maison, je faisais la ligne de basse avec un clavier Casio à chez 50 Balles au Le Pler.
- Speaker #1
On connaît tous ce clavier Casio.
- Speaker #0
J'avais une rythmique reggae dans mon truc, donc c'était toujours la même rythmique reggae. Et puis voilà, petit à petit j'ai appris, j'ai commencé comme ça. Je n'étais pas le fils de quelqu'un qui m'a aidé dans ce milieu-là. Par contre, j'étais le fils de quelqu'un qui m'a dit si tu veux vraiment y aller, Et là, c'est un point important, je pense, puisque la psychologie, je crois que c'est un truc important pour toi aussi. Et dans ton analyse, là, c'est que j'ai eu des parents qui m'ont fait confiance. Ils m'ont dit tu veux faire ça ? OK, mais te cache pas dans. Comment dire si tu le fais, fais le vraiment à fond. Le fais pas pour aller fumer des pétards avec des potes, machin, glander et prétendre que tu fais de la musique. Et du coup, bon, déjà, c'était pas moi. ils savaient que j'étais un... Comme quand j'y allais, j'y allais à fond, ils m'avaient vu faire avec le surf, mais ça a résonné en moi. Et cette confiance qu'ils m'ont donnée, je pense qu'elle est hyper importante pour les jeunes. C'est hyper important de dire que la confiance des parents, ça compte énormément dans la réussite, je pense. Quand on croit en toi, tu as envie de te montrer à la hauteur de l'espoir, de la confiance qu'on te porte. C'est très précieux.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, tu vas chercher par exemple, si tu fais de la muscu, de la répétition en plus, qui va te permettre de faire C'est la séance de surf que tu te dis putain fait chier ça caille, on est en plein hiver j'ai pas envie d'y aller mais let's go on y va.
- Speaker #0
L'année où j'ai fait que du surf, mes parents m'avaient dit fais-le à fond pour pas regretter. Je l'ai fait vraiment à fond, j'ai poussé mes limites dans les grosses vagues également etc. Et du coup à la fin de cette année là je me suis dit bon qu'est-ce que j'en ai tiré ? Des grosses performances, j'ai battu Marco Chilupo qui a été champion du monde, à Anglette, j'ai quelques grosses perfs comme ça, des résultats à droite à gauche. Et par contre là... Le sentiment qu'à la fois, je sais ce que je veux et je sais ce que je veux pas. Et le surf, je me suis dit, je crois que j'ai fait le tour. La vie m'a gentiment aiguillé vers la musique ensuite. Et ça, c'était ce qui me correspondait. J'étais plus artiste que surfeur de grosses vagues. Mais dans les vagues d'un mètre cinquante, je pouvais accrocher les meilleurs mondiaux. Mais bon, ça suffisait pas, donc je m'en suis rendu compte. Et puis, je suis allé vers quelque chose qui me correspondait mieux. C'est ça aussi la vie, c'est savoir... Réorienter, réfléchir à tes choix, à tes décisions.
- Speaker #1
À quel moment tu acceptes de dire ok, en fait là le surf c'est plus pour moi et accepter d'aller jouer au switch et je vais vers quelque chose qui est hyper important pour moi également.
- Speaker #0
Ça n'a pas été difficile en réalité parce que j'ai jamais abandonné le surf, ce que j'ai abandonné c'est la compétition. Et moi ce qui me plaisait vraiment c'était le surf au fond. Alors la compétition, j'ai aimé ça un temps, j'aimais bien prendre le risque de perdre pour essayer de gagner. Un coup je perdais, un coup je gagnais, je gagnais suffisamment souvent pour me motiver à continuer. Des fois j'ai perdu, c'était dur, j'en ai pleuré des fois de rage et tout. De grosses déceptions, je savais que... Moi, en plus, j'ai une particularité dans ma carrière. J'ai été dix fois champion de Guadeloupe, j'ai été champion des Dom-Tom, tout ça. Mais sur tous les gros rendez-vous internationaux, j'ai toujours été en finale. Donc on pourrait se dire que c'est incroyable, parce que trois championnats de France, trois finales en junior. Championnat d'Europe junior finale, championnat panaméricain finale. À chaque fois, c'est-à-dire, j'arrive en finale et à chaque fois, je fais deuxième en finale sur quatre. Il me manque à chaque fois le demi-point ou le 0-2, 0-3 pour être champion de France, champion d'Europe, champion de Paris-Méridien.
- Speaker #1
C'est vrai, tu ne pètes pas un câble, tu ne dis pas. Non, mais c'est super injuste.
- Speaker #0
Au bout de trois finales et que je termine encore deuxième, deuxième, troisième, jamais derrière les mêmes. Les mecs qui étaient champions l'année d'après, je les bats, mais ils sont derrière moi, mais c'est un autre qui passe devant moi. En fait, j'étais le plus constant, mais il me manquait toujours le petit sur les événements très importants. Donc au bout d'un moment, je pense... Peut-être qu'au bout d'un moment, je me suis dit, bon voilà, j'ai fait le tour. J'ai appris à perdre aussi beaucoup. Du coup, j'ai gagné, mais j'ai appris à perdre en étant deuxième souvent.
- Speaker #1
Tu sais que c'est marrant, mais ça, ça t'apprend vachement. Il y a Eddy Clarté, du coup, au BMX Race, qui est aujourd'hui troisième mondial.
- Speaker #0
Incroyable.
- Speaker #1
Incroyable, on l'embrasse s'il écoute le podcast aujourd'hui. Et tu l'écoutes dans un des podcasts qu'il fait avec Bike Production. Et il explique que lui, avant d'être pro, il n'a jamais gagné une compétition. Et c'est comme ça qu'il ne s'est pas rendu avec tous les échecs, ce qui pourrait être considéré comme... Pour d'autres personnes comme Delalousse, il a perdu, il n'est pas bon. En fait, c'est tout ça qui le nourrit et qui fait qu'aujourd'hui, il n'a pas lâché et il en est au niveau où il est aujourd'hui et il va aller encore plus loin.
- Speaker #0
Tous les grands, ils le disent, tu apprends aussi dans la victoire parce que tu te dis, OK, qu'est-ce que j'ai bien fait ? Mais tu apprends encore davantage dans les défaites parce que c'est en sachant ce que tu ne fais pas bien, je pense que tu peux t'améliorer.
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Quand tu as tout bien fait, bon, qu'est-ce que j'ai bien fait ? Tout, OK. Quand il t'a manqué un petit truc, moi il m'a manqué ce petit truc souvent dans les finales. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir tout donné à chaque fois. J'avais l'impression que sur certaines finales, l'océan ne voulait pas de moi. J'étais chez moi en voie double, j'avais gagné toutes mes séries jusqu'à la finale. J'avais battu les meilleurs de la compétition, j'arrive en finale et je cherche des vagues et je ne les trouve pas. Je vais à droite, la vague elle va à gauche, elle va à droite. Et là, il y a une frustration qui est monumentale parce que tu te dis, il est là, le résultat est devant moi. ça reste un beau résultat d'être vice-champion de France, mais avoir la première place du podium, c'est aussi un truc qui reste à vie, et moi je pourrais jamais dire, si j'étais champion de France master, il y a 4-5 ans, je suis les anciens. Pour dire que quand je suis parti vers la musique, j'ai d'abord essayé de bosser un peu dans l'industrie du surf, je me suis rendu compte que le business, les marques, tout ça, c'était pas pour moi, je suis pas un commerçant. La musique, ça me correspondait sans que je m'en rende compte. Petit à petit, je me suis dit, ça me fait vibrer.
- Speaker #1
On va se foutre sur ce passage de surf to music. Mais juste pour comprendre, est-ce que quand tu surfes, à ce moment-là, quand tu arrives vers tes 23 ans, 24 ans, avant de te faire ta blessure, c'est la cheville, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Avant de te faire la blessure à la cheville, est-ce que tu t'envisages de dire, pourquoi pas la musique ? Après, je pourrais y aller dedans ? Ou ce n'est pas du tout le projet que tu mènes en parallèle ?
- Speaker #0
En fait, c'est marrant, ça m'est... Ça a toujours été là, mais ça n'a jamais été, enfin jusqu'à ce que ça le soit, mais je n'ai pas vu arriver le truc. C'est-à-dire, c'était là, j'adorais en faire, j'en faisais avec des copains, de temps en temps, je montais sur scène avec des potes qui avaient un groupe ici à Osgore, et qui m'invitaient, j'avais chanté deux chansons sur leur album à l'époque, avant d'être connu, etc., avant de monter mon propre projet. Après, je suis allé faire une école de musique. D'abord, j'ai bossé dans des marques un peu de surf, je me suis rendu compte que bon, c'était pas spécialement pour moi. Après, je me suis dit, allez, j'essaye une école de musique à Bordeaux pour voir, essayer d'apprendre des choses. le solfège notamment, etc. Là, je me retrouve un peu largué, presque, à être dégoûté de la musique, à me dire « Waouh, en fait, je ne suis ni un virtuose de guitare, ni un... » Mais je le savais très bien.
- Speaker #1
Donc pour ça, tu te comparais à qui quand tu disais « Je ne suis pas un virtuose de guitare ? » Non,
- Speaker #0
parce que je me retrouve confronté, si tu veux, dans une école de musique, tu es confronté là aussi au niveau. Sauf qu'en fait, la musique, ça n'est pas qu'une question de niveau. Et c'est ce qui m'a sauvé, moi, c'est que je ne suis pas un vocaliste, C'est chiant. Quand je dis que je ne suis pas un vocaliste, je sais bien utiliser ma voix maintenant et tout, j'ai progressé, j'ai appris plein de choses, mais je ne suis pas né, je ne suis pas un performeur, je ne suis pas Benson Higoun, tu vois. Je ne suis pas un chanteur de gospel, voilà, je m'entends. Mais il y en a plein d'autres comme ça dans la musique et qui pour autant, d'ailleurs, moi souvent, sont mes préférés puisque moi je...
- Speaker #1
Et tu reviens à la maison authenticitaire.
- Speaker #0
Exactement. Et en fait, je crois que la musique, moi c'était inespéré parce que là, l'idée c'était d'être soi-même, d'avoir une... d'avoir une singularité, je crois aussi. Il y a cette notion de singularité qui est importante dans l'art. Être soi-même, ça veut dire s'accepter avec ses... ses points forts, mais aussi ses points faibles. Et dans la musique, je pense qu'il y a de la place pour les points faibles.
- Speaker #1
Alors que c'est valorisé en fait.
- Speaker #0
Alors que dans la performance sportive, les points faibles, ils te font perdre des points. Alors que dans l'art, ce n'est pas vrai. Il y a plein d'exemples de... Je ne sais pas comment dire, mais c'est ça, la singularité. Moi, j'ai essayé vraiment de travailler la singularité de mon projet. Trouver mon univers musical. Voilà, essayer de créer un truc qui soit à moi, identifiable, avec ma manière de chanter, ma manière de dire les choses, et être aligné avec mon histoire aussi, je crois. Pas chercher à faire un truc qui n'est pas moi.
- Speaker #1
On parle de plein de choses, de motivation intrinsèque, de ton histoire. Quand tu arrives sur scène, tu fais des scènes qui sont... Tu m'as dit que tu as fait une énorme scène, c'était notamment au festival... C'était où, c'était à Toulouse ? Ça,
- Speaker #0
c'était à la Seigne-sur-Mer dans 83.
- Speaker #1
La Seigne-sur-Mer, ok. Quand tu vois tout ce monde, j'imagine que tu as ce qu'on appelle le track, ou le stress, ça dépend comment tu l'appelles. Il y a un des débatteurs du groupe Les Coppers, Rod, on t'embrasse si tu nous écoutes, qui parle de track-zir, un mélange de track et de plaisir, un petit peu comme la zone de stress optimale qu'on pourrait avoir dans le sport. Est-ce que tu ressens cette chose-là toi aussi, ou pas forcément ? Et si oui, est-ce qu'il y a un truc qui te permet de se foutre chez à ce moment-là ?
- Speaker #0
Oui, je la ressens parfois. Généralement, je la ressens... Un petit peu avant d'y aller, mais une fois que ça commence, elle disparaît très vite parce que justement, le plaisir prend le dessus. Ce qui n'était pas le cas en surf dans les très grosses vagues, par exemple. Par contre, je m'éclatais dans des compétitions en surf quand les vagues étaient adaptées à mon surf. Sauf que là, en fait, j'ai le sentiment d'avoir réparé mon truc. Et donc, j'ai envie d'y aller. Comme un boxeur qui... C'est bizarre de comparer ça à la boxe, je sais, mais... Comme un boxeur qui se sent vraiment prêt et qui a envie d'y aller, qui a envie d'aller faire son combat. Il s'est tellement préparé que maintenant, il faut y aller.
- Speaker #1
Et tu te dis quoi à ce moment-là, quand tu sais que tu as une scène qui t'attend, qui est énorme, et tu les entends crier, tu as envie d'y aller en même temps. Qu'est-ce qui se passe en toi à ce moment-là ?
- Speaker #0
J'essaye de faire partir le stress en me disant que l'idée, ce qu'on attend de moi, ce n'est pas de devenir James Brown au dernier moment, c'est juste d'être Tom Frager, d'être moi, de faire ce que je sais faire. J'essaie de me dire, enfin on y est, plutôt que, waouh, c'est maintenant, j'ai la passion, tu vois. J'essaie que ce soit de transformer.
- Speaker #1
Transformer, je crois que c'est ça aussi le mot. Comment tu transformes à ce moment-là ? Parce que j'imagine que tu penses peut-être à l'enjeu ou pas ? Justement, au contraire, tu ne penses pas du tout à l'enjeu.
- Speaker #0
Je ne pense pas à l'enjeu.
- Speaker #1
Ah d'accord.
- Speaker #0
Je ne pense pas à l'enjeu, je me concentre sur... Moi, j'avoue que j'aime beaucoup partager la musique. Alors, ça m'est arrivé d'y aller tout seul. Ce n'est pas toujours facile. Mais là, devant 25 000 personnes, j'étais tout seul justement. Guitare ? Guitare, voix micro, ouais. Et donc là, ce qui m'aide, c'est d'avoir évidemment un morceau comme Lady Melody qui va chercher les gens tout de suite.
- Speaker #1
Tu connectes avec eux, tu partages direct ?
- Speaker #0
Ouais, mais sauf que comme je le mets en dernier, il y a 5-6 morceaux où je suis d'abord tout seul, et là, sans filer.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui se passe quand tu vois que le public l'écoute, mais qu'il n'est pas aussi chaud qu'il pourrait l'être ?
- Speaker #0
Ça arrive, ça arrive souvent, mais des fois, il ne réagit pas trop. Et du coup, tu te dis mince à ce qui est... Là, il ne faut pas laisser tes pensées aller dans tous les sens. Il ne faut pas que tu te mettes à réfléchir à la place des gens. Les gens, des fois, ils ne réagissent pas juste parce qu'ils sont cools. Ils boivent un coup, ils regardent, ils apprécient, mais sans manifester. Il y a des fois où ils manifestent à fond. Pareil, il faut être dans l'acceptation. En fait, moi, j'essaie d'y aller en acceptant ce qui va se passer, en étant le plus moi-même possible et le plus préparé aussi.
- Speaker #1
Pour être le plus toi-même préparé et authentique. Tu te concentres sur quoi quand t'es sur scène à ce moment là ? Le plaisir. Le plaisir, direct. C'est le mode je kiffe, j'ai envie d'y aller.
- Speaker #0
J'ai envie d'y aller, je suis content de chanter.
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Content. Mais il y a des fois où c'est dur d'être content. Il y a des fois où il faut aller chanter et t'as eu une mauvaise nouvelle le matin, t'as pas l'envie quoi. T'as pas le cœur à ça et à un moment donné, il faut quand même y aller. Là c'est vrai que c'est...
- Speaker #1
T'as un souvenir à ce moment ? Tu peux nous partager cette anecdote justement de ce moment où tu sais que c'est difficile, t'as eu une mauvaise nouvelle sans forcément évoquer laquelle mais... Et que t'as dû y aller quand même ?
- Speaker #0
Ah oui, oui, oui, bien sûr. Je sais pas, c'est comme si t'es à table chez des gens, que t'as pas faim, et qu'on t'a préparé un bon dîner avec ces personnes, et donc tu manges, mais t'as pas spécialement faim. Donc c'est pas simple, mais ça fait partie du métier là aussi.
- Speaker #1
Et on dit l'appétit vient en mangeant, est-ce qu'à ce moment-là, le plaisir est venu au fur et à mesure ?
- Speaker #0
Ouais, souvent c'est assez libérateur quand même. C'est-à-dire que tu pensais que ça allait être très compliqué. Et en fait, avec un peu de recul, ça t'a fait du bien.
- Speaker #1
Ça passe ?
- Speaker #0
Ouais, ça t'a fait du bien même. T'avais pas envie, t'y vas et... C'est une manière d'accepter aussi je pense, c'est à dire bon de toute façon il s'est passé ça, c'est dur, mais il faut avancer cette notion je pense de continuer à avancer même quand c'est pas facile, quand c'est pas comme tu voudrais, la patience, la détermination, il y a des matins j'ai pas envie d'aller au studio et j'y vais, je me force à y aller, j'ai pas envie. il fait mauvais, il fait froid, j'ai pas d'idées, etc. Je passe toute la journée au studio, je cherche des idées, et je trouve rien, je rentre chez moi le soir, je me dis mais à quoi bon quoi ? Je sais pas, c'est ma journée à chercher des paroles pour une chanson que personne écoutera si ça se trouve, et donc tu vois, tu te mets à... C'est pas une... la composition, tout ça, c'est pas une partie de plaisir des fois je trouve. C'est... tu vas chercher mais tu trouves pas toujours, et par contre quand tu trouves, ben tu t'es levé le matin, t'es allé bosser... T'avais pas envie et le soir tu rentres et t'as trouvé un couplet, un refrain magique et tu te dis trop bien. Et là la motivation revient et le lendemain t'as envie d'y aller justement.
- Speaker #1
Donc t'as envie de vraiment toujours être en mouvement et même quand c'est dur se dire allez c'est un pas devant l'autre.
- Speaker #0
C'est ça en fait, c'est un peu les montagnes russes et il faut accepter que c'est comme ça. Les moments où ça marche pas, ils existent pour certaines raisons mais c'est dur de se dire ça dans ces moments là. tu dis Franchement, je suis en train de perdre mon temps, ça sert à rien ce que je fais là. Et puis après, tu te rends compte, t'as transformé ça, t'as persévéré. Des fois, il y a des chansons, elles ont pris deux jours, il y a des chansons, elles ont pris six mois. À la fin, t'as un album et tu vas aller le chanter et t'oublies.
- Speaker #1
T'oublies les galères après.
- Speaker #0
T'oublies un peu le temps et l'énergie. Ça finit par être balayé, t'as fait tellement d'efforts. C'est une capacité dans le sport comme dans la musique, une capacité à t'imposer des efforts. L'inspiration, j'y crois assez peu. Il y a des jours où tu es plus inspiré que d'autres, mais par contre le travail, oui. Le travail paie toujours du coup. Le travail, je me dis que... Moi, ça s'est passé comme ça. Il y a des jours où j'étais inspiré, où j'ai une chanson qui m'est venue, je me souviens notamment dans le train. Il y a une chanson qui s'appelle « Citoyens du monde » .
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Et bien celle-là, on était sur le retour de Paris avec mon manager, j'ai pris mes écouteurs, machin, j'ai eu des idées et j'ai écrit quasiment toute la chanson, je sais pas, en deux heures de train ou quoi. Alors qu'il y a des morceaux, j'essaie de trouver lesquels, mais il y a des morceaux qui m'ont vraiment pris des mois quoi, à ce que ce soit abouti et à ce que je me dise ok là c'est bon. Et donc voilà, ça je peux pas l'expliquer.
- Speaker #1
Et t'as remarqué qu'il y avait des choses qui changeaient pour toi par exemple ce moment-là où t'as eu ton manager dans le train et c'est hyper fluide et t'as l'impression que c'est presque une écriture automatique qui se passe ?
- Speaker #0
Les idées, elles arrivaient, elles étaient bonnes à chaque fois.
- Speaker #1
Tu te rappelles un petit peu comment tu te sentais avant ? Est-ce qu'il y a un truc qui a joué là-dedans ? Par exemple, il ne faut pas être des bonnes nouvelles ?
- Speaker #0
C'est possible.
- Speaker #1
Ou tu te dis, j'ai la patate aujourd'hui, ça se passe bien pour moi, c'est fluide. C'est les idées ?
- Speaker #0
Oui, je crois que j'avais écouté des morceaux chez un copain qui fait des productions de son. J'en avais écouté plein et celle-là me parlait bien. Du coup, il y a cette espèce de magie qui opère, de trucs qui te stimulent hyper fort. Et du coup, ouah ! trop envie de faire cette chanson donc tu te jettes dedans, t'as envie c'est sûr qu'on fait mieux les choses quand on a envie de le faire mais malheureusement, en tout cas dans le sport il y a des fois que t'es obligé de t'astreindre ok,
- Speaker #1
cette rigueur, cette discipline cette notion d'astreinte,
- Speaker #0
mais en fait dans le sport, mais dans tous les métiers je pense les gens qui réussissent, qui vont très loin dans un métier, qui deviennent très bons c'est des gens qui ont su s'astreindre travailler des heures, des heures, des heures, à répéter, à aller plus loin que leur zone de confort, se remettre en question aussi beaucoup, ça c'est pas très propre à l'artistique, dans le sport aussi je pense, mais je te dis, bon, la remise en question, elle est très très présente dans ces domaines-là, le sport ou l'art. Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je fais ce qu'il faut ?
- Speaker #1
Elle est où la limite au moment où tu dis, par exemple, tu penses que c'est bien ce que tu fais, et en même temps il manque juste un ingrédient, et l'ingrédient c'est le temps. C'est la patience que tu évoquais tout à l'heure. À quel moment tu te mets à la limite de « Ok, bon, là, c'est bon, j'arrête parce que j'ai mis trop d'efforts et j'ai l'impression que ça ne vient pas. » Et je persévère. C'est quoi le petit truc en plus qui te dit « Là, c'est la voie que j'ai envie d'emprunter, peu importe si c'est la bonne, c'est ma voie. »
- Speaker #0
Tu le sens, normalement. Tu as cette fameuse petite voix qui te parle. En fait, c'est aussi cette capacité à écouter cette petite voix qui te parle, cette voix intérieure. Cette voix intérieure, rappelons-la comme ça, qui te dit… Là, c'est pas mal. Il y a des signaux extérieurs qui te font savoir que c'est bien aussi, qui sont encourageants. Et donc, OK, il ne faut pas que je m'arrête là. Là, il y a un truc à creuser vraiment. Et après, c'est chacun qui fixe. Il y a des gens qui se satisfont très vite. Ils écrivent un texte, ils disent « voilà, là, c'est bon » . Et je sais que moi, si j'étais eux, je me dirais « non, là, c'est pas mal » . Là, il y a un bon début. Mais ça, ça ne va pas. Moi, je sais que je suis quand même assez exigeant, je pense, avec moi-même. Avant de me dire que là, c'est bon, généralement, ça m'a pris beaucoup de temps, beaucoup d'énergie. Mais des fois, il y a un peu des...
- Speaker #1
Il y a une phrase qui dit « vaut mieux fait que parfait » . À quel moment tu te dis « allez, ça, je fais » . À quel moment je le fais et après, je peaufinerai, en fait.
- Speaker #0
plutôt que vouloir que ce soit parfait que ça sorte finalement quasiment jamais et que tu perds de l'élan l'authenticité que tu as mis dans le but c'est ça s'est trouvé le en musique c'est très vrai parce que il ya des fois tu tu tu tu veux faire un truc parfait et le truc parfait parce que c'est de l'art encore une fois le truc parfait en réalité ok il est parfait mais il est vachement moins fort que le truc moins parfait ouais tu vois ça c'est très propre à l'art et Et ça l'est moins dans le sport, je pense, parce que dans le sport, sport, effectivement, quand c'est parfait, généralement, t'as la note.
- Speaker #1
T'as la note derrière ? Ouais, après, dans le surf, comme dans le ski freestyle et comme dans le ski freeride, c'est des notations, c'est, entre guillemets, un petit peu subjectif, même s'il y a des critères. Mais toi, par exemple, tu me parles de... T'es à 0,5 points lorsque t'es en World Cup ou en Coupe d'Europe, et ça te frustre de ouf. Et tu dis, mais là, c'est subjectif. Ça ne m'appartient pas.
- Speaker #0
C'est un juge, exactement.
- Speaker #1
Et c'est jugé par de l'humain.
- Speaker #0
Ah ouais, ça c'est très dur quand t'es dans le patinage artistique. Pourquoi le mec a... Enfin, deux mecs qui ont fait des choses incroyables et qui ont fait chacun 20 figures. Les différencier à 0,3, j'y crois qu'à moitié. Ça reste le ressenti de... Oh, il y a une énorme sauterelle. Ça reste le ressenti du juge, quoi. Donc, ouais, ouais. C'est pour ça, pour moi, le surf, c'est pas vraiment un sport de compétition. C'est pour ça que c'est un peu un art, pour moi. Chaque mec a sa sensibilité et moi, je préfère les surfers qui... qui savent écouter l'océan, qui savent écouter la vague et adapter leur surf à la vague et pas l'inverse.
- Speaker #1
Est-ce que quand on parle de l'océan, tu parles beaucoup dans tes musiques de ne pas connaître si bien avec la nature.
- Speaker #0
Comment tu vois le truc en fait ? L'océan, moi, pour moi, l'océan, c'est presque une présence maternelle. Tu vois, c'est une présence. Je n'ai jamais vécu loin de l'océan. Donc quand je m'éloigne, même pour aller faire du snowboard une semaine dans les montagnes, au bout d'un moment, j'ai presque un... Une forme de, comment on dit ça, pas de tristesse, mais je cherche le mot. Je sens qu'il me manque, il y a quelque chose qui me manque d'assez essentiel à mon équilibre, presque chimiquement. Je pense que c'est le besoin aussi d'horizon, le fait de pouvoir, quand je vais à Paris, au bout de quelques jours, même s'il y a une effervescence que j'adore, c'est très cosmopolite, c'est stimulant musicalement, parce que je rencontre des super musiciens, etc. Mais l'essentiel est... L'essentiel n'est pas là pour moi. Donc j'ai besoin de cette présence-là, de l'eau aussi tout simplement, mais en particulier de l'océan, parce que si je vais me baigner dans une piscine, je ne ressens pas la même chose. Ce n'est pas pareil, parce que ça peut paraître un peu mystique tout ce que je raconte, mais je ne suis pas perché. Mais c'est pour dire que je pense qu'il y a une vraie différence quand tu vas te baigner dans l'océan, parce que l'océan, il bouge, il est vivant. Il y a une énergie vraiment, on est fait d'énergie, etc. On le dit beaucoup. Encore une fois, je ne suis pas dans le mysticisme, etc.
- Speaker #1
Mais dans nos cellules, c'est d'énergie.
- Speaker #0
En tout cas, c'est un vrai ressenti que j'ai moi. Il y a des gens, ça va être autre chose. Il y a des gens, ça va être la forêt. Moi, l'eau me régénère. D'être dans l'eau, dans les vagues, je sais que c'est très nourrissant pour moi et revitalisant, je ne sais pas comment dire, régénérant. C'est régénérant, ça régénère. Et ça me régénère dans la tête aussi, pas que physiquement.
- Speaker #1
Par exemple, tu es sur une journée de merde, tu étais au studio, tu as eu zéro idée, tu as eu des appels qui ne te convenaient pas, des choses qui ne se passeraient pas bien.
- Speaker #0
Si je trouve le temps d'aller nager un peu, de mettre la tête sous l'eau et de nager 15 minutes, ça nettoie mes pensées. Je pense que c'est à la fois le fait de ne penser à rien quand je vais dans l'eau, c'est un des rares endroits où j'arrive à chasser ce qui m'encombre.
- Speaker #1
Tu dirais que c'est un petit peu comme une méditation dans l'action ?
- Speaker #0
Oui, je pense que le surf, il y a sûrement un côté un peu méditatif. Mais encore une fois, ça dépend parce que là, on est dans une génération de surfers. Aujourd'hui, ça, c'est un regret que j'ai. J'ai l'impression que ça se perd un petit peu. Je ne vais pas faire le vieux con qui dit « avant, c'était mieux » . Non, ce n'est pas ce que je dis. Ce n'est pas ce que je dis parce qu'il y a plein de super gars, de super surfers avec une bonne philosophie. Mais il y a aussi beaucoup, aujourd'hui, je trouve, de surfers qui vont dans l'eau. systématiquement avec leur caméraman avec leur gopro et c est ils sont plus focus sur l'image qu'ils vont ramener chez eux le soir pour la regarder que sur le plaisir qu'ils vont prendre sur l'instant à faire ce qu'ils font. Et du coup, il y a un effet de mode aussi autour du surf, etc. Moi, j'en vis vachement les gars des années 70. Je l'ai vécu un peu dans les années 90 déjà. C'était autre chose que maintenant. Mais il y avait moins de monde sur les spots. Puis on ne savait pas comment les vagues allaient être. On n'avait pas la même science de la météo qu'il y a aujourd'hui. Donc, on prenait des fois la voiture, on roulait trois heures. On arrivait, c'était naze. Et au contraire, on roulait trois heures, on pensait que ça allait être naze et en fait c'était incroyable. Et on n'était pas préparé à tout ça. Et donc on était vachement plus dans l'instant présent justement. J'ai l'impression que tu le reviens aussi en parallèle avec la musique. Tu sais ce côté de tu y vas à fonte, tu t'investis de ouf et après derrière c'est naze. C'est comme quand tu vas chercher une chanson, je parle maintenant au studio, je sais que je vais aller faire de la musique, je prends ma voiture, ma planche, je sais que je vais faire du surf, je ne sais pas ce qui m'attend. Et c'est ça que je trouve fantastique. Et tu rentres ou pas avec des images et des trucs magiques en tête. Mais si tu n'y vas pas, de toute façon, tu ne trouveras pas ce petit truc magique.
- Speaker #1
Je vais faire une grosse interprétation et ça ne parle que de moi. Mais j'ai l'impression que tu parles des gens qui sont avec des GoPros et que tu veux le capturer l'instant en vidéo, en audio et compagnie. Et que toi, ta musique, c'est un petit peu ton moyen de dire qui tu es et aussi de retrans... écrire tous ces souvenirs que tu as en tête, que ce soit dans le surf ou ailleurs ?
- Speaker #0
Alors ouais, j'ai jamais parlé de surf dans aucune chanson. Ça c'est quand même, il faut le dire, j'arrive à mon cinquième album, j'ai pas fait une chanson qui parle de surf encore. Plein de chansons qui évoquent l'océan bien sûr. Et notamment, j'ai choisi ce combat-là, pour moi c'est important qu'il y ait quand même un message dans ce que je fais. Mais je suis parti sur autre chose je crois. Non, je sais plus ce que tu m'as demandé, c'était...
- Speaker #1
La question, c'est...
- Speaker #0
C'est une autre interpretation. En mode, ta musique, c'est un petit peu ta captation de ce que tu ressens à l'intérieur. Oui, c'est une vision du monde. Il y a quand même un côté un petit peu égocentrique dans le sens où tu t'écoutes pour savoir ce que tu as à raconter, mais c'est aussi un ex-vutoire qui fait que tu pioches chez les gens des... Moi, j'ai l'impression d'être en fait un... pas un catalyseur, mais un... je filtre plein de choses. de chez les autres aussi en réalité tu vois je vais me nourrir énormément des rencontres avec les gens j'essaie de toujours rester ouvert à la rencontre pour apprendre, pour entendre des points de vue différents du mien et me dire ah ouais tiens ok intéressant, tiens pourquoi pas comme ça etc.
- Speaker #1
Ouais j'ai une question d'un pote le premier c'est Orphée Plaisance du coin guitariste sur Toulouse qui se posait des questions et qui voulait te la poser à toi ça fait 25 ans que t'es on va dire en haut de l'affiche Merci.
- Speaker #0
Je persévère, mais j'ai été à en haut de l'affiche pendant un an ou deux. Mais en tout cas...
- Speaker #1
Tu vis de la musique en tout cas aujourd'hui et tu fais des concerts, tu te produis chaque année et tu produis aussi ton cinquième album que tu disais tout à l'heure. Comment tu t'y prends pour régénérer ta créativité ?
- Speaker #0
C'est un truc qui est en évolution permanente, j'ai l'impression. J'écoute beaucoup de choses. Je m'intéresse autant à ce qui se fait de commercial que à du jazz. Donc voilà, j'essaie de me nourrir. Et c'est pas difficile quand t'aimes la musique. J'essaie de prendre du temps pour écouter de la musique. Ça c'est plus difficile. Mais en voiture notamment, j'écoute beaucoup de musique en voiture. À transport, j'écoute beaucoup de musique. Et puis quand on me dit, tiens ça c'est cool, je vais écouter direct. Et puis dans des registres très différents. Parce que moi j'adore le railier, mais sincèrement j'adore le rock qui tabasse. J'adore les red-off,
- Speaker #1
mais j'adore la folk. Mais on le sent dans tes albums d'ailleurs.
- Speaker #0
Ouais, j'ai pas envie de m'installer dans un seul truc quoi.
- Speaker #1
C'est marrant, c'est Mathieu Chédid qui parlait de ça avec Kyan Khojandi. C'est le mec qui a fait Bref.
- Speaker #0
Ah oui ? Oui, je vois, c'est marrant.
- Speaker #1
Et il parlait d'un triangle, c'est un conseil qu'on lui avait donné. En gros, c'est un triangle qui te permet de savoir où tu définis dans la musique. Et c'était trois premières. Alors, je vais paraphraser, mais en gros, t'as droit à trois chansons, t'as trois styles musicaux dès le début et les gens t'en fermeront après dedans. Et donc c'est pour ça qu'il est parti, là il est sur du musique malienne à fond, il a fait du rock, du blues et compagnie, et après il met beaucoup de funk dans sa musique, et c'est le fait d'avoir ce triangle qui est le plus large possible qui fait que les gens ne se disent pas, il a pédé un cap du jour au lendemain, il est passé de faire du jazz à faire du rock par exemple.
- Speaker #0
C'est quoi mes trois points ?
- Speaker #1
Ce serait quoi tes trois points pour toi ? Tu parlais évidemment du reggae.
- Speaker #0
Je vais dire, c'est pas facile parce qu'il va m'en manquer un. Tu vois, j'aurais dit... Le reggae, la chanson française et le rock quand même vachement. Parce que moi, j'ai beaucoup écouté du Noir Désir, j'ai beaucoup écouté les Red Hot, du Sublime, du rock californien. Du NoFX, des trucs comme ça quand j'étais plus vénère. Soundgarden, des trucs qui t'abassent. Mais j'allais dire la folk aussi. Donc en fait, tu vois, c'est difficile. J'adore Norah Jones et Jack Johnson et Ben Harper. Toute cette mouvance un peu folk, folk américaine, tu vois. Donc folk américaine, rock, reggae, il me manque un point, c'est ça qui m'embête, c'est la chanson française quand même. J'aime vraiment la chanson française, j'adore Francis Cabrel, pour moi c'est un génie, vraiment. J'ai écouté du Goldman quand j'étais gamin, pas tout de Goldman, mais il y a des chansons que je trouve absolument incroyables. Mais vraiment quoi, c'est un génie. Je sais pas, j'ai vraiment écouté du Woolsey, du Souchon, du Brel, du Renaud.
- Speaker #1
Et tu penses, là c'est tout ce que t'aimes au fond de toi et tout... ton inspiration dans tes musiques. Est-ce que tu penses que le public t'a mis dans quel triptyque ? Ton projet aujourd'hui dans l'état des choses, c'est quoi ?
- Speaker #0
Je pense que pour les gens qui me... C'est bien là l'enjeu pour moi d'essayer de... Je pense que c'est même pas une histoire de succès, moi. C'est plus une histoire de... Si ça n'arrive jamais, c'est pas la fin du monde, j'aurais mieux éclaté. Mais j'aimerais qu'on puisse me voir à travers l'ensemble de ce que j'ai fait et pas juste. le prisme d'une chanson. Et aujourd'hui, il y a, je pense, vraiment deux publics. Un public qui me connaît pour Lady Melody et donc là, je suis dans la case un petit peu chanson, chanson reggae, chanson variété reggae, on va dire. Et puis, ceux qui me connaissent mieux, qui ont écouté tous les albums et qui, eux, je pense, peuvent se dire que il y a un côté un peu plus world, en fait. Moi, j'ai le sentiment de faire de la chanson française mixée avec de la world, donc il y a un peu de reggae. Par moment, il y a des... Des touches un petit peu soul, pas dans ma manière de chanter parce que je ne suis pas un chanteur de soul, mais dans la démarche, dans le son. Il y a des morceaux plus rock parce qu'inspirés de mes années surf, rock un peu californien, sublime, Ben Harper et tout ça. Donc, comment les gens me voient, il faut leur demander, c'est ça. Tu n'appartiens plus ? Oui, j'essaie non plus de ne pas trop penser à ça parce qu'en fait... Chacun verra bien comme il voudra. C'est comme les commentaires sur les réseaux sociaux. Même si pour 99 commentaires sympas, des fois, tu as un commentaire hyper raide. Bon, est-ce qu'il faut passer du temps à savoir ce que les gens pensent de toi ? Je pense que ce qui compte, c'est ce que toi, tu penses de toi déjà. Et de faire de son mieux, surtout, je crois. C'est ça, en fait. Tant que t'as quelqu'un qui est sincère, moi, je sais que j'ai jamais jugé, à chaque fois que j'ai eu quelqu'un de sincère en face de moi, même si je suis pas, même si j'accroche pas musicalement avec ce qu'il va me proposer, si le mec est sincère, ça passera toujours. Je me dirais toujours, il fait son truc, quoi. Je pense qu'il faut faire son truc. On n'a qu'une vie et c'est... Je pousserais toujours... C'est Bob Marley qui disait, tout le monde peut faire de la musique. Et quand tu vois le génie qu'il était, tu te dis, ouais, mais tout le monde ne peut pas faire de la musique aussi bien que toi, Bob. Mais en fait, je comprends ce qu'il veut dire. Tout le monde peut faire de l'art, quoi. C'est-à-dire qu'il n'y a pas un art mieux qu'un autre. Je crois que ce que j'aimais, c'est assez contradictoire, parce que de l'art, tout le monde, tu mets sur la place publique tout ton travail. Donc, en fait, les gens, comment dire, t'es vachement exposé au jugement des autres. Et en même temps, je trouve que c'est le seul domaine au monde où tu peux tout te permettre, l'art. Sinon, c'est plus de l'art. C'est une commande, c'est une pizza. Ouais, on a un peu de guitare, rajoute des olives, tu vois. Et tu fais une pizza. Donc en fait, l'art, mais ce qu'il y a de malheureux, c'est qu'il y a beaucoup de gens dans le jugement. Et c'est ces gens-là qui... C'est pour ça, moi, j'essaie de ne pas trop écouter ce que disent les gens. C'est pour ça que j'ai du mal à te reprendre depuis tout à l'heure.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
C'est de me défaire beaucoup de ça. Me dire...
- Speaker #1
En fait, ça ne t'importe pas. Et du coup, tu ne vas pas essayer de faire en fonction d'eux. Tu fais en fonction de toi d'abord.
- Speaker #0
Ouais, je fais...
- Speaker #1
Et de ce que tu as envie de te donner au public, c'est tout.
- Speaker #0
Oui, de ce qui me semble cohérent. Je cherche à être aligné. Il y a 15 ans, j'étais aligné de telle manière sur ce premier album et avec les moyens que j'avais aussi, qui n'étaient pas les mêmes, etc. Puis l'expérience qui n'était pas la même, l'évolution, etc. Ce qui compte, je pense, c'est d'être aligné, d'être sincère avec soi-même. Et les gens ressentent ça quand tu es sincère. Et voilà. Aujourd'hui, on fait beaucoup de place, je crois. À l'économie, à ce qui rapporte au business. Le business prend une place énorme dans l'art, malheureusement. Là, c'est encore un autre sujet. Yes, on pourrait parler des heures. Parce que moi, j'avoue que la dimension un peu philosophique de tout ça est compte vachement pour moi.
- Speaker #1
Et t'es trop cool. S'il y avait une personne que t'aimerais entendre parler à propos de ce qui se passe dans la tête, à l'intérieur, sur ce podcast,
- Speaker #0
ça pourrait être qui ? Que ce soit dans le surf, dans la musique ou dans le sport ? S'il y avait une personne que j'aimerais écouter ? Oui, que t'aimerais entendre parler comme toi tu l'as fait aujourd'hui. Ah, dans la musique ou dans le surf ? Il y a un mec que j'adore, je l'ai cité tout à l'heure, Tom Curran. Un mec, je trouve qu'il a une super philosophie de vie. J'aime bien le gars.
- Speaker #1
Tom Curran.
- Speaker #0
Tom Curran, incroyable. Après, j'adore, je ne sais pas, il y a des mecs qui me fascinent. Ben Harper, c'est un artiste qui me fascine. Ok. Je l'ai encore vu en concert il n'y a pas longtemps. Et puis après, il y a des gens que je trouve inspirants par leur... Tu vois, le Paul Watson, qui a été très décrié, mais qui ouvre mon album d'ailleurs avec un discours. J'ai eu la chance de le rencontrer. J'ai vu un mec, comment dire... Déçu des humains, ça c'est sûr. Pas un mec qui sourit beaucoup. Mais tellement aligné avec ce qu'il est. C'est ça qui me plaît.
- Speaker #1
Comment tu sais quand t'es aligné ou pas ? Tu le sens j'imagine.
- Speaker #0
Tu le sens chez les gens. Ils font leur place, ils font pas semblant.
- Speaker #1
Toi par exemple, quand tu t'es cherché, quand t'as voulu être aligné, c'était quoi le critère on va dire ? Presque pas mesurable, parce que c'est pas mesurable. Mais tu vois ce que je veux dire ? Actuellement t'as senti ou tu t'es dit là je suis aligné et...
- Speaker #0
Faut que je nourrisse ce côté. Bizarrement, je me suis moins cherché au début qu'après avoir eu du succès. Ok. Tu vois ? Parce qu'en fait, c'est quelque chose, encore une fois, il faut écouter la petite voix. Et quand tu as du succès, il y a plein de gens qui parlent autour de toi et tu n'entends plus la petite voix. Et moi, c'est pour ça, je pense, il m'a fallu un peu de temps, j'ai, à un moment donné, j'ai... On m'a dit, tiens, pour reproduire le succès, il faut refaire ci, il faut faire ça, mais en fait, il faut faire ça, mais ça ne veut rien dire. Ce n'est pas vrai. Parce que le succès, ce n'est pas un truc, ce n'est pas une recette. Il n'y a pas de recette magique au succès. Le succès, c'est un truc qui... Ça va, ça vient. Si ça vient, tant mieux. Si ça s'en va, il faut se dire... C'est pas grave. C'est pour ça qu'on en revient à cette même discussion du tout début. Pourquoi tu fais les choses ? Et choisis bien pourquoi tu fais les choses. Moi, c'est le seul conseil que j'aurais à dire à mes gosses, notamment. Je leur dirais, choisis bien pourquoi tu fais ça. Moi, je sais que mon père, je lui ai dit, je veux faire de la musique parce que ça me brûle de l'intérieur. Je sais que je ne suis pas le mec où tout le monde s'arrête dans la classe en disant « Lui, qu'est-ce qu'il dessine bien, alors il ne va pas vider ça. Lui, qu'est-ce qu'il videra de la guitare, il sera sa trianie. » Non, moi je n'étais ni un gros gratteux, ni un gros chanteur ou quoi, mais par contre j'avais une flamme en moi et une envie débordante de j'analyser la musique. Tout petit déjà, je disais à mon père « Putain, écoute, la ligne de basse, c'est incroyable. » Il me dit « Mais la basse, moi je n'entends jamais la basse, Tom. » Il me dit « Si, si, regarde, c'est parce que la basse fait ça que la chanson est incroyable. » Et puis, il m'a rappelé ça il n'y a pas longtemps. Et donc, voilà, en fait, il faut aller vers ce qu'on aime vraiment, parce que je pense que c'est la seule vérité, finalement. Moi, j'ai très peu de certitudes, j'ai que des convictions, que j'ai nourries au fil du temps. Et cette conviction-là, plus j'avance, plus elle se renforce, qu'il faut faire, si on peut, faire ce qu'on aime. C'est une chance aussi, tout le monde n'a pas la chance de pouvoir faire ce qu'il veut.
- Speaker #1
En tout cas, s'y diriger le plus possible.
- Speaker #0
Ouais, aller le plus vers ce qui te fait du bien, parce que... parce que ça te correspondra et c'est là que tu seras bon en fait alors bon bah il y a des gens les pauvres ils sont obligés d'aller à l'usine moi j'ai eu la chance on m'a donné le choix donc c'est pour ça que quand on me donne le choix bah montre-toi digne parce que c'est une chance c'est la plus grande des chances au monde je pense genre tu veux faire ça vas-y fais ça t'as ta chance maintenant donc trop cool là tu fais faut pas faire semblant quoi