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Episode 35 : Exprimer son potentiel malgré sa bipolarité avec Léa Vigier cover
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L'autre potentiel : j'ose ma différence !

Episode 35 : Exprimer son potentiel malgré sa bipolarité avec Léa Vigier

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32min |09/02/2025
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32min |09/02/2025
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Description

"Quand on lui a dit que c'était impossible, elle l'a fait."


Dans cet épisode de L'Autre Potentiel - J'ose ma différence, j'ai l'honneur de recevoir Léa Vigier, une aventurière hors du commun.


De l’exploration du Bhoutan à un mois de vie avec des nomades kirghiz, en passant par la traversée de l’Europe avec un euro en poche, Léa repousse sans cesse les limites du possible. Mais son plus grand défi n’a pas été une ascension extrême ou une expédition lointaine… Il est intérieur.


Diagnostiquée bipolaire, elle a dû affronter les injonctions médicales à une vie stable et prévisible, alors qu’en elle brûlait une passion inébranlable pour les sommets.


Son défi ? Gravir le Pic Lénine, à plus de 7000 mètres d’altitude, et prouver que sa différence ne l’empêchera pas d’atteindre les sommets, au propre comme au figuré.


Dans cette première partie, Léa nous livre son parcours, son rapport à sa maladie et comment elle a transformé ce que beaucoup considèrent comme une entrave en une force de vie.

Entre audace, résilience et aventures incroyables, elle nous emmène dans son univers où chaque défi est une invitation à prouver qu’il est possible d’oser sa différence.


Prêt(e) à découvrir une autre vision du dépassement de soi ? C'est parti pour un voyage au cœur des extrêmes avec Léa Vigier.


Je suis Marc Breugelmans, Coach Professionnel, Auteur de 'L'autre potentiel'.

J'illumine les étoiles de votre potentiel pour vous aider à devenir le/la leader de votre vie !

www.coachingetdecouvertes.be

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Crédit Musique :

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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    On m'a dit que c'était impossible, alors je l'ai fait. Je m'appelle Léa Vigier, et ce que je kiffe, c'est les aventures improbables. J'ai exploré le boutant, j'ai traversé l'Europe avec un euro, j'ai vécu un mois chez les nomades kirghis, et j'ai une passion en particulier, les hautes montagnes. Sauf que j'ai une maladie mentale, la bipolarité. Et les médecins m'ont prescrit d'avoir une vie stable et routinière. Tout l'inverse de l'alpinisme. Mais moi, j'ai l'alpinisme dans mes tripes. Quand je suis en haute montagne, je me sens vivante. Je prends du recul sur la vie. Je m'extasie devant la beauté des sommets. Alors, j'ai décidé d'oser vivre un rêve. Gravir un des plus hauts sommets au monde. Le pic Lénine, à 7134 mètres. Et c'est l'histoire de mon documentaire 7000 mètres pour vaincre ma bipolarité. Ma leçon apprise, chaque fois qu'on te dit que tu ne peux pas, c'est une invitation déguisée à prouver le contraire. Léa ose sa différence et aujourd'hui je reçois dans mon émission l'autre potentiel. J'ose ma différence, Léa

  • Speaker #1

    Vivien.

  • Speaker #0

    Bonjour Léa !

  • Speaker #1

    Hello !

  • Speaker #0

    Merci d'avoir accepté l'invitation. Et pour nos auditeurs, j'aimerais savoir un petit peu qui tu es, quel est ton parcours ?

  • Speaker #1

    Ouais, alors je me présente, je m'appelle Léa Vigier, j'ai 31 ans. Donc aujourd'hui, je me présente comme aventurière et conférencière avec une thématique autour de ma vie aux deux extrêmes. Et donc, je fais des conférences et des aventures et des documentaires autour d'une vie qui a deux dimensions. Un voyage intérieur aux extrêmes, car j'ai une maladie mentale qui s'appelle la bipolarité. Et un voyage extérieur aux extrêmes, parce que je fais des ascensions alpines en haute altitude et de la plongée en apnée en profondeur.

  • Speaker #0

    Si on est là aujourd'hui, c'est parce que j'ai lu ce post sur LinkedIn qui m'a invité à voir un documentaire. Alors ce documentaire, j'invite vraiment tous les auditeurs à le regarder. Ce sera un bon complément à ce qu'on va se raconter aujourd'hui. Et tu es, pour moi, si je devais dessiner une autre potentielle, tu es une autre potentielle, quelqu'un qui exprime ce potentiel différent. Et je voudrais qu'on aille peut-être un petit peu sur ce que tu appelles une maladie mentale, la bipolarité, pour ceux qui ne connaissent pas ce que c'est la bipolarité. Et puis surtout, quel est ton quotidien avec ça ?

  • Speaker #1

    Oui, carrément. Donc déjà, c'est trop cool qu'on puisse en parler, Marc, parce que c'est une maladie mentale. On appelait ça aussi un handicap invisible. C'est quelque chose qui est… très handicapant, la bipolarité c'est au rang de sixième plus gros handicap mondial, donc c'est très élevé, ça touche énormément de personnes, on estime que c'est 2% de la population, donc c'est vraiment énorme, 2% de la population, sachant que là tu parles des personnes qui sont touchées, mais en plus ça touche l'entourage, parce que c'est une maladie qui a beaucoup d'impact sur l'entourage, donc c'est quelque chose qui est très handicapant, qui touche beaucoup de personnes, et pourtant, dont on ne parle pas qui est très très peu connu très peu déstigmatisé et c'est parce que c'est dans le rang des maladies mentales et les maladies mentales ça dérange les maladies mentales ça fait peur surtout donc vu que ça fait peur les gens qui sont touchés par cette maladie n'en parle pas ils ont honte et du coup on reste dans ce truc très flou donc la bipolarité c'est un autre nom avant ça s'appelait troubles maniaco-dépressifs Et donc le maniaco-dépressif décrit bien cette maladie qui est un trouble de l'humeur et qui t'amène donc à vivre des périodes de vie qui vont être de plusieurs semaines à plusieurs mois, qui vont être donc dans les hauts, ça va être dans l'exaltation, tu vas avoir une énergie débordante, tu n'as plus besoin de dormir, tu vas avoir ton cerveau souvent qui va marcher très vite et tu vas voir le verre à moitié plein, mais vraiment, vraiment à moitié plein. Ce qui va t'amener aussi à prendre beaucoup de risques. Tu vas prendre des risques avec ton argent, avec ton entreprise. Tu vas prendre des risques aussi au niveau aventure, au niveau sexuel, au niveau plein de choses. Et donc, le truc, c'est que tu ne restes pas dans cet état-là, voilà, d'état médical, parce qu'il y a un moment, ton corps, il n'en peut plus, parce que tu ne dors pas, tu es en sur-régime, donc ton corps ne va plus marcher. Et puis aussi, ce qui va se passer, c'est que vu que tu t'es mis à risque, il y a un peu tout ton château de cartes qui va s'écrouler un jour ou l'autre. Moi, dans mon cas, c'était dans le milieu professionnel, et où tout se passait du coup super mal tout d'un coup, parce que j'avais pris beaucoup trop de risques, etc. Et donc là, tu passes dans une autre phase, qui est la phase dépressive. Et là, tu tombes très profond en fonction des types de bipolarité. Moi, j'ai un type de bipolarité où je tombe très, très profond. Et donc là, c'est de la dépression suicidaire très forte où tu ne sors plus de ton lit et tu n'as qu'une envie, c'est d'enchaînir parce que tu souffres énormément. Et donc cette maladie-là, elle fait que c'est si que du coup, on s'enchaînait. Voilà, dans mon cas, c'était à raison d'une grande crise par an, tu vois. Et donc, tu vis ces crises-là. Et en fait, ce qui est assez spécifique à cette maladie, c'est que comme personne n'en parle, et que du coup, personne ne connaît vraiment cette maladie, le temps de diagnostic est extrêmement long. C'est neuf ans en moyenne. Et c'est la raison pour laquelle c'est la maladie la plus meurtrière, entre guillemets. parce que la moitié des personnes ont fait une tentative de suicide parce que les gens ne sont pas traités. Donc, c'est la raison pour laquelle, voilà, moi, maintenant, je parle de beaucoup de ma maladie parce que je veux que, justement, on puisse en parler et que ça puisse aider, du coup, les personnes à se rendre compte si elles ont ce trouble-là. Ça puisse aider aussi les gens de l'entourage à détecter si quelqu'un de leur entourage a ce trouble-là et qu'ils puissent donc se faire accompagner. Donc moi, avant d'avoir été bien diagnostiquée, moi ça a mis 7 ans. Donc moi pour t'expliquer, en gros, dans beaucoup de cas, en fait c'est juste qu'on va penser que t'es dépressif et pas que t'es bipolaire. Donc moi j'ai commencé à 24 ans, j'ai fait ma première dépression, et donc après j'ai été suivie par un psychiatre, mais juste quand j'étais dans mes hauts et tout, je parlais juste à personne, je faisais mes trucs dans mon coin, je pensais que j'allais très bien. Et donc en fait, mon entourage et mon psychiatre ne voyaient que les phases de Down et donc pensaient que je faisais juste des épisodes dépressifs. Le souci avec ça, c'est que quand tu es en dépression, ce que tu prends, c'est des antidépresseurs. Et les antidépresseurs, l'effet qu'ils font, c'est qu'ils viennent te relibérer des molécules de sérotonine, c'est les hormones du bonheur. Parce qu'en fait, quand tu es bipolaire, de faire ça, ça va t'emmener directement dans les hauts. Donc en fait, ça vient accentuer ta maladie. Donc c'est aussi ça, tu vois, le problème. C'est que moi, ce temps de diagnostic est venu aller accentuer et empirer ma maladie. Parce que du coup, je n'ai pas pris un bon médicament. Et que c'est venu aller accentuer mes hauts. Et en accentuant mes hauts, ça a accentué mes bas. Plus tu fais des gros hauts, plus tu fais des gros bas, tu vois. Donc voilà, moi, 7 ans. Et ça fait depuis un an que je suis bien traitée. Puisqu'il faut savoir que... On a commencé à parler un peu du trouble, mais ça a été compliqué. Le psychiatre que j'avais ne voulait pas vraiment poser le diagnostic, etc. Et donc, ça a mis un peu de temps et j'ai fini par changer de psychiatre. Ça fait un an que je suis très bien accompagnée. Donc, on a trouvé un bon traitement. On en a testé plusieurs où je suis accompagnée toutes les semaines par ma psychiatre et où ça devient une maladie beaucoup plus gérable. voilà que avant parce que c'était vraiment ingérable avant quoi. Je sais pas si tu as des questions.

  • Speaker #0

    Oui j'avais plusieurs questions. La première tu dis j'ai fait une grosse crise une fois par an. Qu'est ce que tu appelles réellement une crise ? C'est quand tu es dans le haut, dans le bas et alors ça dure combien de temps ? Et je les pose tout en même temps et du coup est-ce qu'il y a un moment donné quand même, même sans traitement, un équilibre qui se fait entre les hauts et les bas des épisodes où tu n'as ni haut ni bas ?

  • Speaker #1

    Ouais, très bonne question. Donc déjà, crise, en effet, moi, je prends en compte du coup l'ensemble. Donc sur un an, on va dire que je faisais 3-4 mois de montée en charge vers le haut. Ensuite, j'avais une dégringolade très forte sur deux mois, tu vois, où là, je tombe vraiment au plus bas. Et ensuite, après, du coup, il fallait que je me remette, quoi. Donc là, j'allais remonter. Ça allait me prendre assez longtemps, 4 mois, et après j'allais vivre de la neutralité sur 2 mois, 2-3 mois. Et après en fait, justement cette neutralité, j'avais l'impression que tout allait bien, etc. Et du coup je ne me rendais pas compte après que progressivement je repartais. tu vois, vers un haut. Donc, ça dépend vraiment des personnes. En tout cas, moi, tu vois, ça a été vraiment des crises qui s'enchaînaient, tu vois, à peu près tous les ans, comme ça, et du coup, qui sont assez visibles dans mon milieu professionnel, tu vois. Donc, voilà. Mais après, il y a des personnes, par exemple, qui sont bipolaires et qui peuvent avoir des phases neutres pendant des années, tu vois. Et donc, ce qui fait que ça peut être encore plus... plus dur à diagnostiquer. Parce que la personne va avoir une crise et après pendant 7 ans, c'est neutre, tout va bien. Et là, tout d'un coup, elle va faire une crise. Autre point, dans la bipolarité, il y a différents types de bipolarité. Et du coup, c'est ça aussi qui fait que c'est difficile à diagnostiquer. Par exemple, tu as un type de bipolarité, le type 1, où les bas ne sont pas très bas, donc ils ne vivent pas de très grosses dépressions. Par contre, les hauts sont extrêmement impressionnants. Souvent ça va avec de l'hallucination, etc. Et donc souvent c'est un type qui va très vite à l'hôpital psychiatrique parce que du coup dans les hauts, la seule manière d'arrêter de calmer la personne c'est de la mettre en hôpital psychiatrique. Donc du coup c'est souvent un type qui est vite diagnostiqué. Mais en revanche, c'est un type qui vu qu'il ne vive pas les gros bas, et bien en fait très souvent ils ne veulent pas prendre les traitements. Parce qu'en fait, eux, ils kiffent trop leur haut et ils n'ont pas le contrebalancement du bas. Donc, du coup, ça fait quand même un cas de diagnostiquer vite, mais au final, au niveau de l'observance des traitements et tout, mauvais. Type 2, qui est comme moi, les hauts sont un peu moins visibles. C'est-à-dire que maintenant, j'en rigole énormément et je raconte tous ces moments où j'ai cru que j'allais monter une startup qui allait faire des millions. que je me prenais pour une philosophe, que je pensais que j'étais Jésus, etc. Mais c'était des choses qui étaient beaucoup dans ma tête, qui pouvaient aussi être comparées à des personnes qui sont juste à fond dans le boulot et qui ne font que bosser, tu vois. Et donc qui sont moins, on va dire, impressionnantes. Et donc du coup, beaucoup plus difficiles à diagnostiquer. Mais par contre, à partir du moment où j'ai été diagnostiquée, je peux te dire que moi, je prends mes traitements très sérieusement. Parce que des dépressions suicidaires, tu n'as juste pas envie d'en revivre. Donc du coup, ça c'est un autre type. Et après, il y a un troisième type. Et ce troisième type-là, c'est des personnes où ça va être des hauts et bas, peut-être un petit peu moins forts, mais par contre qui vont être beaucoup plus rapprochés. Ça peut être des personnes, par exemple, qui peuvent vivre aussi ces hauts et bas dans la journée. Et voilà. Donc, du coup, c'est là, tu vois, un peu la complexité. Mais en tout cas, voilà, si les personnes qui écoutent ton podcast vont entendre ça, en fait, tu peux te retrouver dans cette bipolarité sur plusieurs aspects possibles, tu vois. Et moi, je dirais, par exemple, si tu vis plusieurs dépressions, eh bien, fais un petit, enfin, tu vois, réfléchis, essaye de regarder si tes dépressions n'ont pas été déclenchées après un gros haut. Un gros haut. Parce que... parce qu'au final, tu n'es peut-être pas dépressif. C'est juste parce que tu vis tes gros hauts que ça vient de te déclencher ces balades.

  • Speaker #0

    C'est vraiment comme un équilibre qui se fait, mais un mauvais équilibre. Tu vas dans les extrêmes des deux côtés. Tu m'as dit que la première crise, c'était à 24 ans. En fait, la question va te paraître bizarre parce que je pense avoir la réponse, mais ça s'attrape comment ?

  • Speaker #1

    Ah oui, non, ce n'est pas du tout bizarre. pas du tout bête et tout, parce que ça aussi, c'est quelque chose dont il faut énormément parler, parce que ça peut être prévenu. Et donc ça, tu vois, c'est super important. Un, déjà, imaginons que tu fais une première dépression ou quoi que ce soit, la première chose à faire, c'est d'aller demander à tes parents et dans ta famille, est-ce qu'il y a des personnes qui ont fait des séjours en hôpital psychiatrique, qui avaient des instabilités, etc. Parce que c'est héréditaire. Donc, en fait, moi, par exemple, mes parents ne le sont pas du tout. Mais par contre, j'ai découvert que le père du côté de ma mère et la mère du côté de mon père ont passé leur vie à faire des séjours en hôpital psychiatrique. Donc, ils étaient dépressifs parce qu'à ce moment-là, de toute manière, personne ne connaissait la bipolarité. Donc, c'est impossible de... Voilà, personne ne connaissait. Donc, du coup, on ne sait pas. En tout cas, je sais quand même qu'il y avait des instabilités psychologiques, tu vois, qui faisaient ça. Donc un, du coup, c'est héréditaire. Donc si ça vient de tes grands-parents, etc., ou de tes parents et tout, tu vas avoir plus de chances d'avoir cette maladie. Et ensuite, le deuxième aspect qui est super important et dont on ne nous parle pas du tout quand on est jeune, c'est qu'en gros, il y a des choses qui vont se passer dans ton adolescence et qui vont venir déclencher cette maladie. C'est-à-dire que tu vas l'avoir dans ton gène, mais après, tu peux ne pas la déclencher si tu fais attention, etc. Et donc ça, ça va être la prise de stupéfiants. Par exemple, la marijuana. Si tu prends la marijuana quand tu es adolescent, c'est des choses... Moi, j'ai rencontré un grand nombre de bipolaires. Ça a été déclenché juste en fumant la marijuana. Deuxième, dans mon cas, la prise d'alcool excessive. Donc moi, quand j'étais jeune, je sortais depuis mes 13-14 ans et tous les huitièmes, je me mettais en état vraiment de blackout, etc. Ça, ça déclenche du coup la bipolarité. Et le troisième point, ça va être des éléments un peu de traumatisme où tu te mets dans des situations très extrêmes, etc. Et ça, du coup... Du coup, moi, ça a été à 23 ans. J'ai vécu une expérience où je suis partie dans la jungle et j'ai vécu vraiment un trauma où j'ai vraiment cru que j'allais mourir, mais vraiment sûr de sûr. Et moi, c'est ça qui a fini de déclencher, tu vois, ma bipolarité. Parce que ça a mis mon corps dans un état d'extrême et le fait de le mettre dans un état d'extrême, ça a déclenché, du coup, cette bipolarité. Donc, en fait, c'est des choses, tu vois, qui peuvent être prévenues. C'est-à-dire que déjà, tu sais que dans ta famille, tu vois... Tu as des personnes qui ont ça, avec tes enfants, tu vas leur prévenir et tu vas leur dire tu es plus sensible que d'autres personnes. Donc, fais attention. Ne bois pas en excès, ne te mets pas dans des situations, etc. Parce que tu risques de le déclencher. Et c'est quand même quelque chose qui est très important parce que c'est une maladie. À partir du moment où tu l'as déclenché, c'est une maladie que tu as à vie. Moi, je l'ai à vie. Donc, aujourd'hui, je dois apprendre à vivre avec, etc. Mais je ne pourrai jamais dire je suis guéri. Donc, ça a un sacré impact. que tu vois sur le réseau.

  • Speaker #0

    Donc, une fois qu'elle est déclenchée, en fait, ça y est, quoi. Exactement. Oui, c'est assez, parce que je coache énormément de jeunes adolescents et c'est quand même un âge où tu aimes quelque part te mettre en danger, tu repousses tes limites. Donc, ce n'est pas évident de dire nécessairement à un adolescent, tu es à risque, ne le fais pas. Enfin, moi, je coache des gens qui ont d'autres maladies. Et malgré tout, ils veulent vivre. Et donc, si tu prends des stupéfiants, ça peut accentuer. Il y en a quand même de plus en plus qui en prennent. Donc, ça peut être un problème.

  • Speaker #1

    Mais tu vois, Marc, moi, quand j'étais jeune, on m'a dit ne fume pas, c'est pas bon. Mais on ne m'a pas dit ne fume pas parce que juste de fumer un peu peut déclencher la bipolarité ou la schizophrénie. c'est quand même des choses, tu vois, de la sensibilisation qu'on ne fait pas. Et je trouve ça ultra dommage, tu vois, parce que derrière, c'est vraiment des gros impacts. C'est comme, tu vois, on dit aux gens, fume pas des cigarettes, sinon tu vas avoir un cancer. Je veux dire, c'est la même dangerosité, tu vois.

  • Speaker #0

    Tout à fait. Sauf qu'il y a plus de chances de la déclencher, si j'ai bien compris.

  • Speaker #1

    Oui, oui, carrément. Oui, oui.

  • Speaker #0

    Alors. C'est quoi ta vie à ce moment-là ? Donc, tu as ces crises, tu parles au niveau professionnel. Donc, comment ça se passe concrètement dans ta vie ? Comment tu vis cette bipolarité sans traitement, puisque ce n'est pas diagnostiqué ?

  • Speaker #1

    Oui, alors du coup, j'ai une vie, on va dire, un peu de film en vrai. Donc, c'est un côté assez sympathique, en tout cas à raconter. J'ai beaucoup d'histoires très drôles à raconter. Ah ben, allons-y ! Bah non mais en fait le truc c'est que tu te mets dans des situations pas possibles tu vois. Donc moi par exemple tu vois au début j'ai décidé de partir en Afrique. J'étais embauchée par un mec pour monter une boîte pour lui tu vois. Et en fait bah moi j'arrive en Afrique et en fait sans le voir tu vois je commence à déclencher donc une phase haute. Et donc ta phase haute faisait que bah en fait je faisais... que bosser tout le temps, je ne dormais pas, etc. Mais du coup, j'étais en Afrique. Et en Afrique, il y a beaucoup plus de galères, tu vois. Donc, par exemple, moi, j'écrivais tous mes mails en marchant et tout, mais il n'y a pas de trottoir. Donc, moi, je suis tombée plusieurs fois dans les caniveaux, tu vois, donc dans la merde, tu vois. Je tombais et tout. Vraiment, les gens habitués, ils parlaient tous de moi. C'était Léa, le chat noir, elle a toutes les semaines une nouvelle histoire, etc. Et par exemple, quand je suis tombée dans les caniveaux, une fois, ça a fait une entaille dans mon pied. Donc, j'ai eu un verre dans mon pied. Donc, les verres dans les pieds, ça s'appelle des larbiches. Donc, mes meilleurs amis l'appelaient les harbiches, tu vois. Et tout le monde voulait savoir, genre, comment t'allais les harbiches, etc. J'ai eu... Enfin, tu vois, en Afrique, le truc, c'est que quand tu te mets dans ces situations-là, c'est encore plus dangereux. Par exemple, tu vois, moi, j'ai eu le palu. Je l'ai attrapé 3-4 fois, tu vois. Genre, c'est n'importe quoi, tu vois. Genre, je sais pas, en France, t'es fatigué, tu vas avoir une grippe, un rhume, etc. Bah, moi, je me mettais tellement dans des états pas possibles, tu vois, que je me retrouvais avec le palu, et à chaque fois, j'appelais ma famille, ah, désolé, c'est mon troisième palu, etc. Mais le truc, c'est super dangereux, un palu. Si c'est pas directement traité, enfin, moi, j'ai eu des personnes, quand j'étais en Côte d'Ivoire, qui sont mortes du palu autour de moi, etc. Quand je voulais essayer de me changer les idées, je me disais, vas-y, je vais un jour à la plage. Je faisais du surf et puis je rentrais dans un banc de sable, je m'ouvrais la bouche, j'allais à l'hôpital. C'était juste n'importe quoi. Et en fait, je ne me rendais pas compte que je faisais n'importe quoi. Et que j'étais complètement dans cet état-là. Pareil, dans des états de haut, j'ai beaucoup d'histoires d'amour et tout. Parce que quand tu es dans un état de haut comme ça, tu vois tout parfait. Donc moi, à chaque fois que j'ai été dans plein de pays différents et tout, dans des états de haut comme ça, je tombe amoureuse en deux secondes, je veux me marier, etc. Donc c'était le cas en Afrique, au Népal, en Géorgie, partout. Donc mon entourage, ils étaient là en mode, à chaque fois, ils sont là en mode, bon, qu'est-ce qu'elle va nous ramener ?

  • Speaker #0

    Donc tu as marié un peu partout dans le monde.

  • Speaker #1

    Je vais vous annoncer, etc. Et avec des gens vraiment où il y en a plein, il n'y avait pas spécialement quelque chose, mais en fait, dans cet état-là, tu vois tout de manière incroyable et tu as l'impression de voir super clair et tout. Quand je suis allée en Australie un moment, j'étais en état de hop, j'envoyais un message à ma famille et mes amis, je leur ai dit, écoutez, je voulais vous annoncer, je pense vraiment que je suis surdouée, etc. et je vais devenir philosophe. Et donc... pendant genre deux mois, tous les jours, j'étais devant mon ordi et j'écrivais un livre qui s'appelait Les questions que tout le monde se pose J'avais l'impression d'avoir la réponse à toutes les questions et vraiment, ma famille, mes amis, ils étaient là en mode Mais qu'est-ce qu'elle fout, quoi ? Genre, c'est n'importe quoi. Il y a des moments où vraiment, j'étais sûre de sûr. Voilà, j'en parlais. À ce moment-là, mon psychiatre a commencé à se dire qu'il était un peu bizarre, tu vois, mais même pas. Enfin bon. J'étais là en mode, en fait, je pense que je suis la nouvelle Jésus, mais vraiment très sérieusement. J'étais là en mode, bon, il y a eu un lent zéro, donc il y a eu Jésus qui a été envoyé. Là, je pense, du coup, en l'an 2000, etc., que du coup, il a voulu envoyer une femme, etc. Et donc, j'étais là pour souffrir, et donc, d'où mes moments de souffrance. Mais je comprends les choses beaucoup mieux que les autres, et je suis là pour donner un message et tout. Donc, pour mon entourage, pour mes amis. En fait, au bout d'un moment, vraiment, genre, ils n'en pouvaient plus parce qu'il y avait un côté, tu vois, où vraiment, mais je me prenais comme quelqu'un de largement au-dessus d'eux et tout, tu vois. Donc, voilà, donc c'était vraiment, genre, plein de, tu vois, de trucs, d'histoires, voilà, pas possibles. Et en fait, je dirais que peut-être qu'au début, tu vois, mes amis pouvaient se dire, bon, bah, OK, c'est juste aller comme ça et tout. Et puis, au fur et à mesure, tu vois, que... Ça se passait, tu vois, beaucoup. Et surtout qu'ils voyaient qu'après ça, je m'effondrais, tu vois. Parce que, par exemple, aussi, autre exemple, tu vois, dans les hauts, mon cerveau marchait quand même vraiment vite. Donc, qu'est-ce qui se passait dans le milieu pro ? Mes boss, ils se disaient, génial, on a une génie dans notre boîte. Elle fait le boulot en plus de cinq personnes. Donc, on va la laisser faire tout le boulot et tout, tu vois. Et puis, ils finissaient par m'écouter sur tout. Mais le problème, c'est que, OK, peut-être que ça tournait vite et tout, mais j'étais dans des états de hop. Donc, en fait, je voyais les choses de manière beaucoup trop optimiste, etc. Donc, je leur disais, ouais, là, il faut qu'on investisse tout l'argent dans ça, qu'on recrute 10 personnes, que, tu sais, moi, j'étais là en mode, la boîte va devenir énorme, il faut que tout le monde me suive et tout, tu vois. Et sauf que les gens, du coup, dans mes équipes, ils étaient épuisés, ils n'en pouvaient plus. Et puis, mes dirigeants, ils me suivaient et ils prenaient des risques monumentaux. Et puis, il y avait, au bout d'un moment, un mois, je n'avais plus de jus. Donc, je ne marchais plus. Et puis, surtout, j'avais foutu la boîte dans un état de merde. Et alors là, ils me disaient, c'est de ta faute. On doit défoncer 10 personnes. Tous les gens de la boîte qui me détestaient. Du coup, tu vois. Donc, ça m'était quand même vraiment dans des situations compliquées. Et du coup, tu vois, le fait de passer de... Je suis la génie, la sauveuse de la boîte, tout le monde. Ah, tu es la personne qui a foutu dans la merde tout le monde, qui est détestée par tout le monde. Ça vient d'autant plus accentuer derrière ton down. Parce que du coup, là, tu vois, tu n'es plus du tout Jésus. Tu es la personne la plus sourie qui existe au monde. Tu te détestes. En plus, tu n'arrives même plus à réfléchir. Quand les gens te parlent, tu ne comprends plus rien à ce qu'ils disent. Et tout. Donc, tu vois, du coup, le... La différence fait que du coup, tu vis un enfer. Et donc, on va dire que ça a été des années avec des aventures incroyables, une vie un peu hors du commun, mais aussi quand même énormément de souffrance. Et donc, c'est la raison pour laquelle quand j'ai deux de mes amis qui ont commencé à me dire Bon, Léa, je pense que t'es haut, peut-être qu'ils ne sont pas normaux et tout. En tout cas, nous, on ne t'apprécie pas trop quand tu es dans tes hauts parce que tu pars vraiment en cacahuète et tout. J'avoue que là, j'ai commencé à vouloir en parler à mon psychiatre. J'ai voulu commencer à résoudre ça parce que, tout simplement, j'étais épuisée de cette vie. Et aussi, j'étais épuisée de ne pas pouvoir construire quelque chose dans ma vie parce qu'au niveau pro, ce n'était pas possible. Parce que je rentrais dans une boîte, on me propulsait directement, j'étais payée très très cher et tout. Et puis au bout d'un moment, bam, catastrophique, j'allais au truc, ils voulaient que je parte et tout. Donc au niveau pro, c'était catastrophique. Au niveau de ma vie, pareil, il y avait ses hauts et ses bas, donc du coup j'allais partir dans des pays. Et puis après du coup, je devais revenir et être alitée chez mes parents et tout. Au niveau amoureux, la même chose, ça partait dans les hauts, j'avais des... l'histoire la plus incroyable au monde, je voulais me marier, etc. Et puis après, je me rendais compte que ça n'allait pas du tout. Donc, j'avais une vie pas du tout possible à construire et visible sur le long terme. Et donc, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu être traitée et qu'on puisse gérer cette maladie.

  • Speaker #0

    J'ai bu tes paroles et en même temps, alors c'est peut-être une déformation professionnelle, quand tu me parles de Théo, J'ai l'impression, mais dis-moi si je me trompe, que tu exprimes vraiment ton potentiel à l'excès et ça cause plein de problèmes, on est d'accord, donc il y a plein d'inconvénients, mais je suis quelqu'un aussi d'assez positif. Si je file tous les inconvénients, j'ai l'impression, tu as une force de persuasion, tu as une force d'action. Est-ce que c'est propre à toi ou c'est tous les bipolaires ? J'ai l'impression que c'est vraiment… Non. Voilà, en fait, tu exprimes à l'excès ton potentiel. Ah, donc là, je vois que tu es d'accord avec moi.

  • Speaker #1

    En gros, il y a plusieurs choses. En gros, dans ta bipolarité, tu vois, en effet, tu vas aller vers des hauts, mais après, ça va dépendre aussi des personnes et de leur comorbidité, c'est-à-dire les autres aspects de leur personnalité qu'elles vont avoir. Donc, moi, pour le coup, tu vois, je suis au potentiel, etc. Bien sûr, du coup, mes hauts vont aller augmenter mon côté haut potentiel. Il y a une plus grosse probabilité de gens bipolaires qui sont hauts potentiels. Cependant, il y a énormément de bipolaires qui ne sont pas hauts potentiels. Et là, dans leur cas, quand ils sont en haut, par exemple, moi, ça se transformait dans le boulot, mes hauts. Mais par exemple, des bipolaires qui ne vont pas être hauts potentiels, les hauts, ça peut être, par exemple, j'ai connu des gens, ils ne faisaient que sortir, tu vois. Et ils sortaient en continu toute la journée, tout le temps, etc. d'autres personnes qui vont aller, je ne sais pas, dépenser tout leur argent au casino tous les jours et tout. Donc moi, comment dire, d'une certaine manière, c'est aussi pour ça que ça a été plus difficile, en tout cas pour moi, à comprendre et à diagnostiquer, c'est qu'en effet, ça venait du coup utiliser tout ce potentiel-là, et donc du coup, j'avais du mal à me dire ok, ce n'est pas bon tu vois. Parce que d'une certaine manière, j'étais là en mode mais ouais, mais attends Moi, je suis incroyable. Les gens ne voient pas que je suis incroyable. Mais regardez ce que je fais. Pourquoi j'arrêterais d'être comme ça ? Seulement, le souci, c'est que oui, il faut arrêter d'être comme ça. Parce qu'il y a deux choses. Un, c'est que tu n'as pas d'humilité. Et donc, avoir du potentiel, mais sans humilité, je ne vois pas où est-ce que ça t'amène. Et deux, vu que derrière, ça entraîne une dépression. Et bien derrière ça vient abîmer ton potentiel puisque moi ça m'a grillé un grand nombre de neurones et donc aujourd'hui par exemple chaque mois etc je récupère un petit peu tu vois donc je pense au fur et à mesure des années je vais récupérer mais en tout cas aujourd'hui mon cerveau ne va pas du tout du tout aussi vite que...

  • Speaker #0

    Par exemple, il y a six ans, tu vois. Parce que j'ai vécu plein de dépressions et que du coup, c'est venu abîmer mon cerveau. Donc, tu vois, c'est pour ça que c'est, tu vois, c'est facile. C'est qu'en fait, même si c'est attirant, même si c'est attrayant et que du coup, tu vois, t'es là en mode, putain, mais génial et tout, je peux aller utiliser tout. En fait, au final, il faut faire hola, hola, calmos, etc. Parce que derrière, le risque est trop grand d'aller te griller. Mais après, moi, je trouve justement d'apprendre à aller doucement et à justement ne pas aller trop dans toutes mes idées, tous mes potentiels, etc. Au final, j'en ai développé une force de ouf parce que mes idées, maintenant, je les empêche de partir partout et de faire un million de choses parce que je veux protéger mon corps et tout. Mais derrière, j'ai beaucoup plus appris à travailler avec d'autres gens, à développer aussi d'autres qualités. Parce que quand tu vas amener la leur, il n'y a personne qui peut te suivre. Donc par exemple, tu ne peux pas travailler avec d'autres gens. Moi, j'étais une manageuse de merde parce que les gens recevaient des mails de moi à 3h du matin. Quand j'étais en call, j'étais là en mode bon, vite, vite Parce que les gens n'allaient pas assez vite. Donc au final... apprendre à gérer cette maladie d'une certaine manière m'a aussi appris à gérer ce potentiel-là et à en faire quelque chose de plus constructif, de plus collectif.

  • Speaker #1

    C'est super intéressant et j'ai encore plein de questions. Mais là, je te propose de marquer une pause et de se retrouver la semaine prochaine pour la deuxième et la dernière. partie de cet entretien. On va parler des traitements, puis on va parler aussi de ton actualité, de ce documentaire. On va parler de cette ascension. Et donc, je vous donne tous rendez-vous la semaine prochaine pour la deuxième partie de cet entretien avec toi, Léa.

Description

"Quand on lui a dit que c'était impossible, elle l'a fait."


Dans cet épisode de L'Autre Potentiel - J'ose ma différence, j'ai l'honneur de recevoir Léa Vigier, une aventurière hors du commun.


De l’exploration du Bhoutan à un mois de vie avec des nomades kirghiz, en passant par la traversée de l’Europe avec un euro en poche, Léa repousse sans cesse les limites du possible. Mais son plus grand défi n’a pas été une ascension extrême ou une expédition lointaine… Il est intérieur.


Diagnostiquée bipolaire, elle a dû affronter les injonctions médicales à une vie stable et prévisible, alors qu’en elle brûlait une passion inébranlable pour les sommets.


Son défi ? Gravir le Pic Lénine, à plus de 7000 mètres d’altitude, et prouver que sa différence ne l’empêchera pas d’atteindre les sommets, au propre comme au figuré.


Dans cette première partie, Léa nous livre son parcours, son rapport à sa maladie et comment elle a transformé ce que beaucoup considèrent comme une entrave en une force de vie.

Entre audace, résilience et aventures incroyables, elle nous emmène dans son univers où chaque défi est une invitation à prouver qu’il est possible d’oser sa différence.


Prêt(e) à découvrir une autre vision du dépassement de soi ? C'est parti pour un voyage au cœur des extrêmes avec Léa Vigier.


Je suis Marc Breugelmans, Coach Professionnel, Auteur de 'L'autre potentiel'.

J'illumine les étoiles de votre potentiel pour vous aider à devenir le/la leader de votre vie !

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Transcription

  • Speaker #0

    On m'a dit que c'était impossible, alors je l'ai fait. Je m'appelle Léa Vigier, et ce que je kiffe, c'est les aventures improbables. J'ai exploré le boutant, j'ai traversé l'Europe avec un euro, j'ai vécu un mois chez les nomades kirghis, et j'ai une passion en particulier, les hautes montagnes. Sauf que j'ai une maladie mentale, la bipolarité. Et les médecins m'ont prescrit d'avoir une vie stable et routinière. Tout l'inverse de l'alpinisme. Mais moi, j'ai l'alpinisme dans mes tripes. Quand je suis en haute montagne, je me sens vivante. Je prends du recul sur la vie. Je m'extasie devant la beauté des sommets. Alors, j'ai décidé d'oser vivre un rêve. Gravir un des plus hauts sommets au monde. Le pic Lénine, à 7134 mètres. Et c'est l'histoire de mon documentaire 7000 mètres pour vaincre ma bipolarité. Ma leçon apprise, chaque fois qu'on te dit que tu ne peux pas, c'est une invitation déguisée à prouver le contraire. Léa ose sa différence et aujourd'hui je reçois dans mon émission l'autre potentiel. J'ose ma différence, Léa

  • Speaker #1

    Vivien.

  • Speaker #0

    Bonjour Léa !

  • Speaker #1

    Hello !

  • Speaker #0

    Merci d'avoir accepté l'invitation. Et pour nos auditeurs, j'aimerais savoir un petit peu qui tu es, quel est ton parcours ?

  • Speaker #1

    Ouais, alors je me présente, je m'appelle Léa Vigier, j'ai 31 ans. Donc aujourd'hui, je me présente comme aventurière et conférencière avec une thématique autour de ma vie aux deux extrêmes. Et donc, je fais des conférences et des aventures et des documentaires autour d'une vie qui a deux dimensions. Un voyage intérieur aux extrêmes, car j'ai une maladie mentale qui s'appelle la bipolarité. Et un voyage extérieur aux extrêmes, parce que je fais des ascensions alpines en haute altitude et de la plongée en apnée en profondeur.

  • Speaker #0

    Si on est là aujourd'hui, c'est parce que j'ai lu ce post sur LinkedIn qui m'a invité à voir un documentaire. Alors ce documentaire, j'invite vraiment tous les auditeurs à le regarder. Ce sera un bon complément à ce qu'on va se raconter aujourd'hui. Et tu es, pour moi, si je devais dessiner une autre potentielle, tu es une autre potentielle, quelqu'un qui exprime ce potentiel différent. Et je voudrais qu'on aille peut-être un petit peu sur ce que tu appelles une maladie mentale, la bipolarité, pour ceux qui ne connaissent pas ce que c'est la bipolarité. Et puis surtout, quel est ton quotidien avec ça ?

  • Speaker #1

    Oui, carrément. Donc déjà, c'est trop cool qu'on puisse en parler, Marc, parce que c'est une maladie mentale. On appelait ça aussi un handicap invisible. C'est quelque chose qui est… très handicapant, la bipolarité c'est au rang de sixième plus gros handicap mondial, donc c'est très élevé, ça touche énormément de personnes, on estime que c'est 2% de la population, donc c'est vraiment énorme, 2% de la population, sachant que là tu parles des personnes qui sont touchées, mais en plus ça touche l'entourage, parce que c'est une maladie qui a beaucoup d'impact sur l'entourage, donc c'est quelque chose qui est très handicapant, qui touche beaucoup de personnes, et pourtant, dont on ne parle pas qui est très très peu connu très peu déstigmatisé et c'est parce que c'est dans le rang des maladies mentales et les maladies mentales ça dérange les maladies mentales ça fait peur surtout donc vu que ça fait peur les gens qui sont touchés par cette maladie n'en parle pas ils ont honte et du coup on reste dans ce truc très flou donc la bipolarité c'est un autre nom avant ça s'appelait troubles maniaco-dépressifs Et donc le maniaco-dépressif décrit bien cette maladie qui est un trouble de l'humeur et qui t'amène donc à vivre des périodes de vie qui vont être de plusieurs semaines à plusieurs mois, qui vont être donc dans les hauts, ça va être dans l'exaltation, tu vas avoir une énergie débordante, tu n'as plus besoin de dormir, tu vas avoir ton cerveau souvent qui va marcher très vite et tu vas voir le verre à moitié plein, mais vraiment, vraiment à moitié plein. Ce qui va t'amener aussi à prendre beaucoup de risques. Tu vas prendre des risques avec ton argent, avec ton entreprise. Tu vas prendre des risques aussi au niveau aventure, au niveau sexuel, au niveau plein de choses. Et donc, le truc, c'est que tu ne restes pas dans cet état-là, voilà, d'état médical, parce qu'il y a un moment, ton corps, il n'en peut plus, parce que tu ne dors pas, tu es en sur-régime, donc ton corps ne va plus marcher. Et puis aussi, ce qui va se passer, c'est que vu que tu t'es mis à risque, il y a un peu tout ton château de cartes qui va s'écrouler un jour ou l'autre. Moi, dans mon cas, c'était dans le milieu professionnel, et où tout se passait du coup super mal tout d'un coup, parce que j'avais pris beaucoup trop de risques, etc. Et donc là, tu passes dans une autre phase, qui est la phase dépressive. Et là, tu tombes très profond en fonction des types de bipolarité. Moi, j'ai un type de bipolarité où je tombe très, très profond. Et donc là, c'est de la dépression suicidaire très forte où tu ne sors plus de ton lit et tu n'as qu'une envie, c'est d'enchaînir parce que tu souffres énormément. Et donc cette maladie-là, elle fait que c'est si que du coup, on s'enchaînait. Voilà, dans mon cas, c'était à raison d'une grande crise par an, tu vois. Et donc, tu vis ces crises-là. Et en fait, ce qui est assez spécifique à cette maladie, c'est que comme personne n'en parle, et que du coup, personne ne connaît vraiment cette maladie, le temps de diagnostic est extrêmement long. C'est neuf ans en moyenne. Et c'est la raison pour laquelle c'est la maladie la plus meurtrière, entre guillemets. parce que la moitié des personnes ont fait une tentative de suicide parce que les gens ne sont pas traités. Donc, c'est la raison pour laquelle, voilà, moi, maintenant, je parle de beaucoup de ma maladie parce que je veux que, justement, on puisse en parler et que ça puisse aider, du coup, les personnes à se rendre compte si elles ont ce trouble-là. Ça puisse aider aussi les gens de l'entourage à détecter si quelqu'un de leur entourage a ce trouble-là et qu'ils puissent donc se faire accompagner. Donc moi, avant d'avoir été bien diagnostiquée, moi ça a mis 7 ans. Donc moi pour t'expliquer, en gros, dans beaucoup de cas, en fait c'est juste qu'on va penser que t'es dépressif et pas que t'es bipolaire. Donc moi j'ai commencé à 24 ans, j'ai fait ma première dépression, et donc après j'ai été suivie par un psychiatre, mais juste quand j'étais dans mes hauts et tout, je parlais juste à personne, je faisais mes trucs dans mon coin, je pensais que j'allais très bien. Et donc en fait, mon entourage et mon psychiatre ne voyaient que les phases de Down et donc pensaient que je faisais juste des épisodes dépressifs. Le souci avec ça, c'est que quand tu es en dépression, ce que tu prends, c'est des antidépresseurs. Et les antidépresseurs, l'effet qu'ils font, c'est qu'ils viennent te relibérer des molécules de sérotonine, c'est les hormones du bonheur. Parce qu'en fait, quand tu es bipolaire, de faire ça, ça va t'emmener directement dans les hauts. Donc en fait, ça vient accentuer ta maladie. Donc c'est aussi ça, tu vois, le problème. C'est que moi, ce temps de diagnostic est venu aller accentuer et empirer ma maladie. Parce que du coup, je n'ai pas pris un bon médicament. Et que c'est venu aller accentuer mes hauts. Et en accentuant mes hauts, ça a accentué mes bas. Plus tu fais des gros hauts, plus tu fais des gros bas, tu vois. Donc voilà, moi, 7 ans. Et ça fait depuis un an que je suis bien traitée. Puisqu'il faut savoir que... On a commencé à parler un peu du trouble, mais ça a été compliqué. Le psychiatre que j'avais ne voulait pas vraiment poser le diagnostic, etc. Et donc, ça a mis un peu de temps et j'ai fini par changer de psychiatre. Ça fait un an que je suis très bien accompagnée. Donc, on a trouvé un bon traitement. On en a testé plusieurs où je suis accompagnée toutes les semaines par ma psychiatre et où ça devient une maladie beaucoup plus gérable. voilà que avant parce que c'était vraiment ingérable avant quoi. Je sais pas si tu as des questions.

  • Speaker #0

    Oui j'avais plusieurs questions. La première tu dis j'ai fait une grosse crise une fois par an. Qu'est ce que tu appelles réellement une crise ? C'est quand tu es dans le haut, dans le bas et alors ça dure combien de temps ? Et je les pose tout en même temps et du coup est-ce qu'il y a un moment donné quand même, même sans traitement, un équilibre qui se fait entre les hauts et les bas des épisodes où tu n'as ni haut ni bas ?

  • Speaker #1

    Ouais, très bonne question. Donc déjà, crise, en effet, moi, je prends en compte du coup l'ensemble. Donc sur un an, on va dire que je faisais 3-4 mois de montée en charge vers le haut. Ensuite, j'avais une dégringolade très forte sur deux mois, tu vois, où là, je tombe vraiment au plus bas. Et ensuite, après, du coup, il fallait que je me remette, quoi. Donc là, j'allais remonter. Ça allait me prendre assez longtemps, 4 mois, et après j'allais vivre de la neutralité sur 2 mois, 2-3 mois. Et après en fait, justement cette neutralité, j'avais l'impression que tout allait bien, etc. Et du coup je ne me rendais pas compte après que progressivement je repartais. tu vois, vers un haut. Donc, ça dépend vraiment des personnes. En tout cas, moi, tu vois, ça a été vraiment des crises qui s'enchaînaient, tu vois, à peu près tous les ans, comme ça, et du coup, qui sont assez visibles dans mon milieu professionnel, tu vois. Donc, voilà. Mais après, il y a des personnes, par exemple, qui sont bipolaires et qui peuvent avoir des phases neutres pendant des années, tu vois. Et donc, ce qui fait que ça peut être encore plus... plus dur à diagnostiquer. Parce que la personne va avoir une crise et après pendant 7 ans, c'est neutre, tout va bien. Et là, tout d'un coup, elle va faire une crise. Autre point, dans la bipolarité, il y a différents types de bipolarité. Et du coup, c'est ça aussi qui fait que c'est difficile à diagnostiquer. Par exemple, tu as un type de bipolarité, le type 1, où les bas ne sont pas très bas, donc ils ne vivent pas de très grosses dépressions. Par contre, les hauts sont extrêmement impressionnants. Souvent ça va avec de l'hallucination, etc. Et donc souvent c'est un type qui va très vite à l'hôpital psychiatrique parce que du coup dans les hauts, la seule manière d'arrêter de calmer la personne c'est de la mettre en hôpital psychiatrique. Donc du coup c'est souvent un type qui est vite diagnostiqué. Mais en revanche, c'est un type qui vu qu'il ne vive pas les gros bas, et bien en fait très souvent ils ne veulent pas prendre les traitements. Parce qu'en fait, eux, ils kiffent trop leur haut et ils n'ont pas le contrebalancement du bas. Donc, du coup, ça fait quand même un cas de diagnostiquer vite, mais au final, au niveau de l'observance des traitements et tout, mauvais. Type 2, qui est comme moi, les hauts sont un peu moins visibles. C'est-à-dire que maintenant, j'en rigole énormément et je raconte tous ces moments où j'ai cru que j'allais monter une startup qui allait faire des millions. que je me prenais pour une philosophe, que je pensais que j'étais Jésus, etc. Mais c'était des choses qui étaient beaucoup dans ma tête, qui pouvaient aussi être comparées à des personnes qui sont juste à fond dans le boulot et qui ne font que bosser, tu vois. Et donc qui sont moins, on va dire, impressionnantes. Et donc du coup, beaucoup plus difficiles à diagnostiquer. Mais par contre, à partir du moment où j'ai été diagnostiquée, je peux te dire que moi, je prends mes traitements très sérieusement. Parce que des dépressions suicidaires, tu n'as juste pas envie d'en revivre. Donc du coup, ça c'est un autre type. Et après, il y a un troisième type. Et ce troisième type-là, c'est des personnes où ça va être des hauts et bas, peut-être un petit peu moins forts, mais par contre qui vont être beaucoup plus rapprochés. Ça peut être des personnes, par exemple, qui peuvent vivre aussi ces hauts et bas dans la journée. Et voilà. Donc, du coup, c'est là, tu vois, un peu la complexité. Mais en tout cas, voilà, si les personnes qui écoutent ton podcast vont entendre ça, en fait, tu peux te retrouver dans cette bipolarité sur plusieurs aspects possibles, tu vois. Et moi, je dirais, par exemple, si tu vis plusieurs dépressions, eh bien, fais un petit, enfin, tu vois, réfléchis, essaye de regarder si tes dépressions n'ont pas été déclenchées après un gros haut. Un gros haut. Parce que... parce qu'au final, tu n'es peut-être pas dépressif. C'est juste parce que tu vis tes gros hauts que ça vient de te déclencher ces balades.

  • Speaker #0

    C'est vraiment comme un équilibre qui se fait, mais un mauvais équilibre. Tu vas dans les extrêmes des deux côtés. Tu m'as dit que la première crise, c'était à 24 ans. En fait, la question va te paraître bizarre parce que je pense avoir la réponse, mais ça s'attrape comment ?

  • Speaker #1

    Ah oui, non, ce n'est pas du tout bizarre. pas du tout bête et tout, parce que ça aussi, c'est quelque chose dont il faut énormément parler, parce que ça peut être prévenu. Et donc ça, tu vois, c'est super important. Un, déjà, imaginons que tu fais une première dépression ou quoi que ce soit, la première chose à faire, c'est d'aller demander à tes parents et dans ta famille, est-ce qu'il y a des personnes qui ont fait des séjours en hôpital psychiatrique, qui avaient des instabilités, etc. Parce que c'est héréditaire. Donc, en fait, moi, par exemple, mes parents ne le sont pas du tout. Mais par contre, j'ai découvert que le père du côté de ma mère et la mère du côté de mon père ont passé leur vie à faire des séjours en hôpital psychiatrique. Donc, ils étaient dépressifs parce qu'à ce moment-là, de toute manière, personne ne connaissait la bipolarité. Donc, c'est impossible de... Voilà, personne ne connaissait. Donc, du coup, on ne sait pas. En tout cas, je sais quand même qu'il y avait des instabilités psychologiques, tu vois, qui faisaient ça. Donc un, du coup, c'est héréditaire. Donc si ça vient de tes grands-parents, etc., ou de tes parents et tout, tu vas avoir plus de chances d'avoir cette maladie. Et ensuite, le deuxième aspect qui est super important et dont on ne nous parle pas du tout quand on est jeune, c'est qu'en gros, il y a des choses qui vont se passer dans ton adolescence et qui vont venir déclencher cette maladie. C'est-à-dire que tu vas l'avoir dans ton gène, mais après, tu peux ne pas la déclencher si tu fais attention, etc. Et donc ça, ça va être la prise de stupéfiants. Par exemple, la marijuana. Si tu prends la marijuana quand tu es adolescent, c'est des choses... Moi, j'ai rencontré un grand nombre de bipolaires. Ça a été déclenché juste en fumant la marijuana. Deuxième, dans mon cas, la prise d'alcool excessive. Donc moi, quand j'étais jeune, je sortais depuis mes 13-14 ans et tous les huitièmes, je me mettais en état vraiment de blackout, etc. Ça, ça déclenche du coup la bipolarité. Et le troisième point, ça va être des éléments un peu de traumatisme où tu te mets dans des situations très extrêmes, etc. Et ça, du coup... Du coup, moi, ça a été à 23 ans. J'ai vécu une expérience où je suis partie dans la jungle et j'ai vécu vraiment un trauma où j'ai vraiment cru que j'allais mourir, mais vraiment sûr de sûr. Et moi, c'est ça qui a fini de déclencher, tu vois, ma bipolarité. Parce que ça a mis mon corps dans un état d'extrême et le fait de le mettre dans un état d'extrême, ça a déclenché, du coup, cette bipolarité. Donc, en fait, c'est des choses, tu vois, qui peuvent être prévenues. C'est-à-dire que déjà, tu sais que dans ta famille, tu vois... Tu as des personnes qui ont ça, avec tes enfants, tu vas leur prévenir et tu vas leur dire tu es plus sensible que d'autres personnes. Donc, fais attention. Ne bois pas en excès, ne te mets pas dans des situations, etc. Parce que tu risques de le déclencher. Et c'est quand même quelque chose qui est très important parce que c'est une maladie. À partir du moment où tu l'as déclenché, c'est une maladie que tu as à vie. Moi, je l'ai à vie. Donc, aujourd'hui, je dois apprendre à vivre avec, etc. Mais je ne pourrai jamais dire je suis guéri. Donc, ça a un sacré impact. que tu vois sur le réseau.

  • Speaker #0

    Donc, une fois qu'elle est déclenchée, en fait, ça y est, quoi. Exactement. Oui, c'est assez, parce que je coache énormément de jeunes adolescents et c'est quand même un âge où tu aimes quelque part te mettre en danger, tu repousses tes limites. Donc, ce n'est pas évident de dire nécessairement à un adolescent, tu es à risque, ne le fais pas. Enfin, moi, je coache des gens qui ont d'autres maladies. Et malgré tout, ils veulent vivre. Et donc, si tu prends des stupéfiants, ça peut accentuer. Il y en a quand même de plus en plus qui en prennent. Donc, ça peut être un problème.

  • Speaker #1

    Mais tu vois, Marc, moi, quand j'étais jeune, on m'a dit ne fume pas, c'est pas bon. Mais on ne m'a pas dit ne fume pas parce que juste de fumer un peu peut déclencher la bipolarité ou la schizophrénie. c'est quand même des choses, tu vois, de la sensibilisation qu'on ne fait pas. Et je trouve ça ultra dommage, tu vois, parce que derrière, c'est vraiment des gros impacts. C'est comme, tu vois, on dit aux gens, fume pas des cigarettes, sinon tu vas avoir un cancer. Je veux dire, c'est la même dangerosité, tu vois.

  • Speaker #0

    Tout à fait. Sauf qu'il y a plus de chances de la déclencher, si j'ai bien compris.

  • Speaker #1

    Oui, oui, carrément. Oui, oui.

  • Speaker #0

    Alors. C'est quoi ta vie à ce moment-là ? Donc, tu as ces crises, tu parles au niveau professionnel. Donc, comment ça se passe concrètement dans ta vie ? Comment tu vis cette bipolarité sans traitement, puisque ce n'est pas diagnostiqué ?

  • Speaker #1

    Oui, alors du coup, j'ai une vie, on va dire, un peu de film en vrai. Donc, c'est un côté assez sympathique, en tout cas à raconter. J'ai beaucoup d'histoires très drôles à raconter. Ah ben, allons-y ! Bah non mais en fait le truc c'est que tu te mets dans des situations pas possibles tu vois. Donc moi par exemple tu vois au début j'ai décidé de partir en Afrique. J'étais embauchée par un mec pour monter une boîte pour lui tu vois. Et en fait bah moi j'arrive en Afrique et en fait sans le voir tu vois je commence à déclencher donc une phase haute. Et donc ta phase haute faisait que bah en fait je faisais... que bosser tout le temps, je ne dormais pas, etc. Mais du coup, j'étais en Afrique. Et en Afrique, il y a beaucoup plus de galères, tu vois. Donc, par exemple, moi, j'écrivais tous mes mails en marchant et tout, mais il n'y a pas de trottoir. Donc, moi, je suis tombée plusieurs fois dans les caniveaux, tu vois, donc dans la merde, tu vois. Je tombais et tout. Vraiment, les gens habitués, ils parlaient tous de moi. C'était Léa, le chat noir, elle a toutes les semaines une nouvelle histoire, etc. Et par exemple, quand je suis tombée dans les caniveaux, une fois, ça a fait une entaille dans mon pied. Donc, j'ai eu un verre dans mon pied. Donc, les verres dans les pieds, ça s'appelle des larbiches. Donc, mes meilleurs amis l'appelaient les harbiches, tu vois. Et tout le monde voulait savoir, genre, comment t'allais les harbiches, etc. J'ai eu... Enfin, tu vois, en Afrique, le truc, c'est que quand tu te mets dans ces situations-là, c'est encore plus dangereux. Par exemple, tu vois, moi, j'ai eu le palu. Je l'ai attrapé 3-4 fois, tu vois. Genre, c'est n'importe quoi, tu vois. Genre, je sais pas, en France, t'es fatigué, tu vas avoir une grippe, un rhume, etc. Bah, moi, je me mettais tellement dans des états pas possibles, tu vois, que je me retrouvais avec le palu, et à chaque fois, j'appelais ma famille, ah, désolé, c'est mon troisième palu, etc. Mais le truc, c'est super dangereux, un palu. Si c'est pas directement traité, enfin, moi, j'ai eu des personnes, quand j'étais en Côte d'Ivoire, qui sont mortes du palu autour de moi, etc. Quand je voulais essayer de me changer les idées, je me disais, vas-y, je vais un jour à la plage. Je faisais du surf et puis je rentrais dans un banc de sable, je m'ouvrais la bouche, j'allais à l'hôpital. C'était juste n'importe quoi. Et en fait, je ne me rendais pas compte que je faisais n'importe quoi. Et que j'étais complètement dans cet état-là. Pareil, dans des états de haut, j'ai beaucoup d'histoires d'amour et tout. Parce que quand tu es dans un état de haut comme ça, tu vois tout parfait. Donc moi, à chaque fois que j'ai été dans plein de pays différents et tout, dans des états de haut comme ça, je tombe amoureuse en deux secondes, je veux me marier, etc. Donc c'était le cas en Afrique, au Népal, en Géorgie, partout. Donc mon entourage, ils étaient là en mode, à chaque fois, ils sont là en mode, bon, qu'est-ce qu'elle va nous ramener ?

  • Speaker #0

    Donc tu as marié un peu partout dans le monde.

  • Speaker #1

    Je vais vous annoncer, etc. Et avec des gens vraiment où il y en a plein, il n'y avait pas spécialement quelque chose, mais en fait, dans cet état-là, tu vois tout de manière incroyable et tu as l'impression de voir super clair et tout. Quand je suis allée en Australie un moment, j'étais en état de hop, j'envoyais un message à ma famille et mes amis, je leur ai dit, écoutez, je voulais vous annoncer, je pense vraiment que je suis surdouée, etc. et je vais devenir philosophe. Et donc... pendant genre deux mois, tous les jours, j'étais devant mon ordi et j'écrivais un livre qui s'appelait Les questions que tout le monde se pose J'avais l'impression d'avoir la réponse à toutes les questions et vraiment, ma famille, mes amis, ils étaient là en mode Mais qu'est-ce qu'elle fout, quoi ? Genre, c'est n'importe quoi. Il y a des moments où vraiment, j'étais sûre de sûr. Voilà, j'en parlais. À ce moment-là, mon psychiatre a commencé à se dire qu'il était un peu bizarre, tu vois, mais même pas. Enfin bon. J'étais là en mode, en fait, je pense que je suis la nouvelle Jésus, mais vraiment très sérieusement. J'étais là en mode, bon, il y a eu un lent zéro, donc il y a eu Jésus qui a été envoyé. Là, je pense, du coup, en l'an 2000, etc., que du coup, il a voulu envoyer une femme, etc. Et donc, j'étais là pour souffrir, et donc, d'où mes moments de souffrance. Mais je comprends les choses beaucoup mieux que les autres, et je suis là pour donner un message et tout. Donc, pour mon entourage, pour mes amis. En fait, au bout d'un moment, vraiment, genre, ils n'en pouvaient plus parce qu'il y avait un côté, tu vois, où vraiment, mais je me prenais comme quelqu'un de largement au-dessus d'eux et tout, tu vois. Donc, voilà, donc c'était vraiment, genre, plein de, tu vois, de trucs, d'histoires, voilà, pas possibles. Et en fait, je dirais que peut-être qu'au début, tu vois, mes amis pouvaient se dire, bon, bah, OK, c'est juste aller comme ça et tout. Et puis, au fur et à mesure, tu vois, que... Ça se passait, tu vois, beaucoup. Et surtout qu'ils voyaient qu'après ça, je m'effondrais, tu vois. Parce que, par exemple, aussi, autre exemple, tu vois, dans les hauts, mon cerveau marchait quand même vraiment vite. Donc, qu'est-ce qui se passait dans le milieu pro ? Mes boss, ils se disaient, génial, on a une génie dans notre boîte. Elle fait le boulot en plus de cinq personnes. Donc, on va la laisser faire tout le boulot et tout, tu vois. Et puis, ils finissaient par m'écouter sur tout. Mais le problème, c'est que, OK, peut-être que ça tournait vite et tout, mais j'étais dans des états de hop. Donc, en fait, je voyais les choses de manière beaucoup trop optimiste, etc. Donc, je leur disais, ouais, là, il faut qu'on investisse tout l'argent dans ça, qu'on recrute 10 personnes, que, tu sais, moi, j'étais là en mode, la boîte va devenir énorme, il faut que tout le monde me suive et tout, tu vois. Et sauf que les gens, du coup, dans mes équipes, ils étaient épuisés, ils n'en pouvaient plus. Et puis, mes dirigeants, ils me suivaient et ils prenaient des risques monumentaux. Et puis, il y avait, au bout d'un moment, un mois, je n'avais plus de jus. Donc, je ne marchais plus. Et puis, surtout, j'avais foutu la boîte dans un état de merde. Et alors là, ils me disaient, c'est de ta faute. On doit défoncer 10 personnes. Tous les gens de la boîte qui me détestaient. Du coup, tu vois. Donc, ça m'était quand même vraiment dans des situations compliquées. Et du coup, tu vois, le fait de passer de... Je suis la génie, la sauveuse de la boîte, tout le monde. Ah, tu es la personne qui a foutu dans la merde tout le monde, qui est détestée par tout le monde. Ça vient d'autant plus accentuer derrière ton down. Parce que du coup, là, tu vois, tu n'es plus du tout Jésus. Tu es la personne la plus sourie qui existe au monde. Tu te détestes. En plus, tu n'arrives même plus à réfléchir. Quand les gens te parlent, tu ne comprends plus rien à ce qu'ils disent. Et tout. Donc, tu vois, du coup, le... La différence fait que du coup, tu vis un enfer. Et donc, on va dire que ça a été des années avec des aventures incroyables, une vie un peu hors du commun, mais aussi quand même énormément de souffrance. Et donc, c'est la raison pour laquelle quand j'ai deux de mes amis qui ont commencé à me dire Bon, Léa, je pense que t'es haut, peut-être qu'ils ne sont pas normaux et tout. En tout cas, nous, on ne t'apprécie pas trop quand tu es dans tes hauts parce que tu pars vraiment en cacahuète et tout. J'avoue que là, j'ai commencé à vouloir en parler à mon psychiatre. J'ai voulu commencer à résoudre ça parce que, tout simplement, j'étais épuisée de cette vie. Et aussi, j'étais épuisée de ne pas pouvoir construire quelque chose dans ma vie parce qu'au niveau pro, ce n'était pas possible. Parce que je rentrais dans une boîte, on me propulsait directement, j'étais payée très très cher et tout. Et puis au bout d'un moment, bam, catastrophique, j'allais au truc, ils voulaient que je parte et tout. Donc au niveau pro, c'était catastrophique. Au niveau de ma vie, pareil, il y avait ses hauts et ses bas, donc du coup j'allais partir dans des pays. Et puis après du coup, je devais revenir et être alitée chez mes parents et tout. Au niveau amoureux, la même chose, ça partait dans les hauts, j'avais des... l'histoire la plus incroyable au monde, je voulais me marier, etc. Et puis après, je me rendais compte que ça n'allait pas du tout. Donc, j'avais une vie pas du tout possible à construire et visible sur le long terme. Et donc, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu être traitée et qu'on puisse gérer cette maladie.

  • Speaker #0

    J'ai bu tes paroles et en même temps, alors c'est peut-être une déformation professionnelle, quand tu me parles de Théo, J'ai l'impression, mais dis-moi si je me trompe, que tu exprimes vraiment ton potentiel à l'excès et ça cause plein de problèmes, on est d'accord, donc il y a plein d'inconvénients, mais je suis quelqu'un aussi d'assez positif. Si je file tous les inconvénients, j'ai l'impression, tu as une force de persuasion, tu as une force d'action. Est-ce que c'est propre à toi ou c'est tous les bipolaires ? J'ai l'impression que c'est vraiment… Non. Voilà, en fait, tu exprimes à l'excès ton potentiel. Ah, donc là, je vois que tu es d'accord avec moi.

  • Speaker #1

    En gros, il y a plusieurs choses. En gros, dans ta bipolarité, tu vois, en effet, tu vas aller vers des hauts, mais après, ça va dépendre aussi des personnes et de leur comorbidité, c'est-à-dire les autres aspects de leur personnalité qu'elles vont avoir. Donc, moi, pour le coup, tu vois, je suis au potentiel, etc. Bien sûr, du coup, mes hauts vont aller augmenter mon côté haut potentiel. Il y a une plus grosse probabilité de gens bipolaires qui sont hauts potentiels. Cependant, il y a énormément de bipolaires qui ne sont pas hauts potentiels. Et là, dans leur cas, quand ils sont en haut, par exemple, moi, ça se transformait dans le boulot, mes hauts. Mais par exemple, des bipolaires qui ne vont pas être hauts potentiels, les hauts, ça peut être, par exemple, j'ai connu des gens, ils ne faisaient que sortir, tu vois. Et ils sortaient en continu toute la journée, tout le temps, etc. d'autres personnes qui vont aller, je ne sais pas, dépenser tout leur argent au casino tous les jours et tout. Donc moi, comment dire, d'une certaine manière, c'est aussi pour ça que ça a été plus difficile, en tout cas pour moi, à comprendre et à diagnostiquer, c'est qu'en effet, ça venait du coup utiliser tout ce potentiel-là, et donc du coup, j'avais du mal à me dire ok, ce n'est pas bon tu vois. Parce que d'une certaine manière, j'étais là en mode mais ouais, mais attends Moi, je suis incroyable. Les gens ne voient pas que je suis incroyable. Mais regardez ce que je fais. Pourquoi j'arrêterais d'être comme ça ? Seulement, le souci, c'est que oui, il faut arrêter d'être comme ça. Parce qu'il y a deux choses. Un, c'est que tu n'as pas d'humilité. Et donc, avoir du potentiel, mais sans humilité, je ne vois pas où est-ce que ça t'amène. Et deux, vu que derrière, ça entraîne une dépression. Et bien derrière ça vient abîmer ton potentiel puisque moi ça m'a grillé un grand nombre de neurones et donc aujourd'hui par exemple chaque mois etc je récupère un petit peu tu vois donc je pense au fur et à mesure des années je vais récupérer mais en tout cas aujourd'hui mon cerveau ne va pas du tout du tout aussi vite que...

  • Speaker #0

    Par exemple, il y a six ans, tu vois. Parce que j'ai vécu plein de dépressions et que du coup, c'est venu abîmer mon cerveau. Donc, tu vois, c'est pour ça que c'est, tu vois, c'est facile. C'est qu'en fait, même si c'est attirant, même si c'est attrayant et que du coup, tu vois, t'es là en mode, putain, mais génial et tout, je peux aller utiliser tout. En fait, au final, il faut faire hola, hola, calmos, etc. Parce que derrière, le risque est trop grand d'aller te griller. Mais après, moi, je trouve justement d'apprendre à aller doucement et à justement ne pas aller trop dans toutes mes idées, tous mes potentiels, etc. Au final, j'en ai développé une force de ouf parce que mes idées, maintenant, je les empêche de partir partout et de faire un million de choses parce que je veux protéger mon corps et tout. Mais derrière, j'ai beaucoup plus appris à travailler avec d'autres gens, à développer aussi d'autres qualités. Parce que quand tu vas amener la leur, il n'y a personne qui peut te suivre. Donc par exemple, tu ne peux pas travailler avec d'autres gens. Moi, j'étais une manageuse de merde parce que les gens recevaient des mails de moi à 3h du matin. Quand j'étais en call, j'étais là en mode bon, vite, vite Parce que les gens n'allaient pas assez vite. Donc au final... apprendre à gérer cette maladie d'une certaine manière m'a aussi appris à gérer ce potentiel-là et à en faire quelque chose de plus constructif, de plus collectif.

  • Speaker #1

    C'est super intéressant et j'ai encore plein de questions. Mais là, je te propose de marquer une pause et de se retrouver la semaine prochaine pour la deuxième et la dernière. partie de cet entretien. On va parler des traitements, puis on va parler aussi de ton actualité, de ce documentaire. On va parler de cette ascension. Et donc, je vous donne tous rendez-vous la semaine prochaine pour la deuxième partie de cet entretien avec toi, Léa.

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Description

"Quand on lui a dit que c'était impossible, elle l'a fait."


Dans cet épisode de L'Autre Potentiel - J'ose ma différence, j'ai l'honneur de recevoir Léa Vigier, une aventurière hors du commun.


De l’exploration du Bhoutan à un mois de vie avec des nomades kirghiz, en passant par la traversée de l’Europe avec un euro en poche, Léa repousse sans cesse les limites du possible. Mais son plus grand défi n’a pas été une ascension extrême ou une expédition lointaine… Il est intérieur.


Diagnostiquée bipolaire, elle a dû affronter les injonctions médicales à une vie stable et prévisible, alors qu’en elle brûlait une passion inébranlable pour les sommets.


Son défi ? Gravir le Pic Lénine, à plus de 7000 mètres d’altitude, et prouver que sa différence ne l’empêchera pas d’atteindre les sommets, au propre comme au figuré.


Dans cette première partie, Léa nous livre son parcours, son rapport à sa maladie et comment elle a transformé ce que beaucoup considèrent comme une entrave en une force de vie.

Entre audace, résilience et aventures incroyables, elle nous emmène dans son univers où chaque défi est une invitation à prouver qu’il est possible d’oser sa différence.


Prêt(e) à découvrir une autre vision du dépassement de soi ? C'est parti pour un voyage au cœur des extrêmes avec Léa Vigier.


Je suis Marc Breugelmans, Coach Professionnel, Auteur de 'L'autre potentiel'.

J'illumine les étoiles de votre potentiel pour vous aider à devenir le/la leader de votre vie !

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Crédit Musique :

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Transcription

  • Speaker #0

    On m'a dit que c'était impossible, alors je l'ai fait. Je m'appelle Léa Vigier, et ce que je kiffe, c'est les aventures improbables. J'ai exploré le boutant, j'ai traversé l'Europe avec un euro, j'ai vécu un mois chez les nomades kirghis, et j'ai une passion en particulier, les hautes montagnes. Sauf que j'ai une maladie mentale, la bipolarité. Et les médecins m'ont prescrit d'avoir une vie stable et routinière. Tout l'inverse de l'alpinisme. Mais moi, j'ai l'alpinisme dans mes tripes. Quand je suis en haute montagne, je me sens vivante. Je prends du recul sur la vie. Je m'extasie devant la beauté des sommets. Alors, j'ai décidé d'oser vivre un rêve. Gravir un des plus hauts sommets au monde. Le pic Lénine, à 7134 mètres. Et c'est l'histoire de mon documentaire 7000 mètres pour vaincre ma bipolarité. Ma leçon apprise, chaque fois qu'on te dit que tu ne peux pas, c'est une invitation déguisée à prouver le contraire. Léa ose sa différence et aujourd'hui je reçois dans mon émission l'autre potentiel. J'ose ma différence, Léa

  • Speaker #1

    Vivien.

  • Speaker #0

    Bonjour Léa !

  • Speaker #1

    Hello !

  • Speaker #0

    Merci d'avoir accepté l'invitation. Et pour nos auditeurs, j'aimerais savoir un petit peu qui tu es, quel est ton parcours ?

  • Speaker #1

    Ouais, alors je me présente, je m'appelle Léa Vigier, j'ai 31 ans. Donc aujourd'hui, je me présente comme aventurière et conférencière avec une thématique autour de ma vie aux deux extrêmes. Et donc, je fais des conférences et des aventures et des documentaires autour d'une vie qui a deux dimensions. Un voyage intérieur aux extrêmes, car j'ai une maladie mentale qui s'appelle la bipolarité. Et un voyage extérieur aux extrêmes, parce que je fais des ascensions alpines en haute altitude et de la plongée en apnée en profondeur.

  • Speaker #0

    Si on est là aujourd'hui, c'est parce que j'ai lu ce post sur LinkedIn qui m'a invité à voir un documentaire. Alors ce documentaire, j'invite vraiment tous les auditeurs à le regarder. Ce sera un bon complément à ce qu'on va se raconter aujourd'hui. Et tu es, pour moi, si je devais dessiner une autre potentielle, tu es une autre potentielle, quelqu'un qui exprime ce potentiel différent. Et je voudrais qu'on aille peut-être un petit peu sur ce que tu appelles une maladie mentale, la bipolarité, pour ceux qui ne connaissent pas ce que c'est la bipolarité. Et puis surtout, quel est ton quotidien avec ça ?

  • Speaker #1

    Oui, carrément. Donc déjà, c'est trop cool qu'on puisse en parler, Marc, parce que c'est une maladie mentale. On appelait ça aussi un handicap invisible. C'est quelque chose qui est… très handicapant, la bipolarité c'est au rang de sixième plus gros handicap mondial, donc c'est très élevé, ça touche énormément de personnes, on estime que c'est 2% de la population, donc c'est vraiment énorme, 2% de la population, sachant que là tu parles des personnes qui sont touchées, mais en plus ça touche l'entourage, parce que c'est une maladie qui a beaucoup d'impact sur l'entourage, donc c'est quelque chose qui est très handicapant, qui touche beaucoup de personnes, et pourtant, dont on ne parle pas qui est très très peu connu très peu déstigmatisé et c'est parce que c'est dans le rang des maladies mentales et les maladies mentales ça dérange les maladies mentales ça fait peur surtout donc vu que ça fait peur les gens qui sont touchés par cette maladie n'en parle pas ils ont honte et du coup on reste dans ce truc très flou donc la bipolarité c'est un autre nom avant ça s'appelait troubles maniaco-dépressifs Et donc le maniaco-dépressif décrit bien cette maladie qui est un trouble de l'humeur et qui t'amène donc à vivre des périodes de vie qui vont être de plusieurs semaines à plusieurs mois, qui vont être donc dans les hauts, ça va être dans l'exaltation, tu vas avoir une énergie débordante, tu n'as plus besoin de dormir, tu vas avoir ton cerveau souvent qui va marcher très vite et tu vas voir le verre à moitié plein, mais vraiment, vraiment à moitié plein. Ce qui va t'amener aussi à prendre beaucoup de risques. Tu vas prendre des risques avec ton argent, avec ton entreprise. Tu vas prendre des risques aussi au niveau aventure, au niveau sexuel, au niveau plein de choses. Et donc, le truc, c'est que tu ne restes pas dans cet état-là, voilà, d'état médical, parce qu'il y a un moment, ton corps, il n'en peut plus, parce que tu ne dors pas, tu es en sur-régime, donc ton corps ne va plus marcher. Et puis aussi, ce qui va se passer, c'est que vu que tu t'es mis à risque, il y a un peu tout ton château de cartes qui va s'écrouler un jour ou l'autre. Moi, dans mon cas, c'était dans le milieu professionnel, et où tout se passait du coup super mal tout d'un coup, parce que j'avais pris beaucoup trop de risques, etc. Et donc là, tu passes dans une autre phase, qui est la phase dépressive. Et là, tu tombes très profond en fonction des types de bipolarité. Moi, j'ai un type de bipolarité où je tombe très, très profond. Et donc là, c'est de la dépression suicidaire très forte où tu ne sors plus de ton lit et tu n'as qu'une envie, c'est d'enchaînir parce que tu souffres énormément. Et donc cette maladie-là, elle fait que c'est si que du coup, on s'enchaînait. Voilà, dans mon cas, c'était à raison d'une grande crise par an, tu vois. Et donc, tu vis ces crises-là. Et en fait, ce qui est assez spécifique à cette maladie, c'est que comme personne n'en parle, et que du coup, personne ne connaît vraiment cette maladie, le temps de diagnostic est extrêmement long. C'est neuf ans en moyenne. Et c'est la raison pour laquelle c'est la maladie la plus meurtrière, entre guillemets. parce que la moitié des personnes ont fait une tentative de suicide parce que les gens ne sont pas traités. Donc, c'est la raison pour laquelle, voilà, moi, maintenant, je parle de beaucoup de ma maladie parce que je veux que, justement, on puisse en parler et que ça puisse aider, du coup, les personnes à se rendre compte si elles ont ce trouble-là. Ça puisse aider aussi les gens de l'entourage à détecter si quelqu'un de leur entourage a ce trouble-là et qu'ils puissent donc se faire accompagner. Donc moi, avant d'avoir été bien diagnostiquée, moi ça a mis 7 ans. Donc moi pour t'expliquer, en gros, dans beaucoup de cas, en fait c'est juste qu'on va penser que t'es dépressif et pas que t'es bipolaire. Donc moi j'ai commencé à 24 ans, j'ai fait ma première dépression, et donc après j'ai été suivie par un psychiatre, mais juste quand j'étais dans mes hauts et tout, je parlais juste à personne, je faisais mes trucs dans mon coin, je pensais que j'allais très bien. Et donc en fait, mon entourage et mon psychiatre ne voyaient que les phases de Down et donc pensaient que je faisais juste des épisodes dépressifs. Le souci avec ça, c'est que quand tu es en dépression, ce que tu prends, c'est des antidépresseurs. Et les antidépresseurs, l'effet qu'ils font, c'est qu'ils viennent te relibérer des molécules de sérotonine, c'est les hormones du bonheur. Parce qu'en fait, quand tu es bipolaire, de faire ça, ça va t'emmener directement dans les hauts. Donc en fait, ça vient accentuer ta maladie. Donc c'est aussi ça, tu vois, le problème. C'est que moi, ce temps de diagnostic est venu aller accentuer et empirer ma maladie. Parce que du coup, je n'ai pas pris un bon médicament. Et que c'est venu aller accentuer mes hauts. Et en accentuant mes hauts, ça a accentué mes bas. Plus tu fais des gros hauts, plus tu fais des gros bas, tu vois. Donc voilà, moi, 7 ans. Et ça fait depuis un an que je suis bien traitée. Puisqu'il faut savoir que... On a commencé à parler un peu du trouble, mais ça a été compliqué. Le psychiatre que j'avais ne voulait pas vraiment poser le diagnostic, etc. Et donc, ça a mis un peu de temps et j'ai fini par changer de psychiatre. Ça fait un an que je suis très bien accompagnée. Donc, on a trouvé un bon traitement. On en a testé plusieurs où je suis accompagnée toutes les semaines par ma psychiatre et où ça devient une maladie beaucoup plus gérable. voilà que avant parce que c'était vraiment ingérable avant quoi. Je sais pas si tu as des questions.

  • Speaker #0

    Oui j'avais plusieurs questions. La première tu dis j'ai fait une grosse crise une fois par an. Qu'est ce que tu appelles réellement une crise ? C'est quand tu es dans le haut, dans le bas et alors ça dure combien de temps ? Et je les pose tout en même temps et du coup est-ce qu'il y a un moment donné quand même, même sans traitement, un équilibre qui se fait entre les hauts et les bas des épisodes où tu n'as ni haut ni bas ?

  • Speaker #1

    Ouais, très bonne question. Donc déjà, crise, en effet, moi, je prends en compte du coup l'ensemble. Donc sur un an, on va dire que je faisais 3-4 mois de montée en charge vers le haut. Ensuite, j'avais une dégringolade très forte sur deux mois, tu vois, où là, je tombe vraiment au plus bas. Et ensuite, après, du coup, il fallait que je me remette, quoi. Donc là, j'allais remonter. Ça allait me prendre assez longtemps, 4 mois, et après j'allais vivre de la neutralité sur 2 mois, 2-3 mois. Et après en fait, justement cette neutralité, j'avais l'impression que tout allait bien, etc. Et du coup je ne me rendais pas compte après que progressivement je repartais. tu vois, vers un haut. Donc, ça dépend vraiment des personnes. En tout cas, moi, tu vois, ça a été vraiment des crises qui s'enchaînaient, tu vois, à peu près tous les ans, comme ça, et du coup, qui sont assez visibles dans mon milieu professionnel, tu vois. Donc, voilà. Mais après, il y a des personnes, par exemple, qui sont bipolaires et qui peuvent avoir des phases neutres pendant des années, tu vois. Et donc, ce qui fait que ça peut être encore plus... plus dur à diagnostiquer. Parce que la personne va avoir une crise et après pendant 7 ans, c'est neutre, tout va bien. Et là, tout d'un coup, elle va faire une crise. Autre point, dans la bipolarité, il y a différents types de bipolarité. Et du coup, c'est ça aussi qui fait que c'est difficile à diagnostiquer. Par exemple, tu as un type de bipolarité, le type 1, où les bas ne sont pas très bas, donc ils ne vivent pas de très grosses dépressions. Par contre, les hauts sont extrêmement impressionnants. Souvent ça va avec de l'hallucination, etc. Et donc souvent c'est un type qui va très vite à l'hôpital psychiatrique parce que du coup dans les hauts, la seule manière d'arrêter de calmer la personne c'est de la mettre en hôpital psychiatrique. Donc du coup c'est souvent un type qui est vite diagnostiqué. Mais en revanche, c'est un type qui vu qu'il ne vive pas les gros bas, et bien en fait très souvent ils ne veulent pas prendre les traitements. Parce qu'en fait, eux, ils kiffent trop leur haut et ils n'ont pas le contrebalancement du bas. Donc, du coup, ça fait quand même un cas de diagnostiquer vite, mais au final, au niveau de l'observance des traitements et tout, mauvais. Type 2, qui est comme moi, les hauts sont un peu moins visibles. C'est-à-dire que maintenant, j'en rigole énormément et je raconte tous ces moments où j'ai cru que j'allais monter une startup qui allait faire des millions. que je me prenais pour une philosophe, que je pensais que j'étais Jésus, etc. Mais c'était des choses qui étaient beaucoup dans ma tête, qui pouvaient aussi être comparées à des personnes qui sont juste à fond dans le boulot et qui ne font que bosser, tu vois. Et donc qui sont moins, on va dire, impressionnantes. Et donc du coup, beaucoup plus difficiles à diagnostiquer. Mais par contre, à partir du moment où j'ai été diagnostiquée, je peux te dire que moi, je prends mes traitements très sérieusement. Parce que des dépressions suicidaires, tu n'as juste pas envie d'en revivre. Donc du coup, ça c'est un autre type. Et après, il y a un troisième type. Et ce troisième type-là, c'est des personnes où ça va être des hauts et bas, peut-être un petit peu moins forts, mais par contre qui vont être beaucoup plus rapprochés. Ça peut être des personnes, par exemple, qui peuvent vivre aussi ces hauts et bas dans la journée. Et voilà. Donc, du coup, c'est là, tu vois, un peu la complexité. Mais en tout cas, voilà, si les personnes qui écoutent ton podcast vont entendre ça, en fait, tu peux te retrouver dans cette bipolarité sur plusieurs aspects possibles, tu vois. Et moi, je dirais, par exemple, si tu vis plusieurs dépressions, eh bien, fais un petit, enfin, tu vois, réfléchis, essaye de regarder si tes dépressions n'ont pas été déclenchées après un gros haut. Un gros haut. Parce que... parce qu'au final, tu n'es peut-être pas dépressif. C'est juste parce que tu vis tes gros hauts que ça vient de te déclencher ces balades.

  • Speaker #0

    C'est vraiment comme un équilibre qui se fait, mais un mauvais équilibre. Tu vas dans les extrêmes des deux côtés. Tu m'as dit que la première crise, c'était à 24 ans. En fait, la question va te paraître bizarre parce que je pense avoir la réponse, mais ça s'attrape comment ?

  • Speaker #1

    Ah oui, non, ce n'est pas du tout bizarre. pas du tout bête et tout, parce que ça aussi, c'est quelque chose dont il faut énormément parler, parce que ça peut être prévenu. Et donc ça, tu vois, c'est super important. Un, déjà, imaginons que tu fais une première dépression ou quoi que ce soit, la première chose à faire, c'est d'aller demander à tes parents et dans ta famille, est-ce qu'il y a des personnes qui ont fait des séjours en hôpital psychiatrique, qui avaient des instabilités, etc. Parce que c'est héréditaire. Donc, en fait, moi, par exemple, mes parents ne le sont pas du tout. Mais par contre, j'ai découvert que le père du côté de ma mère et la mère du côté de mon père ont passé leur vie à faire des séjours en hôpital psychiatrique. Donc, ils étaient dépressifs parce qu'à ce moment-là, de toute manière, personne ne connaissait la bipolarité. Donc, c'est impossible de... Voilà, personne ne connaissait. Donc, du coup, on ne sait pas. En tout cas, je sais quand même qu'il y avait des instabilités psychologiques, tu vois, qui faisaient ça. Donc un, du coup, c'est héréditaire. Donc si ça vient de tes grands-parents, etc., ou de tes parents et tout, tu vas avoir plus de chances d'avoir cette maladie. Et ensuite, le deuxième aspect qui est super important et dont on ne nous parle pas du tout quand on est jeune, c'est qu'en gros, il y a des choses qui vont se passer dans ton adolescence et qui vont venir déclencher cette maladie. C'est-à-dire que tu vas l'avoir dans ton gène, mais après, tu peux ne pas la déclencher si tu fais attention, etc. Et donc ça, ça va être la prise de stupéfiants. Par exemple, la marijuana. Si tu prends la marijuana quand tu es adolescent, c'est des choses... Moi, j'ai rencontré un grand nombre de bipolaires. Ça a été déclenché juste en fumant la marijuana. Deuxième, dans mon cas, la prise d'alcool excessive. Donc moi, quand j'étais jeune, je sortais depuis mes 13-14 ans et tous les huitièmes, je me mettais en état vraiment de blackout, etc. Ça, ça déclenche du coup la bipolarité. Et le troisième point, ça va être des éléments un peu de traumatisme où tu te mets dans des situations très extrêmes, etc. Et ça, du coup... Du coup, moi, ça a été à 23 ans. J'ai vécu une expérience où je suis partie dans la jungle et j'ai vécu vraiment un trauma où j'ai vraiment cru que j'allais mourir, mais vraiment sûr de sûr. Et moi, c'est ça qui a fini de déclencher, tu vois, ma bipolarité. Parce que ça a mis mon corps dans un état d'extrême et le fait de le mettre dans un état d'extrême, ça a déclenché, du coup, cette bipolarité. Donc, en fait, c'est des choses, tu vois, qui peuvent être prévenues. C'est-à-dire que déjà, tu sais que dans ta famille, tu vois... Tu as des personnes qui ont ça, avec tes enfants, tu vas leur prévenir et tu vas leur dire tu es plus sensible que d'autres personnes. Donc, fais attention. Ne bois pas en excès, ne te mets pas dans des situations, etc. Parce que tu risques de le déclencher. Et c'est quand même quelque chose qui est très important parce que c'est une maladie. À partir du moment où tu l'as déclenché, c'est une maladie que tu as à vie. Moi, je l'ai à vie. Donc, aujourd'hui, je dois apprendre à vivre avec, etc. Mais je ne pourrai jamais dire je suis guéri. Donc, ça a un sacré impact. que tu vois sur le réseau.

  • Speaker #0

    Donc, une fois qu'elle est déclenchée, en fait, ça y est, quoi. Exactement. Oui, c'est assez, parce que je coache énormément de jeunes adolescents et c'est quand même un âge où tu aimes quelque part te mettre en danger, tu repousses tes limites. Donc, ce n'est pas évident de dire nécessairement à un adolescent, tu es à risque, ne le fais pas. Enfin, moi, je coache des gens qui ont d'autres maladies. Et malgré tout, ils veulent vivre. Et donc, si tu prends des stupéfiants, ça peut accentuer. Il y en a quand même de plus en plus qui en prennent. Donc, ça peut être un problème.

  • Speaker #1

    Mais tu vois, Marc, moi, quand j'étais jeune, on m'a dit ne fume pas, c'est pas bon. Mais on ne m'a pas dit ne fume pas parce que juste de fumer un peu peut déclencher la bipolarité ou la schizophrénie. c'est quand même des choses, tu vois, de la sensibilisation qu'on ne fait pas. Et je trouve ça ultra dommage, tu vois, parce que derrière, c'est vraiment des gros impacts. C'est comme, tu vois, on dit aux gens, fume pas des cigarettes, sinon tu vas avoir un cancer. Je veux dire, c'est la même dangerosité, tu vois.

  • Speaker #0

    Tout à fait. Sauf qu'il y a plus de chances de la déclencher, si j'ai bien compris.

  • Speaker #1

    Oui, oui, carrément. Oui, oui.

  • Speaker #0

    Alors. C'est quoi ta vie à ce moment-là ? Donc, tu as ces crises, tu parles au niveau professionnel. Donc, comment ça se passe concrètement dans ta vie ? Comment tu vis cette bipolarité sans traitement, puisque ce n'est pas diagnostiqué ?

  • Speaker #1

    Oui, alors du coup, j'ai une vie, on va dire, un peu de film en vrai. Donc, c'est un côté assez sympathique, en tout cas à raconter. J'ai beaucoup d'histoires très drôles à raconter. Ah ben, allons-y ! Bah non mais en fait le truc c'est que tu te mets dans des situations pas possibles tu vois. Donc moi par exemple tu vois au début j'ai décidé de partir en Afrique. J'étais embauchée par un mec pour monter une boîte pour lui tu vois. Et en fait bah moi j'arrive en Afrique et en fait sans le voir tu vois je commence à déclencher donc une phase haute. Et donc ta phase haute faisait que bah en fait je faisais... que bosser tout le temps, je ne dormais pas, etc. Mais du coup, j'étais en Afrique. Et en Afrique, il y a beaucoup plus de galères, tu vois. Donc, par exemple, moi, j'écrivais tous mes mails en marchant et tout, mais il n'y a pas de trottoir. Donc, moi, je suis tombée plusieurs fois dans les caniveaux, tu vois, donc dans la merde, tu vois. Je tombais et tout. Vraiment, les gens habitués, ils parlaient tous de moi. C'était Léa, le chat noir, elle a toutes les semaines une nouvelle histoire, etc. Et par exemple, quand je suis tombée dans les caniveaux, une fois, ça a fait une entaille dans mon pied. Donc, j'ai eu un verre dans mon pied. Donc, les verres dans les pieds, ça s'appelle des larbiches. Donc, mes meilleurs amis l'appelaient les harbiches, tu vois. Et tout le monde voulait savoir, genre, comment t'allais les harbiches, etc. J'ai eu... Enfin, tu vois, en Afrique, le truc, c'est que quand tu te mets dans ces situations-là, c'est encore plus dangereux. Par exemple, tu vois, moi, j'ai eu le palu. Je l'ai attrapé 3-4 fois, tu vois. Genre, c'est n'importe quoi, tu vois. Genre, je sais pas, en France, t'es fatigué, tu vas avoir une grippe, un rhume, etc. Bah, moi, je me mettais tellement dans des états pas possibles, tu vois, que je me retrouvais avec le palu, et à chaque fois, j'appelais ma famille, ah, désolé, c'est mon troisième palu, etc. Mais le truc, c'est super dangereux, un palu. Si c'est pas directement traité, enfin, moi, j'ai eu des personnes, quand j'étais en Côte d'Ivoire, qui sont mortes du palu autour de moi, etc. Quand je voulais essayer de me changer les idées, je me disais, vas-y, je vais un jour à la plage. Je faisais du surf et puis je rentrais dans un banc de sable, je m'ouvrais la bouche, j'allais à l'hôpital. C'était juste n'importe quoi. Et en fait, je ne me rendais pas compte que je faisais n'importe quoi. Et que j'étais complètement dans cet état-là. Pareil, dans des états de haut, j'ai beaucoup d'histoires d'amour et tout. Parce que quand tu es dans un état de haut comme ça, tu vois tout parfait. Donc moi, à chaque fois que j'ai été dans plein de pays différents et tout, dans des états de haut comme ça, je tombe amoureuse en deux secondes, je veux me marier, etc. Donc c'était le cas en Afrique, au Népal, en Géorgie, partout. Donc mon entourage, ils étaient là en mode, à chaque fois, ils sont là en mode, bon, qu'est-ce qu'elle va nous ramener ?

  • Speaker #0

    Donc tu as marié un peu partout dans le monde.

  • Speaker #1

    Je vais vous annoncer, etc. Et avec des gens vraiment où il y en a plein, il n'y avait pas spécialement quelque chose, mais en fait, dans cet état-là, tu vois tout de manière incroyable et tu as l'impression de voir super clair et tout. Quand je suis allée en Australie un moment, j'étais en état de hop, j'envoyais un message à ma famille et mes amis, je leur ai dit, écoutez, je voulais vous annoncer, je pense vraiment que je suis surdouée, etc. et je vais devenir philosophe. Et donc... pendant genre deux mois, tous les jours, j'étais devant mon ordi et j'écrivais un livre qui s'appelait Les questions que tout le monde se pose J'avais l'impression d'avoir la réponse à toutes les questions et vraiment, ma famille, mes amis, ils étaient là en mode Mais qu'est-ce qu'elle fout, quoi ? Genre, c'est n'importe quoi. Il y a des moments où vraiment, j'étais sûre de sûr. Voilà, j'en parlais. À ce moment-là, mon psychiatre a commencé à se dire qu'il était un peu bizarre, tu vois, mais même pas. Enfin bon. J'étais là en mode, en fait, je pense que je suis la nouvelle Jésus, mais vraiment très sérieusement. J'étais là en mode, bon, il y a eu un lent zéro, donc il y a eu Jésus qui a été envoyé. Là, je pense, du coup, en l'an 2000, etc., que du coup, il a voulu envoyer une femme, etc. Et donc, j'étais là pour souffrir, et donc, d'où mes moments de souffrance. Mais je comprends les choses beaucoup mieux que les autres, et je suis là pour donner un message et tout. Donc, pour mon entourage, pour mes amis. En fait, au bout d'un moment, vraiment, genre, ils n'en pouvaient plus parce qu'il y avait un côté, tu vois, où vraiment, mais je me prenais comme quelqu'un de largement au-dessus d'eux et tout, tu vois. Donc, voilà, donc c'était vraiment, genre, plein de, tu vois, de trucs, d'histoires, voilà, pas possibles. Et en fait, je dirais que peut-être qu'au début, tu vois, mes amis pouvaient se dire, bon, bah, OK, c'est juste aller comme ça et tout. Et puis, au fur et à mesure, tu vois, que... Ça se passait, tu vois, beaucoup. Et surtout qu'ils voyaient qu'après ça, je m'effondrais, tu vois. Parce que, par exemple, aussi, autre exemple, tu vois, dans les hauts, mon cerveau marchait quand même vraiment vite. Donc, qu'est-ce qui se passait dans le milieu pro ? Mes boss, ils se disaient, génial, on a une génie dans notre boîte. Elle fait le boulot en plus de cinq personnes. Donc, on va la laisser faire tout le boulot et tout, tu vois. Et puis, ils finissaient par m'écouter sur tout. Mais le problème, c'est que, OK, peut-être que ça tournait vite et tout, mais j'étais dans des états de hop. Donc, en fait, je voyais les choses de manière beaucoup trop optimiste, etc. Donc, je leur disais, ouais, là, il faut qu'on investisse tout l'argent dans ça, qu'on recrute 10 personnes, que, tu sais, moi, j'étais là en mode, la boîte va devenir énorme, il faut que tout le monde me suive et tout, tu vois. Et sauf que les gens, du coup, dans mes équipes, ils étaient épuisés, ils n'en pouvaient plus. Et puis, mes dirigeants, ils me suivaient et ils prenaient des risques monumentaux. Et puis, il y avait, au bout d'un moment, un mois, je n'avais plus de jus. Donc, je ne marchais plus. Et puis, surtout, j'avais foutu la boîte dans un état de merde. Et alors là, ils me disaient, c'est de ta faute. On doit défoncer 10 personnes. Tous les gens de la boîte qui me détestaient. Du coup, tu vois. Donc, ça m'était quand même vraiment dans des situations compliquées. Et du coup, tu vois, le fait de passer de... Je suis la génie, la sauveuse de la boîte, tout le monde. Ah, tu es la personne qui a foutu dans la merde tout le monde, qui est détestée par tout le monde. Ça vient d'autant plus accentuer derrière ton down. Parce que du coup, là, tu vois, tu n'es plus du tout Jésus. Tu es la personne la plus sourie qui existe au monde. Tu te détestes. En plus, tu n'arrives même plus à réfléchir. Quand les gens te parlent, tu ne comprends plus rien à ce qu'ils disent. Et tout. Donc, tu vois, du coup, le... La différence fait que du coup, tu vis un enfer. Et donc, on va dire que ça a été des années avec des aventures incroyables, une vie un peu hors du commun, mais aussi quand même énormément de souffrance. Et donc, c'est la raison pour laquelle quand j'ai deux de mes amis qui ont commencé à me dire Bon, Léa, je pense que t'es haut, peut-être qu'ils ne sont pas normaux et tout. En tout cas, nous, on ne t'apprécie pas trop quand tu es dans tes hauts parce que tu pars vraiment en cacahuète et tout. J'avoue que là, j'ai commencé à vouloir en parler à mon psychiatre. J'ai voulu commencer à résoudre ça parce que, tout simplement, j'étais épuisée de cette vie. Et aussi, j'étais épuisée de ne pas pouvoir construire quelque chose dans ma vie parce qu'au niveau pro, ce n'était pas possible. Parce que je rentrais dans une boîte, on me propulsait directement, j'étais payée très très cher et tout. Et puis au bout d'un moment, bam, catastrophique, j'allais au truc, ils voulaient que je parte et tout. Donc au niveau pro, c'était catastrophique. Au niveau de ma vie, pareil, il y avait ses hauts et ses bas, donc du coup j'allais partir dans des pays. Et puis après du coup, je devais revenir et être alitée chez mes parents et tout. Au niveau amoureux, la même chose, ça partait dans les hauts, j'avais des... l'histoire la plus incroyable au monde, je voulais me marier, etc. Et puis après, je me rendais compte que ça n'allait pas du tout. Donc, j'avais une vie pas du tout possible à construire et visible sur le long terme. Et donc, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu être traitée et qu'on puisse gérer cette maladie.

  • Speaker #0

    J'ai bu tes paroles et en même temps, alors c'est peut-être une déformation professionnelle, quand tu me parles de Théo, J'ai l'impression, mais dis-moi si je me trompe, que tu exprimes vraiment ton potentiel à l'excès et ça cause plein de problèmes, on est d'accord, donc il y a plein d'inconvénients, mais je suis quelqu'un aussi d'assez positif. Si je file tous les inconvénients, j'ai l'impression, tu as une force de persuasion, tu as une force d'action. Est-ce que c'est propre à toi ou c'est tous les bipolaires ? J'ai l'impression que c'est vraiment… Non. Voilà, en fait, tu exprimes à l'excès ton potentiel. Ah, donc là, je vois que tu es d'accord avec moi.

  • Speaker #1

    En gros, il y a plusieurs choses. En gros, dans ta bipolarité, tu vois, en effet, tu vas aller vers des hauts, mais après, ça va dépendre aussi des personnes et de leur comorbidité, c'est-à-dire les autres aspects de leur personnalité qu'elles vont avoir. Donc, moi, pour le coup, tu vois, je suis au potentiel, etc. Bien sûr, du coup, mes hauts vont aller augmenter mon côté haut potentiel. Il y a une plus grosse probabilité de gens bipolaires qui sont hauts potentiels. Cependant, il y a énormément de bipolaires qui ne sont pas hauts potentiels. Et là, dans leur cas, quand ils sont en haut, par exemple, moi, ça se transformait dans le boulot, mes hauts. Mais par exemple, des bipolaires qui ne vont pas être hauts potentiels, les hauts, ça peut être, par exemple, j'ai connu des gens, ils ne faisaient que sortir, tu vois. Et ils sortaient en continu toute la journée, tout le temps, etc. d'autres personnes qui vont aller, je ne sais pas, dépenser tout leur argent au casino tous les jours et tout. Donc moi, comment dire, d'une certaine manière, c'est aussi pour ça que ça a été plus difficile, en tout cas pour moi, à comprendre et à diagnostiquer, c'est qu'en effet, ça venait du coup utiliser tout ce potentiel-là, et donc du coup, j'avais du mal à me dire ok, ce n'est pas bon tu vois. Parce que d'une certaine manière, j'étais là en mode mais ouais, mais attends Moi, je suis incroyable. Les gens ne voient pas que je suis incroyable. Mais regardez ce que je fais. Pourquoi j'arrêterais d'être comme ça ? Seulement, le souci, c'est que oui, il faut arrêter d'être comme ça. Parce qu'il y a deux choses. Un, c'est que tu n'as pas d'humilité. Et donc, avoir du potentiel, mais sans humilité, je ne vois pas où est-ce que ça t'amène. Et deux, vu que derrière, ça entraîne une dépression. Et bien derrière ça vient abîmer ton potentiel puisque moi ça m'a grillé un grand nombre de neurones et donc aujourd'hui par exemple chaque mois etc je récupère un petit peu tu vois donc je pense au fur et à mesure des années je vais récupérer mais en tout cas aujourd'hui mon cerveau ne va pas du tout du tout aussi vite que...

  • Speaker #0

    Par exemple, il y a six ans, tu vois. Parce que j'ai vécu plein de dépressions et que du coup, c'est venu abîmer mon cerveau. Donc, tu vois, c'est pour ça que c'est, tu vois, c'est facile. C'est qu'en fait, même si c'est attirant, même si c'est attrayant et que du coup, tu vois, t'es là en mode, putain, mais génial et tout, je peux aller utiliser tout. En fait, au final, il faut faire hola, hola, calmos, etc. Parce que derrière, le risque est trop grand d'aller te griller. Mais après, moi, je trouve justement d'apprendre à aller doucement et à justement ne pas aller trop dans toutes mes idées, tous mes potentiels, etc. Au final, j'en ai développé une force de ouf parce que mes idées, maintenant, je les empêche de partir partout et de faire un million de choses parce que je veux protéger mon corps et tout. Mais derrière, j'ai beaucoup plus appris à travailler avec d'autres gens, à développer aussi d'autres qualités. Parce que quand tu vas amener la leur, il n'y a personne qui peut te suivre. Donc par exemple, tu ne peux pas travailler avec d'autres gens. Moi, j'étais une manageuse de merde parce que les gens recevaient des mails de moi à 3h du matin. Quand j'étais en call, j'étais là en mode bon, vite, vite Parce que les gens n'allaient pas assez vite. Donc au final... apprendre à gérer cette maladie d'une certaine manière m'a aussi appris à gérer ce potentiel-là et à en faire quelque chose de plus constructif, de plus collectif.

  • Speaker #1

    C'est super intéressant et j'ai encore plein de questions. Mais là, je te propose de marquer une pause et de se retrouver la semaine prochaine pour la deuxième et la dernière. partie de cet entretien. On va parler des traitements, puis on va parler aussi de ton actualité, de ce documentaire. On va parler de cette ascension. Et donc, je vous donne tous rendez-vous la semaine prochaine pour la deuxième partie de cet entretien avec toi, Léa.

Description

"Quand on lui a dit que c'était impossible, elle l'a fait."


Dans cet épisode de L'Autre Potentiel - J'ose ma différence, j'ai l'honneur de recevoir Léa Vigier, une aventurière hors du commun.


De l’exploration du Bhoutan à un mois de vie avec des nomades kirghiz, en passant par la traversée de l’Europe avec un euro en poche, Léa repousse sans cesse les limites du possible. Mais son plus grand défi n’a pas été une ascension extrême ou une expédition lointaine… Il est intérieur.


Diagnostiquée bipolaire, elle a dû affronter les injonctions médicales à une vie stable et prévisible, alors qu’en elle brûlait une passion inébranlable pour les sommets.


Son défi ? Gravir le Pic Lénine, à plus de 7000 mètres d’altitude, et prouver que sa différence ne l’empêchera pas d’atteindre les sommets, au propre comme au figuré.


Dans cette première partie, Léa nous livre son parcours, son rapport à sa maladie et comment elle a transformé ce que beaucoup considèrent comme une entrave en une force de vie.

Entre audace, résilience et aventures incroyables, elle nous emmène dans son univers où chaque défi est une invitation à prouver qu’il est possible d’oser sa différence.


Prêt(e) à découvrir une autre vision du dépassement de soi ? C'est parti pour un voyage au cœur des extrêmes avec Léa Vigier.


Je suis Marc Breugelmans, Coach Professionnel, Auteur de 'L'autre potentiel'.

J'illumine les étoiles de votre potentiel pour vous aider à devenir le/la leader de votre vie !

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Crédit Musique :

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Transcription

  • Speaker #0

    On m'a dit que c'était impossible, alors je l'ai fait. Je m'appelle Léa Vigier, et ce que je kiffe, c'est les aventures improbables. J'ai exploré le boutant, j'ai traversé l'Europe avec un euro, j'ai vécu un mois chez les nomades kirghis, et j'ai une passion en particulier, les hautes montagnes. Sauf que j'ai une maladie mentale, la bipolarité. Et les médecins m'ont prescrit d'avoir une vie stable et routinière. Tout l'inverse de l'alpinisme. Mais moi, j'ai l'alpinisme dans mes tripes. Quand je suis en haute montagne, je me sens vivante. Je prends du recul sur la vie. Je m'extasie devant la beauté des sommets. Alors, j'ai décidé d'oser vivre un rêve. Gravir un des plus hauts sommets au monde. Le pic Lénine, à 7134 mètres. Et c'est l'histoire de mon documentaire 7000 mètres pour vaincre ma bipolarité. Ma leçon apprise, chaque fois qu'on te dit que tu ne peux pas, c'est une invitation déguisée à prouver le contraire. Léa ose sa différence et aujourd'hui je reçois dans mon émission l'autre potentiel. J'ose ma différence, Léa

  • Speaker #1

    Vivien.

  • Speaker #0

    Bonjour Léa !

  • Speaker #1

    Hello !

  • Speaker #0

    Merci d'avoir accepté l'invitation. Et pour nos auditeurs, j'aimerais savoir un petit peu qui tu es, quel est ton parcours ?

  • Speaker #1

    Ouais, alors je me présente, je m'appelle Léa Vigier, j'ai 31 ans. Donc aujourd'hui, je me présente comme aventurière et conférencière avec une thématique autour de ma vie aux deux extrêmes. Et donc, je fais des conférences et des aventures et des documentaires autour d'une vie qui a deux dimensions. Un voyage intérieur aux extrêmes, car j'ai une maladie mentale qui s'appelle la bipolarité. Et un voyage extérieur aux extrêmes, parce que je fais des ascensions alpines en haute altitude et de la plongée en apnée en profondeur.

  • Speaker #0

    Si on est là aujourd'hui, c'est parce que j'ai lu ce post sur LinkedIn qui m'a invité à voir un documentaire. Alors ce documentaire, j'invite vraiment tous les auditeurs à le regarder. Ce sera un bon complément à ce qu'on va se raconter aujourd'hui. Et tu es, pour moi, si je devais dessiner une autre potentielle, tu es une autre potentielle, quelqu'un qui exprime ce potentiel différent. Et je voudrais qu'on aille peut-être un petit peu sur ce que tu appelles une maladie mentale, la bipolarité, pour ceux qui ne connaissent pas ce que c'est la bipolarité. Et puis surtout, quel est ton quotidien avec ça ?

  • Speaker #1

    Oui, carrément. Donc déjà, c'est trop cool qu'on puisse en parler, Marc, parce que c'est une maladie mentale. On appelait ça aussi un handicap invisible. C'est quelque chose qui est… très handicapant, la bipolarité c'est au rang de sixième plus gros handicap mondial, donc c'est très élevé, ça touche énormément de personnes, on estime que c'est 2% de la population, donc c'est vraiment énorme, 2% de la population, sachant que là tu parles des personnes qui sont touchées, mais en plus ça touche l'entourage, parce que c'est une maladie qui a beaucoup d'impact sur l'entourage, donc c'est quelque chose qui est très handicapant, qui touche beaucoup de personnes, et pourtant, dont on ne parle pas qui est très très peu connu très peu déstigmatisé et c'est parce que c'est dans le rang des maladies mentales et les maladies mentales ça dérange les maladies mentales ça fait peur surtout donc vu que ça fait peur les gens qui sont touchés par cette maladie n'en parle pas ils ont honte et du coup on reste dans ce truc très flou donc la bipolarité c'est un autre nom avant ça s'appelait troubles maniaco-dépressifs Et donc le maniaco-dépressif décrit bien cette maladie qui est un trouble de l'humeur et qui t'amène donc à vivre des périodes de vie qui vont être de plusieurs semaines à plusieurs mois, qui vont être donc dans les hauts, ça va être dans l'exaltation, tu vas avoir une énergie débordante, tu n'as plus besoin de dormir, tu vas avoir ton cerveau souvent qui va marcher très vite et tu vas voir le verre à moitié plein, mais vraiment, vraiment à moitié plein. Ce qui va t'amener aussi à prendre beaucoup de risques. Tu vas prendre des risques avec ton argent, avec ton entreprise. Tu vas prendre des risques aussi au niveau aventure, au niveau sexuel, au niveau plein de choses. Et donc, le truc, c'est que tu ne restes pas dans cet état-là, voilà, d'état médical, parce qu'il y a un moment, ton corps, il n'en peut plus, parce que tu ne dors pas, tu es en sur-régime, donc ton corps ne va plus marcher. Et puis aussi, ce qui va se passer, c'est que vu que tu t'es mis à risque, il y a un peu tout ton château de cartes qui va s'écrouler un jour ou l'autre. Moi, dans mon cas, c'était dans le milieu professionnel, et où tout se passait du coup super mal tout d'un coup, parce que j'avais pris beaucoup trop de risques, etc. Et donc là, tu passes dans une autre phase, qui est la phase dépressive. Et là, tu tombes très profond en fonction des types de bipolarité. Moi, j'ai un type de bipolarité où je tombe très, très profond. Et donc là, c'est de la dépression suicidaire très forte où tu ne sors plus de ton lit et tu n'as qu'une envie, c'est d'enchaînir parce que tu souffres énormément. Et donc cette maladie-là, elle fait que c'est si que du coup, on s'enchaînait. Voilà, dans mon cas, c'était à raison d'une grande crise par an, tu vois. Et donc, tu vis ces crises-là. Et en fait, ce qui est assez spécifique à cette maladie, c'est que comme personne n'en parle, et que du coup, personne ne connaît vraiment cette maladie, le temps de diagnostic est extrêmement long. C'est neuf ans en moyenne. Et c'est la raison pour laquelle c'est la maladie la plus meurtrière, entre guillemets. parce que la moitié des personnes ont fait une tentative de suicide parce que les gens ne sont pas traités. Donc, c'est la raison pour laquelle, voilà, moi, maintenant, je parle de beaucoup de ma maladie parce que je veux que, justement, on puisse en parler et que ça puisse aider, du coup, les personnes à se rendre compte si elles ont ce trouble-là. Ça puisse aider aussi les gens de l'entourage à détecter si quelqu'un de leur entourage a ce trouble-là et qu'ils puissent donc se faire accompagner. Donc moi, avant d'avoir été bien diagnostiquée, moi ça a mis 7 ans. Donc moi pour t'expliquer, en gros, dans beaucoup de cas, en fait c'est juste qu'on va penser que t'es dépressif et pas que t'es bipolaire. Donc moi j'ai commencé à 24 ans, j'ai fait ma première dépression, et donc après j'ai été suivie par un psychiatre, mais juste quand j'étais dans mes hauts et tout, je parlais juste à personne, je faisais mes trucs dans mon coin, je pensais que j'allais très bien. Et donc en fait, mon entourage et mon psychiatre ne voyaient que les phases de Down et donc pensaient que je faisais juste des épisodes dépressifs. Le souci avec ça, c'est que quand tu es en dépression, ce que tu prends, c'est des antidépresseurs. Et les antidépresseurs, l'effet qu'ils font, c'est qu'ils viennent te relibérer des molécules de sérotonine, c'est les hormones du bonheur. Parce qu'en fait, quand tu es bipolaire, de faire ça, ça va t'emmener directement dans les hauts. Donc en fait, ça vient accentuer ta maladie. Donc c'est aussi ça, tu vois, le problème. C'est que moi, ce temps de diagnostic est venu aller accentuer et empirer ma maladie. Parce que du coup, je n'ai pas pris un bon médicament. Et que c'est venu aller accentuer mes hauts. Et en accentuant mes hauts, ça a accentué mes bas. Plus tu fais des gros hauts, plus tu fais des gros bas, tu vois. Donc voilà, moi, 7 ans. Et ça fait depuis un an que je suis bien traitée. Puisqu'il faut savoir que... On a commencé à parler un peu du trouble, mais ça a été compliqué. Le psychiatre que j'avais ne voulait pas vraiment poser le diagnostic, etc. Et donc, ça a mis un peu de temps et j'ai fini par changer de psychiatre. Ça fait un an que je suis très bien accompagnée. Donc, on a trouvé un bon traitement. On en a testé plusieurs où je suis accompagnée toutes les semaines par ma psychiatre et où ça devient une maladie beaucoup plus gérable. voilà que avant parce que c'était vraiment ingérable avant quoi. Je sais pas si tu as des questions.

  • Speaker #0

    Oui j'avais plusieurs questions. La première tu dis j'ai fait une grosse crise une fois par an. Qu'est ce que tu appelles réellement une crise ? C'est quand tu es dans le haut, dans le bas et alors ça dure combien de temps ? Et je les pose tout en même temps et du coup est-ce qu'il y a un moment donné quand même, même sans traitement, un équilibre qui se fait entre les hauts et les bas des épisodes où tu n'as ni haut ni bas ?

  • Speaker #1

    Ouais, très bonne question. Donc déjà, crise, en effet, moi, je prends en compte du coup l'ensemble. Donc sur un an, on va dire que je faisais 3-4 mois de montée en charge vers le haut. Ensuite, j'avais une dégringolade très forte sur deux mois, tu vois, où là, je tombe vraiment au plus bas. Et ensuite, après, du coup, il fallait que je me remette, quoi. Donc là, j'allais remonter. Ça allait me prendre assez longtemps, 4 mois, et après j'allais vivre de la neutralité sur 2 mois, 2-3 mois. Et après en fait, justement cette neutralité, j'avais l'impression que tout allait bien, etc. Et du coup je ne me rendais pas compte après que progressivement je repartais. tu vois, vers un haut. Donc, ça dépend vraiment des personnes. En tout cas, moi, tu vois, ça a été vraiment des crises qui s'enchaînaient, tu vois, à peu près tous les ans, comme ça, et du coup, qui sont assez visibles dans mon milieu professionnel, tu vois. Donc, voilà. Mais après, il y a des personnes, par exemple, qui sont bipolaires et qui peuvent avoir des phases neutres pendant des années, tu vois. Et donc, ce qui fait que ça peut être encore plus... plus dur à diagnostiquer. Parce que la personne va avoir une crise et après pendant 7 ans, c'est neutre, tout va bien. Et là, tout d'un coup, elle va faire une crise. Autre point, dans la bipolarité, il y a différents types de bipolarité. Et du coup, c'est ça aussi qui fait que c'est difficile à diagnostiquer. Par exemple, tu as un type de bipolarité, le type 1, où les bas ne sont pas très bas, donc ils ne vivent pas de très grosses dépressions. Par contre, les hauts sont extrêmement impressionnants. Souvent ça va avec de l'hallucination, etc. Et donc souvent c'est un type qui va très vite à l'hôpital psychiatrique parce que du coup dans les hauts, la seule manière d'arrêter de calmer la personne c'est de la mettre en hôpital psychiatrique. Donc du coup c'est souvent un type qui est vite diagnostiqué. Mais en revanche, c'est un type qui vu qu'il ne vive pas les gros bas, et bien en fait très souvent ils ne veulent pas prendre les traitements. Parce qu'en fait, eux, ils kiffent trop leur haut et ils n'ont pas le contrebalancement du bas. Donc, du coup, ça fait quand même un cas de diagnostiquer vite, mais au final, au niveau de l'observance des traitements et tout, mauvais. Type 2, qui est comme moi, les hauts sont un peu moins visibles. C'est-à-dire que maintenant, j'en rigole énormément et je raconte tous ces moments où j'ai cru que j'allais monter une startup qui allait faire des millions. que je me prenais pour une philosophe, que je pensais que j'étais Jésus, etc. Mais c'était des choses qui étaient beaucoup dans ma tête, qui pouvaient aussi être comparées à des personnes qui sont juste à fond dans le boulot et qui ne font que bosser, tu vois. Et donc qui sont moins, on va dire, impressionnantes. Et donc du coup, beaucoup plus difficiles à diagnostiquer. Mais par contre, à partir du moment où j'ai été diagnostiquée, je peux te dire que moi, je prends mes traitements très sérieusement. Parce que des dépressions suicidaires, tu n'as juste pas envie d'en revivre. Donc du coup, ça c'est un autre type. Et après, il y a un troisième type. Et ce troisième type-là, c'est des personnes où ça va être des hauts et bas, peut-être un petit peu moins forts, mais par contre qui vont être beaucoup plus rapprochés. Ça peut être des personnes, par exemple, qui peuvent vivre aussi ces hauts et bas dans la journée. Et voilà. Donc, du coup, c'est là, tu vois, un peu la complexité. Mais en tout cas, voilà, si les personnes qui écoutent ton podcast vont entendre ça, en fait, tu peux te retrouver dans cette bipolarité sur plusieurs aspects possibles, tu vois. Et moi, je dirais, par exemple, si tu vis plusieurs dépressions, eh bien, fais un petit, enfin, tu vois, réfléchis, essaye de regarder si tes dépressions n'ont pas été déclenchées après un gros haut. Un gros haut. Parce que... parce qu'au final, tu n'es peut-être pas dépressif. C'est juste parce que tu vis tes gros hauts que ça vient de te déclencher ces balades.

  • Speaker #0

    C'est vraiment comme un équilibre qui se fait, mais un mauvais équilibre. Tu vas dans les extrêmes des deux côtés. Tu m'as dit que la première crise, c'était à 24 ans. En fait, la question va te paraître bizarre parce que je pense avoir la réponse, mais ça s'attrape comment ?

  • Speaker #1

    Ah oui, non, ce n'est pas du tout bizarre. pas du tout bête et tout, parce que ça aussi, c'est quelque chose dont il faut énormément parler, parce que ça peut être prévenu. Et donc ça, tu vois, c'est super important. Un, déjà, imaginons que tu fais une première dépression ou quoi que ce soit, la première chose à faire, c'est d'aller demander à tes parents et dans ta famille, est-ce qu'il y a des personnes qui ont fait des séjours en hôpital psychiatrique, qui avaient des instabilités, etc. Parce que c'est héréditaire. Donc, en fait, moi, par exemple, mes parents ne le sont pas du tout. Mais par contre, j'ai découvert que le père du côté de ma mère et la mère du côté de mon père ont passé leur vie à faire des séjours en hôpital psychiatrique. Donc, ils étaient dépressifs parce qu'à ce moment-là, de toute manière, personne ne connaissait la bipolarité. Donc, c'est impossible de... Voilà, personne ne connaissait. Donc, du coup, on ne sait pas. En tout cas, je sais quand même qu'il y avait des instabilités psychologiques, tu vois, qui faisaient ça. Donc un, du coup, c'est héréditaire. Donc si ça vient de tes grands-parents, etc., ou de tes parents et tout, tu vas avoir plus de chances d'avoir cette maladie. Et ensuite, le deuxième aspect qui est super important et dont on ne nous parle pas du tout quand on est jeune, c'est qu'en gros, il y a des choses qui vont se passer dans ton adolescence et qui vont venir déclencher cette maladie. C'est-à-dire que tu vas l'avoir dans ton gène, mais après, tu peux ne pas la déclencher si tu fais attention, etc. Et donc ça, ça va être la prise de stupéfiants. Par exemple, la marijuana. Si tu prends la marijuana quand tu es adolescent, c'est des choses... Moi, j'ai rencontré un grand nombre de bipolaires. Ça a été déclenché juste en fumant la marijuana. Deuxième, dans mon cas, la prise d'alcool excessive. Donc moi, quand j'étais jeune, je sortais depuis mes 13-14 ans et tous les huitièmes, je me mettais en état vraiment de blackout, etc. Ça, ça déclenche du coup la bipolarité. Et le troisième point, ça va être des éléments un peu de traumatisme où tu te mets dans des situations très extrêmes, etc. Et ça, du coup... Du coup, moi, ça a été à 23 ans. J'ai vécu une expérience où je suis partie dans la jungle et j'ai vécu vraiment un trauma où j'ai vraiment cru que j'allais mourir, mais vraiment sûr de sûr. Et moi, c'est ça qui a fini de déclencher, tu vois, ma bipolarité. Parce que ça a mis mon corps dans un état d'extrême et le fait de le mettre dans un état d'extrême, ça a déclenché, du coup, cette bipolarité. Donc, en fait, c'est des choses, tu vois, qui peuvent être prévenues. C'est-à-dire que déjà, tu sais que dans ta famille, tu vois... Tu as des personnes qui ont ça, avec tes enfants, tu vas leur prévenir et tu vas leur dire tu es plus sensible que d'autres personnes. Donc, fais attention. Ne bois pas en excès, ne te mets pas dans des situations, etc. Parce que tu risques de le déclencher. Et c'est quand même quelque chose qui est très important parce que c'est une maladie. À partir du moment où tu l'as déclenché, c'est une maladie que tu as à vie. Moi, je l'ai à vie. Donc, aujourd'hui, je dois apprendre à vivre avec, etc. Mais je ne pourrai jamais dire je suis guéri. Donc, ça a un sacré impact. que tu vois sur le réseau.

  • Speaker #0

    Donc, une fois qu'elle est déclenchée, en fait, ça y est, quoi. Exactement. Oui, c'est assez, parce que je coache énormément de jeunes adolescents et c'est quand même un âge où tu aimes quelque part te mettre en danger, tu repousses tes limites. Donc, ce n'est pas évident de dire nécessairement à un adolescent, tu es à risque, ne le fais pas. Enfin, moi, je coache des gens qui ont d'autres maladies. Et malgré tout, ils veulent vivre. Et donc, si tu prends des stupéfiants, ça peut accentuer. Il y en a quand même de plus en plus qui en prennent. Donc, ça peut être un problème.

  • Speaker #1

    Mais tu vois, Marc, moi, quand j'étais jeune, on m'a dit ne fume pas, c'est pas bon. Mais on ne m'a pas dit ne fume pas parce que juste de fumer un peu peut déclencher la bipolarité ou la schizophrénie. c'est quand même des choses, tu vois, de la sensibilisation qu'on ne fait pas. Et je trouve ça ultra dommage, tu vois, parce que derrière, c'est vraiment des gros impacts. C'est comme, tu vois, on dit aux gens, fume pas des cigarettes, sinon tu vas avoir un cancer. Je veux dire, c'est la même dangerosité, tu vois.

  • Speaker #0

    Tout à fait. Sauf qu'il y a plus de chances de la déclencher, si j'ai bien compris.

  • Speaker #1

    Oui, oui, carrément. Oui, oui.

  • Speaker #0

    Alors. C'est quoi ta vie à ce moment-là ? Donc, tu as ces crises, tu parles au niveau professionnel. Donc, comment ça se passe concrètement dans ta vie ? Comment tu vis cette bipolarité sans traitement, puisque ce n'est pas diagnostiqué ?

  • Speaker #1

    Oui, alors du coup, j'ai une vie, on va dire, un peu de film en vrai. Donc, c'est un côté assez sympathique, en tout cas à raconter. J'ai beaucoup d'histoires très drôles à raconter. Ah ben, allons-y ! Bah non mais en fait le truc c'est que tu te mets dans des situations pas possibles tu vois. Donc moi par exemple tu vois au début j'ai décidé de partir en Afrique. J'étais embauchée par un mec pour monter une boîte pour lui tu vois. Et en fait bah moi j'arrive en Afrique et en fait sans le voir tu vois je commence à déclencher donc une phase haute. Et donc ta phase haute faisait que bah en fait je faisais... que bosser tout le temps, je ne dormais pas, etc. Mais du coup, j'étais en Afrique. Et en Afrique, il y a beaucoup plus de galères, tu vois. Donc, par exemple, moi, j'écrivais tous mes mails en marchant et tout, mais il n'y a pas de trottoir. Donc, moi, je suis tombée plusieurs fois dans les caniveaux, tu vois, donc dans la merde, tu vois. Je tombais et tout. Vraiment, les gens habitués, ils parlaient tous de moi. C'était Léa, le chat noir, elle a toutes les semaines une nouvelle histoire, etc. Et par exemple, quand je suis tombée dans les caniveaux, une fois, ça a fait une entaille dans mon pied. Donc, j'ai eu un verre dans mon pied. Donc, les verres dans les pieds, ça s'appelle des larbiches. Donc, mes meilleurs amis l'appelaient les harbiches, tu vois. Et tout le monde voulait savoir, genre, comment t'allais les harbiches, etc. J'ai eu... Enfin, tu vois, en Afrique, le truc, c'est que quand tu te mets dans ces situations-là, c'est encore plus dangereux. Par exemple, tu vois, moi, j'ai eu le palu. Je l'ai attrapé 3-4 fois, tu vois. Genre, c'est n'importe quoi, tu vois. Genre, je sais pas, en France, t'es fatigué, tu vas avoir une grippe, un rhume, etc. Bah, moi, je me mettais tellement dans des états pas possibles, tu vois, que je me retrouvais avec le palu, et à chaque fois, j'appelais ma famille, ah, désolé, c'est mon troisième palu, etc. Mais le truc, c'est super dangereux, un palu. Si c'est pas directement traité, enfin, moi, j'ai eu des personnes, quand j'étais en Côte d'Ivoire, qui sont mortes du palu autour de moi, etc. Quand je voulais essayer de me changer les idées, je me disais, vas-y, je vais un jour à la plage. Je faisais du surf et puis je rentrais dans un banc de sable, je m'ouvrais la bouche, j'allais à l'hôpital. C'était juste n'importe quoi. Et en fait, je ne me rendais pas compte que je faisais n'importe quoi. Et que j'étais complètement dans cet état-là. Pareil, dans des états de haut, j'ai beaucoup d'histoires d'amour et tout. Parce que quand tu es dans un état de haut comme ça, tu vois tout parfait. Donc moi, à chaque fois que j'ai été dans plein de pays différents et tout, dans des états de haut comme ça, je tombe amoureuse en deux secondes, je veux me marier, etc. Donc c'était le cas en Afrique, au Népal, en Géorgie, partout. Donc mon entourage, ils étaient là en mode, à chaque fois, ils sont là en mode, bon, qu'est-ce qu'elle va nous ramener ?

  • Speaker #0

    Donc tu as marié un peu partout dans le monde.

  • Speaker #1

    Je vais vous annoncer, etc. Et avec des gens vraiment où il y en a plein, il n'y avait pas spécialement quelque chose, mais en fait, dans cet état-là, tu vois tout de manière incroyable et tu as l'impression de voir super clair et tout. Quand je suis allée en Australie un moment, j'étais en état de hop, j'envoyais un message à ma famille et mes amis, je leur ai dit, écoutez, je voulais vous annoncer, je pense vraiment que je suis surdouée, etc. et je vais devenir philosophe. Et donc... pendant genre deux mois, tous les jours, j'étais devant mon ordi et j'écrivais un livre qui s'appelait Les questions que tout le monde se pose J'avais l'impression d'avoir la réponse à toutes les questions et vraiment, ma famille, mes amis, ils étaient là en mode Mais qu'est-ce qu'elle fout, quoi ? Genre, c'est n'importe quoi. Il y a des moments où vraiment, j'étais sûre de sûr. Voilà, j'en parlais. À ce moment-là, mon psychiatre a commencé à se dire qu'il était un peu bizarre, tu vois, mais même pas. Enfin bon. J'étais là en mode, en fait, je pense que je suis la nouvelle Jésus, mais vraiment très sérieusement. J'étais là en mode, bon, il y a eu un lent zéro, donc il y a eu Jésus qui a été envoyé. Là, je pense, du coup, en l'an 2000, etc., que du coup, il a voulu envoyer une femme, etc. Et donc, j'étais là pour souffrir, et donc, d'où mes moments de souffrance. Mais je comprends les choses beaucoup mieux que les autres, et je suis là pour donner un message et tout. Donc, pour mon entourage, pour mes amis. En fait, au bout d'un moment, vraiment, genre, ils n'en pouvaient plus parce qu'il y avait un côté, tu vois, où vraiment, mais je me prenais comme quelqu'un de largement au-dessus d'eux et tout, tu vois. Donc, voilà, donc c'était vraiment, genre, plein de, tu vois, de trucs, d'histoires, voilà, pas possibles. Et en fait, je dirais que peut-être qu'au début, tu vois, mes amis pouvaient se dire, bon, bah, OK, c'est juste aller comme ça et tout. Et puis, au fur et à mesure, tu vois, que... Ça se passait, tu vois, beaucoup. Et surtout qu'ils voyaient qu'après ça, je m'effondrais, tu vois. Parce que, par exemple, aussi, autre exemple, tu vois, dans les hauts, mon cerveau marchait quand même vraiment vite. Donc, qu'est-ce qui se passait dans le milieu pro ? Mes boss, ils se disaient, génial, on a une génie dans notre boîte. Elle fait le boulot en plus de cinq personnes. Donc, on va la laisser faire tout le boulot et tout, tu vois. Et puis, ils finissaient par m'écouter sur tout. Mais le problème, c'est que, OK, peut-être que ça tournait vite et tout, mais j'étais dans des états de hop. Donc, en fait, je voyais les choses de manière beaucoup trop optimiste, etc. Donc, je leur disais, ouais, là, il faut qu'on investisse tout l'argent dans ça, qu'on recrute 10 personnes, que, tu sais, moi, j'étais là en mode, la boîte va devenir énorme, il faut que tout le monde me suive et tout, tu vois. Et sauf que les gens, du coup, dans mes équipes, ils étaient épuisés, ils n'en pouvaient plus. Et puis, mes dirigeants, ils me suivaient et ils prenaient des risques monumentaux. Et puis, il y avait, au bout d'un moment, un mois, je n'avais plus de jus. Donc, je ne marchais plus. Et puis, surtout, j'avais foutu la boîte dans un état de merde. Et alors là, ils me disaient, c'est de ta faute. On doit défoncer 10 personnes. Tous les gens de la boîte qui me détestaient. Du coup, tu vois. Donc, ça m'était quand même vraiment dans des situations compliquées. Et du coup, tu vois, le fait de passer de... Je suis la génie, la sauveuse de la boîte, tout le monde. Ah, tu es la personne qui a foutu dans la merde tout le monde, qui est détestée par tout le monde. Ça vient d'autant plus accentuer derrière ton down. Parce que du coup, là, tu vois, tu n'es plus du tout Jésus. Tu es la personne la plus sourie qui existe au monde. Tu te détestes. En plus, tu n'arrives même plus à réfléchir. Quand les gens te parlent, tu ne comprends plus rien à ce qu'ils disent. Et tout. Donc, tu vois, du coup, le... La différence fait que du coup, tu vis un enfer. Et donc, on va dire que ça a été des années avec des aventures incroyables, une vie un peu hors du commun, mais aussi quand même énormément de souffrance. Et donc, c'est la raison pour laquelle quand j'ai deux de mes amis qui ont commencé à me dire Bon, Léa, je pense que t'es haut, peut-être qu'ils ne sont pas normaux et tout. En tout cas, nous, on ne t'apprécie pas trop quand tu es dans tes hauts parce que tu pars vraiment en cacahuète et tout. J'avoue que là, j'ai commencé à vouloir en parler à mon psychiatre. J'ai voulu commencer à résoudre ça parce que, tout simplement, j'étais épuisée de cette vie. Et aussi, j'étais épuisée de ne pas pouvoir construire quelque chose dans ma vie parce qu'au niveau pro, ce n'était pas possible. Parce que je rentrais dans une boîte, on me propulsait directement, j'étais payée très très cher et tout. Et puis au bout d'un moment, bam, catastrophique, j'allais au truc, ils voulaient que je parte et tout. Donc au niveau pro, c'était catastrophique. Au niveau de ma vie, pareil, il y avait ses hauts et ses bas, donc du coup j'allais partir dans des pays. Et puis après du coup, je devais revenir et être alitée chez mes parents et tout. Au niveau amoureux, la même chose, ça partait dans les hauts, j'avais des... l'histoire la plus incroyable au monde, je voulais me marier, etc. Et puis après, je me rendais compte que ça n'allait pas du tout. Donc, j'avais une vie pas du tout possible à construire et visible sur le long terme. Et donc, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu être traitée et qu'on puisse gérer cette maladie.

  • Speaker #0

    J'ai bu tes paroles et en même temps, alors c'est peut-être une déformation professionnelle, quand tu me parles de Théo, J'ai l'impression, mais dis-moi si je me trompe, que tu exprimes vraiment ton potentiel à l'excès et ça cause plein de problèmes, on est d'accord, donc il y a plein d'inconvénients, mais je suis quelqu'un aussi d'assez positif. Si je file tous les inconvénients, j'ai l'impression, tu as une force de persuasion, tu as une force d'action. Est-ce que c'est propre à toi ou c'est tous les bipolaires ? J'ai l'impression que c'est vraiment… Non. Voilà, en fait, tu exprimes à l'excès ton potentiel. Ah, donc là, je vois que tu es d'accord avec moi.

  • Speaker #1

    En gros, il y a plusieurs choses. En gros, dans ta bipolarité, tu vois, en effet, tu vas aller vers des hauts, mais après, ça va dépendre aussi des personnes et de leur comorbidité, c'est-à-dire les autres aspects de leur personnalité qu'elles vont avoir. Donc, moi, pour le coup, tu vois, je suis au potentiel, etc. Bien sûr, du coup, mes hauts vont aller augmenter mon côté haut potentiel. Il y a une plus grosse probabilité de gens bipolaires qui sont hauts potentiels. Cependant, il y a énormément de bipolaires qui ne sont pas hauts potentiels. Et là, dans leur cas, quand ils sont en haut, par exemple, moi, ça se transformait dans le boulot, mes hauts. Mais par exemple, des bipolaires qui ne vont pas être hauts potentiels, les hauts, ça peut être, par exemple, j'ai connu des gens, ils ne faisaient que sortir, tu vois. Et ils sortaient en continu toute la journée, tout le temps, etc. d'autres personnes qui vont aller, je ne sais pas, dépenser tout leur argent au casino tous les jours et tout. Donc moi, comment dire, d'une certaine manière, c'est aussi pour ça que ça a été plus difficile, en tout cas pour moi, à comprendre et à diagnostiquer, c'est qu'en effet, ça venait du coup utiliser tout ce potentiel-là, et donc du coup, j'avais du mal à me dire ok, ce n'est pas bon tu vois. Parce que d'une certaine manière, j'étais là en mode mais ouais, mais attends Moi, je suis incroyable. Les gens ne voient pas que je suis incroyable. Mais regardez ce que je fais. Pourquoi j'arrêterais d'être comme ça ? Seulement, le souci, c'est que oui, il faut arrêter d'être comme ça. Parce qu'il y a deux choses. Un, c'est que tu n'as pas d'humilité. Et donc, avoir du potentiel, mais sans humilité, je ne vois pas où est-ce que ça t'amène. Et deux, vu que derrière, ça entraîne une dépression. Et bien derrière ça vient abîmer ton potentiel puisque moi ça m'a grillé un grand nombre de neurones et donc aujourd'hui par exemple chaque mois etc je récupère un petit peu tu vois donc je pense au fur et à mesure des années je vais récupérer mais en tout cas aujourd'hui mon cerveau ne va pas du tout du tout aussi vite que...

  • Speaker #0

    Par exemple, il y a six ans, tu vois. Parce que j'ai vécu plein de dépressions et que du coup, c'est venu abîmer mon cerveau. Donc, tu vois, c'est pour ça que c'est, tu vois, c'est facile. C'est qu'en fait, même si c'est attirant, même si c'est attrayant et que du coup, tu vois, t'es là en mode, putain, mais génial et tout, je peux aller utiliser tout. En fait, au final, il faut faire hola, hola, calmos, etc. Parce que derrière, le risque est trop grand d'aller te griller. Mais après, moi, je trouve justement d'apprendre à aller doucement et à justement ne pas aller trop dans toutes mes idées, tous mes potentiels, etc. Au final, j'en ai développé une force de ouf parce que mes idées, maintenant, je les empêche de partir partout et de faire un million de choses parce que je veux protéger mon corps et tout. Mais derrière, j'ai beaucoup plus appris à travailler avec d'autres gens, à développer aussi d'autres qualités. Parce que quand tu vas amener la leur, il n'y a personne qui peut te suivre. Donc par exemple, tu ne peux pas travailler avec d'autres gens. Moi, j'étais une manageuse de merde parce que les gens recevaient des mails de moi à 3h du matin. Quand j'étais en call, j'étais là en mode bon, vite, vite Parce que les gens n'allaient pas assez vite. Donc au final... apprendre à gérer cette maladie d'une certaine manière m'a aussi appris à gérer ce potentiel-là et à en faire quelque chose de plus constructif, de plus collectif.

  • Speaker #1

    C'est super intéressant et j'ai encore plein de questions. Mais là, je te propose de marquer une pause et de se retrouver la semaine prochaine pour la deuxième et la dernière. partie de cet entretien. On va parler des traitements, puis on va parler aussi de ton actualité, de ce documentaire. On va parler de cette ascension. Et donc, je vous donne tous rendez-vous la semaine prochaine pour la deuxième partie de cet entretien avec toi, Léa.

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